Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #notes de lecture tag

"Birthright" de Timothy Alberino

12 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Christianisme, #Histoire secrète

Timothy Alberino est un personnage étrange. Autodidacte, il a quitté son Ohio natal pour explorer la jungle amazonienne. A son retour, il a écrit l'ouvrage que l'on va présenter cerné d'augures négatifs (maladie, décès de son père etc), qui pourraient laisser penser à d'autres chrétiens que son entreprise n'était pas vraiment validée par Dieu, mais telle ne semble pas être la lecture qu'il a faite de son vécu personnel puisqu'il a persévéré (nous verrons à la fin s'il semble avoir eu raison ou pas).

J'ai choisi de parler de ce livre, publié en octobre 2020 : "Birthright, The coming posthuman apocalypse and the usurpation of Adam's dominion on planet earth" (Droit de naissance, l'apocalypse posthumaine qui vient et l'usurpation de la domination d'Adam sur la planète Terre) parce qu'il prolonge ma réflexion sur les Nephilim (publiée l'an dernier chez L'Harmattan) à partir de prémices assez voisines, entre angéologie et démonologie.

Le point de départ est celui-ci : l'être humain n'est pas la seule créature dans l'univers. Il est la cerise sur le gâteau de la création divine, mais le gâteau n'a pas été créé pour la cerise. Le monde a été créé par et pour Jésus, fils du Père, qui est l'alpha et l'omega (Apoc 22:13).

Avant l'apparition de l'homme il y avait des créatures célestes que l'on appelle des étoiles du matin (Job 38:4-7), ou encore Fils de Dieu (Daniel 3:25, Gen 5:1-4), par affiliation au Christ.

Christ, main droite de Dieu, dans l'Ancien Testament est un homme de guerre (Exode 14, Ps 24:8, Isaie 42:13). Dans Matt 11:12 il dit que le Royaume a subi la violence. L'expression Yahweh Tsebaoth (seigneur des armées) revient 240 fois dans l'Ancien Testament.

Ses anges existent, mangent et boivent (avec Abraham et Lot, mais aussi au ciel avec la manne Ps 78:23-25) comme Jésus dans le Royaume (Matt 8:11), mais apparaissent peu aux hommes par crainte d'être adorés (Apoc 19-10). Angelos/Mal'ak signifie seulement messager, c'est une fonction qui peut s'appliquer à divers êtres, y compris des hommes (point souvent souligné en exégèse biblique notamment par M. Heiser que j'ai beaucoup utilisé dans mon livre sur les Nephilim).  Les êtres célestes sont fils de Dieu en ce qu'ils ne sont pas nés de la chair. Les hommes sont appelés à devenir fils de Dieu par la résurrection (Luc 20:34-36).

Dans la parabole de l'enfant prodigue, le "héros" est l'humanité qui dilapide l'héritage et se soumet à Satan (le gardien des porcs). Le frère ainé de ce fils dans la parabole, c'est une étoile du matin. Pour lui, ces étoiles du matin sont une sorte de "race ainée" ("the elders" chez Tolkien), une civilisation "extraterrestre" capable de composer des chants (selon le livre de Job) qui nous a précédés. Il reprend l'analyse de Heiser sur le fait que le "nous de majesté" dans "faisons l'homme à notre image" ne peut pas "techniquement" désigner la Trinité mais un Dieu qui parle à son conseil de dieux (conseil dont parlent Michael Heiser et Gerald McDermott sur la base des psaumes 86, 96, 135 etc)

Les découvertes scientifiques du XXe siècle, nous dit Alberino, sur le vide des atomes, la physique quantique, le temps, montrent que du monde nous ne percevons qu'une ombre, comme dans la caverne de Platon. Il est lui-même partisan de la théorie du Big Bang. Mais pour lui, avant l'humanité, il y a eu des guerres de Dieu contre certains êtres supérieurs rebelles dont portent la trace la thématique de la guerre contre Edom (le dragon rouge), Meroz, qui est dans le judaïsme une planète en Juges 5:23 et Rahab (Job 26:11).

Après ces guerres, Dieu (qui se méfie de certains de ses anges selon le livre de Job) en son conseil décide de créer une race nouvelle (l'humanité) à laquelle il va confier son image (son sceau) - pour Alberino l'image ne peut être une ressemblance qui s'illustrerait par exemple dans une créativité ou une sensibilité de l'humanité, car les "étoiles du matin" elles aussi sont créatrices au point de composer des chants, et sensibles au point d'être attirées par les filles des hommes en Genèse 6:1-4. L'humanité est créée à un niveau à peine inférieur aux anges (ps 8:3-8) qu'elle est appelée à juger un jour (1 cor 6:3).

Il y a eu, nous dit Alberino (p. 80), un vaste débat sur la question de savoir si Satan dirigeait le monde. Mais le fait est que depuis la chute d'Adam les pays du monde ont toujours été gouvernés par des hommes, bons ou mauvais, ce qui prouve que c'est bien la descendance d'Adam qui garde la juridiction sur le monde depuis lors. Satan ne peut gouverner que par l'intermédiaire d'hommes mauvais (notamment lorsque ceux-ci se laissent inspirer par l'idolâtrie, les rituels d'invocation des anges déchus, la voyance), mais Dieu peut toujours intervenir pour mettre un terme à leur despotisme.

Alberino, même s'il pense que l'univers a plusieurs millions d'années, ne croit pas à la théorie de l'évolution. Partout, nous dit-il, le temps est source de corruption des êtres et de chaos (théorie de l'entropie). Il n'a pas pu produire ce génome humain ultracomplexe dont le séquençage représenterait 3 gigabytes sur un ordinateur (p. 106). Si l'on suit Paul selon lequel seul Dieu (et pas les anges, ni aucune autre créature vivante) a une immortalité intrinsèque  (1 Tim 6:15-16) et dans Genèse 3:22 "Empêchons (Adam) maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement" après qu'il eut goûté du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Cela signifie que l'homme n'avait pas l'éternité en lui, mais était éternel par une cause extérieure, comme la consommation du fruit de l'arbre de vie au jardin d'Eden qui la lui donnait.

La version de la Bible de Darby ajoute qu'il ne prenne "aussi" de l'arbre de vie, ce qui est aussi le cas en anglais dans la King James Version. Comme Dieu s'adresse à son conseil d'êtres spirituels supérieures (de Fils de Dieu) lorsqu'il dit cela, cela signifie que l'humain "aussi" comme les anges, puisait son éternité à l'arbre de vie. Et il est possible les anges déchus rebelles, aient eux aussi perdu l'accès à l'arbre de vie et à l'éternité car dans le Psaume 82:6 il est écrit : "J'avais dit: Vous êtes des dieux, Vous êtes tous des fils du Très-Haut. Cependant vous mourrez comme des hommes, Vous tomberez comme un prince quelconque". En plaçant ses chérubins à l'épée flamboyante devant le jardin d'Eden Dieu n'en interdit pas seulement l'accès aux hommes, mais aussi aux anges rebelles... Ce qui pourrait expliquer que Dieu annonce au serpent qu'il rampera sur la terre pour se nourrir de poussière et le fait que les anges déchus aient toujours besoin de sacrifices sanglants dont ils se nourrissent.

Peut-être peut-on laisser de côté l'hypothèse assez gratuite (car peu étayée bibliquement) d'Alberino selon laquelle il faudrait prendre à l'envers le darwinisme en estimant que l'espèce dégénère et ne progresse pas (idée d'autant plus stupide qu'aucun darwinien aujourd'hui ne prétend que l'espèce progresse puisque la sélection naturelle ne fonctionne plus depuis l'invention de l'agriculture, même stupidité chez Alberino quand il s'essaie à disserter sur l'entropie).

Plus intéressant pour nous est son chapitre 7 ("The Golden Age") et les suivants, qui prolonge très directement mon livre sur les Nephilim. Il y a eu un Age d'Or, rapportent les sources païennes (du mythe de Prométhée à celui de l'Atlantide par exemple, en passant par Mme Blavatsky). Genèse 6:1-4 nous donne le regard hébraïque brièvement et "avec nonchalance" sur cet Age d'Or... Mais heureusement, nous dit Alberino, l'écossais James Bruce d'avoir ramené d'Abyssinie en 1773 le livre d'Hénoch, authentifié ensuite par les manuscrits de la Mer morte. Pour Alberino, ce livre est d'autant plus vrai qu'il annonce Jésus et le décrit comme "Fils de l'Homme". Alberino souscrit entièrement à l'authenticité du Livre d'Hénoch qui, d'après lui, a été écarté à tort du corpus canonique à l'époque de Tertullien, pour une mauvaise raison : parce que les Juifs eux-mêmes l'avaient déclaré hérétique du fait de ses "fausses généalogies" qui conduisent  à l'avènement de Jésus...

Alberino a lu Heiser (dont il cite "Unseen Realm" sur d'autres points) mais alors qu'Heiser n'adhère qu'à certains passage du livre d'Hénoch, l'auteur de Birthright lui va au delà de cette nuance. En outre, son argument en faveur d'Hénoch est assez léger (alors qu'il aurait pu en trouver de meilleurs du côté de l'épître de Jude et de celle de Pierre). Pour lui, c'est une chance que ce livre puisse être maintenant à la portée des Internautes, ce qui empêche que le débat sur Genèse 6:1-4 (sur les Nephilim) soit limité aux cercles de théologiens savants comme ce fut le cas pendant des siècles. Et, comme je l'ai fait dans mon livre, il examine toutes les conséquences de l'assertion selon laquelle des anges rebelles ont pu coucher avec des femmes humaines et avoir une descendance avec elles.

Pour lui, puisqu'ils ont décidé de les épouser, il s'agissait d'une stratégie pour usurper le pouvoir humain sur la Terre avec une descendance (les Géants) qui était à la fois angélique et humaine. Le fait que selon Hénoch ces Géants aient pratiqué la zoophilie participe aussi de cette stratégie de même que le don des arts occultes aux femmes. Il s'agissait de constituer cette civilisation rivale de celle de l'humanité, et qui se ferait vénérer par elle - cette civilisation de Géants qui a construit les sanctuaires mégalithiques.

"Hénoch" veut dire "initié", nous dit Alberino. Pendant que les Fils de de Dieu (Gardiens) initiaient les fils de Cain avec leurs arts occultes pervers, Hénoch formait la descendance de Seth. "Toutes les branches de l'occultisme qui ont émergé dans l'histoire ont leurs racines dans les prêtres du dragon issus de Cain, qui adirent 'Lucifer' et ont été initiés aux secrets par les Gardiens" (p. 155), tandis que l'Evangile se rattache à Hénoch qui a marché avec Dieu et fut initié à la révélation du Christ "qui devait être la lumière des Gentils" (1 Hénoch 48:4-7). Hénoch explique comment l'ange Uriel charge Noé de construire l'arche parce qu'il va nettoyer la Terre de la civilisation des Nephilim, tandis que Raphael ligotera Azazel le chef des Gardiens (dont le nom revient dans Lévitique 16:6-10). Il peut paraître contradictoire, remarque Alberino que dans Hénoch Dieu demande à Raphael de soigner la peste qui a envahi la Terre alors qu'il s'apprête à noyer celle-ci sous le Déluge, mais sans doute s'agit-il d'une maladie à la fois spirituelle et physique qui attaquait l'ADN humain et, pour cette raison, barrait tout accès à la Rédemption pour l'humanité.

Puis Alberino développe le point que j'ai aussi exposé dans mon livre sur le fait que Noé est supposé lui être génétiquement pur (exempt de la corruption de l'ADN par les Nephilim), ce qui peut se déduire du vocabulaire qu'emploie le livre de la Genèse lui-même. Si Noé était "parfait dans sa génération" (dans sa généalogie), il fallait à ses fils des épouses génétiquement capables aussi d'assurer une descendance non corrompue, et c'est pourquoi Raphael fut chargé de nettoyer la peste génétique...

Pendant que Noé construit son arche, Gabriel pousse les Nephilim à s'entretuer, tandis que Michael qui a attaché Semjaza le force à contempler ces guerres. Hénoch mentionne que les Gardiens n'obtiennent pas le pardon de Dieu (c'est Hénoch lui-même qui transmit leur demande au Ciel, mais ils furent voués au Tartare) et le droit de leur descendance à avoir une longue vie. Alberino estime que cela explique qu'ensuite les Nephilim ne soient pas seulement condamnés à mourir mais aussi que leurs âmes soient vouées à errer sur la Terre (c'est là un point assez difficile qui nourrit beaucoup de spéculations ces derniers temps, il faudra y revenir). Le fait que l'esprit des Nephilim leur a survécu et a continué ensuite à hanter la Terre et attaquer les femmes humaines et leur descendance parce qu'ils sont issus d'elles figure en toutes lettres dans 1 Hénoch 15:8 et 1 Hénoch 16:1. "Ils ne prennent pas de nourriture et cependant ont faime et soif et causent des offenses" dit le patriarche. C'est ce type d'esprit, sous la forme d'un démon (daimon en grec) qui parle dans l'Evangile en Matth 8:29 et en Marc 1:23.

Le Déluge n'est pas intervenu avant la mort du fils d'Hénoch, Mathusalem, à 969 ans, alors que les Gardiens étaient descendus sur le mont Hermon à l'époque de Jared, 1 000 après la fermeture du jardin d'Eden, cela ferait 1 300 ans de civilisation des Nephilim, d' "Age d'Or" selon les païens, âge sombre du point de vue des Juifs. Le déni de l'existence du Déluge (qui au XVIIIe siècle faisait encore consensus chez les scientifiques) remonte au livre de Charles Lyell "Principles of Geology" paru en 1830 dont les créationnistes Whitcomb et Morris en 1951 dans "Genesis Flood" ont mis en lumière les présupposés. Darwin n'aurait pas été possible sans l'anti-catastrophisme de Lyell.

Malgré le Déluge, l'Atlantide aurait conservé une partie du savoir des Nephilim. Le franc-maçon Manly P. Hall rappelle que le Critias de Platon, présente l'île comme régie par les dix jumeaux fils de Poseidon, d'autres sources parlent de sept îles. Dans Apoc 13:1, la Bête sort de l'eau avec sept têtes et 10 cornes, un diadème par corne. L'ange en Apocalypse 17 dit que la bête fut et n'est pas et reviendra de l'abime. Par ailleurs (p. 176), il y a cette armée de sauterelles annoncée en Apoc 9:11 qui sortira de l'abime avec la Bête et qui est personnifiée par Apollyon (le "destructeur", c'est la traduction d'Abaddon en hébreu, le nom du dieu du puits sans fond) jeu de mot avec Apollon (apollyo = détruire en grec). Apollon est un dieu des sauterelles (Parnopion) depuis qu'il les a chassées de l'Attique, dit Pausanias.

Les sauterelles sortent en Apoc 9:11. J'ai rappelé dans mon livre qu'au vu d'Amos 7:1 et de Proverbes 30:27 feu- Cris Putnam avait estimé que les sauterelles étaient une allégorie des Immortels (tout en parlant aussi de sauterelles transgéniques).

Paul dans 2 Thess 2:1-4 explique que Jésus viendra après que le Fils de la Destruction et sa rebellion (mot traduit à tort par apostasie). La bête, c'est l'Antéchrist et sa coalition de rois, et Apollon, fils de Satan, hérite du trône, et les deux cohortes, terrestre et céleste, seront également punies (Isaie 24:21-22). Il y aura une unité politique mondiale du type de celle que Rome avait mise en place au temps de Jésus (une nouvelle manifestation de Rome - Daniel 2:41) dans laquelle les nations confédérées derrière l'Antéchrist, en pleine connaissance de cause, offriront leur trône à Satan (le dragon) en la personne d'Apollon dans le cadre d'un culte solaire, et ce sera là la grande rébellion de l'humanité contre Dieu.

Le livre de Daniel annonce une nouvelle union des démons avec les hommes (Daniel 2:43) dans l'expression selon laquelle "ils s'uniront avec la semence des hommes", comme au temps de Genèse 6:1-4 et dans les Eclogues IV, Virgile annonce le règne d'Apollon : c'est là qu'apparaît la phrase novus ordo seclorum, nouvel ordre mondial, slogan illuminati qui figure eu verso du sceau des Etats-Unis d'Amérique (Alberino emprunte ceci à Zenith 2016, de Thomas Horn, un auteur que l'on a déjà cité dans ce blog de même que son acolyte Putnam). La Sybille y dit clairement que les dieux et les héros (ceux de Genèse 6:1-4) au moment de ce Nouvel âge d'Or auront à nouveau leur place parmi les hommes.

L'image du cercueil d'Osiris flottant sur le Nil jusqu'à Byblos en Phénicie (les Phéniciens sont d'ascendance cananéenne précise Alberino, ce qui n'est pas sans lien avec les Nephilim comme on l'a vu dans notre livre) est aussi pour les occultistes, comme l'Atlantide, une image du savoir premier des Nephilim et de l'Age d'Or qui survit au Déluge. La Phénicie est le pays du roi Hiram de Tyr (Hiram Abiff) qui fournira les cèdres, le métal et le bois pour le temple du roi David, ce qui lui vaudra la vénération des francs-maçons. L'Oeuvre maçonnique autour du cercueil d'Hiram sur lequel ils mettent une branche d'acacia est en fait liée au cercueil d'Osiris qui se retrouva dans un acacia en Phénicie. Alberino revient ensuite sur toute l'architecture théurgique maçonnique dont j'ai parlé dans mon livre sur le complotisme protestant avec les obélisques phallus d'Osiris et les dômes matrice d'Isis, tandis qu'Horus leur progéniture est explicitement identifiée par Hérodote à Apollon.

On renverra à la p. 192 du livre (mais aussi à notre livre sur le complotisme protestant) pour le détail de la manière dont la franc-maçonnerie luciférienne et son annexe théosophique (avec le Lucifer Trust d'Alice Bailey) ont mis au jour aux XIXe et XXe siècle le projet jusque là caché des sociétés secrètes de préparer une nouvelle union des dieux des anciens temps (les Fils de Dieu/Gardiens de Genèse 6:1-4) et des humains pour restaurer l'Age d'Or contre Dieu.

Je passerai rapidement sur le chapitre 10 consacré à le religion unique mondiale (le rôle de Nietzsche et d'Aleister Crowley dans son émergence). Le 11 sur les extra-terrestres est étonnant car à la différence de beaucoup de chrétiens "bibliques", Alberino ne pense pas qu'ils soient des démons. Il pense par exemple que les "gris" viennent d'autres dimensions et que les gouvernements négocient avec eux... Il les croit même responsables de l'essor du spiritisme au XIXe siècle du fait que le thème des soucoupes volantes est apparu à ce moment-là.

Les témoignages des enlevés nous dit-il sont très convergents y compris sur la couleur et le matériau des soucoupes. Alberino nous dit avoir échangé lui-même avec des Aymara et des Quechua dans les Andes. Ils décrivent des extraterrestres nordiques ou pléiadiens, blonds aux yeux bleus de 2 mètres. D'après lui, les deux hommes en Genèse 19 que Lot croise avant la chute de Sodome pourraient correspondre à la description car Lot les reconnaît comme des anges, ce qui prouve qu'ils n'avaient pas le type sémitique des gens de la région. Et d'ailleurs c'est sans doute pourquoi, dit Alberino, les Sodomites veulent coucher avec eux quand ils sont chez Lot.

Bill Cooper dans Behold a Pale Horse affirme que sous Eisenhower, des Nordiques ont prévenu le gouvernement américain de la présence de Gris au niveau de l'Equateur et que le gouvernement a refusé de renoncer à l'arme nucléaire en échange de leur aide.

Selon Dr David Jacobs, de Temple University, sur la base des témoignages de gens abductés, les Gris, affiliés au "insectalines" veulent créer des hybrides pour se mêler à l'humanité. Alberino demande p. 256 : sont-ils aux ordres du Dragon (de Satan) ? sont-ils seulement alliés à lui ? Ou poursuivent-ils leurs propres objectifs sur un mode autonome ? Dans cette dernière hypothèse, le Dragon pourrait simplement utiliser leur menace pour unifier les humains sous la coupe d'Apollon.

Le 26 juin 2000, Clinton célébrait publiquement la première cartographie complète du génome humain. La voie de l'eugénisme est ouverte (cf Thomas Horn). En choisissant la voie du transhumanisme, l'humanité est en train de céder au diable l'héritage qu'elle tenait d'Adam, car elle va cesser d'être elle-même pour devenir partiellement voire largement robotisée. La loi de "l'impératif technologique" fera que la société ne pourra pas s'opposer aux innovations transhumanistes. Le transhumanisme est un sas vers le posthumanisme.

A deux étapes de la Bible, remarque Alberino, la lignée légitime aux yeux de Dieu a failli être usurpée : avec Ismael et avec Esaü. Esaü par son tempérament excessif et son hypertricose (Gen 27:11) est peut être le fruit d'une manipulation :génétique (p. 281). Et maintenant le Dragon demande à l'humanité issue de Jacob et de la lignée messianique qui passe par le Christ de vendre son droit de royauté pour un bol de lentilles comme Esaü l'a fait. L'ange Michel est celui qui retient (le katachon de 2 Thess 2:5-12) à la tete de ses armées. Avec la venue d'Apollon-Apollyon comme faux sauveur et homme de perdition (par exemple pour nous sauver des Gris), l'humanité renoncera à ses droits sur le monde acquis par l'image de Dieu (le sceau de Dieu) puisqu'elle ne sera même plus humaine, et adoptera la marque de la Bête. C'est en ce sens qu'il faut entendre  Matth 24:22 "Et si ces jours là n'eussent été abrégés, nulle chair n'eut été sauvée; mais, à cause des élus, ces jours là seront abrégés." Si aucune chair n'est sauvée, c'est parce qu'il n'y a plus aucune chair vraiment humaine. L'étrange prophétie biblique selon laquelle certains chercheront désespérément à mourir (Apoc 9:6) mais ne le pourront pas pourrait bien se réaliser dans la fait que les gens seront si dotés de dispositifs d'autoréparation avec leur personnalité téléchargée sur des ordinateurs dans des corps synthétiques que la mort ne sera plus pour eux qu'un luxe hors d'atteinte (p. 289). Apollon chef de cette armée et figure du roi rebelle de Daniel 8:25 sera le nouvel Antiochos Epiphane. Mais Dieu rira de cette rebellion (Psaume 2:4-9), l'Agneau ouvrira le manuscrit (Apoc 5) et engagera la guerre finale (Apoc 19:11)

Il obtiendra la victoire (Apoc 11, 1 Hénoch 62), grâce au sacrifice de Jésus il y a 2000 ans. Là dessus s'achève le livre d'Alberino.

A la différence de Michael Heiser sur lequel je me suis beaucoup appuyé dans mon livre sur les Nephilim et qui est très diplômé en recherche biblique (il en a tiré une grande rigueur intellectuelle), Tim Alberino est plus approximatif. Cela se vérifie aisément sur de petits détails, par exemple quand il écrit p. 84 qu'Antipater (le père d'Hérode) a finalement été nommé par Jules César procurateur de Judée ("Antipater would eventually be appointed procurator of Judea by Julius Caesar) alors qu'il ne fut que gouverneur de Galilée et que c'est son frère ainé qui dirigea Jérusalem. Il y a donc des chances qu'il se trompe sur certaines de ses approches scientifiques quand il se fonde sur des articles parus dans la presse, mais si cela va avec le côté "autodidacte" du personnage, n'invalide pas forcément l'ensemble de sa perspective. Plus gênante est l'adoption qu'il fait de l'ensemble du corpus d'Hénoch, mais au fond il ne l'utilise que pour autant qu'elle corrobore la Bible canonique, donc c'est aussi grosso modo sans influence sur sa vision d'ensemble. Quant à sa croyance aux "Gris" et l'hypothèse de l'existence des "nordiques" pour les contrebalancer, elle ne change pas grand chose à l'approche prophétique globale, si ce n'est de lui donner une portée plus "intergalactique" et "interdimensionnelle". L'idée sur cet aspect là est quand même que les extraterrestres servent les mensonges d'Apollon, donc l'approche de d'Alberino ne va pas dans le sens d'une "ufolâtrie".

On peut dire que son exploitation du sujet du transhumanisme et du thème d'Apollon, qu'il n'est pas le seul à déployer (j'en avais un peu parlé dans mon livre, et le youtubeur EnterTheStars sur sa chaine depuis des années, sans Alberino, a déjà bien creusé le sujet aussi), est assez cohérente pour donner une image plus concrète de ce que pourrait être le système de l'Antéchrist dans les années à venir. Certains commencent à citer explicitement ; c'est le cas en ce moment sur Celeste Solum qui a par exemple remarqué le nom du Programme Apollon pour la Biodéfense (Apollo Program for Biodefense), document qui a été publié en janvier 2021 par la Commission bipartisane de biodéfense, un think tank américain qui prône le développement de vaccins de thérapie multi-pathogène (qui permettra d'introduire plusieurs composantes nouvelles dans les vaccins), avec des tests systématiques quotidiens, et une information permanente des organes médicaux et des compagnies nationales sur l'état de santé. L'inspiration "apollinienne" est donc bien d'actualité dans les cercles dirigeants.

Lire la suite

Miracles eucharistiques : Un cardiologue rend viste à Jésus

10 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Christianisme

Nous nous sommes déjà penchés sur les découvertes que les moyens scientifiques les plus récents permettent de faire sur les "miracles eucharistiques" à travers le monde. J'avais cité les travaux du Dr Ricardo Castañón Gomez, chercheur en neurosciences et ceux de Pietro Pescetelli, chirurgien intermédiaire, spécialiste en cardiologie et médecine interne, directeur émérite des unités opératoires de gériatrie et de soins de longue durée de l'hôpital d'Agnone. Ces gens montrent que plus on avance dans les découvertes scientifiques, plus les miracles eucharistiques, spécialement celui des maculations d'hosties par du sang humain (il existe d'autres miracles eucharistiques comme des phénomènes de lévitation surnaturelle d'hosties - comme à la messe du Lourdes du 7 novembre 1999 à l'assemblée épiscopale, mais le label de "miracle" est contesté sur cet événement, ou l'histoire survenue en 1959 au couvent de ND des Grâces de San Giovanni Rotondo que raconte le frère Alessio Parente dans "Mandami il tuo angelo custode, Padre Pio" (voir min 8'03 de cette vidéo).

Je vous conseille aussi la lecture du livre "Un cardiologo visita Gesu" de Franco Serafini, livre qui, malheureusement, n'a pas été traduit en français. Il passe en revue les miracles eucharistiques de Lanciano (VIIIe siècle, mais consigné en 1631), de Buenos Aires (1992), de Tixtla (2006), Sokolka (2008), Legnica (2013), le suaire de Turin et celui d'Oviedo, la tunique d'Argenteuil (tous avec du sang de groupe AB). Il fait aussi le point sur les découvertes d'ADN sur ces reliques et les hosties.

Lire la suite

Antoinette Bourignon et l'hermaphroditisme d'Adam

24 Novembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Notes de lecture

L'idée qu'Adam ait été à l'origine un androgyne (Genèse 1:27) et qu'Eve soit née d'une séparation de sa personnalité et de ses sexes est ancienne. On la trouve déjà chez Philon d'Alexandrie (-20/+45) et la rabbine Horvilleur dans "En tenue d'Eve" accorde du crédit à cette lecture de la Bible en se fondant sur la traduction du mot Tzela comme côté et non côte.

Voltaire connaissait cette tradition que, dans son Dictionnaire philosophique (article Adam), il attribue aux rabbins. et il attribue aussi la défense de cette idée à Mme Bourignon (1616-1680) : "La pieuse Mme Bourignon était sûre qu'Adam avait été hermaphrodite, comme les premiers hommes du divin Platon". (Il aurait pu ajouter qu'une secte sous le pape Innocent III l'avait affirmé aussi ainsi que Jakob Boehme).

Effectivement on lit dans « La Vie continuée de Mademoiselle Bourignon » :

« Adam, le premier homme, dont le corps était pur et plus transparent que le cristal, tout léger et volant pour ainsi dire ; dans lequel et au travers duquel on voyait des vaisseaux et des ruisseaux de lumière qui pénétraient de dedans en dehors par tous ses pores, des vaisseaux qui roulaient en eux des liquides de toutes sortes ; très vives et toutes diaphanes, non seulement d’eau, de lait, mais de feu, d’air et d’autres…

« Il était de stature plus grande que les hommes d’à présent ; les cheveux courts, annelés, tirant sur le noir, la lèvre de dessus couverte d’un petit poil ; et, au lieu des parties bestiales que l’on ne nomme pas, il était fait comme seront établis nos corps dans la vie éternelle, et que je ne sais si je dois dire : il avait dans cette région la structure d’un nez, de même forme que celui du visage ; et c’était là une source d’odeurs et de parfums admirables. De là devaient aussi sortir les hommes dont il avait tous les principes en soi, car il avait dans son ventre un vaisseau où naissaient de petits œufs et un autre vaisseau plein de liqueur qui rendait ces œufs féconds… Et cet œuf, rendu fécond, sortait quelque temps après par ce canal hors de l’homme, en forme d’œuf et venait peu après à éclore en homme parfait ».

Le Monde illustré du 18 mai 1935 présentait ainsi  Mme Bourignon :

"Antoinette Bourignon, vers 1640 est une lilloise illuminée, qui s'imagine n'être plus une femme tout en n'étant pas un homme. Antoinette devient une sorte d'idole villageoise, encensée par la comtesse, les paysans et le jeune curé Clergeot, que les jurassiens ont emmené avec eux. Le hasard fait que Clergeot n'est point aussi très bien fixé sur sa véritable nature. Antoinette Bourignon et la comtesse se le disputent. Antoinette emmène l'Eliacin à Lille où (déguisées en femmes), ils ou" elles dirigent un orphelinat, lequel «orphelinat se peuple bientôt d'enfants, ce qui donne à penser que Clergeot a choisi entre ses deux possibilités. Chassés de Lille, chassés de Flandre, Antoinette et ses paysans se réfugient en Hollande. "

Ce que ne dit pas le résumé c'est que son orphelinat de filles fut frappé d'un cas de possessions collectives, ce que nous apprend Reinach. Un mémoire de le Société des sciences de l'agriculture et des arts de Lille de 1853 a un avis plus nuancé sur la question, tout comme sur l'ensemble du personnage de Mlle Bourignon.

Celle-ci voulait en elle-même incarner le premier Adam hermaphrodite. C'est un de ses aspects les plus pittoresques.

Voltaire avait entendu parler de cette visionnaire par le Dictionnaire de Bayle.  Le critique d'art Louis de Fourcaud l'avait appréciée, au même titre que Mme Guyon.

J'aime bien à son propos cette anecdote relevée par Bayle qu'elle avait eu en 1666 une vision de Bruxelles en feu, qui la persuada de quitter la ville (alors que la capitale belge n'allait être bombardée qu'en 1695).  Et encore cette remarque de l'encyclopédie catholique disant qu'elle "  était d'une difformité et d'une laideur tellement repoussante, qu'à sa naissance une assemblée de famille discuta si elle ne devait être étouffée. Antoinette s'exila du monde, vécut dans la solitude où elle se livra avec passion à la lecture, séduisante pour elle, des livres mystiques." Dans un livre d'histoire du Dr Bouquet il est question de son bec de lièvre qui aurait disparu avec l'âge. Etait-elle vraiment si laide que cela ?

Dans les années 30 (en 1934 précisément)  André Thérive dans le roman "Le Troupeau galeux" essaie de rendre compte de l'épopée de cette cheffe de secte à travers le regard que porte sur elle un prêtre rescapé de l'incendie du village de Saint Claude dans le Jura par les troupes de Richelieu... Mais le roman a le défaut de toutes les approches "savantes" du XXe siècle. Il réduit le surnaturel à la psychologie. Cette Mlle Bourignon aux yeux de Thérive n'est plus qu'une solitaire à la fois géniale et détraquée qui aurait forgé son idéal androgynique après avoir été violée par un capitaine de l'armée, pour dépasser le traumatisme.

Si tel était le cas, elle n'aurait pas séduit autant d'esprits brillants de son époque qui ont tout abandonné pour sa prédication religieuse. Il y a autre chose, mais quoi ? Qui lui souffle ces idées sur Adam qui recoupent si étrangement une certaine mystique juive ? Qui lui dicte les centaines de pages qu'elle écrit ?

J'ai parcouru les témoignages de "Toutes les Oeuvres d'Antoinette Bourignon", un recueil de courriers détaillés de Flamands contemporains d'Antoinette qui certifient qu'elle était la plus honnête des personnes et la plus charitable. Ce sont pour la plupart des protestants qui saturent leurs commentaires de références bibliques pour assurer que rien chez "la Bourignon" ne dépassait de ce cadre et que c'était une vraie sainte. Une sainte ou une possédée ? Probe elle l'était, au point de rester attachée au catholicisme romain en terre réforme, malgré son excommunication : on ne peut pas lui reprocher de chercher à s'adapter à son auditoire, ce qui ne l'empêche pas de fasciner les calvinistes. Son austérité à l'égard de l'argent et des plaisirs de la chair ne fait pas de doute non plus - mais Hilaire Belloc ne disait-il pas que les hérétiques faisaient toujours surenchère de vertu, qu'ils étaient inspirés par le diable pour ce faire ? Dans le cas de Bourignon, on hésite tout de même, un peu comme à propos d'Origène. Comment tant de vertus et tant d'intuitions bibliques pourraient-elles n'avoir comme fin que la perte de la chrétienté ? Alors quoi ? Un christianisme alternatif, ou simplement "autre", qui aurait dû se voir reconnaître une place parmi d'autres options bibliques ? On ne sait. Antoinette Bourignon était convaincue d'être la voix du vrai christianisme, du seul, et pour elle toutes les églises protestantes comme catholiques mouraient d'hypocrisie et de dépravation, c'était la fin des temps, seuls ses disciples seraient sauvés. Orgueil des fondateurs de secte. Sans doute la plus grande preuve du luciférisme de cette dame. Mais faut-il mettre au compte aussi d'une inspiration sulfureuse les dons de discernement qu'elle avait qui lui faisaient voir qu'une femme avait épousé son mari seulement sous l'inspiration d'un démon (ce que ladite femme devait avouer spontanément à son curé en confession peu de temps après) ou repérer qui était son ennemi ou son allié au moindre coup d'oeil ? Avec le même discernement et la même foi elle pouvait prédire à quelqu'un qu'il guérirait bientôt, et à quelle condition ou qu'il mourrait. Cependant point de miracles à son actif comme à celui du Padre Pio. Pas de lévitation, pas de dédoublement, pas de guérisons spectaculaires. A ceux qui le regrettent les témoins répondent "sa personnalité seule, sa douceur, sa patience, son humilité et sa persévérance à elles seules valaient tous les miracles".

Etrange phénomène tout de même. Et ses disciples qui l'accompagnèrent d'une ville à l'autre aux Pays-bas fuyant les persécutions que sont-ils devenus après sa mort ? Croyaient-ils tous en l'idéal androgyne aussi fermement qu'elle même ? Il y aurait un livre à écrire sur eux.

Les visionnaires hérétiques sont toujours embarrassants. Parfois ils avancent des questions nouvelles voire des intuitions sur les textes sacrés qui peuvent stimuler les recherches. Il arrive souvent que des exégètes canoniques aillent regarder les "trouvailles" des hérétiques. Par exemple dans cette conférence à l'Ecole nationale des Chartes de 2015 (minute), l'historien de l'art Yves Christe rappelle que le donatiste Tyconius (IVe siècle) dans ses commentaires de l'Apocalypse était utilisé par les auteurs "orthodoxes", quoiqu'avec réticence : Primase évêque d'Hadrumète au milieu du VIe siècle dit à son propos qu'il l'a utilisé mais qu'il a été "chercher des perles dans du fumier". Bède le Vénérable dit qu'il est allé chercher "des roses parmi les épines". En se penchant sur certaines intuitions d'Antoinette Bourignon, risque-t-on de trouver des perles dans du fumier ?

Lire la suite

La fraude mystique de Marthe Robin

13 Octobre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Christianisme

J'ai évoqué il y a peu la connexion bizarre entre Marthe Robin et les Ovnis soulignée par feu l'occultiste Sylvie Simon, et j'ai aussi signalé ailleurs combien la bienveillance de Marthe Robin pour la très athée Simone de Beauvoir, dont témoigne Jean Guitton, était des plus suspectes. Je voudrais aujourd'hui dire un mot du livre  La fraude mystique de Marthe Robin écrit par le carme déchaux Conrad de Meeste. Le youtubeur Arnaud Dumouch a essayé en vain selon moi (ce n'est pas mon premier désaccord avec lui) de le discréditer (ici), mais il mérite qu'on s'y intéresse. Car Conrad de Meeste dresse une liste impressionnante des auteurs (pour la plupart des mystiques), que Marthe Robin a purement et simplement plagiés, dans ses livres et dans sa correspondance, en montrant très minutieusement les paragraphes entiers qu'elle a recopiés sans jamais révéler qu'elle les leur volait. Le procédé est d'autant plus choquant de la part de la pieuse paralytique que celle-ci prétend évoquer ses propres sentiments et sa propre expérience, en recopiant en fait les mots des autres, comme un Bernard-l'Hermite. Ici croyez vous que Marthe raconte une de ses descentes aux enfers dans un récits qu'elle a écrit? Hé bien non ! Elle a seulement recopié dans le livre celle de la capucine italienne Véronique Giuliani telle qu'elle l'a trouvée dans son journal. Là pensez-vous qu'elle évoque les élans de son coeur, et ses prières intimes à Dieu ? Non, ce sont des paragraphes recopiés des carnets de la mystique Gemma Galgani... à laquelle Marthe Robin pourtant ne rendra jamais justice puisqu'elle ne cite pas son nom. Et l'imposture se prolonge sur des centaines de pages.

Conrad de Meeste s'est aussi penché sur le mystère de la "secrétaire" de Marthe Robin, puisque celle-ci, paralyse des quatre membres, était censée ne plus pouvoir écrire ni manipuler un livre depuis 1929, secrétaire que personne n'a jamais pu identifier. Par delà les nuances graphologiques, les constantes détaillées par Conrad de Meeste, y compris dans les fautes d'orthographe, persuadent l'auteur que c'est bien Marthe Robin qui a écrit  la plupart de ses textes à la main : elle n'était donc pas paralysée des quatre membres ! L'étude des brouillons des lettres ou des annotations du volume des Lettres à une carmélite de Marie-Antoinette Greuser retrouvé au sous-sol du Foyer de Charité de Châteauneuf (plagié par Marthe Robin en 1936) confirment cela.

Le père de Meeste au fil de son enquête découvre ainsi une femme manipulatrices, qui a adopté quatre ou cinq styles d'écriture, manipule le père Finet son protecteur, s'adapte à toutes les situations, une psychologie que l'auteur impute à la naissance illégitime de la sainte,fille d'un commis agricole qui ne l'a jamais reconnue (et elle le savait), et à sa relation difficile à son père "officiel".

Le père Marie-Bernard qui fut l'accompagnateur de Marthe comme tertiaire capucine en 1926-28, intrigué par les largesses de la baronne de Baÿ envers la jeune femme mit à l'épreuve le caractère de la mystique en utilisant des règles classiques que lui recommandèrent des théologiens. Il découvrit son manque d'humilité en la faisant prendre en photo, puis son amour de l'argent. Il écrit d'ailleurs : "Elle réclama d'abord des douceurs... les meilleurs que fabriquait un pâtissier et confiseur de Lyon. On prétendait plus tard qu'elle ne vivait que de l'hostie consacrée. J'ai la preuve évidente du contraire".

Le père de Meeste creuse aussi le volet médical, montre que les médecins choisis par Marthe ont tous des préjugés favorables. Certes Marthe Robin était handicapée : l'hyperesthésie n'est constatée qu'à partir des déclarations de la malade ; la thèse de sa cécité après 1939 est contredite par le fait même que les médecins trouvent aux yeux une apparence normale, ; le sang constaté sur le corps a coulé mais n'est pas en train de couler. Il n'y eut jamais de vérifications cliniques sans cesse reportées. Et les chaussons trouvés au pied du lit à sa mort posent problème... Un des signes de l'imposture : les ongles de Marthe qui s'useraient "spontanément" au contact du chapelet qu'elle arrive quand même à égrainer avec ses doigts... alors qu'on a trouvé des coupe-ongles chez elle à sa mort...

A sa mort le corps de Marthe n'avait pas d'escarres propres aux paralytiques. Le père de Meeste a pu reconstituer le mouvement par lequel la mystique pouvait glisser sur le sol avec les jambes repliées, pour sortir de sa chambre. Pour le père de Meester toute la vie de Marthe Robin après 1929 est donc une supercherie, à part le fait qu'elle était partiellement paralysée. Et la façon dont elle emprunte les mots des autres pour décrire ses transes (sans signaler qu'elle plagie) est la preuve que le coeur même de sa vie spirituelle était faux et tourné vers l'intention d'attirer l'attention des gens, et leur argent...

Lire la suite

L'Evangile selon Thomas

20 Juillet 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Notes de lecture

J'étais tombé la première fois sur un éloge de l'Evangile de Thomas (apocryphe) quand j'avais lu "Pourquoi je suis chrétienne" de Ghislaine de Montangon dont on a parlé ici. J'ai essayé de creuser un peu le sujet depuis lors, intrigué par trois aspects 1) une tradition syriaque fait de Thomas le jumeau de Jésus 2) certains affirment que cet évangile pourrait être plus proche du message originel de Jésus que les quatre synoptiques 3) le christianisme a manqué de peu de conquérir toute l'Asie avant l'apparition de l'Islam, et St Thomas serait à l'origine de ce mouvement.

J'ai donc parcouru les commentateurs non académiques de cet évangile :  Emile Gillabert, Pierre Bourgeois, Yves Haas d'une part, et Pierre Mestdagh, d'autre part. Mais je ne suis pas convaincu. D'abord parce qu'il y a chez ses "disciples" beaucoup de parti pris. Ils tiennent absolument à voir dans ses énoncés une condamnation du messianisme, qui ne s'y trouve pas : l'évangile en question ignore certes l'eschatologie, et, comme celui de Jean, insiste sur la dimension intérieure du "Royaume", mais on ne peut en déduire une hostilité à l'eschatologie. En outre, ils plaquent beaucoup d'orientalisme (la condamnation de l'Ego, du "mental" etc) rendus populaires sous nos latitudes par le New Age, mais d'une façon purement gratuite, là où l'Evangile en question parle seulement de "retour à l'Un".

La partie la moins convaincante est d'ailleurs pour l'instant celle qui tient à en faire un évangile originel. Les auteurs se plaisent à nous expliquer (comme Wikipédia) qu'on l'a découvert à Nag Hammadi en décembre 1945 mais il eut été plus honnête de préciser que des extraits en étaient déjà connus eu XIXe siècle, et surtout que le texte est en copte, car le manuscrit trouvé est du IIIe siècle. Cela laisse la place à toutes les spéculations sur l'écriture da la première version...

Graham Hamer de l'université d'Oxford en 2015 avait fait un point sur le traitement universitaire de la question. Pour lui, si une majorité des historiens étatsuniens en font un évangile premier comparable au "Q" qui aurait inspiré Matthieu et Luc,  les Européens resistent à cette hypothèse. Pour Mark Goodacre et Simon Gathercole le texte est bien du IIe siècle car il peut être démontré qu'il utilise les canoniques et n'a pu être écrit sur la base d'une seule transmission orale. Aucun moyen donc d'accéder à un "Jésus originel" à travers ce texte.

Je ne suis pas un inconditionnel des recherches universitaires sur les sujets religieux, loin s'en faut, mais je préfère cela à des spéculations que des gens plaquent sur des textes antiques au sortir d'une séance de yoga ou de méditation. Donc jusqu'à nouvel ordre il semble bien que les chercheurs de vérité n'aient rien à trouver de ce côté là, du moins s'ils attendent une vérité spécifique de "premières paroles de Jésus" qui seraient antérieures à ce qu'en disent les synoptiques.

Lire la suite

Les Mille et Une Nuits : une ode à l'Islam

7 Juin 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Christianisme, #Notes de lecture, #Spiritualités de l'amour

Je lisais hier un passage des Mille et Une Nuits, livre dans lequel je ne m'étais pas replongé depuis plus de vingt ans. J'étais sur ce passage où un prince musulman est prisonnier de mages dans une ville païenne et se fait torturer tandis que son frère, parti à sa recherche, se fait séduire par une femme dans la rue.

Cela vous étonnera mais je trouve que ce récit est le plus grand éloge qui puisse être fait de l'Islam. Les protagonistes n'y sont pourtant pas vertueux : ils suivent leurs passions, et boivent même de l'alcool. Mais ils invoquent sans cesse la grandeur de Dieu et s'en remettent à elle. D'une mésaventure à l'autre (toutes étant plus rocambolesques les unes que les autres) jamais ils ne cessent de mentionner la toute puissance du Dieu unique et se confient à elle.

Vous allez trouver que j'ai des idées fixes. Mais je comparais cela au conte païen L'Ane d'Or d'Apulée. Dans ce récit romain le héros aussi endure les pires mésaventures entre les mains d'une "mage" (d'une sorcière) qui l'a transformé en équidé. Mais lui n'a pas de Dieu unique pour le soutenir. Il ne trouve Isis qu'à la fin, et, du coup, subit les outrages sans grandeur.

Le prince musulman, lui, a trouvé son Isis plus forte que la Fortune en la forme du Dieu d'Abraham, et son frère aussi. Et cela favorise toutes leurs audaces. Le frère cède aux charmes d'une fille dans la rue, et pour elle rentre par effraction dans la première maison qui se présente. Certes il s'inquiète, mais la toute puissance de Dieu fonctionne comme une garantie de dernier ressort. L'éthique n'est pas absente, mais elle est secondaire. Et l'homme finira même par couper la tête d'une belle un peu trop impulsive, mais peu importe puisque tout, en dernière analyse, est garanti par Dieu.

C'est un positionnement étonnant par rapport au pouvoir de Fortuna. Le Musulman, à la différence du païen, se sait quelque part au dessus d'elle, même dans ses pires souffrances, par son abandon même à Dieu. Un Chrétien; lui, se serait situé très différemment. Se sachant lui aussi au dessus de la Fortune par le sacrifice de Dieu fait homme, il aurait néanmoins senti qu'il se devait de participer à ce sacrifice dans une surenchère de charité envers tous les êtres situés sur sa route - ce qui bien sûr interdit non seulement de couper la tête d'une femme, mais même de regarder sa beauté. Mission impossible si l'Esprit saint n'est pas de la partie - ou sinon on est dans la pure censure légaliste, la pharisaïsme.

Pas de risque d'hypocrisie chez le héros musulman médiéval pour qui l'abandon total à une Miséricorde, une Puissance, et une Sagesse lointaines qui ne se sont jamais incarnées fait, en soi, par lui-même, office de vertu. Quelque chose qui n'est pas sans évoquer, à certains égards, le quiétisme, dont j'ai souvent posé la problématique sur ce blog. Cela a pour avantage de laisser plus facilement couler le flot de la Fortune et de la Vie dont le sens est confié au jugement de Dieu. Le temps ainsi ne s'arrête pas. Il n'y a pas d'arrêt sur image, pas de fixation morale, ça coule avec fluidité. Et on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve.

Au lendemain de la super-lune éclipsée en sagittaire les astrologues sur Internet recommandent de se garder d'agir et de simplement observer sans trop s'en tenir aux principes du passé. "De tes yeux seulement du regarderas" (Psaume 91). Les lecteurs des Mille et Une Nuits ont pour ce faire une longueur d'avance.

Lire la suite

Jacques de Vismes (1745-1819) et les Nephilim

11 Avril 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Notes de lecture

Le thème des Néphilim (que la Septante traduit par "géants") est absolument central si vous voulez comprendre aujourd'hui, d'un point de vue biblique, les origines de l'occultisme (astrologie, voyance, médecines alternatives etc) mais aussi divers autres travers humains mais aussi donner sens à divers passages du Nouveau Testament comme l'institution de Saint Pierre comme "rocher" fondateur de l'Eglise au pied du Mont Hermon ou, dans l'Apocalypse, la libération des sauterelles du fond de l'abîme.

Il est aussi central dans l'ufologie, et vous en trouverez énormément de traces dans les débats sur You Tube (notamment en anglais mais pas seulement), et dans la culture populaire actuelle (jeux vidéos, romans de science fiction etc).

Je l'ai personnellement découvert quand j'écrivais mon livre sur les thèses de Barbara Aho, et j'ai déjà parlé sur ce blog des travaux incessants de L.A. Marzulli pour voir dans les différents mégalithes du monde l'oeuvre des Nephilim. Toute une série de prédicateurs américains chrétiens dont le plus pointu est sans doute Michael Heiser, contribuent aujourd'hui au débat sur la naissance des Nephilim tel qu'il est raconté dans Genèse 6:1-4, débat qui tourne autour de la définition du mot "Fils de Dieu" (Beni'a Elohim) aussi appelés Veilleurs dans le Livre d'Hénoch (simples humains ou anges rebelles ?). Thomas Horn, Michael Lake, Robert Skiba, Josh Peck, Marty Cauley sont aussi des noms qu'il faut citer parmi ceux qui font vivre aujourd'hui ce débat sur la descendance des anges rebelles.

Sur l'aspect spécifiquement archéologique de la question, l'irlandais Patrick Heron (1952-2014), avec son livre The Nephilim and the Pyramid of the Apocalypse (2007) s'est distingué en expliquant que les pyramides ont été construites soit par les Veilleurs, soit par leurs rejetons les Nephilim.

Je dois dire que quelle n'a pas été ma surprise de découvrir à travers mes recherches que ces thèses avaient été anticipées, deux siècles auparavant par l'aristocrate français Anne-Pierre-Jacques Devismes ou, avant la révolution, de Vismes du Valgay (1745-1819). Celui-ci dans Nouvelles recherches sur l’origine et la destination des pyramides publié en 1812  affirmait que ces édifices égyptiens « n’ont pas été construits par les hommes, et qu’elles ne peuvent être que l’ouvrage des êtres spirituels, anges rebelles, nephilim, démons, esprits malins, comme on voudra les appeler ». La démonstration de Devismes d’appuyait sur une lecture de Genèse 6 :1-4, du livre d’Enoch et de l’épître de Pierre en tout point conforme à celle des auteurs américains actuels qu'on vient de citer :

« Ce fut donc dans ces temps, écrivait-il , que les êtres spirituels firent sourdre de la terre, comme l'a pensé Diodore, ces monumens indestructibles qui renferment le dépôt des connaissances humaines , et je prouverai, par l'intérieur de la seule Pyramide dans laquelle les hommes aient pénétré , la justesse et la vérité de mon assertion : je ne doute pas que les autres Pyramides ne contiennent aussi la théorie, les élémens, les formes , les étalons de tous les instrumens relatifs à l'usage et à la pratique de chaque connaissance. Ainsi chaque Pyramide peut être considérée comme un lycée isolé pour l'étude, et la conservation d'une science particulière.

Ce fut encore vers ces temps que les enfans qui étaient provenus du mariage des vaillans  avec les filles des hommes, et qui par cette raison participaient à la puissance de leurs pères, tels que Membrod , Og, les Goliath, Osymandué , et tous ceux enfin dont parlent les anciens historiens , tant sacrés que profanes , et dont Hérodote, Pausanias et Pline , disent qu'ils ont vu dans un lieu de l'Egypte , appelé Litris , un grand nombre de squelettes qu'on voyait à découvert, et dont les os qui étaient rangés sur la terre chacun à sa place, tels qu'ils sont dans l'habitude du corps humain , étaient d'une grandeur démesurée.

Ce fut dans ces temps, dis-je, qu'on vit s'élever la tour de Babel, le colosse de Rhodes, cette foule d'obélisques qui couvraient l'Egypte et la Lybie (sic) , toutes ces villes et ces temples si magnifiques que le temps a détruits, parce qu'ils étaient l'ouvrage d'une puissance secondaire de géans, naturels, matériels, tandis que les Pyramides ont été l'ouvrage des néphilim , ou géans d'une substance spirituelle.

Cette première période, depuis la création jusqu'au déluge, a dû être et a été en effet la plus fatale au genre humain, parce que les esprits, malins, jouissant de toute l'étendue de leur puissance, ont dû employer tous les moyens possibles pour tenter, séduire, et pervertir une créature que l'éternel s'était plu à former, et pour l'entraîner dans leur propre chute»

A l’époque Devismes se prévalait d’un traité de l’Egyptien Ibn al-ʿAfīf, Murtaḍá ibn Ḥātim ibn al-Musallam (1154-1237) qui avait été publié en France au XVIIe siècle, sur les savoirs positifs et ésotériques que recelaient les pyramides. Le fait que cet aristocrate musicographe directeur de l’opéra de Paris, qui confessait s’être entretenu en juillet 1785 avec le célèbre occultiste Cagliostro des pouvoirs magiques des pyramides  ait à ce point devancé les débats actuels est frappant et confirme aussi que, même en milieu catholique au XVIIIe siècle, les thèses qui voulaient "désenchanter" Genèse 6:1-4 en soutenant soit, dans la lignée de Saint Augustin, que les "Fils de Dieu" n'étaient pas des anges, soit que les nephilim n'étaient pas des géants étaient loin d'être hégémoniques.

Lire la suite

"L'erreur des religions païennes" de Firmicus Maternus

25 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Notes de lecture

Parmi mes dettes à l'égard de Clinton Arnold, je reconnais qu'il m'a fait découvrir à travers ses conférences Julius Firmicus Maternus, auteur romain en 348 de notre ère (entre la mort de Constantin et le règne de Julien l'Apostat) d'un traité intitulé par les Belles Lettres "L'erreur des religions païennes" - Wikipedia préfère Traité de la fausseté des religions profanes (De errore profanarum religionum).

Arnold s'intéressait à Firmicus parce qu'il a d'abord trempé dans l'astrologie avant de se repentir et devenir chrétien. Il avait en effet publié vers 340 un traité d'astrologie, la "Mathésis" ou Livre des Mathématiques qui synthétisait diverses sources anciennes. Robert Turcan (1929-2018), professeur à Lyon III, dans son introduction à l'édition de 2002 aux Belles Lettres estime que l'auteur n'a pas dû être un très bon astrologue car il compilait dans un style verbeux des textes de l'Egypte ptolémaïque un peu daté  (mais n'est ce pas un préjugé de ponte académique contemporain pour qui la qualité d'un savoir suppose qu'il se situe à la pointe de la recherche contemporaine ?). Pour lui il s'agirait d'un avocat, probablement devenu chef de bureau de l'administration impériale grâce au futur consul Lollianus Mavortius dans les années 330 (ce qui lui permit d'étudier l'astrologie), décurion local en Sicile, qui a pu accéder au rang sénatorial en fin de vie. 

Ses hommages au néo-platonicien Porphyre situaient sa Mathesis dans cette école. Quand il a écrit ce traité, comme les néo-platoniciens de son temps il tenait l'astrologie pour une science noble qui permettait d'adorer les dieux supérieurs, au dessus des rituels magiques populaires. L'astrologie était pour lui une technique d'adoration qui impliquait de la part de celui qui s'y adonnait probité et ascèse (on est loin de l'éthique des voyants actuels).

Turcan estime que, dès lors qu'à la mort de Constantin en 317, ses successeurs ont été des contempteurs plus radicaux du paganisme (notamment contre la magie et la divination) son implication dans l'astrologie, même si elle était très légitimiste à l'égard de l'empereur et très tournée vers les sphères "élevées" de l'hénothéisme, a pu paraître suspecte (raison pour laquelle l'accession de son protecteur Mavortius au consulat a été retardée), sa conversion au christianisme serait un acte bassement intéressé. Firmicus, écrit Turcan (p. 21), "n'avait rien, semble-t-il, d'un homme indépendant, tenace et courageux. Au travers de l'emphase et des redondances affectées, la Mathesis nous révèle un auteur mal assuré de sa position dans le monde et qui cherche un peu trop l'ostentation et le pouvoir" (mais n'est(ce pas à mettre au compte de ses erreurs de jeunesse ?). Ce "rhéteur peureux, impressionnable, soucieux d'appuis puissants" aurait voulu "ménager les susceptibilités de Constant et de Constance II, lorsque la loi de 341 fit éclater contre les païens un bruit d'orage".

Voilà un réquisitoire bien sévère de la part d'un universitaire dont le seul mérite (en fait de courage) aura été de cultiver tranquillement sa carrière, à l'ombre des potentats locaux de l'institution qu'il servait, comme on le fait dans toutes les facultés... Mais bon, il est vrai que dans la même veine le philologue belge Franz Cumont au XIXe siècle le traitait de "pédant borné". Peut-être y a t il derrière ce mépris pour Firmicus Maternus un préjugé anti-chrétien, quand, au contraire, la Bibliographie catholique jugeait le traité sur les religions profanes "pas indigne de figurer à côté des chefs d'oeuvres épistolaires et dogmatiques du grand évêque saint Cyprien".

"De errore" parut entre 343 et 350 et fut imprimé pour la première fois en Allemagne en 1559 à partir d'un manuscrit retrouvé en Westphalie (le seul dont on dispose) par l'historien protestant d'Istrie Flacius Illyricus. Conrad Bursian le retrouva à la bibliothèque vaticane en 1856 et le réédita.

Venons en au contenu du livre. On comprend que beaucoup de commentateurs athées de notre époque n'y voient qu'une polémique stérile de plus contre le paganisme, comme celles qu'ont lancées bien des saints ou des rhéteurs célèbres comme Tertullien.J'y trouve pourtant quelque parenté avec des sujets de réflexion de ce blog, à commencer par le fait que le paganisme soit rattaché aux stoicheia : chaque religion profane est soumise à un élément naturel, nous dit l'auteur. En Egypte on vénère l'eau, les Phrygiens (Galates) adorent la Terre, les Assyriens et une partie des Africains idolâtrent l'air sous le nom de Junon ou de Venus "vierge". Les Perses "et tous les mages" vénèrent le feu.

Et tout cela est tourné vers la mort. On se scarifie pour Osiris dont on cherche le corps déchiqueté alors qu'il existe un tombeau du dieu au corps calciné en Egypte, au lieu de se tourner vers le vrai Sauveur. En Phrygie, on partage le sort d'Attis acculé à l'émasculation (rappelez vous l'allusion de Paul dans la Lettre aux Galates) puis à la mort par Cybèle, et l'on porte son deuil autour de son tombeau. Dans les deux cas Firmicus Maternus dénonce l'identification artificielle de ces deuils au cycle naturel des moissons et de la germination.

Dans le culte de l'air, il critique l'idéal d'androgynie (condamné par la Bible) des prêtres qui se maquillent et invoquent des démons avec des voix féminines pour être possédés, des hommes qui se prostituent comme des femmes. 

Pour les Perses, Firmicus Maternus raille leur culte de la femme aux trois visages enserrée dans des lacs de monstrueux serpents. Pour Attilio Mastrocinque, dans The Mysteries of Mithra : A different account p. 123, il s'agit d'un des mystères de ce culte en vogue à l'époque dans l'armée romaine. Puis il manque des pages et l'auteur latin ensuite s'en prend à la division de l'âme dans le culte de Mithra.

Dans les cultes de Liber et Libera, on vénère aussi des morts puisqu'on célèbre le meurtre de l'enfant Liber déchiqueté par les sbires de Junon : en souvenir de cela, les Crétois déchirent avec leurs dents un taureau symbolisant le bambin (p. 90). Firmicus Maternus lui trouve un homonyme et équivalent en la personne d'un tyran de Thèbes vaincu par Lycurgue (peut-être une synthèse de l'épopée de Dionysos, Lycurgue roi des Edoniens et Penthée de Thèbes). Le culte de Perséphone aussi, pour l'auteur, n'est qu'une affaire de crimes humains puisque Pluton est un riche paysan qui enlève Proserpine fille de Cérès qui n'est elle-même que la femme d'Henna (une ville de Sicile). "La frivolité des Grecs aime à donner le titre de dieux à ceux qui leur ont rendu quelque service" - si bien que les Crétois adorent le tombeau d'un mort : Jupiter - on sait combien ce fait avéré fascina Nietzsche (p. 95).

L'identification de ces êtres aux astres - Liber au soleil et Proserpine à la lune - est plus absurde encore à ses yeux et ridiculise ceux-ci.

Puis dans un style très rhétorique digne des plaidoiries, l'auteur s'en prend aux traditions locales de renom : Cyniras de Chypre prostituait pour un as sa maîtresse dans le temple de Vénus à Paphos (c'est la version que Clément d'Alexandrie avait répandue dans les années 200 d'un des mythes sur la fondation de Paphos). On fait glisser un serpent le long d'un sein dans le culte phrygien ou thrace de Zeus Sabazios ("le tonnant"). Le culte des corybantes célèbre le meurtre, celui de Jupiter ou d'Apollon l'adultère. Celui de Sérapis, explique Firmicus Maternus, en Egypte, fut à l'origine celui de Joseph de la Bible, intendant du Pharaon, qui avait rendu me pays prospère et que les Egyptiens ont nommé ainsi parce qu'il était descendant de Sara, la femme d'Abraham. Les sacrifices de bétail dans ce culte aujourd'hui nourrissent des démons - l'auteur se réfère alors au passage du Livre des oracles de Porphyre (qu'il qualifie de "defensor sacrorum, hostis dei, ueritatis inimicus, sceleratarum artium magister) qui décrit un "Serapis" qui entre par le corps d'un homme et parle par sa bouche (une canalisation) (p. 106). Au passage Firmicus Maternus relève l'humiliation pour un dieu de pouvoir ainsi parler sur commande.

Les pénates, eux, ont été inventés par ceux qui ne vivent que pour boire et manger, pour déifier la nourriture, contre le commandement de Jésus Christ qui objecte à Satan que l'homme ne vit pas que de pain. Vesta, ce n'est que la déesse du feu domestique, au service duquel on devrait préposer des cuisinier et non des jeunes filles vierges dont on humilie ainsi la virginité (et dont beaucoup se prostituent). Le palladium, statue d'Athèna, est fait des os de Pélops tué par le brigand scythe Abaris qui le vendit aux Troyens. En le vénérant les hommes adorent les os d'un criminel. Si la statue a résisté aux incendies de Troie par les Grecs et de Rome par les Gaulois, elle le doit à l'action des hommes et non à ses pouvoirs magiques. Firmicus Maternus appelle d'ailleurs à la brûler maintenant (Matth 13:40). La tradition retient cinq Minerves. Celle qu'on nomma Pallas fut une femme qui tua son père Titanis (p. 111). Les temples ne sot que des cimetières, estime l'auteur, où l'on ne célèbre que les dépouulles de criminels.

Il exhorte les "très saints empereurs" à les détruire. "Ces pratiques, on doit les supprimer radicalement et les anéantir" et prendre un édit contre elles (amputada sunt haec, penitus atque delenda et seuerissimis edictorum uestrorum legibus corrigenda). Beaucoup tiennent à ces traditions et "aspirent à leur propre ruine avec une ardeur passionnée", "délivrez les, lance-t-il aux empereurs, car ils sont à la mort". C'est pour traiter cette gangrène que les souverains ont reçu la direction de l'Empire." Mieux vaut délivrer ces gens malgré eux que les laisser se perdre volontairement" car "lorsqu'un état pathologique a pris possession de l'organisme humain, le patient réclame pour son malheur ce qui va à l'encontre de sa guérison" (p. 113). Plus loin l'auteur mobilisera l'Ancien Testament pour appeler à détruire les idoles (p. 147-148).

Je passe dans ce compte-rendu les dernières pages du livre qui détaillent encore d'autres usages cultuels, avec les statues, les arbres, etc auxquels Firmicus Maternus oppose des extraits de la Bible, au nom d'une promesse plus haute faite à l'humanité, promesse de vie et d'éternité.

Evidemment un chrétien de nos jours ne peut que donner raison à l'auteur (alors qu'au contraire, bien sûr, tous les rationalistes anti-chrétiens blâment son intolérance et son incompréhension des soi-disant "connaissances anthropologiques" que l'athéisme contemporain a glissé dans nos veines). C'est un tableau très poignant et spirituellement juste que ce rhéteur du Bas Empire nous livre de la morbidité profonde du paganisme antique, et un contrepoint très utile à cette espèce d'idéalisation du monde païen pré-chrétien qu'on trouve sous la plume d'un Paul Veyne ou d'un Jerphagnon. La morbidité de l'époque actuelle, fille du désespoir dans lequel elle vit de n'avoir plus aucun accès possible (ou de croire ne plus avoir d'accès possible) à la Nouvelle Jérusalem, rend hommage à celle d'autrefois en la parant de lumières artificielles. Même si, sans doute ,ses thèses sur l'origine humaine des dieux païens sont historiquement fausses, son analyse de la noirceur des cultes qui leur étaient rendus est juste, et la lecture de Firmicus Maternus est ainsi bien utile pour démystifier les idées fausses que l'enseignement soi-disant laïque a mis dans nos têtes à ce sujet.

 

Lire la suite

La "Lettre aux Ephésiens" et les pouvoirs occultes

20 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme, #Notes de lecture

On a déjà cité ici Clinton Arnold à propos de la Lettre de Paul aux Galates et des fameuses "stoicheia" dont je parle beaucoup sur ce blog depuis deux mois.

J'ai reçu aujourd'hui la thèse de cet auteur sur la Lettre aux Ephésiens, thèse qu'il a soutenue en 1986 dans une université chrétienne d'Aberdeen, et publiée en 1989 sous le titre "Power and magic, The concept of Power in Ephesians". Un sujet qui concerne, comme on va le voir, les pouvoirs occultes.

Les mots sur ces pouvoirs occultes sont très concentrés dans cette lettre sous divers vocalobles : iskhus, kratos, exousia, dunamis ou energeia (deux termes qui évoquent les forces et énergies, ce qui devrait nous faire craindre un peu les "énergies subtiles" que les yogis, et adeptes des sagesses médecines douces prétendent manipuler impunément). Ces mots sont opposés au pouvoir cosmique du Christ. Arnold essaie de comprendre  les préoccupations historiques auxquelles ce propos répondait en son temps.

L'exégèse historique admet que le texte s'adressaient à plusieurs églises d'Asie mineure occidentale et non seulement une église spécidique d'Ephèse. Cette ville de 250 000 habitants à l'époque avait été pendant 2 ans et demi un centre de prédication important pour Paul.

Pendant longtemps les historiens se sont demandés si cette lettre n'était pas inspirée par une forme d'hérésie gnostique locale inspirée par le manichéisme iranien (le grand combat des forces du Bien contre celles du Mal). Mais la Gnose est apparue plus tard, d'ailleurs avec un fort contenu juif après la chute du Temple, si bien que cela militerait pour une datation tardive (postérieure à 70) du texte et il est vrai que des manichéens ultérieurement (notamment le manuscrit de Nag Hammadi l'Hypostase des Archontes) ont beaucoup cité Ephésiens 6:12 "Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants (/esprits du mal) dans les lieux célestes." Arnold estime qu'il a pu exister des formes de proto-gnosticisme juif qui ont influencé Paul, mais il s'intéresse davantage au contexte de magie qui caractérisait Ephèse et sa région à ce moment-là.

Metzger a insisté sur le fait qu'Ephèse était la ville la plus infestée de sorcellerie de tout l'empire romain. Les "lettres éphésiennes" (ephesia grammata) étaient des formules rituelles magiques (à base de six mots liés à Artémis) citées par Clément d'Alexandrie, Hesychius, mais aussi une tablette crétoise du IVe siècle av JC. Anaxilas le Comique (IVe s av JC) en son poème "Le fabriquant de harpes" cité par Athénée de Naucratis décrit ainsi le philosophe Anaxarchos d'Abdère : "Huilant sa peau avec des onguents jaunes, étalant ses délicates chlamydes, traînant ses pieds dans de fins escarpins, mâchant des oignons, dévorant des morceaux de fromage, gobant des œufs, mangeant des bigorneaux, buvant du vin de Chios, et, c'est le comble, portant sur des pièces d'étoffes cousues les jolies lettres d'Éphèse" - Arnold traduit par "jolis charmes d'Ephèse", puisqu'on utilisait ces mots comme des formules apotropaïque (un combattant à Olympie les avait inscrites sur ses chevilles, et selon Plutarque les mages exorcisaient les possédés en faisant réciter les mots de ces lettres. On connaît la magie de l'époque à travers des papyrus d'Egypte et le Testament de Salomon. Rappelons qu'en 13 av JC Auguste avait fait brûler 2 000 rouleaux de parchemins à finalité magique selon Suétone.

La peur du royaume des démons était une raison majeure de l'usage de la magie : dans les papyrus égyptiens de ce temps on invoque contre les démons des dieux grecs comme Kronos, Zeus, Aphrodite, égyptiens comme Osiris, Isis, Serapis et même des noms du Dieu des Juifs (p. 18). L'Artemis d'Ephèse (affublée des titres de sauveuse/soteira, seigneur/kuriar, et reine du Cosmos/basileis kosmon) joue aussi un rôle très important dans les protections surnaturelles. Comme Isis dans l'Ane d'Or d'Apulée (qui d'ailleurs l'assimile explicitement à l'Artémis d'Ephèse comme à l'Aphrodite de Paphos), elle a un pouvoir au dessus du destin qui se manifeste par son collier représentant les signes du Zofiaque qu'elle maîtrise (une gemme magique trouvée près de Paris elle est représentée avec le soleil et la lune, ce qui en fait une divinité astrale). Les Ephesia Grammata selon Pausanias étaient écrites mais de façon illisible sur les pieds, la ceinture et la couronne de la déesse. Elle est reine du monde souterrain et ses seins avaient aussi une fonction magique, comme souvent les organes sexuels dans l'Antiquité (cf Lichtenecker).

Les Actes apocryphes de Jean identifient clairement Artemis à un démon, et ce n'est pas un hasard si un des rares exorcismes des Actes des Apôtres se passe à Ephèse. On a retrouvé des papyrus chrétiens invoquant la vierge Marie, Sabaoth et Salomon pour "lier le scorpion Artemis".

La vision paulinienne des "pouvoirs" que le Chrétien doit affronter a fait débat. Le vocabulaire (le mot arkhè) emprunte à l'esprit juif de l'époque. Le mot dunamis se réfère aux anges dans l'ancien testament, tout comme kuristès (ennemis) (p. 54).

Les versets "1. 20. Cette puissance, il l'a déployée en Christ quand il l'a ressuscité et l'a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, 21 au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute souveraineté et de tout nom qui peut être nommé, non seulement dans le monde présent, mais encore dans le monde à venir." montrent une suprématie sur les noms d'entités invoqués dans les rituels magiques. En écho à Psaume 110 " Yahweh a dit à mon Seigneur: "Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds."

La référence à la descente de Jésus sous Terre (Ephes 4:9) peut rassurer ceux qui craignent les puissances de l'Hadès. La description de Satan comme "le prince de la puissance de l'air " en 2:2 est commune à l'époque. Les papyrus magiques parlent beaucoup des esprits de l'air. A plusieurs reprises (notamment les prières de l'épître) le pouvoir de Dieu est placé au dessus de celui de ces forces des Ténèbres (p. 72). Arnold analyse en quels termes ce pouvoir est décrit par Paul.

Au total j'ai été un peu déçu par ce livre qui enfonce beaucoup de portes ouvertes, et paraphrase souvent le texte de Paul en ne donnant que quelques éléments sur le contexte culturel des mots choisis. C'est beaucoup moins impressionnant que les trouvailles faites par Kevin von Duuglas-Ittu dans son cocktail sur la "Lettre aux Galates" élaboré sur la base des travaux d'Arnold et de Susan Elliott. L'idée que la soumission au Nomos juif et païen vous asservit aux stoicheia du zodiaque et des éléments naturels était quand même plus contre-intuitive que celle selon laquelle les puissances auxquelles Saint Paul oppose la suprématie du Christ sont (en partie) les sortilèges magiques liés à l'Artémison d'Ephèse.

Je retiens cependant deux points importants : 1) le nom de Jésus comme nom au dessus des noms devient quelque chose de très concret quand on comprend l'usage des noms dans la magie ésotérique (notamment dans les Ephesia Grammata) 2) le fameux "tu marcheras sur le lion et sur l'aspic" du Psaume 91 ne désigne pas une marche horizontale mais une ascension : le lion et l'aspic deviennent l'escabeau du chrétien.

Lire la suite

"Fulcanelli, Commandeur du Temple" de Roger Facon

9 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Médiums, #Notes de lecture

Il y a quelques années, je me suis penché sur les alchimistes  du début du XXe siècle Jollivet-Castellot (le socialiste), et le célèbre Fulcanelli (que j'ai cité entre autres pour ses travaux sur le verre égyptien à propos des remarques de Jonathan Black sur le christianisme).

Roger Facon (policier à la retraite, né en 1950) qui dit être l'arrière petit fils (par sa grand mère paternelle) d'un proche de Fulcanelli (1839-1953), Léon Patin (1868-1941) a publié en 2017 aux éditions de l'Oeil du Sphynx un ouvrage qui, s'il est véridique, au moins partiellement, peut s'avérer riche en enseignements sur l'histoire de l'occultisme français depuis cent ans : " "Fulcanelli, Commandeur du Temple".

Dans ce livre témoignage, qui emprunte beaucoup à ses archives familiales, l'auteur plonge tout d'abord le lecteur dans ce monde d'alchimistes d'extrême-gauche, qui se déploie de Bruxelles à Montmartre en passant par Douai dans les années 1900. Un groupe d'adeptes du "grand oeuvre" s'était fixé à la fin du XIXe siècle à Bruxelles dans un hôtel particulier où se retrouvaient notamment le célèbre Fulcanelli, Roger Schneider (1866-1932) verrier anarcho-syndicaliste (et adjoint syndical de Delzant qui influencera René Viviani quand il sera ministre du travail), et Léon Patin.

Patin travaillait en lien avec ce groupe avec une médium (sa maîtresse) Alfonsine Thomassin, à la fabrication d'un miroir et d'attaches alchimiques au contact de l'entité "Keish", vizir du pharaon Djéser, également lié à l'Atlantide. Sa materia prima (base de son travail) était de la fulgurite. Patin est maître mineur (porion) à Saint Roch de Monchecourt, près de Douai où vit Jollivet Castelot, fils de diplomate et fondateur de la Société alchimique de France, et d'Aniche, cité du verre et du charbon, fief syndical de Schneider, où ils participent à des séances de spiritisme rue Gibour, sous la houlette du docteur Caffeau et d'Alphonsine Thomassin, dont la soeur Jeanne est aussi médium. Un premier miroir pour communiquer avec l'au-delà voit le jour en juin 1901, un second en juin 1902.

Le docteur Caffeau voit régulièrement Fulcanelli à Paris au restaurant le Chat noir dont le patron a fondé la revue du même nom dont on a déjà parlé à propos de Charles Cros. Schneider et Fulcanelli se voient à Bruxelles.

Jeanne Thomassin a des visions terribles de sang et de destruction à propos d'Aniche dans les années 1900-1910. C'est un avant-goût de la première guerre mondiale. La femme de Jollivet Castellot, Angèle ("Léonie" dans le roman qu'il a écrit) qui fait des décorporations a les mêmes. Thomassin en 1895 a  la révélation de l'entité "Le Scribe" (un proche d'Imhotep) que la partie de malheur qui concerne Aniche est liée à la présence d'une momie maléfique qui de son vivant à Memphis faisait de la magie noire et se trouverait enterrée au cimetière d'Aniche.

En 1899, Schneider construit en utilisant la numérologie avec ses camarades une maison du peuple rue de la Pyramide à Aniche. Sa façade avec deux pointes de pignon se termine par deux pyramides inspirées des maisons alchimiques de la Grande Place de Bruxelles. Selon Facon, c'est un contrepoint à l'influence néfaste de la momie du cimetière et, d'ailleurs, la maison du peuple tiendra debout pendant la Grande Guerre.

Toujours selon Facon, Fulcanelli sait que les malheurs de l'Europe sont liés à l'Egypte. Quand, lorsque le Directoire a lancé l'expédition d'Egypte en 1797, les tombeaux de ce pays ont été ouverts, "une masse considérable de 'doubles' de magiciens noirs a fondu sur l'Europe" (p. 25). "Des Ames noires ont quitté les zones astrales appelées, par les religions établies, 'Enfers' pour incorporer une infinité d'enveloppes humaines". Tous les milieux, même les cercles dirigeants, ont été touchés. "Jeanne Thomassin, plongée dans le sommeil magnétique par le docteur Caffeau", a vu des hordes de 'doubles' fondre sur Paris, Lyon, Marseille. Elle a identifié dans les miroirs alchimiques de Patin des "maisons noires" dans le processus d'aimantation des "doubles" où l'on faisait de la magie noire avec les cheveux, les morceaux d'ongles des gens, les chapelles, certaines forêts etc où se fixent les ondes des opérateurs des maisons noires.

Lyon a été attaquée par les hordes, mais elle a aussi une "maison blanche" selon les séances d'Alphonsine Thomassin. Selon Louis Charpentier ("Les Géants et le mystère des origines" paru en 1969). Lyon est en soi une entité ésotérique qui a une face partiellement ésotérique. Carpentier parle de l'influence d'un égrégore d'Osiris qui a peut-être, avance Facon, été à l'origine des "maisons blanches" vues par Alphonsine Thomassin.

Grâce à son préfacier Eugène Canseliet, on sait que Fulcanelli (qu'il a rencontré à Marseille en 1915), affirme Bacon, fréquentait le célèbre Anatole France et Viviani (avant le ralliement de ce dernier au parti de la guerre). Pierre Dujols journaliste marseillais qui tint une grande librairie occultiste rue de Rennes à Paris lui donna des documents pour écrire son "Mystère des cathédrales". Sa femme était médium et originaire d'Hennebont, en Bretagne. Par lui on sait que l'abbé du monastère de ce bourg, qui fut voisin au XIIe siècle, d'une commanderie templière, lui donna une bague templière. Facon se demande quel rôle Dujols et sa femme ont joué dans cette transmission, et si celle-ci n'a pas fait de Fulcanelli un commandeur honoraire d'Hennebont (p. 41).

Le soir de la Pentecôte 1936, jour où le président du conseil Blum faillit être lynché par la foule boulevard Saint Germain, selon la grand mère paternelle de l'auteur, Léon Pantin fut adoubé par Fulcanelli dans la chapelle souterraine de la commanderie du Temple à Paris dans un hôtel particulier du Marais. Sa grand mère le lui apprit pour son vingt deuxième anniversaire mais lui interdit d'en parler avant 2014 pour des raisons numérologiques. L'auteur a alors adhéré au mouvement rosicrucien AMORC (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix) fondé à Toulouse en 1915 par l'Américain Spencer Lewis et où Jollivet-Castelot fut influent.

Dans l'attente de pouvoir divulguer ses secrets sur les alchimistes du Nord-Pas-de-Calais du début du siècle et sur Fulcanelli, Facon a enquêté avec le rosicrucien de gauche Jean-Marie Parent, fils de cheminot de Malincourt attiré par l'occultisme après a lecture de Pauwells et de Sède, sur le rosicrucien conservateur Raymond Bernard, grand maître de l'AMORC en 1972, et franc-maçon en Italie, qui fut initié d'après un témoignage rosicrucien d'Emmanuel David, par des sorciers au Bénin en 1979 (sous les auspices du dieu-égrégore Seth estime Facon) (p. 47). Il polémiquera notamment avec lui dans les années 1990 sur son rôle dans la création de l'Ordre rénové du Temple (à l'origine de de l'Ordre du temple solaire et de ses massacres qui firent en leur temps la "une" des journaux). Bernard a reçu ordre du nommé "Cardinal Blanc" en Italie de recréer l'ordre du Temple qu'il confiera à un ancien membre de la Gestapo. Facon lui oppose la légitimité de la restauration templière enclenchée par Jean-Marie Parent avec le Cercle d'Héliopolis en 1976 à laquelle il a collaboré. C'est au nom de cet héritage que dans les années 1990 il s'exprime dans les médias contre les fondateurs de l'Ordre du temple solaire et les massacres qu'ils occasionnent.

Facon est convaincu que Fulcanelli a découvert la pierre philosophale en 1930, et que, devenu immortel, avec Saint Germain, il est "un des 144 chevaliers du Temple qu'abrite l'Hexagone" (p. 68). Il a un pied aux Etats-Unis : il aurait proposé, en 1945 ou avant, à l'anarchiste occultiste Marcel Dana (un neveu de la grand mère de l'auteur) de travailler aux Etats-Unis, dans l'Etat de New-York, comme chef du service des expéditions dans une petite verrerie, propriété d'un membre de la belle-famille de Fulcanelli (p. 98). Selon Facon, Fulcanelli est aussi le mystérieux maître alchimiste qu'aurait rencontré Bergier par l'intermédiaire d'André Helbronner (Pauwells en parle dans Le Matin des Magiciens).

Dana, résistant, fut chargé "par Fulcanelli" de réorganiser la maçonnerie égyptienne, et de "traiter" Lydie Bastien la médium maléfique qui joua un rôle dans l'arrestation de Jean Moulin, ainsi que son comparse Alexandre Rouhier patron des éditions Véga et adepte de la magie noire (dans le cercle de Robert Ambelain et Gaston Sauvage).

Fin 1945, affirme Roger Facon sur la base des confidences de sa grand-mère à qui Mana en a parlé, de riches dames occultistes d'Auteuil, sous la direction de Lydie Bastien, ont reçu des attaches maléfiques d'Inde qui circulent dans les parages de l'église Ste Merry (dans le 4e arrondissement de Paris). Ce sont des boîtes de plomb fabriquées des organes de jeunes filles pubères et de petits garçons spécialement consacrés dans des rituels de pleine lune à des endroits choisis de l'Hexagone. Marcel Dana allait mourir d'une maladie mystérieuse peu de temps après avoir découvert leur existence.

A sa mort, le lillois Valentin Bresle ami de Salengro prit la tête du petit réseau de renseignement qu'il avait fondé. Il s'intéressa à l'infiltration des surréalistes par Lydie Bastien par l'intermédiaire de l'ex-séminariste Gengenbach. Bresle compte parmi ses informateurs l'astrologue numérologue du ministère de l'intérieur Roger Wybot qui protégea Lydie Bastien de l'épuration et en fit un agent à sa propre solde sans en informer Bresle selon l'enquête de Parent (p. 123). Wybot l'informa notamment sur les réseaux sionistes parisiens dont il était sympathisant. Il fut le fondateur de la direction de la Surveillance du territoire (DST).

Bresle, selon Parent, faisait de l'invocation d'entités séraphiques. Lydie Bastien, quant à elle, dans les années 60 achète des bars à Paris, et, rosicrucienne, et dit servir des maîtres tibétains de l'Agartha (le royaume souterraine) qui depuis la soi-disant entrée dans l'ère du Verseau veulent secouer les structures du monde. A cette fin, elle séduit les banquiers et les grands de ce monde. Pierre Péan dans "La diabolique de Caluire" a recueilli les confidences de Louise d'Hour, actrice des films de vampires de Jean Rollin, qui chantait au Boucanier, le bar-discothèque que possédait Lydie Bastien à Montparnasse, rue Jules Chaplain, laquelle raconte comment la médium achetait la bienveillance des policiers ripoux de Paris. Selon elle, Lydie Bastien lui aurait demandé de trouver huit personnes "pour constituer un gouvernement cosmique" et aurait été mêlée aussi à une opération de la CIA pour déstabiliser De Gaulle en mai 1968.

Pour finir, Facon revient sur l'Ordre rénové du Temple tandis qu'à la mort de Bresle en 1978 "Fulcanelli" aurait nommé Parent à la tête de la "jurande" qui lui est restée fidèle à Paris (celle qui suit la voie alchimique du verre), et sur une mise en parallèle entre les initiatives positives de René Guénon pour enterrer en Egypte des attaches maléfiques révélées par les "fours à étoiles" (miroirs) de Fulcanelli, tandis que Schwaller de Lubicz installés à Louksor avec sa femme en 1938 s'efforçaient au contraire de les renforcer treize années durant, magie contre magie...

Un esprit rationaliste, ou même divers courants monothéistes anti-alchimiques, mettront en doute la foi de Facon dans l'éternité de Fulcanelli et dans la réalité des dons et des entités qui agissent tout au long de son récit. Les partisans des maîtres occultistes (notamment rosicruciens) que l'auteur  attaque dénonceront dans ses "révélations" un tissu de mensonge destiné à seulement mettre en valeur le petit groupe auquel lui-même se rattachait, sans que l'historien puisse faire la part du vrai et du faux (puisque les preuves écrites documentaires sont nécessairement rares). Pour autant, le chercheur en histoire secrète trouvera dans ce livre un éclairage intéressant sur les rivalités dans le monde de l'occulte, avec cette construction originale d'une défense d'un courant opératif, la "voie du verre", de gauche, revendiquant une inspiration spirituelle d'un haut niveau (d'un niveau séraphique) face à ce qu'elle perçoit comme une corruption de l'héritage templier dans des voies théoriques inspirées par le dieu néfaste "Seth", à la recherche du pouvoir, de la guerre, et de l'exploitation du monde. 

Nul doute aussi que les affirmations de Facon sur ce qu'il présente comme une version française de l'AMORC qui puiserait ses sources à la magie noire (notamment africaine, avec la connexion politique avec la Françafrique, le Service d'Action Civique etc) gagneraient à être mises en regard avec les recherches d'un Bill Cooper (1943-2001) sur le rosicrucisme américain au XXe siècle (et sa fusion avec les "Illuminati") à l'origine de beaucoup de spéculations en ce moment sur Hollywood, les milieux bancaires, et ceux du renseignement outre-atlantique, au service d'une compréhension plus large des visions complotistes du monde qu'elles peuvent nourrir.

Lire la suite

"On the Path of the Immortals" de Thomas Horn et Cris Putnam

4 Août 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Notes de lecture

Je voudrais dire un mot du livre de Putnam et Horn, publié en 2015 "On the Path of the Immortal" qui rend compte de leur enquête sur les portails censés ouvrir sur d'autres dimensions de l'espace-temps par où peuvent pénétrer des entités. Ce livre, qui n'a pas porté chance à Putnam décédé deux ans plus tard d'un arrêt cardiaque assez mystérieux à 51 ans, abordait cette question délicate d'un point de vue chrétien en capitalisant sur le succès de leurs deux ouvrages de 2012, Petrus Romanus, qui aurait prophétisé la démission de Benoît XVI, et Exo-Vaticana, sur l'implication du Vatican dans l'observatoire Lucifer en Arizona, censé préparer le "baptême" des entités extra-terrestres.

L'ouvrage constitue un apport intéressant à la réflexion sur ces thèmes controversés. Les  remarques angéologiques du premier chapitre par exemple permettent de fixer quelques concepts. En hébreux, notent les auteurs, ange (malak) est une fonction : messager. Le psaume 148 qui dit Louez-le, vous tous ses anges! Louez-le, vous toutes ses armées! parle des malakim (anges) et pour les armées (tsaba). Contrairement à ce qu'indiquent Kenneth Boa et Robert Bowman dans "Sense and nonsense about angels and demons" les anges peuvent être masculins (Daniel 10:5) féminins (Zacc 5:9) et contrairement à ce qu'écrit St Thomas d'Aquin sur la base de la physique aristotélicienne, ils ne sont pas aériens (certains mangent Genese 18:1-8). Venir d'une autre dimension ne signifie pas être aérien : voir le cas du corps de Jésus ressuscité, ou l'apparition d'un objet. La Bible ne donne pas assez d'informations pour qu'on puisse poser dogmatiquement que ces êtres immortels sont purement aériens. Isaïe 6:2 décrit aussi les séraphins, qui sont des serpents à plume. Daniel 4:17 parle des veillants, ceux qui veillent (watchers). Dans Jubilee 3:15 et 1 Enoch 1-36 ils séduisent les femmes humaines. Un manuscrit de la Mer morte décrit le père de Moïse voyant un Veillant reptilien. Les chérubins gardiens des trônes sont des chimères, équivalents des sphynx, selon la description d'Ezechiel 1:6.

Le Nachash (le "brillant" selon Michael Heiser et non le serpent) est un Cerub (chérubin) qui veut s'unir à la femme dans le jardin d'Eden (comme les deux cherubim dans le Zohar Hadash., puis il est réduit à manger la poussière Dans Isaie 14:11 il est descendu au sheol, dans Ezechiel 28 il est jeté au sol.

Les auteurs rappellent que Lewis Carroll a popularisé le portail vers d'autres dimensions à travers le miroir. Il se trouve dans la bible aussi. Jacob déclare que Bethel est la porte des cieux  (Genèse 28:17) et Jésus est la porte (Jean 10 9), ce qu'a matérialisé l'architecture des cathédrales médiévales. Babylone (Bab-Ilu) en akkadien c'est la porte de Dieu. Les vedas identifient des portails cosmiques (nakshatras) dans les constellations , la Mer du diable au Japon entre Iwo Jima et l'île Marcus, la forêt d'Aokigahara au pied du mont Fuji sont aussi des portes de l'Hadès. Sedona en Arizona est connue pour ses vortex. Le pasteur Larry Gray en 1966 vit un géant ailé de deux mètres qu'il identifia comme le diable ou un immortel à Point Pleasant (Virginie occidentale - voir le livre de John A Keel sur ce thème).  Putman a enquêté au musée de Point Pleasant. Il a vu (p. 19) que le Herald Dispatch du 16 mars 1967 a rendu compte d'une vague (flap) d'Ovnis, ce qui a pris fin avec l'effondrement du Silver Bridge (46 morts) . Keel estime que chaque Etat américain aurait deux à dix portails. La San Luis Valley dans le Colorado est aussi un site d'Ovnis, d'apparition de fantômes, est mutilations de troupeaux. Putman en recense quelques autres (le ranch Skinwalker, la réserve indienne Yakima, Big Thicket, le triangle de Bridgewater, le triangle de Bennington, le Great Serpent Mound.

Satan n'a pas été chassé du Ciel et ses troupes d'immortels combattront dans Armagueddon (Joel 2:5 et Amos 7:1), affirment les auteurs qui soulignent que Walter Martin a rapproché la venue des Ovnis de la prophétie de Jésus dans Luc 21:26 : "les hommes rendant l'âme de terreur dans l'attente de ce qui surviendra pour la terre"/"things which are coming on the earth" - cette idée de survenance sur la Terre renvoie à la notion d'une cause extraterrestre. Quand Apocalypse 9:2 parle du puits sans fond qui s'ouvrira à la 5e trompette qui pourrait aussi être un vortex de passage des extraterrestres.

Les apaches de la tribu San Carlos ont fait un procès à la Nasa et au Vatican pour empêcher la construction de l'observatoire Lucifer sur le Mont Graham (Zil Nchaa Si An). Ils ont dans leur mythologie un dieu créateur, un dragon trompeur, un déluge, et des géants détruits par Dieu. Pour eux le Mont Graham est un portail céleste. Après la publication de Exo-Vaticana en 2013, Putman a été incité à enquêter davantage auprès des Apaches. L'entreprise fut compromise à plusieurs reprises pour Putnam mais Horn a pu enquêter chez les Navajos des montagnes de La Plata (p. 42) Il y vit avec son équipe les ruines d'une forteresse des Anasazis dans le parc national de Mesa Verde et interrogea un homme médecine conteur navajo ouvert au christianisme, Don Mose Jr. Velui-ci dévia de son discours habituel pour touristes. Par exemple quand au lieu de dire que les Anasazis étaient devenus les actuels Pueblo comme cela se dit d'habitude, il admit qu'ils avaient disparu après être passés sous le "mind control" d'un serpent carnivore. Il approuva aussi Horn quand il évoqua le fait que les Apaches avaient parlé de géants cannibales détruits par le déluge. p. 56 Quant à Putnam, sa rencontre (retranscrite in extenso verbatim) avec une diplômée qui se disait "juive messianique" en réalité adepte du New Age,semblait bien connaître le patron de la NASA et prétendait pouvoir inviter des Ovnis sur commande, elle vaut son pesant d'or pour connaître les milieux occultistes qui gravitent autour de Sedona.

Pour Horn et Putnam par les portails sacrés des Indiens comme par ceux qu'essaie de créer le Centre européen d'études nucléaires passeront à la fin des temps, des démons, les Fils de Dieu, mais aussi leurs enfants les Géants.

Le livre toutefois suscite des réserves même dans les milieux religieux. Ainsi théologiquement il n'est pas très correct qu'il se réfère au livre d'Hénoch, au Zohar et autres hérésies, ce qui fait un peu désordre pour des analystes qui se disent chrétien. Comme le rappelle ici le pasteur Gene Kim, les anges féminins en Zaccharie 5 sont des démons et non des anges - la confusion sur de tels sujets n'est pas très bon signe.

Lire la suite

"Le Christ autrement" du père François Brune

1 Juillet 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Notes de lecture, #Médiums

Le père François Brune était un prêtre catholique (converti dans ses vieux jours à l'orthodoxie) connu pour s'être intéressé aux phénomènes paranormaux et manifestations surnaturelles comme le spiritisme, les décorporations, le Suaire de Turin ou les apparitions mariales. J'avais notamment apprécié en 2016 la lecture de son livre sur Notre Dame de Guadalajara. Ayant appris son décès en janvier dernier, après une conversation avec un ancien camarade de Sciences Po converti à l'orthodoxie, j'ai décidé de parcourir l'ouvrage de cet auteur publié aux éditions du Temps Présent en 2010 "Le Christ autrement, Le vrai sens de sa passion".

Tout d'abord, disons le, l'humilité n'est pas la caractéristique première de ce livre. "L'Eglise pensait avoir trouvé la raison de la mort, a priori si déconcertante du Fils de Dieu parmi nous, écrit-il dans l'introduction. Elle avait développé à ce sujet toute une théorie à laquelle elle croyait et qu'elle enseignait depuis 2 000 ans. Depuis quelque temps elle s'est rendu compte que cette théorie n'était pas défendable. Mais, du coup, elle ne sait quel sens donner à la Passion du Christ, c'est bien pourquoi elle est en pleine crise. Je voudrais dans ce livre, vous montrer que l'Eglise d'Occident s'est trompée de clef, qu'elle n'a pas découvert la vraie raison de cette mort aussi étrange, mais qu'il n'y a pas de raison pour autant de remettre en question le témoignage des apôtres". Se placer d'emblée au dessus d'une tradition de 2 000  ans qui compte en son sein des esprits aussi brillants que Saint Augustin ou Saint Thomas d'Aquin (il ira même plus loin jusqu'à qualifier St Augustin de stupide), il fallait oser le faire... peut-être l'enthousiasme juvénile (d'un septuagénaire pourtant) du nouveau converti à l'orthodoxie... Mais bon, passons ce détail peut-être  imputable à un trop grand empressement à exposer la tradition "alternative" orientale à laquelle au moment où il écrivait le livre il était sur le point de se convertir ...

Aux réflexions de St Augustin sur les bébés morts sans baptême desquelles l'Eglise dériva que ceux-ci seraient voués aux limbes, un endroit qui ne serait ni paradis ni enfer, ce qui nourrit des millions d'angoisses pour ces nourrissons, Brune oppose la sagesse de l'orthodoxe Nicolas Cabasias et des coptes pour qui l'amour de Dieu pour ces petites créatures a remplacé le rituel baptismal. Devant la question épineuse de savoir qui sera voué à l'Enfer, l'auteur expose les variations de l'Eglise sur ce thème d'un siècle à l'autre.

S'appuyant sur cette fragilité des doctrines, Brune dénonce la conception de la Passion comme sacrifice expiatoire qui a prévalu en Occident après Tertullien. St Grégoire de Nazianze, rappelle-t-il, en Orient mettait en doute le fait qu'un sacrifice ait pu satisfaire le Père et rétablir ainsi un justice (p. 32). Il critique aussi la tendance contemporaine (par exemple chez F. Lenoir) à ne faire de Jésus qu'un modèle d'amour sans interroger ce qui s'est vraiment passé sur la Croix.

Pour tenter de comprendre, justement, ce qui s'est vraiment passé là, Brune (p. 71, il faut hélas attendre le chapitre 4 pour enfin entrer dans le vif du sujet) part de la théorie des champs morphiques de Sheldrake, à laquelle j'ai été pour ma part personnellement introduit par la voyante bouddhiste Maud Kristen en 2015. 

Il y a, rappelle le prêtre, cette théorie des particules non-séparables vue par Einstein des 1927 et qui implique l'existence de champs de forces invisibles. Rupert Sheldrake a développé sa théorie des champs morphiques sur les corps qui, placés dans des fréquences vibratoires proches, peuvent entrer en résonance, ce qui permet d'expliquer pas exemple qu'à un certain moment des mésanges dans divers pays d'Europe se soient mises à percer les opercules bouteilles de lait au même moment (voir aussi ce que j'ai dit du perroquet d'Aimée Morgana en juin 2015). François Brune se démarquait de la vision de Dieu panthéiste de Sheldrake, mais trouvait que sa théorie de l'information permettait de comprendre notamment comment on peut "capter" des vies que l'on croit antérieures.

Comme il l'a fait dans diverses interviews sur You Tube, le père Brune n'hésite pas à s'appuyer sur des paroles d'entités de l'au-delà perçues par des voies voisines du spiritisme. Ainsi Pierre Monnier, jeune officier tombé pendant la Grande Guerre, qui communiqua avec sa mère (une protestante fervente) par l'écriture automatique entre 1918 et 1937 qui lui parla des ondes émises par le regard et par la pensée et qui produisent des entités spirituelles, positives ou négatives. L'entité de Roland de Jouvenel, mort en 1946 à moins de 15 ans, délivra un message semblable (p. 84). L'ange qui parla par la voix de la jeune Hanna à Gitta Malasz et à son amie juive Lili en Hongrie en 1943 leur expliqua que les victimes des guerres absorbent les forces négatives, ce que dit aussi Roland Jouvenel dans un message de 1948. Le conflit local est l'abcès par où se déverse le sang qui permettra au reste de l'humanité de conserver la paix.

Pour les besoins de la démonstration, le père Brune esquisse à ce stade un détour par les analyses des ufologues. Jean Sider (dans Ovnis, Dossier diabolique, JMG 2003), avance que des entités se nourrissent de nos émotions. L'enquêtrice Barbara Bartholic, le jésuite Salvador Freixedo abondent aussi dans ce sens. L'auteur détaille les phénomènes de guérison à distance, de torsion de cueillères, de transmission transgénérationnelle de traumas, puis s'attarde sur les découvertes sur les théories quantiques sur les hologrammes holochrones (David Bohm, Olivier Costa de Beauregard, Jack Sarfatti), et l'idée que "tous les systèmes de conscience, indépendamment de leur localisation spatio-temporelle par rapport à l'appareillage expérimental, contribuent à l'ensemble du potentiel quantique ressenti par les photons ou les électrons individuels". La notion de système de conscience pouvant s'appliquer à chaque particule.

Passons rapidement sur les chapitres 5 et 6. Le premier, sur les forces des Ténèbres, est assez intéressants pour les gens qui ignorent tout du satanisme, avec notamment des éléments sur Staline et Hitler que moi-même je ne connaissais pas. Il a le tort selon moi de ne pas aborder la question du satanisme planétaire de nos élites, mais ce point aveugle du livre s'explique peut-être par les biais spirituels du père Brune, j'y reviendrai. Le chapitre 6 sur les anges, et notamment sur les anges gardiens et les expériences qu'ont eues avec eux diverses personnes est intéressant, quoiqu'insuffisamment critique selon moi à l'égard du Nouvel Age - il fait vaguement référence aux spéculations faites sur leur compte dans cette mouvance, mais il devrait selon moi pousser le soupçon aussi loin que la chantre de l'angéologie New Age le fit, à savoir Doreen Virtue, après sa conversion chrétienne, dans ses divers actes de repentance sur Internet. Là encore la tiédeur du père Brune, qui se pique de mépriser le fondamentalisme chrétien (trop littéraliste à son goût) autant que le matérialisme athée a peut-être sa racine dans un biais spirituel... Il y a eu des messages étonnants par le biais de médiums comme par exemple celui du jeune fils décédé d'un architecte italien qui dit avoir tenté de limiter les effets d'un projet de cambriolage de ses parents en s'introduisant dans l'esprit des voleurs, ce qui suggère une action des "chers trépassés" complémentaire de celle des anges.

Pour cerner ce qui s'est joué dans la Passion du Christ en ses chapitres 7 et 8 François Brune va s'attarder sur les expériences des mystiques à qui il a été demandé par leur souffrance de participer à cette Passion. "La sainteté ne consiste pas à dire de belles choses, elle ne consiste même pas à les penser, à les sentir, elle consiste à bien vouloir souffrir" (Ste Thérèse de Lisieux). Tout en regrettant que les saints aient adopté comme les théologiens occidentaux le langage juridique de la réparation et de l'expiation, Brune veut voir dans cette souffrance un phénomène quantique qui ne vise pas à restaurer l'honneur de Dieu sali par le péché originel mais renouveler à distance les âmes des autres, celles des morts et des vivants dans l'hologramme holochrone. Le phénomène des stigmates, dont Brune affirme qu'ils sont propres à l'Eglise d'Occident et tous postérieurs à St François d'Assise, intéresse notamment par le défi qu'il pose aux lois de la pesanteur (puisque le sang coule toujours dans le même sens, quelle que soit la position membres). A partir du cas de Marie de Jésus crucifié , l'auteur estime que la souffrance oblige l'individu à se sauver par l'amour plutôt que de sombrer dans la révolte ou le désespoir. Il y a aussi celles qui sont des victimes sacrificielles comme les 16 carmélites de Compiègne en 1794, la carmélite Edith Stein, les amies de Gitta Malasz, les 8 000 catholiques de Nagasaki.

Parce qu'il habite en nous, comme on habite en lui, Jésus a connu les effets du péché, même s'il n'en a pas lui-même commis, disait la mystique Adrienne von Speyr qui avait reçu le don d'éprouver le vécu des saints. Jésus sur la croix a rendu son esprit au Père pour ne plus être qu'obéissance, au point qu'il ne ressent même plus la validation du Père. Il est à fond dans l'humanité et Dieu l'y laisse pour réaliser jusqu'au bout l'Incarnation. Beaucoup de Saints ont aussi connu cette séparation (déréliction). Le père Brune les cite. Pour lui, cette gamme de souffrances par où est passé Jésus et qu'ont vécues les mystiques est ce qui fait du christianisme la religion qui va à l'essence la plus profonde du sens de la vie en s'adressant aussi bien au coeur qu'à l'esprit, là où toutes les autres s'en tiennent à des considérations purement intellectuelles. Il y a dans le christianisme une doctrine de la souffrance purificatrice, qui fait qu'on ne peut pas rechercher la souffrance pour elle-même, mais qu'il faut accepter celle que Dieu veut nous attribuer car elle correspond à ce que nous pouvons porter, et Christ viendra nous aider à la porter.

Le père Brune finalement conclut sur cette grandeur de l'amour né de la souffrance en communion et "interpénétration par hologramme" avec la figure du Christ, en condamnant au passage le bouddhisme qui, en refusant la souffrance, inhibe aussi l'amour.

Au bout du compte, le livre de Brune m'inspire assez peu de désaccord. A mon avis il pâtit de deux insuffisances seulement : tout d'abord une trop forte volonté de s'opposer à l'Establishment catholique, qui fait qu'il  ne prend pas seulement ses distances avec Augustin ou Thomas d'Aquin (dont il ose dire p. 242 qu'il "a été assez vite oublié", comme si le doctor angelicus n'avait pas fondé la scolastique !), il s'affranchit aussi du vocabulaire biblique : p. 261 par exemple il fait comme si l'expression "colère de Dieu" était du 18e siècle ! On comprend qu'il s'agit d'un effet malheureux du trop grand attachement de l'auteur à l'Eglise de Rome dont il a été prêtre pendant des décennies. Il me semble que l'indifférence à l'égard de la structure cléricale est meilleure conseillère, l'Eglise véritable étant une réalité mystique.

La deuxième insuffisance, plus problématique, et qui, là, pour le coup, constitue à mes yeux un véritable biais, est l'absence de référence à l'eschatologie. Il semble qu'il manque un livre à la Bible du père Brune, et c'est l'Apocalypse. Du coup il n'interroge pas suffisamment la nature antéchristique de notre époque, et donc il ne situe pas l'intérêt des "signes" que nous offrent les mystiques (voire parfois les adeptes de l'écriture automatique) par rapport à ce contexte luciférien. Or, parfois, cet intérêt est des plus suspects. Le Christ avait lui-même condamné très fermement une génération "avide de signes".

Le Nouveau Testament promet beaucoup de signes et de révélations à l'approche du règne de l'Antéchrist, mais uniquement pour autant que cela servira aux Chrétiens pour le combattre. Cela ne signifie pas qu'il faut aller les rechercher avec une curiosité malsaine (et toute la fascination à laquelle cela peut conduire au détriment du logos !).

N'y a t il pas eu de la part du père Brune une trop grande gourmandise à l'égard des signes, qui l'a fait un peu trop "courir" après le paranormal - là où, à l'opposé, l'Eglise officielle dans ses excès de routine terne versait dans le péché opposé du rationalisme ? Une soif qui l'a peut-être fait manquer le côté diabolique de beaucoup de signes, y compris parfois dans le discours des plus grands mystiques ? J'observe qu'à côté des mots "Apocalypse" et "fin des temps", l'autre terme qui manque au livre du père Brune est le mot "discernement" (par exemple l'expérience des anges de Gitta Mallasz évoque plus celle de l'astrologue Christian Duval que la notion d'ange gardien, voir ci dessous : c'est en fait du pur New Age !). Et c'est un reproche qui est aussi souvent adressé à l'Eglise orthodoxe qu'il admire.

Enfin reste une ultime question : est-ce qu'adopter le vocabulaire para-scientifique cher au New Age des quanta, des hologrammes, des énergies, apporte vraiment une plus value par rapport au vocabulaire traditionnel de l'expiation, de la sanctification, de la communion ? Y a-t-il plus de clarté à employer les termes du monde ? Ceux-ci ont le double inconvénient à mes yeux de rester imprécis, flous, tout en donnant l'illusion de mettre un peu à la portée de l'intelligence humaine ce qui, de toute façon, est censé la dépasser. Au pire cela vient cautionner la possibilité de dialogue avec des courants mystiques athées comme le néo-shivaïsme d'un Deepak Chopra, qui ont en fait aussi peu de rapports avec la spiritualité chrétienne qu'en avait, comme le disait en son temps St Augustin, le manichéisme. Et donc cela rabaisse, qu'on le veuille ou non, la force de la révélation chrétienne. L'apostasie sémantique se paie toujours car elle fait glisser sur la pente de l'hérésie. Quand on dit que le monde est un hologramme holochrone où toutes les époques se concentrent et se renvoient les unes aux autres, ne nie-t-on pas la possibilité d'une fin des temps comme on le disait plus haut ? Dieu est hors du temps (tout en étant dedans) c'est entendu, ne serait-ce que parce qu'étant dans tous les points de l'espace, il vit toutes les époques en même temps. Mais pas l'humain : il ne peut pas se "hisser" à la hauteur de cet étrange " hologramme" "sub specia aeternitatis"..

Le livre de François Brune comme le reste de son oeuvre a le mérite de faire voyager dans des pans mystiques du christianisme que le Vatican a eu le grand tort d'enterrer, mais cette démarche a ses limites si elle ne garde pas un fort ancrage scripturaire biblique, et ne s'accompagne pas d'une forte vigilance à l'égard des écarts lucifériens toujours possibles.

----

Philippiens 3:10 : "Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort"

Lire la suite

"Astrologie et religion au Moyen-Age" de Denis Labouré

22 Mars 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Christianisme, #Alchimie, #Notes de lecture

Un certain fondamentalisme chrétien, qui a eu des antécédents dans l’histoire, tend de nos jours à diaboliser l’astrologie comme pratique divinatoire occultiste. C’est une opinion que combat Denis Labouré, astrologue chrétien, titulaire d’un master de théologie qui, dans un récent essai historique très approfondi, propose une interrogation nouvelle sur l’articulation entre la «science» de la lecture des astres et la foi en la toute puissance divine.

Pour les Pères de l’Eglise, nous dit Denis Labouré, «le monde est un miroir dans lequel Dieu se fait contempler (…) chaque chose est un signe où Dieu se fait connaître à nous». Certes Ignace d’Antioche, Justin, Tertullien et Saint Augustin ont milité contre la divination par les astres, mais Isidore de Séville, en s’appuyant sur le précédent biblique des rois mages, a ouvert la voie à une astrologie qui, sans voir dans la position des étoiles et des planètes une cause de l’histoire humaine, l’analyse comme une série de signes que Dieu envoie aux hommes pour les éclairer sur leur condition.

Rien de mieux, pour convaincre le lecteur, que d’examiner dans une perspective historique, la période faste de l’astrologie chrétienne que l’auteur situe au Moyen-Age, plus précisément entre le XIIe et le XIVe siècles. Denis Labouré retrace précisément la généalogie de cette astrologie occidentale, à travers les auteurs indiens, babyloniens et perses. Il montre comment l’arabe Albumasar (787-886) synthétisa ces traditions et, par ses seuls travaux sur les astres, initia à l’aristotélisme de grands penseurs français ultérieurs comme Thierry de Chartres ou Guillaume de Conches.

La suite de l'article est ici.

Lire la suite

"Le christianisme aux trois premiers siècles" de Jean-Henri Merle d’Aubigné (1794-1872)

21 Novembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Notes de lecture

Je lisais ce matin "Le christianisme aux trois premiers siècles" du pasteur suisse protestant Jean-Henri Merle d’Aubigné (1794-1872). Le début du livre est très tributaire de l'historiographie de son époque, et partage les mêmes simplifications du regard catholique : à la fin de la République romaine le polythéisme était usé jusqu'à la corde, la philosophie trop élitiste et sans prise sur la vie même des penseurs (voir Sénèque) ne pouvait lui offrir d'alternative, bien qu'elle eut donné quelques notions d'élévation morale. Il se détache du catholicisme après avoir parlé de la grandeur des apôtres. Pour lui le christianisme sombre avec les pères de l'Eglise quand il cherche à devenir religion d'Etat, c'est-à-dire, religion à rompre le rapport individuel de la conscience à Dieu.

D'autres ouvrages protestants recensés ici. Pour lui la persécution des martyrs est l'essence du paganisme (et c'est pourquoi le catholicisme eut tort de se faire persécuteur - d'Aubigné a aussi écrit de belles pages sur le supplice d'Hamilton en Ecosse -dans Ecosse, Suisse,Genève ch V, et sur le côté persécuteur du catholicisme "à la française" à Londres sous Charles Ier). En ce qui concerne les hérésies, pour lui Simon le Magicien est un précurseur des nicolaïtes condamnés par l'Apocalypse, mais il voit aussi des ferments d'hérésie aussi dans l'ascétisme dans l'épître aux Colossiens de Paul. pour d'Aubigné les ébionites sont une hérésie judaïsante et le gnosticisme une hérésie orientalisante, un "dualisme par émanation" qui postule une démiurge mauvaise émanation de Dieu et auteur de la matière renversé par un Christ immatériel (un "Eon"). Les premiers pères apostoliques (Clément Romain, Ignace, Polycarpe, Barnabas, Hermas, Papias) sont des auteurs naïfs. L'école philosophique d'Alexandrie et du Maghreb ne viendra que plus tard. déjà Clément d'Alexandrie reparle de "mériter par la charité" et oublie la doctrine paulinienne de la grâce. Ignace après lui est dans la soif sacrificielle très différente du langage de Paul (Clément d'Alexandrie et Cyprien condamnent cet empressement en expliquant qu'un chrétien qui choisit le martyr se précipite sans attendre que Dieu l'y appelle) et défend une soumission aux évêques. Polycarpe cite plus le Nouveau testament, mais lui aussi abandonne la justification par la foi. Hermas introduit la pénitence organisé et la casuistique. La tradition commence à supplanter la parole (p. 120).

Dans les persécutions antichrétiennes il y a la violence, le dénigrement gratuit. Et puis cette opposition de l'école platonicienne d'Alexandrie. Certains platoniciens comme Justin et Clément sont devenus chrétiens, mais l'école d'Alexandrie les détesta, parce qu'elle était proche d'eux, comme les jansénistes détestèrent les protestants parce qu'ils leur ressemblaient. Celse avec son Discours Véritable vers 150 est de ceux là. Attaquant la religion avec des arguments confus et absurdes, il essaie de faire voir dans le paganisme quelque chose de sublime et de pur, dissimulant les histoires scabreuses des dieux et les pratiques douteuses. Hélas le XVIIIe siècle allait les réhabiliter, par exemple Voltaire faisant l'apologie de l'empereur qu'ils façonnèrent : Julien (p. 185). Lucien est plus sceptique sur les vertus du paganisme, meilleur connaisseur du christianisme, mais sa raillerie des martyrs semble empêtré dans la maladresse. "c'est une coutume diabolique de faire de l'antiquité un argument en faveur du mensonge ; les voleurs et les adultères pourraient aussi se targuer de leur antiquité" (Augustin, Questions sur l'Anc. et le Nouv. testament) Les païens sont sur l'oreiller de paresse qui les décharge du devoir d'examen devant lequel les pères de l'Eglise mettent les chrétiens en les exhortant à lire les textes (par exemple Chrysostome ou Cyprien p. 198). Les pères qui raillent les décrets du Sénat portant les empereurs au Ciel sont aux antipodes du l'éloge des saints divinisés dans le Génie du christianisme de Châteaubriand. Minutius Félix refuse les images. Pour Origène les temples sont nos corps, où chacun oeuvre comme un Phidias. Point de temple dans la Jérusalem céleste (Apoc 21:22).

Le christianisme d'Orient était intellectuel comme celui d'Occident était pratique, comme au 19e siècle la dualité entre l'Allemagne et l'Angleterre (p. 214). Origène qui avait le tort d'être trop ascétique se distingua par son goût de l'Ecriture (il corrigea beaucoup la Bible altérée) et son assistance aux martyrs. Il fut excommunié pour sa croyance en une vie antérieure dans le ciel (et une vie postérieure dans d'autres dimensions, toutes marquées par la chute). Au IIIe siècle se développe le catholicisme en lieu et place de l'évangélisme. Ce n'est pas encore le papisme. Face aux hérésies, les formes et les lois (l'adoration des lieux et des hiérarchies) supplantent l'esprit. Cyprien de Carthage est à la fois un chrétien léger et un prêtre ascétique lourd (traditionaliste, sacramentaliste. Dans l'église aussi il y a la démocratie (le presbytérisme), l'aristocratie (l'épiscopat) et la monarchie (la papauté). A l'époque de Cyprien, ce fut la lutte entre les deux premières formes, avant que le procurateur romain ne lui coupe la tête.

Le livre de d'Aubigné est très subtil et agréable à lire et je le recommande aux internautes oisifs.

Lire la suite

"Les sociétés secrètes érotiques" de Gisèle Laurent

29 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Nudité-Pudeur en Europe, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Anthropologie du corps, #Histoire secrète

Un livre étrange d'une auteure dont Internet ne dit rien (on sait juste que Christophe Bourseiller l'a citée dans "Les forcenés du désir" en 2000). Publié en 1961 aux éditions Éditions De La Pensée Moderne, en 1961 en Algérie. En voici un résumé.

L'auteure détaille sur la base d'un témoignage autochtone et de celui d'Evola les rituels sexuels des Khlystis dont Raspoutine fut un initié errant (stranniki), les rituels de Raspoutine décrits par Vera Alexandrovna Choukovskaïa dans ses Mémoires, leur transposition en 1936-37 rue de Vavin à Paris par la comtesse de Naglowska disciple du staretz Tsarkoïe-Selo (c'est sans doute une erreur de plume de l'auteure car c'est là le nom de la résidence des tsars) ointe par les mariavites polonais(*) (la Messe d'Or, la "pendaison sacrée" aux origines sibériennes qui toutefois n'aurait été réellement mise en oeuvre que par Gustav Meyrinck à Prague), les rituels du groupe Kymris du belge Clément de Saint-Marcq au 27 rue Bleue, ceux du frère Michael à Sèvres disciple du Bogomile naturiste bulgare Peter Deunov (de l'ermitage d'Izgrev) (**). Puis elle fait un flash back sur le XVIIIe siècle : les messes noires de Lauzun, la tentative de conception d'un homoncule par Casanova avec la marquise d'Urfé (Mémoires T. VI ch VII), les messes noires de convulsionnaires ou "béguins" sur la tombe du diacre janséniste Pâris au cimetière St Médard jusqu'aux années 1850. Les orgies de la secte des Ansarieh près de Lattaquié en Syrie dans les années 1920, les rituels shivaïtes de Kanda-Swany décrits par Louis Jacolliot à la fin de 19e s, l'hiérodulie des sanctuaires de Kamashka et Shiroba dans l'enclave de Goa, le tantrisme "de la main gauche" des yogi, l'initiation des mao-mao via la sorcellerie sexuelle au Kenya dans les années 50, les pratiques sexuelles rosicruciennes du 17e siècle révélées dans "Le comte de Gabalis" par Nicolas Montfaucon de Villars. L'excision, la ganza africine, le vaudou et le macumba sont aussi abordés dans le livre.

Gisèle Laurent cite aussi l'Eulis Brotherhood fondée par le "mage mulâtre" Paschal Beverley Randolph, ami d'Alexandre Dumas, formé dans les hauts grades de la Hermetic Botherhood of Luxor et auteur d'une "Magia sexualis" en 1872, trois ans avant sa mort violente et mystérieuse. Elle termine son livre sur les sorcières de Salem et le sabbat des sorcières vu par Margaret Murray comme un simple culte de la fécondité et ses survivances sur l'île de Man et dans les Highlands (pour elle, elles s'accompagneraient de pratiques plus choquantes que e qu'en dit Gardner).

Le livre est assez superficiel. On dirait un petit reportage pour épicer l'imagination du lectorat bourgeois de l'époque. Mais c'est sans doute une photographie exacte des "topoi", des points incontournables des références habituelles dans les années 1960 sur le mysticisme sexuel.

----

(*) Les mariavites,condamnés par le Vatican en 1904 mais soutenus par l'occupant russe, étaient une secte quiétiste vouée à la mortification, dirigée par la visionnaire Falicia (Félicité) Kozlowska, tertiaire franciscaine à Plozk, violente à l'égard des prêtres catholiques mais tolérante envers les autres religions dans les écoles qu'ils administraient. Ils communiaient avec des petits papiers à l'effigie de Marie et prônaient la chasteté comme les manichéens. Ils ordonnaient des femmes, et, après la mort de Felicia Kozlowska en 1921, ils vénérèrent sa présence réelle dans l'hostie. L'archevêque Jean Kowalski qui avait pris l'ascendant sur la visionnaire de son vivant et, après sa mort, imposa le mariage mystique entre religieux arrangé par les chefs, et, au profit des hauts dignitaires, une polygamie, transformant le monastère de Plozk en harem personnel. Cela leur valut de rompre avec les vieux catholiques en 1924 après une rencontre entre Kennick et Kowalski à Berne. Les effectifs de la secte fondirent de quelques centaines de milliers avant guerre à moins de cent mille, et Kowalski fut condamné pour atteinte aux bonnes moeurs sur des mineures en 1928 (il ne purgea que 2 ans et 8 mois puis fut amnistié).

(**) Voir le reportage que lui consacre Paris-Soir en 1943.

Lire la suite
1 2 3 4 > >>