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Atalante

28 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

Charmante histoire que celle d'Atalante et Hippomène. Atalante est belle, mais les dieux lui ont donné le don de courir très vite. Elle veut se marier. L'oracle lui dit que si elle se marie elle vivra encore mais ne sera plus elle même. Elle prend peur. Elle défie ses courtisans à la course. Hippomène amoureux relèe le défi, parvient à la ralentir dans sa course grâce aux pommes d'Aphrodite. Le couple se marie, mais oublie de rendre grâce à la déesse, profane son temple au fond d'une forêt sacrée sous la pluie, et Cybèle les punit en les transformant en lions de l'attelage de son char.

 

Ovide évoque joliment ce conte dans ses Métamorphoses quand Aphrodite le narre, couchée contre Adonis, le visage sur sa poitrine.

 

Guido Reni, admiré unanimement de Goethe à Stendhal en a fait un tableau (en 1612) que certains prétendent chrétien (car Hippomène de la main éloigne Atalante et ses pommes des trois péchés). Cela dit l'original du Prado se passe au clair de Lune, ambiance peu catholique.

 

Atalanta-e-hipomenes.jpg

 

Son contemporain Michel Maier avait composé un traité Atalante Fugiens qui faisait du conte une allégorie de l'alchimie...

 

 

 

 

 

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Nudité et descentes aux Enfers

11 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

DSCN5906Toutes ces histoires de descentes aux Enfers sont tout de même assez mystérieuses. Il y a la dimension agraire (la morte saison), la dimension amoureuse dont parle Devereux (mais est-elle si distincte que cela de la dimension agraire ?), qui s'étend selon moi jusqu'à la philosophie (le voyage de Pythagore aux Enfers, la rencontre de Parménide avec Perséphone dont l'historienne Mme Laura Gemelli nous dit qu'il faut la prendre très au sérieux). Et que faut-il penser de ce mythe sumérien que nous raconte Arnold Lebeuf, professeur à l'université jagellonne de Cracovie, dont on a déjà mentionné les travaux sur ce blog, dans sa contribution "Cosmology of love and madness"  à l' ouvrage de 1997 "The Tale of Crazy Harman", Academic publications Dialog, Varsovie, p. 230) :

 

"La déesse sumérienne Inanna (Ishtar) voyage au pays des morts, pour rencontrer sa soeur Ereshkigal, la déesse des Enfers, la terre de non retour. Avant son départ, elle demande à sa servante de venir la chercher si elle n'est pas revenue au bout de trois jours. Mais elle est arrêtée par les gardes des sept portes sur le chemin du royaume des morts, et obligée d'abandonner tous ses vêtements et bijoux et de se présenter nue devant sa puissante soeur. Ereshkigal la laisse repartir libre seulement à condition qu'elle lui consente une victime en sacrifice. Inanna revient au monde au bout de sept jours, en s'arrêtant à chaque porte pour récupérer sa robe et ses bijoux. Quand, à son retour, elle découvre que son mari Thammouz s'est offert du bon temps en son absence, au lieu de se lamenter et d'exprimer un deuil, elle choisit de le sacrifier : cf Inanna, Queen of Heaven and Earth: Her Stories and Hymns from Sumer, [Diane Wolkstein, Samuel Noah Kramer, New York, Rider 1983."

 

 

 

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"A brief history of nakedness" de Philip Carr-Gomm

9 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Généralités Nudité et Pudeur

Philip-Carr-Gomm-copie-1.jpgIl me faut dire ici un mot de "A brief history of nakedness" de Philip Carr-Gomm qui est sorti chez Reaktion Books en 2010, soit un an après mon ouvrage "La nudité, pratiques et significations".

 

1couv_nudite.jpg

Philip Carr-Gromm qui se présente en quatrième de couverture comme écrivain et psychologue, est chef élu de l'Ordre des Bardes, druides et Ovates (OBOD) en Angleterre, disciple de Ross Nichols (qui a travaillé avec Gardner), ce qui nous renvoie à notre propos sur la nudité dans la Wicca (voir le billet ici).

 

L'intérêt du livre de Carr-Gromm, c'est que ce n'est pas un livre d'anthropologue, mais un livre de croyant. Vous le savez, la démarche de mon propre livre s'est tenue à l'écart des apologies de la nudité (d'autant que celles-ci sont souvent assez fades et superficielles). Il est cependant utile, une fois le travail "d'objectivation" mené en toute neutralité, d'entendre quelqu'un qui exposera avec conviction le sens spirituel qu'il investit dans la dénudation et le soutiendra d'un bout à l'autre de son ouvrage.

 

Carr-Gromm y examine notamment la dimension (démoniaque) religieuse de la nudité à partir du courant auquel il appartient, la Wicca. Il livre des anecdotes intéressantes comme cette histoires de cérémonies wicca nocturnes "in the nude" à la veille de l'attaque allemande contre l'Angleterre en 40, avec un regard intéressant sur l'itinéraire des fondateurs du néo-celtisme, leurs liens avec le naturisme et avec la franc-maçonnerie. Loin de s'en tenir à cette simple approche historiographique, il la fait entrer en résonnance avec des dimensions que j'ai traitées assez longuement dans mon livre : la nudité comme abolition des barrières sociales, rupture avec les conventions, ouvertures à son soi intime, mais aussi la dimension fertilisante de la nudité dans les rituels agraires (toujours un peu mystérieuse à mes yeux), et la valeur apotropaïque de l'exhibition des genitalia contre les esprits mauvais.

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La sexualité d'Adonis

8 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

adonis.jpgAdonis est une figure très importante de la mythologie amoureuse gréco-romaine. Les Métamorphoses d'Ovide résument sa légende. Joseph D. Reed, professeur à l'université de Brown, spécialiste de la littérature hellénistique et augustéenne (de Virgile), a publié dans la revue Classical Antiquity d'octobre 1995 (il y a presque 20 ans) un intéressant article en ligne ici, intitulé tout simplement "La sexualité d'Adonis", qui insiste sur l'envers féminin de la conception machiste grecque de la sexualité.

 

Le culte d'Adonis est une adaptation grecque qui remonte au 7ème siècle avant JC de la lamentation annuelle mésopotamienne du dieu Tammuz (nom sumérien originel : Dumuzi avant sa traduction par les akkadiens), époux de la déesse de l'amour Ishtar (Inanna) qui a atteint la Méditerranée avec l'expansion de l'empire assyrien. Tammuz était pleuré durant l'été sec comme une personnification de la perte des récoltes et du bétail. Il était le protecteur du peuple, incarné dans les rois de Sumer et de Babylone. La lamentation rituelle par les femmes s'est répandue jusqu'à Jérusalem - voyez dans Ezecchiel 8, 14-15 : "Il m'emmena à l'entrée du porche du Temple de Yahvé qui regarde vers le nord, et voici que les femmes y étaient assises, pleurant Tammuz./ As-tu vu, fils d'homme ? Tu verras encore d'autres abominations plus affreuses que celles-ci."

 

Adonis a été transmis aux Grecs via les Syriens ou les Phéniciens (Adn dans les langues sémitiques veut dire "Seigneur" et les Grecs ont dû prendre cela pour le nom de Tammuz). A Athènes, les fêtes des Adonia n'étaient célébrées que par les femmes (à la différences de pratiques phéniciennes et chypriotes tardives qui finirent par admettre les hommes). C'était une fête informelle que les femmes célébraient sur leurs toits plats des maisons l'été en dehors du calendrier officiel.

 

A la différence du Proche-Orient note Joseph Reed, Adonis en Grèce est déconnecté des moissons, et il n'est qu'une aventure amoureuse d'Aphrodite, pas son époux comme Tammuz pour Ishtar. Et il n'est plus non plus un roi.

 

Pour autant Joseph Reed réfute l'analyse de l'anthropologue belge Marcel Detienne qui en faisait un culte "anti-agraire", lié au parfum (Myrrha est la mère d'Adonis), à la prostitution et à la sexualité non fertile, à l'opposé des Thesmophoria de Demeter. Selon Reed, c'est un raccourci car beaucoup de légendes grecques anciennes ne relient pas Adonis à la myrrhe et des cas de célébration par des mères de famille sont attestées. Surtout Reed blame la méthode structuraliste qui crée une vision univoque du mythe d'Aristophane à Saint Cyri.

 

Comme Devereux qu'on mentionnait il y a peu, Reed signale à propos de l'épisode de l'exil d'Adonis aux Enfers que dans certaines versions du mythe Adonis est un enfant, ce qui explique de Devereux se soit aventuré sur le terrain de l'inceste avec Aphrodite (pour mémoire dans la version orientale du sejour de Tammuz pendant 6 mois auprès de la reine des Enfers l'amour d'Ishtar ne joue aucun rôle), mais il souligne aussi qu'on ignore si les premières fêtes grecques autour d'Adonis mentionnaient l'amour d'Aphrodite ou le séjour aux Enfers. et laisse entendre à propos de l'emmaillottage du héros qu'un aspect important du mythe est peut-être de mettre en avant l'idéal féminin de protéger l'homme et le tenir hors des tourments, quand les légendes masculines sont plus axées sur le désir. Selon lui, Adonis a pu (si l'on interprète un peu largement le texte) avec le temps incarner aux yeux des hommes le mauvais chasseur (tué par le sanglier), trop dépendant des femmes, abandonné à la facilité de son jardin, tandis que pour les femmes, la lamentation sur le jeune Adonis pouvait exprimer leur regret devant leur impuissance à faire prévaloir dans la société leur sensibilité et leur envie de se rêver en Aphrodites dans une cérémonie privée une fois dans l'année.

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