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Articles avec #histoire des idees tag

Les Chrétiens face aux persécutions zoroastriennes

11 Juillet 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Je travaille en ce moment sur le zoroastrisme, première religion à découvrir le monothéisme, l'existence du diable, la notion de salut individuel après un jugement post mortem, le paradis et l'enfer, la naissance d'un sauveur d'une vierge, un combat eschatologique avec un dragon à la fin des temps, l'avènement d'une nouvelle Terre après le jugement dernier en forme de purification finale. Toutes ces notions importées dans le judaïsme après la prise de Babylone par Cyrus et la mise en ordre du canon hébraïque par Esdras en tant que commis du roi des rois. Le christianisme tel que nous le connaissons n'aurait jamais vu le jour sans le zoroastrisme (pas plus d'ailleurs que le judaïsme pharisien). L'histoire des mages dans l'Evangile de Matthieu lui rend hommage. Les Chrétiens voient d'ailleurs dans le zoroastrisme une des manifestations premières de l'Esprit saint parmi les nations, comme Saint Paul la voyait dans l'annonce du Dieu inconnu aux Athéniens par Epiménide le Crétois.

Il n'empêche qu'un danger pour les Chrétiens en découvrant cette origine pourrait être de chercher de ce côté des sources d'inspirations "alternatives" dans le culte des éléments naturels que propose le zoroastrisme. Un antidote à ce risque est peut-être une méditation sur le récit Le Martyre de Péthion, Adurohrmazd et Anahid , écrit à la fin du Ve siècle ou au début du VIe (un récit qui voyagea beaucoup puisqu'on l'a même retrouvé dans l'oasis de Tourfan à l'Ouest de la Chine). Le livre raconte la conversion de quatre aristocrates zoroastriens (Péthion, Adurohrmazd et Anahid et Yazdin) en Perse sous le règne de Yazdgard II (438-457) - à la même époque en France Sainte Geneviève faisait des miracles sur les bords de la Seine. Ces quatre saints vivaient en ascètes sur une montagne, où ils furent enterrés. Le premier Yazdin mourut de mort naturelle, les autres furent exécutés par les autorités royales et abandonnés sur une montagne.

Richard E. Payne, de l'université de Californie, estime au vu des descriptions qu'il s'agit de la montagne de Bisutun où Darius avait laissé des sculptures et des inscriptions en souvenir de son règne. Dans une contribution à Etudes Syriaques n°13 de 2017, Payne affirme que  "l’auteur (de ce récit)  voulait  remplacer  les  rites  zoroastriens  qui  reliaient  les  communautés humaines, l’environnement naturel et un monde de dieux et de forces divines, par un rituel chrétien complexe, centré sur le culte des martyrs. " Face aux  rituel,  accompli  dans  des  paysages  naturels,  Le Martyre de Péthion, Adurohrmazd et Anahid présente les saints chrétiens comme des arbitres plus efficaces dans les relations des hommes avec leur environnement naturel et avec le cosmos. Les martyrs – contrairement aux prêtres zoroastriens– pouvaient contrôler les forces naturelles  sources  de  vie,  et  surtout  les  sources  d’eau  indispensables  à  l’agriculture de la région, qui dépend des pluies".

Payne, qui préfère ne retenir des échanges christiano-zoroastriens que les aspects les plus pacifiques, comme le veut la mode universitaire de notre époque, ne croit pas en l'authenticité du récit, alors pourtant que le règne de Yazdgard II qui était en guerre contre l'empire byzantin a accompli des persécutions (et il tenta à tout prix de convertir des Chrétiens, notamment en Arménie). Pour ma part, je retiens surtout de cette histoire la notion qu'une invocation des martyrs (ou la litanie des saints) remplace avantageusement des cérémonies champêtres.

Une version plus complète de l'histoire de Pethion-Adurhormizd-Anahid, explique Ani Honarchiansaky de l'université de Californie dans un mémoire de 2018, se retrouve dans les Actes des Martyrs perses. Dans le Vark’ew  Vkayanut’iwnk’  srboc’  hatentir k‘alealk‘  i  carentrac (Vie et passion des saints) arménien, il est précisé que le mage Mihryar, avait deux fils, Yazdin et Dadgushnasp. Alors que Yazdin était sur le point de recevoir son éducation zoroastrienne ancestrale (mogwtiun hayrenadur), il refusa d'obtempérer et se rendit plutôt dans une église d'une ville voisine où il demanda le baptême divin. Les membres de l'église qui connaissaient son père refusèrent de le baptiser, alors il se rendit dans une autre région, près d'une ville appelée Soulq, dans un monastère appelé Beth Sahde, et là il fut baptisé par un évêque nommé John. Il y reçut son éducation dans les Saintes Écritures et les Psaumes et était un fervent adepte du  jeûne et des prières. Après ces événements, il retourna dans sa ville natale et convertit son frère et son neveu Pethion, qu'il prit comme disciple. Des années plus tard, Yazdin mourut et Pethion guérit une jeune femme zoroastrienne qui ensuite se convertit au christianisme, ainsi que son père, un haut fonctionnaire mazdéen. Tous deux furent martyrisés et le cycle se termine par le martyre de Péthion. La version syriaque contient plus de détails sur la façon dont le père de Yazdin, Mihryar, a découvert la conversion de son fils, l'a sévèrement battu et l'a renvoyé à l'école zoroastrienne, dont Yazdin s'est de nouveau échappé. Après la mort de Mihryar, selon la version arménienne, Yazdin a revêtu son neveu Pethion d'un habit religieux, c'est-à-dire qu'il a fait de lui un moine. Ensemble, ils ont guéri de nombreux croyants du zoroastrisme. Après la mort de Yazdin, Pethion a emménagé dans la cellule de son professeur, s'est consacré à la vie ascétique et a suivi sa pratique de guérison. Le texte raconte ensuite leur martyre et l'accusation du grand mage contre Péthion, qui lui dit « Tu enseignes contre notre doctrine » et l'accuse d'être le chef des Nazaréens, un sorcier. Péthion soutient que son savoir est une connaissance divine, un guide et un chemin de vie. A plusieurs reprises Péthion est protégé de diverses tortures infligées par le mage, qui le fait tomber dans la rivière enchaîné , le fait passer par le feu et le jeter du haut d'une falaise, Péthion est finalement décapité.

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Encore un mot sur Doreen Virtue, et la question des énergies naturelles

26 Juin 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Christianisme, #Médiums, #Histoire des idées

Beaucoup de gens viennent sur ce blog pour lire mon billet de 2018 sur la conversion de Doreen Virtue au christianisme. On comprend que cette conversion continue à susciter des réflexions chez les disciples zélés du New Age, notamment ceux qui ont comme elle des dons de médiumnité. Cette conversion est une belle histoire de renoncement, et même, devrait-on dire, de renoncements à répétition car, en épousant une forme de protestantisme toujours plus scripturaire, sur une base luthérienne, Doreen Virtue en est même venue à désavouer la vision de Jésus qui l'avait poussée à se convertir, au motif que Jésus, qui est au Ciel ne peut plus apparaître sur Terre sauf en tant que démon déguisé, ce qui est tout de même, me semble-t-il pousser un peu loin l'orthodoxie biblique (même si personnellement je ne suis pas très fan des visions et n'encouragerais pas mes lecteurs à cultiver le penchant pour les apparitions).

Pour ma part, si je trouve légitime la critique par cette prédicatrice américaine du "développement personnel"  (trop marqué par le luciférisme), ou du yoga (trop marqué par l'idiosyncrasie hindouiste, même dans ses versions occidentalisées), je suis plus sceptique sur son rejet de tout le potentiel énergétique humain et naturel: le fluide qui passe par les mains de certains, la lithothérapie etc. Il est dangereux de verser dans le luciférisme, la fantasme d'une émancipation humaine sans connexion à la transcendance du créateur, mais ne l'est-il pas tout autant de trop "rogner" ses talents naturels comme le fait la prédicatrice ?

J'écoutais hier soir une "YouTubeuse" comme on dit, E** d'E**e, sectatrice d'Isis, fille d'un radiesthésiste. Ses premières vidéos ne différaient en rien de celles de beaucoup d'autres magnétiseurs proposent : initiation au ressenti des énergies dans les mains, à la manière dont on peut faire passer l'énergie d'une main à l'autre, y compris en la faisant transiter par le plexus solaire. Il n'y avait là rien d'inquiétant, du moins en apparence. L'affaire se gâte ensuite quand la médium part dans des discours anti-chrétiens que j'ai moi-même bien connus chez les médiums que j'ai rencontrés, puis explique que notre destin est de nous réincarner indéfiniment, qu'il n'y a pas de mal à tenter d'acquérir des connaissances auprès d'entités invisibles, pourvu que cela n'aille point jusqu'aux pactes de sang... Surtout il ne faut pas, estime-t-elle, se sentir dépendant(e) d'un Dieu créateur, les religions sont mensongères etc. Bref on tombe alors dans le luciférisme le plus "décomplexé"... Inutile de trouver ensuite de ce côté là la moindre incitation à la charité, au sacrifice, ni la moindre philosophie de l'histoire susceptible de nous faire comprendre, par exemple, les parfums antéchristiques de l'époque actuelle (même si on peut lui reconnaître - sur Twitter - une salutaire méfiance à l'égard de l'establishment médical)...

La dame explique qu'elle a passé six années à refuser ses dons de magnétiseuse, et qu'elle en avait payé un prix élevé car cela l'avait coupée de tous ses amis... On peut se demander si c'est vraiment un mal d'être coupé de tout le monde. Les saints chrétiens n'ont-ils pas enduré des épreuves bien plus difficiles en terme d'isolement, d'humiliation etc ? Elle a finalement cédé aux injonctions de ces forces (sans doute héritées de  son père) qui l'ont poussée sur la voie de la magie. Etait-ce aussi inéluctable qu'elle le prétend ? Peut-être l'était-ce parce qu'elle n'avait aucun antécédent chrétien dans sa famille, ni des personnes susceptibles d'invoquer pour elle le "nom au dessus de tous les noms" qui l'eût libérée des stoicheia.

On comprend que Doreen Virtue ait voulu éviter cette pente dangereuse qui enchaîne l'âme à des entités très suspectes "déguisées en anges de lumière"... Après, il faut seulement se demander comment doser la chose... Est-ce que mettre un seul doigt dans le magnétisme et les "énergies subtiles", de nos jours, c'est nécessairement prendre le chemin de l'isiacisme ?

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Le projet "The Giant 2021"

22 Juin 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Publications et commentaires, #Christianisme, #Alchimie

Comme je l'expliquais dans mon livre "Néphilim, une lecture biblique de l'histoire des Géants " (L'Harmattan 2020) beaucoup redoutent que notre époque soit comme celle de Noé et que reviennent les Nephilim de la Bible.

Il semble que certains se fassent forts en ce moment de cautionner leurs craintes. Ainsi, la société irlandaise "The Giant Company" vient de lancer le projet "global" d'installer 21 statues de 35 mètres de haut dans 21 grandes villes du monde.  Chaque statue sera incrustée de millions de pixels LED adressables, ce qui lui permettra de prendre instantanément la forme de célébrités (Einstein, John Lennon, Beyoncé, Batman etc). 

Les bras et la tête du géant peuvent se déplacer dans diverses positions et les images des hommes et des femmes qui apparaissant sur la statue peuvent parler ou chanter. Les gens pourront aussi monter sur leurs épaules pour contempler la ville.

Projet attractif, instructif aux yeux de certains, ou participant à un conditionnement funeste pour d'autres. A vous d'en juger.

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Des nouvelles de mes travaux

10 Juin 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires, #Christianisme, #Sainte-Baume, #Histoire des idées, #Philosophie

Il semble que cette année, je ne publierai pas de livre. Après avoir écrit 150 pages sur la vue du RP Lacordaire, j'ai finalement suspendu ce travail en mai. J'avais pourtant à travers cette recherche abordé des sujets importants, sur les origines du catholicisme social, les question qu'il posait sur le droit de révolte, le rapport à la modernité, aux libertés publiques à la question sociale. C'était un bon support de réflexion sur le rapport de notre pays à son Eglise, la manière dont il gérait l'héritage révolutionnaire et celui de Napoléon. La façon dont Lacordaire avait approché la question, sa propre relation à toutes sortes de sujets épineux comme le clivage gauche-droite, la réhabilitation du Moyen-Age (à travers ses essais sur le Saint Siège, sur Saint Dominique), la philosophie grecque, les hérésies du romantisme, et même le magnétisme étaient source de nombreux enseignements. Qui plus est cela permettait de croiser des personnalités très intéressantes comme Sainte-Beuve, le vicomte de Melun, Mme Swetchine, ou Ozanam, qui avaient eux aussi leur façon bien particulière de prendre position sur tous ces sujets et qui l'exprimaient dans le joli style de leur époque. Ces gens qui se sont influencés les uns les autres, parfois soutenus mutuellement, parfois critiqués, ont contribué chacun à leur manière à enfanter un nouveau regard sur le passé et le présent de la religion, à lui définir une nouvelle place.

Même l'histoire de la restauration des Dominicains à la Sainte-Baume et son avis sur Marie-Madeleine avaient son intérêt au regard notamment de mon propre itinéraire sur le sujet que je raconte dans mon livre sur les médiums.

Mais finalement j'ai eu l'impression que ce travail était une impasse. Je ne saurais trop dire pourquoi. Même l'échange par courriel avec une étrange guide touristique de Saint-Maximin qui se disait admiratrice de Lacordaire m'a convaincu que mon travail, comme les précédents, ne trouverait de toute façon pas le public qui lui correspondait (les gens fonctionnent avec des schémas mentaux qui ne sont pas les miens, donc tout ce que j'essaie de leur dire tombe dans un puits d'incompréhension).

Par ailleurs diverses personnes ont pris contact avec moi avec qui j'ai été conduit à réexplorer les sujets à la mode du rapport de la physique quantique au monde invisible, la prétention qu'ont beaucoup, sous l'influence des mysticismes orientaux (comme avant eux Schopenhauer, Nietzsche et Heidegger) à abroger la différence sujet-objet, réalité-représentation etc, à substituer a "méditation" inspirée au travail laborieux, autant de dérives qui ne sont pas du tout ma tasse de thé. Mais je ne crois pas avoir trop convaincu mes interlocuteurs soumis au Zeitgeist du moment.

Comme je ne suis pas obligé de publier quoi que ce soit, j'ai la chance de pouvoir préférer le silence plutôt que d'exposer des problématiques décalées par rapport à celles formatées les médias et l'ingénierie sociale de notre époque, je crois que, à part quelques billets sur ce petit blog, cette année 2021 sera finalement surtout, de mon côté, une année de silence.

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A propos de Cioran

4 Juin 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Christianisme, #Histoire des idées

Un correspondant m'écrit à propos de Cioran : "Dans ses veines coulait le sang des Bogomiles (des hérétiques gnostiques). Les Roumains ont subi l’influence de la latinité comme celle du monde  slavophile. Il suffit de  ne voir que son attrait pour Dostoïevski .Bog signifie Dieu dans les langues slaves. Cioran détestait Sartre qu’il rencontrait souvent au café de Flore durant la guerre où Sartre écrivait « l’être et le néant » Avec Sartre nous rencontrons vraiment le « nihilisme » C’est un gauchissement de la phénoménologie selon la pensée de Edmund Husserl.  Cioran, dont le père était prêtre orthodoxe, prétendait avoir écrit le livre religieux de Roumanie avec des « larmes et des saints »... Il mettait ses amis en « recherche spirituelle » avec les personnes aptes à répondre à leur interrogation métaphysique. Pour vous donner un exemple, il amena son ami George Balan tourmenté religieusement (il fut un temps anthroposophe) à la rencontre de (l'existentialiste chrétien) Gabriel Marcel. A l’issue de l’entretien, Balan alla jusqu’à baiser les mains de Gabriel Marcel. Cioran est ambigu, pratique l’humour de dérision comme système de défense contre la douleur du monde Dans la lecture du livre de Tobie (ou Tobit), j’ai entendu cette semaine à la messe mercredi 2 juin : « ne détourne pas de moi ta face Seigneur car pour moi mieux vaut mourir que connaître tant d’adversités à longueur de vie ».  Cela m’a fait penser à Baudelaire dans « Semper eadem » : « vivre est un mal c’est un secret de tous connu ». Pour en revenir à Cioran, son frère Aurel, aujourd’hui décédé, parlait d’une sensibilité mystique. Et disait : « il est tout à fait absurde de coller l’étiquette d’athée sur le dos de mon frère ». Cioran parle par exemple  de Jacob Boehme dans sa correspondance avec Samuel Beckett.

Ma carrière professionnelle fut si incroyablement désastreuse que j'ai trouvé mon réconfort dans la lecture de Cioran. J’assistai aux obsèques de ce dernier en juin 1995 à l’Eglise roumaine des Saints Archanges où se trouvait le gratin littéraire de l’époque : François Nourricier, Gabriel Matzneff, Jean d’Ormesson, Jean Edern Hallier et bien d'autres Sans doute, je vous écris cela car j’ai l’esprit un peu noir moi-même. Cioran a cette citation : « l’histoire est l’histoire du mal ». C’est très juste."

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Les prophéties de Saint Païssios l'Athonite

29 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Histoire des idées

Il y a quelque temps j'ai consacré deux ou trois billets aux prophéties sur Donald Trump, dont beaucoup ne se sont pas réalisées, ce qui a jeté un certain discrédit sur certaines formes de christianisme charismatique. C'est que les prophéties ont un statut ambigu au regard même de la Bible. Dans 1 Thessaloniciens 5:20-21 il est écrit : "Ne méprisez pas les prophéties. Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon", ce qui est un appel au discernement. Il arrive souvent que l'on repère plutôt des veines prophétiques, comme celles qui concernent le Grand monarque, qui peuvent entrer en contradiction avec d'autres, voire comporter des contradictions intrinsèques.

En ces temps de Covid, les prophéties sur les pandémies ont eu du succès dans toutes les religions. Par exemple la il y a peu la naturopathe New Age Irène Grosjean a attiré l'attention sur une prophétie de 1919 du chef amérindien Pte-San-Hunka, Joseph White Bull - Bison Blanc - (1849-1947), neveu de Taureau Assis concernant l'isolement des êtres, la manipulation des cerveaux et ce qui pourrait faire penser au transhumanisme et à une possible union des résistances.

Dans la mouvance chrétienne orthodoxe des chaînes américaines YouTube ces derniers temps se réfèrent à une prophétie qui vient tout droit du Mont Athos en Grèce. Cette prophétie qui anticipe sur la vaccination obligatoire après une pandémie se trouve sur ce site https://christianos777com.wpcomstaging.com/2020/04/17/άγιος-παΐσιος-♦-η-αρρώστιαπανδημία-ο/

"Maintenant, une maladie est réapparue, pour laquelle ils ont trouvé un vaccin qui sera obligatoire et, pour ce faire, ils vont le marquer du sceau... Plus tard, quiconque ne sera pas tamponné avec le numéro 666 ne pourra ni vendre, ni acheter, ni emprunter, ni être nommé, etc." "Le calcul me dit que l'Antéchrist avec ce système voulait attraper le monde entier et, quiconque n'est pas dans ce système, ne pourra pas travailler, ou autre. "Il sera imposé avec un système économique qui contrôlera l'économie mondiale, et seuls ceux qui auront accepté le sceau, le numéro 666, pourront faire du commerce." "Mais qu'arrivera-t-il aux gens qui seront marqués du sceau ?" "Ceux qui ne sont pas scellés feront mieux que les autres, parce que le Christ aidera ceux qui ne sont pas marqués du sceau." «Les événements nous attendent, mais ils ne dureront pas longtemps. "Autant que l'orthodoxie a été éliminée par le communisme, d'autres choses seront éliminées maintenant." 

On notera aussi (voir vidéo ci dessous) que de son vivant Saint Païssios condamnait aussi l'usage de la carte de crédit comme une préfiguration de la marque de la Bête.

Ancien charpentier Saint Païssios l'Athonite est né Arsenios Eznepidis en juillet 1924, à Farasa en Cappadoce (Turquie actuelle). Il est s'est installé sur le mont Athos pour y devenir moine en 1949, à 25 ans, juste après sa démobilisation militaire (à l'issue de la Guerre civile). Il fit aussi un séjour au Sinaï dans les années 1960, et est signalé sur You Tube pour avoir eu une très belle vision intérieure de Jésus Christ. Décédé en juillet 1994, il a été canonisé le 13 janvier 2015.

Dans les années 1980-90, il avait frappé ses auditeurs par ses prophéties politiques alors qu'il disait ne pas dire les journaux. Oikonomou Alexandros, vice-amiral d'Athènes a témoigné (voir ici) avoir rencontré en mars 1994, le frère Païssios au monastère de Souroti. "J'ai été ému, se souvient-il, lorsqu'il m'a pris la main, et malgré la gravité de son état, il m'a dit ce qui suit: Vous ne devriez pas être triste et effrayé pour la Turquie. La Turquie va se désintégrer et, en fait, elle se désintégrera d'elle-même par les alliés. En Bosnie, elle deviendra un État musulman (il n'y en avait pas à l'époque), mais cela se  retourné contre eux, car en conséquence un État kurde apparaîtra plus tard au cœur même de la Turquie ¨. L'Ancien, parce qu'il me voyait troublé d'entendre ces choses, me dit à nouveau: «Comme vous le savez, je ne lis pas les journaux, mais j'apprends ceux-ci d'ailleurs…» Témoignages de pèlerins Ancien Païssios Agioreitis 1924-1994, 2e édition, page: 412

C'était l'époque de la guerre de Yougoslavie. A ce sujet, le saint orthodoxe disait : c'est un produit du Vatican, ce sont les «bénédictions» du Pape, du «grand chrétien». Tout cela est déterminé par le sionisme international, le marché boursier international appelé Amérique. L'Amérique n'existe pas. Les sionistes sont l'Amérique, donc après avoir reçu les messages sataniques, ils les transmettent au Vatican, qui les transforme en plans et appelle ensuite l'Islam à les mettre en œuvre. C'est ainsi que fonctionnent les conceptions sataniques aujourd'hui. Ils ont réussi et capturé nos dirigeants. Notre seul espoir est en Dieu. Vous aussi, vous devriez vivre une vie chrétienne, car je vous le dis de manière responsable - et vous le verrez -. Ce qui brûle actuellement dans les Balkans continuera. Ce sera le point de départ par lequel Dieu, à sa manière, libérera les chrétiens et les ramènera à leur ligne. Et Byzance reviendra. Et savez-vous pourquoi? Parce que les peuples européens seront réunis. Qui les guidera? Personne ne le sait. Seulement nous gardons la foi orthodoxe. Témoignages de pèlerins Ancien Païssios le Mont Athos 1924-1994 , volume 1, page 66

Pour mémoire à l'époque on expliquait comment des agences comme Ruder Finn dans la destruction de l'image des Serbes auprès de l'opinion publique juive américaine (voir l'enquête du journaliste français Jacques Merlino).

Le Frère Païssios était convaincu d'une victoire à terme des puissances orthodoxes : un agrandissement de la Grèce à l'Epire à la Macédoine, la récupération de Byzance et même de la Cappadoce. "Y aura-t-il une guerre mondiale? L'OTAN frappera-t-elle les Polonais, les Tchécoslovaques et les Biélorusses et les Allemands avec les Russes? », lui demandait-on. Il répondit: «Tout le monde quittera les Russes et partira avec les Juifs d'Amérique. Les Russes les brûleront » (Prophéties et enseignements du moine Païssios, Page: 443)

Sur la récupération de Constantinople et de l'Asie Mineure, se référant à la la prophétie de Saint Cosmas d'Etolie (1714-1779) : les Russes - la race blonde - redonneraient la ville aux Grecs. Dès le début des années 1980, Saint Païssios évoquait la fin de l'URSS qui n'avait que 70 ans de vie pour elle (Témoignages de pèlerins Ancien Païssios du Mont Athos 1924-1994 , volume 1, page 140).

Les prophéties de Saint Païssios avaient aussi attiré l'attention au moment du Brexit, car 20 ans plus tôt , de son vivant, le moine avait déclaré que l'Union européenne serait détruite par les Britanniques et les Américains, «car ils sont une seule nation et travaillent ensemble. "Ils disent : que se passe-t-il ici? Hitler lève-t-il encore la tête? Et c'est comme ça qu'ils vont le dissoudre ." »

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Madame Swetchine selon Sainte Beuve

16 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme

Je le disais il y a quelques jours : je travaille sur la vie de Lacordaire. J'en suis à l'année 1832, ce qui me conduit tout naturellement à croiser le nom de Mme Swetchine, qui devint à ce moment là sa confidente. Bien qu'ayant lu, comme tous les quinquagénaires français de notre époque, dans ma jeunesse Hugo, Balzac et Musset, j'avoue que trente ans au contact de la barbarie de notre époque m'ont rendu si étranger au XIXe siècle que je le trouve maintenant aussi exotique dans son style et dans ses émotions qu'une tribu de papou à l'autre bout du monde. Voilà pourquoi je dois procéder avec prudence dans ma façon de l'aborder. Mais j'ai heureusement la liberté de pouvoir m'y prendre comme je veux, en empruntant n'importe quel truchement, n'importe quelle porte d'entrée : personne ne me lit, mais personne ne me fait non plus grief de rien. Donc agissons comme bon nous semble.

Le commerce avec Lacordaire m'autorise donc à faire un détour par le salon de Mme Swetchine qui se trouvait rue Saint Dominique (et non rue de Bellechasse comme le prétend sa fiche Wikipedia, il est étonnant qu'il y ait tant de petites erreurs dans cette soi-disant encyclopédie de référence), au numéro 71 dont vous voyez la photo ici à gauche. Comment visiter ce salon ? Avant d'en faire le tour, je préfère m'intéresser à celle qui l'organisait. Et pourquoi, pour ce faire, ne pas commencer par le point de vue sur elle de celui qui est réputé avoir porté le regard le plus méchant à son sujet ? D'après l'éditeur de ses oeuvres, le comte de Falloux, le plus incisif sur son compte fut le célèbre critique Sainte-Beuve (ce qui n'est pas la première fois). J'ouvre donc ses Nouveaux Lundis sur Gallica.

Il y a eu une mode pour Mme Swetchine, précise Sainte-Beuve, lancée en 1860 par les éditeurs Vaton (rue du Bac) et Didier (quai des Augustins). Avant d'en dire ce qu'il en pense, il sacrifie au rituel biographique. Mme Swetchine avait, nous dit-il grandi en Russie dans le goût de la culture française et le commerce du célèbre aristocrate exilé Joseph de Maistre et de ses idées. Sous son influence elle quitta "la communion grecque que nous appelons schismatique". Cette conversion la poussa à 34 ans à s'installer à Paris, en 1816.

Sainte-Beuve la décrit ainsi "elle n'avait pas de beauté : petite, les yeux légèrement discordants, la pointe du nez kalmouke, mais avec cela une, physionomie qui exprimait la force de la vie et la pénétration de l'intelligence. Son mari, de vingt-cinq ans plus âgé, le général Swetchine, vivait à côté d'elle, complètement étranger à sa sphère d'activité. Elle n'avait jamais eu d'enfant. Son esprit vif, aiguisé, subtil, sa fermeté et son élévation de caractère, un certain art suivi de serrer les liens et de rattacher sans cesse les relations de société à des convictions et à des espérances d'un ordre supérieur, créèrent son ascendant sur tout ce qui l'entourait et l'approchait : son influence peu à peu s'organisa. Cela dura quarante ans."

Le critique précise que son salon se distinguait des autres en Europe par son orientation très "théologique" catholique, et il ajoute qu'ayant commencé à le fréquenter en 1831 il n'aurait pas cru qu'il serait aussi célèbre qu'il devint.

J'avoue que j'apprécie beaucoup chez Sainte-Beuve le côté tranchant de ses vues, même si comme Saint Simon sous Louis XIV il manque de charité. Quand il s'interroge sur la vie amoureuse de Mme Swetchine, il répudie la version officielle du comte de Falloux qui a  "l'élégance vague, celle du beau monde et des salons", il révèle une clé profonde de sa conversion : "Mme Swetchine a eu un orage de jeunesse : elle avait inspiré une grande passion au comte de Strogonof, un des hommes les plus aimables de la Russie, et elle l'avait ressentie elle-même." Son mariage avec le général Swetchine était un mariage forcé. Falloux le dissimula, comme il cacha les plagiats de Mme Swetchine dans ses oeuvres.

Les lettres de Mme Swetchine éditées par Falloux, nous dit Sainte-Beuve, révèlent une âme ardente. Il compare son caractère à celui de sa correspondante grecque demoiselle d'honneur du tzar, Mlle Roxandre. Pour lui Mme Swetchine a quelque chose de moins policé, de plus sauvage, qu'il rattache aux steppes barbares.

Ayant épousé la religion avec passion à 19 ans, elle y transposa son ardeur. Du coup, se souvient-il quand il la rencontra en 1831 (il avait 27 ans) "Les premiers mots qu'elle vous disait, et par lesquels elle croyait vous honorer, concernaient votre croyance et l'état de votre âme". Il dit qu'il entendit souvent sa vieille amie, Rowandre devenue comtesse Edling se plaindre de ce qu'elle était devenue plus froide avec les années. du fait de leurs différences religieuses. Selon Sainte-Beuve, il y avait dans le salon de Mme Swetchine une rigidité spirituelle qui ne permettait pas de s'y sentir à l'aise. Dans un salon, selon lui, il faut qu'il puisse y avoir des jeux de l'esprit, donc des petites divergences, pour pouvoir plaire à telle ou telle dame. Il n'appréciait pas être dans une ambiance où la maîtresse des lieux condescendait à vous accueillir, à deux pas de sa petite chapelle où elle avait placé son saint sacrement et où elle allait s'édifier après vous avoir reçu. Ce salon où les dames passaient avant de se rendre au bal "sous l'aile de maris exemplaires, et qui viennent y recevoir comme une absolution provisoire qui, plus tard, opèrera", n'était pour lui qu'un "cercle religieux, une succursale de l'église, un vestibule du paradis, une maison de charité à l'usage des gens du monde", pas un salon français (p. 250).

Tout en reconnaissant qu'il n'est jamais parvenu à l'aimer (p. 253) il y reconnaît "une nature de femme très-rare et très distinguée, qui fait le plus grand honneur au monde aristocratique où elle a vécu"

Si on voulait construire un "champ" des salons littéraires français de l'époque, on pourrait s'inspirer de la comparaison que Sainte-Beuve propose avec le salon de Mme Récamier, que Mme Swetchine avait rencontrée à Rome en 1824. Elle était à l'Abbaye au Bois où les religieuses louaient des appartements, avait cinq ans de plus qu'elle. M. Ballanche était dépêché par le salon de Mme Récamier auprès de celui de Mme Swetchine en début de soirée pour y prendre des nouvelles. Chateaubriand régnait sur le premier salon et de Maistre sur le second. Il y avait plus de coquetterie chez Mme Récamier qui avait été plus jolie que Mme Swetchine. Chez Mme Récamier on "était exposé tout au plus, par politesse et bonne grâce, après quelque matinée délicieuse de lecture, à faire un article sur Chateaubriand ; chez Mme Swetchine, avec de l'assiduité, on pouvait être conduit un jour ou l'autre à un acte de foi et de dévotion ; on courait risque d'être d'un sermon prié ou d'une abjuration, ou de quelque agape mystérieuse à la chapelle" (p. 230)

Le salon de Mme Swetchine connut un renouveau en 1848. Car comme l'a remarqué Bacon "les grands coups de tonnerre en politique ramènent les hommes au pied des autels". Sainte-Beuve loue la hauteur de vue et la justesse que le christianisme lui permirent d'avoir pendant cette révolution. Il les compare à la force de caractère avec laquelle elle fut prête en 1834 à suivre son mari dans un exil intérieur en Sibérie sur ordre du tsar (un ordre qui ne fut pas maintenu). Il regrette cependant son défaut de jugement quand elle approuve l'idée de Lacordaire selon laquelle le bref du pape aux évêques de Pologne peut être comparé par sa modération aux suppliques de Priam pour récupérer le corps d'Hector ou quand elle compare Lamennais à Clorinde.

Sainte-Beuve sans admettre qu'elle puisse être un classique reconnaît à Mme Swetchine une distinction d'écrivain. Son traité sur la vieillesse, "est la gageure chrétienne la plus poussée que j'aie vue contre la nature" écrit-il p. 244 Elle y fait l'éloge de toutes les tares des vieux. Certaines trouvailles sont ingénieuses mais cela va trop loin.

"Ces femmes d'une éducation si parfaite, d'une culture si élaborée, ont beau avoir tout l'esprit possible ; il y a un moment où elles forcent le ton, et la vendeuse d'herbes du marché aux fleurs leur dirait plus sûrement qu'à Théophraste : "Vous n'êtes pas d'ici." Il trouve son propos sur la vieillesse plus juste dans son traité inachevé sur la Résignation où elle distingue la résignation chrétienne du fatalisme musulman et du quiétisme hindou. En introduisant du surnaturel dans cette vertu, elle se fait "fille aînée de M. de Maistre et fille cadette de St Augustin". Pour finir, même s'il redit l'avoir admirée sans l'aimer, il reconnaît en elle "une nature de femme très-rare et très-distinguée, qui fait le plus grand honneur au monde aristocratique où elle a vécu".

En post scriptum, Sainte-Beuve parce que son avis nuancé sur Mme Swetchine lui avait attiré les foudres d'un certain Roger de Sezeval dans la revue catholique "Le Monde" du 20 avril 1862 a ajouté une anecdote triste montrant un Monsieur Swetchine devenu idiot et faisant sonner sa montre tout le temps, et son épouse le lui confisquant "à titre de mortification" de sorte que le vieil homme passait son temps à la rechercher. Falloux a contesté la véracité du fait après contre-enquête auprès du valet. Mais Sainte-Beuve réfute le valet.

Le regard de Sainte-Beuve est un peu distant, mais semble-t-il assez équilibré, je crois que c'est une bonne première approche du personnage, qui permet de cerner son salon catholique, et comprendre son influence pour Lacordaire, qui pourtant n'était pas un homme de salon.

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Lacordaire

6 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Sainte-Baume

Je travaille sur la vie du P. Henri Lacordaire, un des hommes qui, sous la Monarchie de Juillet et sous la Deuxième République, essayèrent de réconcilier l'Eglise avec l'idée de Liberté et la faire retourner dans les catacombes pour s'y regénérer (comme allait aussi le proposer Pasolini dans les années 1960). Aussi, accessoirement (mais c'est peut-être tout aussi important, voire plus, je ne sais pas encore), le restaurateur de l'Ordre Dominicain en France, notamment au sanctuaire de la Sainte-Baume (à Saint-Maximin)...

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Une recension de mon livre "Les Nephilim"

28 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires, #Christianisme, #Histoire secrète, #Histoire des idées

- Mes plus vifs remerciements à Christian Saves, écrivain, politologue, pour cette recension sur le site de l'Institut Jean Lecanuet.

Articles de la revue France Forum

Avec ce nouvel essai, Christophe Colera livre un texte aussi intéressant qu’original, aux frontières de la philosophie, de la sociologie et de la théologie ou, plus exactement, du religieux.

L’auteur est d’ailleurs, tout à la fois, sociologue et philosophe de formation, donc à l’aise dans les deux disciplines. France Forum avait déjà rendu compte, pour ses lecteurs, d’un précédent ouvrage de l’intéressé : Individualité et subjectivité chez Nietzsche (L’Harmattan, 2004). Le présent livre ne s’inscrit pas, à proprement parler, dans une veine qui est celle de la sociologie des religions. C’est plutôt, comme le souligne très bien son sous-titre, une lecture biblique de l’histoire des Géants, c’est-à-dire une tentative d’interprétation, de mise en perspective historique. L’auteur mène à bien ce travail avec beaucoup de conviction et de talent : le résultat est probant.

Si l’existence des Nephilim, êtres surnaturels bibliques et hybrides nés de l’union entre les « Fils de Dieu » et des femmes humaines, a été souvent contestée, aujourd’hui encore des chrétiens prennent leur existence au sérieux. L’essai présente les thèses de ces derniers, leur credo et la manière dont ils projettent cette croyance dans leur lecture du monde actuel. Dans un univers caractérisé par un fort retour du religieux, y compris sous des formes parfois inattendues et surprenantes, le biblique et le divin tendent à revenir au premier rang des réflexions, tout au moins dans certains milieux. Il est vrai que l’homme a horreur (et peur ?) du vide contemporain, ce qui peut contribuer à expliquer son retour vers Dieu, le divin et tout ce qui l’accompagne.

Il y a, très probablement, derrière ce type de posture, une forme de détresse, de désarroi très actuel. L’auteur le suggère d’ailleurs fort habilement et ce n’est pas le moindre de ses mérites. L’autre grande qualité de ce livre vient de ses résonnances bien contemporaines : aujourd’hui, les tenants des thèses apocalyptiques et les adeptes du « complotisme » (comme l’on peut s’en rendre compte au travers de la crise sanitaire mondiale liée à l’épidémie de Covid-19 et à ses avatars) prédisent/promettent, si ce n’est la fin du monde, au moins la fin d’un monde : le nôtre… donc notre propre fin. L’idée d’un châtiment divin pour les péchés commis n’est jamais très loin…

Dans des sociétés qui se déstructurent et perdent graduellement leurs repères, l’heure est à la culpabilité et à l’expiation, pour avoir été trop longtemps oublieuses de Dieu. Ce livre est stimulant car il aide justement à repenser un peu le rapport que chacun peut entretenir à Dieu et au divin, hors des sentiers battus…

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Albert le Grand et la Sainte Vierge

4 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

Quiconque connaît un peu l'histoire du Quartier Latin et de l'université française, notamment à travers les travaux de Jacques le Goff, sait quel rôle éminent joua Albert le Grand (qui donna son nom à la place Maubert) dans la diffusion de la scolastique (l'aristotélisme chrétien) à Paris. En lisant la vie de son élève, Thomas d'Aquin, écrite par Guillaume de Tocco (ch 14), je tombe sur cette anecdote intéressante à son sujet : "Après son entrée dans l'ordre (dominicain) alors qu'il s'était voué au culte de la glorieuse Vierge Marie, une nuit qu'il la priait avec dévotion, il lui sembla que son corps était plongé dans un bain brûlant, de la même façon que son âme brûlait de ferveur. Alors la glorieuse mère de Dieu lui apparut et de ses mains très saintes essuya d'un linge son visage en feu. A son réveil, il s'aperçut que son esprit était subtil, son entendement si lucide et sa mémoire si fidèle qu'il comprenait tous les livres qu'il lisait et retenait tout ce qu'il avait saisi. Son élève disait de lui qu'il ne croyait pas qu'il y eût au monde un homme qui eût appris et compris autant de choses fondamentales que lui. Il était donc digne, lui dont les mains de la Vierge Marie avaient essuyé le visage, d'avoir l'esprit illuminé par la sagesse de Dieu, que la Vierge elle-même avait portée dans ses mains."

On a là une information inattendue sur la présence mariale au coeur même du processus de développement de la scolastique en Europe, présence qui peut-être ne surprendra pas ceux qui connaissent la place du rosaire dans le développement de l'ordre dominicain, mais qui en tout cas positionne la Sainte Vierge dans un plan auquel les représentations (et les apparitions) du XIXe siècle ne nous avaient pas habitué, puisque celles-ci se situent plutôt dans le registre de l'émotion (douce ou sévère) et pas de l'intellect. L'interprétation de de Tocco qui relie la compétence de la dispensatrice de toutes les grâces au fait qu'elle avait aussi tenu la sagesse de Dieu dans ses mains en portant l'Enfant-roi est aussi intéressante. Le geste d'essuyer le visage, comme Sainte Véronique, paraît énigmatique. Presque autant que la lactation de Saint Bernard. J'ignore si elle peut se rattacher ou comparer à quelque autre vision ou songe dans l'histoire catholique.

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Les enthéogènes

9 Février 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Spiritualités de l'amour, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Médiums

On parle beaucoup depuis quelque temps de l'ayahuasca qui est un enthéogène, c'est à dire une substance (illégale en France, mais d'usage courant en Amazonie) qui provoque des états modifiés de conscience de nature à mettre en contact avec des entités de l'au-delà, dont les effets ont été étudiés de façon expérimentale dans les années 1990 par le psychiatre Rick Strassman et qui a même sa propre église, fortement soutenue par une des membres du clan Bronfman qui, en Amérique du Nord, s'est par ailleurs distingué par son rôle au service de la secte sexuel NXIVM.

Le dossier des entheogènes est très fourni. Pour l'heure je n'en traiterai qu'un aspect qui est un livre d'anthropologie écrit en anglais que j'avais lu en version espagnole du temps où je vivais à Madrid, en 1994 : "Persephone's Quest: Entheogens and the Origins of Religion", de Robert Gordon Wasson, Carl A.P. Ruck, Stella A. Kramrisch.

R. Gordon Wasson journaliste du Herald Tribune s'est consacré à partir de 1927 avec son épouse russe le docteur Valentina Pavlovna à l'étude du rôle des champignons dans la culture. Il étudia à partir des années 1950 les enthéogènes de la région d'Oaxaca au Mexique, puis en 1963 avec Roger Heim, directeur du Muséum d'Histoire naturelle de Paris ceux du peuple kuma en Nouvelle Guinée, et en 1968 le putka en Inde (le soma des indo-européens).

Il a identifié avec l'indianiste Stella Kramrisch, le soma indo-européen bu par les brahmanes comme provenant de l'amanite tue-mouche (amanita muscaria). Puis il a estimé que l'utilisation du claviceps purpurea (ergo du seigle) avec du paspalum distichum (paspale distique) a pu jouer un rôle dans les mystère d'Eleusis en Grèce. En août 1953 il put vérifier l’acuité des prévisions que donnaient les enthéogènes auprès d'un chamane mexicain.

En France des dictons relient les truffes aux tonnerre qui aide à les faire pousser, de même Pline l'Ancien à propos des tuber (truffes et terfezia), Plutarque dit la même chose de l'hydnon, équivalent du tuber, ainsi qu'Athénée (dans ses Deipnosophistes) de son équivalent thrace, l'oiton. Dans l'est de la France on dit même que les bolets prolifèrent où tombe la foudre. Dans le piémont aujourd'hui, le lactaire sanguin est appelé champignon-tonnerre. Chez les Bédouins (p.107) les banaturrad, "filles du tonerre" qui se ramassent après les orages diluviens pourraient être les Helianthemum lippii (terfezia). On a là donc l'idée que le champignon peut faire système avec le tonnerre, et je vous renvoie là dessus au très intéressant cours de Gene Kim du 15 janvier dernier (en anglais) sur l'électricité dans la Bible : ici sur You Tube.

Je ne développerai pas les autres aspects intéressants de cet ouvrage collectif et me contenterai pour l'instant de terminer sur cette observation : une des nombreuses preuves du fait que ces enthéogènes ne sont pas de simples hallucinogènes mais bien des entheogènes qui font rencontrer des entités clairvoyantes se trouve en p. 37 de la version espagnole du livre. Le  samedi 15 août 1953 au soir, à Huautla de Jimenez village de l'État de Oaxaca au Mexique, Wasson se trouve en présence de l'anthropologue Roberto Weitlaner à discuter avec le boucher borgne-chamane Aurelio Carreras. Carreras a fourni des champignons enthéogènes. Soudain, Weitlaner demande au chamane s'il veut bien l'aider. Le chamane hésite puis leur donne rendez-vous à 9 heures. Pendant la nuit il mange lentement les champignons sans incantation, puis parle (en mazatèque) dès que les champignons "parlent" en lui. Wasson et son épouse disent qu'ils veulent avoir des nouvelles de leur fils Pierre, 18 ans, qui n'est pas entré en contact avec eux depuis plusieurs jours. Le chamane Carreras leur demande où il se trouve. Ils répondent qu'il est près de Boston. Au début le chamane a du mal à le localiser car c'est pour lui une ville grande et étrange. Au bout d'un moment il dit : Peter est vivant mais "ils" essaient de l'envoyer à la guerre. Après une heure de silence il dit que Peter est chez lui à New York, que ses pensées sont avec ses parents jusqu'aux larmes. Vers 1h45 le chamane annonce à Wasson qu'un de ses parents sera gravement malade pendant l'année.

A leur retour les Wasson trouvent dans leur appartement à New York les restes d'une fête dont Peter put confirmer qu'il l'avait bien organisée là le 15 août au soir (alors que les Wasson le croyaient encore à Boston), ce que les factures des repas confirmaient. Ils n'avaient pas trop cru le chamane qui avait parlé d'un appel à la guerre car le jeune à 17 ans avait déjà fait son service militaire dans la garde nationale ce qui devait l'exempter de tout autre enrôlement. Mais, le 3 octobre, l'ethnologue recevait, à Genève, un télégramme de son fils lui annonçant qu'il s'engageait pour trois ans dans l'armée suite à une crise affective (une histoire de coeur) qui avait culminé quand ses parents avaient été au Mexique (ces pensées jusqu'aux larmes vues par le chamane) mais dont il ne leur avait rien dit. Enfin, en janvier 1954 un cousin de Wasson (qui n'avait qu'une famille très réduite car la génération précédente était morte), mourut d'une crise cardiaque alors qu'il était en pleine forme. Wasson y a vu la preuve que lorsque les champignons avaient "parlé", ils avaient fait bien autre chose que simplement provoquer une hallucination ou révéler une invention de la psyché du chamane.

Je précise que, de mon point de vue, ces entités, comme celles qui parlent aux voyants dans les taros (j'en ai parlé dans mon livre sur les médiums), ne connaissent pas l'avenir mais embrigadent dans des pactes ceux qui ne prennent pas de distances à l'égard de ce qu'ils annoncent. Mais cette anecdote, avec ses éléments de vérification externe, montre bien en tout cas que des entités s'exprimaient là, et non pas la psyché d'Aurelio Carreras.

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"Mystique et Magie" de Jean-Gaston Bardet

24 Janvier 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Alchimie, #Spiritualités de l'amour, #Sainte-Baume, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Anthropologie du corps, #Philosophie, #Histoire des idées

"Ne t'arrête pas de hurler sur le cadavre du genre humain que tu vois s'en aller vers des malheurs si grands que la langue ne peut les décrire" (Ste Catherine de Sienne, Le Livre des dialogues, CVII)

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Un lecteur de ce blog que j'interrogeais il y a peu à propos de la numérologie et des heures miroirs m'a conseillé la lecture de Jean-Gaston Bardet (1907-1989), architecte urbaniste qui étudia avec le docteur Alphonse Gay (un clinicien enseignant à la Faculté catholique) le fonctionnement des mystiques chrétiens mais aussi publia divers ouvrages sur la spiritualité (ce qui lui valut de devenir un conseiller du pape Jean XXIII). Je me suis procuré Mystique et magies, paru chez Trédaniel, 1972 puis réédité deux fois, et me suis décidé à le commenter sur ce site, particulièrement parce que cet ouvrage s'intéresse de très près à la problématique du double spirituel, que j'ai un peu abordée dans mon essai sur les médiums de 2017 et qui a pris une importance certaine dans mon expérience personnelle depuis lors. J'essaierai de présenter ici pas à pas le contenu de ce livre, tout en m'excusant auprès des lecteurs pour mes maladresses, mes approximations, et mon ingénuité, car je suis tout à fait Béotien dans les sujets que je vais exposer ici.

Le livre commence, en introduction, par cette problématique du dédoublement. Il en est de deux sortes, nous dit l'auteur : il y a la sortie du corps naturelle dans l'espace et le temps, auquel on peut parvenir dans des rites initiatiques ou par la consommation d'enthéogènes - ça, cela relève de la magie ; et puis il y a l'extase surnaturelle hors du continuum espace-temps, et cela, ça relève de l'expérience mystique.

D'emblée il annonce qu'il ne pourra pas examiner ces deux aspects de la sortie du corps sans avoir examiné la problématique de l'alphabet hébraïque, parce que "chacun sait, écrit-il p. 20, que la plupart des formules ou pantacles magiques (même si on les donne sous couvert de celtisme) renferment des expressions et des lettres hébraïques".

Qu'il me soit permis d'ouvrir une parenthèse ici. Je me souviens que Maurice Caillet, franc-maçon repenti converti au catholicisme, avait un jour dans une conférence témoigné qu'une femme avait été prise d'un malaise dans le cadre d'un cours lorsque l'orateur avait écrit des lettres hébraïques au tableau, ce dont ce dernier s'était excusé ensuite car il s'agissait effectivement des lettres d'un mot magique. Depuis lors, je suis tout à fait convaincu de la puissance des lettres hébraïques, et cette vidéo dans laquelle le rav Menahem Berros (dont on a déjà croisé le nom sur ce blog) raconte comment il a pu réaliser un exorcisme à partir d'une spéculation sur les lettres hébraïques finira, je pense, de vous en persuader...

Suit dans cette introduction une thèse un peu compliquée sur le fait que l'alphabet hébraïque n'est pas purement consonantique (sans quoi le tétragramme YHWH serait imprononçable), ce dont les Juifs eux-mêmes ont perdu le sens à partir de la codification d'Esdras (au IVe s av JC), avec notamment la perte du fait que dans le tétragramme, le vav porte aussi le "o" qui ouvre la voie à l'incarnation de Dieu. "La signification de l'Ecriture esdraïque étant perdue, deux grands courants se formèrent : le courant talmudique, moraliste et le courant kabbalistique ésotérique et mixturé de gnose alexandrine" (p. 28), le Talmud ayant oublié d'utiliser dans la Torah les lettres anormales et les kabbalistes (pour la gematria) les 5 lettres finales qui s'ajoutent aux 22 lettres. A partir d'une analyse serrée du bras de fer entre Moïse et les magiciens du Pharaon (autour de la question des divines proportions) et des compétences de Joseph et Daniel en matière d'interprétation des rêves, Bardet pose (p. 45) que les "Hébreux n'avaient rien à apprendre des Egyptiens ni des Chaldéens en matière de science divine" (ce qui est effectivement normalement le postulat de tout chrétien attaché à la Bible), ce qui lui permet de révoquer toute la numéralogie pythagoricienne prisée par l'ésotérisme français (Claude de Saint Martin, Papus), que Bardet considère comme fausse ("le pythagorisme est une véritable caricature de la Torah", écrit-il).

A la racine de l'erreur de la magie, nous dit Bardet, il y a l'acte de rébellion d'Eve qui, faisant confiance au serpent, croit qu'elle deviendra "comme Elohim", et, ce faisant, agit aussi sans référer à Adam qui est normalement sa tête (ce qu'a redit Paul dans sa première lettre aux Corinthiens). "C'est l'amorce du matriarcat, nous dit Bardet, période la plus funeste des sociétés humaines. La femme, physiquement plus faible cherchera ses pouvoirs dans le psychique, d'où les 'mille sorcières pour un sorcier' de Michelet" (p. 46).

J'ouvre ici une parenthèse pour noter que Bardet à la différence des Chrétiens d'inspiration hénochienne de nos jours (voir mon dernier livre là-dessus) identifie bien la faute d'Eve comme origine de la magie, et non pas l'union des Fils de Dieu/Veilleurs avec les Filles des hommes (Genèse 6:1-4).

L'opposition entre magie et mysticisme se découvre , nous dit Bardet, dans la différence entre le moment où Moïse extrait de l'eau en frappant un rocher de son bâton (Exode 17:5) avec un geste technique qui est celui du sourcier du cas où, dans Nombres 20:7, il est censé faire surgir de l'eau d'une seule parole sur ordre de Dieu (mais il commet ensuite l'erreur de frapper deux fois le rocher de son bâton de peur que cela ne marche pas...).

Venons en maintenant à la question de dédoublement, de la dualité, abordée dans le chapitre II, qui a déjà son principe dans la dualité entre le monde d'en haut et celui d'en bas ("sur la Terre comme au Ciel"). L'humain comprend le rouach (l'esprit, pneuma, la lettre pi, qui vient du he hébraïque), et le nefesh (l'âme vitale, psyché, psi, qui vient du shin hébraïque). Le rouach, pneuma, commande tout. Il est non localisé par essence. Le nefesh-psyché coordonne les plans de vie. "Grâce à elle peuvent s'exprimer instrumentalement les actes intellectuels et libres de notre pneuma...Elle assure, à l'étage végétatif, la continuité nécessaire à la chair. Enfin, elle peut, hors du corps, continuer à assurer la vie. Soit dans le cas des âmes séparées après la mort ; soit dans le cas du dédoublement." (p. 70,

Au passage Bardet condamne Descartes qui coupe l'âme-psyché-nefesh du corps, mais aussi CG Jung qui appelle "âme" (Seele) aussi bien le rouach que le nefesh. On pourrait au passage reprocher à Bardet dans son obsession de tout dédoubler d'oublier au passage qu'il existe aussi dans le judaïsme un troisième élément, la neshama, dont il ne parle jamais.

Attaché à la démarche empirique, justement à cause du dédoublement (qui pour Bardet n'est pas démoniaque mais très ordinaire), il s'intéresse à des cas comme Léo Ferrer, adepte du yoga, ou du réalisateur (qu'il présente comme un peintre) Guy Casaril , auteur dans la collection "Maîtres Spirituels" (Editions du Seuil) de "Rabbi Siméon Bar Yochaï et la Kabbale", qui faisait des sorties du corps par la tête. Il évoque la vision du double dans un brouillard bleuté, transparent, blanc ou blanc violet, l'élévation du double au dessus du charnel. Ce n'est pas une bilocation précise-t-il sauf que ce corps ne peut être touché sans quoi il serait blessé en réintégrant le corps (il rapproche cela du corps de Jésus ressuscité qu'on ne peut toucher en Jean 20:17).

Il ne faut pas que ce soit un dédoublement volontaire comme le font les gourous indiens. Genese 15:10 est mal traduit selon Bardet : c'est Abram lui même qui se divise. A juste titre il critique les expériences de projection dans l'astral des rosicruciens (AMORC) qui peuvent faire perdre la raison (d'ailleurs au 9ème degré de l'AMORC on ne se dédouble qu'à 30 cm). Avec un oeuf de 80 cm qu'ils font tourner les rosicruciens projettent dans cette forme leur double pour y rencontrer des larves astrales.

Puis Bardet évoque les âmes du purgatoire (qui est un état et non un lieu) qui vont rencontrer les vivants comme l'autrichienne Maria Simma. Celle-ci souffrait pour elles et ajoutait que les âmes catholiques souffraient plus mais moins longtemps que les protestantes. Elles ne peuvent rien faire pour elles-mêmes, seules les prières des vivants peuvent les sauver. Ensuite c'est au tour des anges de trouver place dans le livre avec des souvenirs de l'auteur sur son expérience de guerre en 1940 et sa visite au Padre Pio en 1952 à l'invitation de Raoul Villedieu (un ange matérialisé dans un corps le guida comme dans Tobie 12:19). Sur les anges déchus il renvoie à Giovanni Papini - son livre sur les démons dans l'art contemporain (p. 104). On trouvera ensuite dans l'ouvrage de Bardet une critique de la "bêtise" des entités spirites qui rappelle celle (plus inspirée) que fait Guénon, et une analyse expérimentale d'une canalisation de Lola Montès par une certaine Mme Laval de Montauban en 1932 et de celle de Suzon Clairac.

En venant aux exorcismes, JG Bardet estime qu'ils ne doivent être accomplis que par des prêtres irréprochables et que l'Eglise catholique les minimise trop maintenant du fait d'une surévaluation du rôle des démons qu'il y eut auparavant pendant la contre-réforme. Il cite longuement des exorcisme figurant dans un ouvrage de Mgr Léon Cristiani paru en 1959, ce qui est peut être une façon, me semble-t-il, de leur faire un peu trop de publicité. Une petite anecdote "Le brave Père Lamy, curé de La Courneuve, voyait souvent Satan dans un coin de son église et il l'apostrophait : 'va t en sale Bête !'. Alors Marie présente intervenait : 'Souviens toi que c'est un Prince' ". Le Père Lamy a sa fiche Wikipedia aujourd'hui. Je ne suis pas sûr que cette anecdote serve sa cause. Bardet aurait mieux fait de citer Bérule

Au total le chapitre II "La structure humaine" apparaît assez banal et sans grande envergure. Le chapitre suivant sur la magie (que l'auteur situe dans la sphère du paranormal, entre le surnaturel et le naturel, et dans laquelle il voit surtout un facteur de déséquilibre cosmique), est très marqué par la figure de Papus que l'auteur a lu lorsqu'il était lieutenant dans le Génie à Metz. Il insiste sur la nécessité de s'y livrer dans un cercle protecteur (circulus) après avoir été exorcisé selon le rite romain par les quatre éléments, avec sur soi un pantacle et de faire preuve d'ascétisme.

Faisons une mention de ses remarques sur le rapport de la magie à l'eucharistie car c'est un élément important du débat actuel (comme ça l'a toujours été) avec les protestants. Il rapporte l'expérience de Papus qui avait amené un sujet hypnotisé à la messe et avait vu une lumière sortir du coeur de fidèles pour aller entourer le prêtre au moment de la communion. Ce qui recoupe le propos du théosophe Arthur E Powell (que Bardet orthographie par erreur "AF Powel" il y a quelques coquilles de ce genre dans son livre...).... tout en ajoutant : "Mais ce que Powel ne précise pas, c'est qu'il n'y a aucune manifestation dans le cas des pseudo-évêques théosophes". La même expérience a montré aussi une condensation de lumière en provenance des fidèles sur les hosties protestantes (mais pas sur le pasteur), et le voyant orthodoxe a vérifié la même choses sur les hosties orthodoxes lors de la communion. Bardet dit (p. 144) refuser volontairement de rapporter les expériences de voyants catholiques pour qu'il n'y ait pas de soupçon de partialité. Et comme beaucoup de catholiques l'auteur rappelle que l'utilisation des hosties consacrées par les satanistes qui les détournent (c'est encore arrivé récemment au Canada) suffit à en prouver le pouvoir. Bardet évoque aussi des expériences pendulaires sur du pain béni. Selon lui, la force de l'eucharistie aurait dû dispenser Papus et les autres de pratiquer la magie.

"Au lieu de s'adresser à des esprits qui réclameront un lourd paiement différé, l'ami de Dieu - par la prière, par l'oraison, par le secret des pères du désert, s'adresse directement à l'Essence créatrice. Il renoue le contact perdu" et l'attitude apparemment passive du mystique est "la plus haute forme d'action" disait Bergson...

La magie s'est frayé un chemin au Moyen-Age sous couvert d'hébraïsme avec notamment Rachi de Troyes qui tirait profit de l'influence des foires de Champagne (Louis Chochod). Les chrétiens débattaient avec les rabbins, mais une fois découverte la kabbale, le concile de Latran IV impose l'étoile jaune en 1215, Saint Louis fait brûler le Talmud et l'Angleterre expulse les Juifs en 1290. En 1516 Venise crée un ghetto. Mais l'hébraïsme a déjà envahi l'Europe avec l'astrologie et l'alchimie "jusque dans les boucles d'oreille - à l'imitation des Maures et des Tsiganes - que portaient les Compagnons du Devoir".

Plus grave encore aux yeux de Bardet, les hérésies comme le catharisme dont le "consolamentum" provoque des décorporations sataniques calquées sur le Corpus Hermeticus (Jean Guiraud).

Bardet examine ensuite le Graal dont j'ai montré dans mon livre sur Barbara Aho qu'un courant évangélique (entre autres) lui prête une nature luciférienne. Pour Bardet il s'agit du Christ à double nature : shin (vert - Luc 23:31) et waw (rouge).

Selon Bardet, les Compagnons du Devoir détiennent un secret sur le Graal... Je pourrais développer le sujet dans un billet séparé. Mais cela me prendrait trop de temps et d'énergie, donc je préfère traiter la chose en quelques lignes ici même si cela risque de rendre le billet fort long. Disons que divers événements biographiques m'ont sensibilisé aux thématiques de Bardet sur le sujet. Concernant le Graal, j'ai vécu six mois à Troyes en 1994 (salut Valérie Gruyer et Héry Ramilijoana !) ce qui m'a sensibilisé à l'intérêt littéraire (sinon mystique). Et j'ai  connu les compagnons du devoir par le biais de la provençale New Age possédée dont je parle dans mon livre sur les médiums, j'ai même effectué une ascension initiatique de la Sainte Baume avec eux.

Jean-Gaston Bardet mentionne un "dit" (une tradition orale) des Compagnons du Devoir : "Le Saint Graal a été porté par trois tables, une ronde, une carrée et une bicarrée. Toutes les trois ont une même surface et leur Nombre est 21".

Bardet rappelle que les Compagnons sont nés dans la mouvance bénédictine et qu'une partie s'est compromise avec les Templier : les "Enfants du Père Soubise, de Nogent-sur-Aube ou Nogent-en-Othe, composé exclusivement de charpentiers ("Bons-Drilles" ou "Passants") contre les "Enfants de Maître Jacques", qui ont été interpénétrés avec les Tziganes et les Francs-maçons, se réfèrent à la kabbale et effectuent leur Tour de France en sens inverse de celui des congrégations religieuses (pour mémoire il y a une statue de "Maître Jacques" de Molay, à la Ste Baume).

Le Compagnonnage bénédictin savait que la valeur du Shin est 21 (et non 300 comme dans la Kabbale et le tarot). Le Shin (corps du Christ) qui a la forme d'un vase utilise d'ailleurs les trois formes : ronde (le point sur l'axe), carrée (les têtes des Wawin), rectangulaire (la base). On renverra au livre (p. 162-163) pour la polémique mathématique que Bardet engage avec Raoul Vergez (dit "Béarnais") et Louis Charpentier sur l'exploitation du Shin dans les cathédrales.

Pour Bardet, le sens du Shin présent dans l'architecture de la cathédrale de Chartres (construite entre 1194 et 1220) il s'est perdu ensuite dans l'art gothique par la "pénétration gnostique" substituant l'étoile magique au Tétragramme sacré.

Pour Bardet, la vérité originelle du Graal est dans ce savoir maçonnique bénédictin champenois autour du nombre, de la figure et du poids, que l'hermétisme spéculatif va défigurer en en faisant un objet de voyage alchimique, comme la Toison d'or, tandis que seule la Table ronde est conservée (sans les autres formes), "symbole d'égalité-fraternité", puis on ira même au XIII ème siècle jusqu'à y introduire de la magie celtique (Merlin) et même Alexandre le Grand, symbole du syncrétisme.

Shin est la lettre centrale dans le nom de Jésus au milieu du tétragramme : Y H Sh W H, et 21, sa valeur est la seule lame au tarot non numérotée au fronteau et le Shin y est surnommé "le Fou" à titre blasphématoire (Chochod). Tout homme normal a un shin à l'endroit au vertex et un shin inversé au pied et c'est l'inverse chez les satanistes (on renvoie à la p. 167 du livre pour une approche pendulaire des diverses dispositions de Shin chez des personnalités des années 1970).

Pour rapprocher le travail de Bardet de celui de l'évangélique Barbara Aho auquel j'ai consacré mon avant dernier livre, je dirais qu'ils partagent une même aversion pour le talmudisme, mais une même fidélité à l'hébraïsme originel revivifié par le sacrifice de Jésus-Christ. Cependant Bardet a un regard plus nuancé que la prédicatrice texane sue les Templiers dont il souligne l'utilité initiale. Toutefois il reconnaît des problèmes initiaux de symbolisme dans cet ordre (la croix renversée sur l'épaule gauche), le danger qu'il y avait à laisser une "armée coloniale" de ce type, même pourvue d'une règle de fer, évoluer "en vase clos", et le placement dans ces ordre, à titre de redressement, disciplinaire, de dignitaires cathares repentis. L'orgueil des Templiers à qui on put faire avaler qu'ils auraient des savoirs orientaux secrets sans en payer le prix, la compromission de Gérard de Ridefort, jusqu'à l'adhésion à la Sourate IV du Coran (Jésus n'est pas mort sur la croix), firent le reste ce qui explique que les Templiers aient ensuite volé à Constantinople en 1207 et caché le St Suaire (preuve de la crucifixion de Jésus) réapparu seulement en 1353 (46 ans après la dissolution de l'Ordre).

Pour Bardet, toutes ces magies prolongées par la rose-croix et la franc-maçonnerie recherchent le dédoublement psychique, le contact avec des entités, la promotion (comme les chrétiens sociaux) d'un Christ humain, dans la lignée de l'arianisme, au coeur même d'une France qui, placée sous le même archange (Michel) qu'Israël, est appelée à sauver le monde (p. 185). Papus avait déjà vu qu'en franc-maçonnerie, "les mystères du dédoublement conscient de l'être humain, ce qu'on a appelé la sortie consciente du corps astral... ont été développés pour constituer les degrés écossais, ajoutés par le Suprême Conseil de Charleston (en Caroline du Sud) vers 1802"... "et ces grades conduisant au dédoublement sont précisément, couronnés... par des grades Templiers" Cette maçonnerie "écossaise" était en fait américaine, et hébraïque avec la fondation du B'nai B'rith en 1843.

Tout cela n'est que supercherie pour Bardet car les dédoublements volontaires (magiques) ne font rencontrer que des "larves astrales". Le psychisme ne sort pas de lui-même (idem dans les exercices ignaciens des jésuites p. 305).

Le vrai dédoublement s'obtient par la voie ascétique (celle de la mortification) et la voie mystique (la mort spirituelle), qui est le renoncement à la volonté personnelle (St Jean de la Croix, Eze 1:12). Là la chair s'aligne sur l'esprit, mais l'esprit a encore à progresser et s'affranchir de ses propres frasques, et il doit continuer à progresser vers les demeures les plus intérieures de son château (Ste Thérèse d'Avila). La grâce de l'entrée dans la 5eme demeure peut advenir au moment le moins attendu par l'extase des Ténèbres comme ce fut le cas pour J de J qui n'était jamais passé par l'étape de l'oraison. Elle arrivait à tout moment à Anne Marie Taïgi (p. 334).

Une petite parenthèse à ce stade : un lecteur de ce blog qui a bien connu Gaston Bardet, me précise : "Gaston Bardet avait  demandé au docteur  Charles Villandre  un crucifix  reproduit d'après les  travaux du Docteur Pierre Barbet au sujet du  Linceul de Turin. Il me semble que ce crucifix était grandeur nature et comportait les détails anatomiques les plus précis révélés par  les photos en négatif de la Sainte relique. Gaston Bardet entendait  battre le cœur de Jésus à l'intérieur de cette très fidèle reproduction . C'est à partir de ce moment qu'il  ajouta  le prénom de" Jean" au sien propre: "Gaston". Dans ses livres, il parle de J de J. Il s'agit de lui-même soit "Jean de la Joie" Il avait en effet reçu les "grâces de jubilation" si bien décrites par Sainte Thérèse d'Avila."

On oublie trop souvent, nous dit Jean-Gaston Bardet p. 336, que l'intelligence puissante de St Thomas d'Aquin s'enracinait dans une propension très forte pour l'oraison. Il pouvait, sur cette base, se provoquer des extases à volonté comme beaucoup d'autres saints selon Richard de Saint Victor. Son biographe (Vita Sancti Tomae), Guillaume de Toccoprocureur du couvent des frères Prêcheurs à Bénévent représenté  en bas à gauche du tableau de Zurbaran ici , très sensible à la douleur, il se provoquait des extases en lieu et place de nos anesthésies, lorsqu'un chirurgien devait effectuer sur lui une opération chirurgicale. Bardet précise dans une note de fin de chapitre que lui-même a tenté d'entrer en extase pour une opération mais que cette initiative combinée aux effets de l'anesthésie l'a plongé dans une syncope bleue. Il pense que St Thomas était un homme à la peau fine comme les sélectionnait Swami Vivekananda pour en faire ses disciples.

P. 338 Gaston Bardet s'essaie à des observations médicales sur les effets de l'oraison. Il relève notamment l'apaisement des névroses, des angoisses, lié à un ralentissement de la vie végétative (ce dont, note-t-il, les taoïstes et les "yoguins" abusent). Il étudie aussi les maladies de l'Esprit que peuvent occasionner les extases mais aussi l'effet étrange de la communion spirituelle sur ces maladies comme une bronchite qu'il avait lui-même contractée dans une extase mais qui fut ensuite stabilisée pendant trois semaines au point que son médecin lorsqu'il l'examina pensa qu'elle n'avait que trois jours. Il condamne au passage le mot de "faiblesse" forgé par Ste Hildegarde pour les léthargies extatiques, y voyant les premiers effets funestes d'un humanisme naissant (le bébé qui s'endort contre le sein de sa mère vivrait-il dans la faiblesse ? demande-t-il).

Ces effets de l'oraison lui paraissent diamétralement opposés à ceux des "états hypnoïdes" (pratiqués en sophrologie, chez certains médiums etc) qui "consistent en un clivage de plus en plus accentués du cerveau antérieur (hémisphères cérébraux et cerveau intermédiaire ou diencéphale) et du névraxe : moelle et cerveau postérieur. Ce clivage  entraîne une dissociation de plus en plus grave de l'intelligence et de l'imagination, de la volonté et de la sensibilité, de la mémoire des concepts et de la mémoire des images, une suppression de la sensibilité, puis, progressivement, des cinq sens ainsi que de la motricité". Dans le sujet animal coupé de son cerveau antérieur, l'hypnotiseur peut insérer une image, une suggestion, comme fait le démon dans la tentation qui agit par l'imagination (cela une voyante me l'avait déjà dit...). Joseph Breuer sur cette base introduisait des images inconscientes dans le cerveau animal qu'il pouvait ensuite refaire surgir et manipuler. L'AMORC (le rosicrucisme américain) l'utilise pour plonger les adeptes dans des états qui les font rencontrer des entités.

Le magnétisme plonge aussi dans un sommeil comme l'hypnose mais sur un mode plus progressif. Bardet en décrit les étapes et témoigne qu'il a pu faire parler en anglais un sujet en état de cataleptie magnétique (p. 350) ce qu'il rapproche des cas de possession décrits par Mgr Saudreau, cité par L. Christiani (et cela est à rapprocher aussi du programme MK Ultra de la CIA). Cela conduit à des états de somnambulisme, perception à distance etc.

Au delà, c'est la dissociation du corps subtil (le "ka" égyptien) chers aux adeptes du yoga, et obtenu électriquement par le colonel de Rochas à l'aide d'une machine Wimhurst. Hector Durville les photographia. Le journaliste anglais adepte du yoga Paul Brunton (Raphael Hurst), a raconté son expérience dans la Grande Pyramide de Khéops de déboublement dans les années 1930, qu'il vécut comme un début de mort, avec une remontée de l'âme vers la poitrine et le cerveau et la sensation de basculer dans l'infini. Bardet explique en note de fin de chapitre que "son dédoublement inopiné provient sans doute des radiations dangereuses qui baignent le tiers inférieur de la Pyramide" (nb : sur les pyramides et l'électricité voir notre billet ici) et observe qu'ensuite Brunton n'aura que des expériences décevantes en Inde. Pour lui, c'est une expérience de psyché (nephesh), pas de pneuma (rouach). La part du nefesh qui sort est un ectoplasme froid, reptilien, sans intelligence, physique et donc affecté par le chaud et le froid (je vous renvoie à mon billet de 2018 dans lequel je relevais cette anecdote racontée dans la revue Smash Hits de 1988 par la chanteuse californienne bouddhiste ex-cocaïnomane Belinda Carlisle, de son contact en 1977 - à 19 ans - à Londres avec un ectoplasme froid).

Bardet revient ensuite sur les bilocations, celles du Padre Pio dont on a beaucoup parlé sur ce blog, celles de Mère Yvonne-Aimée de Jésus (aussi citée sur ce blog) celles du dominicain péruvien Martin de Porres, bilocations liées à une union supérieure avec le Dieu trinitaire. La même méthode d'opposition du mysticisme chrétien à la magie païenne et juive revient dans le chapitre VII sur la kabbale où il invoque l'autorité de St Bonaventure (et même des qaraïtes p. 406) contre Gershom Sholem et les tarologues.

Ceux qui se confrontent couramment au yoga, au New Age, à tous les coachs de "développement personnel" très en vogue en ce moment et de bien être pourront lire avec profit le chapitre VIII. « Approché par la Route de l’Est (identification), avait écrit en août 1948 Teilhard de Chardin dans "Comment je vois", l’Ineffable n’est pas Aimable. Atteint par la Route de l’Ouest (union), Il est dans la direction prolongée de l’Amour. Ce critère très simple permet de distinguer et de séparer comme antithétiques des expressions verbales presque identiques chez un chrétien et un indou » . Le penseur, nous dit JG Bardet, après s'être égaré dans une "synthèse philosophico-scientifique" et une aberration comme le "rôle cosmique de la sexualité" retrouvait ainsi la voie de la Trinité : aucun salut ne vient de l'Orient. La France après l'Allemagne (où la syllabe "oum" servait à conjurer depuis le XVIe siècle) est devenue en 1945 une terre de mission pour le yoga. L'opération nous dit Bardet était coordonnée par les francs-maçons qui savaient que la théosophie n'avait pas suffi à garantir l'importation du culte de la déesse mère sous nos latitudes (il s'appuie à ce sujet sur le livre de Jacques Lantier "L'extraordinaire aventure de la théosophie" paru en 1970). Le celtisme en Bretagne et au Canada n'est qu'un auxiliaire de cette tendance : "ce dernier pue l'hitlérisme sous couvert d'aryanisme", note l'auteur p. 420 qui cite un extrait non daté de la "Revue du Québec Libre" celtisante lequel disait : "Pourquoi parler des camps de concentration dans l'Allemagne national socialiste où, d'ailleurs, aucune chambre à gaz n'a jamais existé ?"...

Pas toujours ordonné dans ses démonstrations (c'est le moins qu'on puisse dire), JG Bardet fait un détour par la vie affective désastreuse des piliers du mouvement théosophiques que furent Helena Blavatsky, Annie Besant et Anne Kingsford. Puis il se confronte à la civilisation indienne : "Ce pays de mathématiciens, d'idéalistes - et non de mystiques, c'est à dire de réalistes - a dévié la notion d'éternité : Eternel Présent" (p. 422), tandis que les Indiens s'interdisaient justement de penser l'éternité en ajoutant des zéros (leur invention) aux années, ce qui entraîna un désespoir collectif devant le réel représenté par la doctrine de la réincarnation des bouddhistes et des jaïnistes.

Le Hatha-Yoga, nous dit Bardet, ne conduit pas à "servir" Dieu "mais à se transmuer en dieu par la violence de son énergie sexuelle, et le Jnana-Yoga n'est qu'un enfermement orgueilleux dans la connaissance de soi. Seul le Bakhti-marga comme recherche de l'unité avec le Bien-aimé trouve grâce à ses yeux. Il évoque au passage un échange qu'il avait eu avec le Swami Siddheswarananda qu'il avait rencontré dans les années 1950 pour lui dire qu'il se trompait sur St Jean de la Croix et qui mourut ensuite "très vite d'un cancer consécutif à ses pratiques" (p. 424).

Pour JG Bardet, le Hatha-Yoga consiste à "transmuer l'énergie due à la respiration et l'énergie sexuelle en énergie dite cérébrale", et il se livre à une analyse de l'énergie de nature électrique (qui est aussi celle des magnétiseurs) dont on constate la circulation avec l'acupuncture chinoise et d'énergies purement spirituelles dont le "gayographe" avec lequel il a travaillé pourraient enregistrer les variations. De ces énergies invisibles l'hindouisme dégage la notion de corps subtil mais qui n'est qu'une partie du corps glorieux chrétien et qui, bien qu'il survive au corps "lourd" après la mort physique, est voué à terme à la dissolution. Le Hatha-Yoga, union du soleil (ha) et de la lune (tha), est un travail sur la Kundalini-Shakti, le Serpente originelle (Alain Daniélou, Yoga, méthode de réintégration, L'Arche, 1951). "Aujourd'hui, le yoga qui nous est transmis n'est pas le yoga initial, le mode d'union de la Révélation primitive, mais le Yoga sexualisé de l'ancien matriarcat, c'est à dire la pire dégradation satanique de la Révélation de la Vierge Marie" (condamnée par le Concile d'Ephèse de 431 qui en la proclamant theotokos rompt toute confusion possible avec la déesse mère). La contraction du périnée (yoni) à la base des postures (asanas) n'est pour JG Bardet qu'une activation d'une vulve en tout un chacun, et un massage des parties sexuelles qui active une énergie laquelle conduit à des vibrations de l'hypophyse analogues à celle que provoquent le chant et la psalmodie - à ce stade on peut émettre une réserve : toute séance de yoga n'implique pas des contractions du périnée.

En bout de chaîne, aux yeux de Bardet, il y a le tantrisme, dernière invention indienne (selon Mircea Eliade, mais ce point est controversé) sous l'influence du taoïsme (je précise que cela est confirmé par Van Gulik). Pour JG Bardet qui s'inspire toujours des travaux de Daniélou qu'on a cités sur ce blog il y a 13 ans, il y aurait là une sorte de revanche du shivaïsme dravidien sur les vedas aryennes : "le sang noir l'a emporté (comme chez les Soufis) pour pousser à l'orgie" (sic). Cham qui s'est moqué de l'ivresse (mystique) authentique de son père, Noé, a bien mérité d'être maudit" (p. 434). Ce passage révèle une connaissance très superficielle du tantrisme, avec des clichés raciaux dignes de Benoist-Méchin, et du style de pensée très années 40 de l'administration vichyssoise. Sans doute le pire passage du livre.

Il y aurait selon Bardet une catalepsie yogique qui accélère le pouls là où les catalepsies de magnétiseurs fonctionneraient plutôt sur des ralentissements du pouls (mais là encore cette remarque ne correspond guère aux pratiques actuelles en Occident pour ce que je peux en savoir).

Pour terminer JG Bardet fait l'éloge de l'hésychasme, au moins dans sa version originelle car selon lui au Mont Athos, en Grèce, il est dénaturé par une volonté de "faire descendre la prière dans le coeur"... Il y a peu, comme je lui parlais de Bardet, un de mes lecteurs m'a adressé le "scan" d'une dédicace du livre de l'indianiste béarnais Jean Biès sur le Mont Athos (Editions Albin Michel) ainsi rédigée : "A Monsieur Gaston Bardet, qui me révéla, entre autres, dans son huitième chapitre de "Je Dors", le secret de la prière perpétuelle, je suis heureux de faire don de ce premier livre mien, - un essai sur nos frères séparés, une description d'un des derniers promontoires dominant encore l'An 2000. Jean Biès. Arros de Nay, 6 novembre 1963".

Jésus-Christ disait qu'on reconnaissait un arbre à ses fruits. Jean Biès, guénonien, s'est suicidé en janvier 2014, à l'âge de 81 ans, n'ayant pas supporté le décès de sa femme Rolande, qui était une admiratrice de la très jungienne Marie Louise von Franz... Disons le tout net : je ne suis pas très adepte de l'hésychasme (même si je défends évidemment la prière permanente mais sous d'autres formes), et cette affaire de suicide ne révèle pas une présence spirituelle très positive dans la maison de Jean Biès. Si Jean Biès est le "fruit" de l' "arbre" Gaston Bardet, il y a matière à s'inquiéter.

Un de mes amis orthodoxes me disait il y a quelques années qu'il y a danger à pratiquer la "prière du coeur" sans l'encadrement d'un Staretz. Je le crois volontiers. Gaston Bardet, lui, suggère de se préparer à l'extase mystique par la simple répétition mentale perpétuelle "d'une phrase mariale" (p. 480). "Une paix, purement psycho-somatique, commence à se faire sentir. Quand vient le soir, il ne faut plus rien faire qui puisse empêcher l'invasion de l'Esprit. Pour faciliter cette plongée, il faut se garder de faire oraison à genoux ou dans toute position nécessitant le contrôle de l'équilibre". S'asseoir dans un fauteuil, dans le silence, réciter avec un rythme lent, pendulaire, des litanies. "Ne rien chercher, aucun exercice touchant de près, ou de loin, à l'hésychasme et au yoga" (sans doute vise t il l'hésychasme "dégénéré" qu'il n'avait pas encore bien identifié en 1963 quand Jean Biès lui dédicaçait son livre). Pour finir il décrit les effets de cet abandon, et même les observations qu'il a pu en tirer au "gayographe"...La démarche même de se mettre dans un fauteuil le soir pour se rapprocher de Dieu parce qu'on l'a lu dans le livre de Gaston Bardet ne serait-elle pas en soi contraire au principe même d'abandon à la volonté du Créateur qui exclut par principe toute initiative ou tout "plan" personnels ? Nous terminerons ici la lecture sur cette question.

Voilà, en résumé (un résumé fort long j'en conviens mais je m'en servirai comme d'un aide-mémoire), le contenu du livre que je voulais vous exposer. A l'heure d'émettre une appréciation globale, il est difficile de juger l'expérience et le savoir exposés par Jean-Gaston Bardet. Beaucoup sont prompts à catégoriser "c'est de Dieu" "c'est du diable"... Au niveau théorique, on ne sait ce que vaut son travail sur le "shin" et sur le tétragramme. La volonté de travailler sur une langue réputée venir directement de Dieu, l'hébreu, en la soustrayant aux erreurs de la sorcellerie kabbalistique (et maçonnique) est louable. Je suis bien incapable de dire si elle est réussie (j'espère seulement que la connaissance de la kabbale par l'auteur n'est pas aussi biaisée que celle du tantrisme...). Au niveau pratique, les extases sont réelles. Sont-elles de Dieu ? On ne sait ce qu'il faut déduire du fait que Bardet mente à leur sujet en les imputant à un certain J. de J. alors que c'est lui qui les a vécues. Ce geste, en tout cas, lui, n'est pas de Dieu. De même on peut s'interroger sur l'impact de tout cela sur sa vie, son remariage avec une jeune femme, dont il eut une fille qui aujourd'hui étale ses états d'âme dans les médias du système 666, exactement dans le langage que ceux-ci veulent entendre. On sait que Ste Marguerite de Cortonne avait abandonné son fils en entrant au couvent : Mauriac reconnaissait que c'était l'ombre principale au tableau de sa sainteté. Est-ce que le sort donné à la progéniture est le critère de vérité d'une doctrine ? Question délicate de l'articulation entre théorie et pratique... Il est possible que Bardet ait été encore trop tributaire de Papus et des expérimentateurs de tout poil auxquels il ne faisait que tenter d'opposer un christianisme pur, puisque son christianisme lui-même se faisait expérimental et spéculatif, avec un pendule à la main. Le statut de sa recherche renvoie à celui de la recherche empirique. Y a t il une "science chrétienne" ? Faut-il fuir le travail mi-rationnel mi-inspiré autour du surnaturel ? On sait quel tribut la protestante Doreen Virtue paya au fait d'avoir grandi dans une famille adepte d'un mouvement américain qui se baptisait lui-même "science chrétienne" (elle attribue à cela son errance dans le "New Age"). Mais condamner l'observation expérimentale, n'est ce point également condamner St Thomas d'Aquin et même St Augustin qui lui aussi s'était interrogé sur les fantômes et les bilocations (voir ici) ?

Peut-être Augustin eut-il au moins la sagesse de ne pas consacrer des livres entiers à cela, et, après avoir vaguement soulevé les questions, laisser l'entière réponse à Dieu. Le livre de Bardet a en tout cas le mérite de présenter un état des connaissances assez érudit sur le parapsychisme et le surnaturel à la date du début des années 1970, avec une volonté sincère de ne pas céder aux sirènes de l'orientalisme, de la sorcellerie ou du New Age. A ce titre, il mérite une place dans nos bibliothèques.

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Le voile des cheveux et les anges

10 Janvier 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps, #Histoire des idées

Il y a quelques années (2013), un spécialiste des textes sacrés, James D. Tabor, de l'université d'Etat de Pennsylvanie dans "Paul and Jesus" (p. 162), examinait la première lettre de St Paul aux Corinthiens et expliquait que dans cette lettre quand l'apôtre écrit (1 Cor 11-15) que la femme ne doit pas avoir les cheveux longs par respect pour son mari, car ses cheveux sont son voile, il condamne la mode romaine de relever les cheveux pour exposer le cou et les boucles d'oreille. Voir aussi 1 Tim 2:9 qu'elles "ne se parent ni de tresses, ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux", les tresses "braided hair" renvoient à cette mode et 1 Pierre 3:3. On sait jusqu'où allait l'exhibitionnisme des aristocrates gréco-romaines dans le monde méditerranéen antique : voyez au Ve siècle le cas de Sainte Pélagie, qui avant de se convertir, passait  dans les rues d’Antioche - « ne portant sur elle que de l’or, des perles et des pierres préciseuses, même ses pieds nus étaient couverts d’or et de perles » (adornata ita, ut nihil videretur super ea nisi aurum et margaritae et lapides pretiosi; nuditas vero pedum ejus ex auro et margaritis erat cooperta), ce qui émut l’évêque Nonnos. L'importation de la soie translucide notamment avait terriblement contribué à cette dérive.

Le pouvoir que la femme doit garder sur sa tête est une protection contre les anges déchus de Genèse 6:1-4 qui, croyait Paul, étaient présents dans toutes les assemblées (notamment quand des gens qui avaient participé aux sacrifices païens venaient à la table chrétienne) ou pouvaient s'introduire dans les groupes exerçant des dons charismatiques. Il existe une autre hypothèse. Les manuscrits de la Mer Morte ont montré que diverses sectes juives pensaient que les anges saints pouvaient être présents dans les assemblées. Le théologien catholique Joseph A. Fritzmyer (1920-2016) dans "A Feature of Qumrân Angelology and the Angels of I Cor. xi. 10," a avancé que la recommandation pouvait valoir seulement pour ne pas faire fuir les anges purs qui n'auraient pas supporté l'impudeur. Tabor précise que les règles de soumission des femmes ne sont valables que sous l'ancienne loi lié au péché originel d'Adam et Eve dans l'attente que l'homme retrouve son androgynéité première en Christ (cf nos remarques sur Antoinette Bourignon).

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Les travaux de Joseph Davidovits sur le patriarche Joseph

19 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme, #Histoire secrète

En réponse à mon billet sur les travaux Douglas Petrovich qui identifient le patriarche Joseph au vizir Sobekemhat, le blogueur JiDé de "Des Trésors cachés dans le Sable", me fait remarquer que Joseph Davidovits l'identifie pour sa part au scribe Amenhotep (ce qui se prononce Amenophis) fils de Hapou  mort vers 1350 av JC, c'est à dire 500 ans après Sobekemhat.

J'ai tenté de creuser un peu le sujet. J. Davidovits, né en 1935, inventeur du concept de géopolymère, spécialiste des bétons romains, se présente comme un égyptologue francophone. Son fils Frédéric Davidovits a découvert, en 2003, à la bibliothèque universitaire de l'UFR de lettres de Caen un livre "Le Temple du scribe royal Amenhotep, fils de Hapou (Fouilles de l'Institut français d'archéologie orientale du Caire) " (1936) d'Alexandre Varille (1909-1951). Ce livre permet à Joseph Davidovits de compléter  sa recherche menée depuis vingt ans pour identifier le patriarche Joseph. Le livre de Varille, occulté par l'égyptologie officielle, comprend une fresque de 3 m X 4 m dont on ignore où elle se trouve alors qu'elle devrait être la plus grande découverte archéologique du XXe siècle, affirme le Pr Davidovits dans cette vidéo du 17 juillet 2013. Est-elle délibérément cachée ? S'agit-il d'une volonté du gouvernement égyptien d'occulter l'histoire d'Amenhotep III (1386-1353 av JC le pharaon représenté en colosse de Memnon) et d'Akhenaton (1365-1338) dont l'administration locale empêche l'accès aux document ?

La fresque démontre l'historicité d'Amenophis fils de Hapou (1437-1356 av JC), de son origine sémitique. Joseph Davidovits a retrouvé trois frères ce cet Amenophis. Descendant d'un de ses frères Hévy (et non Lévy) comme l'indique le Bible, Moïse aurait été administrateur du temple mémorial d'Amenophis (dans la nécropole de Thèbes, près de la Vallée des Rois) qui aurait été une sorte de "grande abbaye" où l'on stockait la sagesse de l'époque. Après des troubles sociaux des hébreux (artisans égyptiens, selon Davidovits, enrôlés dans la construction de la ville hérétique d'Amarna par Akhenaton) , Moïse se serait réfugié dans la région de Madian, zone minière autour du golfe d'Aqaba liée au temple d'Aménophis (qui l'approvisionnait en cuivre). Moïse aurait été accueilli à Madian par les "ouroub", artisans de la même famille que les hébreux (oubrous), exilés à Madian, et qui seraient les ancêtres des Arabes. L'Exode aurait eu lieu vers 1060 av. JC (200 ans après la date retenue par les historiens bibliques).

Joseph Davidovits veut pour preuve de ses allégations le fait que le texte de cette fresque trouvée par Varille est repris mot pour mot dans la Bible, Genèse 41:41  : "vois je te mets à la tête de toute l’Egypte. ", puis en 42 "Pharaon ôta son anneau de la main, et le mit à la main de Joseph; il le revêtit d'habits de fin lin, et lui mit un collier d'or au cou" : Au bas de la fresque il est écrit "Il reçut des ornements en or et en toutes sortes de minerais précieux. Son corps fut habillé d'étoffe délicate et de lin de première qualité. Un collier en or pur et en toutes sortes de matières a été passé à son cou". Genèse 41:46 dit encore : "Joseph était âgé de trente ans lorsqu'il se présenta devant Pharaon, roi d'Egypte". Le texte de la fresque dit"An 30, le grand scribe royal Amenophis, s'est incliné devant sa Majesté". Pharaon y nomme Joseph (Gen 41:45) : çaphenat-paneah (sapnath-panéakh), un nom qui ne signifie rien en hebreux, mais qui doit être d’origine égyptienne. Or selon l’auteur çaphenat-paneah est le nom égyptien Amenophis Fils de Hapou. Si on l'écrit en hébreu de droite à gauche : hnap snphts  cela donne en rajoutant voyelles Hanapu Senophits ou Hanapu Amenophits. Le détail surprenant de la fresque est que, précisément, le nom d’Amenophis est aussi écrit en hiéroglyphe de gauche à droite. Il y a donc concordance entre le texte de la fresque et celui de la Bible. 

Ce texte de 1 100 ou 1 400 av JC serait le plus ancien document égyptien copié dans la Bible.

Il faudrait organiser un dialogue entre le Pr Davidovits et le Dr Douglas Petrovich...

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L'élamite linéaire déchiffré par le français François Desset

19 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Otium cum dignitate

 L’archéologue français François Desset, du Laboratoire Archéorient à Lyon, a annoncé le 27 novembre 2020 qu’il avait réussi à déchiffrer des inscriptions en élamite linéaire vieilles de 4 400 ans dans le Royaume d'Elam au sud-ouest de l'Iran actuel. Contrairement au cunéiforme mésopotamien (apparu semble-t-il au même moment), qui est un système d’écriture mixte alliant des phonogrammes (signes transcrivant un son) à des logogrammes (signes transcrivant une chose, une idée, un mot), l’élamite linéaire présente quant à lui la particularité, unique au monde au 3ème millénaire avant J.-C., d’être une écriture purement phonétique (avec des signes notant des syllabes, des consonnes et des voyelles). Le magazine Sciences et Avenir précise que  le "déclic" du déchiffrement s’est produit en 2017, après dix ans de recherches, lors de l’analyse d’un corpus de 8 textes rédigés sur des vases en argent, qualifiés de "vases gunagi", datés vers 2000-1900 avant J.-C. et venant de tombes de la région de Kam-Firouz (à l’heure actuelle conservés dans une collection privée à Londres). Comme ces vases présentaient des séquences de signes très répétitives, standardisées à vrai dire, l’archéologue a pu ainsi repérer les signes servant à noter les noms de deux souverains, Shilhaha et Ebarti II (ayant régné tous les deux vers 1950 avant J.-C.) et de la principale divinité vénérée alors dans le sud-ouest de l’Iran, Napirisha.

François Desset devient donc la troisième gloire française du déchiffrement après l’abbé Barthélémy (1716-1795) qui a en 1753 décrypté l’alphabet palmyréen, puis, en 1754, l’alphabet phénicien et Jean-François Champollion (1790-1832) qui a déchiffré les hiéroglyphes égyptiens.

il coiffe sur le poteau notamment  (en utilisant sa base de données) Jacob Dahl de l'université d'Oxford qui en 2012 se disait sur le point d'arriver au même résultat.

L'élamite est considéré par la grande majorité des linguistes comme un isolat linguistique , car il n'a pas de lien démontrable avec les voisins langues sémitiques , les langues indo-européennes , ou sumérienne , bien qu'ayant adopté sur le tard l'écriture cunéiforme akkadienne . Divers chercheurs russes ont cru trouver une souche commune avec le dravidien (Inde du Sud) mais cela est contesté. De même on n'a pas d'idées précises du rattachement ethnique des Elamites, d'autant que plusieurs types de peuplements semblent s'être succédés dans le royaume d'Elam. Certaines représentations ont pu laisser penser qu'il s'agissait d'une population à peau noire. Enrique Quintana Cifuentes de l'université de Murcie (Espagne) note que ce fut probablement le cas sous la dynastie d'origine indienne des Simashki (1930-1880  av. JC, c'est à dire juste après Shilhaha et Ebarti II et les vases gunagi ou juste à la même époque à quelques décennies près, quelques décennies avant le règne de Sesostris III en Egypte dont on parlait ici), bien que la Bible en Génèse 10:22 situe Elam dans le lignage de Sem (et des sémites).

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