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Articles avec #pythagore-isis tag

Jean Staune, Eugène Aroux, mes sujets de recherche actuellement

12 Novembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Spiritualités de l'amour, #Histoire secrète, #Pythagore-Isis

Un lecteur au pseudo néphilimesque attirait mon attention hier sur l'essayiste qui se prétend chrétien Jean Staune, dont je découvre d'ailleurs qu'il était invité par un cercle d'économistes et d'hommes d'affaire dans ma ville natale cette semaine (le 9 novembre), ce qui signifie que, comme Lenoir, il est un peu un auxiliaire de la spiritualité dominante contemporaine.

A vrai dire, plus je réfléchis aux prises de position de ce penseur moins je leur trouve d'intérêt. C'est en premier lieu un apôtre de la religion primordiale (il pense du bien de Guénon), qui, tout en défendant l'importance d'un christ "cosmique" comme le faisait jadis le père Brune, estime plus ou moins (je dis plus ou moins parce que son propos là-dessus varie d'une minute à l'autre) qu'avant Jésus était Osiris, et que ça ou Krishna (ou peut-être Shiva) c'est au fond un peu toujours la même chose, même s'il se trouve que pour les Occidentaux il faut que ce soit Jésus. Ce n'est pas très étonnant, vu la filiation dont il se réclame. Il explique que son propre père l'a initié à certains textes confidentiels de l'ésotérisme chrétien, il place dans son panthéon le Padre Pio (comme le font beaucoup d'occultistes) et surtout l'étrange Maître Philippe de Lyon (une lectrice de ce blog, qui a peut-être payé le prix fort d'avoir connu de très près le milieu qui se réclamait de ce médium, aurait beaucoup de choses à dire là-dessus), en habillant le tout de physique quantique et de références (sans grand discernement) aux expériences de mort imminente. Cette façon de défendre la Foi, tout en la noyant intellectuellement dans un océan de relativisme hindouïste ne me paraît pas précisément constituer le bon moyen d'accomplir le projet messianique (d'ailleurs l'eschatologie est totalement absente de son propos, avec Staune il n'y a plus d'Histoire, vu que de toute façon, dans la physique quantique il n'y a plus de temps : son panthéisme qui paradoxalement veut nous retirer du monde, bloque en réalité le devenir...). De toute façon, par principe je n'aime pas les gens (les gnostiques lucifériens) de cette trempe qui nous invitent à vouloir "devenir des dieux" en sortant de la "Matrice" qui omettent de poser à titre de préliminaire que nous ne pouvons le faire qu'en devenant Serviteurs du Très Haut, c'est-à-dire sans égo.

Je crois que je ne reconnais à son fil de recherche qu'un mérite : celui de poser la question de savoir ce qu'est l'Eglise johannique dont parle l'Evangile de Jean en son chapitre 21, question qui en a travaillé tant d'autres par le passé (je pense ici à Léonard de Vinci avec son célèbre tableau de la Cène, et aux églises "parallèles" guérisseuses ou non). Si elle existe, de toute façon, vu l'ambiance antéchristique actuelle, cette Eglise ne peut pas être du côté des auteurs de livres à succès, ni des conférenciers promus par YouTube. Le Royaume est comme la graine de sénevé, il grandit dans l'ombre et l'humilité (Matth 13:31).

Personnellement, je préfère en ce moment m'intéresser à un tout autre auteur, très clandestin celui-là et impeccablement fidèle à l'Eglise de Pierre, humble essayiste méthodique et scrupuleux des années 1850, le normand Eugène Aroux. Denis de Rougemont dans L'Amour et l'Occident ne le cite que pour l'associer au Sar Péladan, ce qui est un grand tort. Je crois que ses hypothèses sur les cathares et l'amour courtois, même si elles simplifient un peu trop la problématique de l'amour platonicien, sont extrêmement utiles pour comprendre le poids de l'hérésie dans la culture européenne depuis Joachim de Flore, surtout son poids occulte. Oui, il faut se plonger dans les travaux d'Aroux. Ceux-ci d'ailleurs ne sont pas étrangers au sujet de l'adamisme dans le couvent franciscain de Louviers que j'évoquais dans ce blog il y a deux mois, et cela conduit à réfléchir aux fruits douteux du séraphin d'Assise, particulièrement en la branche actuelle de son arbre : l'Eglise "synodale" que le pape tente d'imposer. On y reviendra. 

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"Cette foi est la mienne" de Simone Weil : une dévotion païenne à la Terre mère ?

21 Août 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Christianisme, #Spiritualités de l'amour, #Pythagore-Isis

Un ami m'a passé ce mois-ci le petit livre de la philosophe Simone Weil "Cette foi est la mienne" réédité en 2020, qui est en fait une lettre à un religieux qu'elle a rédigée en 1942. Je dois ici en dire un mot. Sa lettre comprend 35 points qui lui paraissent cruciaux sur la question du christianisme et du salut de l'âme, points dont certains incluent des opinions qu'elle qualifie de "douteuses" c'est-à-dire qu'il "n'est pas légitime de les nier catégoriquement", du fait qu'on ne peut savoir clairement si elles sont ou non incompatibles avec le dogme catholique. Elle les expose avec clarté, humilité et sincérité. Il conviendrita donc d'essayer de les aborder avec les mêmes vertus.

Le point 1 de son exposé, disons le tout de suite, est de ceux qui me persuadent le moins et me posent le plus de problèmes. Il s'agit d'une charge contre le Dieu d'Israël, présenté comme un Dieu guerrier assoiffé de sang, qui s'accompagne aussi d'une critique des prophètes antérieurs à Daniel "souillée de choses atroces". Cette charge s'effectue au nom d'un esprit de douceur et de charité dont les esprits païens (y compris les Egyptiens) auraient été mieux dotés que les Hébreux.

C'est là, soulignons-le, une critique assez habituelle du monothéisme depuis Voltaire et qui emplit l'ambiance néo-païenne de notre époque aussi.

A ce sujet on peut observer ceci. La soif de massacre telle qu'elle se révèle dans divers ouvrages comme le Livre de Josué, n'est pas l'apanage du peuple hébreu à l'époque de la sortie d'Egypte. La stèle de Tel Dan dont on parlait il y a peu montre qu'elle est symétrique de celle de leurs ennemis idolâtres.

Que Dieu laisse s'exprimer cette pulsion dans le livre censé porter sa parole n'est pas en soi le signe qu'il est un Dieu mauvais, mais peut simplement signifier qu'il y a une historicité de la révélation, historicité qui ne fait primer la douceur et la modération sur la violence qu'à partir d'Isaïe (ce qui a peut-être à voir avec l'âge axial de Jaspers, époque où l'individu commence à être simultanément valorisé dans plusieurs civilisations). La question d'ailleurs se pose jusqu'à quel point l'historicité de cette révélation perdure, puisqu'il est dit dans le Nouveau Testament que d'autres vérités seront révélées à la fin des temps (et toute la problématique du modernisme dans l'Eglise tient dans cette question très délicate, qui place toujours l'évolutionnisme à la limite de l'hérésie, puisque l'innovation peut toujours faire la part belle à Satan si elle est menée sans discernement). Le fait que Dieu ne pouvait tout de suite se révéler d'emblée comme un Dieu de douceur à un peuple cerné par des ennemis qui voulaient l'anéantir ne signifie pas qu'il fût particulièrement cruel.

En outre il faut intégrer un paramètres très important à cette dimension "guerrière" du Dieu d'Israël. C'est que derrière la guerre physique il y a une guerre spirituelle. C'est ce que signifie par exemple Rachi de Troyes dans son commentaire du psaume 91, quand il souligne que l'expression "que mille tombent à ton côté et dix mille à ta droite" fait référence à des démons. Et effectivement les découvertes de Qumran ont révélé que ce psaume était employé dans un contexte d'exorcisme. Et divers spécialistes des religions comme Salomon Reinach en son temps ont pu faire observer que dans ce psaume les démons sont aussi désignés sur un mode codé à divers endroits : lorsqu'il s'agit de la flèche qui vole pendant le jour, de la peste qui marche dans les ténèbres... Que la "guerre sainte" de l'Ancien testament ait une dimension méta-naturelle, beaucoup d'exégètes l'ont compris, comme je l'ai montré dans mon livre sur les Nephilim, à partir d'une lecture serrée de Genèse 6:1-4, de ses échos dans l'histoire des Géants en pays de Canaan, et d'un détour par le livre d'Hénoch dont les théories sur les anges déchus, qu'on le veuille ou non, sont bien reprises dans le Nouveau Testament, dans les lettres de Jude et de Pierre, qu'on attribue cela à une influence essénienne ou à autre chose : cela fait partie des Ecritures. Dans cette lecture, la poursuite du génocide (qui a valu à Saül, premier roi d'Israël, de perdre son onction parce qu'il ne l'avait pas prise au sérieux) n'est pas seulement défensive : elle est aussi nécessaire pour purifier la Terre de l'ADN des Nephilim comme le Déluge n'avait pas permis de le faire.

Qu'on suive ou non cette lecture littéraliste jusqu'à ses ultimes conséquences, on ne peut nier qu'il se révèle à travers elle, dans une dissection très minutieuse des versets de la Bible, des dimensions très inattendues de la guerre dans l'Ancien Testament à côté de laquelle Simone Weil, par vanité intellectuelle (parce qu'elle ne suspend pas assez son jugement devant un texte rempli de mystères), passe complètement.

Du coup, la volonté de gommer la guerre dans la religion est à son tour suspecte. Placer la charité au dessus de toute les vertus, peut revenir à désarmer le croyant dans le combat spirituel, et c'est précisément ce que cherche à faire l'Antéchrist avec son idéal de "tolérance".

Certes le sacrifice méthodique de la deuxième personne de la Trinité divine, agneau de Dieu, sous le gouvernement de Ponce Pilate pose aujourd'hui différemment la donne du combat spirituel, et la problématique de l'effacement de la descendance des beni elohim dans le monde matériel, dans la mesure où le sang versé sur la croix rachète tous les péchés si l'on prend part (à divers niveaux) au sacrifice. Pour autant Jésus n'étant pas venu abroger la Torah mais la réaliser (Matthieu 5:17) ni apporter la paix mais le combat (Matthieu 10:34), condamner les principes guerriers de l'Ancien Testament, s'évère extrêmement dangereux. Et d'ailleurs l'Apocalypse porte en lui un grand retour, final, de cet esprit guerrier.

Il est vrai que le combat, implacable contre les démons (les siens et ceux des autres), doit se faire dans la plus grande charité pour les êtres de chair qui nous entourent : ça c'est Saint Paul qui nous le dit (Ephésiens 6:12), car sans charité le coeur se racornit et le courant de la grâce ne passe plus (1 Corinthiens 13:1), mais refuser le combat au nom de la charité conduit clairement à capituler devant Satan. C'est pourquoi d'ailleurs le commandement d'obéissance à Dieu et d'amour de Dieu prime sur celui d'amour du prochain dans le message de Jésus comme dans le décalogue (Matth 22:36-40).

2ème point : "Ce que nous nommons idolâtrie est dans une large mesure une fiction du fanatisme juif" "Baal et Astarté étaient peut-être des figures du Christ et de la Vierge" etc.

On retrouve au point 2 le prolongement des erreurs du point 1. La haine du passé juif de la Révélation aveugle la philosophe au point de voir dans le Christ et la Vierge des répliques du couple Baal-Ishtar/Astarté dont j'ai montré sur la base d'un mémoire Gregory Dean en octobre 2015 ici, comment il reposait sur une dualité violence/magie sexuelle (avec la célèbre hiérodulie décrite par Hérodote), c'est-à-dire à dire en dernière analyse la sorcellerie : la manipulation de forces invisibles émanant de la Terre dont la révélation monothéiste nous a effectivement affranchis. Ironiquement le lien Marie-Astarté tracé par Simone Weil pour valoriser Astarté rejoint la continué Sémiramis-Ishtar-Marie tracée par les protestants pour disqualifier la Sainte Vierge. On ne peut pas nier que cette continuité existe dans l'iconographie, et cela pose problèmes quant aux forces spirituelles sous lesquelles on se place dans l'univers catholique (ce qui a conduit d'ailleurs semble-t-il a diminuer le rôle de la Sainte Vierge dans la messe catholique après Vatican II, comme le rôle des saints avait été réduit après le concile de Trente, grand concile de la contreréforme du XVIIe siècle). 

Il y a dans cette tentative de réhabiliter le paganisme une volonté qu'on retrouve chez beaucoup de normaliens catholiques (y compris récemment chez Boutang et quelques autres), de "sauver leur Platon et leur Virgile", conserver quelque chose de la sagesse antique dans la révélation chrétienne - Bourdieu y aurait vu un symptôme de "scholastic view" et de volonté de sauvegarder la valeur d'un capital culturel acquis au prix de lourds sacrifices de jeunesse. Déjà ce mouvement est chez Saint-Augustin et il est dans la Bible : lorsque Saint Paul à Athènes rend hommage au chamane crétois Epimnide (voyez mon billet ici). La question de savoir si les civilisations païennes, y compris d'ailleurs celles qui portent les "sagesses asiatiques" qui maintenant contaminent le christianisme à travers le New Age, étaient sur certains points inspirées par l'Esprit saint avant la Révélation ou en dehors de celle-ci a été examinée par les théologiens pratiquement à chaque génération, et encore de façon éclatante dans une controverse impliquant les jésuites en Sorbonne en 1700.

Comme on va le voir c'est une question très difficile, mais qu'il faut surtout éviter de traiter avec un a priori de départ qui entraîne ensuite des biais d'analyse. Or Simone Weil ne craint ni les a prioris ni les biais qui en dérivent.

Ainsi si dans Colossiens 3:5 St Paul explique que la convoitise est "une idolâtrie", Simone Weil s'en empare pour qualifier d'idolâtre Israël parce que, dit-elle, "la véritable idolâtrie est la convoitise" et il y aurait convoitise dans l'apologie de soi-même comme peuple élu. Mais, tout comme le christianisme ne met pas le commandement de charité envers le prochain au dessus de celui qui impose d'aimer Dieu, jamais Paul n'a érigé la convoitise (qui est un péché envers le prochain) en critère "véritable" de l'idolâtrie. Il a seulement montré que non contente d'atteindre le prochain, cette convoitise vise aussi Dieu et en cela elle est idolâtre. Mais en plaçant une fois de plus la relation avec autrui (comme dans la charité) avant le rapport à Dieu, Weil fait de son christianisme une religion du monde, une religion horizontale, religion de la Terre, dans laquelle la faute envers autrui devient la faute cardinale. On sait d'ailleurs d'où vient ce primat de l'horizontalité, du relationnel humain : de la passion politique, qui a gagné les peuples européens après la révolutionnaires, et qui est devenue idéologiquement hégémonique dans l'humanisme du XXe siècle dont Weil est une des figures de proue (or l'humanisme a été condamné par l'Eglise comme une erreur théologique).

Et parce que cette philosophe place l'horizontalité au dessus de tout, autrui et la Terre comme critère majeur de tout Bien moral, elle pourra ensuite aimer avec fougue le paganisme, et omettre au passage la sorcellerie (celle d'Ishtar que dénonce le Livre de Nahoum dans l'Ancien Testament), émanation par excellence de la Terre (les médiums sont bien placés pour le savoir), qui infeste toute cette religion "naturelle".

Il faut que la Rédemption ait été à l'oeuvre dès le début, sans quoi ce serait injuste pour ceux qui ont précédé Jésus. D'ailleurs dit Weil, il est question de l' "agneau qui a été égorgé depuis la fondation du monde"(Apocalypse 13:1-8)... Sauf qu'on n'est pas sûr que cet agneau dont parle l'Apocalypse à propos du livre de Vie soit Jésus, et ils périlleux de déduire un critère de justice divine d'un raisonnement humain... même s'il est vrai que notre statut potentiel de Fils de Dieu, ayant quelque chose de l'image de Dieu en nous doit permettre à notre Raison de saisir quelque chose de la volonté et de la justice divine (ce que Vicco appelait le Vero factum).

Je passe le point 3 qui n'est pas très intéressant pour nous (il repose sur une pure supposition historique). Weil au point 4 essaie de justifier son intuition d'un christianisme "hors les murs" déjà présent chez les païens par la figure de Melchisédech à laquelle j'avais justement consacré un billet en juin dernier (le Melchisédech qui porte le Graal à la cathédrale de Chartres au XIe siècle). "Rien n'interdit la supposition d'un lien entre Melchisédech et les mystères antiques" écrit la philosophe. Weil va très loin : sans citer le verset, mais on comprend qu'il s'agit d'Hébreux 7:3, Paul a pu sous-entendre que ce roi de Salem fut une première Incarnation du Verbe, un premier Jésus, puisqu'il n'a ni commencement ni fin. On sent qu'elle touche là à un très grand mystère. Mais au lieu de séjourner dans cette difficulté, elle en démultiplie la portée en avançant qu'alors Krisna ou Osiris pouvaient aussi avoir été de telles incarnations... Mais alors, aurait-on envie de demander, à quoi bon celle du fils de Joseph dans la maison de David sous le règne de César-Auguste ? Weil glisse vers un de ces christianismes ésotériques comme on en trouve chez Papus ou Saint-Yves d'Alveydre : Jésus incarnation de Dieu parmi d'autres, sage parmi d'autres...

Weil veut en fait couper le christianisme de la descendance de David (ce qui, au passage, ruine toute prétention de la France dont la monarchie se veut davidique à une mission spéciale devant Dieu), pour n'en faire que l'aboutissement des sagesses païennes - parce que "Hestia, Athéna et peut-être Héphaïstos sont des noms du Saint-Esprit, Hestia est le Feu central". Le propos comblerait de joie les alchimistes de tout bord (chrétiens et païens), sauf que cela ramène l'Esprit saint au niveau des stoicheia, ce que Saint Paul condamnerait sans doute... et qui ruine l'idée de sainte trinité... mais c'est cohérent avec ce que nous disions plus haut de la volonté de Weil de ramener la transcendance au niveau de la Terre...

Du coup, si l'Esprit saint est l'Esprit du feu, la Sainte Vierge qui était déjà Ishtar peut être l'essence mère de toutes choses et toujours intacte comme Déméter de Platon (sous un angle gnostique). Et ainsi, on peut se livrer à la construction autour de Pythagore et des Stoïciens d'une spiritualité de l'amour complètement affranchie de l'eschatologie judaïque pour n'être plus qu'une répétition cyclique des "feux de la charité" en quelque sorte, susceptible de se nourrir de n'importe quelle tradition polythéiste. La remarque n'est pas absurde. On sent bien que la caritas (charité) est un feu qui effectivement produit des effets de réchauffement voire de guérison dans le réel, et même qu'il n'est peut-être pas étranger, quand il brûle dans nos poitrines, au feu (inférieur) des stoïcheia (astrologiques et terrestres) : il y a peut-être un rapport à étudier sérieusement à ce niveau là, mais le travail chez la philosophe n'est pas fait. Quand aux propos de Simone Weil sur les sacrements comme rites initiatiques hérités de mystères antiques ils rejoignent d'ailleurs les analyses de CG Jung sur la messe comme rituel alchimique, et peut-être des travaux d'historiens qui vont relier le calendrier juif à celui de Babylone.

Du point de vue de la critique historique, la généalogie n'est pas fausse. Mais du point de vue spirituel le résultat n'est pas du tout le même. Et à trop insister sur la grandeur païenne on ne peut qu'aboutir à un processus régressif qu'on constate d'ailleurs de nos jours dans lequel la révélation chrétienne (comme ses antécédents juifs d'ailleurs) serait totalement superfétatoire.

D'ailleurs ce caractère superfétatoire de la révélation chrétienne, Simone Weil le proclame au point 8 quand elle explique que, puisqu'une citation d'Eschyle montre que les Grecs entrevoyaient la trinité ("auprès de Zeus se tiennent son acte et sa parole" - personnellement je ne vois pas du tout le rapport avec la Trinité mais bon...), elle va jusqu'à lancer que les missions chrétiennes dans les colonies étaient "inutiles" (sic)... Au point suivant elle précise que Pierre n'a pu s'engager à convertir un païen qu'après un rêve spécifique, ce qui prouverait que l'injonction de Jésus d'aller convertir les païens n'était pas claire : ce faisant Weil révèle sa complète incompréhension de l'essence de la collaboration avec Dieu, qui est justement d'attendre le rêve, le signe etc pour connaître le moment opportun et le modus operandi à suivre pour l'exécution de la mission préalablement définie en des termes généraux par le maître. Son aveuglement sur ce point en dit long sur sa faiblesse spirituelle.

Ensuite il y a le versant le plus facile des "questions" qu'elle prétend adresser au christianisme. Celui du procès des crimes de l'Eglise ("L'Eglise a porté trop de fruits mauvais pour qu'il n'y ait pas eu une erreur au départ" qui devient carrément ridicule quand elle affirme que "le christianisme n'est pratiquement pas sorti de la race blanche") : l'Afrique actuelle, les Antilles, et les 15 % de Chinois chrétiens témoignent du contraire...

Je n'ai pas été très impressionné par les passages de Weil sur les miracles qui n'ajoutent rien à ce que tout le monde dit. Plus intrigué par son analyse du rapport du christianisme à l'Empire romain. Elle cite la lettre de l'évêque Mélito (Méliton de Sardes) à Marc-Aurèle, citée par Eusèbe qui dit "Notre philosophie a eu son développement d'abord chez les barbares mais sa floraison parmi tes peuples sous règne d'Auguste" puis "la meilleure preuve que notre logos a grandi en même temps que le beau commencement de l'empire pour le bien, c'est qu'il n'a subi nulle humiliation de l'autorité d'Auguste, mais au contraire toute splendeur et toute gloire conformément aux voeux de tous". La philosophe se demande si ça ne fait pas référence à l'enfance de Jésus, une protection par Auguste hors de Palestine. Son inventaire des contradictions dans l'attitude des Romains païens à l'égard du christianisme, et ses interrogations sur l'utilité que cette religion a pu présenter pour les intérêts les plus matérialistes des Romains peuvent aussi éveiller notre curiosité.

Mais au total l'impression qui prédomine est quand même que Simone Weil, tout en mettant le doigt sur une vraie question, difficile, celle du rapport du christianisme aux sagesses païennes, s'est laissée allée à des provocations intellectuelles assez gratuites là où un examen plus attentif des Ecritures, notamment de l'Ancien Testament et de l'eschatologie messianique, aurait dû prédominer. Elle a un argument fort quand elle avance que les mystiques ont souvent utilisé la religion catholique comme porte vers la transcendance plutôt que comme une collection de dogmes auxquels il faut adhérer (et l'idée qu'on ne peut forcer l'intelligence à n'adhérer à rien, tout ce qu'on peut forcer, c'est le respect, et la religion servirait surtout à cela). Certaines bizarreries comme l'indulgence du Padre Pio pour Mme Bouvier, ou l'image d'une Bernadette Soubirous se barbouillant le visage de boue iraient dans ce sens (voyez aussi mon propos sur la soeur de Boujailles). Alors on ne serait pas loin de l'idée d'un Guénon et d'autres : la religion primordiale (dont la sorcellerie ne serait qu'une forme abâtardie ou une déviation) primerait sur les monothéismes... religion primordiale, et donc culte de la déesse-mère - ou de Lilith ?

Si l'on suit ce chemin là, alors il faut aller jusqu'au bout. Demander si les mystiques iraient jusqu'à renier l'ascendance davidique pour faire primer celle des druides - mais alors pourquoi beaucoup ont-ils vu le Grand Monarque français dans leur anticipation de la fin des temps -. Et si Zeus vaut Yahvé, pourquoi n'ont-ils pas vu Athèna et Arès dans leurs apparitions ?

Ce texte en dit trop ou pas assez. Parfois il vaut mieux ne rien écrire plutôt que de s'aventurer à tenir des propos "expérimentaux" qui n'engagent qu'une subjectivité dérisoire. Dans la version qui nous est parvenue, il penche clairement vers cette dernière, et ne peut être, me semble-t-il, que relégué au cabinet des curiosités, comme les aphorismes de Nietzsche, le travail intellectuel et spirituel sur les sujets abordés n'étant au fond ni fait ni à faire.

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Compagnons du Tour de France

4 Août 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Pythagore-Isis

Au printemps dernier j'avais lu à la médiathèque municipale de Pau le livre Raoul Vergez - Béarnais écrit par la fille du célèbre charpentier médiatique compagnon du devoir. Je croyais y trouver des prolongements du livre "Les Géants et les mystères des origines", qui évoque un peu Raoul Vergez mais j'ai été déçu. Soit l'autrice n'a pas reçu les enseignements de son père, soit ceux-ci étaient pauvres.

Rien ne m'a vraiment marqué du personnage sauf cette remarque sur ses obsessions numérologiques :

Il est d'ailleurs mort le 7.7.77.

J'ai aussi retenu ce passage bizarre sur un ami "Le Baron" qui allait faire des strip-tease à chaque fête des compagnons pour la Saint-Joseph. Il montrait son tatouage de la faucille et du marteau au pied droit, la croix de Lorraine sur le gauche, la danseuses espagnole avec son peigne et ses castagnettes à l'épaule gauche, Cortez découvrant le Pacifique en bas du dos, les caravelles de Colomb, des mousmées et geishas sur les cuisses. Au moment de montrer son sexe, les enfants quittaient la salle (p. 133).

Je me dis aujourd'hui que si je travaille à nouveau sur le socialiste Pierre Leroux, comme je voudrais le faire, il faudrait que j'explore un peu plus le compagnonnage, qui a joué un certain rôle dans ma propre découverte du monde invisible en 2014 comme je l'ai raconté dans mon livre sur les médiums. D'ailleurs Vergez dans une de ses interviews dit qu'à son arrivée à Paris dans les années 1920 il avait été marqué par la culture charbonnière (celle des carbonari) qui imprégnait le prolétariat parisien, ce qui a aussi influencé Leroux en son temps.

Peut-être devrais-je commencer par me pencher sur le cas du menuisier député de l'assemblée constituante de 1848 Agricol Perdiguier (1805-1875) qui inspira George Sand.

Je trouve un passage étonnant de Perdiguier dans son discours de 1848 contre les 12 heures de travail :

"M. Buffet a dit que les idées que M. Pierre Leroux a émises à propos du décret du 2 mars ne sont pas nouvelles ; non elles ne sont pas nouvelles on les retrouve dans Moïse dans Confucius, dans Socrate et dans Jésus; mais les idées que M. Buffet et plusieurs autres émettent ne sont pas nouvelles non plus on les trouve dans Aristote, dans Xénophon et dans Platon. Il est sans doute beau pour ces messieurs de marcher sous la bannière de si grands philosophes, qui ont brillé dans les académies ; mais il ne l'est pas moins de se placer sous celle de Moïse, de Confucius, de Socrate, philosophes populaires, et de Jésus, l'homme-dieu. "

Il a publié un Livre du compagnonnage en 1840 qui, écrivit  Lucien Buis, juge a tribunal civil d'Arbois en 1910, "propose certaines chansons destinées à remplacer les refrains violents populaires dans les différents devoirs et termine en donnant certains détails techniques sur l’art de la menuiserie. Tel qu’il était, cet ouvrage eut un certain retentissement parmi les ouvriers. Mais s’il eut quelque influence sur les mœurs querelleuses des « dévoirants », il n’eut pas pour effet de resserrer les liens existants. Il tendit plutôt, à l’encontre du but proposé par son auteur, à les faire disparaître."

Dans sa préface à son propre "Compagnon du Tour de France", George Sand écrit :

"On peut de cette façon les justifier en principe sans attaquer pour cela la société générale. Les idées régnantes ayant toujours engendré de nombreuses sectes, et la doctrine officielle ayant toujours tenté d'étouffer les doctrines particulières, il est évident que toute dissidence d'opinions, soit dans la foi, soit dans la politique, a dû se manifester en société secrète, en attendant le grand jour, ou l'anéantissement de l'oubli. De là, je le répète, cette multitude de ténébreux conciles, de conspirations avortées, de sciences occultes, de schismes et de mystères, dont les monuments sont encore enfouis pour la plupart dans un monde souterrain, s'ils n'y sont ensevelis à jamais. Leur découverte serait pourtant bien précieuse, sinon à cause de ces choses en elles-mêmes, du moins à cause du jour qu'en recevraient celles qui ont surnagé. La filiation qui s'établirait entre toutes les sociétés secrètes serait une clef nouvelle pour pénétrer dans les arcanes de l'histoire, et les grands principes de vérité y puiseraient une autorité immense. Mais il est bien difficile, j'en conviens, de rassembler les fils de ce vaste réseau. Nous avons de la peine même à établir la véritable parenté des sociétés secrètes contemporaines, telles que l'IlIuminisme, la Maçonnerie et le Carbonarisme. Il en est d'autres qui règnent aujourd'hui même dans toute leur vigueur sur une portion considérable de la société, et dont la généalogie sera plus incertaine encore. Je veux parler des associations d'ouvriers connues sous le nom générique de Compagnonnage.

Tout le monde sait qu'une grande partie de la classe ouvrière est constituée en diverses sociétés secrètes, non avouées par les lois mais tolérées par la police, et qui prennent le titre de Devoirs. Devoir, en ce sens, est synonyme de Doctrine. La grande, sinon l'unique doctrine de ces associations, est celle du principe même d'association. Peut-être que dans l'origine ce principe, isolé aujourd'hui, était appuyé sur un corps d'axiomes religieux, de dogmes et de symboles inspirés par l'esprit des temps. Les différents rites de ces Devoirs remontent, en effet, selon les uns au moyen âge, selon d'autres à la plus haute antiquité. Le symbole du Temple de Salomon les domine pour la plupart, ainsi qu'on le voit aussi dans la Maçonnerie. Au reste, le besoin de se constituer en corps d'état et de maintenir les privilèges de l'industrie a pu, dans les temps les plus reculés, faire éclore ces associations fraternelles entre les ouvriers. Elles ont pu, par le même motif, se perpétuer à travers les âges, et se transmettre les unes aux autres un certain plan d'organisation. Mais la division des intérêts a amené des scissions, par conséquent des différences de forme. En outre, les institutions de ces sociétés ont subi l'influence des institutions contemporaines. Chez quelques-unes, néanmoins, certains textes de l'ancienne loi se sont conservés jusqu'à nous, et se retrouvent dans les nouveaux réglements. Ainsi le Devoir de Salomon prescrit, de par Salomon, à ses adeptes d'aller à la messe le dimanche. Plusieurs antiques Devoirs se sont perdus, au dire des Compagnons celui des tailleurs, par exemple. D'autres se sont formés depuis la Révolution française. Différents corps d'état, qui jusque-là ne s'étaient point constitués en société, ont adopté les titres, les coutumes et les signes des Devoirs anciens. Ceux-ci les ont repoussés et ne tes acceptent pas tous encore, s'attribuant un droit exclusif à porter les glorieux insignes et les titres sacrés de leurs prédécesseurs. Le Compagnonnage confère à l'initié une noblesse dont il est aussitôt fier et jaloux jusqu'à l'excès. De là des guerres acharnées entre les Devoirs toute une épopée de combats et de conquêtes, une sorte d'Eglise militante, un fanatisme plein de drames héroïques et de barbare poésie, des chants de guerre et d'amour, des souvenirs de gloire et des amitiés chevaleresques. Chaque Devoir a son Iliade et son Martyrologe. M. Lautier a publié à Avignon, en 1838, un poême épique très-bien conduit sur les persécutions au sein desquelles le Devoir des cordonniers s'est maintenu triomphant. Il y a de fort beaux vers dans ce poëme; ce qui n'empêche pas te barde prolétaire de faire des bottes excellentes, et de chausser ses lecteurs à leur grande satisfaction.

Il y aurait toute une littérature nouvelle à créer avec. les véritables mœurs populaires, si peu connues des autres classes"...

C'est en effet un monde à explorer...

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A propos des questions posées par "Bâtisseurs de l'ancien monde"

16 Novembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

RMC Story diffusait le 9 novembre dernier le documentaire en trois parties "Bâtisseurs de l'ancien monde" (BAM), qui avait été diffusé au studio Galande à Paris le 11 septembre 2018.

Du temps où j'étais sous l'influence des médiums en 2014, j'avais commencé à m'intéresser au débat à propos des travaux des travaux de Jacques Grimault et son documentaire "La Révélation des Pyramides" (LRDP - voyez la discussion qu'en fait le blog Taiknologie). J'avais ensuite détaillé les recherches scientifiques complémentaires qui permettaient d'élargir la problématique, tout en la mettant en perspective avec l'approche chrétienne de LA Marzulli (cf mon point là-dessus en novembre 2019). Mon livre sur les Nephilim a repris cela.

Maintenant la perspective est encore élargie par Patrice Pouillard dans ce nouveau documentaire, sur un ton plus humble que LRDP. Le documentaire commence par les moai de 80 tonnes des Rapa Nui, sur l'île de Pâques : comment ont-ils été déplacés ? Pourquoi les "ahu" (plateformes de pierre) n'ont-elles pas toutes été construites avec la précision de  l'Ahu Vinapu tourné vers le solstice d'hiver ? La construction fait penser aux Incas. A Cuzco le chamane Mallku Aribalo y développe le thème d'un empire pacifique, dont le documentaire va aussi chercher la preuve dans la ville sans fortification de Caral-Supe (en - 3 000). Le documentaire examine les points communs avec le Machu Picchu, en attirant toutefois l'attention, sur ce dernier site, sur les blocs d'andésite plus anciens qui se rejoignent parfaitement sans ciment. Les formes polygonales y ressemblent à celles de l'île de Pâques, et à celles de la vallée du site de Ghizeh en Egypte (22 ème minute). Sacsayhuaman et Ollantaytambo présentent aussi les mêmes caractéristiques. On ne comprend pas la cohabitation de ce style avec des assemblages de petites pierres moins bien assemblées construites dessus pour réparer les constructions.

Tiahuanaco en Bolivie est censée ne pas dater de la même époque puisque la ville aurait été une capitale eu IXe siècle. Le site n'est qu'une reconstitution. A 1 km de là Puma Punku, site pré-inca aurait été détruit à cause d'un différend entre chamanes. Le géologue Erik Gonthier met en valeur la capacité humaine pour ne pas retomber facilement dans la théorie des "anciens astronautes". Tout est fait avec une lamelle de cuivre, ce que pense aussi Pouillard. Avec un rugosimètre sur un bloc, Gonthier mesure 31, 653 microns d'écart entre le point le plus haut et le point le plus bas de la surface.

A propos de Puma Punku, il y a un dossier intéressant que n'aborde pas  le documentaire concernant les monuments en forme de H et le fait qu'il s'agit de géopolymères, donc des roches moulées et non taillées. Cette découverte a été faite par Joseph Davidovits qui avait fait le même constat à Guizeh (sauf qu'en Egypte les géopolymères sont faits à base de calcaire, à Puma Punku c'est de l'andésite). On a parlé sur ce blog de Joseph Davidovits à propos de ses travaux sur le patriarche Joseph.

Notez que le site Archéologie rationnelle en mai 2020 a essayé de "debunker" le passage sur Puma Punku ici. Sur la question de l'ancienneté, il estime que ce n'est pas parce que les gros blocs se situent à la base qu'ils sont plus anciens, et que des cultures incas très différentes ont pu contribuer à l'archéologie des sites observés. Sur le rugosimètre, il précise : "qu’un rugosimètre de par la taille de son diamant peut mesurer la rugosité d’une surface de seulement quelques millimètres et non de toute la surface d’un pan d’un bloc... Or, la planéité ne se mesure pas sur juste quelques millimètres. "

Le site reproche la même erreur à l'ingénieur Christopher Dunn qui a appliqué la même méthode à l'égyptologie, dont j'avais cité les travaux en 2019. La question du biais cognitif que pose l'utilisation du rugosimètre constitue une hypothèque importante qui pèse sur l'ensemble du documentaire...

Le débat est assez technique sur la faisabilité à la main des surfaces planes et les conditions de déplacement des blocs. Erik Gonthier soulève le même problème un peu plus loin dans la région du Bihar en Inde (Lomas Rishi, Sudama, Karan Chopar, Visva Zopri, Vapiyaka, Vadathika, Gopika). Il s'y ajoute le problème celui de la brillance et celui de l'évacuation  des poussières car les constructions sont dans des grottes. Là encore la question suscite quelques sarcasmes, par exemple sur ce site qui s'exclame "On parle d’un souterrain là, pas d’aller sur la Lune ! C’est complètement con comme questions, les caveaux souterrains ne sont certes pas bien ventilés mais on y respire très bien, personne n’a besoin d’un scaphandre pour s’y balader ! "

"Pourquoi ce besoin de précision ?" poursuit le documentaire.

Au Sérapéum de Saqqarah se pose à nouveau la question du transport des coffres massifs en granite depuis les carrières d'Assouan. Là encore la question suscite des polémiques sur Internet parce que l'évaluation du poids des coffres à boeufs n'est pas sourcée (voir ici).

Les blocs de Puma Punku ont des dimensions ont des valeurs rondes en centimètres (22 cm, 60 cm, 100 cm). Puisque le mètre fut calculé à partir de la circonférence de la Terre le documentaire avance que les Incas devaient avoir des informations à ce sujet.

Phi, le nombre d'or (1,618) se trouve dans les végétaux, les minéraux, les animaux. La coudée royale égyptienne 0,5236 mètres un sixième de pi (que les Egyptiens ne connaissaient pas). Pascal Waringo, maître artisan, explique que le pied fait 32,36 (vingt fois phi). La hauteur de la grande pyramide par les deux côtés de sa base en mètres fait pi, et cette dimension moins celle-ci donne pi fois cent. L'ingénieur Robert Vincent a expliqué dans un de ses livres que la coudée royale médiévale française avait la même valeur que la coudée royale égyptienne.

L'empan fait 20 cm. Le mètres et un 40 millionième de la circonférence de la Terre. Quentin Leplat fait valoir que beaucoup de portes d'églises mesurent 1 mètre, de même que les portes qui font circuler d'une tour à l'autre à Chambord.  Dans un des sites ce chercheur explique que Les mesures romaines sont issues  d'une connaissance géodésique bien antérieure. Le pied romain existe chez les Ibères entre -5000 et -3000. Pied Romain, coudée de Nippur, Coudée Royale, Yard mégalithique et bien sur le mètre sont des mesures reliées à une époque qui est bien antérieure au plus ancien textes dont nous disposons : on trouvera en commentaire de cette page une contestation de ses assertions par un spécialiste des mesures lui-même contesté ici.

Tout cela fait déboucher sur l'hypothèse de legs de civilisations antédiluviennes qui auraient transmis un savoir supérieur. O nous dit qu'il a existé une période appelée le Dryas récent pendant laquelle il y a eu des changements climatiques importants. La température a chutée de 7°C puis est remontée de 10°C, ce qui a entrainé une montée des océans de l'ordre de 120m.

On retrouve d'ailleurs des vestiges engloutis. Notamment dans l'océan Indien. Le tsunami de 2004 a eu pour effet de découvrir pendant 30 minutes des vestiges proches des côtes.

Un vestige possible du mythique continent de Kumari Kandam dont parle la tradition Tamoule, et souvent souvent associé à la Lémurie (cf le livre Graham Hancock).

Je n'en dis pas plus dans ce billet déjà trop long. Il s'agissait seulement d'exposer ici les pistes de réflexion du documentaire, source de discussions nombreuses. On y reviendra peut-être à l'occasion.

 

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Ptolémée et le colosse de Sinope

25 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

Tout le monde connaît l'anecdote de Carl Gustav Jung voyant en rêve un mandala sans en connaître l'existence dans la vie éveillée. Plutarque dans son traité sur Isis et Osiris (Moralia, Traité 23§28) raconte une histoire semblable à propos de Ptolémée (368-283), général d'Alexandre, premier souverain de la dynastie lagide en Egypte  : "Ptolémée Sôter vit en rêve le colosse de Pluton qui se trouvait à Sinope, sans savoir ni avoir jamais vu auparavant à quoi il ressemblait, et la statue lui donna l'ordre de la faire transporter au plus vite à Alexandrie. Le roi ignorait et se voyait bien en peine de découvrir où elle se trouvait. Mais comme il racontait sa vision à ses amis, il se trouva un homme du nom de Sosibios qui avait beaucoup voyagé et qui déclara avoir vu à Sinope un colosse semblable à celui du rêve. Ptolémée envoya alors Sotélès et Denys qui, au prix de longs et pénibles efforts, et non sans le recours de la providence divine, parvinrent à dérober et à emporter la statue. A son arrivée en Egypte, elle fut examinée, et l'exégète Timothée ainsi que Manéthon de Sébennytos conclurent, en se fondant sur le Cerbère et le serpent qui y étaient figurés, qu'il s'agissait d'une statue de Pluton, et persuadèrent Ptolémée qu'elle ne représentait aucun autre dieu que Sarapis : c'est à Alexandrie, après son transfert, qu'elle reçut le nom qu'on donne en Egypte à Pluton, 'Saraîs'. Bien entendu, on utilise pour confirmer cette identification la phrase du physicien Héraclite : 'Hadès et Dionysos, qu'on célèbre par le délire et les fêtes du pressoir ne font qu'un' ".

Apportons ici quelques précisions. L'anecdote se passe sous Ptolémée Ier "sauveur" (sôter) qui a plus de 60 ans. Sinope du Pont est sur les bords de la Mer Noire au nord de la Turquie actuelle. On retrouve ici Manéthon, prêtre égyptien, et Timothée, un membre athénienne de la famille des Eumolpides, qui était l'une des familles de prêtres d'Eleusis qui dirigeaient les mystères sacrés, deux personnages importants dont je vous avais déjà parlé il y a sept ans à propos de l'instauration du culte isiaque dans l'ensemble du bassin méditerranéen.

Le professeur Christian Froidefond, professeur émérite à l'université de Provence, en 2004, soulignait qu'une tradition exégétique prétend que l'anecdote de Plutarque (que l'on retrouve aussi chez Tacite) serait apocryphe et attribuerait l'origine de Sérapis à la religion autochtone de Memphis, mais il ne voit pas bien pourquoi Ptolémée, du coup, en aurait fait un dieu gréco-égyptien. Il souligne que les colons rhodiens d'Argos avaient déjà identifié Apis à Epaphos et Isis à Io, de sorte qu'il y a une composante dorienne forte dans Serapis. Plutarque est enclin à voir dans les divinités égyptiennes des démons, et, défend une identification Hadès-Sarapis (Osiris mort) et Osiris-Dionysos. Il est à noter qu'à Sinope, le colosse de Zeus-Hadès barbu et chevelu était flanqué de Proserpine (ce qui facilita l'identification d'Isis à Perséphone). Tacite (Histoires 4§84) ajoute que la statue fut identifiée par Timothée qui consulta le collège des mystères d'Eleusis qu'il avait installé à Alexandrie (c'est dans un second temps que le voyageur Sosibios confirmera le fait, et que Ptolémée, versatile, dut avoir un rappel menaçant des dieux pour se décider à envoyer Denys et Sotélès auprès du roi pontique Scydrothemis (301-280). Ceux-ci surmontèrent une tempête avec l'aide d'un dauphin, et le miracle les persuade d'aller consulter l'oracle de Delphes sur leur chemin. L'oracle dit "de rapporter la statue de son frère, mais de laisser celle de sa soeur" (celle de Proserpine, dont ils ne prirent sur instruction d'Apollon qu'une empreinte). Scydrothemis selon Tacite alléché par les présents de Ptolémée mais intimidé par le peuple qui tient à sa statue atermoie pendant trois ans, et un dieu lui apparaît en songe le menaçant de châtiment. Le peuple résiste, des fléaux se déchaînent, et la statue se déplace d'elle-même jusqu'au bateau égyptien. Le Cerbère tricéphale entouré du serpent est une image fréquemment associée à Serapis/Sarapis.

Eustathe de Thessalonique, moine byzantin du XIIe siècle, a perpétué le récit de cette aventure synopique dans la lignée semble-t-il de l'écrivain byzantin du VIe siècle Etienne de Byzance. Jacob Krall, dans Tacitus Und Der Orient: Sachlicher Commentar Zu Den Orientalischen Stellen in Den Schriften Des Tacitus (1880) estime que ce Zeus-Hadès de Sinope peut être une transposition du Zeus babylonien. Une rationalisation a posteriori fait penser que Ptolémée aurait trouvé à Sinope un moyen d'helléniser le culte de Asar-Api à Memphis, et sa fille Arsinoé, épouse de Lysimaque, qui avait une principauté à la frontière de Synope du Pont aurait été à l'origine de l'idée. Auguste Bouché-Leclercq (1842-1923) dans son La politique religieuse de Ptolémée Sôter et le culte de Sérapis (1902) écarte l'idée parfois avancée par des historiens antiques que Synope ait pu être un site près de Memphis.

La disqualification de l'anecdote de Plutarque eut pour origine l'archéologue français Jean-Antoine Letronne (1787-1848) qui fit autorité dans notre pays tout au long du XIXe siècle. Mais l'historiographie allemande (Julius Kaerst, Otto Gruppe, E. Petersen) a défendu son historicité (ou du moins l'historicité de l' "importation" du culte de Sérapis de Synope).

On note que le rêve de Jung a servi à la construction de sa religion psychanalytique qui a ensuite intégré pour partie celle du Nouvel Age. Le rêve de Ptolémée servit à créer la religion méditerranéenne (hellénistique) de Sérapis et Isis.

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Encore un mot sur Doreen Virtue, et la question des énergies naturelles

26 Juin 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Christianisme, #Médiums, #Histoire des idées

Beaucoup de gens viennent sur ce blog pour lire mon billet de 2018 sur la conversion de Doreen Virtue au christianisme. On comprend que cette conversion continue à susciter des réflexions chez les disciples zélés du New Age, notamment ceux qui ont comme elle des dons de médiumnité. Cette conversion est une belle histoire de renoncement, et même, devrait-on dire, de renoncements à répétition car, en épousant une forme de protestantisme toujours plus scripturaire, sur une base luthérienne, Doreen Virtue en est même venue à désavouer la vision de Jésus qui l'avait poussée à se convertir, au motif que Jésus, qui est au Ciel ne peut plus apparaître sur Terre sauf en tant que démon déguisé, ce qui est tout de même, me semble-t-il pousser un peu loin l'orthodoxie biblique (même si personnellement je ne suis pas très fan des visions et n'encouragerais pas mes lecteurs à cultiver le penchant pour les apparitions).

Pour ma part, si je trouve légitime la critique par cette prédicatrice américaine du "développement personnel"  (trop marqué par le luciférisme), ou du yoga (trop marqué par l'idiosyncrasie hindouiste, même dans ses versions occidentalisées), je suis plus sceptique sur son rejet de tout le potentiel énergétique humain et naturel: le fluide qui passe par les mains de certains, la lithothérapie etc. Il est dangereux de verser dans le luciférisme, la fantasme d'une émancipation humaine sans connexion à la transcendance du créateur, mais ne l'est-il pas tout autant de trop "rogner" ses talents naturels comme le fait la prédicatrice ?

J'écoutais hier soir une "YouTubeuse" comme on dit, E** d'E**e, sectatrice d'Isis, fille d'un radiesthésiste. Ses premières vidéos ne différaient en rien de celles de beaucoup d'autres magnétiseurs proposent : initiation au ressenti des énergies dans les mains, à la manière dont on peut faire passer l'énergie d'une main à l'autre, y compris en la faisant transiter par le plexus solaire. Il n'y avait là rien d'inquiétant, du moins en apparence. L'affaire se gâte ensuite quand la médium part dans des discours anti-chrétiens que j'ai moi-même bien connus chez les médiums que j'ai rencontrés, puis explique que notre destin est de nous réincarner indéfiniment, qu'il n'y a pas de mal à tenter d'acquérir des connaissances auprès d'entités invisibles, pourvu que cela n'aille point jusqu'aux pactes de sang... Surtout il ne faut pas, estime-t-elle, se sentir dépendant(e) d'un Dieu créateur, les religions sont mensongères etc. Bref on tombe alors dans le luciférisme le plus "décomplexé"... Inutile de trouver ensuite de ce côté là la moindre incitation à la charité, au sacrifice, ni la moindre philosophie de l'histoire susceptible de nous faire comprendre, par exemple, les parfums antéchristiques de l'époque actuelle (même si on peut lui reconnaître - sur Twitter - une salutaire méfiance à l'égard de l'establishment médical)...

La dame explique qu'elle a passé six années à refuser ses dons de magnétiseuse, et qu'elle en avait payé un prix élevé car cela l'avait coupée de tous ses amis... On peut se demander si c'est vraiment un mal d'être coupé de tout le monde. Les saints chrétiens n'ont-ils pas enduré des épreuves bien plus difficiles en terme d'isolement, d'humiliation etc ? Elle a finalement cédé aux injonctions de ces forces (sans doute héritées de  son père) qui l'ont poussée sur la voie de la magie. Etait-ce aussi inéluctable qu'elle le prétend ? Peut-être l'était-ce parce qu'elle n'avait aucun antécédent chrétien dans sa famille, ni des personnes susceptibles d'invoquer pour elle le "nom au dessus de tous les noms" qui l'eût libérée des stoicheia.

On comprend que Doreen Virtue ait voulu éviter cette pente dangereuse qui enchaîne l'âme à des entités très suspectes "déguisées en anges de lumière"... Après, il faut seulement se demander comment doser la chose... Est-ce que mettre un seul doigt dans le magnétisme et les "énergies subtiles", de nos jours, c'est nécessairement prendre le chemin de l'isiacisme ?

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Jumeaux

28 Juin 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Christophe, #Médiums

Toute ma vie, jusqu'à ma découverte de l'existence du monde invisible en 2014, je me suis demandé pourquoi il y avait deux saints le jour de ma naissance Côme et Damien. Ma mère qui n'y connaissait rien disait : "on aurait dû t'appeler Côme-Damien". Mais un voile est souvent jeté sur nos yeux qui ne peut être levé qu'en son temps. Dès que je me suis retrouvé entre les mains des médiums, je suis aussi tombé sur une BD de Manara qui m'apprit qu'à la Renaissance on invoquait les Saints Guérisseurs  pour guérir les gens : les jumeaux Côme et Damien... Une médium m'a aussi dit que j'étais issu d'une grossesse gémellaire : elle l'avait annoncé avec une certaine solennité - "est-ce que j'ai l'autorisation de vous le dire ? oui, alors je vous le dis" - et m'avait recommandé la lecture du livre "Le syndrome du jumeau perdu" d'Alfred et Bettina Austermann. C'était une époque où je n'accordais plus un crédit automatique à la parole des médiums, et notamment de celle-là, et je n'ai pas pris spécialement au sérieux son propos sur ce thème.

Ensuite quand j'ai emprunté la voie chrétienne, j'ai plutôt identifié ces recherches du jumeau perdu comme des pièges. Mais j'ai pu constater aussi que les soi-disant spécialistes de la Bible (les évangéliques, les théologiens etc) étaient incapables de m'expliquer cette étrange remarque qu'il y a à la fin du verset 11 du chapitre 28 des Actes des Apôtres : "Après un séjour de trois mois, nous nous embarquâmes sur un navire d'Alexandrie, qui avait passé l'hiver dans l'île, et qui portait pour enseigne les Dioscures."

Jamais dans la Bible aucun auteur ne précise quelle enseigne porte un bateau ou de quelle couleur sont les voiles. Peut-on supposer que Saint Luc dans ce passage-là ait "gratuitement" fait une référence aux Dioscures (les jumeaux Castor et Pollux). D'autres lectures du Nouveau Testament m'avaient montré qu'il arrive que les apôtres ne rejettent pas purement et simplement les références païennes : par exemple quand Saint Paul à Athènes fait l'éloge d'Epiménide le Crétois qu'il qualifie même de "prophète".

Cette année divers détails me ramènent aux jumeaux. Mes travaux sur les géants dans la Bible, à travers Michael Heiser, me révèlent l'importance d'une comparaison entre les récits de l'Ancien Testament et les mythes sumériens (à vrai dire je le savais déjà, mais qu'un chrétien convaincu le dise, voilà qui a du poids) début avril dans ce cadre j'ai découvert les travaux de Raymond Kuntzmann dont j'ai acheté le livre le plus connu "Le symbolisme des jumeaux au Proche-Orient ancien : Naissance, fonction et évolution d'un symbole" (1983).

Divers événements du printemps sont venus aussi relancer la thématique de la gémellité. J'ai travaillé sur le livre d'un Abkhaze, or je ne pouvais ignorer que leur capitale, Soukhoum, est l'antique Dioskourias, la ville des Dioscures. Et puis, le 11 juin mon attention était attirée sur un texte un peu curieux sur le rapport de Nietzsche à la thématique de l'âme soeur. Les médiums très souvent "titillent" votre psyché avec la thématique du double. La voyante Maud Kristen n'avait pas hésité à la faire en janvier 2015 quand je l'avais consultée, et je pense que ce n''est pas forcément pour le meilleur... Ce n'est pas là le meilleur aspect du problème.

Sur un plan psychologique à la mode dans les années 1980, Kuntzmann dans la conclusion de son livre notait à propos de Jacon et Esaü ou de Gilgamesh et Enkidu que "le symbole des jumeaux part de l'expérience angoissante de l'homme devant la divinité ou son destin. L'angoisse naît du fait de l'infifférencié, du manque de limites et de contours ou du flux constant qui marquent la divinité, le destin individuel ou l'histoire du groupe. Quand l'homme s'y affronte, ces réalités ne lui renvoient aucune image nette : au contraire, elles le font douter sur lui-même. Le symbole des jumeaux vient alors à point pour introduire les ruptures nécessaires à l'instauration de la différence rassurante". Et il ajoutait qu'il y a aussi une dimension initiatique à la victoire d'un héros sur son jumeau qui est une victoire contre soi-même.

Mais puisque nous parlons un peu de physique quantique sur ce blog depuis quelque temps (voyez ma remarque sur Dozulé), disons un mot sur l'intrication. Je vous renvoie par exemple à cet article de Sara Ducci. Elle écrit : "L’intrication est une des propriétés les plus fascinantes de la mécanique quantique ; quand deux particules sont intriquées, la mesure des propriétés de l’une permet de connaître instantanément les propriétés de sa jumelle, quelle que soit la distance les séparant. Après avoir été démontrée expérimentalement sur différents systèmes, l’intrication est aujourd’hui au cœur de plusieurs domaines de recherche, comme les communications, le calcul et la métrologie." En juillet 2017 un test avec des paires de photons intriqués émis depuis l'espace vers le sol a permis de battre un record en montrant, dans un premier temps, que l'intrication subsistait sur une distance de 1.200 km, et, dans une seconde expérience, qu'il permettait une téléportation jusqu'à 1.400 km via le satellite chinois Mozi. Mais ce genre d'application technique ne m'intéresse pas trop.

Plus profondes sont les implications spirituelles : l'action à distance sur les particules jumelles participe de la structure holographique de l'univers. Jack Sarfatti : "Tous les systèmes de conscience, indépendamment de leur localisation spatio-temporelle par rapport à l'appareillage expérimental, contribuent à l'ensemble du potentiel quantique ressenti par les photons ou les électrons individuels" (cité par Michael Talbot dans Mysticisme et physique nouvelle, Mercure de France, 1984 p. 53 et par le père Brune).

 

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Les Mille et Une Nuits : une ode à l'Islam

7 Juin 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Christianisme, #Notes de lecture, #Spiritualités de l'amour

Je lisais hier un passage des Mille et Une Nuits, livre dans lequel je ne m'étais pas replongé depuis plus de vingt ans. J'étais sur ce passage où un prince musulman est prisonnier de mages dans une ville païenne et se fait torturer tandis que son frère, parti à sa recherche, se fait séduire par une femme dans la rue.

Cela vous étonnera mais je trouve que ce récit est le plus grand éloge qui puisse être fait de l'Islam. Les protagonistes n'y sont pourtant pas vertueux : ils suivent leurs passions, et boivent même de l'alcool. Mais ils invoquent sans cesse la grandeur de Dieu et s'en remettent à elle. D'une mésaventure à l'autre (toutes étant plus rocambolesques les unes que les autres) jamais ils ne cessent de mentionner la toute puissance du Dieu unique et se confient à elle.

Vous allez trouver que j'ai des idées fixes. Mais je comparais cela au conte païen L'Ane d'Or d'Apulée. Dans ce récit romain le héros aussi endure les pires mésaventures entre les mains d'une "mage" (d'une sorcière) qui l'a transformé en équidé. Mais lui n'a pas de Dieu unique pour le soutenir. Il ne trouve Isis qu'à la fin, et, du coup, subit les outrages sans grandeur.

Le prince musulman, lui, a trouvé son Isis plus forte que la Fortune en la forme du Dieu d'Abraham, et son frère aussi. Et cela favorise toutes leurs audaces. Le frère cède aux charmes d'une fille dans la rue, et pour elle rentre par effraction dans la première maison qui se présente. Certes il s'inquiète, mais la toute puissance de Dieu fonctionne comme une garantie de dernier ressort. L'éthique n'est pas absente, mais elle est secondaire. Et l'homme finira même par couper la tête d'une belle un peu trop impulsive, mais peu importe puisque tout, en dernière analyse, est garanti par Dieu.

C'est un positionnement étonnant par rapport au pouvoir de Fortuna. Le Musulman, à la différence du païen, se sait quelque part au dessus d'elle, même dans ses pires souffrances, par son abandon même à Dieu. Un Chrétien; lui, se serait situé très différemment. Se sachant lui aussi au dessus de la Fortune par le sacrifice de Dieu fait homme, il aurait néanmoins senti qu'il se devait de participer à ce sacrifice dans une surenchère de charité envers tous les êtres situés sur sa route - ce qui bien sûr interdit non seulement de couper la tête d'une femme, mais même de regarder sa beauté. Mission impossible si l'Esprit saint n'est pas de la partie - ou sinon on est dans la pure censure légaliste, la pharisaïsme.

Pas de risque d'hypocrisie chez le héros musulman médiéval pour qui l'abandon total à une Miséricorde, une Puissance, et une Sagesse lointaines qui ne se sont jamais incarnées fait, en soi, par lui-même, office de vertu. Quelque chose qui n'est pas sans évoquer, à certains égards, le quiétisme, dont j'ai souvent posé la problématique sur ce blog. Cela a pour avantage de laisser plus facilement couler le flot de la Fortune et de la Vie dont le sens est confié au jugement de Dieu. Le temps ainsi ne s'arrête pas. Il n'y a pas d'arrêt sur image, pas de fixation morale, ça coule avec fluidité. Et on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve.

Au lendemain de la super-lune éclipsée en sagittaire les astrologues sur Internet recommandent de se garder d'agir et de simplement observer sans trop s'en tenir aux principes du passé. "De tes yeux seulement du regarderas" (Psaume 91). Les lecteurs des Mille et Une Nuits ont pour ce faire une longueur d'avance.

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Les rituels de nettoyage

26 Mai 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Massages, #Pythagore-Isis, #Médiums

Je progresse difficilement sur mon chemin de compréhension des choses du monde invisible et de l'esprit. Vous vous souvenez que je vous avais parlé en 2018 des streethealers charismatiques américains. J'en ai rencontré une sur Internet le 1er mars. Elle a spontanément proposé de me téléphoner, et de guérir une douleur bizarre que j'ai à la cheville gauche depuis trois ans. Sa "guérison", à ma grande surprise a parfaitement fonctionné pendant une heure, le mal disparaissant, puis semblant se localiser dans le mollet, avant finalement de reprendre sa place à mesure, que, en discutant avec elle, je découvrais peu à peu la méchanceté profonde de cette dame, si perceptible qu'elle semblait donner consistance à la parole de l'Evangile (Matt 7:22-23) : "Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom? n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom? et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité."

L'impression que cette chrétienne charismatique n'était pas purement personnelle. Elle-même me racontait qu'elle avait été rejetée par toutes les églises, s'était fait des ennemis partout, avait eu des tas de phénomènes paranormaux chez elle, et une paralysie qu'aucun médecin ne savait soigner, des symptômes qui "sentaient le soufre"...

Cela n'a fait que confirmer la mauvaise impression que j'avais retirée de prédicateurs/exorcistes évangéliques qui donnent des conférences d'Interner, mais plus généralement cela me rappelait toutes les fois où j'ai découvert beaucoup d'intolérance et de sècheresse de coeur chez les chrétiens, à l'encontre de la parole de Paul selon laquelle quand on n'a pas l'amour on n'a rien. Certes l'amour est principalement obéissance aux commandements, il va d'abord à Dieu et non à autrui dans l'ordre des commandements, et il est vrai aussi que l'apologie de l'amour dans la culture dominante (ténébreuse) est en fait destinée à couvrir le relativisme moral en laissant tout passer sous couvert de tolérance.

Oui, cela ne fait aucun doute, on ne doit pas chercher à tout prix à s'aimer les uns les autres dans une ambiance lénifiante qui fait le jeu des forces obscures, mais on ne peut pas accepter pour autant que l'héritage évangélique enferme dans l'intolérance et la méchanceté. Il y a cela à l'arrière plan du débat sur la conversion de Doreen Virtue, qui pour sa part heureusement évite l'écueil de la méchanceté, mais "gère" mal le conflit entre la douceur de son tempérament naturel et les positions très tranchantes que la Bible l'oblige à prendre comme on l'a vu dans un billet récent.

Cette problématique remet en selle celle du "nettoyage". Faut-il nettoyer l'âme autrement que par un abandon abstrait (quoique sincère à Dieu) ? Ou risque-t-on par ce biais de réintroduire forcément de la sorcellerie ? C'est la question que posait déjà de façon à peine esquissée mon livre sur les médiums en 2017. La question revient sans cesse. Quand j'ai vu tous les problèmes que j'attrapais au plexus solaire dès que j'allais recevoir un massage de bien être, je voyais bien que l'on ne peut pas ouvrir ses centres énergétiques n'importe comment à n'importe qui. Donc il y a toujours un danger à s'exposer à des "nettoyages énergétiques" dont on ne connaît pas les tenants et les aboutissants. Pour autant peut-on en faire l'économie ? Et la Bible les proscrit-elle ? Qu'est-ce que le baptême de feu dont parlait Jésus-Christ, si le baptême d'eau de Jean Baptiste, n'est qu'une des formes du mikvé judaïque comme le disait je crois André Chouraqi ? J'entendais ce matin le gourou indien Sadhguru recommander le nettoyage par le feu Klesha Nashana Kriya. Est-ce que le baptême par le feu promis par Jésus-Christ après le baptême d'eau de Jean peut être de cette nature là ? Certes Paul a souligné que le christianisme se vit en esprit et non dans les rituels, au point que les protestants l'ont complètement intériorisé et "dé-ritualisé" à un point que les catholiques n'ont pas pu suivre. Faut-il re-ritualiser ? Dé-ritualiser ? Ritualiser en croisant avec des spiritualités orientales (comme le fit le New Age) au risque que le mélange produise des monstruosités ?

La guérisseuse de rue évangélique dont je parlais plus haut me disait le 1er mars "tu as acquis le discernement spirituel il te faut maintenant le baptême d'eau. Elle me recommandait celui du groupe "La dernière réforme/Last reformation" (parce qu'il est délivré rapidement et sans préparation soulignait-elle)... un mouvement que certains milieux chrétiens jugent complètement hérétique et dangereux... Une médium qui aujourd'hui recommande de fuir toute référence religieuse, Maude, dans une interview par Skype le 1er mai dernier : "le baptême c’est de la magie noire". Alors, avec ce genre de rituel est-ce qu'on se "nettoie" ou est-ce qu'on importe des entités ?

Certains diraient : ne vous posez pas de question là dessus, posez la à Dieu et laissez vous guider. Sauf qu'à avancer "au feeling" comme ça, on se retrouve souvent dans des endroits très sombres. Ne pas trop réfléchir, certes, mais réfléchir un peu quand même. Ne partageons-nous pas un Logos en Christ selon Saint Jean ? Donc il y a bien une part de raison à suivre, même si elle reste forcément modeste dans ces processus. Alors Klesha Nashana Kriya ou pas ? En un sens la question ne se pose pas vraiment puisque cela ne se pratique pas en France. Mais bon, si un jour elle se posait, je serais sans doute bien embarrassé pour y répondre. En 2015, une médium avait voulu m'appliquer des moxas tibétains (procédés de combustion à base d’armoise censés purifier). Compte tenu des cochonneries qui me sont arrivées par la suite, et de l'incompétence de ladite médium pour les régler, je suis bien content que cela ne se soit pas fait. Mais la question de la légitimité de ces pratiques reste ouverte, me semble-t-il.

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A propos de Marthe Robin

7 Décembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Pythagore-Isis

Dialogue entre un internaute et le prédicateur catholique Arnaud Dumouch sur la page YouTube de celui-ci à propos de la visionnaire stigmatisée française Marthe Robin (1902-1981) :


L'Internaute (I) (30 novembre 2019) : L' enseignement de Marthe Robin sur le salut dans un "processus final de mort" est absolument anti-biblique. Dans la Bible il y a une notion de persévérance tout au long de la vie qui elle seule sauve "celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé" (Matth 10:22), et le fait qu'il ne suffira pas de dire "Jésus Jésus" à la fin pour être sauvé. Matth 7:21 "Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux." Bien sûr il y aura des exceptions, car la miséricorde du Seigneur est grande. Mais en déduire qu'il y a aura une majorité de sauvés est diabolique. "Car il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus" (Matth 22:14)

Arnaud Dumouch (AD) : C'est parce que vous ne regardez pas TOUTE la Bible. Par exemple, la parabole des ouvriers de la 11° heure. Mais regardez ces deux textes Ils montrent que l'homme droit qui entre dans l'évangile  jusque face à sa venue est sauvé. Au contraire le chrétien qui fait des miracles mais dont le coeur est méchant peut se perdre : Matthieu 25, 34 Alors le Roi dira à ceux de droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde.Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus me voir.
Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir, Matthieu 25, 39 malade ou prisonnier et de venir te voir ? Et le Roi leur fera cette réponse : En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. Alors il dira encore à ceux de gauche : Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges.  Matthieu 7, 23 Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons fait bien des miracles ? Alors je leur dirai en face : Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. "Ainsi, quiconque écoute ces paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc.

I : Arnaud, je lis ceci dans "Portrait de Marthe Robin" par Jean Guitton p. 74 de la version en livre de poche : "Je lui parlais de mes collègues. Oserai-je dire qu'elle avait une préférence pour Jean-Paul Sartre ? Elle exigeait des détails sur 'Madame Simone de Beauvoir', dont elle ne savait rien, si ce n'est ce qu'elle a raconté elle même dans ses livres. De celle-ci, elle me disait : 'Je prie pour elle, car elle n'a pas achevé son oeuvre'. " Me direz vous Arnaud en quoi l'existentialisme athée et le féminisme révolutionnaire ont servi la cause de notre Seigneur ?

AD : C'est uniquement au terme, lorsque sera manifesté la victoire de l'amour, que vous verrez que tout ce que permet le Seigneur a été utile.Pour la génération de Jean-Paul Sartre, regardez : http://eschatologie.free.fr/contes/tome_2_la_fin_des_generations/19_la_generation_de_mai_68.html

I : Je sais bien qu'il faut aimer nos ennemis et persécuteurs, mais de là à faire l'éloge de leur oeuvre ! Imagine-t-on les chrétiens dans l'arène faisant l'éloge de la politique de Néron et de Dioclétien ? Notre Seigneur en Luc 13:32 a traité Hérode de "renard", il n'a pas dit qu'il se réjouissait de le voir développer son oeuvre, même si cette oeuvre du point de vue de la fin des temps était peut-être utile... Avec ce genre de "modèle chrétien" on ne s'oppose à rien, et, comme le pape, on invite des conseillers proches du financier occultiste George Soros au synode sur l'Amazonie...

AD : On fait honneur à Dieu qui met des préparations au salut dans tout ce qu'il se passe en ce monde (sauf le blasphème contre l'Esprit).

I (4 décembre 2019) : A mon humble avis Marthe Robin est inspirée par l'Antéchrist, parce qu'elle annonce un renouveau de l'Eglise de France alors que notre Seigneur lui nous disait de faire comme si la fin était proche et de nous préparer aux persécutions du règne de l'Antéchrist. En promettant un renouveau catholique français, elle cherche à démobiliser les chrétiens, à les désarmer face à l'Antéchrist. D'après la Bible, le vrai renouveau sera seulement avec le règne de notre Seigneur Jésus-Christ sur Terre.

AD : Pourquoi un renouveau pourrait-il nous démobiliser ?

I (6 décembre) ! Parce que les chrétiens vont se dire : "Pas la peine d'être trop vigilants aujourd'hui même puisqu'il va y avoir encore une ou deux générations de renouveau catholique en France - le règne de l'Antéchrist et les temps de la fin ne sont pas pour demain".

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Retour sur la question des pyramides

16 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Histoire des idées, #Histoire secrète

En juillet dernier, un article dans le Journal of Applied Physics,  révélait les résultats d'une étude faite par un équipe russe sur le comportement des ondes électro-magnétiques la Grande Pyramide de Gizeh. Tout en posant comme présupposé (nécessaire à la fiabilité des conclusions) "qu’il n’existait aucune cavité inconnue à l’intérieur, et que le matériau du bâtiment aux propriétés d’un calcaire ordinaire était distribué uniformément à l’intérieur et à l’extérieur de la pyramide", les chercheurs ont pu démontrer que les champs électromagnétiques se trouvent concentrés en plusieurs points de la construction antique, situés à sa base mais aussi au niveau des chambres aménagées en son cœur.

Evidemment nos revues de vulgarisation à l'instar de Maxisciences se sont hâtées de préciser que "cela ne signifie pas pour autant que les bâtisseurs de pyramides maîtrisaient déjà toutes les subtilités de l’électromagnétisme… Il s’agirait plutôt d’un heureux hasard qui pourrait amener à des découvertes inédites". Le hasard "Dieu des imbéciles" comme disait Léon Bloy : surtout n'allez pas croire que les Egyptiens ont fait exprès de construire une pyramide qui justement concentre les champs magnétiques aux bons endroits !

Cette découverte recoupe le fait que la pyramide ait été construite avec des matériaux conducteurs (en granite) qui conduit l'électricité des aquifères souterrains. Le champ électromagnétique qui se forme à la base de la pyramide est conduit vers le sommet où se trouvait un dispositif en or qui transférait les ions négatifs dans l'ionosphère, ce qui produisait du courant électrique. NiKola Tesla l'inventeur du courant alternatif, du laser, du moteur électrique, du radar etc construisit aussi sa tour sur un aquifère sur le même modèle que la pyramide. Les Egyptiens maîtrisaient donc l'énergie sans fil.

Cette nouvelle me donne envie de relancer les recherches que j'ai commencées à ce sujet en août 2014 (tandis que j'enquêtais sur les médiums). J'avais alors été impressionné par un documentaire sur les travaux de Grimault sur La Grande Pyramide alignée sur le pôle nord, et sur les quatre points cardinaux située au milieu géométrique des terres émergées, à la latitude 30 par rapport à l'équateur, dont les faces sont légèrement concaves (en réalité elle a huit faces) pour permettre des jeux de lumière au solstice  et dont la température intérieure est constante et égale à la température moyenne de la terre, 20 degrés Celsius (68 degrés Fahrenheit).

L'ingénieur Christopher Dunn, qui ne croit ni aux extraterrestres, ni à l'Atlantide, dans le sillage de William Flinders Petrie, confirme que les Egyptiens avaient des outils que nous ignorons.

Aucune fresque ni aucun papyrus égyptienne ne représentent la construction des pyramides ou du sphynx, ce qui peut laisser penser que celle-ci est très antérieure aux périodes admises par l'égyptologie classique qui ne raisonne que d'après l'environnement de ces monuments (puisque le carbone 14 ne permet pas de dater les constructions ne pierre). Pour mémoire, l'hypothèse de l'érosion du sphinx par l'eau défendue notamment par Robert Schoch soutient que le principal type d'altération évidente sur les murs d'enceinte du Grand Sphinx a été causé par une exposition prolongée et importante aux précipitations qui auraient été antérieures au règne de Djédefrê et Khéphren, les pharaons auxquels les égyptologues les plus modernes attribuent la construction du Grand Sphinx et de la Deuxième Pyramide de Gizeh autour de 2500 avant notre ère. Or Robert Schoch estime qu'une structure plus ancienne que la grande pyramide, notamment celle des sous-terrains, plus ancienne que l'époque dynastique, se trouve à l'intérieur de la pyramide, ce qui autoriserait à remonter très loin dans le temps.

Robert Temple et quelques autres (Robert Bauval par exemple) défendent l'idée que les pyramides furent construites en lien avec Orion, ce qui encourage des hypothèses autour des néphilim (chez les chrétiens) ou des extra-terrestres chez les néo-païens (voir la Théorie des anciens astronautes - l'alignement des pyramides sur Orion situerait la construction vers - 2450).   

J'avais rapproché l'été dernier les travaux sur les pyramides d'Egypte de ceux du chrétien américain L. A. Marzulli qui a analysé les crânes de squelettes géants du Pérou et les constructions mégalithiques de Huaytara sous l'église catholique Saint Jean le baptiste qui sont un ancien temple inca. Ces pierres, conductrices d'électricité, sont agencées au millimètre près alors que les Incas étaient censés ne pas avoir la roue.

Marzulli évoque une connexion énergétique entre les divers sites mégalithiques comme le faisait Klaus Dona interviewé en 2009 à Vienne par Bill Ryan et Kerry Cassidy du Projet Camelot.

Celui-ci mettait en relation 1) la pyramide mégalithique découverte en 1984 au Japon à 25 mètres au dessous du niveau de la mer sur l’île Yonaguni (archipel des Ryukyu) où Pr Masaaki Kimura,géologue de l’université de Ryukyu a trouvé aussi une énorme tortue et des aigles de pierre ; 2) la Pyramide à l’œil à 13 degrés de La Maná munie d'un œil phosphorescent dans la lumière noire avec sur le font de la pyramide la constellation d’Orion et quatre signes incrustés en langue inconnue traduits par le Pr Kurt Schildmann (1909-2005) et d'artéfacts qui brillent dans le noir ; 3) l'Atlantide, 4) les découvertes du Pr Pitoni .

Le rapprochement avec les sumériens donne aussi à réfléchir. Graham Hancock, auteur de Fingerprints of the Gods, sur les sages anté-diluviens avec leurs sacs à main, qu'il connecte à ceux de Gobekli Tepe qui ont 11 000 ans, et d'autres l'assimilent à l'ankh (d'où l'assimilation d'Osiris et d'Enki).

Andrew Collins pour sa part, dans The Cygnus Key la relie à la musique des sphères pythagoricienne : la doctrine de Pythagore des harmonies célestes, explique-t-il, se reflète dans chaque mesure de la Grande Pyramide et du complexe de Gizeh. Ce dernier utilise les triangles de façon à refléter l'influence de deux intervalles musicaux spécifiques : la quarte parfaite et la quinte parfaite. La grande pyramide a aussi beaucoup à voir avec les nombres sacrés. Le périmètre de la base mesure 921,45 mètres. Si on multiplie ce chiffre par 43 200 (le nombre de secondes qu'il y a dans 12 heures), on trouve, à 1, 4 mètre près, le rayon de courbure de la Terre à l'équateur (on suppose que les Egyptiens connaissaient déjà le mètre). Ce qui ferait de la pyramide une représentation en miniature de la planète. Et si l'on mesure la hauteur de la pyramide multipliée par 43 200, on a la longueur du rayon polaire (celle du méridien). La représentation est donc en trois dimensions.

On n'a jamais rencontré de momie à l'intérieur, ni aucune fresque. Le coffre trouvé à l'intérieur était vide alors que l'entrée avait été obturée par d'énormes blocs de granite qui n'ont été mis à jour que par les ouvriers du calife Al-Mamoun eu IXe siècle. 

Sur un plan scientifique, il est en tout cas peu probable que la pyramide ait servi de centrale électrique car elle était recouverte de calcaire non conducteur et n'était reliée à rien. A quoi donc sa fonction énergétique servait-elle ?

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La chamane Corine Sombrun

3 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps

Vous vous en doutez : je ne suis pas du tout fan du discours transhumaniste de la chamane française formée en Mongolie qui s'exprime ci-dessous sous un angle utilitariste. Elle fait référence à des expériences sous LSD des années 1960 dont on sait qu'elles intéressaient de très près la CIA, puis dans l'autre vidéo à l'ayahuasca qui intéresse beaucoup la famille Bronfman dont on a parlé autour du scandale NXIVM, et on sent bien derrière cette volonté de réduire le spirituel à du scientifique un risque de se prostituer aux firmes pharmaceutiques. Pas sûr que les "esprits" qui ont choisi cette dame pour l'initier au chamanisme voulaient cela, ou alors ce sont les mêmes esprits que captent nos financiers internationaux dans leurs rituels nocturnes d'Halloween, au sein de leurs sociétés secrètes. Rien de bien recommandable (pas étonnant d'ailleurs que la dame se soit exprimée en 2012 aux conférences de TED l'organisation de la Fondation Chris Anderson, tout comme la sataniste Marina Abramovic). Néanmoins, par delà cette utilisation potentiellement très dangereuse de ses dons, le propos de cette dame est intéressant pour comprendre un peu ce qu'il se passe quand le "troisième oeil" est ouvert, ou lorsque quelque chose de comparable se passe (la transe, qui ressemble à une ouverture provisoire du troisième oeil) dans le corps et l'esprit d'un être choisi par des forces dont on ne sait si elles sont du deuxième ciel ou du troisième.

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Quelque part sur une aire d'autoroute en Picardie...

2 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Pythagore-Isis

L'occultisme omniprésent...

 

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Saint Paul, les "stoicheia", l'astrologie et la Déesse-Mère

26 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps

Il y a quelques mois, on avait parlé ici de l'astrologie "chrétienne"(à supposer que ce ne soit pas un oxymore...) médiévale et contemporaine à propos d'un livre de Denis Labouré. Il me faut maintenant vous parler d'un texte de 2008 d'un certain Kevin von Duuglas-Ittu, un publiciste qui se présente aujourd'hui sur les réseaux sociaux comme un "écrivain spinoziste". Ce texte, très dense, à la fois évoque la question de l'astrologie, mais aussi ouvre intelligemment des pistes de réflexions sur le rapport du message christique à la sorcellerie de l'époque romaine, et de notre époque (qui paraît très pressée de retourner aux ombres d'il y a 2000 ans...).

Le texte, publié ici en anglais, s'intitule "The Condensation of Specificity: Paul’s Use of “stoicheia”" (la condensation de la spécificité, l'usage par Paul de 'stoicheia'). Je vais vous en exposer le contenu en ajoutant mes remarques personnelles et quelques ponts avec d'autres lectures.

Commençons tout d'abord par préciser que ce monsieur von Duuglas-Ittu, "spinoziste" n'est pas chrétien, ou, en tout cas, ce n'est pas en tant que chrétien qu'il a écrit sur Paul. Tout comme l'historienne française Renée Koch-Pètre dont j'ai souvent cité l'article d'il y a quinze ans sur Paul devant les philosophes de l'aréopage, l'auteur admire Paul l'intellectuel pharisien (celui qui a connu les écoles philosophiques de Tarse), et ses "stratégies discursives". Evidemment nous autres chrétiens savons que tout don intellectuel vient de Dieu, il a été façonné par lui avant notre naissance, parfois lui-même nous a encouragé à la cultiver, ou le diable s'en est emparé à certains moments de nos vies, mais, dans le cas de Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas et son abandon total à Dieu et à Jésus-Christ dont il persécutait les disciples, par son intelligence l'Esprit saint lui-même parle, du moins la plupart du temps (il est des moments précis dans les épîtres où il annonce que les intuitions qu'il formule ne viennent pas de Dieu mais de lui-même, mais ce sont des cas très rares), et donc les "belles réussites" rhétoriques de Paul sont autant des accomplissements de l'Esprit saint en lui, que le résultat de la mise en oeuvre de dispositions antérieures à ses conversion. Ce sont des réussites "inspirées", qui sont donc riches d'enseignements pour les situations que nous mêmes devons affronter (puisqu'elles sont en tant que telles intemporelles) autant que pour comprendre en quoi l'apôtre a pu rapidement convertir les masses dans le bassin méditerranéen en son temps.

En prenant les choses seulement sous l'angle humain (avec tout le décodage que nous mêmes devons appliquer sur le volet surnaturel), la démonstration de von Duuglas-Ittu s'attache surtout à montrer que sur un mot, l'apôtre parvient à cristalliser de nombreuses significations et couvrir un panel sémantique très large, qui touche plusieurs publics à la fois, et plusieurs plans existentiels dans la vie des gens (de son époque - et, ajouterons nous, de la nôtre). Les deux termes grecs qui l'intéressent ici sont Nomos (la Loi) et Stoicheia (les Eléments naturels).

Le texte où se déploie l'assimilation entre les deux termes est le chapitre 4 de la lettre aux Galates, qui fait immédiatement suite au passage "il n'y a ni Juif ni Grec", ce qui interdit de n'y voir qu'un texte destiné à des Juifs. Il commence comme ça :

"01 Je m’explique. Tant que l’héritier est un petit enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, alors qu’il est le maître de toute la maison ;

02 mais il est soumis aux gérants et aux intendants jusqu’à la date fixée par le père.

03 De même nous aussi, quand nous étions des petits enfants, nous étions en situation d’esclaves, soumis aux forces qui régissent le monde (ou les principes élémentaires du monde - stoicheia).

04 Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi (nomos) de Moïse,

05 afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi (nomos) et pour que nous soyons adoptés comme fils.

06 Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

07 Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c’est l’œuvre de Dieu.

08 Jadis, quand vous ne connaissiez pas Dieu, vous étiez esclaves de ces dieux qui, en réalité, n’en sont pas.

09 Mais maintenant que vous avez connu Dieu – ou plutôt que vous avez été connus par lui – comment pouvez-vous de nouveau vous tourner vers ces forces inconsistantes et misérables, dont vous voulez de nouveau être esclaves comme autrefois ?

10 Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années !

11 J’ai bien peur de m’être donné, en vain, de la peine pour vous.

12 Frères, je vous en prie, devenez comme moi, car moi je suis devenu comme vous."

Ce texte fait suite à la tentation qu'ont eue certaines églises galates d'Asie mineure de rétablir en leur sein la circoncision. Comme le résume Kevin von Duuglas-Ittu, "en cherchant à se circoncire, les Galates risquent de retomber dans leur enfance sous le joug des stoicheia, des gardiens et domestiques du domaine"." Mais quels sont, ou qui sont les 'stoicheia' de Galatie ?" ajoute l'auteur qui ainsi va ouvrir une réponse assez vertigineuse.

Le terme a été controversé nous dit-il. Le théologien Eduard Schweizer (1913-2006), au vu de l'utilisation du vocable par la philosophie grecque et romaine, d'Empédocle à Plutarque en passant par Philon d'Alexandrie estime qu'il s'agit des éléments du monde naturel (par exemple, le feu, l'eau, la terre et l'air) et, ce ne seraient donc que des puissances «craintes mais non vénérées», bien distinctes d'un «groupe de démons» ou d'esprits susceptibles de gouverner le monde. Clinton Arnold, de l'université d'Aberdeen, a pour sa part repéré le sens très spécifique de stoicheia dans la magie et l'occultisme gréco-romains. Il se fonde notamment sur les Papirii magiques grecs (PGM IV .40-41), dans lesquels ce mot désigne les démons (mais oui !) qui régnaient sur chacun des 36 décans astraux du zodiaque et auxquels correspondaient une lettre (*)...  Cette signification technique du terme était répandue dans les textes occultes de l'empire romain et se retrouve même dans le texte de magie juive "Le Testament de Salomon.comme se référant aux mêmes «36 décans également appelés« démons »".

Personnellement je me suis déjà un peu arrêté à la lecture de ce passage, parce qu'il ne m'était même pas venu à l'esprit qu'on puisse appeler les décans du zodiaque des "démons", même si on laisse à ce terme le sens un peu neutre qu'il avait dans l'Antiquité (comme le démon de Socrate ou celui de Marc-Antoine). Même les prédicateurs les plus hostiles à l'astrologie sur You Tube se hasardent à assimiler les décans à des démons. Pour ma part j'ai découvert le mot stoicheia à travers une conférence du prédicateur suisse évangélique Pierre Amey, dans un contexte où il parlait d'astrologie (nombreux sont donc ceux qui rattachent les stoicheia au zodiaque), mais je ne l'avais pas du tout compris au sens de "démons".

Von Duuglas-Ittu propose de ne pas séparer ces deux niveaux de compréhension du terme. Pour un esprit antique, le feu peut être lié à un démon astrologique qui l'anime, et donc le terme stoicheia vaut pour l'élément naturel comme pour sa cause spirituelle.

Il encourage aussi à avoir une conception large de la Loi et des traditions auxquelles Paul rattache ces stoicheia. Comme on l'a souligné plus haut, le texte fait suite à une exhortation à ne plus distinguer Juifs et Grecs, il serait donc peu approprié de n'entendre la loi que comme celle de la Torah juive imposant la circoncision. En Galatie, observe von Duuglas-Ittu,  région peuplée de Celtes hellénisés, à l'époque de Paul le culte dominant est, depuis mille ans, celui d'Agdistis, que les Romains appellent Cybèle, la Grande Déesse Mère, qui inspira l'Artèmis d'Ephèse, et (voyez mon livre sur la Nudité) la première représentation d'une déesse nue par Praxitèle (dont on a reparlé ici en 2016), ce qui n'est pas sans importance pour notre compréhension de l'importance du nu féminin à la Renaissance et jusqu'à la pornographie contemporaine, bref, pour la compréhension de l'esthétique moderne : il faut remonter à Cybèle, et même à la nudité terrifiante d'Ishtar/Inanna qui régnait sur Israël à l'époque des prophètes. Comme l'écrivait en 1999 Susan Elliott (dans une étude biblique spécifique sur la Lettre aux Galates "Choose Your Mother, Choose Your Master: Galatians 4:21-5:1 in the Shadow of the Anatolian Mother of the Gods,"), «la région de Phrygie et de Galatie »(Actes 16: 6, 18:33) était dense en représentations locales de la Mère des Dieux. La liste des lieux de Phrygie qui attestent de la dévotion à la Mère des Dieux couvre de fait toute la carte »(673) (η). Toute référence à la loi, à la coutume et aux pouvoirs renvoie nécessairement, observe von Duuglas-Ittu, à cette divinité omniprésente : le public de Paul ne pouvait pas ne pas avoir cela à l'esprit.

Cybèle, la déesse mère, était très associée à la conservation de l'autorité civique. Elliott a expliqué que son temple (le Metroion - la "maison de la mère", je rappelle au passage qu'on nommait ainsi également la maison de Pythagore à Cortone, car tous ces aspects de l'occultisme se tiennent) était souvent le lieu de stockage des lois (et notamment les lois de propriété, les testaments, ce qui "colle" parfaitement au propos de Paul sur l'hériter, propriétaire de la ferme), notamment à Athènes...

Pour les Galates, un enfant esclave dans une maison dominée par la loi est forcément sous l'emprise de la Cybèle.

Or, dans le temple de la déesse mère à Pessinonte, le centre national du culte de la déesse où l'on vénérait une pierre de foudre de la déesse, écrit Elliott, des adorateurs, après avoir revêtu une robe qui les féminisait, sous l'empire de la possession de la déesse, se castraient, et devenaient hiérodules, c'est à dires esclaves de la divinité. 

Lorsque Paul écrit au chapitre 5 verset 12 de la même lettre" Quant aux agitateurs, qu'ils s'émasculent eux-mêmes" (c'est ainsi qu'Elliott traduit la version très édulcorée de nos Bibles), les lecteurs galates de la lettre de Paul comprennent parfaitement ce que signifie l'équivalence tracée entre loi de circoncision et castration, qui renvoient au domaine des esclaves de Cybèle émasculés, travaillant pour des Temples où l'on archive les lois.

A titre personnel, je verrais tout autant le lien entre cet univers circoncision-déesse mère-loi, et le monde de l'astrologie. "Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années !" Qui ne voit pas qu'il s'agit là d'une référence aux cycles cosmiques et à la lecture des astres qui règlent l'organisation quotidienne de la cité et le travail de chacun ? Vous savez ce que dans le monde romain notamment - voir le livre de Schiavone sur l'invention du droit romain, et nos remarques sur la voyance étrusque chez Lucain).

Très justement von Duuglas Ittu en conclut que le propos de Saint Paul n'est pas de dire si les stoicheia, ces démons qui gouvernent les décans du zodiaques, et les éléments naturels, sont réels ou pas. Ce n'est pas une question d'ontologie. C'est une question d'éthique. On choisit d'être l'esclave de la loi et des stoicheia (et donc du système démoniaque de la déesse mère) ou celui de Jésus-Christ, et il n'y a pas de troisième option possible. C'est un choix entre deux univers dont toutes les connotations sont remarquablement condensées par la rhétorique paulinienne mais à laquelle nous qui ne connaissons pas la Galatie du Ier siècle de notre ère ne comprenons que très partiellement.

J'avoue que je ne m'attendais pas à trouver à cet endroit de la Bible un texte qui parle d'astrologie (c'est davantage l'Ancien testament qui la condamne en des termes non équivoques). Il le fait dans une résonance étrange avec le culte de la déesse-mère, avec le dispositif des lois gréco-romaines, et... avec la circoncision et la Torah... Cela me fait un peu penser à ce livre rempli de coquilles mais intriguant "Le quatrième royaume de Daniel selon l'Evangile" de l'anonyme Fidelis Verax qui voit dans la prophétie de Daniel l'annonce de l'alliance entre le Sanhédrin juif et la puissance romaine. Voilà un autre lien étrange qui se joue ici entre circoncision et loi impériale. La thèse de Barbara Aho que j'évoque dans mon dernier livre sur la dette de la kabbale juive à l'égard de la déesse-mère (et Lilith...) trouve aussi dans ce texte de Paul "raffraîchi" par Susan Elliott et par Kevin von Duuglas-Ittu un écho intéressant.

Il y a quelque chose de très édifiant dans cette féminisation de la Loi, qui n'est pas le "Non dupe erre" façon Lacan (ici au contraire de la psychanalyse le père donne l'Esprit et non la loi), mais une férule féminine. On n'est qu'à moitié surpris par les liens symboliques qui unissent astrologie, occultisme féminin (j'ai parlé de ses prolongements dans le féminisme de "Je suis Cute" en 2018) et par l'andogynisme auquel l'esclavage de la loi conduit (à rapprocher  de l'agenda "transgenre", "gender neutral" de l'ordre antéchristique actuel). Tout l'enjeu est de devenir fils du père (et cela vaut aussi pour les femmes puisque Paul a dit plus haut qu'il n'y avait pas d'hommes et de femmes en Christ) pour pouvoir régner sur la ferme ou sur le "ranch", et non pas soumis à la loi maternelle : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

Il faut crier au père et non à la mère, et c'est le plus dur pour ces "baby christians" galates saturés d'effigies de la déesse-mère (leurs voisins d'Ephèse bientôt dans un concile resté célèbre dans les anales catholiques allaient proclamer Marie "mère de Dieu"). Sortir du zodiaque et de ses petits démons ensorceleurs, de ces dames qui vous font votre horoscope, des temples de la loi dédiés à Mère nature, et à ses cycles saisonniers funestes (et pour notre époque de l'obsession écologique pessimiste), pour devenir fils de Dieu maître en sa demeure, c'est à dire futur administrateur du royaume céleste qui vient, de la "Jérusalem d'en haut qui est libre" comme Paul le dit un peu plus loin dans la même lettre aux Galates (Gal 4-26)...

Un peu plus loin Paul (Gal 4:21 et suiv) dira aux Galates que s'ils veulent vraiment une loi (sous-entendu une mère), ils n'ont qu'à se mettre dans la filiation de celle qui enfante pour la liberté, non pas l'esclave d'Abraham, Agar ("le mont Sinaï en Arabie, elle correspond à la Jérusalem actuelle" sic) mais la Jérusalem céleste promise à la liberté. Je ne développe pas davantage sur cette Jérusalem actuelle assimilée à Agar (comme les musulmans !... lesquels eux aussi vénèrent leur bétyle à la Mecque...). Cette lettre aux Galates est une mine de réflexion !

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(*) On comprend mieux l'application du mot "stoicheia" à la succession des lettres des décans du zodiaque quand on lit dans le Grand Dictionnaire Larousse du XIXe siècle à la rubrique "élément" :

" Le mot élément vient directement du latin elementum, dont la signification propre et primitive était probablement lettre de l'alphabet. On a supposé, mais nous doutons fort qu'on l'ait fait sérieusement, que ce mot a une origine purement alphabétique et qu'il était formé de trois lettres l.m.n, comme le mot alphabe,- o alphabêtos,– ou comme nous disons l'ABC. Dans tous les cas, ta signification étymologique d'elementum n'est rien moins que claire, et l'on n'a pas encore donné une explication satisfaisante du grec stoicheion, qui en latin est rendu par elementum. On nous dit que stoicheion est un diminutif de stoichos, petite verge ou tige dressée, spécialement le style du cadran solaire ou l'ombre qu'il projette. Sous stoichos, nous trouvons la signification de rangée, d'enceinte de toiles de chasseurs, et on nous dit que le mot est identique avec stichos, ligne, et avec stochos, but. Comment la voyelle radicale a pu se changer d'i en o et en oi, c'est ce qu'on n'explique pas. On peut se demander, du reste, pourquoi ce nom de stoicheia a été donné par es Grecs aux éléments ou parties primordiales et constitutives des choses. C'est un mot qui a eu une longue histoire. De la Grèce il a passé dans presque toutes les parties du monde civilisé, et il mérite, par conséquent, que l'étymologiste s'arrête pour en retracer la généalogie, d'autant plus que l'origine de ce mot pourra nous servir à retrouver plus facilement celle de son analogue elementum. Le grec stoichos d'où vient stoicheion, signifie une file ou rangée, comme stix et stichos dans Homère. Le suffixe eios est le même que le latin eius, et signifie ce qui appartient à quelque chose ou en a la qualité. Stoichos signifiant rangée, stoicheion signifierait donc ce qui appartient à une rangée ou constitue une rangée. Est-il possible de rattacher ces mots à stochos, but, soit pour -la forme, soit pour le sens? Assurément non. Les racines formées de i peuvent subir le changement régulier de cet i en oi ou ei, mais non pas en o. Ainsi, la racine lip, que nous voyons dans elipon, prend les formes leipô et leloipa, et la même échelle de changements de voyelles peut être observée dans liph, aleiphô, êloipha, et dans pith, peilhâ, pepoitha. Stoichos présuppose donc une racine stich, et cette racine expliquerait en grec les dérivés suivants stix, stichos, rangée, ligne de soldats; stichos, rangée, ligne, et distichon un distique steichô estichon marcher en ordre, pas à pas, monter; stoichos, rangée, file; stoichein, marcher en ligne. En allemand, cette même racine donne steigen marcher, monter, et en sanscrit nous trouvons stigh, monter. Tout autre doit être la racine de stochos. Comme tomos présuppose une racine tam,temno, etamon, ou bolos une racine bal, belos, ebalon, ainsi stochos présuppose une -racine stach. Cette racine n'existe pas en grec sous forme de verbe, et n'a laissé après elle, dans la langue classique, que ce seul dérivé stochos, marque, point, but que l'on vise; d'où sont venus stochadzomai je vise, et antres dérivés analogues. Une racine semblable se trouve dans le gothique stiggan, l'anglais to sting, piquer. Une troisième racine étroitement apparentée à stach, dont elle est cependant distincte, a été plus féconde dans les langues classiques, c'est stig, piquer. Elle a donné en grec slizô, estigmai je pique, et ses dérivés en latin in-stigare stimulus et stilus pour stiglus; en gothique stikan, piquer; l'allemand stechen; l'anglais to stick. Le résultat auquel nous arrivons de cette manière est que stoicheion n'a aucune connexion avec stochos, et par suite qu'il n'a jamais pu avoir, ainsi que le prétendent les dictionnaires, la signification primitive de petite verge ou tige dressée ou de style du cadran solaire. Quand stoicheion est employé en parlant du cadran solaire, comme dans l'expression dekapoun stoicheion, c'est-à-dire midi, il signifie les lignes de l'ombre qui se suivent en succession régulière, ou, pour nous exprimer autrement, les rayons qui composent la série complète des heures décrites par le mouvement diurne du soleil. Ceci nous explique comment stoicheion est venu à signifier élément. Stoicheia sont les degrés qui conduisent d'une extrémité à une autre les parties constitutives d'un tout qui forment une série complète, ces parties étant soit les heures, soit les lettres, soit les nombres, soit les parties du discours, soit les éléments physiques, pourvu toujours qu'un ordre systématique unisse ces éléments les uns aux autres. C'est là le seul sens dans lequel Aristote et ses prédécesseurs ont pu se servir de ce mot dans le langage ordinaire et dans le langage technique. Nous appelons élément, stoicheion, disait Aristote ce qui compose quelque chose et qui en est la première substance, cette substance étant indivisible quant à la forme; par exemple, les éléments du langage, les lettres, dont le langage se compose, et dans lesquelles, comme étant ses dernières parties constitutives, il est possible de le résoudre, tandis qu'on ne peut pas résoudre les lettres en sons qui diffèrent par la forme mais si on les résout, les parties que l'on obtient sont homogènes, comme une particule d'eau est de l'eau; il n'en est pas ainsi des parties d'une syllabe. Ce sens s'accorde bien, du reste, avec l'explication de stoicheion, qui nous est fournie par la respectable autorité de Denis le Thrace. Voici cette étymologie telle que nous la lisons dans l'auteur de la première grammaire grecque Ta de auta kai stoicheia kaleitai aia to echein stoichon tina kai taxin; ces mêmes caractères sont aussi appelés stoicheia, parce qu'ils ont un certain ordre et arrangement. Pour quel motif les Romains, à qui l'idée d'élément fut sans doute révélée pour la première fois par leur commerce avec les philosophes et les grammairiens de la Grèce, ont-ils traduit stoicheia par elementa? C'est ce qu'il est plus difficile de déterminer. "

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Le Christ annoncé par la Sibylle

6 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Pythagore-Isis, #Alchimie

Il y a peu je vous parlais de ces ponts étranges entre paganisme et christianisme comme l'hommage de Saint Paul à Epiménide ou la mention des Dioscures dans les Actes des Apôtres.

Il en est un autre qui a fait couler de l'encre dans l'histoire. C'est l'idée que la Sybille de Cumes aurait annoncé la naissance de Jésus-Christ, comme en porte la trace l'Eglogue IV des Buccoliques de Virgile (les églogues sont des poêmes bucoliques) :

"Muses de Sicile, élevons un peu nos chants : tout le monde n'aime pas les arbrisseaux et les humbles bruyères ; si nous chantons les forêts, que les forêts soient dignes d'un consul.

II est venu ce dernier âge prédit par la sibylle de Cumes ; le grand ordre des siècles épuisés recommence : déjà revient Astrée, et avec elle le règne de Saturne ; déjà du haut des cieux descend une race nouvelle.

Cet enfant dont la naissance doit bannir le siècle de fer et ramener l'âge d'or dans le monde entier, daigne, chaste Lucine, le protéger ! déjà règne Apollon, ton frère. Ton consulat, Pollion, verra naître ce siècle glorieux, et les grands mois commencer leur cours. Sous tes lois, les dernières traces de nos crimes, s'il en reste encore, pour toujours effacées, affranchiront la terre d'une éternelle frayeur. Cet enfant vivra de la vie des dieux ; il verra les héros mêlés parmi les Immortels ; ils le verront lui-même partager leurs honneurs. Il gouvernera l'univers pacifié par les vertus de son père.

Bientôt, divin enfant, la terre, féconde sans culture, t'offrira pour prémices le lierre rampant avec le baccar, et la colocase mariée à la gracieuse acanthe. D'elles-mêmes, les chèvres rapporteront à l'étable leurs mamelles gonflées de lait ; les troupeaux ne craindront plus les lions terribles ; ton berceau, de lui-même, se couvrira des plus belles fleurs. Désormais, plus de serpents dangereux, plus de plantes aux perfides venins ; en tous lieux croîtra l'amome d'Assyrie.

Mais dès que tu pourras lire les exploits des héros et les hauts faits de ton père, et sentir le prix de la vertu, tu verras les champs se couvrir peu à peu de moissons jaunissantes, la grappe rougir, suspendue aux buissons sans culture, et la dure écorce du chêne distiller une rosée de miel.

Cependant quelques vestiges de l'ancienne perversité subsisteront encore : ils forceront les mortels à braver, sur une nef fragile, les fureurs de Thétis, à entourer les villes de remparts, à creuser dans la terre un pénible sillon : un autre Tiphys conduira, sur un autre Argo, l'élite des guerriers ; de nouvelles guerres éclateront, et aux rivages d'une nouvelle Troie descendra un nouvel Achille.

Mais lorsque l'âge, en te fortifiant, t'aura fait homme, le nautonier abandonnera les mers ; le pin navigateur n'échangera plus les marchandises ; toute terre produira tout. Le sol ne sentira plus la dent de la herse, ni la vigne le tranchant de la serpe. Le robuste laboureur affranchira du joug le front de ses taureaux. La laine n'apprendra plus à se farder de couleurs menteuses ; le bélier, couché dans la prairie, verra sa toison, d'elle-même, se changer en pourpre de la nuance la plus suave,tantôt en un safran doré ; un vermillon naturel teindra l'agneau des pâturages.

Tournez, fuseaux ; filez ces siècles fortunés, ont dit les Parques avec l'ordre immuable des destins.

Les temps approchent ; monte aux honneurs suprêmes, enfant des dieux, noble rejeton de Jupiter ! Vois, sur son axe ébranlé, se balancer le monde ; vois la terre, les mers dans leur immensité, le ciel et sa voûte profonde, la nature tout à l'espérance du siècle à venir.

Ah ! puissé-je conserver assez de vie, assez de force, pour célébrer les belles actions ! Non, je ne craindrais ni Orphée le Thrace, ni Linus, fussent-ils inspirés, Orphée par Calliope, sa mère, Linus par son père, le bel Apollon. Pan lui-même, s'il prenait l'Arcadie pour juge de nos combats, Pan, au jugement de l'Arcadie, s'avouerait vaincu.

Commence, jeune enfant, à connaître ta mère à son sourire : ta mère ! elle a, pendant dix mois, souffert bien des ennuis ! commence, jeune enfant ; celui à qui n'ont pas souri ses parents ne fut jamais admis à la table des dieux, jamais au lit d'une déesse."

C'est un thème si classique (voir le Dies Irae) que par exemple la cathédrale romane Notre-Dame de Sède de Saint-Lizier dans l'Ariège représente douze Sibylles (pour mémoire Varron en comptait dix de divers pays, celle de Cumes en Italie n'étant que la septième, la tradition en a retenu deux de plus). Notre Dame de Sède est un endroit, bizarre, à la fois charmant et terrifiant (comme Lourdes), un siège d'évêché abandonné. Quand j'y étais en 2018 avec un de mes proches qui a le don de voir par moments les démons sous forme de serpents il en décelait un peu partout sur les fresques murales jusqu'à en avoir la nausée, on verra un peu plus loin pourquoi.

Rappelons que la Sibylle qui oeuvrait dans la vieille cité italo-grecque de Cumes est une prêtresse d'Apollon (comme la Pythie de Delphes) qui est censée avoir vendu au roi étrusque Tarquin le Superbe les trois livres de divination dont elle disposait après en avoir brûlé six - Virgile dans l'Enéide dresse un portrait saisissant de ses possessions par le dieu dans ses moments prophétiques, à rapprocher de ce que Lucain dit de la Pythie dans sa Pharsale.

Les livres sybillins, qui jouèrent un rôle important dans la vie civique romaine, ont été progressivement enrichis de fausses prophéties que César Auguste fit expurger en stabilisant leur "canon".

J'ai déjà relevé à propos du Pasteur d'Hermas (ici et - quand on pense qu'un Irénée de Lyon pourtant estimé même par les protestants a pu y voir un livre canonique !) tout ce que cette connivence entre le christianisme et l'imaginaire sibyllin pouvait avoir de pervers (au passage je note à nouveau que le théologien Daniel Voelter y voit une sorte de "révélation privée" de la Sibylle comme la Vierge Marie peut en faire à diverses personnes en ce bas monde de nos jours..).

J'ai trouvé sur cette semaine sur Google-Books un livre peu connu du père jésuite François-Joseph Terrasse Des Billons (1711-1789) qui révèle encore à quelles erreurs conduit une trop forte valorisation de l'oracle sibyllin. Le livre s'intitule "Nouveaux éclaircissements sur la vie et les ouvrages de Guillaume Postel". Il évoque (en p. 61) les travaux de Postel (1510-1581), un kabbaliste chrétien normand, ami de Saint François Xavier et conseiller de François Ie (par l'entremise de la pieuse Marguerite de Valois, qui s'est beaucoup trompée - voyez son soutien aux libertins quintinistes). 

Desbillons (ou des Billons, les deux orthographes sont admises) y écrit qu'il a en sa possession un livret rare de six feuillets composé par Postel intitulé "Sybyllinorum Versuum A Virgilio inquarta Bucolicorum versuum Ecloga transcriptorum Ecsrasis, commentarii instar, Gulielm Postello Autore", daté de 1553,dédié à Guillaume De Prat, évêque de Clermont. Je vais recopier largement ce qu'il en dit pour les amateurs de recherche sur la "traçabilité des livres", puisqu'aucun autre site ou blog n'en parle.

"L'auteur dit que cette Eglogue contient une Prophétie, qui regarde le Sauveur du monde, et qu'elle a été indignement et très sacrilègement profanée par l'application que Virgile a osé faire à l'avorton romain. Il prétend que cette prophétie est un abrégé de l'ancienne théologie sur l'avènement du roi céleste, promis d'abord à Eve, ensuite à Noé ; annoncé enfin et publié dans le monde par les enfants de Japhet.

J'ai cru, dit [Postel] devoir éclairer ce précieux monument ; et si je vous le dédie, ce n'est pas tant à cause de l'amitié que vous avez pour moi, que parce que vous êtes le premier qui ayez protégé dans notre France une Compagnie [les Jésuites], née dans le sein de ce beau royaume""Notre interprète, poursuit des Billons, donne pour un fait certain que Noé, appelé Janus par les Latins, a régné en Italie et qu'il est le même que le Janus des Latins. Il prétend qu'il fut aussi nommé Saturne, et que l'Age d'Or se maintint dans cet heureux pays tant qu'il y régna. Il suppose que la religion pure et sainte, qui avait fait le bonheur des peuples de ce temps là, fut corrompue par les Saturniens, méchante postérité de Saturne fécond, qu'il dit avoir été un des fils de Cham ; que cependant la tradition des promesses divines qui avaient annoncé le Rédempteur du monde, se conserva parmi un petit nombre de personnes sages et fidèles aux lumières de la droite raison ; qu'elle se conserva de la même manière chez les Japhétiens, à qui appartenait de droit l'administration temporelle de l'univers ; que les Sémiens ou descendants de Sem, avaient les mêmes promesses, mais annoncées moins clairement que chez les autres nations.

Il n'est pas étonnant que Postel parle ainsi, puisqu'il veut qu'on regarde comme authentiques, et de l'antiquité la plus reculée, les Livres Sibyllins. Il a en vue les livres Sibyllins tels que nous les avons aujourd'hui. Tout le monde convient qu'ils ne sont pas moins qu'authentiques et qu'il y a des choses qui n'ont pu y être insérées qu'après la naissance du christianisme. Postel dit enfin que les prédictions de la Sibylle de Cumes, copiées par Virgile, annoncent la dernière restitution ou régénération des hommes, et le rétablissement de l'Age d'or dans le monde entier : ce qui est justement le grand ouvrage, pour lequel il croyait que le Ciel l'avait vu naître. 

Après cette interprétation générale vient le commentaire, qui commence en page septième". Des Billons résume ce commentaire ainsi : pour Postel, il y a deux Saturnes, celui qui est Janus et celui, corrupteur, qui est fils de Cham et dont le nom est Sabbathius Sanga (un emprunt au faux Bérose, de l'imposteur Annius de Viterbe). La Sibylle aurait annoncé le retour du premier Saturne. Quand Virgile écrit "Tuus jam regnat Apollo", déjà Apollon règne, il évoque l'agent universel dont les rayons divins donnent le mouvement à tout, c'est le Verbe incarné, le roi des rois, dont Cicéron parle dans le second Livre des dieux. Selon Des Billons, ce n'est pas dans le second Livre des dieux, mais dans le le livre second du "De la Divinisation", au chapitre 54, que Cicéron dit que "Certain bruit s'était répandu qu'un interprète des vers sibyllins (le quindecimvir Lucius Cotta) allait déclarer en plain Sénat, que si nous voulions échapper à notre perte, nous devions appeler roi celui (Jules César) qui l'était en effet. Quorum (Versuum Sibyllae) interpres nuper, salsa quaddam hominum fama, dicturus senatu putabatur, eum, quem revera regem habebamus, appellandum quoque esse regem, si salvi esse vellemus. Si cela est dans les Livres Sibyllins, ajoute-t-il, je demande quel homme et quel temps cela regarde. Hoc si est in libris, in quem hominem et in quod tempus est? Postel parlant du Messie, le signe plusieurs fois par ces seuls mots : Rex appellandus. Il fait sans doute allusion à ce passage qu'il se souvenait d'avoir lu dans Cicéron et il veut faire entendre que le temps est venu, où Jésus-Christ doit être appelé de toutes parts le Roi des Rois, Roi de l'Univers;. "

Puis, Postel s'attarde sur le mot colocasia au 20e vers : ""mixtaque ridenti colocasia fundet acantho"(et la colocase mariée à la gracieuse acanthe). La colocase est inconnue à Rome, et très connue en Syrie, ce qui prouve bien que l'enfant sera juif. La colocase ne fut en effet connue que sous Pline. Mais des Billons estime que Virgile a pu la connaître. Pour Postel seuls les onze derniers vers sont de Virgile. Postel en déduit que l'âge d'or et le retour à la raison viendront sous un monarque puissant.

L'admiration de Postel pour les textes sibyllins était solidaire de son culte d'Eve et de la puissance féminine, qu'il exprime notamment dans son traité "Les très Merveilleuses femmes du Nouveau Monde" dans lequel il n'hésite pas à affirmer qu'à travers la Sibylle la puissance féminine gouvernait Rome. Ce culte de la féminité allait jouer des tours au théologien puisqu'à Venise il allait, en 1555, voir dans une vieille femme la "nouvelle Eve", ce qui allait conduire l'Inquisition dans la ville à faire brûler ses livres, sans toutefois le tuer lui, le jugeant trop fou pour pouvoir être vraiment hérétique.

Postel est un kabbaliste, rappelons le ; la kabbale est très tournée vers la femme et d'ailleurs sa théologie plairait bien au féminisme actuel lequel est lui-même en est souvent inspiré (voir Me Too, "God is a woman" etc). Et le fait que le théologien évoque beaucoup Noé évoque la Sibylle hébraïque "bru de Noé" des gnostiques (je renvoie à Barbara Aho sur la présence kabbaliste dans la Gnose). Tout cela sent le culte de Lilith - la femme de Satan. 

Pourtant rappelons que le poème de Virgile, à supposer même qu'il se rapporte à un oracle sibyllin authentique, garde un rapport très éloigné au message évangélique. Récemment dans les milieux eux aussi sulfureux qui entourent les visions de Maria Valtorta, un certain Vittorio Messori en 1978 n'hésitait pas à faire une fausse citation (voir ici) de l'églogue de Virgile pour la rendre plus précisément conforme à la théologie chrétienne...

Messori en revanche à juste titre rapprochait la prophétie sibylline d'une autre prêtée aux druides à propos de l'enfantement du sauveur par une vierge, dont on a parlé sur ce blog en 2017 à propos de Chartres. Et c'est là, je crois, une collusion tout aussi périlleuse que la symbiose du christianisme avec les livres sibyllins.

Le député bourguignon Henri Le Mulier (1803-1872) dans sa "Vie de la Très Sainte Vierge" de 1854, raconte qu'en septembre 1833, dans une maison place du Grail à Chalons, à 8 pieds de profondeur furent trouvés 30 squelettes humains. A quelques pieds au nord de ces ossements, des fractions de chapiteaux à volutes.Non loin de cet endroit et du palais des gouverneurs de Chalons sous Claude et Néron, une chapelle souterraine consacrée par les druides à la Vierge des sectateurs d'Hésus. Là les prêtres de Jupiter de d'Apollon se rendaient en grande pompe le premier de chaque mois, pour faire des oblations et réciter des vers autours d'un autel, sur lequel était élevée la statue d'une jeune fille, tenant un enfant entre ses bras. Au bas était cette inscription en lettres d'or "Virgini pariturae Druides" (les Druides à la Vierge qui doit enfanter).

Adrien Péladan (le frère du célèbre Joséqhin le "Sar", occultiste de renom) dans La France littéraire, artistique, scientifique, allait reprendre cette nouvelle dans son n°49 du 5 septembre 1864 (p. 779) tout en remarquant avec malice qu'il y avait une pierre égyptienne dans la statue de Marie au Puy-en-Velay, et en ajoutant qu'Elias Schedius (1615-1641) a écrit qu'en Germanie et en Angleterre aussi "Les Druides avaient dans l'intérieur de leurs sanctuaires une statue consacrée à Isis ou à la vierge qui devait enfanter le libérateur du monde" (De Diis germanis, c. XIII p. 346). Isis ou la Vierge... Effectivement à ce niveau les deux cultes s'entremêlent. Saint Jérôme aussi avait en son temps recensé tous les cultes des vierges mères. Ils ont probablement pavé la voie au culte marial, mais ont-ils ouvert le chemin d'une compréhension profonde de la Bible ? ça c'est une autre histoire...

A propos de la naissance du fils de la Vierge, je vous signale aussi cet excellent article de l'universitaire Gérard Gertroux ici qui démontre qu'un recensement a bien été organisé par le gouverneur de Syrie en l'an 2 av JC date de la naissance de Jésus, comme le disent les Evangiles. Un point important dans le sens de leur vérité historique...

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