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La tarologie appliquée au signe de la Balance pour novembre 2019

28 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Médiums

Il y a tout de même quelque chose de très étrange dans la voyance.

Je vous suggère l'expérience suivante que j'ai faite (sous l'inspiration de l'Esprit saint, et sans l'avoir du tout préméditée à titre personnel) au cours des derniers jours : regardez les prédictions pour les Balances (mon signe) pour le mois de novembre ici, ici, ici, et.

Vous trouvez chez des voyantes qui ne se sont pas concertées entre elles le même thème sur les principaux axes : vous n'en pouvez plus de votre vie (la carte des dix épées), vous avez besoin qu'on vous rende justice, mais un processus de transformation très favorable est à l'oeuvre pour vous sans que vous y fassiez quoi que ce soit, et vous allez faire une rencontre passionnelle.

Certaines voyances se recoupent même dans les détails (un cadeau vous sera fait à travers un document à signer, vous sortirez dans des soirées etc).

Je crois qu'on ne peut pas, comme le font beaucoup de fondamentalistes protestants, dire que la voyance s'adapte au public à travers un "démon familier" qui dessine pour la cartomancienne un profil. Parce qu'ici il s'agit de l'ensemble d'un signe du zodiaque qui est concerné, et donc, à supposer que ce soit un démon qui oeuvrât dans la voyance, il faudrait admettre que ce fussent les trois stoicheia (les trois démons des décans) du signe de la Balance et non un "esprit familier" propre à chaque auditeur.

A titre personnel, autant j'ai admiré le courage de la conversion de la médium Doreen Virtue en 2017, autant j'ai été ensuite déçu de l'entendre parler d'astrologie avec une autre repentie du New Age soi-disant spécialiste dans l'horoscope et qui ne sortait à ce sujet que des opinions de café du commerce du type "ah oui, l'astrologie n'est qu'une manière de dire des généralités sur les gens en faisant semblant qu'elles s'adaptent à leur cas". Ici l'idée d'être accablé au point de ne plus supporter l'injustice qui nous est faite n'est pas une idée "vague et générale" que n'importe quel natif du signe de la Balance. On ne peut pas penser que la voyante la lance "au hasard" en essayant de "ramasser" au passage quelques personnes susceptibles d'être concernées par cet état d'esprit parce qu'alors on ne comprendrait pas pourquoi toutes les voyantes qui se penchent sur le signe de la Balance voient le même accablement pour tous les gens nés de ce signe (cela me fait penser à un ami agnostique qui, en 2015, m'avait dit que le médium qui avait deviné que mon grand père était mort "quand j'avais 14-15 ans" avait lancé le chiffre au hasard, comme on mise sur un chiffre au casino). Si elles voulaient "ratisser large", l'une parlerait de gens accablés, l'autre parlerait de gens joyeux etc.

Je ne suis pas non plus complètement convaincu par la thèse selon laquelle les voyantes sont nécessairement des "briseuses de ménages", car vous verrez que certaines voient le changement énergétique sous l'angle de la venue d'une nouvelle personne dans la vie du client, mais d'autres envisagent cela sous un angle plus intérieur et spirituel. On a l'impression que le côté briseur de couple dépend beaucoup de la personnalité de la cartomancienne qui interprète les signes. Ceci vient aussi nuancer ce que j'écrivais il y a peu sur le côté très féminin du monde des interprètes des "stoicheia"... Je parcourais hier le blog d'un guénonien (un disciple de feu le professeur René Guénon) qui vantait l'astrologie italienne de la Renaissance et de l'époque classique parce qu'elle était faite par des hommes - pensons à Campanella qui fit le thème astral de Louis XIV (à la demande de la très pieuse Anne d'Autriche...).

Je suis d'accord avec les fondamentalistes sur le fait qu'il faut laisser la connaissance de l'avenir à Dieu, et sur la condamnation de l'astrologie par la Bible. Assurément nous n'avons pas à subir le joug des stoicheia (Galates 4:3), mais leur dénonciation ne nous autorise pas à dire n'importe quoi à leur sujet, ni à mentir. Admettons qu'il y a bien une "bizarrerie" dans cette homogénéité des gens soumis à un même signe, bizarrerie sans doute liée à l'homogénéité des forces spirituelles qui gouvernent un signe (par exemple il est dit que la dynamique de changement qui gouverne novembre est due à la position d'Uranus : ça c'est un astrologue qui l'expliquait dans une autre vidéo sans référence au tarot, mais il est intéressant que les cartomanciennes le "captent" à travers leur "outil") et une étrangeté dans le fait que les tarots puissent en rendre compte, sans qu'on puisse réduire cela à la thématique des "démons familiers".

Je ne pense pas que cela rende légitime une "catholicisation" des arcanes du Tarot comme l'essaya Valentin Tomberg récemment vanté par Roger Buck, dans la lignée de l'ésotérisme chrétien français à la Péladan et Eliphas Lévy. Il faut rester extérieur à cela, comme au kabbalisme chrétien de la Renaissance (Marsile Ficin, Reuchlin) ou à l'alchimie. Mais y être extérieur ne nous autorise pas à dire ou penser n'importe quoi à leur sujet.

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Saint Paul, les "stoicheia", l'astrologie et la Déesse-Mère

26 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps

Il y a quelques mois, on avait parlé ici de l'astrologie "chrétienne"(à supposer que ce ne soit pas un oxymore...) médiévale et contemporaine à propos d'un livre de Denis Labouré. Il me faut maintenant vous parler d'un texte de 2008 d'un certain Kevin von Duuglas-Ittu, un publiciste qui se présente aujourd'hui sur les réseaux sociaux comme un "écrivain spinoziste". Ce texte, très dense, à la fois évoque la question de l'astrologie, mais aussi ouvre intelligemment des pistes de réflexions sur le rapport du message christique à la sorcellerie de l'époque romaine, et de notre époque (qui paraît très pressée de retourner aux ombres d'il y a 2000 ans...).

Le texte, publié ici en anglais, s'intitule "The Condensation of Specificity: Paul’s Use of “stoicheia”" (la condensation de la spécificité, l'usage par Paul de 'stoicheia'). Je vais vous en exposer le contenu en ajoutant mes remarques personnelles et quelques ponts avec d'autres lectures.

Commençons tout d'abord par préciser que ce monsieur von Duuglas-Ittu, "spinoziste" n'est pas chrétien, ou, en tout cas, ce n'est pas en tant que chrétien qu'il a écrit sur Paul. Tout comme l'historienne française Renée Koch-Pètre dont j'ai souvent cité l'article d'il y a quinze ans sur Paul devant les philosophes de l'aréopage, l'auteur admire Paul l'intellectuel pharisien (celui qui a connu les écoles philosophiques de Tarse), et ses "stratégies discursives". Evidemment nous autres chrétiens savons que tout don intellectuel vient de Dieu, il a été façonné par lui avant notre naissance, parfois lui-même nous a encouragé à la cultiver, ou le diable s'en est emparé à certains moments de nos vies, mais, dans le cas de Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas et son abandon total à Dieu et à Jésus-Christ dont il persécutait les disciples, par son intelligence l'Esprit saint lui-même parle, du moins la plupart du temps (il est des moments précis dans les épîtres où il annonce que les intuitions qu'il formule ne viennent pas de Dieu mais de lui-même, mais ce sont des cas très rares), et donc les "belles réussites" rhétoriques de Paul sont autant des accomplissements de l'Esprit saint en lui, que le résultat de la mise en oeuvre de dispositions antérieures à ses conversion. Ce sont des réussites "inspirées", qui sont donc riches d'enseignements pour les situations que nous mêmes devons affronter (puisqu'elles sont en tant que telles intemporelles) autant que pour comprendre en quoi l'apôtre a pu rapidement convertir les masses dans le bassin méditerranéen en son temps.

En prenant les choses seulement sous l'angle humain (avec tout le décodage que nous mêmes devons appliquer sur le volet surnaturel), la démonstration de von Duuglas-Ittu s'attache surtout à montrer que sur un mot, l'apôtre parvient à cristalliser de nombreuses significations et couvrir un panel sémantique très large, qui touche plusieurs publics à la fois, et plusieurs plans existentiels dans la vie des gens (de son époque - et, ajouterons nous, de la nôtre). Les deux termes grecs qui l'intéressent ici sont Nomos (la Loi) et Stoicheia (les Eléments naturels).

Le texte où se déploie l'assimilation entre les deux termes est le chapitre 4 de la lettre aux Galates, qui fait immédiatement suite au passage "il n'y a ni Juif ni Grec", ce qui interdit de n'y voir qu'un texte destiné à des Juifs. Il commence comme ça :

"01 Je m’explique. Tant que l’héritier est un petit enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, alors qu’il est le maître de toute la maison ;

02 mais il est soumis aux gérants et aux intendants jusqu’à la date fixée par le père.

03 De même nous aussi, quand nous étions des petits enfants, nous étions en situation d’esclaves, soumis aux forces qui régissent le monde (ou les principes élémentaires du monde - stoicheia).

04 Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi (nomos) de Moïse,

05 afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi (nomos) et pour que nous soyons adoptés comme fils.

06 Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

07 Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c’est l’œuvre de Dieu.

08 Jadis, quand vous ne connaissiez pas Dieu, vous étiez esclaves de ces dieux qui, en réalité, n’en sont pas.

09 Mais maintenant que vous avez connu Dieu – ou plutôt que vous avez été connus par lui – comment pouvez-vous de nouveau vous tourner vers ces forces inconsistantes et misérables, dont vous voulez de nouveau être esclaves comme autrefois ?

10 Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années !

11 J’ai bien peur de m’être donné, en vain, de la peine pour vous.

12 Frères, je vous en prie, devenez comme moi, car moi je suis devenu comme vous."

Ce texte fait suite à la tentation qu'ont eue certaines églises galates d'Asie mineure de rétablir en leur sein la circoncision. Comme le résume Kevin von Duuglas-Ittu, "en cherchant à se circoncire, les Galates risquent de retomber dans leur enfance sous le joug des stoicheia, des gardiens et domestiques du domaine"." Mais quels sont, ou qui sont les 'stoicheia' de Galatie ?" ajoute l'auteur qui ainsi va ouvrir une réponse assez vertigineuse.

Le terme a été controversé nous dit-il. Le théologien Eduard Schweizer (1913-2006), au vu de l'utilisation du vocable par la philosophie grecque et romaine, d'Empédocle à Plutarque en passant par Philon d'Alexandrie estime qu'il s'agit des éléments du monde naturel (par exemple, le feu, l'eau, la terre et l'air) et, ce ne seraient donc que des puissances «craintes mais non vénérées», bien distinctes d'un «groupe de démons» ou d'esprits susceptibles de gouverner le monde. Clinton Arnold, de l'université d'Aberdeen, a pour sa part repéré le sens très spécifique de stoicheia dans la magie et l'occultisme gréco-romains. Il se fonde notamment sur les Papirii magiques grecs (PGM IV .40-41), dans lesquels ce mot désigne les démons (mais oui !) qui régnaient sur chacun des 36 décans astraux du zodiaque et auxquels correspondaient une lettre (*)...  Cette signification technique du terme était répandue dans les textes occultes de l'empire romain et se retrouve même dans le texte de magie juive "Le Testament de Salomon.comme se référant aux mêmes «36 décans également appelés« démons »".

Personnellement je me suis déjà un peu arrêté à la lecture de ce passage, parce qu'il ne m'était même pas venu à l'esprit qu'on puisse appeler les décans du zodiaque des "démons", même si on laisse à ce terme le sens un peu neutre qu'il avait dans l'Antiquité (comme le démon de Socrate ou celui de Marc-Antoine). Même les prédicateurs les plus hostiles à l'astrologie sur You Tube se hasardent à assimiler les décans à des démons. Pour ma part j'ai découvert le mot stoicheia à travers une conférence du prédicateur suisse évangélique Pierre Amey, dans un contexte où il parlait d'astrologie (nombreux sont donc ceux qui rattachent les stoicheia au zodiaque), mais je ne l'avais pas du tout compris au sens de "démons".

Von Duuglas-Ittu propose de ne pas séparer ces deux niveaux de compréhension du terme. Pour un esprit antique, le feu peut être lié à un démon astrologique qui l'anime, et donc le terme stoicheia vaut pour l'élément naturel comme pour sa cause spirituelle.

Il encourage aussi à avoir une conception large de la Loi et des traditions auxquelles Paul rattache ces stoicheia. Comme on l'a souligné plus haut, le texte fait suite à une exhortation à ne plus distinguer Juifs et Grecs, il serait donc peu approprié de n'entendre la loi que comme celle de la Torah juive imposant la circoncision. En Galatie, observe von Duuglas-Ittu,  région peuplée de Celtes hellénisés, à l'époque de Paul le culte dominant est, depuis mille ans, celui d'Agdistis, que les Romains appellent Cybèle, la Grande Déesse Mère, qui inspira l'Artèmis d'Ephèse, et (voyez mon livre sur la Nudité) la première représentation d'une déesse nue par Praxitèle (dont on a reparlé ici en 2016), ce qui n'est pas sans importance pour notre compréhension de l'importance du nu féminin à la Renaissance et jusqu'à la pornographie contemporaine, bref, pour la compréhension de l'esthétique moderne : il faut remonter à Cybèle, et même à la nudité terrifiante d'Ishtar/Inanna qui régnait sur Israël à l'époque des prophètes. Comme l'écrivait en 1999 Susan Elliott (dans une étude biblique spécifique sur la Lettre aux Galates "Choose Your Mother, Choose Your Master: Galatians 4:21-5:1 in the Shadow of the Anatolian Mother of the Gods,"), «la région de Phrygie et de Galatie »(Actes 16: 6, 18:33) était dense en représentations locales de la Mère des Dieux. La liste des lieux de Phrygie qui attestent de la dévotion à la Mère des Dieux couvre de fait toute la carte »(673) (η). Toute référence à la loi, à la coutume et aux pouvoirs renvoie nécessairement, observe von Duuglas-Ittu, à cette divinité omniprésente : le public de Paul ne pouvait pas ne pas avoir cela à l'esprit.

Cybèle, la déesse mère, était très associée à la conservation de l'autorité civique. Elliott a expliqué que son temple (le Metroion - la "maison de la mère", je rappelle au passage qu'on nommait ainsi également la maison de Pythagore à Cortone, car tous ces aspects de l'occultisme se tiennent) était souvent le lieu de stockage des lois (et notamment les lois de propriété, les testaments, ce qui "colle" parfaitement au propos de Paul sur l'hériter, propriétaire de la ferme), notamment à Athènes...

Pour les Galates, un enfant esclave dans une maison dominée par la loi est forcément sous l'emprise de la Cybèle.

Or, dans le temple de la déesse mère à Pessinonte, le centre national du culte de la déesse où l'on vénérait une pierre de foudre de la déesse, écrit Elliott, des adorateurs, après avoir revêtu une robe qui les féminisait, sous l'empire de la possession de la déesse, se castraient, et devenaient hiérodules, c'est à dires esclaves de la divinité. 

Lorsque Paul écrit au chapitre 5 verset 12 de la même lettre" Quant aux agitateurs, qu'ils s'émasculent eux-mêmes" (c'est ainsi qu'Elliott traduit la version très édulcorée de nos Bibles), les lecteurs galates de la lettre de Paul comprennent parfaitement ce que signifie l'équivalence tracée entre loi de circoncision et castration, qui renvoient au domaine des esclaves de Cybèle émasculés, travaillant pour des Temples où l'on archive les lois.

A titre personnel, je verrais tout autant le lien entre cet univers circoncision-déesse mère-loi, et le monde de l'astrologie. "Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années !" Qui ne voit pas qu'il s'agit là d'une référence aux cycles cosmiques et à la lecture des astres qui règlent l'organisation quotidienne de la cité et le travail de chacun ? Vous savez ce que dans le monde romain notamment - voir le livre de Schiavone sur l'invention du droit romain, et nos remarques sur la voyance étrusque chez Lucain).

Très justement von Duuglas Ittu en conclut que le propos de Saint Paul n'est pas de dire si les stoicheia, ces démons qui gouvernent les décans du zodiaques, et les éléments naturels, sont réels ou pas. Ce n'est pas une question d'ontologie. C'est une question d'éthique. On choisit d'être l'esclave de la loi et des stoicheia (et donc du système démoniaque de la déesse mère) ou celui de Jésus-Christ, et il n'y a pas de troisième option possible. C'est un choix entre deux univers dont toutes les connotations sont remarquablement condensées par la rhétorique paulinienne mais à laquelle nous qui ne connaissons pas la Galatie du Ier siècle de notre ère ne comprenons que très partiellement.

J'avoue que je ne m'attendais pas à trouver à cet endroit de la Bible un texte qui parle d'astrologie (c'est davantage l'Ancien testament qui la condamne en des termes non équivoques). Il le fait dans une résonance étrange avec le culte de la déesse-mère, avec le dispositif des lois gréco-romaines, et... avec la circoncision et la Torah... Cela me fait un peu penser à ce livre rempli de coquilles mais intriguant "Le quatrième royaume de Daniel selon l'Evangile" de l'anonyme Fidelis Verax qui voit dans la prophétie de Daniel l'annonce de l'alliance entre le Sanhédrin juif et la puissance romaine. Voilà un autre lien étrange qui se joue ici entre circoncision et loi impériale. La thèse de Barbara Aho que j'évoque dans mon dernier livre sur la dette de la kabbale juive à l'égard de la déesse-mère (et Lilith...) trouve aussi dans ce texte de Paul "raffraîchi" par Susan Elliott et par Kevin von Duuglas-Ittu un écho intéressant.

Il y a quelque chose de très édifiant dans cette féminisation de la Loi, qui n'est pas le "Non dupe erre" façon Lacan (ici au contraire de la psychanalyse le père donne l'Esprit et non la loi), mais une férule féminine. On n'est qu'à moitié surpris par les liens symboliques qui unissent astrologie, occultisme féminin (j'ai parlé de ses prolongements dans le féminisme de "Je suis Cute" en 2018) et par l'andogynisme auquel l'esclavage de la loi conduit (à rapprocher  de l'agenda "transgenre", "gender neutral" de l'ordre antéchristique actuel). Tout l'enjeu est de devenir fils du père (et cela vaut aussi pour les femmes puisque Paul a dit plus haut qu'il n'y avait pas d'hommes et de femmes en Christ) pour pouvoir régner sur la ferme ou sur le "ranch", et non pas soumis à la loi maternelle : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

Il faut crier au père et non à la mère, et c'est le plus dur pour ces "baby christians" galates saturés d'effigies de la déesse-mère (leurs voisins d'Ephèse bientôt dans un concile resté célèbre dans les anales catholiques allaient proclamer Marie "mère de Dieu"). Sortir du zodiaque et de ses petits démons ensorceleurs, de ces dames qui vous font votre horoscope, des temples de la loi dédiés à Mère nature, et à ses cycles saisonniers funestes (et pour notre époque de l'obsession écologique pessimiste), pour devenir fils de Dieu maître en sa demeure, c'est à dire futur administrateur du royaume céleste qui vient, de la "Jérusalem d'en haut qui est libre" comme Paul le dit un peu plus loin dans la même lettre aux Galates (Gal 4-26)...

Un peu plus loin Paul (Gal 4:21 et suiv) dira aux Galates que s'ils veulent vraiment une loi (sous-entendu une mère), ils n'ont qu'à se mettre dans la filiation de celle qui enfante pour la liberté, non pas l'esclave d'Abraham, Agar ("le mont Sinaï en Arabie, elle correspond à la Jérusalem actuelle" sic) mais la Jérusalem céleste promise à la liberté. Je ne développe pas davantage sur cette Jérusalem actuelle assimilée à Agar (comme les musulmans !... lesquels eux aussi vénèrent leur bétyle à la Mecque...). Cette lettre aux Galates est une mine de réflexion !

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(*) On comprend mieux l'application du mot "stoicheia" à la succession des lettres des décans du zodiaque quand on lit dans le Grand Dictionnaire Larousse du XIXe siècle à la rubrique "élément" :

" Le mot élément vient directement du latin elementum, dont la signification propre et primitive était probablement lettre de l'alphabet. On a supposé, mais nous doutons fort qu'on l'ait fait sérieusement, que ce mot a une origine purement alphabétique et qu'il était formé de trois lettres l.m.n, comme le mot alphabe,- o alphabêtos,– ou comme nous disons l'ABC. Dans tous les cas, ta signification étymologique d'elementum n'est rien moins que claire, et l'on n'a pas encore donné une explication satisfaisante du grec stoicheion, qui en latin est rendu par elementum. On nous dit que stoicheion est un diminutif de stoichos, petite verge ou tige dressée, spécialement le style du cadran solaire ou l'ombre qu'il projette. Sous stoichos, nous trouvons la signification de rangée, d'enceinte de toiles de chasseurs, et on nous dit que le mot est identique avec stichos, ligne, et avec stochos, but. Comment la voyelle radicale a pu se changer d'i en o et en oi, c'est ce qu'on n'explique pas. On peut se demander, du reste, pourquoi ce nom de stoicheia a été donné par es Grecs aux éléments ou parties primordiales et constitutives des choses. C'est un mot qui a eu une longue histoire. De la Grèce il a passé dans presque toutes les parties du monde civilisé, et il mérite, par conséquent, que l'étymologiste s'arrête pour en retracer la généalogie, d'autant plus que l'origine de ce mot pourra nous servir à retrouver plus facilement celle de son analogue elementum. Le grec stoichos d'où vient stoicheion, signifie une file ou rangée, comme stix et stichos dans Homère. Le suffixe eios est le même que le latin eius, et signifie ce qui appartient à quelque chose ou en a la qualité. Stoichos signifiant rangée, stoicheion signifierait donc ce qui appartient à une rangée ou constitue une rangée. Est-il possible de rattacher ces mots à stochos, but, soit pour -la forme, soit pour le sens? Assurément non. Les racines formées de i peuvent subir le changement régulier de cet i en oi ou ei, mais non pas en o. Ainsi, la racine lip, que nous voyons dans elipon, prend les formes leipô et leloipa, et la même échelle de changements de voyelles peut être observée dans liph, aleiphô, êloipha, et dans pith, peilhâ, pepoitha. Stoichos présuppose donc une racine stich, et cette racine expliquerait en grec les dérivés suivants stix, stichos, rangée, ligne de soldats; stichos, rangée, ligne, et distichon un distique steichô estichon marcher en ordre, pas à pas, monter; stoichos, rangée, file; stoichein, marcher en ligne. En allemand, cette même racine donne steigen marcher, monter, et en sanscrit nous trouvons stigh, monter. Tout autre doit être la racine de stochos. Comme tomos présuppose une racine tam,temno, etamon, ou bolos une racine bal, belos, ebalon, ainsi stochos présuppose une -racine stach. Cette racine n'existe pas en grec sous forme de verbe, et n'a laissé après elle, dans la langue classique, que ce seul dérivé stochos, marque, point, but que l'on vise; d'où sont venus stochadzomai je vise, et antres dérivés analogues. Une racine semblable se trouve dans le gothique stiggan, l'anglais to sting, piquer. Une troisième racine étroitement apparentée à stach, dont elle est cependant distincte, a été plus féconde dans les langues classiques, c'est stig, piquer. Elle a donné en grec slizô, estigmai je pique, et ses dérivés en latin in-stigare stimulus et stilus pour stiglus; en gothique stikan, piquer; l'allemand stechen; l'anglais to stick. Le résultat auquel nous arrivons de cette manière est que stoicheion n'a aucune connexion avec stochos, et par suite qu'il n'a jamais pu avoir, ainsi que le prétendent les dictionnaires, la signification primitive de petite verge ou tige dressée ou de style du cadran solaire. Quand stoicheion est employé en parlant du cadran solaire, comme dans l'expression dekapoun stoicheion, c'est-à-dire midi, il signifie les lignes de l'ombre qui se suivent en succession régulière, ou, pour nous exprimer autrement, les rayons qui composent la série complète des heures décrites par le mouvement diurne du soleil. Ceci nous explique comment stoicheion est venu à signifier élément. Stoicheia sont les degrés qui conduisent d'une extrémité à une autre les parties constitutives d'un tout qui forment une série complète, ces parties étant soit les heures, soit les lettres, soit les nombres, soit les parties du discours, soit les éléments physiques, pourvu toujours qu'un ordre systématique unisse ces éléments les uns aux autres. C'est là le seul sens dans lequel Aristote et ses prédécesseurs ont pu se servir de ce mot dans le langage ordinaire et dans le langage technique. Nous appelons élément, stoicheion, disait Aristote ce qui compose quelque chose et qui en est la première substance, cette substance étant indivisible quant à la forme; par exemple, les éléments du langage, les lettres, dont le langage se compose, et dans lesquelles, comme étant ses dernières parties constitutives, il est possible de le résoudre, tandis qu'on ne peut pas résoudre les lettres en sons qui diffèrent par la forme mais si on les résout, les parties que l'on obtient sont homogènes, comme une particule d'eau est de l'eau; il n'en est pas ainsi des parties d'une syllabe. Ce sens s'accorde bien, du reste, avec l'explication de stoicheion, qui nous est fournie par la respectable autorité de Denis le Thrace. Voici cette étymologie telle que nous la lisons dans l'auteur de la première grammaire grecque Ta de auta kai stoicheia kaleitai aia to echein stoichon tina kai taxin; ces mêmes caractères sont aussi appelés stoicheia, parce qu'ils ont un certain ordre et arrangement. Pour quel motif les Romains, à qui l'idée d'élément fut sans doute révélée pour la première fois par leur commerce avec les philosophes et les grammairiens de la Grèce, ont-ils traduit stoicheia par elementa? C'est ce qu'il est plus difficile de déterminer. "

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L'erreur tantrique

19 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme, #Spiritualités de l'amour, #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Philosophie

J'écoutais tantôt sur mon téléphone portable, une émission très "grand public" du 6 septembre 2016 animée par la présentatrice Flavie Flamant (ici) sur le tantrisme. Cette présentation en faisait un "remède" pour grand malade (au sens où Nietzsche disait qu'un nihiliste prend toujours le remède entre guillemets qui va aggraver son état de santé). Cela semblait être destina aux gens inquiets (au sens où 90 % de nos contemporains le sont), intoxiqués par notre monde, incapables de vivre au jour le jour, aux mâles qui ne perçoivent le sexe qu'à travers le porno, aux femmes qui manquent de confiance en elles, aux gens qui ne sont pas ouverts à eux-mêmes et aux autres, aux âmes sans Dieu, desséchées.
 
Encore une fois cela fait beaucoup de monde, et cependant on se dit : certes ces gens peuvent gagner quelque chose sur le plan psychologique à expérimenter ce genre de pratique, mais combien ils risquent d'y perdre spirituellement aussi s'ils y voient l'alpha et l'omega de leur vie comme cette dame qui téléphonait pour dire que le tantra avait sauvé son couple. On se dit qu'il serait mieux pour tous ces gens, à la base, de ne pas se laisser intoxiquer, c'est à dire de laisser leurs téléphones portables, laisser de côté le bruit et les modes du monde, oublier leur Moi, leurs peurs, s'en remettre complètement avec confiance à Dieu. Ils n'auraient pas ensuite besoin de ce remède un peu... biaisé...
 
Car par delà cette présentation grand public, il y a aussi la version "savante" (par exemple ici la conférence de Véronique Kohn) qui est sans doute plus proche de l'essence profonde de cette pratique, et qui en dit encore plus les dangers. Dans cette version savante, le tantra, comme le yoga, a moins à voir avec l'acceptation de soi même et du corps de l'autre que la dissolution de l'âme dans l'Unité du monde. C'est l'opposé de ce que le christianisme a construit pour l'Occident depuis 2000 ans (mais il est vrai que nous sommes si conditionnés maintenant à haïr l'Occident et ce qu'ont fait nos aïeux...) c'est surtout l'opposé du message du Christ sur Terre, tel que la Bible l'a consigné, et qui n'est point de dissoudre l'âme dans l'Univers, mais de la restaurer dans sa pureté pour la préparer pour le Royaume qui vient, lequel n'aura pas de fin : la passer par le feu, lui enseigner l'obéissance et la confiance, mais pas la fondre dans un Tout indifférencié, dans une nuit où toutes les vaches sont grises, qu'on appelle à tort Lumière, Eveil, Illumination, et qui n'est qu'un autre nom pour le Chute.
 
On sent bien que pour enseigner à l'âme à prendre "joug" de son Créateur fait homme et mort pour elle, afin de labourer (humblement mais dans la joie) avec lui chaque arpent de terre que sa journée lui donnera, il faut que cette âme puisse être plus à l'aise avec son propre corps et le corps des autres, que ce que certaines théologies du passé, fondées sur la peur, lui ont enseigné. Mais, pour ma part, je serais prêt à parier qu'une voie chrétienne de la réconciliation avec les corps est possible. Une voie qui ne soit pas tantrique. Un ancien jésuite qui vit en Australie, Jean-Robert Dupuche, a récemment défendu un tantra catholique (voir ici). Je ne suis pas certain que la notion même de tantra mérite d'être conservée. On en reparlera.
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Quelle eucharistie ?

19 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

J'ai déjà abordé ce thème dans un précédent billet, il y a un an, à propos d'Alfred Loisy : l'Evangile est clair sur le fait que ceux qui ne mangeront pas du corps de Jésus Christ n'auront pas accès à la vie éternelle, et rien, dans le dialogue entre les pharisiens et Jésus à ce sujet n'indique que le verbe "manger" soit ici symbolique (Jn 6-53).

Mais comment mange-t-on le corps de Jésus ? Au terme de quel rituel eucharistique ?

Beaucoup de miracles liés à l'eucharistie catholique romaine semblent cautionner celle-ci : ces possédés qui ne supportaient pas la consécration du pain, ceux qui au contraire ne parvenaient à manger que des hosties, et puis Garabandal, communion de l'ange devant des caméras (mais Garabandal est si suspect, comme Medjugorje, vu le profil des voyantes..).
 
L'excellent Frère Mark Goring, dans sa vidéo "The World #1 Most impressive eucharistic miracles" en met en exergue un très récent, digne des recherches du docteur Ricardo Castañon Gomez dont on a parlé sur ce blog il y a quelques années (sans doute d'ailleurs ce chercheur a-t-il fait partie de l'équipe d'experts qui l'a authentifié). L'histoire est extraite d'un livre publié en 2009 "The Eucharistic Miracles Of The World" hélas maintenant indisponible sur Amazon. A Sokółka en 2008, une hostie tombe, conformément au rituel on la met dans un calice rempli d'eau pour qu'elle s'y dissolve. Au bout d'un certain temps, on la retrouve non seulement intacte, mais encore exhalant une odeur de pain frais, et surtout avec en son sein une tache rouge. On fait expertiser la tache et l'on se rend compte qu'il s'agit d'un tout petit morceau de tissu humain, et plus précisément du tissu humain encore vivant, et, chose plus folle encore, l'analyse scientifique montre qu'il s'agit d'un morceau de cœur, et d'un cœur stressé comme s'il souffrait le martyr...
 
"Heureux ceux qui croient sans voir" (Jn 20,29 ), et il ne faut pas rechercher les signes, mais ceux qui affectionnent la preuve par le surnaturel seront là comblés : la présence réelle du corps du Christ dans le pain consacré est ici démontrée, et donc, c'est la consécration catholique qui se trouve validée contre toutes les autres (orthodoxes, protestantes, etc) parce que, à ce qu'on sache, on n'a jamais retrouvé du tissu humain vivant d'un cœur souffrant dans une hostie d'une autre confession...
 
Certes, cela impressionne, questionne, et je n'irai pas, connaissant le sérieux des experts du Vatican comme précisément le docteur Grinon dont j'ai déjà parlé, qui prennent toujours leur temps pour authentifier les miracles, suspecter là l'existence d'une supercherie, et encore moins celle d'une contrefaçon diabolique (car i est toujours très facile d'imputer un miracle au diable).
 
A titre personnel, j'ai tendance à trouver que ce miracle donne un point fort à l'Eglise catholique, et qu'on aurait tort d'en sousestimer la portée. Mais quelque chose me gène dans ce qu'il authentifie : il prouve que dans l'hostie romaine se trouve le corps souffrant de Jésus-Christ torturé. Or est-ce à cela que nous sommes censés, nous chrétiens, communier ?
 
Cela me rappelle cette remarque de Barbara Aho dans Mystery Babylon sur le film "La passion de Jésus-Christ" de Mel Gibson : si Gibson était un vrai chrétien il n'insisterait pas sur la passion mais sur la résurrection. Critique profonde des protestants contre l'Eglise romaine. Quand nous mangeons du pain de vie, communions-nous au Christ mourant ou au Christ ressuscité ? Que voulons nous avoir en nous ? Sa divinité à travers son supplice, ou sa divinité à travers son corps relevé des morts, son corps de l'Adam originel restauré, rempli de pouvoirs incroyables et immortel ?
 
Question grave. Il y a peu j'entendais le cardinal Sarah, que les catholiques conservateurs mettent en avant contre le Pape progressiste, spécialement en ces temps de "synode amazonien" néo-païen. Ce cardinal guinéen, interviewé dans une vidéo, disait que le Dieu que nous vénérons n'est pas un Dieu "tout puissant" mais un Dieu humble, humilié, qui meurt pour nous sur la croix ? Voilà une étrange façon de faire l'impasse sur le Dieu terrifiant de l'Ancien Testament  qui est aussi celui de l'Apocalypse de Jean : celui qui fera trembler les montagnes et s'éteindre les astres.
 
Quelque chose ne va pas dans le dolorisme catholique, et dans la focalisation sur la croix. Nous devons prendre part à la crucifixion de Jésus chaque jour, par notre souffrance, mais aussi à sa victoire sur les Ténèbres. Pourquoi l'eucharistie ne donnerait-elle "que" son cœur mourant ?
 
Question grave, disais-je, car je vois beaucoup de gens désorientés en ce moment, et qui ne savent sinon à quel saint, du moins à quelle église se vouer. Une dame catholique dangereusement "morte au monde" au point de maltraiter ses relations avec son prochain me disait il y a peu qu'elle suivait le conseil de feu l'évangélique pentecôtiste Derek Prince et communiait toute seule en trempant chez elle un morceau de pain dans un calice "en mémoire du dernier repas du Seigneur". Je doute que cette consécration qui n'est pas légitimée par une succession apostolique (ni celle de Pierre, ni celle d'aucun autre apôtre puisqu'elle se fait en dehors de toute prêtrise), ni même par un partage communautaire (ce qui était tout de même l'esprit de la Cène) aboutisse à quelque présence réelle que ce soit. Mais si le miracle de Sokółka n'atteste que de la présence d'un cœur martyrisé, c'est à peine mieux, ne trouvez-vous pas ? 
 
Mais je n'ignore pas la naïveté de ma question. Il y a à l'arrière plan de cette affaire toute la mystique à mes yeux compliquée (et pour l'instant pas très convaincante, mais bon je chemine...) du sacré coeur, récemment encore explorée par Roger Buck.
Je suis sensible à l'argument de gens comme Mark Goring ou E. Michael Jones selon lequel sans une vie sacramentelle on n'a pas la force spirituelle pour vraiment résister à Satan. La série de compromis passés  par les pays protestants avec le prêt à usure, la franc-maçonnerie, la contraception, l'avortement et la pornographie (qui se généralisa à l'Europe par les pays luthériens) et là pour montrer que sans l'eucharistie on peut avoir l'esprit saint (les assemblées évangéliques le prouvent), mais pas l'endurance suffisante pour résister à la sorcellerie qui gouverne le monde.
 
On peut ne pas aimer les papes, ni certains aspects idolâtres du culte marial, ou de la tradition parfois trop empreinte de philosophie grecque des pères de l'Eglise, et avoir malgré tout sa place dans le monde catholique puisque celui-ci - à la différence des églises protestantes - admet une certaine diversité dogmatique en son sein. Le coeur du coeur du catholicisme romain, par delà la multiplicité de ses tendances, ne tient-il pas dans cet arbre des sacrements dispensés par des prêtres qui ont reçu leur légitimité transgénérationnelle de l'intronisation de Pierre (Matth 16:18) ? N'est-ce pas principalement pour délivrer ces sacrements qu'existe cette Eglise, et notamment pour opérer le miracle eucharistique dont Sokółka fut la manifestation ultime ? Et si on était pragmatique ? Si l'on disait que cette Eglise est là surtout pour nous donner le coeur du Christ vivant, parce que ce coeur ne peut émerger dans le pain dans un geste solitaire du renonçant que décrivait Derek Prince, mais par les mains du prêtre dans la foule des disciples recueillis ? Si l'Eglise romaine ne tirait sa raison d'être que de cela, et si cette raison d'être n'était pas au fond ce qui la place, malgré tous ses défauts, au dessus de tous les autres ? Nous pouvons tout recevoir du Christ par la simple lecture de la Bible, tout sauf la présence de son corps que le prêtre romain lui seul peut nous donner. N'est ce pas ainsi qu'il faut voir les choses sur le chemin du salut ? Et n'est-ce pas pour cela que Rome, de toute façon, même dirigés par des jésuites apostats, restera incontournable ?
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Du public pour tout le monde

13 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #down.under, #Otium cum dignitate, #Médiums

Marrant comme dans le domaine spirituel il y a du public pour tout le monde, y compris pour cet improbable papy qui mêle Allan Kardec, théorie de la réincarnation et catholicisme. Voir par exemple sa vidéo ici.

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Le reiki est-il une invention des Jésuites ?

11 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Médiums, #Histoire secrète

Selon la dame dans la vidéo ci-dessous, Elodie, qui a eu une expérience malheureuse dans le reiki, cette pratique (très répandue chez les médiums) est une invention des Jésuites. C'est aussi ce que prétend la thérapeute (heum heum... en fait non, pas thérapeute du tout)  qui l'interviewe et qui estime que le reiki c'est de la magie noire qui utilise l'énergie des morts suivant une tradition jésuite ancienne.

A l'appui de son affirmation, elle renvoie à un article de 2010 du Centre de Recherches sur l'Ordre Mondial qui explique que Mikao Usui, fondateur de la discipline au XIXe siècle, aurait été "selon les recherches très poussées de Pascal Treffainguy", membre de l’ordre des Jésuite", lequel ordre voulait se réimplanter clandestinement au Japon après en avoir été interdit pendant des siècles (la référence à Pascal Treffainguy, un savant adepte du reiki sinophile, disciple de Guénon, et converti à l'Islam chiite renvoie probablement à son livre Reiki, médecine mystique de Mikao Usui).

En effet, "Usui a tout du Jésuite. En ce qui concerne la science, il est extrêmement doué, tellement passionné par la mécanique qu’il aurait fondu en larmes en voyant un moteur pour la première fois. Il étudie l’astrologie et devient même le fer de lance de l’introduction de la médecine occidentale (allopathique) au Japon, ce qui devrait faire réfléchir les adeptes du Reiki qui voient dans le docteur un fervent défenseur des médecines naturelles.

En même temps, sa nature mystique le pousse à se convertir au christianisme dès l’âge de 16 ans. On imagine qu’à partir de ce moment là, il va être fermement pris en main par les pères qui l’éduquent…"

"Quand on s’intéresse à l’histoire du Reiki, poursuit l'article, on ne peut que s’étonner de la rapidité avec quelle il a quitté le Japon. Lorsque Takata, la troisième personne dans la lignée de Mikao Usui, retourne à Hawaï en 1937, elle est censée laisser derrière elle 2 000 adeptes. Mais après la guerre, il ne reste personne.

Dans les années 80, lorsque le Reiki explose en Amérique, beaucoup essaient de retourner aux sources japonaises, mais ils ne trouvent rien, si ce n’est quelques portes closes. Pour finir, le Reiki devra être réimporté au Japon, sous sa version occidentalisée, ce qui est un comble!

Cela signifie que, aux yeux des Jésuites, le Reiki n’était pas destiné aux Japonais. Dès le début, c’est le monde entier qui doit être conquis. La force des morts du Japon a été simplement utilisée comme puissance de conquête.

Ce qui est aussi exploité, c’est toute l’aura mystérieuse du Japon, avec un passé tellement compliqué qu’on peut en raconter n’importe quoi aux Occidentaux. Alors, les légendes se démultiplient, ainsi que les transmissions « channelisées » d’Usui. On finira même par dire qu’Usui n’était pas vraiment chrétien, mais bouddhiste, car cela est plus à la mode dans le Nouvel-Âge."

L'intervieweuse renvoie également, pour en savoir plus sur les Jésuites à un article publié sur le blog de la protestante Michèle d'Astier de la Vigerie. Mon dernier ouvrage sur la thèse de Barbara Aho développe aussi leur rôle dans la création des Etats-Unis d'Amérique.

Le reiki comme captation par les Jésuites de l'énergie des morts et des savoirs ésotériques japonais au service d'un projet New Age mondial, vous y croyez ?

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"Fulcanelli, Commandeur du Temple" de Roger Facon

9 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Médiums, #Notes de lecture

Il y a quelques années, je me suis penché sur les alchimistes  du début du XXe siècle Jollivet-Castellot (le socialiste), et le célèbre Fulcanelli (que j'ai cité entre autres pour ses travaux sur le verre égyptien à propos des remarques de Jonathan Black sur le christianisme).

Roger Facon (policier à la retraite, né en 1950) qui dit être l'arrière petit fils (par sa grand mère paternelle) d'un proche de Fulcanelli (1839-1953), Léon Patin (1868-1941) a publié en 2017 aux éditions de l'Oeil du Sphynx un ouvrage qui, s'il est véridique, au moins partiellement, peut s'avérer riche en enseignements sur l'histoire de l'occultisme français depuis cent ans : " "Fulcanelli, Commandeur du Temple".

Dans ce livre témoignage, qui emprunte beaucoup à ses archives familiales, l'auteur plonge tout d'abord le lecteur dans ce monde d'alchimistes d'extrême-gauche, qui se déploie de Bruxelles à Montmartre en passant par Douai dans les années 1900. Un groupe d'adeptes du "grand oeuvre" s'était fixé à la fin du XIXe siècle à Bruxelles dans un hôtel particulier où se retrouvaient notamment le célèbre Fulcanelli, Roger Schneider (1866-1932) verrier anarcho-syndicaliste (et adjoint syndical de Delzant qui influencera René Viviani quand il sera ministre du travail), et Léon Patin.

Patin travaillait en lien avec ce groupe avec une médium (sa maîtresse) Alfonsine Thomassin, à la fabrication d'un miroir et d'attaches alchimiques au contact de l'entité "Keish", vizir du pharaon Djéser, également lié à l'Atlantide. Sa materia prima (base de son travail) était de la fulgurite. Patin est maître mineur (porion) à Saint Roch de Monchecourt, près de Douai où vit Jollivet Castelot, fils de diplomate et fondateur de la Société alchimique de France, et d'Aniche, cité du verre et du charbon, fief syndical de Schneider, où ils participent à des séances de spiritisme rue Gibour, sous la houlette du docteur Caffeau et d'Alphonsine Thomassin, dont la soeur Jeanne est aussi médium. Un premier miroir pour communiquer avec l'au-delà voit le jour en juin 1901, un second en juin 1902.

Le docteur Caffeau voit régulièrement Fulcanelli à Paris au restaurant le Chat noir dont le patron a fondé la revue du même nom dont on a déjà parlé à propos de Charles Cros. Schneider et Fulcanelli se voient à Bruxelles.

Jeanne Thomassin a des visions terribles de sang et de destruction à propos d'Aniche dans les années 1900-1910. C'est un avant-goût de la première guerre mondiale. La femme de Jollivet Castellot, Angèle ("Léonie" dans le roman qu'il a écrit) qui fait des décorporations a les mêmes. Thomassin en 1895 a  la révélation de l'entité "Le Scribe" (un proche d'Imhotep) que la partie de malheur qui concerne Aniche est liée à la présence d'une momie maléfique qui de son vivant à Memphis faisait de la magie noire et se trouverait enterrée au cimetière d'Aniche.

En 1899, Schneider construit en utilisant la numérologie avec ses camarades une maison du peuple rue de la Pyramide à Aniche. Sa façade avec deux pointes de pignon se termine par deux pyramides inspirées des maisons alchimiques de la Grande Place de Bruxelles. Selon Facon, c'est un contrepoint à l'influence néfaste de la momie du cimetière et, d'ailleurs, la maison du peuple tiendra debout pendant la Grande Guerre.

Toujours selon Facon, Fulcanelli sait que les malheurs de l'Europe sont liés à l'Egypte. Quand, lorsque le Directoire a lancé l'expédition d'Egypte en 1797, les tombeaux de ce pays ont été ouverts, "une masse considérable de 'doubles' de magiciens noirs a fondu sur l'Europe" (p. 25). "Des Ames noires ont quitté les zones astrales appelées, par les religions établies, 'Enfers' pour incorporer une infinité d'enveloppes humaines". Tous les milieux, même les cercles dirigeants, ont été touchés. "Jeanne Thomassin, plongée dans le sommeil magnétique par le docteur Caffeau", a vu des hordes de 'doubles' fondre sur Paris, Lyon, Marseille. Elle a identifié dans les miroirs alchimiques de Patin des "maisons noires" dans le processus d'aimantation des "doubles" où l'on faisait de la magie noire avec les cheveux, les morceaux d'ongles des gens, les chapelles, certaines forêts etc où se fixent les ondes des opérateurs des maisons noires.

Lyon a été attaquée par les hordes, mais elle a aussi une "maison blanche" selon les séances d'Alphonsine Thomassin. Selon Louis Charpentier ("Les Géants et le mystère des origines" paru en 1969). Lyon est en soi une entité ésotérique qui a une face partiellement ésotérique. Carpentier parle de l'influence d'un égrégore d'Osiris qui a peut-être, avance Facon, été à l'origine des "maisons blanches" vues par Alphonsine Thomassin.

Grâce à son préfacier Eugène Canseliet, on sait que Fulcanelli (qu'il a rencontré à Marseille en 1915), affirme Bacon, fréquentait le célèbre Anatole France et Viviani (avant le ralliement de ce dernier au parti de la guerre). Pierre Dujols journaliste marseillais qui tint une grande librairie occultiste rue de Rennes à Paris lui donna des documents pour écrire son "Mystère des cathédrales". Sa femme était médium et originaire d'Hennebont, en Bretagne. Par lui on sait que l'abbé du monastère de ce bourg, qui fut voisin au XIIe siècle, d'une commanderie templière, lui donna une bague templière. Facon se demande quel rôle Dujols et sa femme ont joué dans cette transmission, et si celle-ci n'a pas fait de Fulcanelli un commandeur honoraire d'Hennebont (p. 41).

Le soir de la Pentecôte 1936, jour où le président du conseil Blum faillit être lynché par la foule boulevard Saint Germain, selon la grand mère paternelle de l'auteur, Léon Pantin fut adoubé par Fulcanelli dans la chapelle souterraine de la commanderie du Temple à Paris dans un hôtel particulier du Marais. Sa grand mère le lui apprit pour son vingt deuxième anniversaire mais lui interdit d'en parler avant 2014 pour des raisons numérologiques. L'auteur a alors adhéré au mouvement rosicrucien AMORC (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix) fondé à Toulouse en 1915 par l'Américain Spencer Lewis et où Jollivet-Castelot fut influent.

Dans l'attente de pouvoir divulguer ses secrets sur les alchimistes du Nord-Pas-de-Calais du début du siècle et sur Fulcanelli, Facon a enquêté avec le rosicrucien de gauche Jean-Marie Parent, fils de cheminot de Malincourt attiré par l'occultisme après a lecture de Pauwells et de Sède, sur le rosicrucien conservateur Raymond Bernard, grand maître de l'AMORC en 1972, et franc-maçon en Italie, qui fut initié d'après un témoignage rosicrucien d'Emmanuel David, par des sorciers au Bénin en 1979 (sous les auspices du dieu-égrégore Seth estime Facon) (p. 47). Il polémiquera notamment avec lui dans les années 1990 sur son rôle dans la création de l'Ordre rénové du Temple (à l'origine de de l'Ordre du temple solaire et de ses massacres qui firent en leur temps la "une" des journaux). Bernard a reçu ordre du nommé "Cardinal Blanc" en Italie de recréer l'ordre du Temple qu'il confiera à un ancien membre de la Gestapo. Facon lui oppose la légitimité de la restauration templière enclenchée par Jean-Marie Parent avec le Cercle d'Héliopolis en 1976 à laquelle il a collaboré. C'est au nom de cet héritage que dans les années 1990 il s'exprime dans les médias contre les fondateurs de l'Ordre du temple solaire et les massacres qu'ils occasionnent.

Facon est convaincu que Fulcanelli a découvert la pierre philosophale en 1930, et que, devenu immortel, avec Saint Germain, il est "un des 144 chevaliers du Temple qu'abrite l'Hexagone" (p. 68). Il a un pied aux Etats-Unis : il aurait proposé, en 1945 ou avant, à l'anarchiste occultiste Marcel Dana (un neveu de la grand mère de l'auteur) de travailler aux Etats-Unis, dans l'Etat de New-York, comme chef du service des expéditions dans une petite verrerie, propriété d'un membre de la belle-famille de Fulcanelli (p. 98). Selon Facon, Fulcanelli est aussi le mystérieux maître alchimiste qu'aurait rencontré Bergier par l'intermédiaire d'André Helbronner (Pauwells en parle dans Le Matin des Magiciens).

Dana, résistant, fut chargé "par Fulcanelli" de réorganiser la maçonnerie égyptienne, et de "traiter" Lydie Bastien la médium maléfique qui joua un rôle dans l'arrestation de Jean Moulin, ainsi que son comparse Alexandre Rouhier patron des éditions Véga et adepte de la magie noire (dans le cercle de Robert Ambelain et Gaston Sauvage).

Fin 1945, affirme Roger Facon sur la base des confidences de sa grand-mère à qui Mana en a parlé, de riches dames occultistes d'Auteuil, sous la direction de Lydie Bastien, ont reçu des attaches maléfiques d'Inde qui circulent dans les parages de l'église Ste Merry (dans le 4e arrondissement de Paris). Ce sont des boîtes de plomb fabriquées des organes de jeunes filles pubères et de petits garçons spécialement consacrés dans des rituels de pleine lune à des endroits choisis de l'Hexagone. Marcel Dana allait mourir d'une maladie mystérieuse peu de temps après avoir découvert leur existence.

A sa mort, le lillois Valentin Bresle ami de Salengro prit la tête du petit réseau de renseignement qu'il avait fondé. Il s'intéressa à l'infiltration des surréalistes par Lydie Bastien par l'intermédiaire de l'ex-séminariste Gengenbach. Bresle compte parmi ses informateurs l'astrologue numérologue du ministère de l'intérieur Roger Wybot qui protégea Lydie Bastien de l'épuration et en fit un agent à sa propre solde sans en informer Bresle selon l'enquête de Parent (p. 123). Wybot l'informa notamment sur les réseaux sionistes parisiens dont il était sympathisant. Il fut le fondateur de la direction de la Surveillance du territoire (DST).

Bresle, selon Parent, faisait de l'invocation d'entités séraphiques. Lydie Bastien, quant à elle, dans les années 60 achète des bars à Paris, et, rosicrucienne, et dit servir des maîtres tibétains de l'Agartha (le royaume souterraine) qui depuis la soi-disant entrée dans l'ère du Verseau veulent secouer les structures du monde. A cette fin, elle séduit les banquiers et les grands de ce monde. Pierre Péan dans "La diabolique de Caluire" a recueilli les confidences de Louise d'Hour, actrice des films de vampires de Jean Rollin, qui chantait au Boucanier, le bar-discothèque que possédait Lydie Bastien à Montparnasse, rue Jules Chaplain, laquelle raconte comment la médium achetait la bienveillance des policiers ripoux de Paris. Selon elle, Lydie Bastien lui aurait demandé de trouver huit personnes "pour constituer un gouvernement cosmique" et aurait été mêlée aussi à une opération de la CIA pour déstabiliser De Gaulle en mai 1968.

Pour finir, Facon revient sur l'Ordre rénové du Temple tandis qu'à la mort de Bresle en 1978 "Fulcanelli" aurait nommé Parent à la tête de la "jurande" qui lui est restée fidèle à Paris (celle qui suit la voie alchimique du verre), et sur une mise en parallèle entre les initiatives positives de René Guénon pour enterrer en Egypte des attaches maléfiques révélées par les "fours à étoiles" (miroirs) de Fulcanelli, tandis que Schwaller de Lubicz installés à Louksor avec sa femme en 1938 s'efforçaient au contraire de les renforcer treize années durant, magie contre magie...

Un esprit rationaliste, ou même divers courants monothéistes anti-alchimiques, mettront en doute la foi de Facon dans l'éternité de Fulcanelli et dans la réalité des dons et des entités qui agissent tout au long de son récit. Les partisans des maîtres occultistes (notamment rosicruciens) que l'auteur  attaque dénonceront dans ses "révélations" un tissu de mensonge destiné à seulement mettre en valeur le petit groupe auquel lui-même se rattachait, sans que l'historien puisse faire la part du vrai et du faux (puisque les preuves écrites documentaires sont nécessairement rares). Pour autant, le chercheur en histoire secrète trouvera dans ce livre un éclairage intéressant sur les rivalités dans le monde de l'occulte, avec cette construction originale d'une défense d'un courant opératif, la "voie du verre", de gauche, revendiquant une inspiration spirituelle d'un haut niveau (d'un niveau séraphique) face à ce qu'elle perçoit comme une corruption de l'héritage templier dans des voies théoriques inspirées par le dieu néfaste "Seth", à la recherche du pouvoir, de la guerre, et de l'exploitation du monde. 

Nul doute aussi que les affirmations de Facon sur ce qu'il présente comme une version française de l'AMORC qui puiserait ses sources à la magie noire (notamment africaine, avec la connexion politique avec la Françafrique, le Service d'Action Civique etc) gagneraient à être mises en regard avec les recherches d'un Bill Cooper (1943-2001) sur le rosicrucisme américain au XXe siècle (et sa fusion avec les "Illuminati") à l'origine de beaucoup de spéculations en ce moment sur Hollywood, les milieux bancaires, et ceux du renseignement outre-atlantique, au service d'une compréhension plus large des visions complotistes du monde qu'elles peuvent nourrir.

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Hommage à la duchesse de Chaulnes

6 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète

On le sait, le premier inventeur du phonographe fut l'occultiste français Charles Cros, et non pas l'autre occultiste (théosophe) que fut l'américain Thomas Edison. Selon Le Chat noir (journal occultiste "opposé à la culture judéo-chrétienne"), 14 septembre 1889 cité en 2009 par Elizabeth Giuliani, l'humoriste Alfonse Allais, sur un bateau entre Le Havre et Honfleur, en discutant avec un admirateur d'Edison, lui avait rétorqué que c'était un "admirable truqueur (...)faisant travailler toute une ruche d’ingénieurs et utilisant habilement les essais de chacun" (c'est à dire qu'Edison avait volé l'invention de Cros qu'Allais connaissait personnellement).

Cros (ami de Verlaine et de Manet, ce qui lui fut inventer la photo couleur, et habitué des "mercredis" de Camille Flammarion) en avait dessiné les plans déposés à l'Académie des Sciences en 1877, mais cela ne put aboutir à un appareil concret. Selon des propos de Cros rapportés par Jacques Bernard (petit-neveu de Charles), l'inventeur avait exposé à la duchesse de Chaulnes, épouse de son mécène potentiel : « Je recueille la parole et j’ai la machine qui parle ». "La Duchesse entra dans un mouvement peu contenu de colère et lui défendit d’en parler dorénavant, ajoutant que Dieu seul pouvait créer la parole et que c’était blasphémer terriblement que d’oser vouloir s’égaler à lui en essayant de faire croire à une puissance impossible."

C'était là un réflexe tout catholique qui, semble-t-il, n'avait plus cours outre-atlantique dans l'entourage théosophique d'Edison. Il est vrai que le projet était ancien dans les milieux occultistes. Déjà Cyrano de Bergerac dans son très alchimique livre "L'Histoire comique des États et Empires de la Lune" (1655), décrivait ainsi l’appareil enregistreur et reproducteur de la voix humaine : « Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande avec grande quantité de toutes sortes de petits nerfs cette machine ; puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et au même temps il en sort comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l’expression du langage. » Les esprits du Soleil écrivent leurs livres de cette manière, uniquement verbale et harmonique, comme il est manifeste que la cabale traditionnelle fut toujours transmise, c’est-à-dire oralement, concluait de Bergerac. Et quelques décennies après l'invention d'Edison, le mage sataniste anglais Aleister Crowley allait recevoir instruction de ses "entités" d'écouter sur les phonographes les disques à l'envers, idée à l'origine du backmasking pour conditionner les consciences (à croire que l'invention du phonographe ne devait au fond servir qu'à cela...).

La duchesse Marie-Sophie de Chaulnes (Versailles,1859- Paris,1883) princesse Galitzine (deuxième plus grande famille princière de Russie) avait épousé en 1875 (à 16 ans) un ancien attaché de l'ambassade de France à Constantinople, amateur d'art et de science, très riche (alors qu'elle était sans dot et n'avait, dit le dictionnaire de Larousse, à lui offrir que sa beauté), descendant d'un favori de Louis XIII, était très riche, mais qui vivait sous l'empire d'une belle-mère dévote, influencée par les moines, et despotique dans la Sarthe (au château de Sablé). Lui mourut de phtisie en 1881 (malgré un pèlerinage à Lourdes) alors qu'il y avait eu séparation de corps entre eux car elle avait été prise en flagrant délit d'adultère, et elle se vit ensuite soustraire la garde de ses deux enfants. Elle alla finalement se réfugier chez une amie de condition modeste à Paris et y mourut à 24 ans "d'une maladie courte".

Cette princesse malheureuse avait donc 18 ou 19 ans seulement quand elle avait  dissuadé Cros d'exploiter son invention, épargnant ainsi à la France la honte d'avoir apporté à l'humanité cette machine infernale...

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 Hommage de Cros à la duchesse de Chaulnes à son décès (l'allusion à la belle-mère tyrannique est explicite) :

 Elle est morte, la duchesse,

La duchesse aux cheveux longs,

Mêlés, roux, châtains et blonds,

Sa plus réelle richesse.

On l'a tuée avec soin,

Au nom de toutes les frimes.

Moi, je trouverai des rimes

Qui s'en vont bien loin, bien loin...

Pour écraser, joie amère,

La vieille affreuse qui mord

Et poursuit jusqu'à la mort

Cette femme, cette mère !

Ils s'aimaient bien tous les deux :

Et puis la vieille est venue,

Puis une histoire inconnue,

Et deux tombes restent d'eux.

Je bénis vos derniers hôtes,

Belle morte en satin blanc ;

Dans votre regard troublant

Ils n'ont pas cherché de fautes.

Cheveux roux, châtains et blonds,

Notre réelle richesse,

Vous la leur léguez, duchesse,

En allant où nous allons,

Où nous avons l'espérance,

Après le passage noir,

De retrouver, de revoir

Les belles dames de France.

Belle, belle, belle, belle,

Que voulez-vous que je dise

A votre frimousse exquise ?

Riez, rose sans cervelle.

Vos yeux de saphir grands et clairs,

Inquiètent comme les ondes

Des fleuves, des lacs et des mers,

Et j'en ai des rages profondes.

Mais je suis pourtant désarmé

Par la bouche, rose de mai,

Qui parle si bien sans parole,

Et qui dit le mot sans pareil,

Fleur délicieusement folle,

Eclose à Paris, au soleil. 

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L'Assemblée nationale de 1789 et l'Antéchrist

6 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Médiums, #Christianisme

"La Révolution de l'Antéchrist, ses signes, ses faits et sa fin: ou identité de la Révolution française avec celle qui doit avoir lieu au temps de l'Antéchrist", est un ouvrage anonyme publié en 1796 par un exilé en Suisse à partir de notes qu'il avait écrites en 1793-94. Il s'y réfère, en préface, au cardinal astrologue Pierre d'Ailly auquel Denis Labouré consacre un livre cette année, et qui, selon Dom Calmet, avait annoncé l'arrivée de l'Antéchrist pour 1789 et au médium médecin, mathématicien, astrologue Jérôme Cardan - Girolamo Cardano ( 1501-1576) qui l'avait prévue pour 1800 (et dont le père avait parlé à des "habitants de la Lune", ce qui allait inspirer Cyrano de Bergerac).

Extrait (p. 39) :

"Si on rapporte le nombre de la Bête 666 aux faits et au nombre d'impies qui ont donné l'existence à son nom d'assemblée nationale, nous n'ignorons pas que lorsqu'il fut question de la fameuse fusion des trois ordres, en anéantissant les états généraux, fusion qui a été la cause de tous les maux et d'après laquelle l'assemblée prit ce nom, ce fut précisément le nombre de 666 méchants députés qui parvinrent à l'opérer, notamment aux séances du 19 juin 1789 ; savoir 142 du côté du Clergé, 33 du côté de la noblesse, et 491 du côté des communes : total 666. (Voyez les papiers publics de ce temps, gazettes de Berne etc)."

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Le Christ annoncé par la Sibylle

6 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Pythagore-Isis, #Alchimie

Il y a peu je vous parlais de ces ponts étranges entre paganisme et christianisme comme l'hommage de Saint Paul à Epiménide ou la mention des Dioscures dans les Actes des Apôtres.

Il en est un autre qui a fait couler de l'encre dans l'histoire. C'est l'idée que la Sybille de Cumes aurait annoncé la naissance de Jésus-Christ, comme en porte la trace l'Eglogue IV des Buccoliques de Virgile (les églogues sont des poêmes bucoliques) :

"Muses de Sicile, élevons un peu nos chants : tout le monde n'aime pas les arbrisseaux et les humbles bruyères ; si nous chantons les forêts, que les forêts soient dignes d'un consul.

II est venu ce dernier âge prédit par la sibylle de Cumes ; le grand ordre des siècles épuisés recommence : déjà revient Astrée, et avec elle le règne de Saturne ; déjà du haut des cieux descend une race nouvelle.

Cet enfant dont la naissance doit bannir le siècle de fer et ramener l'âge d'or dans le monde entier, daigne, chaste Lucine, le protéger ! déjà règne Apollon, ton frère. Ton consulat, Pollion, verra naître ce siècle glorieux, et les grands mois commencer leur cours. Sous tes lois, les dernières traces de nos crimes, s'il en reste encore, pour toujours effacées, affranchiront la terre d'une éternelle frayeur. Cet enfant vivra de la vie des dieux ; il verra les héros mêlés parmi les Immortels ; ils le verront lui-même partager leurs honneurs. Il gouvernera l'univers pacifié par les vertus de son père.

Bientôt, divin enfant, la terre, féconde sans culture, t'offrira pour prémices le lierre rampant avec le baccar, et la colocase mariée à la gracieuse acanthe. D'elles-mêmes, les chèvres rapporteront à l'étable leurs mamelles gonflées de lait ; les troupeaux ne craindront plus les lions terribles ; ton berceau, de lui-même, se couvrira des plus belles fleurs. Désormais, plus de serpents dangereux, plus de plantes aux perfides venins ; en tous lieux croîtra l'amome d'Assyrie.

Mais dès que tu pourras lire les exploits des héros et les hauts faits de ton père, et sentir le prix de la vertu, tu verras les champs se couvrir peu à peu de moissons jaunissantes, la grappe rougir, suspendue aux buissons sans culture, et la dure écorce du chêne distiller une rosée de miel.

Cependant quelques vestiges de l'ancienne perversité subsisteront encore : ils forceront les mortels à braver, sur une nef fragile, les fureurs de Thétis, à entourer les villes de remparts, à creuser dans la terre un pénible sillon : un autre Tiphys conduira, sur un autre Argo, l'élite des guerriers ; de nouvelles guerres éclateront, et aux rivages d'une nouvelle Troie descendra un nouvel Achille.

Mais lorsque l'âge, en te fortifiant, t'aura fait homme, le nautonier abandonnera les mers ; le pin navigateur n'échangera plus les marchandises ; toute terre produira tout. Le sol ne sentira plus la dent de la herse, ni la vigne le tranchant de la serpe. Le robuste laboureur affranchira du joug le front de ses taureaux. La laine n'apprendra plus à se farder de couleurs menteuses ; le bélier, couché dans la prairie, verra sa toison, d'elle-même, se changer en pourpre de la nuance la plus suave,tantôt en un safran doré ; un vermillon naturel teindra l'agneau des pâturages.

Tournez, fuseaux ; filez ces siècles fortunés, ont dit les Parques avec l'ordre immuable des destins.

Les temps approchent ; monte aux honneurs suprêmes, enfant des dieux, noble rejeton de Jupiter ! Vois, sur son axe ébranlé, se balancer le monde ; vois la terre, les mers dans leur immensité, le ciel et sa voûte profonde, la nature tout à l'espérance du siècle à venir.

Ah ! puissé-je conserver assez de vie, assez de force, pour célébrer les belles actions ! Non, je ne craindrais ni Orphée le Thrace, ni Linus, fussent-ils inspirés, Orphée par Calliope, sa mère, Linus par son père, le bel Apollon. Pan lui-même, s'il prenait l'Arcadie pour juge de nos combats, Pan, au jugement de l'Arcadie, s'avouerait vaincu.

Commence, jeune enfant, à connaître ta mère à son sourire : ta mère ! elle a, pendant dix mois, souffert bien des ennuis ! commence, jeune enfant ; celui à qui n'ont pas souri ses parents ne fut jamais admis à la table des dieux, jamais au lit d'une déesse."

C'est un thème si classique (voir le Dies Irae) que par exemple la cathédrale romane Notre-Dame de Sède de Saint-Lizier dans l'Ariège représente douze Sibylles (pour mémoire Varron en comptait dix de divers pays, celle de Cumes en Italie n'étant que la septième, la tradition en a retenu deux de plus). Notre Dame de Sède est un endroit, bizarre, à la fois charmant et terrifiant (comme Lourdes), un siège d'évêché abandonné. Quand j'y étais en 2018 avec un de mes proches qui a le don de voir par moments les démons sous forme de serpents il en décelait un peu partout sur les fresques murales jusqu'à en avoir la nausée, on verra un peu plus loin pourquoi.

Rappelons que la Sibylle qui oeuvrait dans la vieille cité italo-grecque de Cumes est une prêtresse d'Apollon (comme la Pythie de Delphes) qui est censée avoir vendu au roi étrusque Tarquin le Superbe les trois livres de divination dont elle disposait après en avoir brûlé six - Virgile dans l'Enéide dresse un portrait saisissant de ses possessions par le dieu dans ses moments prophétiques, à rapprocher de ce que Lucain dit de la Pythie dans sa Pharsale.

Les livres sybillins, qui jouèrent un rôle important dans la vie civique romaine, ont été progressivement enrichis de fausses prophéties que César Auguste fit expurger en stabilisant leur "canon".

J'ai déjà relevé à propos du Pasteur d'Hermas (ici et - quand on pense qu'un Irénée de Lyon pourtant estimé même par les protestants a pu y voir un livre canonique !) tout ce que cette connivence entre le christianisme et l'imaginaire sibyllin pouvait avoir de pervers (au passage je note à nouveau que le théologien Daniel Voelter y voit une sorte de "révélation privée" de la Sibylle comme la Vierge Marie peut en faire à diverses personnes en ce bas monde de nos jours..).

J'ai trouvé sur cette semaine sur Google-Books un livre peu connu du père jésuite François-Joseph Terrasse Des Billons (1711-1789) qui révèle encore à quelles erreurs conduit une trop forte valorisation de l'oracle sibyllin. Le livre s'intitule "Nouveaux éclaircissements sur la vie et les ouvrages de Guillaume Postel". Il évoque (en p. 61) les travaux de Postel (1510-1581), un kabbaliste chrétien normand, ami de Saint François Xavier et conseiller de François Ie (par l'entremise de la pieuse Marguerite de Valois, qui s'est beaucoup trompée - voyez son soutien aux libertins quintinistes). 

Desbillons (ou des Billons, les deux orthographes sont admises) y écrit qu'il a en sa possession un livret rare de six feuillets composé par Postel intitulé "Sybyllinorum Versuum A Virgilio inquarta Bucolicorum versuum Ecloga transcriptorum Ecsrasis, commentarii instar, Gulielm Postello Autore", daté de 1553,dédié à Guillaume De Prat, évêque de Clermont. Je vais recopier largement ce qu'il en dit pour les amateurs de recherche sur la "traçabilité des livres", puisqu'aucun autre site ou blog n'en parle.

"L'auteur dit que cette Eglogue contient une Prophétie, qui regarde le Sauveur du monde, et qu'elle a été indignement et très sacrilègement profanée par l'application que Virgile a osé faire à l'avorton romain. Il prétend que cette prophétie est un abrégé de l'ancienne théologie sur l'avènement du roi céleste, promis d'abord à Eve, ensuite à Noé ; annoncé enfin et publié dans le monde par les enfants de Japhet.

J'ai cru, dit [Postel] devoir éclairer ce précieux monument ; et si je vous le dédie, ce n'est pas tant à cause de l'amitié que vous avez pour moi, que parce que vous êtes le premier qui ayez protégé dans notre France une Compagnie [les Jésuites], née dans le sein de ce beau royaume""Notre interprète, poursuit des Billons, donne pour un fait certain que Noé, appelé Janus par les Latins, a régné en Italie et qu'il est le même que le Janus des Latins. Il prétend qu'il fut aussi nommé Saturne, et que l'Age d'Or se maintint dans cet heureux pays tant qu'il y régna. Il suppose que la religion pure et sainte, qui avait fait le bonheur des peuples de ce temps là, fut corrompue par les Saturniens, méchante postérité de Saturne fécond, qu'il dit avoir été un des fils de Cham ; que cependant la tradition des promesses divines qui avaient annoncé le Rédempteur du monde, se conserva parmi un petit nombre de personnes sages et fidèles aux lumières de la droite raison ; qu'elle se conserva de la même manière chez les Japhétiens, à qui appartenait de droit l'administration temporelle de l'univers ; que les Sémiens ou descendants de Sem, avaient les mêmes promesses, mais annoncées moins clairement que chez les autres nations.

Il n'est pas étonnant que Postel parle ainsi, puisqu'il veut qu'on regarde comme authentiques, et de l'antiquité la plus reculée, les Livres Sibyllins. Il a en vue les livres Sibyllins tels que nous les avons aujourd'hui. Tout le monde convient qu'ils ne sont pas moins qu'authentiques et qu'il y a des choses qui n'ont pu y être insérées qu'après la naissance du christianisme. Postel dit enfin que les prédictions de la Sibylle de Cumes, copiées par Virgile, annoncent la dernière restitution ou régénération des hommes, et le rétablissement de l'Age d'or dans le monde entier : ce qui est justement le grand ouvrage, pour lequel il croyait que le Ciel l'avait vu naître. 

Après cette interprétation générale vient le commentaire, qui commence en page septième". Des Billons résume ce commentaire ainsi : pour Postel, il y a deux Saturnes, celui qui est Janus et celui, corrupteur, qui est fils de Cham et dont le nom est Sabbathius Sanga (un emprunt au faux Bérose, de l'imposteur Annius de Viterbe). La Sibylle aurait annoncé le retour du premier Saturne. Quand Virgile écrit "Tuus jam regnat Apollo", déjà Apollon règne, il évoque l'agent universel dont les rayons divins donnent le mouvement à tout, c'est le Verbe incarné, le roi des rois, dont Cicéron parle dans le second Livre des dieux. Selon Des Billons, ce n'est pas dans le second Livre des dieux, mais dans le le livre second du "De la Divinisation", au chapitre 54, que Cicéron dit que "Certain bruit s'était répandu qu'un interprète des vers sibyllins (le quindecimvir Lucius Cotta) allait déclarer en plain Sénat, que si nous voulions échapper à notre perte, nous devions appeler roi celui (Jules César) qui l'était en effet. Quorum (Versuum Sibyllae) interpres nuper, salsa quaddam hominum fama, dicturus senatu putabatur, eum, quem revera regem habebamus, appellandum quoque esse regem, si salvi esse vellemus. Si cela est dans les Livres Sibyllins, ajoute-t-il, je demande quel homme et quel temps cela regarde. Hoc si est in libris, in quem hominem et in quod tempus est? Postel parlant du Messie, le signe plusieurs fois par ces seuls mots : Rex appellandus. Il fait sans doute allusion à ce passage qu'il se souvenait d'avoir lu dans Cicéron et il veut faire entendre que le temps est venu, où Jésus-Christ doit être appelé de toutes parts le Roi des Rois, Roi de l'Univers;. "

Puis, Postel s'attarde sur le mot colocasia au 20e vers : ""mixtaque ridenti colocasia fundet acantho"(et la colocase mariée à la gracieuse acanthe). La colocase est inconnue à Rome, et très connue en Syrie, ce qui prouve bien que l'enfant sera juif. La colocase ne fut en effet connue que sous Pline. Mais des Billons estime que Virgile a pu la connaître. Pour Postel seuls les onze derniers vers sont de Virgile. Postel en déduit que l'âge d'or et le retour à la raison viendront sous un monarque puissant.

L'admiration de Postel pour les textes sibyllins était solidaire de son culte d'Eve et de la puissance féminine, qu'il exprime notamment dans son traité "Les très Merveilleuses femmes du Nouveau Monde" dans lequel il n'hésite pas à affirmer qu'à travers la Sibylle la puissance féminine gouvernait Rome. Ce culte de la féminité allait jouer des tours au théologien puisqu'à Venise il allait, en 1555, voir dans une vieille femme la "nouvelle Eve", ce qui allait conduire l'Inquisition dans la ville à faire brûler ses livres, sans toutefois le tuer lui, le jugeant trop fou pour pouvoir être vraiment hérétique.

Postel est un kabbaliste, rappelons le ; la kabbale est très tournée vers la femme et d'ailleurs sa théologie plairait bien au féminisme actuel lequel est lui-même en est souvent inspiré (voir Me Too, "God is a woman" etc). Et le fait que le théologien évoque beaucoup Noé évoque la Sibylle hébraïque "bru de Noé" des gnostiques (je renvoie à Barbara Aho sur la présence kabbaliste dans la Gnose). Tout cela sent le culte de Lilith - la femme de Satan. 

Pourtant rappelons que le poème de Virgile, à supposer même qu'il se rapporte à un oracle sibyllin authentique, garde un rapport très éloigné au message évangélique. Récemment dans les milieux eux aussi sulfureux qui entourent les visions de Maria Valtorta, un certain Vittorio Messori en 1978 n'hésitait pas à faire une fausse citation (voir ici) de l'églogue de Virgile pour la rendre plus précisément conforme à la théologie chrétienne...

Messori en revanche à juste titre rapprochait la prophétie sibylline d'une autre prêtée aux druides à propos de l'enfantement du sauveur par une vierge, dont on a parlé sur ce blog en 2017 à propos de Chartres. Et c'est là, je crois, une collusion tout aussi périlleuse que la symbiose du christianisme avec les livres sibyllins.

Le député bourguignon Henri Le Mulier (1803-1872) dans sa "Vie de la Très Sainte Vierge" de 1854, raconte qu'en septembre 1833, dans une maison place du Grail à Chalons, à 8 pieds de profondeur furent trouvés 30 squelettes humains. A quelques pieds au nord de ces ossements, des fractions de chapiteaux à volutes.Non loin de cet endroit et du palais des gouverneurs de Chalons sous Claude et Néron, une chapelle souterraine consacrée par les druides à la Vierge des sectateurs d'Hésus. Là les prêtres de Jupiter de d'Apollon se rendaient en grande pompe le premier de chaque mois, pour faire des oblations et réciter des vers autours d'un autel, sur lequel était élevée la statue d'une jeune fille, tenant un enfant entre ses bras. Au bas était cette inscription en lettres d'or "Virgini pariturae Druides" (les Druides à la Vierge qui doit enfanter).

Adrien Péladan (le frère du célèbre Joséqhin le "Sar", occultiste de renom) dans La France littéraire, artistique, scientifique, allait reprendre cette nouvelle dans son n°49 du 5 septembre 1864 (p. 779) tout en remarquant avec malice qu'il y avait une pierre égyptienne dans la statue de Marie au Puy-en-Velay, et en ajoutant qu'Elias Schedius (1615-1641) a écrit qu'en Germanie et en Angleterre aussi "Les Druides avaient dans l'intérieur de leurs sanctuaires une statue consacrée à Isis ou à la vierge qui devait enfanter le libérateur du monde" (De Diis germanis, c. XIII p. 346). Isis ou la Vierge... Effectivement à ce niveau les deux cultes s'entremêlent. Saint Jérôme aussi avait en son temps recensé tous les cultes des vierges mères. Ils ont probablement pavé la voie au culte marial, mais ont-ils ouvert le chemin d'une compréhension profonde de la Bible ? ça c'est une autre histoire...

A propos de la naissance du fils de la Vierge, je vous signale aussi cet excellent article de l'universitaire Gérard Gertroux ici qui démontre qu'un recensement a bien été organisé par le gouverneur de Syrie en l'an 2 av JC date de la naissance de Jésus, comme le disent les Evangiles. Un point important dans le sens de leur vérité historique...

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Amour, paix et vérité

5 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Philosophie, #Médiums

Je regardais ce soir une vidéo "New Age" qui faisait l'éloge de la pensée positive pour créer des synchronicités qui vous mettent sur le bon chemin existentiel. Cela me faisait penser à ce que disait Doreen Virtue, la médium repentie : que du temps où elle croyait à ces pensées "énergétiques", la "loi d'attraction" et autres fariboles, elle s'épuisait à essayer d'être heureuse mais n'en tirait au fond qu'une frustration permanente de ne pas être vraiment "remplie" de quoi que ce soit, tandis que sa vie était chargée de dix mille rituels inutiles pour s'attirer les faveurs des anges.

Beaucoup de chrétiens diront que c'est parce que cette forme de satisfaction que recherche le New Age est profondément égoïste et que dans l'Ego il ne peut y avoir que de la frustration. Je suppose que les "New Agers" et adeptes des thérapies du développement personnel diraient simplement que des gens comme Doreen Virtue sont inaptes à trouver un équilibre énergétique dans les voies de la pensée positive et que donc, ils ont raison d'aller chercher ailleurs, mais que cela n'invalide pas la théorie de la pensée positive pour autant.

Je ne sais trop qu'en penser. Il y a peu j'ai croisé une gardienne de musée qui faisait un éloge vibrant de la méditation et du yoga, de la paix que cela apportait, mais dont la façon tonitruante d'en parler, et surtout la manière dont elle se comportait ensuite avec les visiteurs du musée, montraient qu'en réalité elle n'avait atteint aucune paix intérieure. Difficile de faire la part de la vérité et du mensonge à soi même dans ce genre de profession de foi.

Il en va de même d'ailleurs de toutes ces vidéos de gens sur You Tube qui ont trouvé "le salut en Jésus-Christ" - par des voies bibliques -. On veut bien les croire quand ils affirment que cela les a sauvés de mille addictions néfastes (à la drogue, au sexe, au stress, à la méchanceté, etc) mais on se doute bien que ça ne résout pas tous les problèmes psychologiques, loin de là. D'ailleurs j'ai souvent entendu des chrétiens "bibliques", dénoncer le christianisme trop auto-suggestif d'une Joyce Meyer ou d'autres charismatiques et autres adeptes de l'Evangile de la Prospérité comme autant de formes d'hérésie. A entendre ces fondamentalistes, du reste, on a presque l'impression que les excès de sérénité ou de bonheur peuvent être des pièges sataniques. En retour, les charismatiques les accusent d'être des pisse-froid qui refusent les "dons de l'Esprit" promis par Jésus aux fidèles pour faire face à la fin des temps. Tout cela me fait penser aussi, dans l'univers catholique, à Sainte Thérèse de Lisieux qui disait qu'il était bien d'être triste... On reste très loin des éloges évangéliques de la "paix du Christ" et des injonctions de Saint Paul à être remplis d'amour... Ces injonctions sont des sources d'une telle amertume, qu'on finit par devenir quiétiste et se dire "allons, ne faisons rien, ne cherchons rien, et Dieu nous remplira d'amour seulement s'il le veut ou s'il en a besoin, ce serait blasphémer que de prendre les devants en la matière". N'était-ce pas la position des braves Moraves qui faisaient l'admiration de Wesley ? Mais bon, ensuite, entre le quiétisme et l'absence totale d'engagement religieux il n'y a qu'un pas...

J'ai connu un protestant qui voyait que sa conversion ne l'avait si évidemment pas guéri sur le plan psychologique qu'il s'était lancé dans la programmation neurolinguistique (PNL) et avait voulu devenir thérapeute dans ce domaine lui aussi, car il était convaincu que les chrétiens qu'il avait connus, faute d'assumer le fait que la conversion ne guérit pas, stagnaient dans la souffrance mentale et ainsi échouaient à aimer leur prochain, alors que la PNL les eût guéris. Sauf que plus il faisait de la PNL plus ce protestant me semblait s'enfermer dans l'orgueil. Je soupçonne qu'il réinvitait le diable en lui à mesure qu'il pensait guérir.

L'exorciste Allan Rich dans une vidéo disait que tout n'est pas spirituel, qu'il y a du psychologique qui peut être soigné par la psychologie. Mais dire cela n'est ce pas admettre déjà une limite au pouvoir de guérison divin ? N'est ce point prendre les devant à l'égard du projet de Dieu en choisissant des voies profanes, voies chargées de choses dangereuses comme j'ai pu le vérifier moi-même sur les chemins du "développement personnel" ou de la psychanalyse ?

Pour ma part, lorsque j'ai échappé aux médiums et me suis converti, en m'en remettant à Dieu j'ai surtout trouvé là une source de révélations cognitives considérables sur le monde qui m'entourait, son histoire, le fonctionnement des gens au quotidien, les fautes de ma vie, les mécanismes de la politique, toutes sortes de choses qui donnent vraiment un sens nouveau à tout. J'ai aussi découvert un mode de collaboration avec le monde invisible, avec le "royaume de Dieu", en acceptant ce qui arrive, en se mettant à l'écoute de ses rêves, de divers signes, en ne voulant rien pour soi même et tout pour Dieu. Les bienfaits de cette démarche ont été considérables. Pour autant je ne veux pas les surestimer ni jouer la méthode Coué. Je ne peux pas cacher qu'en cinq ans si mon regard sur les choses a changé, mes conditions de vie restent similaires. Beaucoup de problèmes restent absolument intacts. Je suis intérieurement plus "unifié", et plus soutenu par l'espérance, mais je ne suis pas rempli d'amour et de paix comme est censé l'être un bon chrétien. Je manque souvent de patience, et cela d'ailleurs nourrit en moi de fortes tentations de pécher à nouveau - s'offrir un de ces petits plaisirs malsains auxquels j'ai par principe renoncé, quitte d'ailleurs à parer ces plaisirs de vertus salvatrices, y compris salvatrices d'autrui, qu'ils n'ont pas (je pense par exemple à tout ce thème reichien du salut par la sexualité auquel je croyais à 20 ans). Cela s'appelle le combat spirituel - "spiritual warfare" disent les Anglo-saxons. Cela fait partie du jeu. Les démons sont là pour tester que vous vous êtes bien converti, que ce n'est pas pour rire. Sinon ce serait trop facile. Il n'y aurait pas d'engagement authentique pour Dieu...

Le plus surprenant à mes yeux d'ailleurs est la persistance du vide qui était déjà une caractéristique de mon existence avant ma conversion. Si certains jours des événements intéressants s'enchaînent qui viennent m'apprendre des choses - ou confirmer des choses déjà apprises - parfois de façon très spectaculaire (c'est ce qu'on appelait jadis le processus d' "édification"), par moment tout retombe dans l'insignifiance, et pour de nombreux jours. Les gens qui ont été mis sur votre chemin d'une manière intrigante, inattendue, disparaissent d'une façon tout aussi impromptue (d'autant qu'Internet a rendu les gens capricieux et zappeurs et tout devient facilement inconsistant) si bien qu'on finit par se demander quel sens ça a pu bien avoir de les avoir près de soi, si on leur a vraiment apporté quoi que ce soit. Le sentiment d'absurdité, comme l'incapacité à être rempli d'amour que j'évoquais plus haut, est en soi une source de retour des tentations hédonistes et égoïstes.

Souvent, en proie à ce genre de démon, je recherche le contact avec l'Esprit saint dans la solitude et l'inaction. Je reste des heures à ne rien faire et attendre que ça passe. Je me souviens que Flaubert disait que des trois grandes tentations qu'il connaissait (la luxure, la tentation de la connaissance, et la tentation du néant - à mon avis la deuxième n'est pas une tentation mais une vertu sauf si elle conduit à enfreindre un des Dix Commandements) la première était la plus facile à vaincre car il suffisait d'attendre que ça passe. A vrai dire j'ai l'impression que l'inaction, et notamment le sommeil (pensez à Epiménide, que Saint Paul qualifiait de prophète et qui dormit pendant des décennies) sont un remède à tout. Sauf que pendant que l'on fait ça, on n'aide personne, mais on ne peut pas à la fois vaincre ses démons et assister utilement son prochain. Après tout Sainte Geneviève ne passait elle pas des mois en prière dans sa cellule ? En faisant cela elle n'aidait personne, et pourtant c'est grâce à cela qu'elle put ensuite sauver Paris comme Epiménide sauva Athènes.

Personnellement je suis enclin à placer la vérité au dessus de tout, et surtout au dessus du confort psychologique. Vivre selon la vérité, dans la vérité, compte plus que de vivre en paix. Alors tant pis si souvent l'on vit sans paix et sans amour. La vérité, un jour, nous libèrera, c'est une promesse qui nous est faite par l'Evangile. Donc elle nous fera aimer aussi... Et puis qu'est-ce qu'aimer ? J'en entends certains qui trouvent dans la Bible la preuve de ce qu'aimer c'est d'abord aimer Dieu, et donc d'abord obéir aux commandements - dans un second temps seulement Dieu nous aidera à aimer autrui. D'autres disent qu'aimer en voulant le salut de l'autre c'est déjà beaucoup, pas besoin d'avoir beaucoup de sentiments en plus de cette seule bonne volonté. L'excès de sentiment viendra après, inspiré par le Saint Esprit.

Allez savoir...

Une kabbaliste comme Arouna Lipschitz se demande aussi dans ses vidéos comment on concilie la paix intérieure et l'amour d'autrui, surtout quand cet "autrui" est un type qui vient vous casser les pieds avec sa musique. L'amour au temps de l'Antéchrist quand tout le monde est devenu égoïste et malpoli. Vaste sujet. Chrétiens convertis, New Agers, kabbalistes, énergéticiens pataugent tous dans la même gadoue à ce sujet, la triste condition humaine. Et il faut reconnaître que souvent la plus-value du chrétien biblique tient seulement à la cohérence du message dont il est détenteur (cohérence malgré d'ailleurs quelques contradictions superficielles) et la force de la promesse dont il est dépositaire. Une petite différence, qui dans le rapport à la Vérité (à la défaut du rapport à soi ou à l'autre), change quand même tout.

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La possession de Michel Chiron

5 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

Très intéressant le cas de possession dont témoigne Michel Chiron, animateur dans la région d'Orléans, qui eut la mauvaise idée, quelques années après avoir fait tourner les tables, de "demander conseil"face à sa détresse sentimentale au monde invisible avec un pendule et des lettres de scrabble et se retrouva avec des entités qui se mirent à lui "parler en direct", en 1994, "à travers sa poitrine, sa gorge ou sa tête", et pouvaient prendre contrôle à loisir de ses faits et gestes mais aussi de ceux de son entourage, en lui promettant de recevoir des pouvoirs extraordinaires s'il acceptait d'aider à aligner l'humanité sous l'autorité du roi des Ténèbres. Ce témoignage est paru aux éditions Artège il y a peu.

Intéressant parce que la possession est arrivée en période de détresse affective comme celle du médium de février 2014 que j'évoque dans mon livre. Aussi parce qu'elle passe par une interrogation du pendule, comme pour les gens qui font des séances de oui-ja. On note qu'à la différence de plusieurs médiums, là les démons ne prennent pas l'apparence d'un Ange ou d'un Guide, on a l'impression que c'est une tribu. Le pouvoir qu'ils prennent sur l'entourage de Michel Chiron évoque ce que disait le sorcier africain repenti Blayi sur les espèces de "portes ouvertes" qu'ont pour les démons en eux tous les non-chrétiens. La grande solitude à l'égard d'un entourage sceptique. Intéressant bien sûr le rôle de la prière, pour se défaire des entités, y compris la prière des défunts de la famille au Ciel. Le fait que "ça prie en nous" à certains moments par l'Esprit saint. L'enthousiasme pour Dieu qu'on retire de ce genre d'expérience (j'ai ressenti la même chose après avoir combattu pendant trois mois contre une infiltration démoniaque à l'été 2015 comme je l'évoque dans mon essai sur les médiums). A relever aussi le rôle de la Sainte Vierge dans cette histoire, les grâces qui s'ensuivent, et aussi incidemment les remarques sur la hiérarchie des démons (les intelligents, les petits un peu stupides) dont témoignent aussi diverses personnes dans des moments d'ouverture provisoire ou définitive du "troisième oeil".

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Recension de mon livre "Le complotisme protestant contemporain"

3 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Publications et commentaires, #Histoire secrète, #Histoire des idées

Vient de paraître sous la plume de Bernard Blandre dans le bulletin "Mouvements religieux" du mois de septembre-octobre 2019 (470-471). Ce compte-rendu insiste un peu trop à mon goût sur les critiques que j'adresse à la thèse de Barbara Aho, alors que mon approche se veut plus nuancée, mais je vous la livre pour information.

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"Christophe COLERA, Le complotisme protestant contemporain – Ă propos d’une thèse sur la tribu de Dan Paris, L’Harmattan, 2019. 197 p., 20,50€"

Après la mort du roi Salomon, le royaume d’Israël s’est divisé en deux États : le royaume qui a conservé le nom d’Israël au Nord, occupé par dix des douze tribus dont celle de Dan, et celui de Juda au Sud.

Israël a été détruit par les Assyriens en 722 av. JC et Juda par les Babylonien en 587/586 av. JC.

La Bible affirme que les habitants des deux royaumes étaient monothéistes, adorant le dieu unique Yahveh, mais qu’ils ont été contaminés par les influences religieuses étrangères et, y compris beaucoup de leurs rois, se sont laissés aller à adorer d’autres dieux et déesses. Dans les faits il semble plutôt que le monothéisme se soit imposé provisoirement et jamais totalement.

Une grande partie des habitants de Juda a été déportée hors de son territoire mais a pu revenir à l’époque de l’empire perse. Ce sont les Juifs. Auparavant les dix tribus du Nord avaient été déportées par les Assyriens et sont disparues, probablement absorbées par les populations locales.

Voilà ce que nous apprend l’Histoire, dont les sources principales sont la Bible et des documents assyriens, babyloniens et perses.

Mais il existe depuis des siècles une abondante littérature dont les auteurs prétendent que tout ou partie des dix tribus perdues sont restées cohérentes et qu’on peut les identifier encore de nos jours. Des auteurs affabulateurs puisent dans ce matériel littéraire pour élaborer des théories invérifiables par l’Histoire scientifique parce que fausses. Parmi eux, Barbara Aho dont Christophe Colera a étudié la théorie complotiste.

Docteur en sociologie, Christophe Colera est diplômé de l’institut d’Études Politique de Paris et titulaire d’une maîtrise de philosophie de l’Université Paris IV – Sorbonne. Il est aussi auteur de plusieurs ouvrages dont chez le même éditeur Les médiums, une forme de chamanisme contemporain, 2017.

De Barbara Aho, on ne sait à peu près rien. Ce n’est peut-être qu’un pseudonyme utilisé par un ou plusieurs auteurs de la mouvance protestante évangélique. Elle s’exprimait d’abord sur le site Watch unto prayer qui n’est guère plus connu avant que son texte Mystery Babylon. The great catholic or jewish ? édité vers 2005/2006 soit repris sur d’autres sites.

La théorie complotiste de Barbara Aho

L’idée générale développée dans la théorie de Barbara Aho est la suivante : la tribu de Dan mène à bien depuis des siècles un plan démoniaque pour préparer le règne de l’Antéchrist.

L’apostasie d’une partie des juifs

Avant même la destruction des royaumes d’Israël et de Juda, une partie des Hébreux se sont ralliés au paganisme et à l’occultisme ; ils sont la synagogue de Satan qui n’inclut pas tous les Juifs : certains n’ont pas pratiqué la sorcellerie et d’autres se sont convertis au Christ.

Babylone est à la fois à l’origine et le point d’aboutissement des perversions de l’humanité. La grande prostituée évoquée dans l’Apocalypse est Rome, c’est-à-dire la papauté.

Le qualificatif « juif » ne s’applique qu’aux héritiers du royaume de Juda et pas aux dix tribus ; c’est pourtant par ce mot que Barbara Aho désigne la tribu de Dan, cette tribu impie, païenne et occultiste telle que cette auteure la présente. C’est d’elle que doit être issu l’Antéchrist.

Cette tribu de Dan et son action maléfique menée à travers les âges pour faire finalement triompher l’Antéchrist, Barbara Aho la trouve dans des quantités de personnalités historiques supposées juives, des groupes humains, des institutions et des sociétés secrètes, si bien que son ouvrage est présenté comme la chronologie des étapes de la mise en application d’une stratégie :

La stratégie supposée de la tribu de Dan

Samson, de la tribu de Dan, voulait détruire la tribu de Juda et imposer son messie qui devra diriger Israël et le monde. Il est à l’origine des esséniens dont l’ascétisme préfigure la vie monastique et donc les perversions démoniaques dans les couvents. La sagesse cachée des rabbins du moyen-âge dérive des doctrines secrètes babyloniennes. Les Juifs ont emprunté aux Chaldéens leurs doctrines mystiques pour concevoir la Kabbale.

Les gnostiques juifs ont contaminé les milieux chrétiens en modifiant l’enseignement du Christ dans un sens ésotérique et magique. Ormus, un moine et mage égyptien, a fondé une Société d’Ormes qui regroupait les esséniens, les thérapeutes, des kabbalistes et des prêtres égyptiens dans le rosicrucianisme. Née une soixantaine d’années après la mort du Christ, elle a fait croire qu’elle était dépositaire de son enseignement secret pour faire admettre ses croyances issues du mysticisme juif et païen égyptien. Les thérapeutes philoniens ont formé les auteurs chrétiens Clément d’Alexandrie et Origène qui ont sous leur influence développé une méthode d’interprétation allégorique des Écritures et un ascétisme excessif qui a amené les moines à rechercher le salut par la mortification au lieu d’essayer de l’obtenir par la foi comme le demande l’apôtre Paul. Les gnostiques juifs Valentin et Clément d’Alep ont introduit dans l’Église des thèmes kabbalistes. La messe n’est qu’un service de synagogue christianisé. C’est au concile d’Éphèse, en 431, que la Vierge a été proclamée « mère de Dieu » ; or il existait à Éphèse une école essénienne et la liturgie mariale est donc un culte idolâtre.

Selon les francs-maçons et les adeptes du new age, l’Église était dirigée à son origine par Jésus et Marie-Madeleine qui ont engendré une descendance : la dynastie mérovingienne. Une société secrète, le Prieuré de Sion, préserve cette vérité secrète. Elle est le sommet de la pyramide des sociétés franc-maçonniques. Son but est d’établir un descendant des Mérovingiens à la tête d’un gouvernement mondial.

Niant la croyance selon laquelle Marie-Madeleine et Joseph d’Arimathie seraient des esséniens exilés à Marseille et seraient de là partis l’un en Angleterre et l’autre à La Sainte Baume, dans le Var, Barbara Aho prétend que les Mérovingiens seraient de la descendance de Noé, auraient séjourné en Troade et de là en Gaule. Le conférencier chrétien Springmeier a vulgarisé l’affirmation que les Mérovingiens seraient d’origine juive et donc Barbara Aho voit des Mérovingiens partout : le roi Clovis I serait d’ascendance essénienne et issu de la tribu le Juda. Les rois Chilpéric et Dagobert I ont forcé des Juifs à se convertir au christianisme et le résultat est qu’ils sont devenus des marranes, c'est-à-dire des chrétiens de façade qui ont clandestinement continué à pratiquer le judaïsme. Le pape Grégoire le Grand était un Mérovingien ; il a soutenu le développement des monastères, foyers d’hermétisme et de sorcellerie et chevilles ouvrières du satanisme et de la monarchie franque. L’abeille, symbole mérovingien, a été reprise par Napoléon, les francs-maçons, les mormons et Beyoncé, une artiste occultiste.

Au moyen-âge, la première croisade inspirée par des Juifs avait pour but de placer un Mérovingien, Godefroy de Bouillon, sur le trône de Jérusalem. . Là, il fonda la société secrète : le Prieuré de Sion. Le juif Hugues de Payns a demandé au moine Saint Bernard de créer l’ordre du Temple, qui cultivait des connaissances diaboliques. Chantre du culte marial, Bernard avait des possessions en relation avec celles des hermétistes de l’abbaye d’Orval. En 1180 le Temple s’est séparé du Prieuré de Sion : les templiers, devenus les banquiers juifs de l’Europe, ont affirmé que Marie-Madeleine et sa progéniture se sont établis au Languedoc alors que le Prieuré s’est chargé de la protection des descendants du Christ mêlés aux familles mérovingiennes.

Les cathares du Languedoc pratiquaient un culte gnostique ; ils adoraient Marie-Madeleine en tant qu’épouse du Christ ; manipulés par les Juifs, ils se sont dressés contre l’Église. Montségur, leur site sacré, était une ouverture vers l’enfer. C’est une nouvelle Sion pour les Mérovingiens. Persécutés, les cathares et les templiers se sont exilés en Écosse où ils ont fondé la franc-maçonnerie. Protégés par la dynastie Stuart qui a pris ensuite le pouvoir en Angleterre, ils sont devenus l’Ordre de la Rose Croix.

La réforme protestante est aussi une invention des Juifs mérovingiens.

Ă partir de 1391 les Juifs d’Espagne et du Portugal ont été contraints de se convertir au catholicisme. Ils sont devenus des marranes ; en 1492 ils ont fondé l’Ordre des Illuminati. Riches et influents, ils ont essaimé dans le monde, ont financé les voyages d’exploration du marrane Christophe Colomb parrainé par Léonard de Vinci, le Grand Maître du Prieuré de Sion. D’autres financeurs étaient des membres de la Maison d’Anjou, une autre famille juive. Le but : découvrir la nouvelle Jérusalem.

Le grand sceau des Etats-Unis symbolise le rôle de l’Amérique comme nouvelle patrie des Juifs. Les 13 colonies américaines sont les 13 tribus d’Israël. Le nom de l’Amérique dérive de celui d’Ameru, le dieu-serpent de l’Amérique du Sud. Lors de la guerre d’indépendance, Georges Washington était financé par Haîm Salomon, un commerçant juif.

Barbara Aho insiste sur l’action des frankistes, les disciples de Jacob Frank (1726-1791). Ces juifs reconnaissaient en lui le messie. Il les entraîna en 1759 à se convertir au catholicisme, mais ils ne s’intégrèrent jamais complètement dans l’Église. Certains participèrent à la Révolution française de 1789. Aho voit donc des frankistes partout. Elle les présente comme à l’origine d’un courant libertaire et destructeur agissant à l’arrière-plan des Illuminati, héritiers les sociétés secrètes qui les ont précédés.

Frank et Weishaupt (le fondateur des Illuminés de Bavière qui ont effectivement existé au XVIIIème siècle et dont les complotistes ont fait les Illuminati) ont été financés par les Rothschild dont l’étymologie du nom est Ruth’s childs, les enfants de Ruth.

Sous l’autorité du Prieuré de Sion Rothschild et les Illuminati financent le sionisme, ce mouvement dont le but était de fonder un faux État juif à Jérusalem en vue d’affaiblir les États occidentaux. Les sionistes veulent prendre le contrôle de l’ensemble du judaïsme et lui imposer l’illuminisme kabbaliste. La tribu de Dan veut détruire celle de Juda et introniser son propre messie issu de la lignée mérovingienne. Pour cela les frankistes ont provoqué une intense persécution des Juifs pour les forcer à émigrer vers Israël. Ceux qui ont résisté ont été piégés en Pologne à l’initiative d’un illuminati petit-fils d’un Rothschild, Adolf Hitler qui les a en grande partie anéantis.

Les sionistes étaient établis à Rome longtemps avant la création de l’Église catholique. Ils dominent l’Espagne en 1550 et la France à travers la Révolution. Les Illuminati triomphent en Grande Bretagne et en Allemagne au moyen de leurs activités bancaires et en Russie grâce aux bolcheviks.

L’Église catholique est infestée de croyances occultes. Les jésuites sont des sorciers adeptes de la Kabbale et du Talmud. Les Médicis ont été les catalyseurs des traditions occultes sous couvert de néo-platonisme. La basilique Saint Pierre de Rome est la clé spirituelle de la compréhension de l’esprit démoniaque des Médicis.

L’Église catholique est le cheval de Troie de la franc-maçonnerie et d’autres sociétés kabbalistiques aux Etats-Unis. Les Rothschild en contrôlent les finances avec l’appui des Médicis. Le pape Jean XXIII était membre du Prieuré de Sion ; Jean-Paul Ier a été assassiné par des francs-maçons. Jean-Paul II était en relation avec le frankiste martiniste Mickiewicz ; Son rapprochement avec le judaïsme marque la victoire de la tribu de Dan. Le protocole 17 des sages de Sion prône l’infiltration de l’Église et son dénigrement en tant qu’institution païenne et pédophile.

James Caveziel, l’acteur qui joue le rôle de Jésus dans le film La passion du Christ est d’origine juive. Il a rencontré Jean-Paul II et a eu des contacts avec Ivan Dragicevic, un voyant de Medjugorje où le père Vlasic est adepte du new age. Son apparence physique de Jésus hollywoodien est utilisée pour représenter le faux Christ mérovingien, l’Antéchrist. Le roman à succès de Dan Brown Da Vinci Code a été publié pour accoutumer les chrétiens à l’hérésie mérovingienne.

Interprétant l’Apocalypse, Barbara Aho identifie la bête à la tribu de Dan à la prostituée qui la chevauche à l’Église catholique. Après bien l’avoir utilisée dans l’objectif de dominer le monde, la tribu de Dan s’en débarrasse et révèle son identité juive. Pourtant finalement les méchants Juifs seront détruits et les vrais Juifs, ceux qui auront reconnu le Christ, triompheront avec lui. Le complot de la tribu de Dan échouera finalement.

Les sources de Barbara Aho

L’ouvrage de Barbara Aho n’est ni unique ni le premier du genre. Elle s’appuie sur toute une littérature qu’elle exploite longuement. La question est : quelle est son originalité ?

 

Cette auteure se dit appartenant à la mouvance protestante évangélique ; elle s’appuie sur la Bible, selon laquelle effectivement elle peut trouver des éléments utilisables. La littérature millénariste cite fréquemment le plan de Satan de prendre le contrôle de l’humanité depuis le jardin d’Eden jusqu’à son triomphe provisoire avec l’avènement de l’Antéchrist.

Mais pour l’essentiel Barbara Aho tire son argumentation de ce qu’ont produit des auteurs complotistes de diverses tendances. L’un des grands intérêts de la recherche de Christophe Colera est de replacer les affirmations de cette auteure dans leur contexte littéraire si bien que son livre ne renseigne pas que sur Barbara Aho mais aussi sur le complotisme en général

Quelles sont donc les sources de Barbara Aho ?

Des auteurs chrétiens : Springmeier, Torell, sans négliger des complotistes catholiques : la revue traditionaliste Sodalitium, le collectif de prêtres « Maurice Pinay ».

Mais aussi, Barbara Aho se réfère à des auteurs de la tendance ésotéro-occultiste : H.P. Blavatsky, la fondatrice de la Société Théosophique ; le baron de Westerode, un rosicrucien ; Baigent, Leigh et Lincoln, les auteurs de L’énigme sacrée ; Twyman, un spirite ; Picknett et Prince, auteurs gnostiques, et Marsden, le traducteur en langue anglaise des Protocoles des sages de Sion.

Sans qu’elle soit totalement originale, Barbara Aho se distingue de deux façons :

Elle néglige la littérature complotiste sur les néphillim, ces géants nés de l’union de femmes et de démons cités dans la Bible.

Elle échappe au moins partiellement à l’accusation d’antisémitisme en ne présentant pas l’ensemble des Juifs comme les auteurs du complot mais en limitant la culpabilité à la tribu de Dan et en présentant les Juifs opposés au sionisme comme victimes des Illuminati.

L’analyse de la méthode, par Christophe Colera

Christophe Colera mentionne çà et là des erreurs de l’auteure mais n’en dresse pas l’inventaire. En bon sociologue, il pose des questions sur l’intérêt de l’auteure à développer sa théorie.

Barbara Aho apporte du nouveau et de l’insolite à la communauté évangélique à laquelle elle appartient. Elle fournit des arguments pour crédibiliser les prophéties bibliques qui ne suffisent plus à une partie des chrétiens évangéliques. Sa dénonciation des Illuminati, des riches hommes d’affaires juifs qui dominent le monde de façon occulte, satisfait une partie de l’opinion publique hostile aux puissants.

Mais cette auteure ne cherche pas à établir une vérité objective et vérifiable ; ce qu’elle veut, c’est donner corps à une prophétie dans un contexte actualisé. Pour cela elle crédibilise toute une littérature émanant des milieux qu’elle présente comme néfastes : franc-maçonniques, occultistes et théosophiques.

Son ouvrage contribue à un appauvrissement culturel : réduire de grands phénomènes historiques comme la Renaissance et la Révolution française au résultat d’un complot de la tribu de Dan n’encourage pas à se cultiver pour en comprendre la complexité.

D’un point de vue religieux, réduire l’action du diable à un domaine institutionnel, le complot des sociétés secrètes amène à négliger l’activité des démons dans les cœurs des humains.

Pour conclure

Le livre de Christophe Colera semble n’être qu’un travail de recherche d’un spécialiste rédigé à l’attention de spécialistes et donc réservé à un nombre de lecteurs limités.

Ce serait une erreur de limiter à cet aspect l’intérêt de ce livre. Parce qu’il replace constamment la théorie de Barbara Aho dans son contexte littéraire complotiste, l’ouvrage est en fait un livre sur le complotisme et est donc destiné à un public élargi.

Le complotisme chrétien

Examen d’un système de pensée

L’intérêt du livre de Christophe Colera sur le complotisme protestant étudié à la lumière des publications de Barbara Aho est de donner finalement une vision globale d’un système de pensée qui déborde du seul protestantisme évangélique.

Toutes les organisations chrétiennes ne sont pas complotistes mais beaucoup trouvent dans la Bible des éléments permettant d’alimenter ce système de pensée. On peut voir l’action de Satan et des démons se dérouler depuis que le serpent a séduit Ève et Adam jusqu’à l’avènement annoncé de l’Antéchrist, si bien que l’on peut interpréter les faits comme des étapes d’un complot du Diable.

Mais le complotisme chrétien ne se limite pas à l’exégèse des écritures saintes. Il fait intervenir nombre de sociétés secrètes plus ou moins imaginaires ou plus ou moins réelles auxquelles l’on prête des pouvoirs et une influence démesurés par rapport à la réalité. Elles seraient les instruments du Diable pour dominer le monde. Et très souvent les instigateurs présumés du complot sont désignés : les Juifs.

Une interprétation douteuse de la Bible

Les complotistes s’appuient sur la Bible, directement ou en utilisant des ouvrages complotistes qui commentent la Bible. Mais ils en déforment souvent le contenu.

Prenons l’exemple de l’image que donne Barbara Aho du juge Samson. Selon cette auteure ce personnage, de la tribu impie de Dan, voulait détruire la tribu de Juda pour préparer l’avènement d’un faux messie danite. Mais que nous apprend la Bible ?

Son livre des Juges contient plusieurs chapitres qui relatent les exploits de ce héros qui combat les Philistins, ce peuple qui a établi sa domination sur les Hébreux. Le chapitre XV raconte que les Philistins le cherchaient dans le territoire de la tribu de Juda et que par crainte des représailles cette tribu a livré Samson à ses ennemis. Mais le colosse s’est libéré et avec une mâchoire d’âne il a tué 1 000 hommes. Qui a été tué, c’est ce que la Bible ne dit pas. Des Philistins, très certainement. Des membres de la tribu de Juda ? Peut-être, mais la Bible n’en dit rien. Et dans la suite du récit on ne lit plus rien sur les rapports entre Samson et Juda.

Ainsi la réaction défensive de Samson prisonnier de Juda est-elle transformée par Barbara Aho en une volonté de ce juge de détruire une tribu en vue d’établir un messie danite dont la Bible ne dit rien. Pourquoi ? Parce que la tribu de Juda a donné son nom aux Juifs.

Le bricolage des articles collectés dans le supermarché des données de l’histoire.

Que font les clients qui achètent dans un supermarché ?

Ils choisissent les produits qui les intéressent et délaissent les autres produits en magasin. Ce faisant, ils démontent les rayons que les salariés ont remplis.

Rentrés chez eux, ils transforment les produits pour en faire ce qu’ils veulent. Ils ouvrent les boîtes de conserve et les paquets de semoule, font cuire la viande, les légumes et le poisson pour en faire des plats cuisinés. Ils cousent des ourlets aux pantalons qu’ils ont achetés.

C’est exactement le comportement des complotistes.

Sans souci du travail de recherche millénaire des historiens depuis les annalistes mésopotamiens et les Grecs Hérodote et Thucydide, les complotistes picorent çà et là des éléments tirés de la reconstruction des faits du passé et en délaissent tout à la fois l’essentiel des données et l’architecture de la chronologie.

Ces éléments, ils les mélangent et les transforment pour les rendre utilisables pour la construction de leur théorie dont ils font une contrefaçon de l’Histoire. Ce faisant, ils démolissent la culture pour créer une contre-culture.

Examinons la démarche de Barbara Aho et des auteurs dont elle a tiré des arguments :

Ils cherchent des mauvais Juifs partout. Pour Aho, ce sont les Danites. Pour d’autres, tous les Juifs sont malfaisants.

Les Mérovingiens ? Ils n’étaient pas des Francs, mais des Juifs. Donc auraient été juifs le pape Grégoire le Grand, un supposé Mérovingien (en fait un Romain de la famille Anicia) ainsi que le supposé Mérovingien Godefroy de Bouillon. Auraient aussi été juifs Hugues de Payens, le fondateur des Templiers et Adolf Hitler, supposé petit-fils d’un Rothschild ; le Führer ne voulait pas anéantir les Juifs, mais seulement ceux qui n’adhéraient pas au sionisme. Autres supposés Juifs : la Maison d’Anjou et Christophe Colomb qui aurait cherché l’Amérique pour y fonder une nouvelle patrie pour les Juifs.

Les complotistes réinventent les sociétés secrètes et en surévaluent l’influence.

Les historiens sont loin de nier l’influence des francs-maçons sur l’histoire politique, sociale et culturelle. Mais les complotistes en font les agents omniprésents et omnipuissants d’un complot dont le but est la domination sur le monde.

Barbara Aho place les francs-maçons sous l’autorité d’un Prieuré de Sion qui aurait été fondé en 1099 par Godefroy de Bouillon qui voulait établir à Jérusalem l’autorité de la dynastie mérovingienne. Historiquement le Prieuré de Sion n’a été qu’une association fondée par Pierre Plantard en 1956, dissoute en 1993 avant d’être reconstituée en 2015. Selon cette auteure encore la franc-maçonnerie aurait été fondée par des cathares et des templiers, deux groupes humains nés et disparus au

Moyen-Âge alors que, si les origines historiques de la franc-maçonnerie restent à bien éclaircir, elle n’existe vraiment comme organisation initiatique que depuis le XVIIIème siècle.

Barbara Aho présente le rosicrucianisme comme résultant de la fusion de deux organisations monastiques juives de l’Antiquité, les esséniens et les thérapeutes et des juifs kabbalistes. Mais il y a beau temps qu’esséniens et thérapeutes étaient disparus quand l’Ordre de la Rose Croix est né, seulement au XVIIème siècle.

Aho assimile encore les alumbrados espagnols du XVIème siècle (des catholiques hétérodoxes mystiques) aux Illuminés de Bavière du XVIIIème s. (un ordre initiatique révolutionnaire démantelé dès la fin du siècle) pour les transformer en les Illuminati supposés être une oligarchie d’hommes d’affaires qui dominent actuellement le monde.

Les complotistes inventent des étymologies fantaisistes

Le nom de l’Amérique serait dérivé de celui d’Ameru, un dieu précolombien. Mais tout historien sait que l’étymologie véritable est à trouver dans le prénom du navigateur Amerigo Vespucci.

Le nom de la famille Rothschild serait tiré de l’expression Ruth’s childs, (enfants de Ruth).L’étymologie véritable est « zum roten Schild », « à l’enseigne rouge » en référence au blason qui ornait le mur de la maison familiale. Il était bien inutile de faire des Rothschild les descendant de Ruth pour essayer de prouver leur origine juive, qu’ils n’ont jamais dissimulée.

Les complotistes réinventent la chronologie

Ils ne tiennent aucun compte de la chronologie telle que l’a établie l’Histoire scientifique.

La tribu israélite de Dan a été déportée par les Assyriens et s’est dissoute dans la population environnante. Les complotistes la font survivre jusqu’à nos jours, ainsi que les Mérovingiens qui pourtant disparurent de l’Histoire en 751.

Les Illuminés de Bavière n’ont pas vécu après la fin du XVIIIème siècle. Les complotistes prolongent leur existence jusqu’à nos jours sous le nom d’Illuminati.

Si l’on se réfère au récit biblique, Samson aurait vécu vers la fin du IIème millénaire av . JC. Selon Barbara Aho il aurait fondé les esséniens. Malheureusement les esséniens n’ont existé qu’entre le IIème siècle avant J.C et le Ier s. après JC. Peu importe pour Barbara Aho qui prolonge leur existence jusqu’à la fondation du rosicrucianisme que l’Histoire situe au XVIIème siècle.

Ajoutons l’affirmation que des sionistes habitaient Rome avant la création de l’Église catholique, alors que ce mouvement ne remonte qu’au XIXème siècle.

Pour conclure

Barbara Aho et les complotistes qui l’ont inspirée ne falsifient pas seulement l’Histoire ; ils la détruisent dans sa globalité pour en tirer des matériaux qui leur sont nécessaires pour en construire une contrefaçon.

Leur reconstruction de l’Histoire n’a pas pour but d’enrichir notre culture. Elle appauvrit au contraire la culture de ceux qui ne se réfèrent qu’au complotisme. En mettant l’accent sur le supposé danger des sociétés secrètes utilisées par les mauvais Juifs (ou simplement les Juifs dans leur globalité pour certains auteurs) les complotistes créent un climat d’anxiété paranoïde générateur de méfiance et d’hostilité aux élites politiques et sociales"

 

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La voyance étrusque chez Lucain

3 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

Le dernier article de Larissa Bonfante sur les Grecs et les Etrusques m'a donné envie de revenir à cette histoire un peu étrange que j'évoquais en 2015. Quand, au Ie siècle de notre ère, dans sa Pharsale Lucain qui était, selon toute vraisemblance, un initié néo-pythagoricien (je vous renvoie à ce sujet sur l'hypothèse d'une "église pythagoricienne secrète" chez les républicains romains), décrit le moment où, César ayant franchi le Rubicon le 11 janvier 49 av JC, la panique s'empare de Rome, il met en scène trois figures prophétiques : l'haruspice étrusque Arrun de Lucques, qui lit dans le mouvement des oiseaux et le foie des animaux (et qui ordonnera les rituels d'expiation), le sénateur Nigidius Figulus, fondateur du néo-pythagorisme, qui prophétise par les astres et les nombres, et une patronne pythonisse, possédée par l'esprit d'Apollon.

L'étrusque vient en premier dans cette chaîne d'évocations. Ce qui n'est peut-être pas un hasard.

Dans "Ius, l'invention du droit en Occident", Aldo Schiavone (que j'avais évoqué dans ce blog en 2009), on peut lire (p. 81) que les Etrusques ont contribué à désacraliser la royauté à Rome ainsi que l'autorité du grand pontife en introduisant un système hoplitique  : "des troupes de fantassins armés, recrutés sur la base d'une appartenance civique progressivement construite sur l'identité entre guerrier qui combat, citoyen qui participe à l'assemblée et propriétaire terrien qui produit" (d'où la polysémie du mot "centurie" qui couvre les trois registres). "Dès lors, écrit Schiavone, le mécanisme unique roi-prêtres, exalté et protégé par l'enveloppe magico-sacrée, allait perdre de son poids, tout en demeurant un élément de premier plan". L'auteur y voit même "peut-être l'apport le plus important de la présence étrusque" (p. 82). L'armée centuriate introduit de la coopération en plus de la discipline, et un pouvoir croissant des assemblées au sein desquelles le pouvoir magique des pontifes d'apporter des réponses inspirées (responsa) va constituer un "ius" sédimenté ancêtre du "droit" romain.

Dans "Les sources de Lucain" en 1912, le professeur de Normale Sup'-Sèvres René Pichon estimait qu'il y avait une progression entre Arruns, Nigidius Figulus, et la matronne. Il note p. 187 : "Arruns se sert de procédés matériels routiniers, tels que l'inspection du foie de la victime ; Figulus interroge les astres, qui, d'après les stoïciens, sont des êtres divins; enfin, la matrone est directement inspirée par Phébus, qui, ainsi qu'on le sait, n'est pour Lucain qu'une incarnation ou une émanation de l'âme du monde." 

A la lumière des remarques de Pichon, on a l'impression que, comme dans la structure politique de la République romaine, les Etrusques fournissent une sorte de "base" des dispositifs prophétiques romain (lesquels sont tout aussi indispensables au fonctionnement de la République et de ses rituels), des dispositifs dont la forme la plus achevée est la possession mystique (avec tous les dangers de folie et de mort qu'elle comporte, Pichon développe cela à propos de la consultation de la Pythie à Delphes par Appius et du risque de mort qu'elle encourt, d'où son refus de répondre au départ), l'occultisme pythagoricien (via l'astrologie notamment) n'étant qu'une étape intermédiaire dans ces effrayants processus.

 

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L'opposition Havelock Ellis/Céline Renooz sur la pudeur féminine

3 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur, #Histoire des idées, #Histoire secrète

En parcourant mon billet sur Evola de 2011 en 2011, je retrouve sa référence à un article de Camille Mélinand qui elle-même, par contiguïté des références sur les moteurs de recherche, me renvoie à un livre de Havelock Hellis de 1927, The evolution of modesty, the phenomena of sexual periodicity auti-erotism, dans lequel il discute la thèse de Céline Renooz dans son livre de 1897 Psychologie comparée de l'homme et de la femme (p. 87).

Céline Renooz, franc-maçonne belge et féministe, soutenait, dans une perspective purement constructiviste que les "cultural studies" féministes contemporaines accueilleraient volontiers, que la pudeur avait été inculquée par l'homme aux femmes, et même imposée violemment à celles-ci, alors que celles-ci ont gardé une nostalgie de la nudité, nostalgie qui s'est révélée dans le fait que les femmes amérindiennes ont résisté à la volonté des missionnaires de les vêtir, et dans le fait que la mode du "déshabillé" revient périodiquement chez la femme, alors qu'elle est absente chez l'homme.

Le docteur Havelock Hellis, médecin anglais, inventeur du mot "homosexualité", secrétaire de la Société fabienne, psychiatre anglais, et inspirateur du Lolita de Nabokov (voir une remarque intéressante d'un de ses proches sur sa personnalité puritaine obsédée par la sexualité ici), pour sa part, allait défendre contre Renooz qu'il y a deux instincts chez les femmes, l'un de monstration, l'autre de dissimulation, le second étant tout aussi inné que le premier, et tout autant nécessaire à la stratégie de séduction, cette approche étant plus compatible, semble-t-il, avec la psychologie évolutionniste actuelle.

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