Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le shivaïsme (I)

10 Novembre 2008 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

Il faut qu'à quelque chose malheur soit bon. Je suis parti des énoncés malheureux d'Onfray dans son dernier livre ("le culte de Shiva constitue la spiritualité généalogique des Veda... mais aussi hors d'Inde, de toutes les traditions philosophiques qui suivront - notamment en Grèce" p. 132, "Le shivaïsme illustre un genre de spinozisme avant Spinoza" p. 138 et autres énoncés à l'emporte-pièce dont le seul but est d'arriver toujours à la même conclusion creuse "vive le désir, à bas le christianisme !"). Et j'ai tenté de comprendre un peu mieux le shivaïsme.

Il n'est pas facile de trouver des livres sobres et impartiaux sur le sujet. Le premier sur lequel je suis tombé, "Shivaïsme" de Bernard Dubant était très apologétique à l'égard de cette religion, et très polémique à l'encontre du monothéisme "dépendant de la suspecte "révélation" d'un imposteur psychopathe" (p. 9) - pourquoi diable trouve-t-on si peu de neutralité dans la littérature sur les religions orientales ?

Je me suis donc rabattu sur "Shivaïsme et Tradition primordiale" d'Alain Daniélou.

Je suis pas à pas ce qu'il explique. Que l'être qui a créé le monde est au delà de l'existence (comme dans certaines traditions soufis), que le monde est formé d'une masse d'énergie que le principe d'individuation qui anime tout atome et tout conglomérat fait que celui-ci est doté d'une conscience (voilà qui rejoint mes travaux sur Nietzsche, n'est ce pas, il y avait cette intuition chez lui). Il y a aussi toute une physique dans le shivaïsme, comme chez les épicuriens et les stoïciens. Une physique dont la doctrine religieuse est très fortement dépendante (et même indissociable, je pense, ce qui relègue définitivement le shivaïsme au passé de l'humanité selon moi, et ce qui m'incline à suivre Dawkins dans son refus d'accorder quelque pertinence que ce soit aux religions pour penser le monde d'aujourd'hui).

On y apprend aussi que le shivaïsme, religion de la nature (à laquelle est lié le yoga, le tantrisme aussi) et le jaïnisme, religion de la morale (d'où provient la théorie du karma), ont préexisté à l'hindouïsme et l'ont irrigué. A partir du III ème siècle, la révolution bouddhiste s'essouffle, et l'hindouïsme védique aussi. J'aime beaucoup cette idée de Daniélou (qui n'est peut-être pas nécessairement seulement la sienne) selon laquelle la révolution bouddhiste a affaibli le védisme (le brahmanisme), et l'a contraint à incorporer la non-violence,le yoga, le tantrisme. Très intéressant aussi son développement sur la dynastie bouddhiste scythe des Kushâna, protectrice des arts du Gandhara (voir notre article sur les grecs bouddhistes l'an dernier) avec notamment Kanishka qui réunit le concile duquel naquit le Grand Véhicule (Mahâyâna). Dans la foulée de cette réforme religieuse, dans le Sud de l'Inde renaît le shivaïsme, comme réaction, nous dit Daniélou (p. 46) à la fois au bouddhisme et au védisme perçus comme des religions étrangères. Daniélou fait une analogie : c'est un peu comme si la Grèce asservie par Rome avait reconquis son indépendance (ou encore, avec mes mots à moi, si Mithridate l'avait emporté à la fin du 2 ème siècle av JC). Le bouddhisme, inspiré par le jaïnisme, perd sa raison d'être en Inde lorsqu'il a intégré l'hindouïsme sous Kanishka (on voudrait en savoir plus là dessus), et le jaïnisme connaît le même renouveau que le shivaïsme.

Ce nouveau shivaïsme, nous dit Daniélou, utilise un peu les vedas comme un faux nez, ce qu'il fera aussi de Bouddha dans le cadre du Hinâyana. A partir de 319 et des débuts de la dynastie Gupta au Nord-Est de l'Inde, le néo-shivaïsme du Sud va aussi reconquérir cette zone. C'est à ce moment-là que le vieux fond religieux shivaïte clandestin, autrefois mémorisé oralement  en vers, va être couché dans les livres en sanskrit sous forme de sûtra, pour contrer les livres védiques et bouddhistes (ces derniers écrits en langue populaire pakrit).

... (à suivre

Lire la suite