Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #christianisme tag

Bruno Gröning dévoyé ?

6 Juillet 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Anthropologie du corps, #Christianisme

Vous vous souvenez peut-être qu'en mars 2020 je vous avais livré un compte-rendu d'entretien avec une responsable du Cercle Bruno Gröning en France. Le 6 juin dernier j'ai eu une conversation téléphonique de plus de deux heures avec une lectrice de ce blog de 47 ans qui avait un témoignage intéressant à fournir sur le sujet. Comme j'avais insisté dans mon billet sur le côté "New Age" des cercles B. Gröning, elle a tenu à souligner que Gröning, lui, s'en référait à Jésus, non pas le "maître ascensionné" des new-agers, mais le vrai "fils de Dieu", et elle a attiré mon attention sur une vidéo d'un certain Thomas Busse, disciple de cette mouvance, qui racontait comment la famille du maître avait systématiquement gommé les références chrétiennes de Gröning, y compris le crucifix qu'il portait au cou, pour donner une portée universelle à son culte, et notamment ne pas heurter les sensibilités en Israël où le cercle a aussi une antenne.

On peut remarquer d'ailleurs que cette dame avait aussi eu une expérience forte avec le martinisme et les fidèles de Maître Philippe de Lyon, qu'elle connaissait beaucoup de choses sur l'alchimie, le reiki et la Sainte Baume, et qu'elle avait une dette spirituelle à l'égard de Saint Païssios, ce qui en faisait sur bien des points une interlocutrice idéale pour moi à la confluence de nombreuses recherches qui me tenaient à coeur. N'était que, dotée de dons spirites de naissance (dont elle avait fait preuve notamment quand elle avait travaillé comme archéologue), frappée d'une maladie neurologique grave due à des antibiotiques et amplifiés par une piqûre de guêpe à l'Assomption de 2016, elle développait une sorte de méfiance généralisée (avec toutes les inspirations invisibles qui vont avec) qui ne permettait pas un dialogue fructueux. J'ai trouvé personnellement utile son insistance sur le christianisme de Gröning et sur la nécessité qu'il y avait de se demander "pourquoi l'apparition de ce guérisseur à grande échelle dans l'Allemagne terriblement meurtrie de l'après-guerre?".

Je sais qu'il y a parfois des entrelacements complexes entre le christianisme et diverses formes de magnétisme, de médiumnité, voire de spiritisme. A preuve cet épisode étrange de la rencontre du Padre Pio avec la médium spirite Madame Bouvier évoqué par le spirite Reynald Roussel (j'ai eu d'ailleurs un échange de courriel avec lui dans lequel il me confirme avoir eu la preuve de la rencontre, mais pas évidemment du contenu des propos tenus). Il me trotte dans l'esprit que peut-être (je l'avance avec beaucoup de prudence) les guérisseurs, comme d'ailleurs les spirites, peuvent être des sortes d' "antichambres" de la vraie foi, et, dans cette mesure, ne doivent pas être totalement condamnés ; qu'il faudrait peut-être simplement inciter leurs clients à "passer à autre chose", franchir un pallier au dessus, avant que cela ne les tire plus bas. La lectrice du blog reconnaissait que, quand bien même elle restituait à Gröning sa dimension chrétienne, elle reconnaissait que le principe même de l'adhésion aux cercles orientait plus vers le culte de Gröning lui-même que vers l'adhésion à Jésus-Christ. J'ajouterais pour ma part que le fait que les cercles acceptent des dons (ce que par exemple Saint Païssios, lui, refusait) ou qu'ils promeuvent l'enlacement des arbres n'est pas très bon signe non plus. On conçoit que quand on a une maladie grave et que les prières ne servent à rien, on finisse par se tourner vers des guérisseurs. C'est d'une certaine façon ce que j'ai fait en 2014. Cependant, avec le recul, j'inciterais plutôt tout un chacun, pour se guérir, à surtout se repentir de ses péchés, et notamment des péchés instillés par la culture du monde actuel (par sa musique par exemple, par ses médias etc), apprendre à mortifier sa chair, à reprendre une place humble dans une Eglise (protestante, orthodoxe, catholique), mener une vie de famille ordinaire et scrupuleuse (éventuellement même se livrer à des activités manuelles comme le préconise St Paul), respecter le décalogue, plutôt que d'aller chercher des secours "magnétiques" ou "spirites" dont le contenu reste suspect.

Lire la suite

Saint-Maximin, Vézelay et le chef de Marie-Madeleine

5 Juillet 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume, #Histoire secrète, #Christianisme

Lacordaire, dans son Sainte Marie-Madeleine, raconte comment le chevalier Charles d'Anjou, neveu de Saint-Louis, (futur Charles II encore jeune prince de Salerne)  dévot de Marie-Madeleine, reçut de Dieu l'inspiration de faire ouvrir une tranchée dans la vieille basilique de St Maximin, au pied du massif de la Sainte Baume, s'employa lui-même à creuser avec les ouvriers et trouva le 9 décembre 1279 des reliques. Neuf jours plus tard il faisait rompre les sceaux du sarcophage et y trouva un parchemin portant cette inscription : "L'an de la nativité du Seigneur 710, le sixième jour du mois de décembre, sous le règne d'Eudes, très pieux roi des Français, au temps des ravages de la perfide nation des Sarrasins, le corps de la très-chère et vénérable Marie-Madeleine a été très-secrètement et pendant la nuit transféré de son sépulcre d'albâtre dans celui-ci, qui est de marbre, et d'où l'on a retiré le corps de Sidoine, afin qu'il y soit plus caché et à l'abri de ladite perfide nation."

"Une troisième fois, écrit Lacordaire, en présence d'une illustre et nombreuse assemblée, le prince de Salerne fit ouvrir le monument qui avait été scellé, et dont les sceaux furent reconnus intacts. Le chef de la sainte était entier, sauf l'os maxillaire inférieur, qui manquait; la langue subsistait, desséchée mais inhérente au palais; les membres ne présentaient à l'œil que des ossements dépouillés de leur chair, mais un parfum suave enveloppait ces restes rendus à la lumière du jour et à la piété des âmes."

Cette version sur la découverte du "chef" de Marie-Magdeleine (sa tête) ne fait pas l'unanimité et d'ailleurs Lacordaire le rappelle : le corps de la sainte a disparu au temps des croisades, et une rumeur dit qu’il se trouve à l’abbaye de Vézelay en Bourgogne, fondée par Gérard de Roussillon, comte et gouverneur de Provence (au IXe siècle). Lacordaire raconte l’effet de la bulle de Pascal II en 1203 qui autorisa le pèlerinage à Vézelay. « Ce fut un mouvement dont il est difficile de se faire une idée. On eut dit que toute la France courait à Vézelay, et ce lieu devint si grand dans l'opinion et la piété publiques, que Louis VII s'y rendit avec saint Bernard en 1147 pour y prêcher la seconde croisade. » (p. 186). La troisième y fut aussi préparée par Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion  en 1190. Mais, nous dit Lacordaire, le sire de Joinville (1224-1317), biographe de Saint Louis, le grand roi, sut rectifier l’erreur au retour de sa croisade, et discerna que les reliques étaient non à Vézelay mais encore à Saint-Maximin. En tout cas, les dominicains n'en ont pas douté, et en 1297, deux ans après l’installation des Prêcheurs à Saint-Maximin, l’Ordre, qui accordait dans sa liturgie une place exceptionnelle au culte de Marie-Madeleine, en élevant la fête de la sainte au plus haut degré de solennité, le même que pour les apôtres Pierre et Paul ou pour Jean-Baptiste, et chargeant le maître de l’Ordre de doter la messe d’une séquence appropriée, En 1297 enfin, deux ans après l’installation des Prêcheurs à Saint-Maximin, le chapitre général de l’Ordre accordait dans sa liturgie une place exceptionnelle au culte de Marie-Madeleine, le chapitre général élevant la fête de la sainte au plus haut degré de solennité, le même que pour les apôtres Pierre et Paul ou pour Jean-Baptiste, et chargeant le maître de l’Ordre de doter la messe d’une séquence appropriée, prescrivait de supprimer partout, dans la sixième lecture des matines, la mention relative à Vézelay.

J'ai raconté dans mon livre sur les médiums le rapport surnaturel que j'ai eu en 2014-2015 à la Sainte Baume. Or j'ai rencontré il y a trois semaines une femme "psychothérapeute" (en fait très branchée "développement personnel" et commerce avec les entités obscures sous des dehors très généreux) qui a eu, elle, un rapport intéressant à Vézelay où vivait sa grand-mère pendant son enfance. Une expérience teintée de spiritisme, à l'égard duquel, vous le savez, je reste très méfiant...

J'étais à deux doigts de me rendre à Vézelay aujourd'hui mais me suis ravisé quand j'ai appris que la gare se trouvait à 10 km de la basilique Sainte Marie-Madeleine. A défaut, j'ai commandé le livre de Jean-François Lecompte, "Vézelay une église guerrière", mais l'ouvrage est assez hélas mauvais. Il enfonce beaucoup de portes ouvertes du genre "la spiritualité est un combat", et comporte beaucoup d'hypothèses gratuites et d'approximations dans le style "il y avait une déesse égyptienne qui avait la forme d'un scorpion, en fait ce n'est pas un scorpion mais cela pourrait en être un etc", tout cela dans le but unique (très "new age") de rattacher la foi catholique aux antécédents païens (parce que Vézelay serait situé sur une colline "du scorpion"), ce qui au passage permet d'égyptianiser Marie-Madeleine et d'en faire l'auteur de la résurrection de Jésus (comme le terrible "Manuscrit de Marie-Madeleine", hélas en vente dans la librairie de la Sainte-Baume). D'ailleurs le livre renvoie à la "spirale de Lug" que Charpentier a identifiée dans notre bonne vieille Gaule à coup d'étymologies douteuses (j'en avais déjà dit bien du mal ici). Qui se ressemble s'assemble... L'auteur glisse bizarrement Léon Bloy au milieu de tout cela, ce qui encouragera peut-être certains à taxer l'auteur de "L'âme de Napoléon" de luciférisme... Je garde quand même de ce bouquin l'enseignement selon lequel au Moyen-Age les pèlerins partaient pour Compostelle soit à la Saint-Jacques, soit à la Sainte Marie-Madeleine... Ce qui laisse entendre tout de même que cette sainte avait une importance majeure, et, comme Saint-Christophe, un rapport spécial aux pèlerinages, dont l'analyse (si on la fait rigoureusement) pourrait peut-être révéler quelque vérité secrète importante...

Lire la suite

La maison de Marie à Lorette

22 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète

Ma grand mère paternelle, Candelaria Planchat Monterde (1910-1998) eut pour arrière grand-père dans sa branche paternelle un certain Pedro Aguilar Antolin, né à Castelseras (Aragon) en 1819, décédé moine dans un couvent franciscain dans les années 1880 après avoir eu quinze enfants. En 2016 j'ai parlé de lui sur ce blog et j'ai cité ce passage de ses brèves mémoires : "Le 11 août 1884, ont été organisés 3 jours de fête à  La Codoñera pour la Vierge de Lorette pour l'accomplissement du centenaire de l'édification de la chapelle. Je suis reconnaissant à cette Vierge parce qu'à ce même endroit en un quart d'heure j'ai eu la vie sauvée trois fois pendant la guerre civile. Et j'ai connu un homme de village qui s'appelait Mariano Lusona qui, à l'âge de 80 ans, a vu des dents lui sortir comme à un enfant". D'après ce qu'il écrit au paragraphe suivant, l'épisode de guerre auquel il se réfère serait la bataille menée par les conservateurs carlistes sous la bannière du général Cabrera en 1868.

Il existe aujourd'hui une fête de Notre Dame de Lorette le 10 décembre, à  La Codoñera, nous explique Wikipedia.

Je lisais la semaine dernière ce passage dans "Histoire d'une âme" de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus (Eds Cerf 2006 p. 130) : "Je fus heureuse de prendre la route de Lorette (région des Marches en Italie). Je ne suis pas surprise que la Ste Vierge ait choisi cet endroit pour y transporter sa maison bénie, la paix, la joie, la pauvreté y règnent en souveraines ; tout est simple et primitif, les femmes ont conservé leur gracieux costume italien et n’ont pas, comme celles des autres villes, adopté la mode de Paris ; enfin Lorette m’a charmée ! Que dirai-je de la sainte maison ? Ah ! mon émotion a été profonde en me trouvant sous le même toit que la Sainte Famille, en contemplant les murs sur lesquels Jésus avait fixé ses yeux divins, en foulant la terre que Saint Joseph avait arrosée de sueurs, où Marie avait porté Jésus entre ses bras, après l’avoir porté dans son sein virginal… J’ai vu la petite chambre où l’ange descendit auprès de la Sainte Vierge… J’ai déposé mon chapelet dans la petite écuelle de l’Enfant Jésus… Que ces souvenirs sont ravissants !…"

C'est en parcourant ce passage que je découvris donc que selon la tradition catholique la maison de la Sainte Vierge aurait été apportée par des anges à Lorette dans la nuit du 9 au 10 décembre 1294, trois ans après le départ des croisés de Terre Sainte, afin de la soustraire à l'occupation turque musulmane de Jérusalem (qui avaient détruit la basilique qui protégeait cette maison en 1263). L'itinéraire du déplacement de cette maison par voie aérienne est d'ailleurs partiellement connu puisque le 10 mai 1291 un curé de Tersatto/Trsat en Dalmatie, le P. Alexander Georgevitch, aurait remarqué cette maison apparue miraculeusement sur un terrain de sa paroisse et la Vierge Marie elle-même lui serait apparue pour lui expliquer le déplacement de sa maison par la puissance de Dieu. Un seigneur local de Tersatto, Nicolo Frangipane a d'ailleurs envoya une délégation en Palestine pour vérifier la disparition de la maison à Nazareth, et c'est lorsque les Albanais se convertirent à l'Islam en 1294 que la maison le 9 décembre au soir franchit l'Adriatique (les Slaves en portèrent longtemps le deuil). Des bergers la virent portée par des anges, puis elle arriva à Ancone où elle resta neuf mois, et enfin à Lorette.

Je me suis demandé ce qu'il fallait penser de cette histoire. Ma première réflexion fut que j'imaginais mal au vu des photos comment une famille italienne aurait pu défaire brique par brique les murs de cette maison en Palestine, puis les déplacer en Italie par bateau et les reconstruire à l'identique comme le suggère Wikipédia.

Puis je suis tombé sur cette page de mars 2021 d'un blogueur de notre époque, Guy Sémard, père oblat de la Vierge Marie, qui confesse avoir eu du mal à croire au miracle de la translation angélique de cette maison, mais cite un livre italien du professeur Federico Catani, publié par l'association Luci sull'Est qui réunit tous les arguments en faveur de cette thèse (voir sa conférence en italien ici). Il explique notamment que le périmètre de la maison en Italie correspond exactement à celui de la présumée maison de la Sainte Famille à Nazareth, dans la Basilique de l'Annonciation, dont la trace des fondations a été conservée. Les pierres de construction sont d'origine palestinienne d'il y a 2 000 ans d'après le travail effectué par les spécialistes. Elle a été posée sur un terrain non travaillé sans fondations (sur une ancienne route).

C'est un point qu'avait déjà relevé en 1894 pour les 600 ans de la translation, un certain William Garratt de Cambridge dans "Lorette, le nouveau Nazareth" (p. 28-29) : "Quand on creusa autour de la Sainte Maison de Lorette, au mois de novembre 1531, il fut évident pour tous que ses murs se soutenaient sur la terre nue et sans fondations. Jérôme Angelita, chancelier de la ville de Recanati et témoin oculaire, nous a laissé le récit de ces excavations entreprises pour entourer de marbre la Santa Casa. A une date plus récente, en 1672, quand un nouveau pavement fut posé, plusieurs personnes pouvaient faire passer librement, soit leurs mains, soit des bâtons, sous certaines parties des murs, le terrain sur lequel ceux-ci reposaient se trouvant inégal. Les dalles furent renouvelées encore une fois en 1751, sous le pontificat de Benoît XIV, et l’on procéda alors à l’intérieur à un nouvel examen, après avoir fait des excavations au pied des murs. L’archevêque de Fermo, les évêques de Jesi, d’Ascoli, de Macerata et de Lorette, trois architectes étrangers, trois maîtres-maçons, outre l’architecte des travaux, étaient présents, ainsi que beaucoup d’autres personnes. Un des architectes fut autorisé à faire creuser à six pieds de profondeur jusqu’à ce qu’on fût arrivé au tuf, c’est-à-dire à la terre ferme, où l’on a coutume d’aller pour assurer la solidité des fondements. Il fut manifeste alors que la Sainte Maison se soutenait par elle-même, depuis plusieurs siècles, sur un terrain inégal et mouvant, contrairement à toutes les règles de l’architecture. Un rapport officiel fut alors enregistré dans les archives de Lorette".  Garratt parle aussi de la pierre qui est de la pierre calcaire de Nazareth, ce qui fut confirmé par des observateurs des XVIII et XIXe siècles (pierres dites Jabès et Nahari, chimiquement analysées). Il évoque aussi le bois de cèdre du Liban.

Le professeur Giorgio Nicolini donne le même genre de conférences que Federico Catani.

Cette maison avait été visitée par Saint louis et par St François d'Assise en Palestine en 1219 ou 1220. Les actes de dévotion à la  maison de Notre Dame à Lorette furent nombreux. Saint François Xavier reçut aux pieds de la Vierge de Lorette l’inspiration de porter l’Evangile aux Indes et au Japon. Papes, cardinaux, prêtres et moines s'y sont succédés, mais aussi l'empereur allemand Charles IV, Jean Paléologue, empereur byzantin, différents rois et reines du monde chrétien, les ducs et duchesses de la région, les princes de Condé, ducs de Joyeuse et autres nobles, Montaigne, Descartes (qui y fit un pèlerinage à pied depuis Venise), Louis-Marie Grignon de Montfort etc.

On ne compte plus les guérisons miraculeuses et les exorcismes réussis dans cette sainte maison.

Un phénomène étrange de flammes célestes y fut aussi observé. Le 8 septembre 1296, puis à nouveau l'année suivante l'ermite Paolo della Selva qui avait fixé son asile solitaire sur une colline voisine aperçut de sa cellule cette lumière, paraissant avoir quatre mètres de long sur deux de large descendant du ciel au dessus de la maison de la Sainte Vierge. En 1555, Riera, jésuite de Barcelone, confesseur au sanctuaire de Lorette, fut témoin en compagnie des fidèles de la messe du même miracle qu'il allait raconter dans son Historiae Almae Domus Lauretanae Liber Singularis. Le miracle se produisit à nouveau en 1557. Renvoyons au livre de Garratt pour les autres miracles.

On peut se demander si le souvenir du livre du catalan Riera ne fut pas pour quelque chose dans le succès de Notre Dame de Lorette en Bas-Aragon où vivaient mes ancêtres.

Lire la suite

Miracles eucharistiques : un mot sur Carlo Acutis

19 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Hier c'était la fête de Dieu, fête du Saint Sacrement, a fait remarquer le prêtre à la messe. Pas de chance pour lui, la ferveur n'était pas au rendez-vous dans cette église remplie surtout de gens venus assister au baptême ou à la communion de leurs proches. Aujourd'hui YouTube me propose une vidéo de la mère du bienheureux Carlo Acutis, né en 1991, décédé à l'âge de 15 ans d'une leucémie fulgurante, qui consacra deux ans et demi de sa courte vie à recenser les miracles eucharistiques sur Internet à propos d'une exposition réalisée par son fils qui était organisée près de Paris le mois dernier.

Cela m'a rappelé que j'ai écrit un article sur le sujet en 2016 alors que j'ignorais l'oeuvre de Carlo Acutis, article repris par Sciences et religions, et sur lequel le pauvre youtubeur Arnaud Dumouch promit de m'interviewer avant de se rétracter... Je m'étais aussi penché un peu plus tard sur les travaux du cardiologue Petro Pescetelli sur le même sujet. En 2016 je découvrais un peu le merveilleux catholique, dont notre époque se désintéresse trop souvent, dans le sillage de feu le Père Brune (dont toutefois je n'approuve pas tous les centres d'intérêt, notamment pour le spiritisme).

Le corps du bienheureux pour l'instant d'apparence pratiquement intacte est exposé à Assise (car cet enfant était très inspiré par St François d'Assise, bien qu'il soit né dans un milieu bourgeois en Angleterre) - le sanctuaire est entretenu par des religieuses portugaises. Il semble qu'il y ait un culte de ses reliques dans la plus pure tradition médiévale. Il y a trois semaines des mèches de ses cheveux ont été exposées à l'église franciscaine de Għajnsielem à Malte (plus précisément sur l'île de Gozo) non sans avoir été préalablement montrée aux élèves de l'école Saint François de Victoria. En avril, à New-York, l'évêque d'Assise a offert aux évêques américains pour un an la membrane du coeur du bienheureux.

Avec quelques autres paroisses argentines, la Cathédrale Notre Dame du Pilier à Buenos Aires a aussi une relique du jeune "geek de Dieu", saint patron des internautes - un fragment de sa peau, grâce à la médiation de Marcela Errecalde dont on parlera un peu plus loin - de même qu'un diocèse en Pologne, à Londres où il est né etc.

Les miracles autour de ces reliques sont un enjeu pour la canonisation. Selon la loi de l'Église, une personne vertueuse doit intercéder dans deux miracles avant de pouvoir être déclarée sainte, sauf en cas de martyre ou lorsque le pape lève ces exigences. Or les miracles autour de Carlo Acutis seraient déjà assez nombreux. A Campo Grande, dans le Matto Grosso (Brésil) le père Marcelo Tenório de Almeida qui a organisé une dévotion autour de lui, témoigne qu'en 2011 il a été informé qu'une religieuse a guéri d'un cancer par l'intercession du jeune bienheureux. Lui-même s'est rendu à Assise et la mère de Carlo Acutis, Antonia Salzano, lui a donné un vêtement de son fils, que le prêtre exposa tous les 12 octobre dans sa paroisse. Le vêtement produisit en 2013 un autre miracle sur l'enfant Mattheus, né en 2009 avec une maladie grave (un pancréas annulaire) qui lui causait des difficultés à manger et de graves douleurs abdominales. Il était incapable de garder la moindre nourriture dans son estomac et vomissait constamment.

Alors que Mattheus avait presque quatre ans, il ne pesait que 20 livres et vivait avec un shake de vitamines et de protéines, l'une des rares choses que son corps pouvait tolérer. On ne s'attendait pas à ce qu'il vive longtemps.

Sa mère, Luciana Vianna, avait passé des années à prier pour sa guérison. En octobre 2013, comme elle apprit que le P. Marcelo Tenório, organisait un service de prière pour la béatification du "geek de Dieu",elle demanda à Acutis d'intercéder pour son fils et fit une neuvaine à cet effet.

Le 12 octobre 2013 jour du service de prière, elle emmena Mattheus et d'autres membres de la famille à la paroisse où les gens faisaient la queue. (...)  quand vint son tour l'enfant en embrassant la relique dit : "J'aimerais pouvoir arrêter de vomir autant." De retour chez lui l'enfant mangea normalement , la guérison fut immédiate et durable et point la physiologie de  son pancréas a changé. Le Vatican a reçu les documents sur cette affaire en mars 2019, après avoir demandé l'ouverture d'un tribunal de l'église locale à Campo Grande. Les dossiers médicaux de Matheus ont été vérifiés par ce tribunal et validés par des médecins locaux.

Marcela Errecalde, militante pro-vie de Buenos Aires, a précisé aussi que dans la même paroisse un garçon qui a eu 5 arrêts cardiaques et est resté dans un état végétatif a guéri après que sa mère eut dit une neuvaine pour Carlo Acutis.

Marcela Errecalde, dont le mari est français, et qui est de mère brésilienne, elle-même a eu un cheminement intéressant avec Carlo Acutis qu'elle explique dans l'interview ci-dessous accordée à la Pastorale de l'université catholique de la région de Cuyo (Nord Ouest de l'Argentine). Très éloignée de l'Eglise, elle ne commença à y retourner qu'en 2019. L'eucharistie en 2020 était presque impossible dans sa ville où la dictature sanitaire prohibait l'ouverture des édifices religieux. Elle entendit une voix qui, alors qu'elle sentait ne pas pouvoir revenir au Christ par le seul travail intérieur, lui indiqua où trouver un lieu d'adoration ouvert dans sa ville, et c'est là qu'elle entendit parler de Carlos Acutis, puis assista à sa béatification à Assise en octobre 2020 et organisa des transferts de reliques en Argentine.

Personnellement j'encourage évidemment tout le monde à communier le plus souvent possible, après s'être confessé bien sûr, et je ne doute pas que l'inspiration du jeune Carlos Acutis puisse être très utile en ce sens auprès des jeunes notamment.

Lire la suite

Une anecdote de Léon Bloy sur le Saint Christophe de Cologne

17 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christophe, #Christianisme, #Histoire des idées

Extrait de Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne : (pour faire suite au Mendiant ingrat et à Mon journal). I : 1900-1902 (p. 223-224) :

"Saint Christophe, l'Auxiliateur et le Géant Martyr qui mourut très-particulièrement pour moi, il y a 1652 ans. A une autre époque où j'ignorais encore à quel point il était mon protecteur et sans trop savoir ce que je faisais, j'ai tenté d'expliquer, à propos de Christophe Colomb, l'importance inouïe de ce personnage, surtout au point de vue prophétique (Voir le Révélateur du Globe). Aujourd'hui j'aurais bien autre chose à dire.

Que pensent les docteurs de la simple histoire que voici? Revenant de Danemark en 1900, nous couchâmes une nuit à Cologne, à quelques pas de la cathédrale. Je ne manquai pas, le lendemain matin, d'aller entendre une première messe. Je m'étais placé, à mon insu, au-dessous de la traditionnelle et colossale statue de saint Christophe qu'on est assuré de trouver dans la plupart des vieilles basiliques. Averti par une sorte de gêne, comme si un poids énorme eût été sur moi, je finis par lever la tête et je reçus en plein cœur la commotion de cette présence d'un ami de dix-sept siècles. Christophorum videas, postea tutus eas. Je me souvins aussitôt de ce vers léonin autrefois passé en adage « Regarde saint Christophe et puis va-t-en tranquille ». On croyait, au Moyen Age, qu'il ne pouvait arriver aucun mal dans la journée à celui qui avait vu, le matin, une image de saint Christophe. Cela pour des causes profondes que l'affaiblissement actuel de la Raison ne permet plus de comprendre.

A l'heure de notre départ, le train sur lequel nous avions compté ne parut pas, mais à sa place, un autre tout à fait extraordinaire. Rien n'était à espérer pour nous de cet interminable convoi dont chaque wagon avait été loué à l'avance par un torrent d'Allemands que l'Exposition attirait à Paris.

Nous glissâmes cependant une humble pièce dans la main d'un employé, en lui exposant notre embarras. Alors voici. Sans hésiter une seconde, cet homme nous conduisit à un compartiment interdit aux fumeurs où trois suceurs de pipes envoyés par saint Christophe nous gardaient nos places. Sur un mot de notre guide, ils nous saluèrent poliment, descendirent avec un air de satisfaction, comme des gens qu'on délivre d'une corvée, et nous arrivâmes le soir à Paris, presque sans fatigue et de très-bonne heure, portés par ce train rapide."

Lire la suite

Melchisédech, le visiteur hors du temps

11 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète

Melchisédech, en hébreu מַלְכֵּי־צֶדֶק (malkî-ṣedeq) « roi de justice », est un personnage biblique qui apparaît très brièvement dans l’histoire d’Abraham dans le livre de la Genèse 14. Il y est présenté comme « roi de Salem » (lieu non identifié) et « prêtre du Très-Haut » (El-Elyôn), auquel Abraham versa la dîme. Dans l'Épître aux Hébreux du Nouveau Testament, Jésus est déclaré « Grand prêtre pour toujours » à l'image de Melchisédech, en référence à Psaume 110:4 "L'Eternel l'a juré, et il ne s'en repentira point, que tu es Sacrificateur éternellement, à la façon de Melchisédec".

Jacques Bergier dans les Maîtres secrets du temps rappelle que France Soir le 26 novembre 1973 signalait l'existence dans un hôpital psychiatrique d'un personnage appelé Melchisédech qui se faisait appeler "prince Charlemagne SS" se trouvait dans un hôpital psychiatrique. Nul ne savait d'où il venait. Selon une de ses disciples poétesse de 52 ans c'est un véritable contemporain d'Abraham.

Bergier reprend aussi l'anecdote citée par Arthur Machen (1863-1947) dans son récit de 1915 "The Great return" dont Bergier situe à tort l'intrigue en juin 1917 (!) et qu'il semble tenir pour authentique : des inconnus arrivent dans le village de pêcheurs de Llantrisant, ils disent être des prêtres de Melchisedech et pendant une messe, ils prononcent des mots en grec ancien. Le récit détaillé de l'épisode est ici, en anglais, au chapitre VII : "Ffeiriadwyr Melchisédech ! Ffeiriadwyr Melchisédech ! cria le vieux diacre méthodiste calviniste à barbe grise. « Prêtrise de Melchisédech ! Prêtrise de Melchisédech !" . Bergier raconte l'apparition d'une gigantesque rosace de flammes pendant le nuit et des guérisons miraculeuses dans la foulée. Tout cela se mêlait à la thématique du Graal, celle des cloches angéliques etc. Machen, qui restait pour sa part réservé sur la légende locale, signalait que la rosace pouvait venir du port et que les miracles des neuf jours qui avaient suivi étaient tous explicables sauf la lumière chaude qui venait soigner les gens.

"Il y a cette question, notait Machen en conclusion de son texte, de la distinction entre l'hallucination et la vision, de la durée moyenne de l'une et de l'autre, et de la possibilité de l'hallucination collective. Si un certain nombre de personnes voient toutes (ou pensent voir) les mêmes apparitions, cela peut-il être simplement une hallucination ? Je crois qu'il existe une affaire de premier plan en la matière, qui concerne un certain nombre de personnes voyant la même apparence sur le mur d'une église en Irlande ; mais il y a, bien sûr, cette difficulté, que l'on peut être halluciné et communiquer son impression aux autres, par télépathie."

Bergier avait été sensible aussi au fait relevé par Machen au chapitre VI sur la similitude des visions des habitants avec l'Anhelonium Lewinii ou peyotl (bouton de mescal popularisé par Castaneda) qui faisait voir des cathédrales gothiques à un de ses expérimentateurs. Assez bêtement Bergier ajoute qu'on est 40 ans avant les travaux d'Aldous Huxley,  mais c'est oublier que le British Medical Journal en 1896 avait déjà analysé les effets de cette drogue. Je vous renvoie aux travaux de Gordon Wasson sur les enthéogènes, mais les enthéogènes n'étant que des vecteurs du surnaturel, les considérations sur ces vecteurs n'éclairent pas grand chose selon moi.

En tout cas, il est vrai que la référence à Melchisédech ne venait pas de nulle part. Donc on peut supposer que quelque chose s'est vraiment passé dans ce village gallois en rapport avec ce sage, même si la fiche Wikipedia de Llantrisant se garde d'en parler, et d'ailleurs peu de choses sur Internet se rencontrent à ce sujet. La Flying Saucer Review se serait emparée du sujet en 1972 dans le registre de l'ufologie, mais ses archives ne sont pas en ligne.

Les écrits juifs situent Melchisédech hors du temps. l'abbé Trithème (1462-1516) présente Melchisedech comme un eldil, c'est a dire, une créature inférieure à Dieu, mais supérieur aux Anges, catégorie reprise dans les années 1930-40 par C. S. Lewis. Pour Bergier, ce personnage, qui a pu être le prêtre d'un dieu nouveau au temps d'Abraham, pourrait donc venir d'un autre temps, ou d'en dehors du temps, pour aider les hommes à diverses époques, comme Fo-Hi en Chine, l'inventeur du Yi-King. Il insiste sur le fait que l'idée du voyage dans le temps vient de la culture juive.

AGCP de Hody rappelle que le 13 juillet 1483 Bernard de Breydenbach, doyen de l'église de Mayence, à la sortie de l'église de la Résurrection à Jérusalem se fit montrer les tombeaux des rois chrétiens dont celui de Godefroid de Bouillon... et de Melchisédech, fait confirmé par d'autres témoins mais les Latins n'ont jamais souscrit à l'authenticité de ce tombeau.

Lire la suite

Le nom de Marie Madeleine supprimé dans un exemplaire de l'Evangile de Jean

22 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Sainte-Baume

Une étude de 2016 d'une doctorante de l'Université Duke, Elizabeth Schrader (interviewée ici par le youtubeur Andrew Mark Henry), montre que les copieurs de l'Évangile de Jean ont peut-être diminué le rôle de Marie-Madeleine.

En regardant de près une image numérique du papyrus 66 -  un manuscrit grec du XIIe siècle généralement considéré comme le plus ancien manuscrit presque complet de l'Évangile de Jean - Elizabeth Schrader a remarqué quelque chose d'étrange.

Dans Jean 11:21 ("Marthe dit à Jésus: Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort."), le mot « Maria » (ou Marie) avait été modifié : le symbole grec iota - le « i » - a été rayé et remplacé par un « th » qui a changé le nom en « Martha » (Marthe). Et dans Jean 11:3, le nom d'une femme a été remplacé par « les sœurs » : Les soeurs envoyèrent dire à Jésus: Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade.

Marthe est présente dans l'Evangile de Luc, mais il y aurait, selon Schrader, une volonté délibérée des copistes d'en faire dans l'Evangile de Jean la soeur de Lazare en lieu et place de Marie-Madeleine.

Dans Jean 11:27, c'est Marthe qui dit "Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde", phrase très importante. Dans Tertullien (150-220), c'est Marie.

Le prédicateur James Snapp Jr a objecté que Schrader allait trop loin dans l'interprétation des  ratures observées dans le P66.

Dans Jean 11:1, explique-t-il, le copiste de P66 a d'abord écrit l'équivalent grec de "Or un certain homme était malade, Lazare de Béthanie, le village de Marie et de Marie sa sœur.   Puis, s'apercevant qu'il avait écrit « Marie » deux fois », il est revenu en arrière pour corriger le texte en effaçant la lettre iota dans la seconde Μαρ ι ας et en la remplaçant par la lettre thêta , de manière à écrire Μαρ θ ας.   Ce genre d'erreur n'est pas particulièrement inhabituel pour ce copiste ; il a commis au moins 15 autres erreurs de dittographie (écrire deux fois ce qui devrait être écrit une fois) dans le texte de Jean.  Pour lui, la plupart des points soulevés par Schrader sont des erreurs d'inattention, comme il en existe beaucoup dans les manuscrits.

On observera aussi que sur le Net, à part les objections de Snapp, il n'y a pratiquement pas de reprise de la thèse de Schrader sauf dans des gender studies (voyez sur Google Scholar), ce qui laisse entendre que celle-ci a sans doute tiré des conclusions hâtives  sous l'influence de l'air du temps...

Lire la suite

Où Jean Cassien rejoint Jean Climaque

16 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

Un extrait des Collations de Jean Cassien qui recoupe la position de Jean Climaque, sur le fait que la purification intérieure compte plus que les miracles extérieurs. Le travail intérieur contre soi est une forme de charité supérieure...

 

Lire la suite

Quelques bons conseils de Saint Jean Climaque

11 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Parmi les suggestions intéressantes du moine hésychaste syrien St Jean Climaque (VIIe siècle), je trouve ceci (L'Echelle sainte 725D) : "Selon la nature de nos passions, discernons à qui nous devons nous soumettre. Si tu es porté à la luxure, choisis un entraîneur ascète qui ne fasse aucune concession quant à la nourriture, plutôt qu'un thaumaturge qui serait toujours prêt à accueillir des hôtes et à les restaurer. Si tu es d'un naturel hautain, choisis le plus accommodant, et non pas doux et indulgent. Ne recherchons pas ceux qui sont doués de prescience et de prévision mais plutôt ceux qui sont parfaitement humbles et qui seront mieux qualifiés, tant par leur caractère que par leur lieu de résidence, pour guérir nos maladies".

On peut noter ici le lien intéressant qui est tracé entre luxure et nourriture : le remède à la première, c'est le jeûne. Un autre lien inattendu aussi : le don de faire des miracles est associé à la disposition à accueillir des gens (à la charité). Or comme souvent dans l'hésychasme, ce versant n'est pas particulièrement valorisé - malgré tous les débats que cela a suscité dans le christianisme oriental, de saints moines ont soutenu jusqu'au bout que celui qui a réussi à vaincre ses sens retournerait en arrière s'il abandonnait son ascèse solitaire pour retourner vers les pauvres : évidemment le précepte ne vaut que pour ces ascètes là, mais c'est quand même dans l'absolu une mise en garde contre l' "autrisme" comme dirait Mattei.

Autre point intéressant, valable pour tous, le fait que même chez les moines il était déconseillé de se précipiter vers ceux qui avaient des dons surnaturels, notamment des donc prophétiques, parce que cela pouvait soustraire à une certaine dynamique de l'humilité.

Je trouve aussi dans Jean Climaque des avertissements à ceux qui se satisferaient trop d'avoir une bonhommie naturelle, et aussi à ceux qui seraient trop impatients de progresser spirituellement. Ainsi en 725B il qualifie de "cénobites frelatés" ceux qui recherchent le jeûne le plus strict ou encore "la prière sans distraction", la "libération de la vaine gloire" ou "une chasteté surhumaine". "L'adversaire leur persuade de rechercher tout cela avant le temps, écrit-il, pour les empêcher de l'obtenir en temps voulu par leur persévérance". Voilà qui consolera par exemple ceux qui ne parviennent pas à réciter leur chapelet sans penser à autre chose (même si bien sûr l'absence de distraction doit rester l'objectif à terme).

Lire la suite

Mon article "nudité et spiritualité" dans la revue "La Vie au Soleil"

11 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur, #Christianisme, #Publications et commentaires, #Histoire des idées

Dans la revue "La Vie au Soleil" de mai 2022, je publie un article d'une page qui rebondit sur mon enquête consacrée aux médiums publiée en 2017 et pose quelques questions sur le rapport entre nudité et sorcellerie, nudité et ascèse etc. Il est accessible in extenso en cliquant sur ce lien.

 

Lire la suite

Un livre boycotté

10 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Publications et commentaires

Un livre boycotté par les institutions catholiques (notamment par les dominicains) :

 

Lire la suite

Ambroise de Sienne

8 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Sainte-Baume

A propos de l'arbre dominicain, nous avons déjà évoqué, concernant Ste Catherine de Sienne, le bienheureux Ambroise de Sienne (Frater Ambrosius de Sansedonids Senensis), représenté  dans le choeur de l'église de St Maximin sous le règne de Louis XIV par le frère convers Vincent Funel. Dans la génération qui avait précédé Funel, le prédicateur dominicain Paul Garra avait composé une vie d'Ambroise de Sienne,de même que le dominicain gênois Agostino Alessi en 1623. Ils avaient été précédés dans cette œuvre vers 1500 par Sébastien Flaminius. On s'intéressait beaucoup à Ambroise de Sienne au XVIIe siècle semble-t-il puisqu'en 1623 le dominicain Louis Marissal, natif de St Omer (mort en 1637) avait aussi traduit un "Tableau des vertus et miracles du B. Ambroise de Sienne et du B. Jacques Salomoni vénitien de l'ordre des Frères Prêcheurs", ouvrage publié à Mons (Flandres). Ambrogio est aussi représenté à Sienne dans un tableau de Ventura Salimbeni (début du XVIIe siècle), et quelques années plus tard un tableau de Raffaello Vanni.

Nous avons vu dans le précédent billet que ses reliques étaient dotées d'un pouvoir d'exorcisme selon les habitants de Sienne.

Issu de l'illustre famille de Sansedoni/Saint Sidoine (dont on peut voir encore le palais dans sa ville natale), il naquit à Sienne en Toscane le 16 avril 1220. Il était atteint d'une grave malformation congénitale : les bras collés au corps, les jambes aux cuisses, le visage sombre et disproportionné. Cette malformation lui valut d'être tenu à l'écart de sa famille chez une pieuse nourrisse, mais un pèlerin avait dit à celle-ci “Femme, ne cache pas le visage de cet enfant, car un jour il sera la lumière et la gloire de cette ville”.

Il en fut guéri dans l'église dominicaine de Sainte Marie-Madeleine.  Les petits Bollandistes : vies des saints. T. III, racontent ainsi sa guérison :

"Il y avait dans cette église une chapelle pleine de reliques, devant lesquelles elle allait prier pour la santé de l'enfant. Bientôt elle remarqua, ainsi que les religieux et les voisins, que quand elle se mettait dans un autre endroit de l'église, l'enfant pleurait toujours, et qu'il ne disait rien tant qu'elle demeurait dans la chapelle. Un jour que la nourrice sortait de l'église, l'enfant se mit à pleurer extraordinairement et à tourner le visage du côté de la chapelle avec de grands efforts. Les religieux et les assistants, étonnés, obligèrent la nourrice de retourner à la chapelle. Dès qu'elle y fut, l'enfant tira des langes ses mains et ses bras, jusque-là collés au côté, et, les élevant vers le ciel; invoqua trois fois, d'une voix très distincte, le nom de Jésus. A ce miracle, accoururent les personnes qui savaient combien l'enfant était contrefait. Les religieux font ôter les langes, et l'enfant commence à étendre les jambes, jusqu'alors collées aux cuisses son visage, jusqu'alors si sombre, commence à devenir tout serein et à resplendir de beauté, à la grande admiration de tous les assistants. La nouvelle d'un si grand miracle causa une joie extrême, non-seulement à la mère de l'enfant, mais à tous les habitants de Sienne tous firent des prières et des aumônes pour en bénir Dieu."

A trois ans il retourna vivre dans sa maison familiale (qui n'était pas encore le palais qu'on connaît aujourd'hui) et fut gratifié de vertus chrétiennes pendant toute son enfance :

"Dès que le petit enfant voyait un livre, il voulait l'avoir pour le feuilleter, comme s'il y entendait quelque chose, à tel point que sa mère ne pouvait dire devant lui ses heures de la sainte Vierge; car, si on ne lui donnait pas le livre, il se mettait à pleurer, même toute la nuit; dès qu'il l'avait entre les mains, il était content. Le père fit faire deux petits volumes avec des images, l'un de personnages du siècle, l'autre de personnages de religion, pour voir si c'étaient les figures ou les lettres qui faisaient plaisir à l'enfant. Il lui présenta d'abord le volume avec les images du siècle l'enfant refusait de les voir. Il prit au contraire un grand plaisir à regarder le volume des images religieuses, mais plus encore les lettres que les images. Il apprit promptement à lire. Sa plus grande joie fut dès lors de lire et d'entendre les psaumes, que sa mère avait coutume de réciter dans son office de la sainte Vierge. Dès l'âge de sept ans, il le récita lui-même chaque jour. Il n'avait encore que sept ans, qu'il se prescrivit une forme de vie très parfaite car, dès lors, il commença à dire tous les jours le petit office de Notre-Dame, à jeûner les veilles de plusieurs saints, et à se lever à minuit pour étudier leur vie. Etant plus âgé, il fit paraître une inclination merveilleuse pour assister les pauvres pèlerins, et il obtint même permission de son père d'en loger cinq, tous les samedis, dans un appartement qu'il avait fait meubler exprès. Il allait les attendre à la porte de la ville, et les amenait à la maison, où, après leur avoir fait beaucoup de caresses, il leur lavait et baisait les pieds avec une humilité et une tendresse admirables. Le lendemain, il tes menait entendre la messe, leur faisait visiter les lieux de dévotion de la ville, et enfin, quand ils étaient près de partir, il leur donnait une bonne aumône. Tous les vendredis il allait aux prisons consoler ceux que leurs crimes ou leurs dettes y tenaient renfermés. Les dimanches, après Vêpres, il se rendait à l'hôpital pour y servir les malades" (Petits Bollandistes op cit)

Il prit l'habit de Dominicain à l'âge de 17 ans malgré l'hostilité de ses parents et des tentations diaboliques de renoncer. Le diable lui apparut même sous les traits d'une jeune fille : " il se fit voir au milieu d'un bois, sous la figure d'une jeune fille d'une beauté ravissante, qui implorait son assistance; mais le saint jeune homme, découvrant le piège caché sous ces artifices, se munit l'une et l'autre fois du signe de la croix, et aussitôt ces spectres et ces fantômes disparurent."

Il fut envoyé à Paris pour y faire ses études (St Thomas d'Aquin est son condisciple), et après y avoir reçu son diplôme de bachelier, il alla à Cologne en 1248 étudier encore la théologie sous la direction d'Albert le Grand. Il contribua aussi à la conversion de la Hongrie dans les années 1260.

"On vit plusieurs fois, durant ses sermons, le Saint-Esprit descendre sur lui en forme de colombe et se reposer sur sa tête ce qui donna une telle autorité à ses paroles, que les pécheurs les plus endurcis étaient touchés de componction, et que les plus opiniâtres lui remettaient leurs intérêts entre les mains et se réconciliaient avec leurs ennemis. "

Sienne l'ayant rappelé car elle était frappée d'interdit pour avoir soutenu l'empereur Frédéric II , elle l'envoya vers le Pape Clément IV pour faire la paix avec le Saint Père et restaura les études théologiques dans la Ville Sainte. Il fut encore envoyé une seconde fois à Rome sous le Pontificat de Grégoire X (1271-1276) et obtint une seconde fois la réconciliation de sa patrie avec le saint Siège.

Son image de faiseur de paix était célèbre. Il disait que la vengeance était un péché d'idolâtrie "attendu que la vengeance appartient à Dieu seul, et que, par conséquent, celui qui se venge usurpe la place de Dieu".

"Un jour, malgré toutes ses exhortations, un homme de Sienne s'obstinait à ne point pardonner. Alors le Saint lui dit « Je prierai pour vous. Je n'ai que faire de prières, répliqua durement le vindicatif a. Le Saint ne laissa pas de faire pour lui la prière suivante " Seigneur Jésus-Christ, par la très-grande providence et sollicitude que vous avez sans cesse pour le genre humain, je vous prie d'interposer votre puissance dans cette vengeance projetée, et de vous la réserver, afin que tous connaissent que la punition des offenseurs n'appartient qu'à vous seul, et afin que la sensualité n'empêche point la connaissance de votre justice ". Ambroise enseigna publiquement cette prière aux peuples, les exhortant à la dire pour ceux qu'ils trouveraient obstinés à ne point pardonner les injures. A l'heure même que le saint homme faisait pour lui cette prière, le vindicatif se concertait avec ses amis et ses parents pour ne point faire de paix ni écouter Ambroise. Mais la prière du juste fut plus puissante. Tout à coup cet homme si dur se sent pénétrer de componction, toutes les raisons du saint homme lui reviennent à la mémoire, il passe deux jours sans presque ni manger ni dormir. Enfin il vient avec ses amis trouver le bienheureux Ambroise, pour le prier de faire la paix entre eux et de lui pardonner sa faute. "

Il refusa les prélatures que le Pape lui offrit, et finit sa vie saintement comme prieur du couvent de Camporegio à Sienne.

Sa prédication demeura toujours très populaire et entraîna des conversions profondes, alors qu'il était pourtant d'un naturel timide. Parfois, quand il prêchait, il lévitait et un cercle de gloire, dans lequel voletaient des oiseaux au plumage brillant, l'entourait, disent ses hagiographes.

A 66 ans, à Sienne, prononçant un discours contre l'usure, sa véhémence fut telle qu'une artère se rompit "ce qui lui fit rendre beaucoup de sang par la bouche. Le lendemain, le sang s'étant arrêté, il voulut continuer le même sermon; mais la veine se rouvrit, et il vomit une telle abondance de sang, qu'il vit bien que sa fin approchait." Il put quand même se confesser une dernière fois et mourut le 20 mars 1286 ou 1287, ce qui lui valut d'être inscrit au martyrologe. A ce titre il peut être considéré comme un des grands militants de la lutte contre le capitalisme et la financiarisation de l'économie, comme l'Eglise en compta tant avant de glisser sur la pente du modernisme.

La dévotion à son corps fut immédiate et les guérisons prodigieuses autour de son sépulcre furent immédiates. Immédiatement, avant même l' approbation épiscopale (9 mai 1287), les frères de Camporegio avaient ordonné l'enregistrement notarié des miracles attribués à son intercession (une trentaine d'actes dressés entre le 13 avril et le 9 juillet 1287 attestent d'événements surnaturels, vingt-huit à Sienne et deux à Bolsena) : un précieux dossier récemment étudié par la médiéviste Odile Redon (1936-3007) - cf O. Redon, Una famiglia, un santo, una città. A. S. e Siena, Une famille, un saint, une ville. AS e Siena , édité par S. Boesch Gajano, Rome 2015.

Le pape Honorius IV travailla à sa canonisation et chargea quatre religieux d'enquêter sur sa vie ; quoiqu'il ne pût l'achever (car il est mort en 1287) on fit néanmoins sa fête à Sienne ailleurs. Il n'a jamais été canonisé, on ne sait pourquoi. Au XVIe siècle, le chroniqueur Antoine de Portugal l'attribue à la négligence de l'Ordre dominicain à promouvoir les talents de ses moines : "Laboratum est interdum ut inter divos referretur, sed quae nostra solet esse in rebus cunctis decus ordinis concernentibus neligentia et socordia, minus quam fuerat nessitarium".

Les dominicains célèbrent la fête du bienheureux Ambroise en octobre, à l'occasion de l'anniversaire de sa béatification. On peut voir sur YouTube la messe célébrée par le cardinal Paolo Lojudice en son honneur le 20 mars 2022 au Palais Sansedoni.

Lire la suite

Catherine de Sienne exorciste

8 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Extrait de Histoire de sainte Catherine de Sienne et de sa famille religieuse / par la T. Rde M. A. T. Drane, T. 1 (1892) -- p. 171 et suiv

 La légende en anglais de Sainte Catherine raconte à ce sujet le trait suivant. Il y avait à Sienne un notaire, nommé Ser Michel di  Monaldi. C’était un homme pieux et honnête qui avait résolu de consacrer ses deux filles au service de Die dans le couvent de Saint-Jean-Baptiste. Les religieuses de ce couvent suivaient la règle de saint Augustin et se consacraient à l’éducation des jeunes filles. Monaldi ôtait un des bienfaiteurs de leur communauté, dont il gérait du reste les affaires temporelles. Ce fut donc avec Joie que les religieuses reçurent ses deux enfants pour les élever jusqu’à l’âge où elles recevraient l’habit religieux. « Les deux petites filles étaient depuis peu de temps  au couvent, lorsque l’une d’elles, Laurentia, se trouva, par un secret jugement de Dieu, possédée d’un esprit malin. Tout le couvent en fut troublé et l’on s’empressa de faire venir Michel Monaldi pour lui rendre sa fille. Lorsque l’enfant fut revenue chez son père, l’esprit malin proféra par sa bouche les choses les plus étonnantes et répondit à plusieurs questions obscures et difficiles. Il révéla en outre les vices cachés et scandaleux de plusieurs personnes, à leur grande confusion et, chose étrange, il s’exprimait correctement en latin. Le père et la mère de Laurentia, d’autres de ses parents n’épargnèrent rien pour la soulager. Ils la conduisirent en pèlerinage à divers sanctuaires de la ville où l’on vénérait les reliques de quelques Saints ; ils la menèrent en particulier à la tombe du B. Ambroise de Sienne, de l’Ordre de Saint-Dominique, à qui Dieu avait accordé pendant sa vie un si grand pouvoir sur les démons que le simple attouchement de son manteau ou de son scapulaire suffisait souvent à délivrer les possédés. Laurentia fut donc couchée sur cette tombe bénie, et tandis que l’on plaçait sur elle les saintes reliques, ses parents suppliaient avec ardeur Notre-Seigneur, par l’intercession du Bienheureux, d’avoir pitié de leur enfant. Mais Dieu en avait disposé autrement dans son infinie sagesse, et, bien qu’ils n’eussent aucun péché à se reprocher, il n’exauça pas leur prière. Toutefois, le Seigneur inspira à quelques-uns de leurs amis de leur suggérer la pensée de conduire leur fille vers Catherine. Les parents de Laurentia firent d’abord conjurer la Sainte de venir de tout son pouvoir au secours de l’enfant. Mais Catherine répondit qu’elle les suppliait de ne pas lui demander d’intervenir dans cette affaire, ayant, disait-elle, assez à lutter pour son propre compte contre les esprits mauvais. Accablés de douleur par le triste état de leur innocente petite tille, les parents de Laurentia n'admirent pas cette excuse et portèrent l’entant chez Alexia Saraceni où demeurait alors Catherine. Ils entrèrent s ans prévenir pour qu’elle ne pût les éviter. La Sainte essaya cependant de sortir par la fenêtre, mais n’y pouvant. réussir, elle se cacha de façon qu’on ne put la trouver. Après avoir vainement tenté d’arriver jusqu a elle, car elle avait formellement interdit à ses compagnes 4e chercher à l’influencer dans cette affaire, les pauvres Parents se rendirent chez le Père Thomas della Fonte, e t le conjurèrent d’obliger Catherine, par obéissance, à garder Laurentia auprès d’elle pendant quelque temps. Père, touché de leur douleur promit de les aider; mais, sachant bien que s’il faisait lui-même la proposition l’humilité de Catherine ne manquerait pas de lui opposer un refus, il eut recours à un stratagème. <( Le soir, à l’heure où Catherine sortait tous les jours, ,e père conduisit chez Alexia la petite possédée et la laissa dans la chambre de la Sainte, après avoir recommandé aux Tertiaires qui étaient là de dire à Catherine, u son retour, qu’en vertu de l’obéissance il lui ordonnait de garder l’enfant auprès d’elle jusqu’au lendemain matin. En rentrant, la Sainte demanda qui avait introduit Laurentia dans sa chambre. Sur la réponse que c était le Père Thomas délia Fonte et qu’il lui était enjoint de la garder près d’elle, elle ne résista plus et se mit aussitôt à prier. Elle lit agenouiller l’enfant et lui r commanda de s’unir à sa prière. Elles passèrent toute m nuit à lutter ainsi contre le mauvais esprit qui, vers le matin, se vit contraint, par la force de la foi et de la Prière, de quitter Laurentia, sans lui faire aucun mal.

Aussitôt, Alexia courut chez le Père Thomas délia Fonte lui porter la bonne nouvelle, et celui-ci, tout heureux, alla chercher le père et la mère de l’enfant et les introduisit dans fa chambre de Catherine, où ils pleurèrent de joie à la vue de leur fille délivrée enfin du démon, et glorifièrent le Seigneur d’avoir donné un tel pouvoir à son humble épouse. « Catherine, cependant, savait que l’esprit du mal n’avait pas quitté définitivement la petite Laurentia, et pria ses parents de la lui laisser encore un peu de temps. Ils y consentirent volontiers, et la Sainte se mit à instruire la pauvre enfant, lui recommandant surtout de prier sans relâche. Elle lui défendit en outre de sortir de la maison avant que ses parents vinssent la reprendre. Laurentia obéit docilement. Tout ceci, nous l’avons dit, se passait chez Alexia Saraceni. Or, Catherine ayant eu besoin de retourner à la Fullonica, elle confia l’enfant aux soins d’une servante. Le soir, après une journée entière passée dans sa propre demeure, où l’avaient retenue des allaires urgentes, elle pria Alexia qui l’accompagnait de lui donner son manteau pour s’en retourner avec elle. Celle-ci lui représenta qu’il était fort lard et qu’il n’était guère convenable que des femmes et surtout des religieuses, fussent dehors à cette heure avancée. « O Alexia, reprit la Sainte, il faut bien que nous retournions chez vous, car le méchant loup va me reprendre mon petit agneau ». Elles trouvèrent en effet Laurentia toute changée, le visage enflammé et l’esprit troublé. A cette vue, Catherine s’écria: « Horrible suppôt de l’enfer, comment as-tu osé rentrer dans cette pauvre innocente ? J’espère bien de la bonté de mon miséricordieux Sauveur et Seigneur, que tu en sortiras cette fois pour n’y plus rentrer». Elle emmena Laurentia dans sa chambre et se remit à prier. L’esprit du mal tint bon, et Catherine ne remporta la victoire que vers la quatrième heure de la nuit. Alors, vaincu par les prières de la Sainte et par la puissance que Dieu lui avait donnée sur les esprits infernaux, le démon lui dit : « S’il faut que je sorte de cet enfant, j’entrerai en toi ». « Si tel est le bon plaisir de Dieu, sans la permission de qui tu ne peux rien, répondit Catherine, que Notre-Seigneur me garde de m’opposer en rien à sa divine volonté ». Terrassé par cette parole si humble, si soumise, l’esprit d’orgueil perdit tout pouvoir sur l’enfant. Toutefois, en la quittant, il lui causa à la gorge une grande enflure. La Sainte la guérit par un signe de Croix, dont la vertu chassa pour toujours le démon du corps de Laurentia. Le lendemain Catherine fit appeler les parents : « Au nom de Dieu, leur dit-elle, reprenez votre enfant; désormais l’esprit du mal ne viendra plus la tourmenter ». Tout joyeux, ils emmenèrent Laurentia et la remirent au couvent ou elle mena une vie sainte et ne fut plus jamais inquiétée jusqu’au jour de sa mort. Quant à son père, Ser Michel di Monaldi, il ne pouvait raconter ce fait sans verser des larmes de joie, et, dans son cœur, il honorait Catherine comme un ange du Seigneur ».

Points intéressants dans cette narration :

- Les démons possèdent parfois les croyants (ce que démentent certains exorcistes actuels).

- Même si au Moyen-Age on possède plusieurs voies d'exorcisme (plus qu'aujourd'hui, à travers notamment les reliques), toutes ne fonctionnent pas, loin s'en faut.

- S. Ambroise de Sienne avait des pouvoirs voisins de ceux des apôtres.

- S. Catherine de Sienne refuse d'exorciser, sans qu'on sache si c'est par humilité ou pour une autre raison

- L'entité exorcisée revient sans raison apparente (alors que de nos jours les exorcistes dans les milieux charismatiques ont tendance à trouver des raisons - des rationalisations - à ce genre d'échec. Au Moyen-Age tout cela semble dépendre uniquement d'une volonté divine totalement insondable.

- L'humilité et l'abnégation (le sacrifice de soi) sont la clé d'un exorcisme réussi. Ste Catherine de Sienne ne se sent munie d'aucune garantie contre le risque que l'exorcisme se retourne contre elle, ce qui finalement ne se produit pas, mais on comprend que dès le début, malgré son rapport privilégié à Jésus elle prenait un très gros risque en acceptant de s'en charger.

Lire la suite

Hypnose dangereuse

30 Avril 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme, #Shivaïsme yoga tantrisme

Hier (29 avril) l'ex-médium repentie Doreen Virtue invitait sur sa chaine YouTube une autre ex-médiums "sauvée en Jésus-Christ" Jenn Nizza pour évoquer la question de l'hypnose thérapeutique, un sujet qui suscite autant de polémiques en milieu chrétien que les massages.

Jenn Nizza y explique que tranquilliser l'esprit l'ouvre à des influences spirituelles potentiellement dangereuses (il en va de même pour la méditation) et raconte notamment l'expérience à laquelle fut soumise en 2013 Theresa Caputo, très médiatique médium quinquagénaire (née en 1967) de Long Island (et catholique pratiquante), lorsque le Dr Daniel Amen a scanné son cerveau avec un dispositif de tomographie par émission monophotonique (TEMP, SPECT en anglais), une expérience qui a été ensuite reproduite sur des plateaux de télévision, notamment par le célèbre Dr Ozz. Les scanners ont montré que lorsqu'elle canalise des messages de l'au-delà et du monde invisible, son cerveau est dans le même état de passivité qu'au cours de la méditation ou de l'hypnose. Cela prouve selon Jenn Nizza que l'inactivité du cerveau fait entrer des éléments que nous ne maîtrisons pas, des éléments potentiellement dangereux, ce qui explique que la Bible prône la vigilance et l'éveil permanent dans la prière.

Au passage notons quand même que l'analyse de la voyante Maud Kristen par le spécialiste américain de la parapsychologie Normand Don en 2001 n'avait pas donné les mêmes résultats : fonctionnement en symbiose des deux hémisphères cérébraux, relaxation mais pas d'inactivité (mais avec Kristen c'était un test d' "intuition", de clairvoyance, pas de nécromancie).

Lire la suite

Jour de la Sainte Catherine de Sienne

29 Avril 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

"En supportant dans cette vie les peines avec patience on expie et on acquiert des mérites. Il n'en va pas de même pour les châtiments que l'âme supporte dans l'autre. En effet, si elle subit les peines du purgatoire, elle expie mais elle n'acquiert pas. Nous devons donc supporter joyeusement et avec bonne volonté ces petites épreuves" (Catherine de Sienne, Lettre à Marco Bindi négociant).

Le RP dominicain Ollivier dans une préface à une biographie de la sainte écrite par une prieure générale des dominicaines d'Angleterre résumera ainsi sa vie : "Une jeune fille sans naissance et sans lettres occupe, à vingt ans, la pensée des hommes les plus graves et les plus renommés ; à vingt-cinq, elle est l’âme de l’Italie, pour ainsi dire ; à vingt-huit, elle inspire les papes et les rois, s’impose à Rome et à l’Europe ; à trente-deux, elle meurt dans une sorte d’apothéose".

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>