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Articles avec #christianisme tag

Les femmes disciples de Jésus

21 Mars 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Sainte-Baume, #down.under

 

Hier la chaîne Histoire rediffusait le documentaire de 2018 déjà diffusé le 9 août 2021 : " Les femmes disciples de Jésus" (2018) d’Anna Cox avec les historiennes Helen Bond et Joan Taylor (cf ci-dessous en anglais).

 Helen Bond est historienne spécialisée dans les origines du christianisme et chef de la Divinity School à l’Université d’Édimbourg et sa collègue Joan Taylor enseigne au King’s College.

Des éléments intéressants : une crypte supposément dédiée à Sainte Salomé près de Beit Lehi avec un graffiti implorant sa protection ; la fresque (découverte en 1971) du Ve siècle de Cerula dans les catacombes de Naples qui pourrait (sous réserve des éléments techniques de nuance que fournit ce site) représenter une femme évêque susceptible d'avoir officié au IIIe siècle ; l'expression étrange dans Marc 6:7 qui laisse entendre que Jésus a envoyé ses disciples en binômes mixtes (un homme une femme) dans les villes pour pratiquer les exorcismes ; la démonstration sur l'effacement progressif des femmes dans les représentations de la résurrection de Lazare sur les sarcophages au musée du Vatican entre 280 et le IVe siècle.

 

Un quart des sarcophages du National Treasures Storehouse de Beit Shemesh en Israël (datant de l'époque de Jésus) porteraient Marie comme nom (min 6'44). Marie-Madeleine, Marie de la Tour, est retenue comme étant la première des disciples, mais selon les historiennes, Joanna la femme de Chuza intendant d'Hérode (Luc 8:2-3) était probablement celle qui finançait les apôtres. Tous ces éléments sont instructifs et à ajouter à notre dossier sur la Sainte-Baume (et à nos remarques dans notre livre sur Lacordaire sur la réhabilitation de la féminité chrétienne après le saint-simonisme, voire à nos découvertes sur le  traité sur Marie-Madeleine de Demoulins de Rochefort à l'époque de François Ier).

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L'humilité selon Isaac le Syrien

19 Mars 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Absolument fondamental. On peut trouver qu'il manque à ce texte une petite dose de charité (c'est le reproche souvent adressé à l'hésychasme). Mais s'il est vrai que la charité est indispensable, je crois qu'elle doit toujours être précédée par un moment d'ascèse tel que le décrit cette page, sans quoi la charité n'est qu'erreur et ostentation.

 

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Le Santo Daime et le christianisme

15 Mars 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps

Je lisais dans la revue Nova Religio il y a peu ce compte rendu d'un livre qui analyse la diffusion de la religion brésilienne du Santo Daime en Europe, Christ Returns from the Jungle de Marc G. Blainey.

Cette religion est un culte amérindien syncrétique fondé sur une utilisation sacramentelle d'une drogue enthéogène, l'ayahuasca.

Dans la revue britannique rationaliste New Humanist on lit aussi : "L'objectif du Santo Daime est fondamentalement chrétien. Boire de l'ayahuasca a la même signification pour les membres du Santo Daime que l'Eucharistie pour les catholiques : ils croient qu'ils boivent en Jésus-Christ. Les cérémonies se déroulent selon le calendrier officiel du Santo Daime, avec des « travaux », ou cérémonies, qui ont lieu environ trois fois par mois. Ceux-ci ont tendance à fonctionner du coucher du soleil jusqu'à l'aube. Le thé hallucinogène est administré tout au long, afin que les membres puissent traverser leur vie et revoir leurs erreurs avec une nouvelle compréhension".

On lit aussi dans une page plus favorable à cette religion (sur le site du groupe Chacruna) extraite du livre de Blainey que "certains daimistas façonnent des croix de Caravaca (en forme de croix de Lorraine) à partir de la vigne Banisteriopsis caapi qui est utilisée pour fabriquer l'ayahuasca, ce qui implique qu'en buvant la boisson Daime, on prend le bois de la croix de Jésus dans son corps.". "Le Santo Daime, ajoute Blainey, est une forme « pérenne » de christianisme qui considère les enseignements du Christ comme complémentaires et harmonieux avec la spiritualité indigène et les idées mystiques des autres religions." Evidemment cela rappelle un peu le Christ cosmique du New Age. On lit encore : "la théologie de guérison par la foi de Santo Daime représente l'appropriation stratégique du christianisme par les traditions afro - brésiliennes et indigènes de l'ayahuasca. Pour les daimistas européens, le Santo Daime est en fait un moyen de guérir les maladies de l'égocentrisme arrogant et de l'ethnocentrisme au cœur du projet occidental... Pour eux, le calice du Christ qui arrive maintenant de la jungle amazonienne a été purifié des pollutions colonialistes, un antidote au désespoir égoïste, retournant en Europe à travers le liquide Daime et les enseignements de Mestre Irineu".

Certains initiés de ce culte font pression pour que les agences gouvernementales brésiliennes reconnaissent l'ayahuasca comme "patrimoine culturel immatériel" de ce pays. Évidemment le souci de "désenclaver" la figure du Christ du giron institutionnel ecclésiastique (et peut-être du giron égotique qui façonne sa perception) est intéressante mais l'usage de l'ayahuasca peut être très dangereux, et entraîne des décès chaque année, notamment chez les touristes imprudents... et ce peut être aussi, au niveau spirituel, une erreur de plus semblable à celle du mouvement du Libre-Esprit au Moyen-Age...

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Un témoignage à propos du chapelet

2 Mars 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Une Chrétienne hérétique, adepte du pseudo-évangile de Thomas, Ghislaine de Montangon, racontait ceci dans son avant dernier livre (p. 84) à propos de la récitation du chapelet :

Inspirée par le christianisme hindouïste et panthéiste d'Arnaud Desjardins explique que la récitation en groupe "a le pouvoir de déclencher une force énergétique importante, ressentie ou non par les participants" et "rejoint un égrégore". Elle ajoute que cela permet d'accéder à "un autre niveau vibratoire" du fait que c'est une prière récitative, qui aide à couper avec le mental. L'explication n'est peut-être que partiellement juste car la dimension énergétique ne doit pas occulter la dimension purement transcendante qui est sans doute plus déterminante.

"Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens" a dit le Christ  (Matthieu 6,7) mais en précisant que ce propos s'adresse à ceux qui prient pour obtenir quelque chose. Il ne faut pas en élargir la portée. J'ai expérimenté moi-même le pouvoir du rosaire à Medjugorje en 2016 bien que j'aie des doutes sur l'authenticité des révélations mariales qui s'y produisent (et que le Covid avait fait taire). Il est possible que j'aie participé à l'époque à un égrégore, comme en leur temps les soldats de Lépante qui le prièrent. Les apparitions mariales de Lourdes et de Fatima avaient insisté sur l'importance de cette prière

Il y a sur Internet l'enregistrement d'un exorcisme du Père Ambrosio du diocèse de Milan où un démon confesse son aversion du rosaire...

Beaucoup de gens dans la section commentaire de ces vidéos de YouTube témoignent en espagnol des bienfaits du rosaire pour eux. Beaucoup de catholiques estiment qu'on ne peut prétendre appartenir à cette religion sans le réciter tous les jours.

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Le Calice de Marie-Madeleine

25 Février 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

 

Robert  de Boron est l'auteur dans les années 1190 d'une Histoire du Graal et d'une trilogie Didot-Perceval (Joseph d'Arimathie, Merlon, Perceval) raconte le Graal est arrivé miraculeusement dans le prison de Joseph d'Arimathie et le nourrit pendant quelques années, l'ami  de Jésus l'amena dans l'ouest de l'Angleterre, à Glastonbury dans le Somerset, où il fonda la chapelle Ste Marie Madeleine de Beckery où le roi Arthur aurait eu, selon la légende, une vision de la Vierge Marie  (et non de Marie Madeleine comme le disent certains articles) et de l'enfant Jésus qu'il plaça ensuite sur sa bannière à la place d'un dragon. Il y a aussi des légendes selon lesquelles Joseph d'Arimathie aurait amené avant de mourir le Graal à Montserrat en Catalogne ou à Montségur. On a précisé dans notre précédent article sur le livre "The Second Messiah" dans quels ouvrages du XIIe siècle se trouvaient ces différentes théories avant Robert de Boron et la dette de celles-ci à l'égard de l'Evangile apocryphe de Nicodème.

Le journaliste Graham Philipps, mis en valeur par les auteurs de "The Second Messiah" en 2016 a cherché la tombe d'Arthur à Baschirch dans le Shropshire, tandis qu'un archéologue entamait des fouilles pour dater la chapelle de Beckery.

A noter cette bizarrerie : pendant la seconde guerre mondiale le nazi Otto Bahn sur ordre d'Himmler chercha le graal et le flacon d'albâtre de Marie Madeleine contenant le sang de Jésus que les cathares auraient été susceptibles de cacher à Montségur. Il y mourut mystérieusement. L'officier SS Otto Skorzeny y fut envoyé à son tour.  Selon un témoin il aurait amené des reliques à la forteresse d'Himmler (à Wewelsburg), puis au Tibet (il y a aussi une hypothèse sur l'Antarctique).

Une tradition byzantine via Olympiodore parle aussi d'un "Graal marial" ou "calice marial", trouvé par les envoyés de l'impératrice Hélène. G. Philipps, qui a écrit un livre sur le sujet, estime que cette coupe aurait été amenée à Caer-Guricon (Wroxeter), dont le roi Arthur aurait été le gardien.  Une ballade du XIIIe siècle affirme que le Graal est hébergé dans sa la chapelle privée de Sir Fulk FitzWaryn dans son Chateau de Whittington dans le Shropshire pour finalement se retrouver sous une statue à Hawkstone Park où un pot à parfum d'onyx romain a été retrouvé en 1934. Mais le point prête à controverse.

De nombreux érudits du Graal estiment plutôt que le calice marial serait la coupe Nanteos, qui est un récipient en bois d'olivier, plus susceptible d'avoir servi à boire à l'époque de Jésus qu'une tasse faite de métal ou pierre. Elle serait actuellement détenue par la famille Powel du Pays de Galles.

Un autre calice qui pourrait être la coupe de Marie-Madeleine est le Grand Calice d'Antioche qu'on peut voir au New York Metropolitan Museum of Art mais sa datation pourrait être trop récente.

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Knight et Lomas sur le Graal, Joseph d'Arimathie et les Templiers

25 Février 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

J'ai abordé il y a six ans à travers les travaux d'Upinsky, récemment confirmés par une synthèse plus complète de JC Petitfils. Je pensais confronter cela aux affirmations de Christopher Knight et Robert Lomas dans "The Second Messiah: Templars, the Turin Shroud and the Great Secret of Freemasonry" paru 1997, mais le propos de leur leur livre sur le Suaire  étant surtout axé sur une datation au carbone 14 totalement fausse, c'est à un autre aspect de leur recherche que je vais m'intéresser ici : celui du rapport du Graal à Joseph d'Arimathie et aux Templiers.

J'avais déjà évoqué dans "Le Complotisme protestant" leur thèse sur le fait que les Templiers entretenaient un culte du divin féminin. Le père spirituel de leur ordre, Saint Bernard de Clairvaux, rappellent-ils, a écrit 300 sermons consacrés au Cantique des Cantiques don le verset 1:5 dit "Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem", ce qui renverrait au culte de la Vierge noire, mais aussi de Marie-Madeleine le "papesse" du tarot (arcane II) et dont l'Evangile de Marie et celui de Philippe (apocryphes) nous disent qu'elle surpassait Pierre en sagesse. Knight et Lomas voient dans le tarot une arme pédagogique secrète des Templiers contre le pape.

Les auteurs de la saga du Graal proches des Templiers sont entrés en scène dans les années 1130. En 1136, 8 ans après la formation des Templiers, le gallois Geoffroy de Monmouth ré-invente le roi Arthur dans "The Matter of Britain" sur un mode très différent du seigneur Arthur cité par Nennius au VIe siècle (p. 105). Il prétendait tenir cette version de son oncle archidiacre d'Oxford dont personne n'a su retrouver la trace. Sa version de la fin d'Arthur blessé grièvement puis transporté à Avalon au delà des mers. L'existence du pays idéal à l'Ouest au delà des mers, selon Flavius Josèphe, était enseigné par les Esséniens (et donc, ajoutent Lomas et Knight) par l'Eglise de Jérusalem... Cela se retrouve chez les Mandéens, pour qui ce pays des bonnes âmes est marqué par l'étoile Merica (et c'est ce pays, le pays de "la Merica", que les Templiers allaient rechercher après leur dissolution).

Arthur est le bâtard d'une femme mariée qui n'avait pas fauté car elle était envoûtée. Il rassemble douze chevaliers comme les douze apôtres, il est blessé mais ne meurt pas. Il est le Rex Deus des Nasoréens. Sa bataille finale est celle de la chute de Jérusalem en 70. Selon les confidences de l'historien Tim Wallace-Murphy à Robert Lomas, à l'issue d'une conférence à Londres en 1994 un Français qui se disait descendant d'Hugues de Payen lui aurait expliqué que les partisans de Jacques (p. 78), successeurs de Jésus, qui se faisaient appeler le groupe "Rex deus"auraient placé ses ossements sous le temple de Jérusalem. De Payen et les autres initiateurs de la première croisade seraient des descendants de ces Juifs nazoréens dont le but était de récupérer ces reliques que, de fait, ils cherchèrent pendant neuf ans à Jérusalem.

Payen de Montdidier, un des 9 premiers chevaliers du Temple, est devenu Grand Maître d'Angleterre en 1128, et construit une commanderie à Oxford sur une terre offerte par la princesse Mathilde. Il n'est pas impossible qu'il ait alors révélé certains savoirs de documents anciens trouvés à Jérusalem à Geoffroy de Monmouth...

Chez ce dernier, il n'y a pas de mention du Graal. Elle n'apparaît que sous la plume de Guillaume de Malmesbury, en 1140... Il fut le premier à affirmer que Joseph d'Arimathie serait arrivé à Glastonbury dans l'Ouest de l'Angleterre en 73 avec le Graal et l'arbre à épines de la couronne du Christ qu'il y planta. Son abbaye se trouvait à 40 km d'une commanderie de Payen de Montdidier. Il y eut des controverses entre Guillaume et Geoffroy, controverses sur lesquelles se sont penchés en détail Lomas et Knight (p. 109).

Mathilde, 26 ans, issue des lignées normande, anglo-saxonne et écossaise, veuve d'Henri V empereur d'Allemagne épousa en secondes noces en 1128 Jeoffroy IV d'Anjou, petit fils du roi de Jérusalem Baudouin II, et fils de Foulque V d'Anjou, sponsor des templiers. Empêchée d'accéder au trône d'Angleterre en 1135. Dans sa résistance au nouveau roi, elle avait tout intérêt à attaquer Geoffroy de Monmouth qui pouvait servir l'idéologie de son rival Etienne de Blois...   

Le journaliste Graham Philips a souligné dans The Search of the Grail qu'en faisant de Perceval le descendant de Joseph d'Arimathie, la saga du Graal ouvre une voie particulière de succession apostolique. Dans les romans du Graal c'est à lui que Jésus donne la coupe à la Cène et non à Pierre. Il n'est pas impossible que, parmi les 619 qu'il y avait dans le Temple selon le rouleau de cuivre 3Q15, les templiers auraient pu en utiliser un qu'ils auraient identifié au Graal, selon Lomas et Knight.

Chrétien de Troyes qui fut central dans le conte du Graal disait le tenir du comte des Flandres, lié par sa famille à Payen de Montdidier, et aux fondateurs des Templiers. Après lui des cisterciens allaient normaliser le récit en le christianisant.

Je laisse de côté les considérations sur le Suaire et sur l'hypothèse que le dernier grand maître de l'Ordre des Templiers, Jacques de Molay, aurait été enterré dans ce suaire, hypothèse tirée très abusivement d'une datation au carbone 14 de toute façon fausse, comme cela fut démontré postérieurement.

Restons en à cette étrange théorie du groupe "Deus Rex" qui aurait été à l'origine de la première croisade - une théorie partiellement reprise par Barbara Aho dans sa démonstration que j'ai exposée dans "Le Complotisme protestant".

L'Américain Jason Colavito sur son blog a fait une critique intéressante de cette théorie en soulignant à juste titre qu'elle repose entièrement, au fond, sur le témoignage de ce Français en 1994. Colavito fait remarquer qu'il est un peu court d'estimer, comme le font Lomas et Knight, que ce narratif est plausible du seul fait qu'un Français entre deux âges était peu susceptible de forger un "hoax" (canular) par lui-même. Après tout Pierre Plantard ne l'avait-il pas fait avec son Prieuré de Sion ? Wallace-Murphy a présenté la thèse du "Français" en 2000, puis a récidivé en 2008  dans "Custodians of the Truth", mais cette fois en transformant ce Français en Anglais et en le nommant "Michael Monkton". Il a reconnu avoir lancé cette histoire après avoir lu "The Holy Blood and the Holy Grail", et son contenu variait sur certains points concernant la soi-disant fécondation de Marie par un prêtre du Temple qui figurait dans la première version.

Calavito rappelle aussi à juste titre le rôle de H. Blavatsky dans la diffusion de l'idée que les Templiers pouvaient vénérer une déesse-mère et convoyer une connaissance secrète.  Pour lui, rien dans cette histoire n'est à conserver.

Pour ma part, je me demande tout de même si le volet concernant la succession apostolique de Joseph d'Arimathie vers laquelle pointerait la saga de Perceval, n'est quand même pas une piste à creuser pour en savoir plus sur quelque tradition ésotérique qui aurait pu survivre en France et en Angleterre au bas-Moyen-Age autour de l'héritage de Marie-Madeleine.

En ce qui concerne le Graal en Grande-Bretagne, notons que dans son Histoire de France (tome 3, p. 392 et suiv), en 1833, Henri Martin estimait que le succès de la figure de Joseph d'Arimathie en Angleterre peut être dû à la lecture dans les premières communautés chrétiennes de l'île de l'Evangile de Nicodème, selon lequel Joseph détacha Jésus de la croix et fut ainsi au dessus de Pierre et des autres. "Une légende extraordinaire se construisit sur cette base, explique-t-il. A côté du néo-druidisme ou druidisme mêlé de christianisme, il s'était établi, dans l'église galloise, un christianisme modifié par le druidisme, anti-augustinien, anti-romain. Dans un coin de ce christianisme gallois, à une époque que nous ne saurions déterminer, fut couvée la légende en question. Toute la religion reposait là sur une forme particulière et toute symbolique du mystère eucharistique. Joseph d'Arimathie avait recueilli le sang des plaies du Sauveur dans le vase qui avait servi à la Cène : Jésus lui-même avait confié à perpétuité la garde de ce vase à Joseph et à sa race, et le neveu de Joseph, Allan (Alain, en français), l'avait porté dans l'île de Bretagne. Ce vase avait des propriétés incomparables : il assurait à ceux qui le contemplaient la compagnie du Seigneur Jésus et es joies indicibles du ciel ; il les nourrissait d'un aliment délicieux et intarissable ; il les mettait à couvert de l'injustice et de la violence des hommes. Mais on ne pouvait le contempler sans être en état de grâce. Il disparaissait aux regards des pécheurs, et les initiés à ses mystères devaient être muets devant les profanes."

Pour Martin, les Celtes christianisaient ainsi leur culte du bassin sacré, comme d'Eckstein et de la Villemarque en leur temps avaient aussi souligné que le culte germanique de la force se projetait dans celui de la lance sacrée qui avait percé le coeur de Jésus.

"Les premiers introducteurs des traditions bardiques et du cycle d'Arthur en France, ajoute Martin, Geoffroi de Monmouth, Wace, l'auteur quel qu'il soit, de la Vie de Merlin en vers latins, l'auteur ou les auteurs des fragments de Tristan en vers français, et même Chrestien de Troies, dans le Chevalier au Lion et le Chevalier de la Charette, n'avaient pas dit un mot de cette légende. Elle paraît être arrivée parmi les clercs et les trouvères de la cour de Henri II (1133-1189) quelques années après la rédaction du Brut de Wace". En France la saga arthurienne est totalement tournée vers le Graal et tous les chevaliers de la Table Ronde sont de la race de Joseph d'Arimathie (p. 396).  Perceval est le plus ascétique, Merlin perd sa nature diabolique. Le cycle du Graal devient une arme pour christianiser la chevalerie et de la rendre ascétique, mais pas dans une vaine romaine puisque c'est toujours sous les auspices de Joseph d'Arimathie et non de Pierre.

Wolfram d'Eschenbach (1170-1220), templier souabe, finalement placera le Graal dans la perspective des templiers, en disant s'inspirer de Guyot de Provins, bénédictin de Cluny hostile à la papauté. Il invente le héros Titurel qui construit en Gaule du Sud temple pour le Graal, sous la direction du prophète Merlin initié par Joseph d'Arimathie qui se calque sur le temple de Salomon (mais finalement Perceval  récupèrera le Graal et construira le temple pour lui en Inde).

Cette chevalerie du Graal, nous dit Martin, voulait remplacer la chevalerie amoureuse, mais elle échoua. L'Eglise romaine qui condamnait le culte de la créature était elle aussi hostile à la chevalerie courtoise, et tente d'en endiguer les excès (notamment avec les tournois), Mais elle est elle-même sous la coupe des femmes mystiques comme Hildegarde ou Julienne de Mont-Cornillon. Et le culte marial ne cesse de prendre de l'importance. Et l'Eglise choisit donc la voie du culte de Marie (et de son Immaculée conception, à laquelle Bernard de Clairvaux était hostile) plutôt que la religion du Graal de Joseph d'Arimathie que choisit l'Eglise de Rome. Dominicains et franciscains seront les chevaliers de cette voie.

On voit que, à la différence de Knight et Lomas, Henri Martin, lui, n'attribuait pas aux Templiers un "savoir secret" dont ils auraient hérité depuis la chute du second temple par des familles qui l'auraient conservé jusqu'au lancement de la première croisade. La "lignée apostolique" de Joseph d'Arimathie, à supposer même que l'on doive aller jusqu'à employer ce terme, serait plutôt une fiction née du croisement entre l'Evangile de Nicodème et le culte celtique des bassines sacrées. Elle aurait servi à contrer l'amour courtois en christianisant la quête chevaleresque, et n'aurait finalement été "adaptée" à l'imaginaire templier que tardivement, en 1200, sous la plume de Wolfram von Eschenbach, avant d'intégrer la franc-maçonnerie, mais ce ne serait nullement une fabrication templière. On notera aussi que chez Henri Matin Marie-Madeleine ne joue aucun rôle dans cette filiation de Joseph d'Arimathie, pas plus d'ailleurs que la dimension féminine du Graal, qui n'est pas abordée...

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L'enseignement gnostique de Manjir Samanta-Laughton sur Marie-Madeleine

23 Février 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume, #Pythagore-Isis, #Spiritualités de l'amour, #Médiums, #Christianisme

En général les New Agers/New Ageuses complètement évaporés, les artistes jouisseurs qui font semblant de s'intéresser à l'alchimie et autres doux rêveurs ne m'intéressent guère. Ils ne savent qu'étaler les délires de leur égo narcissique et ajouter à la confusion de notre époque. J'aurais classé le Dr Manjir Samanta-Laughton dans la même catégorie si je ne l'avais entendue ici dans une vidéo d'il y a dix ans fournir une critique sérieuse du livre de Lomas et Knight "The Second Messiah".

En l'entendant, je me suis dit qu'au moins elle était capable de faire fonctionner sa raison, son logos, et que donc, à supposer même qu'il y ait 80 % de mensonge dans son propos, je pourrais y trouver quelques vérités vérifiables, ou du moins des thèses dont je pourrais retrouver la "traçabilité historique".

Or, il se trouvait que cette chercheuse s'intéressait à Marie-Madeleine à l'égard de laquelle, comme le savent les lecteurs de mon livre "Les Médiums", j'ai une dette (qui que soit ou quelle que soit la mystérieuse entité qui agisse sous ce nom à la Sainte-Baume).

Parlons donc un peu de cette Manjir Samanta-Laughton, ancienne médecin généraliste, devenue bioénergéticienne.

Elle raconte dans cette vidéo "The Magdalene Prophecies 1" (un titre qu'elle a reçu par canalisation, qui doit aussi devenir celui de son livre) qu'en 2001,  au Nouveau Mexique (Etats-Unis) où elle s'était rendue pour la conférence "Science and Consciousness" d'Alburquerque qui réunissait mystiques et scientifiques, elle a rencontré une certaine Jenna Shulman qui l'invitée chez elle dans les collines de Santa Fé. "Tout d'un coup raconte-t-elle, cette fille juive et la fille hindoue que j'étais nous sommes d'un coup transformées en Marie-Madeleine et la femme qui allaient à la tombe de Jésus". A l'époque Madeleine ne représentait qu'une figure vague pour elle. "Toute la nuit il y eut une énergie qui me traversait, et nous savions toutes les deux de quelle énergie il s'agissait (...) Je devais prendre mon avion à 5 heures, mais à 3 heures nous étions encore éveillées, et toute la nuit je n'ai cessé d'avoir des visions tout le temps. Je voyais la mère de Jésus, très différente des représentations que j'en avais vues jusque là". "Un peu plus tard dans cette année, à la fin de l'automne, comme je rendais visite à une amie, elle eut un appel téléphonique et me laissa seule dans son salon avec une musique de Hildegarde de Bingen. Cette musique me fit partir en transe. Je commençai à avoir des visions Dans une j'étais avec  un groupe de gens et j'étais un jeune garçon avec des cheveux blonds bouclés qui attaquait un soldat romain. Et j'avais l'impression d'avoir déjà vu cela dans un film." Son amie eut la même vision en même temps. "Mon bras gauche est resté tendu en l'air pendant deux minutes,je ne pouvais pas le contrôler, comme si le soldat romain le tenait en l'air, ce qui me fit très mal au bras comme si ça avait duré longtemps". "Je changeai de pièce, mais dansl a cuisine de mon amie, je fus à nouveau transportée, avant la crucifixion, dans une école de mystères, celle de Marie Madeleine".  Manjir Samanta-Laughton  vante alors les pouvoirs de connaissance de cette sainte, et se perçoit comme le jeune garçon qui connaît bien Marie-Madeleine.

Puis elle a laissé cette expérience initiatique de côté, a écrit "Punk Science" et" Genius Group".

En 2003, après la sortie du Da Vinci Code (mais il n'était pas encore très connu), alors qu'elle va se coucher, elle est transportée dans la conscience de Marie-Madeleine, "quand elle accouchait" (sic)... Elle entendait ses pensées directement traduites en anglais. "Je sentais ce qui se passait dans son corps quand elle poussait le bébé, ce qui se passait dans ses hanches et tout". Elle voit un homme de 22 ans avec une barbe fine qui la regarde. Elle se dit "ce n'est pas le père de l'enfant, mais il est très proche d'elle pour être accepté dans la pièce juste après la naissance du bébé". Manjir Samanta-Laughton s'endort puis elle se réveille avec une autre vision, antérieure à cette scène : c'est le désert, avec des tentes, les femmes ont des tenues brunes et parlent un langage qu'elle ne connaît pas. Marie-Madeleine sort d'un bateau et marche vers ces tentes. Elle est enceinte et vient faire enregistrer "spirituellement" (sic) le bébé. Une femme qui ressemblait à Madonna (resic) - Samana-Laughton parle ailleurs de Katy Perry, on voit à quel imaginaire sataniste cela renvoie - lui tend un papier d'enregistrement avec des hiéroglyphes dessus.

L'homme venu à l'issue de l'accouchement, dit-elle, c'est Thomas le jumeau de Jésus. La conférencière admet que tout cela était étrange pour elle qui venait d'un univers hindouïste sans rapport avec le christianisme. Elle s'intéressa alors aux évangiles gnostiques dont celui de Jean. L'enseignement principal, dit-elle, c'est que le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas le vrai Dieu. Sophia a créé ce monde.

Yaldabaoth, créateur du monde matériel (que Samanta-Laughton  écrit de travers Yaldaboath, et le prononce aussi de travers, ce qui ne fait pas très sérieux), est le démiurge, dieu du chaos, YHWH, qui a oublié sa mère Sophia, mais celle-ci a placé l'étincelle divine dans l'humain.

Les êtres reptiliens comme le serpent à plume existent dans toutes les civilisations, comme des initiateurs mais aussi ennemis potentiels des hommes. Elle se réfère aussi, à l'écossais Graham Hancock, défenseur de l'ayahuasca, sur les neter dieux qui gouvernèrent l'Egypte par le passé. Elle défend l'idée de cycles des âges 26 000 de l'âge d'or à l'âge sombre qui revient suivant une courbe sinusoïdale.

Elle dit qu'elle a voyagé dans des "dimensions lémuriennes" qui sont en fait encore là. 2012 était la fin d'un cycle selon les Mayas. Il y a un effet d'accordéon qui fait que le voile va devenir fin à nouveau et les dieux vont devenir physiques à nouveau. L'Ancien Testament lui aussi témoigne de cette évolution sinusoïdale (elle dit "en spirale" mais ce n'est pas ce que montrent ses illustrations), et de l'intervention d'êtres d'autres dimensions. Manjir Samanta-Laughton parle aussi des "anciens astronautes" qui pour elle sont des anciens êtres interdimentionnels (voir mon livre sur les Nephilim : au fait je précise que Michael Heiser, que mon livre sur les Nephilim citait beaucoup, est mort le 20 février dernier d'un cancer du pancréas). Elle aborde le thème de la vente de l'âme au diable à travers cette problématique d'une transaction avec des énergies transdimensionnelles qui sont "hidden in plain sight" dans la culture et les représentations qui nous entourent.

A la lumière de ses théories sur les trous noirs et les dimensions interdimensionnelles, elle va expliquer dans une conférence sur le Suaire de Turin ici, que le Christ a émergé d'un "jet bipolaire", avec une collision de la matière avec l'anti-matière (à1h51 de la vidéo), ce qui a pu créer une image en négatif de son corps, l'anti-matière a pu l'emporter sur la matière créant une antigravité, à un moment où s'inversait le mouvement sinusoïdal du périgée de la chute dans l'Age sombre. Selon les gnostiques Jésus venait du royaume de Barbelo, royaume de la conscience. Il aurait par sa mort et sa résurrection traversé un jet bipolaire de trou noir envoyant une information dans l'univers holographique (voir le livre du Père Brune sur cette notion) provoquant une ascendance vers un nouvel Age d'Or.

Evidemment pas d'Apocalypse dans ce dispositif, pas de fin des temps, pas de pardon des péchés. Ca a un vernis scientifique un peu plus élaboré que les youtubeuses New Age ordinaires (vernis que je ne peux pas juger, mais que sans doute les vrais scientifiques contesteraient) et c'est un peu plus construit que le Manuscrit de Marie-Madeleine. Mais personnellement je ne suis pas convaincu du tout, et je n'ai pas (encore) trouvé d'aspects réellement exploitables ou à retenir dans cet enseignement. Le Père Brune qu'on citait plus haut avait lui au moins le mérite, tout en s'ouvrant aux considérations "quantiques" de maintenir le message moral du christianisme qui chez Samanta-Laughton est complètement élidé, pour laisser place à une attente sans discernement du contact avec des créatures de l'au-delà (avec le lot de tromperies et de possessions que cela implique). Bref, selon moi c'est du pur égarement.

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Saint Paul et le stoïcisme

14 Février 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Philosophie, #Christianisme

Carol Korak, enseignante d'un séminaire baptiste de Minneapolis, écrivait il y a 11 ans dans son article "The Influence of Philosophy in Early Christianity" :

"Lorsque Paul écrivait sa lettre aux Romains (vers 55‐58 de notre ère), Sénèque était  conseiller du jeune Néron.


   Thorsteinsson soutient que Paul, tout en proclamant le bien nouvelles, modifie les composants standard de l'éthique stoïcienne du premier siècle pour un plus spécifique application au sein de la communauté chrétienne, et j'offrirai plusieurs de ces exemples.

Premièrement, il fonde cette conclusion sur ce qu'il considère être des allusions claires au la termonoligie stoïcienne standard. Par exemple, l'utilisation par Paul de λογικος, pour définir la bonne façon dont les chrétiens doivent servir Dieu, fait allusion à la façon dont les stoïciens décrivent les relations entre l'homme, comme doté de raison (λογικοι), et Dieu comme λογος.

Deuxièmement, un autre parallèle peut être observé entre Sénèque,
Les idées très similaires d'Épictète et de Paul sur le culte. Pour les trois, adorer convenablement signifie s'efforcer de suivre et d'imiter Dieu, qui définit ce qui est moralement bon. Pour Epictète, c'est être guidé par la « Loi de Zeus »56 ; et pour Sénèque, cela signifiait se consacrer entièrement à un mode de vie et vision du monde :

"L'honneur qui est rendu aux dieux ne réside pas dans les victimes pour le sacrifice, bien qu'elles soient grasses et scintillantes d'or, mais dans le désir droit et saint des adorateurs. Les hommes bons doivent dont plaire aux dieux avec une offrande de farine et de bouillie; le mauvais par contre, n'échappent pas à l'impiété bien qu'ils teignent les autels avec des flots de sang." (Sénèque, "De Beneficiis," 1.6.3)


Dans Romains 12 : 1, Paul enseigne aux chrétiens qu’un culte convenable n’exige plus un sacrifice littéral de leur corps, mais qu'ils doivent vivre leur vie comme une incarnation de la volonté et des voies de Dieu dans le monde.

Troisièmement, il existe une similitude entre l'importance que le stoïcisme accorde à la nécessité de la transformation de l'esprit, comme fondement nécessaire à la vie morale, et l'appel de Paul à la transformation par le renouvellement de l'esprit dans Romains 12:2. 58

Selon Sénèque, « Celui qui a appris et compris ce qu'il doit faire et éviter, n'est pas un homme sage tant que son esprit ne prend pas la forme de ce qu'il a appris. » ("Epistulae Morales," 94.47‐8)


  Autrement dit, pour les deux, Sénèque et Paul, vivre des vies transformées confirme  la transformation intellectuelle. La différence entre les deux est que pour Paul cela commence par une transformation spirituelle, qui débute par le séjour du Saint-Esprit.

Quatrièmement, l'éthique stoïcienne du premier siècle est centrée sur les quatre vertus traditionnelles - la prudence (φρονσις), modération ou maîtrise de soi (σοφρουνη), justice (δικαιοσυνη) et courage (ανδρεια).
 
  Sénèque affirme que le but premier de la philosophie est d'offrir une direction aux gens,
au sein de la société, pour parvenir à une société dans laquelle l'unité et le soin mutuel se répandent.
 
  Selon Runar Thorsteinsson, l'appel de Paul à l'humilité et à la modération (Romains 12:1-6) des membres du corps de Christ, et son accent sur les dons individuels et la fonction donnée par Dieu pour le bénéfice de l'ensemble, coïncide avec l'éthique du stoïcisme du premier siècle.
 
  En plus de cela, la description de Paul du Christ comme le chef de l'église, et le l'Église comme son corps, est analogue à celui utilisé par Sénèque qui décrit Néron, comme le chef de l'empire, et appelle ses citoyens à agir avec humilité, modération et amour envers un
autrui. ( "De Clementia," 1.21.4; 1.11.2; 1.4.3; 1.5.1)


  Sénèque écrit :
"Et si les mains désiraient blesser les pieds, ou les yeux les mains ? Comme tous les membres de
corps sont en harmonie avec un autre parce que c'est à l'avantage de l'ensemble que les membres individuels soient sains et saufs, de sorte que l'humanité devrait épargner l'homme individuel, car tous sont nés pour une vie de camaraderie, et la société ne peut être sauvée que par la protection mutuelle et l'amour de ses parties"


Ces métaphores partagent non seulement un langage et une forme parallèles, mais les principes sous-jacents de ces métaphores sont les mêmes : 1) elles illustrent que le tout dépend de ses parties ; et 2) ils enseignent chacun le principe stoïcien de l'humanité universelle - chaque être humain est sacré.


L'appel de Paul dans Romains 12:14 pour bénir ceux qui vous persécutent, reflète également l'enseignement stoïcien. Cela pose la question de savoir si les enseignements de Paul peuvent ou non avoir leurs racines dans les enseignements de Jésus. Stanley Stowers souligne, cependant, que si Paul savait que Jésus avait un tel enseignement, il n'utilise pourtant pas l'idée que Jésus était un maître d'éthique même si plus tard les enseignements trouvés dans Matthieu et Luc recouperont plus tard ses propres enseignements.65

A la fois Épictète et Musonius plaident contre la vengeance, et dans le cas d'Épictète, il appelle même à la compassion (Epictète, 3.22.54. Musonius Rufus, "Fragment 41.136.").


Cinquièmement, dans Romains 13 : 8‐10, Paul réitère de nombreux commandements donnés à Moïse qui parlent de vivre en communauté, mais soulignent l'importance de l'amour envers
voisin comme accomplissant la loi. Cela coïncide avec l'enseignement moral de Sénèque, qui dit que l'on doit vivre pour son prochain, [comme] si l'on voulait vivre pour soi-même.67

  Mettre les besoins des autres sur le même niveau d'urgence que soi-même contribue également à affirmer le caractère sacré de toute l'humanité.


Enfin, la compréhension stoïcienne des choses indifférentes pourrait expliquer le raisonnement de Paul pour maintenir sa condition ou sa situation dans I Corinthiens 7:17‐20."

Évidemment la similitude entre Paul et les stoïciens de son temps peut trouver trois éléments d'explication non exclusifs entre eux : 1) Paul les avait entendus et lus à Tarse, ville de philosophes, et d'ailleurs c'est pourquoi il va encore dialoguer avec eux à Athènes, 2) il y a une sorte de phénomène de "champ morphogénétique" à la Sheldrake autour de l'apparition de ces idées, 3) c'est l'action simultanée du Saint-Esprit à la fois à Rome chez les philosophes et dans le monde hellénophone où Paul déploie sa prédication.

A rapprocher par exemple du fait que l’année même où la figure de proue du catholicisme libéral le RP Lacordaire installait les dominicains à Saint Maximin et publiait un livre sur Marie-Madeleine qui consacrait une part importante à la résurrection de Lazare son frère, comme paradigme du pouvoir de l’amitié, en 1859, le socialiste Pierre Leroux en exil à Jersey allait méditer dans le tome 2 de la Grève de Samarez (p. 394 et suiv) sur cette résurrection de Lazare (qu’il n’avait fait qu’effleurer dans De l’Humanité en 1840) pour y puiser sa définition des relations entre les deux sexes.

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Un sonnet étrange sur l'Immaculée conception

12 Février 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Entendu hier sur la chaîne "Sur les Pas du Padre Pio" un récit qui selon le présentateur "donne la chair de poule" à un catholique (mais qui sans doute donnerait la nausée à un protestant) : il est extrait des mémoires du célèbre exorciste romain le P. Gabriel Amorth (1925-2016), et figure aussi sur le site Aletheia.

En 1823, à Ariano Irpino,un jeune homme est possédé. Deux dominicains réalisent l'exorcisme, et forcent le démon, pour l'humilier, à démontrer que Marie est immaculée et de le faire sous forme de sonnet (à rapprocher peut-être de ce que j'écrivais il y a 7 ans sur un exorcisme de 1610 à la Sainte-Baume, je referme la parenthèse). Voici quel en fut le résultat.

« Je suis la vraie Mère d’un Dieu qui est Fils
et je suis fille de Lui, bien que sa Mère.
Il est né de toute éternité, et c’est mon Fils,
Dans le temps je suis née, et pourtant je suis sa Mère.
Il est mon créateur et il est mon Fils
Je suis sa créature et je suis sa Mère.
C’est un prodige Divin que soit mon Fils
un Dieu Éternel, et de m’avoir pour Mère.
L’être est presque commun entre Mère et Fils
parce que l’être, c’est de son Fils que l’eut la Mère,
et l’être de la Mère, l’eut aussi le Fils.
Or si l’être du Fils l’eut la Mère,
Ou bien on dit que fut maculé le Fils
Ou sans tache on dira la Mère »

Je me garderai évidemment de tout commentaire sur ce texte étrange qui fut transmis trente ans plus tard au pape Pie IX qui proclama le dogme de l'Immaculée conception.

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Encore un mot sur Richard Bentley

30 Janvier 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Médiums, #Sociologie des institutions

Dans mon livre sur les services juridiques de l'Etat (p. 298) j'ai parlé de l'histoire du principe du contradictoire ("audi alteram partem" : il faut écouter le point de vue de l'autre, entendre sa défense) et, encore il y a cinq ans,  je rappelais qu'une mésaventure survenue à Richard Bentley en 1723 fut à l'origine de l'invention en Angleterre de ce principe du contradictoire, transposé par les libéraux en France au XIXe siècle (notamment par les tendances anglomanes du Conseil d'Etat au XIXe siècle, ceux que Leroux appelait "la France carthaginoise". Finalement le principe s'est introduit dans toutes les procédures administratives en France et dans les autres pays européens)

Notons que Bentley fut par ailleurs auteur de "La friponnerie laïque des prétendus esprits-forts d'Angleterre, ou Remarques de Phileleuthere de Leipsick sur le Discours de la liberté de penser" qui fut traduit en français par Armand Boisbeleau de La Chapelle, écrivain protestant français exilé qui avait tout intérêt à faire cause commune avec Bentley. C'est une réaction à la parution sous couvert d'anonymat en 1713 du Discours sur la liberté de penser d’Anthony Collins qui avait mis Londres en ébullition et affaibli le parti Whig au pouvoir en Angleterre. Le livre allait si loin dans l'athéisme qu'il affaiblissait les défenseurs de la liberté en les faisant passer par ses excès pour des bandits anarchistes, et jetait l'opprobre sur le protestantisme capable de devenir un tel nid de vipères.

Collins avait, outre ce discours, fait paraître aussi en 1710 "Priestcraft in perfection" traduit en français par "La friponnerie ecclésiastique portée à son comble", que La Chapelle décrit comme une entreprise "don quichottesque" contre toute forme de cléricalisme auquel il finit par donner une portée totalement antichrétienne.

Parmi les réponses à cette provocation, celle de Bentley, nous dit La Chapelle, fut la plus impérieuse car à la fois elle démontait la lecture historique que Collins faisait des autorités ecclésiastiques et discréditait l'honnêteté intellectuelle de l'auteur (alors, nous dit le traducteur, que les déistes ont tendance à se draper dans la pureté morale).

Vous savez que depuis mon passage par les magnétiseurs, je prête une certaine attention à la question de la sorcellerie (cf mon livre). J'observe que la question n'est pas absente du livre. On se souvient que dans les années 1660 en Angleterre sous la plume notamment de Glanvill dont on a déjà parlé, la question était d'une certaine importance, alors qu'en France Louis XIV allait encore affronter une affaire de sorcellerie, et Colbert ne mettra fin à la condamnation des sorciers qu'en 1682.

Collins, note Bentley, attribuait aux progrès de la liberté de penser un mérite : celui d'avoir fait déchoir en Grande-Bretagne "le pouvoir que l'on attribue au diable dans les possessions, et dans les sortilèges" (p. 78 de la traduction). Le théologien répliquait que c'était faux car les prêtres anglicans estimaient que les sortilèges existaient, et que c'est la loi votée en 1562 à l'initiative de la chambre basse qui avait qualifié d'acte de félonie "l'usage et la pratique des enchantements, de la magie et des sortilèges" de sorte qu'on ne pouvait en imputer le responsabilité aux ecclésiastiques.

A propos de la loi sur les sorcières, La Chapelle se réfère à John Stype, et cite ce passage en note de bas de page : "La raison qui fit porter ce Projet, vint du grand nombre d'Enchanteurs, de Sorciers & de gens qui invoquent le malin Esprit, qui s'accréditèrent dès les premiers momens de l'Avénement de la Reine à la Couronne, & peut-être auparavant. Ces gens-là se mêlaient des Affaires de l'Etat, & se servaient de Sortilèges, & de la Magie noire, pour ôter le Royaume à cette Princesse (Elizabeth Ie). On remarquait d'ailleurs qu'il régnait beaucoup de Maladies extraordinaires, qu'il y avait beaucoup „ de gens qui perdaient la parole, ou l'usage des sens, qui tombaient en langueur, ou dont la chair pourrissait ; ce que l'on crut avec raison, „ être les effets des Conjurations & des Enchantemens. Aussi est-ce ce que l'on dit dans le préambule de l'Acte" (Strype Annales t 1, ch 2 p. 61).

En réponse à Bentley, Collins allait d'ailleurs reconnaître que le clergé anglican n'était pas responsable des excès de la lutte contre la sorcellerie, notamment dans le procès d'Hertford de 1712 (dernière condamnation de sorcière en Angleterre).

Bentley poursuit son propos sur la sorcellerie en estimant qu'avant la Renaissance et la Réforme c'est une faiblesse générale de l'esprit humain et non une "friponnerie ecclésiastique" qui faisait imputer au diable beaucoup de problèmes aux causes naturelles : "les délires, les convulsions, les envies de manger" etc.  Seules les "lumières de la philosophie et de la médecine" ont eu le mérite de régler le problème, il revient donc "aux Boyles, et aux Newtons, aux Sydenhams, et aux Ratcliffs". "Lorsque ce peuple vit que des ordonnances de médecins guérissaient des maux qu'il imputait au Sortilège, il n'en fallut pas davantage pour le guérir lui-même de ses préjugés". Bentley salue d'ailleurs le travail contre la superstition de pasteurs comme le hollandais Balthazar Becker (1634-1698) et l'archevêque d'York Samuel Harsnet (1561-1631).

La Chapelle précise ceci  en note de bas de page à propos de Harsnett : "En 1586 , un jeune homme nommé Darrel s'érigea en Exorciste, & fit imprimer des Relations de quelques-unes de ses prouesses. La prétendue guérison d'un garçon de 14 ans faite à Barton en 1596, fit un grand bruit. A cette occasion Harsnet, qui n'était encore que Chapelain de l'Evêque Bancroft, écrivit un Ouvrage, intitulé, Découverte des Pratiques frauduleuses du Ministre".

Bentley était donc un théologien aux tendances rationalistes (à la différence de ce qu'allait être un Wesley par exemple), tout en étant très opposé au déisme.

Pour ma part, en tout cas, je compte appliquer le principe "audi alteram partem" dans un billet que j'écrirai dans quelques semaines sur le Suaire de Turin.

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Morand sur le Journal de Claudel

30 Janvier 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Puisque je citais il y a peu le Journal de Claudel, voici ce que Morand en disait en avril 1969, dans son propre journal :

Bourdieu disait que Bakhounine avait la vérité sur Marx et réciproquement. Morand livre-t-il là une part de vérité sur Claudel ? Ailleurs dans ce journal il dit que ce dernier n'aimait personne, qu'il était profondément anti-démocrate ce qui aurait pu lui valoir des problèmes dans sa carrière de diplomate à la fin des années 1910 sans la protection de Berthelot (Morand diplomate à la même époque était bien placé pour le savoir, et il avait fréquenté Claudel d'assez près).

On est loin des paroles cordiales de Claudel sur Romain Roland et des amabilités que celui-ci lui rendait. Là les roses, avec Morand les épines. Mais Morand est toujours âpre avec tout le monde, et toujours mauvaise langue comme les diplomates aiment l'être.

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Le sang de Saint Janvier se liquéfie à nouveau

17 Décembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Il y a eu des inquiétudes à Naples en décembre 2020 quand le sang de Saint Janvier a cessé de se liquéfier (de même en 2016). Mais le miracle a recommencé à se produire en mai et décembre 2021 et mai et septembre 2022 (jour de la Saint Janvier). Le 16 décembre 2023 cela s'est produit à nouveau, à 10 h 56.

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Sainte Hildegarde et la symphonie de l'âme

8 Décembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Pythagore-Isis

En février 1947, Paul Claudel reçoit "un énorme volume fort nourri et fort intéressant, de Joseph Samson, maître de chapelle à la cathédrale de Dijon intitulé "Paul Claudel, poète-musicien". Il le mentionne dans son journal, et ajoute "Symphonialis est anima. Sainte Hildegarde". Cela m'a fait penser aux mystiques de la musique pythagoriciens, les acousmates.

Puis j'ai voulu  en savoir plus sur cette "âme est symphonique" de la mystique médiévale (1098-1179), et, comme je ne peux lire des traités en latin, j'ai d'abord regardé ce qu'en disait Georgina Rabasso docteur en philosophie, chercheuse à l'université de Barcelone dans "Redécouvrir les secrets de la voix".

Hildegarde, nous dit-elle, était souvent forcée au silence par la maladie. Néanmoins, "le silence contredisait les préceptes de la Divinité, qui lui a ordonné de parler et d'écrire sur ce qu'elle a vu et entendu. A la fin de sa vie, la hiérarchie ecclésiastique imposa silence à sa communauté mais Hildegarde, non sans effort, réussit à ramener la musique dans la vie quotidienne du monastère. Elle le fit en adressant une épître aux prélats de Mayence, dans laquelle elle plaidait à la fois contre l'interdiction de chanter pendant l'office divin, et fait l'éloge de la musique et du chant à partir d'une théorie suggestive néoplatonicienne-chrétienne de leur fonction dans l'univers et dans l'histoire de l'humanité".

Cette seule phrase de la chercheuse suffit à me faire penser que mon intuition sur le rapport avec Pythagore n'était pas si déplacée que cela. Le pythagorisme se reflétant dans le néo-platonisme.

Quelques années auparavant, précise Rabasso, Hildegarde de Bingen avait expliqué dans une lettre au moine Guibert de Gembloux comment "fonctionnaient" ses perceptions auditives mystiques. "Je n'entends pas ces choses, écrivait-elle, avec des oreilles corporelles, et je ne les perçois pas avec les cogitations de mon cœur ou l'évidence de mes cinq sens. Je ne les vois que dans mon esprit, les yeux grands ouverts, et ainsi je ne souffre jamais le défaut de l'extase dans ces visions. Et, pleinement éveillée, je continue à les voir jour et nuit". La compréhension du sens caché des choses que le divin donne à Hildegarde n'est pas seulement issu de l'intellect et de la vision mais aussi de l'audition. Il y a autant uisio intellectualis qu'auditio intellectualis, ce que Rabasso rapproche de certaines considérations de St Augustin dans son traité De musica.

Cet aspect auditif, Hildegarde a essayé de le restituer dans ses compositions musicales auxquelles le musicologue Marcel Pérès à Moissac essaie de rendre vie en partie dans une visée thérapeutique (ce qui est aussi très pythagoricien).

"Dans un passage autobiographique inclus dans sa Vita, note Rabasso, elle déclare qu'elle a composé des chants et des mélodies à la louange de Dieu et des saints sans avoir n'a jamais reçu de formation spécifique, et qu'elle les a jouées sans jamais avoir étudié ni la notation musicale pneumatique ni le chant. Juste de la même manière elle a déclaré qu'elle avait écrit ses œuvres en latin bien qu'elle ne connaisse pas la grammaire latine".

Dans une lettre à un prélat de Mayence de 1178-79, Hildegarde explique que l'interdiction du chant qu'avait imposée à sa communauté sa hiérarchie épiscopale était condamnée par ses voix intérieures qui avaient mis en avant les diverses louanges dont parle le roi David dans le Psaume 150:3-6. Elle ajoute que la voix d'Adam au principe était en harmonie avec les voix des anges. "A cause de la faiblesse que la Chute a imposée aux êtres humains, il n'a plus supporté la puissante sonorité son ancienne voix, mais celle-ci peut être restaurée par les chants de louange. "

"La symphonie réveille l'âme humaine léthargique et la met en mouvement vers la recherche de sa rationalité perdue." Hildegarde prévient en outre les prélats que leurs décisions renforcent les dissonances diaboliques dans le cosmos. A la fin de ses Sciuias, elle dit avoir entendu "une multitude « faisant de la musique en harmonie louant les rangs du Ciel» et qu'ils venaient d'un air plein de lumière". Cette multitude hétérogène produisait un son harmonieux qui, à travers ses louanges, faisait écho à l'harmonie céleste elle-même, ce que Rabasso rapproche de l'harmonie des sphères chez Pythagore.

Le sens des compositions d'Hildegarde est donc de permettre aux hommes de pouvoir par le chant et la symphonie interprétés à la fois par l'âme et le corps (par la voix et les instruments) remonter l'échelle de Jacob vers les sphères angéliques.

Une autre philosophe catalane avant Rabasso, dans les années 1990, Rosa Rius Gatell, dans la Revista d'Estudis Feministes 16-1999,  s'était intéressée au rapport d'Hildegarde à la musique, et elle avait ajouté que la sainte défendait la thèse platonicienne et stoïcienne d'un cosmos vivant dont les composantes sont en interaction sympathiques entre elles, avec une âme et un corps qui se fortifient mutuellement comme les planètes réchauffent le firmament. Dans ce dispositif, l'homo rationalis fait des choix qui rapprochent ou éloignent la réalisation du plan de Dieu. L'homme de Dieu (vir deus) est un intermédiaire du macrocosme qu'il reflète jusque dans sa physiologie. C'est par rapport à ce dispositif cosmique, dispositif qui a été "abîmé" par la Chute, que doit se comprendre l’œuvre rédemptrice de la musique. Hildegarde prend appui sur le Psaume 150 pour montrer que le choix adéquat des instruments harmoniques permet d'atteindre la science de Dieu originelle et son harmonie céleste.

On a là une théologie de la musique très hautement inspirée et qui bien sûr fait écho à d'autres formes de mysticisme musical dans d'autres cultures (Inde, Chine, Perse etc). Bien sûr, comme toutes les formes de mysticisme, celui de Ste Hildegarde subit beaucoup de distorsion, notamment dans la mouvance New Age, et il faut se méfier de ces égarements. Mais dans le message initial il y a quelque chose de très puissant (et d'ailleurs de très enraciné dans la Bible, dans les Psaumes), qu'il convient de méditer...

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Natalie Saracco et le problème de la vérité

1 Décembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

Sur You Tube une "chrétienne" façon Alexandra Henrion-Caude. Très "love love love", "amour amour", "j'aime Jésus, Jésus nous aime", la cinéaste Natalie Saracco.

Quand le journaliste de TV LIbertés (ci dessous) lui demande à juste titre (minute 14'12) "Cette sensibilité au surnaturel au divin, vous dites que c'est comme si Dieu avait ses têtes. Comment vous expliquez qu'il y a des personnes qui sont plus ou moins sensibles au surnaturel ?"

Elle répond : "Non Dieu n'a pas du tout ses têtes (...)
Le journaliste insiste :  "Il y a des gens qui sont totalement bloqués à ça"
Elle : "Ils sont bloqués, mais en même temps à eux aussi de se donner les moyens. Si je veux bronzer je vais me mettre sous le soleil, je ne vais pas me mettre dans une cave, ou sous un parasol enfermée quoi".

Cette dame est sans doute pleine de bonnes intentions (comme l'enfer en est pavé), mais on sent un brin de condescendance dans cette recommandation aux athées de "se donner les moyens" de la spiritualité.

Evidemment son expérience de mort imminente fonctionne pour elle comme une légitimation, et peut-être l'aveugle un peu, et personnellement j'avoue que j'apprécie davantage l'ex new-ageuse Doreen Virtue (malgré les limites aussi de sa position) qui refuse l'autorité des expériences de mort imminentes parce qu'elles sont contradictoires entre elles, et refuse même l'autorité de sa propre vision de Jésus-Christ qu'elle a eue juste après sa conversion. Doreen Virtue pousse l'exigence de vérité plus loin, me semble-t-il, ce qui fait plus honneur à Dieu. Car si l'on en reste à "je veux qu'on s'aime, Jésus m'est apparu", on n'a rien à répondre à celui qui dira : "le chanteur Freddie Mercury qui avait passé un pacte avec une entité obscure - et s'en était vanté - avait aussi des apparitions, et voulait aussi officiellement qu'on s'aime". On affaiblit les critères de la vérité spirituelle et morale.

Ainsi la dame s'enferme sans s'en rendre compte dans un cercle "d'illuminés" heureux de leur rapport privilégié à Jésus, enivrés d'un sentiment d'amour d'autant plus facile à proclamer qu'on se sent supérieur aux "pauvres gens" qui restent "enfermés dans leur cave"... Elle ne risque de ne convaincre ainsi que ses semblables...

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A Saint Nicolas des Champs...

25 Novembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Peu de temps après la disparition de mon entité en août 2015 (voyez mon livre sur les médiums), je me suis intéressé à tout ce qui était guérison, délivrance, exorcisme etc. aussi bien en milieu catholique que protestant. C'est comme ça que j'ai suivi les enseignements d'Allan Rich, de Mme d'Astier de la Vigerie, et me suis rendu dans divers lieux où des guérisons se produisaient (rappelez vous que je suis même allé voir les antoinistes par curiosité, autant que dans l'espoir de guérir d'une tendinite).

J'avais entendu parler bien sûr de certains milieux charismatiques catholiques dans la lignée du père Tardif, mais j'attendais que l'occasion me soit donnée d'aller fréquenter un de ces cercles. Je crus cette occasion venue cet automne quand j'eus une conversation avec une psy un peu "New Age" de Mantes-la-Jolie, à qui je parlai des oppressions (maux de têtes, pressions sur le plexus solaire etc) que je subissais fréquemment. Elle me dit : "Il y a un endroit intéressant à Paris. Saint Nicolas des Champs. J'y ai amené une amie. Elle avait un cancer de l'anus. Elle a guéri instantanément, et, du coup, elle y retourne tout le temps maintenant. Moi je les trouve un peu intégristes, mais il s'y passe des grands moments de pardon. Ils se réunissent tous les jeudis. Il y a tout le temps des miracles qui s'y produisent.

Ca m'a surpris qu'elle parle de pardon, elle qui, dans son luciférisme, ne parlait jamais de péchés et de confession, et croyait qu'il fallait seulement "trouver le divin en soi". Mais je savais qu'elle n'était pas à une incohérence près. Cependant je savais qu'elle avait raison, concernant les miracles de Saint Nicolas, car j'avais déjà vu beaucoup de témoignages à ce sujet sur Internet. Et je me suis donc dit qu'il fallait que j'aille voir de plus près, avant que le froid hivernal ne me dissuade définitivement de sortir.

La psy m'avait dit : "Il faut y être assez tôt. Les places sont rares" Comme il y avait peu de trains au départ de ma province, je me suis retrouvé dans ce vieux temple parisien dès 16 heures, ce qui m'a permis de voir ce qui s'y passait bien en amont des "prières de guérison" de 18 h 15. Sur le panneau à l'entrée, il était écrit que l'astronome Gassendi y était enterré, ce qui ne m'a pas paru spécialement de bon augure car, autant que je me souvienne, ce contradicteur de Descartes était un libertin. Mais j'étais résolu à faire confiance à Dieu pour me protéger des éventuelles mauvaises influences.

Je n'avais regardé aucune vidéo avant d'entrer afin de porter un regard vierge sur tout ce qui me serait présenté. En entrant je fus donc frappé par la beauté des tableaux aux murs, ce qui ne m'inspira pas spécialement confiance, car personnellement je préfère toujours les lieux dépouillés. Il y avait une adoration du Saint Sacrement. Des chaises en plastique avaient été rajoutées pour la soirée, mais pour l'heure, il n'y avait là qu'une trentaine de personnes, pour les deux tiers des gens de couleur, comme souvent dans les séances d'adoration à Paris.  Avec mon prisme de sociologue, je me suis demandé si les proportions seraient les mêmes à partir de 18 h15. J'ai repensé à cette correspondante antillaise que j'ai eue, qui habite maintenant à Béziers, et qui a des visions de Jésus-Christ et de la Vierge Marie qui lui délivrent des messages prophétiques. Je n'ai jamais trop su si ses révélations venaient de Dieu ou du diable. J'avoue que, prudemment, j'ai évité de me pencher là-dessus, même si elle a souvent insisté pour que je l'aide à les publier, et je me demandais, dans cette église, quel "égrégore" pourrait bien naître des prières communes pendant la séance de guérison si la plupart des gens avaient le même profil spirituel que cette correspondante... Est-ce qu'on importe les entités de sa Terre natale ? Songez à cette porte-parole de Trump, le soir des résultats de la proclamation des résultats de l'élection présidentielle américaine de novembre 2020, qui se perdait en incantations : "J'appelle tous les anges d'Amérique, tous les anges de l'Afrique, qu'ils soient libérés maintenant ici même, etc."

Vers 17h 30, il y avait déjà plus de monde. Et ce fut la récitation du chapelet. Pour le coup cela n'avait rien d'intégriste contrairement à ce que prétendait la pauvre psy assez ignorante des choses de la religion (et volontairement ignorante : elle n'a jamais daigné me poser la moindre question à ce sujet, sûre qu'elle était - à tort - de toujours en savoir assez), cela n'avait rien d'intégriste. Il s'agissait des mystères lumineux, introduits dans l'Eglise par la pape moderniste Jean-Paul II (très moderne fut aussi la façon don une officiante par moment transformait "fruit de vos entrailles" en "votre enfant" - ce qui constitue une toute aussi mauvaise traduction de "fructus ventris tui"...). Comme ces mystères brisent la cohérence des 150 "je vous salue" que présente la succession des mystères joyeux-douloureux-glorieux (150 comme les Psaumes, c'est le "psautier de Marie"), je me suis tout simplement abstenu de réciter en même temps que l'assemblée (de toute façon, j'avais déjà récité mes mystères joyeux le matin). Cette dernière, plus nombreuse qu"à 16 h, comme je l'ai dit, présentait le même profil sociologique, dans l'ensemble, et - ce qui m'a surpris - n'était pas spécialement chaleureuse. On ne pouvait pas s'attendre à ce qu'une fraternité particulière émane du groupe, ce qui est toujours regrettable - je suis certain que cela attriste Dieu...

A 18 h15, cela commença. Cette fois l'église était bondée. Le prêtre en blanc expliqua le principe des intentions de prière, et puis ce qui allait se passer pendant la cérémonie : la présence d'un "service d'ordre" (sic), le fait qu'on serait filmé, le fait qu'il y aurait des manifestations de l'Esprit saint, des "paroles de connaissances" qui seraient délivrées à certains fidèles pour leur dire lequel d'entre nous serait guéri et de quoi, qu'il ne fallait pas avoir peur (il est vrai que ce surnaturel irrationnel peut déstabiliser), que tout cela était déjà dans le Nouveau Testament etc. On est toujours frappé de voir comme il faut systématiquement qu'un prêtre ou un officiant "recadre" les choses bibliquement pour que les gens n'aillent pas spéculer sur de fausses pistes. Il y avait des connotations très protestantes à tout ça, et d'ailleurs pendant la séquence des "enseignements" le prêtre allait lire un texte d'un prédicateur évangélique. C'était protestant... à ceci près que les miracles allaient se produire à mesure qu'on allait promener le Saint Sacrement dans les rangs et qu'il n'y aurait pas d'imposition des mains.

L'officiant insista sur le fait qu'il ne fallait pas avoir peur, et cela allait revenir dans les chants : "je n'ai pas peur". Et il est vrai que parfois, s'en remettre à l'Esprit, dans cette mouvance charismatique, expose à des situations effrayante. La seule personne qui parvînt à guérir ma tendinite (pour quelques heures) au téléphone le 1er mars 2020 fut une femme qui s'était vouée à l'Esprit saint et faisait des miracles dans les rues... mais s'était mise au ban de toutes les Eglises et affrontait des tas de phénomènes paranormaux bizarres, y compris l'incendie de l'immeuble où elle vivait...

"Tournez vous vers votre voisin, dit le prêtre, et dites lui 'je vais prier pour tes intentions' " ("dis à ton voisin" est une expression qu'employait souvent le pasteur Samuel Peterschmitt en Alsace). C'était une bonne idée susceptible de sortir tout un chacun de son égoïsme, mais cela n'eut pas vraiment pour résultat de mettre les gens en communion. Les gens gardaient des visages fermés. A ma gauche, il y avait un vieil africain. Je lui dis la phrase rituelle, et lui la dit aussi, sans conviction. La jeune femme européenne derrière moi de la dit pas, mais eut un sourire charmant quand je la prononçai dans sa direction et dit "merci".

J'avais remarqué sa présence, depuis un quart d'heure, parce que, avant que le grand père ne s’assoie à côté de moi, elle avait prié avec beaucoup de componction en mettant ses coudes sur la chaise à côté de moi, de sorte que ses avants-bras étaient à moins de trente centimètres de mon épaule gauche, et que, du coup, je ressentais le magnétisme de son corps, au point d'avoir chaud à l'oreille gauche. Toujours attentif aux égrégores ou aux forces énergétiques qui pourraient se créer, je m'étais demandé ce que cette interférence pourrait provoquer. J'observais aussi mes sensations : j'avais toujours mal à la tête depuis le matin, et le plexus solaire un peu froissé, mais je ne ressentais pas d'oppression particulière. Le lieu avait l'air spirituellement sain.

Je me demandais si tous les gens présents étaient malades. Certains avaient peut-être des choses graves comme la dame avec son cancer de l'anus. Mais cela ne se voyait pas sur leurs visages. Avant de savoir que le saint sacrement circulerait dans toute l'église, je m'étais installé plutôt à l'arrière puisque moi, je n'avais rien de grave (du moins à ma connaissance) à part les oppressions certains jours et ma tendinite au pied gauche. Si les miracles se produisaient autour du prêtre qui officiait à l'autel, je voulais laisser la priorité à plus atteint que moi. J'avais aussi des intentions de prière pour une copine musulmane atteinte d'une leucémie (vu son commerce avec le monde invisible depuis l'enfance cela ne m'a guère surpris) et pour la fille bipolaire d'un collègue (cartésien en surface, mais lui aussi a des rapports bizarres aux forces sombres : amateur de Bob Dylan, exposé au chamanisme involontairement dans un happening artistique en 2019 etc, le piège classique des bobos parisiens), mais je sais que Dieu peut aussi les guérir indépendamment de cette séance à travers mes prières, comme il l'a fait pour mes parents. Et de toute façon, je ne voulais pas m'enfermer dans des intentions personnelles. Je voulais être vraiment de bonne volonté dans l'intérêt général, en faisant abstraction de moi-même et de mon entourage. L'Evangile dit que de toute façon les bienfaits personnels viennent "de surcroît" quand on est dans cet état d'esprit.

Le prêtre avait dit qu'il faut commencer par la louange (ce qui est une évidence), même si c'est difficile quand on souffre beaucoup. Et, puisque je n'étais pas malade, je m'appliquai d'autant plus sur ce volet là que j'étais dans une situation confortable. Les cantiques étaient simples. Assez "protestants" aussi, dans l'inspiration, sur le thème "Viens esprit saint embrase nous" comme chez les pentecôtistes. Les femmes au micro les portaient avec chaleur, et j'eus plusieurs fois les larmes aux yeux en les reprenant, comme cela m'est aussi parfois arrivé à certaines messes ordinaires. L'assemblée chantait avec plus d'application qu'aux messes dominicales. Je ne sais pas trop si mes émotions m'ont nettoyé de quelque chose, en tout cas, je sentais quand même une sorte de présence de l'Esprit, et je ne doutai point qu'il se produirai des miracles. Et d'ailleurs il s'en produisit, que des gens proclamaient au micro "une personne vient de guérir de sifflement dans les oreilles", "les verrues plantaires de celle-ci ont disparu", "les varices de quelqu'un dans l'assemblée vont guérir et il n'aura pas besoin d'une intervention chirurgicale", "un membre de l'assemblée souffre d'avoir quitté une congrégation religieuse, mais en se vouant à Saint Jean-Baptiste il trouvera sa voie".

Le prêtre avait dit qu'il ne fallait pas se fier à ce qu'on ressentait, et que, même si rien les concernant ne serait dit au micro, certains guériraient quelques jours plus tard sans même s'en rendre compte. C'est très vrai bien sûr, et en tout cas, je veux bien croire que ce petit passage dans cette noble assemblée bénéficiera aux deux personnes pour lesquelles je priais (pour me voir dans l'assemblée voyez à la minute 55'42 ci-dessous).

Je suis sorti vers 19 h 25, avant la fin. Je ressentais un peu moins ma tendinite, l'air dans mes narines me semblait un peu "épuré", bref je ne ressentais pas spécialement de mauvaises influences, et donc j'étais plutôt content de ce passage en ce lieu qui faisait honneur au Créateur.

Quand je pris mon train du retour vers 20 h, une scène assez étrange se produisit que j'interprétai comme une validation divine de mon effort pour assister à cette prière collective (un peu à l'image des surprenantes synchronicités que j'avais reçues à ma descente de l'avion au retour de Medjugorje en 2016, des synchronicités et même des miracles à vrai dire plus spectaculaire, mais mon effort d'alors, avait été aussi plus grand puisqu'il avait duré plusieurs jours). Jugez en plutôt.

J'étais à l'avant du train à manger un sandwich, avec ma bouteille d'eau d'Evian à côté de moi, quand un jeune homme entra.

Pour bien situer le contexte, il faut savoir que les trains sont un univers triste, totalitaire. Pendant deux ans ils ont été au service de la dictature sanitaire et diffusent encore des messages répressifs à tout bout de champ avec un robot à la voix féminine détestable. Et la SNCF une structure entièrement dédiée au racket qui vous oblige à réserver des places dans des wagons vides (j'avais dû payer un nouveau billet parce que celui que j'avais n'étais pas valable sur les trains directs, une nouveauté...). Les gens tristes y sont hypnotisés par leur téléphone portable dans lequel ils cherchent une évasion illusoire purement addictive.

Le train ainsi transformé en bétaillère inhumaine robotisée est d'autant moins peu propice aux rencontres (contrairement à ce qu'il en était il y a cent ans), que les populations qui l'empruntent sont chacune enfermée dans ses références, son style vestimentaire etc. En plus, je ne suis pas d'un tempérament très sociable, c'est le moins que l'on puisse dire, même si la sociologie m'a donné le goût de la compréhension des gens mais sous un angle assez intellectuel...

Revenons à nos moutons. Ce jeune homme, grand, maigre, était très typé banlieue : survêtement clair, capuche, lunettes de soleil qui cachaient ses yeux, le genre de type que les bourgeois de ma trempe d'ordinaire évitent. Il avait avec lui un vélo, et, chose que je ne remarquai point au début, quatre canettes de bière (quoique cependant il ne sentit point l'alcool, donc il ne les avait probablement pas consommées).

Alors que j'étais en train de mâchouiller la viande de mon sandwich sur mon siège il m'interpela :

"Monsieur, je viens de trouver ce vélo, qu'est ce que j'en fais ?"

Moi, encore dans l'ambiance des prières de guérison sur lesquelles je méditais, je répondis avec un certain naturel : "Vous n'avez qu'à le laisser sur le quai". "- Mais pour quoi ?" "- Le propriétaire va le récupérer" dis-je. Il s'exécuta.

Je continuais mon sandwich pensant la conversation terminée. Mais le type avait envie de parler. "Vous faites quoi ?" me dit-il. J'hésitai à répondre parce que me demandais sur quelle partie de mes activités quotidiennes il cherchait au juste à m'interroger. Il ressortit prendre le vélo, et me dit "non en fait le vélo est à moi". A tout hasard j'approuvai sa bonne blague en souriant. La dernière fois que je suis allé voir mon prêtre guérisseur, une vieille dame qui était là m'a dit "merci pour votre sourire, ça fait du bien". On voit bien que les gens manquent de sourires. C'est aussi ce qui manquait aux prières de guérison, même si cela se comprend vu que les gens étaient malades et pleins de préoccupations...

Il me tendit alors une de ses bières : "Tenez je vous l'offre". Il était toujours impossible de discerner l'expression de son regard, du fait de ses lunettes de soleil. Je dis simplement avec un geste de remerciement : "Non merci, je ne bois pas". Il fut surpris. Je montrai ma bouteille d'Evian : "Seulement ça".

Il me demanda : "Ah bon ? Vous prenez quoi alors ? de la coke en cachette de votre femme ?"

Je n'eus pas vraiment le temps de de penser dans le feu du dialogue, mais en arrière plan de mes mots il y avait effectivement le fait que je ne veux pas boire d'alcool pour que cela ne me mette pas dans un état d'esprit charnel et notamment que cela n'ouvre pas des portes d'accès aux succubes la nuit.  C'est le genre de discours que de nos jours personne ne peut entendre, même s'il est profondément vrai.

Je dis assez naturellement, pour faire simple : "Non rien, ma drogue c'est Dieu," en montrant de l'index le Ciel. Je sais que c'est exactement le genre de propos qui peut me faire passer pour un halluciné, mais je suis toujours persuadé qu'il ne faut jamais mentir, dire les choses telles qu'elles sont, être la pierre d'achoppement s'il le faut. Les faux fuyants font le jeu des forces obscures et ne nous menaient à rien. Et je sentais peut-être inconsciemment que ce type bizarre qui faisait des blagues au premier venu sur son vélo dans un train où l'ignorance de l'autre et la méfiance sont la règle pouvait être interpelé par cette singularité.

Il me dit : "Ah bon, vous êtes quoi ? catholique ?", supposant peut-être que mon refus de la bière était musulman, mais que quand même, n'ayant pas le front marqué, ni la barbe, vu mon look, l'hypothèse de ma conversion à l'Islam était peu probable. Je répondis résolument "oui". Bien sûr, de nos jours, ce genre de réponse est mal. Il est toujours plus chic de se dire évangélique, ou témoin de Jéhovah... La dernière fois que j'ai essayé de parler du Christ à un type de banlieue c'était peu après mon retour à la religion, vers 2017, et il m'avait traité de "curé pédophile". Il faut dire que je m'y étais pris maladroitement à l'époque, car, suivant les enseignements de certains youtubeurs évangéliques justement, j'avais cru alors qu'il fallait "prendre autorité" sur les forces invisibles, oubliant au passage la nécessaire dimension de douceur, surtout à notre époque où les égos sont exacerbés...

Alors, le jeune type me demanda : "J'ai une question pour vous. Qu'est-ce que c'est que la paix ?"

La question m'étonna. Je compris que pour ce type parler de religion amenait nécessairement à s'interroger sur la paix, ce qui est au finalement assez profond. Je n'étais pas d'humeur analytique. Je pense que la séance à Notre Dame des Champs m'avait en fait rempli de l'Esprit, même à mon insu, et je dis posément à ce garçon : "La paix, c'est quand on n'a de conflits avec personne, et qu'on fait confiance à ce qui vient de Dieu". Il me dit qu'il n'avait pas compris le mot "confiance" "qu'est ce que ça veut dire, je ne comprends pas ?". Alors, un peu dans la veine du prêtre qui avait expliqué pourquoi il était important d'être dans la louange, je dis "c'est simplement penser que tout ce qui vous arrive c'est bien". Les mots me venaient comme ça, avec la conviction que ça allait apporter quelque chose à ce jeune homme.

Curieusement, il me répondit un truc du genre : "Oui, c'est vrai sur le plan sociologique, mais pas sur le plan de l'anthropologie". Et il sortit d'une phrase qui ne s'imprima même pas dans mon esprit tellement je savais que l'intervention des mots "sociologie" ou "anthropologie" qu'il avait sans doute entendus quelque part sans les comprendre, n'avaient pas leur place ici. Mais j'approuvais quand même ce qu'il disait par bienveillance spontanée.

Le type alors me dit : "J'ai encore une question : qu'est ce que c'est que l'humanité ?"

Un peu embarrassé, je cherchais une réponse. Et le garçon répliqua : "Ah, c'est trop difficile pour vous ça comme question, hein ? Hé bien l'humanité, c'est votre regard, c'est ce qu'il y a dans votre regard". Il me fit un "check" avec la main, me souhaita une "bonne après-midi" en souriant (alors qu'il était 20 heures passées, ce qui prouvait bien qu'il était assez "à l'Ouest" comme on dit) et alla s'assoir au fond du wagon.

Peu importait que ce jeune homme ait été un peu dérangé. "Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les sages". Je sais que dans le regard de Dieu ce genre de "dérangement" est au dessus de notre rationalité. Il y a quelques années, devant Saint Lazare en hiver, j'avais vu un fou pieds nus en shorts qui, pataugeant dans les flaques d'eau, suppliait les gens de lui acheter des chaussures. Je me doutais bien qu'il y avait des associations pour lui offrir des chaussures d'occasion et que, s'il n'en avait pas, c'était parce qu'il avait un problème mental. J'avais quand même essayé de parler un peu avec lui et lui avais passé dix euros. Là encore ce n'était pas vraiment mon "égo" qui avait pris cette initiative, mais l'Esprit Saint en moi. Et, j'avais pu vérifier que cela était surnaturel, parce que, 200 mètres plus loin, quand mon billet ne passait pas les portes d'accès électroniques, diverses personnes étaient venues vers moi pour m'aider à franchir ces barrières, ce qui d'habitude n'arrivait jamais. A travers les gens un peu dérangé Dieu nous parle et, en suscitant en nous l'attitude adéquate, nous met dans des processus qui sont au dessus, au delà, de nos fonctionnements quotidiens. Il nous révèle pour ainsi l'envers du décor, et l'au-delà. Hier soir, il me mettait par ce dialogue que certains qualifieraient de "surréaliste", aux prises avec les seuls vrais enjeux, les plus profonds de la spiritualité, par delà la question (importante quand même) de savoir si l'on traduit bien l'Ave Maria ou pas : la question de la paix, de l'humanité, dans un monde où l'humain est divisé (y compris dans son for intérieur) et nié en permanence...

Je pense que le verdict final - qu'il y avait eu de l'humanité dans mes yeux, même si cette humanité provenait plus d'En Haut que de ma nature profonde, toujours méfiante et égoïste - venait pour ainsi dire valider le fait que j'avais sans doute bien fait d'aller à Saint-Nicolas-des-Champs quels qu'en soient les résultats pour mes "intentions" au profit des gens que je voulais voir guérir. Je ne sais pas si j'ai "évangélisé" hier soir, mais peut-être ce type bizarre est-il rentré chez lui avec une image plus positive du christianisme que celle qui circule d'ordinaire dans la culture dominante. L'Esprit fait des choses comme ça, parfois, alors que notre nature n'y prend aucune part et n'en reçoit pas de mérites.

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