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Articles avec #otium cum dignitate tag

Passage chez les Antoinistes

27 Mai 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Otium cum dignitate, #Spiritualités de l'amour

Le médium Reynald Roussel ayant dit sur YouTube récemment qu’il allait de temps en temps se recueillir chez les antoinistes (une "Eglise parallèle" de guérisseurs), cela m’a rappelé que Régis Dericquebourg, le préfacier de mon avant-dernier livre, avait enquêté sur leur compte. J’ai alors songé que pourrais peut-être moi aussi, leur rendre visite, et par exemple, puisque c’est une Eglise de guérison, leur soumettre une vieille tendinite que je traîne depuis des années. Je sais après mes expériences chez les médiums que ce genre d’aventure n’est jamais complètement « gratuit », il peut avoir des conséquences graves parfois, mais je n’aime pas vivre dans la peur, et puis j’ai tenté après tout des choses tout aussi périlleuses en février dernier lorsque je suis retourné voir en Béarn une magnétiseuse étrange qui avait été initiée chez les Tziganes…

J’ai donc saisi l’occasion de ma pause déjeuner pour me rendre en bus à l’église antoiniste de ma ville, qui se trouve dans un quartier un peu excentré.

Au bout d’une demi-heure, j’étais aux abords d’un bâtisse des années 1930 ou 50. L’affiche à l’entrée indiquait généreusement que l’église était ouverte tout le temps. Je pousse la porte, elle est fermée à clé. Un mot écrit en petit indique de sonner si tel est le cas. Je sonne. Au bout de deux minutes une voix féminine me répond : « C’est pourquoi ? » « Pour une guérison », dis-je. « Vous êtes qui vous ? » ajouta la voix désagréable comme une employée de la Sécurité sociale. « Je croyais que l’Eglise est ouverte à tout le monde » dis-je. « - Oui, c’est vrai mais je ne vous vois pas bien à la caméra. Pouvez-vous reculer svp ?

Bon, je vous ouvre, mais ça va prendre 5 minutes le temps que j’arrive. »

Enfin la voix ouvrit. C’était une petite dame sexagénaire, au cheveux assez courts frisés. Plus aimable qu’à travers l’interphone, elle me dit « entrez frère », puis commença à m’expliquer : « J’habite dans la partie arrière du temple. Je suis officiante avec mon mari. On peut dire bonne sœur. Vous venez pour quoi ? une prière ? Attendez je vais mettre ma tenue d’officiante. Entrez là en attendant, voici un dépliant que vous pouvez lire. C’est la première fois que vous venez ? La salle de prière est là à gauche. Et là à droite il y a les deux pièces où l’on reçoit les gens ». J’entre donc seul dans la partie gauche où je suis censé me recueillir. Cela ressemble à un temple protestant. En style dépouillé. Il y a au mur un portrait du père Antoine, le fondateur du mouvement dans les années 1900, portrait un peu gauche, et un de sa femme, ainsi que des écriteaux dont j’ai oublié le contenu. Au bout de quelques minutes, la dame ouvre la porte. Elle est vêtue de noir avec une coiffe sombre. Elle me présente son mari qui revient des courses, du même âge qu’elle, enrobé, qui me dit deux mots de leur « culte ». Il me dit qu’ils acceptent toutes les religions. « Nous ne sommes pas une secte » ajoute-t-il. « Oui, dis-je, c’est bien spécifié sur Wikipedia, la Mivilude ne vous classe pas parmi les sectes ». « Oui, surenchérit-il, tout le monde est libre de faire ce qu’il veut ici, on ne demande rien. Mais attention à Internet, il y a à boire et à manger sur ce qu’ils disent sur nous. Donc, oui, on accepte tout le monde. On reconnaît que chaque prophète a été utile à son époque : Moïse, Jésus, Antoine pour notre époque ». « - Il était médium, non ? » « Oui, au début » insiste-t-il comme pour laisser entendre que son envergure avait dépassé celle d’un médium par la suite. « Vous croyez que Jésus est ressuscité ? » demandé-je à tout hasard. L’homme est embarrassé. « Qu’il est ressuscité… heum… non, enfin chacun croit ce qu’il veut, mais nous pensons que c’est un prophète" "- Vous pensez que c'est un prophète comme les Musulmans" fis-je. Il ne relève pas et reprend "Un prophète qui a aidé l’humanité à avancer à son époque, comme Moïse avant lui. D’ailleurs il n’a pas renié Moïse n’est ce pas. Après chaque époque a cru sur lui ce qui lui était nécessaire. Et puis tout le monde évolue. L’Eglise catholique elle-même aussi non ? » « Oui, et pas toujours en bien » dis-je (évidemment je situais parfaitement le propos de  mon interlocuteur qui du point de vue chrétien est antéchristique, puisque selon a Bible est Antéchrist quiconque ne croit pas que Jésus est ressuscité, et cela rappelle l’évolutionnisme du Dr Rozier (voyez mon billet de 2017 là dessus).

La dame parut embarrassée de nous voir disserter de la sorte : "Oh ! moi pour un premier échange je ne dis jamais tout ça. Je suis plus terre à terre, plus pratique. Venez dans la pièce d'accueil (je ne sais plus comment elle appelait cette pièce) vous verrez les questions théoriques plus tard." On se retrouve dans une petite pièce avec là encore des portraits, des écriteaux. La dame fait préciser ce que je veux soigner. Je lui demande si je peux demander pour deux choses. Elle me répond "oh tout ce que vous voulez, vous pouvez même demander de gagner au loto. De toute façon le Père Antoine vous a pris dans son amour à partir du moment où vous avez franchi cette porte, maintenant vous allez voir il va se produire des choses étonnantes vous allez vois. Il y a une dame récemment qui est venue pour un cancer. Dans la foulée tout s'est combiné pour que ses rendez vous médicaux soient annulés et que tout s'arrange." Elle m'explique : "Je vais prier à voix haute. Mon mari, le frère officiant lui ne parle pas, mais moi je parle.

L'Eglise tient à l'anonymat pour que tout le monde se sente libre. Elle me demande quand même comment je les ai connus, ce qui me conduit à parler de mon livre sur les médiums.

Cela ne la fait pas réagir plus que cela. Elle me demande si je viens loin. Je dis le nom de mon quartier. Elle ne le connaît pas. Cela ne fait pas longtemps que le couple vit dans ma ville. Et l'église n'est ouverte en permanence que depuis juillet. Avant la dame a vécu à Auxerre, à Paris, à Valras, et même, toute  petite, à Eaux Bonnes en Béarn. Elle a été comptable pour le magazine l'Express. "Vous avez été catholique ?" allais-je lui demander. "Oui ?" "- Vous avez donc quitté cette Eglise ?" "Non je ne l'ai pas quittée, je le  suis encore différemment" allait-elle répondre. Chez les antoinistes on assume toujours le passé tout en le dépassant.

Mais pour l'heure elle fait la prière. Elle a dû briser un morceau d'anonymat en me demandant mon prénom. Donc devant la photo du fondateur elle dit "Voilà Christophe, qui n'est pas venu par hasard puisqu'il a cherché cette Eglise". Elle expose mon problème de tendinite. Puis termine sa prière avec "qu'il lui soit donné selon sa foi et son mérite". A la fin elle se tourne vers moi elle me dit : "Vous devriez aller voir une posturologue, pas une podologue, une posturologue. Comme on ne se connaît pas je ne peux pas vous en conseiller mais parmi les gens qui fréquentent le temple il y en a qui ont eu recours à ça". "C'est un message intérieur que vous avez reçu ?" demandé-je. "Je ne sais pas si l'on peut appeler ça comme ça, fait-elle, disons que ça m'est venu pendant la prière". Et comme elle a été aussi intuitive en songeant que j'avais peut être une jambe un peu plus courte que l'autre, elle ajoute "oh mais ici il n'est pas question de voyance, j'ai pensé à ça c'est tout".

Puis elle va me dire un mot sur leur Eglise devant une photo où l'on voit tous les temples de France (une trentaine peut-être). Leurs cérémonies, leurs prières. Il y a sept ou huit personnes qui y viennent régulièrement. Cela sent la religion sur le déclin. La dame, qui s'appelle Gabrielle je crois, dit qu'il n'y a pas assez de célébrants pour maintenir les temples ouverts. Comme j'ai demandé sur quoi portaient leurs lectures le dimanche, elle me montre deux livres noirs et un vert. Le vert est en vente. C'est la biographie "romancée" (précise-t-elle) du fondateur (ce culte de la personnalité fait vraiment penser au Cercle de Bruno Gröning. Les deux noirs sont les écrits du Père Antoine. Ils ne se vendent pas, mais les gens peuvent les avoir chez eux quand ils "montent" spirituellement en s'étant bien imprégné de l'esprit de leur Eglise. Voilà, elle me conseille de passer encore deux minutes en recueillement dans leur grande salle pour augmenter les chances de  guérison. Elle insiste beaucoup sur leurs prochaines réunion de lecture, il y en a une ce soir si je veux. Trois ou quatre fois elle aura fait remarquer qu'on pouvait faire des dons mais que ce n'était pas obligatoire, qu'on était libre, même si enfin il fallait bien que l'Eglise vive, mais bon, de toute façon ils ne veulent rien savoir, tout est anonyme, donc soit on glisse dans la boîte aux lettres, mais ce n'est pas obligatoire. 

Je suis parti en glissant discrètement 10 euros. Pas sûr que j'y retourne, sauf si ma curiosité de sociologue me poussait à vouloir en savoir plus sur les gens qui assistent aux lectures et aux "opérations" comme ils appellent leurs cérémonies dominicales. La tendinite est toujours sensible. Mais personne ne m'avait promis que je pourrais "gambader tout de suite comme un lapin" pour reprendre les mots de la dame.

 

 

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L'ingratitude des enfants

9 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #Christianisme

 Je lis dans un hommage de Mgr Fougerat, évêque de Grenoble, à Mgr Blanchet (dont il fut le vice-recteur à l'Institut catholique de Paris), que celui-ci  s'adressant aux "Enseignants chrétiens" vers 1959-1960 avait dit : "Il est bon que chacun retrouve dans ses fils la part d'ingratitude qu'il a  lui-même témoignée à ses pères, pour communier enfin au parfait désintéressement de Dieu" (Nouvelles de l'institut catholique de Paris, 1er janvier 1967 p. 6)

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Gaston IV le Croisé et Mifaget en Béarn

24 Février 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Otium cum dignitate, #Christianisme

Je profite de mon séjour à Mifaget en Béarn, dans le quartier du Verger, pour me renseigner sur la saga de Gaston IV le Croisé, Vicomte de Béarn, qui fut coordinateur des armées chrétiennes lors de la prise de Jérusalem (ce qui lui a valu de devenir le héros d'un opéra de Verdi), puis qui mena une première Reconquista héroïque aux côtés d'Alfonse Ier d'Aragon qui le conduisit jusqu'aux portes de Grenade... Une "superstar de son temps" comme on dit... Mifaget est une commanderie qu'il a créée, comme celle de Lacommande, à quelques années d'intervalle. Dans les écoles depuis des décennies on ne nous enseigne plus ce qu'étaient les commanderies, mais, pour faire simple, disons que c'étaient des complexes économiques organisés autour d'un monastère de moines-soldats destinés à protéger les pèlerins - ici il s'agissait des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, au milieu d'une grande forêt de hêtres (un faget) particulièrement dangereuse.

Puisque les chiens en liberté des petits bourgeois du village empêchent le jogging et même les promenades sereines, je suis aussi allé me recueillir au dernier vestige de la commanderie : l'église Saint Michel qui comporte encore quelques chapiteaux de l'époque romane et une crypte. Les pèlerins remplissent un livre d'or qui félicite la paroisse de laisser l'église ouverte.

Gaston IV (mort en 1131) aurait été (je suis prudent car le site qui l'affirme semble reconstituer l'histoire à l'image de Pierre Plantard jadis avec son Prieuré de Sion) le premier Grand Maître de l’Ordre équestre du Saint Sauveur du Mont réal (OESSM), ex ordre du Chêne fondé par les rois de Navarre. J'ai évoqué dans mon ouvrage sur le complotisme protestant les spéculations qui existent sur les activités occultes des libérateurs de Jérusalem. J'y trouve un écho dans ce texte du "chevalier Vicomte Mourey de Marboz" qui invite à enquêter sur le compagnonnage propre à l'OESSM et sur le savoir secret qu'il a développé parallèlement à celui des Templiers. Mifaget n'en porte pas la trace en surface. Je ne pense pas non plus qu'il y en ait dans son sous-sol, mais allez donc savoir...

 

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L'élamite linéaire déchiffré par le français François Desset

19 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Otium cum dignitate

 L’archéologue français François Desset, du Laboratoire Archéorient à Lyon, a annoncé le 27 novembre 2020 qu’il avait réussi à déchiffrer des inscriptions en élamite linéaire vieilles de 4 400 ans dans le Royaume d'Elam au sud-ouest de l'Iran actuel. Contrairement au cunéiforme mésopotamien (apparu semble-t-il au même moment), qui est un système d’écriture mixte alliant des phonogrammes (signes transcrivant un son) à des logogrammes (signes transcrivant une chose, une idée, un mot), l’élamite linéaire présente quant à lui la particularité, unique au monde au 3ème millénaire avant J.-C., d’être une écriture purement phonétique (avec des signes notant des syllabes, des consonnes et des voyelles). Le magazine Sciences et Avenir précise que  le "déclic" du déchiffrement s’est produit en 2017, après dix ans de recherches, lors de l’analyse d’un corpus de 8 textes rédigés sur des vases en argent, qualifiés de "vases gunagi", datés vers 2000-1900 avant J.-C. et venant de tombes de la région de Kam-Firouz (à l’heure actuelle conservés dans une collection privée à Londres). Comme ces vases présentaient des séquences de signes très répétitives, standardisées à vrai dire, l’archéologue a pu ainsi repérer les signes servant à noter les noms de deux souverains, Shilhaha et Ebarti II (ayant régné tous les deux vers 1950 avant J.-C.) et de la principale divinité vénérée alors dans le sud-ouest de l’Iran, Napirisha.

François Desset devient donc la troisième gloire française du déchiffrement après l’abbé Barthélémy (1716-1795) qui a en 1753 décrypté l’alphabet palmyréen, puis, en 1754, l’alphabet phénicien et Jean-François Champollion (1790-1832) qui a déchiffré les hiéroglyphes égyptiens.

il coiffe sur le poteau notamment  (en utilisant sa base de données) Jacob Dahl de l'université d'Oxford qui en 2012 se disait sur le point d'arriver au même résultat.

L'élamite est considéré par la grande majorité des linguistes comme un isolat linguistique , car il n'a pas de lien démontrable avec les voisins langues sémitiques , les langues indo-européennes , ou sumérienne , bien qu'ayant adopté sur le tard l'écriture cunéiforme akkadienne . Divers chercheurs russes ont cru trouver une souche commune avec le dravidien (Inde du Sud) mais cela est contesté. De même on n'a pas d'idées précises du rattachement ethnique des Elamites, d'autant que plusieurs types de peuplements semblent s'être succédés dans le royaume d'Elam. Certaines représentations ont pu laisser penser qu'il s'agissait d'une population à peau noire. Enrique Quintana Cifuentes de l'université de Murcie (Espagne) note que ce fut probablement le cas sous la dynastie d'origine indienne des Simashki (1930-1880  av. JC, c'est à dire juste après Shilhaha et Ebarti II et les vases gunagi ou juste à la même époque à quelques décennies près, quelques décennies avant le règne de Sesostris III en Egypte dont on parlait ici), bien que la Bible en Génèse 10:22 situe Elam dans le lignage de Sem (et des sémites).

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Les traces de la présence de Jacob et Joseph en Egypte selon Douglas Petrovich

6 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Otium cum dignitate, #Christianisme

Si vous avez lu mon livre sur les Nephilim, vous avez remarqué qu'on y parle, entre autre, d'archéologie, principalement babylonienne, mais on y parlait un peu aussi de l'Egypte, et j'y mettais en valeur les travaux impressionnants de l'américain Michael S. Heiser. L'heure est venue maintenant de présenter les recherches d'un autre historien Douglas Petrovich (Doug Petrovich). Je précise que mon propos n'est pas de dire s'il a raison ou s'il a tort, ou s'il faut partager toutes ses convictions (par exemple sur le créationnisme) ou seulement une partie. Je vous présente simplement ses travaux, ou ce que, pauvre Béotien, j'en comprends, et je réserve tout jugement pour plus tard (pour dans quelques années).

Un des intérêts immédiats pour moi est de m'aider à concevoir sur un mode plus concret, plus matériel, le rapport possible entre la culture proto-israélite et la culture égyptienne, même si un jour il pourra s'avérer que les interprétations de Petrovich à ce sujet étaient complètement fausse (cela dit il n' y a peut-être jamais de démenti définitif en matière d'archéologie, même laïque, lorsqu'il s'agit de périodes très reculées). C'est comme une béquille à l'imagination, non pas une béquille subjective qui peut partir dans tous les sens comme celle de ces ésotéristes qui finissent par nous faire arriver chez les "civilisations extra-terrestres", mais une béquille armée d'objectivité, puisque Petrovich, pourvu d'une formation de théologie a, comme Heiser, fait l'effort d'obtenir un doctorat d'histoire ancienne dans une université "laïque" et aujourd'hui fait l'effort d'intégrer des instruments rationnels à la confrontation avec les textes sacrés inspirés.

Je vais ici résumer le contenu des deux conférences ci-dessous qui portent sur la présence des patriarches de l'Ancien testament en Egypte : Jacob, Joseph, Manassé (Genèse 41:50) et Ephraim. Lorsque le sujet mérite quelques éclaircissements, je procèderai à quelques ajouts.

Jacob est mort en Egypte. Selon D. Petrovich il est arrivé à Avaris (Tell El-Dab'a, à l'entrée du delta du Nil en venant de Canaan) en 1876 av JC selon la chronologie biblique à l'époque de la grande famine de 7 ans. Il y est resté jusqu'en 1859, soit 17 ans (Genèse 47:11). En 1859, on est dans la phase de transition où le pharaon de la XIIe dynastie Sesostris III Khakaourê qui régnait depuis 1878 porte son fils Amenemhat III au statut de co-régent.

Dans les fouilles du site d'Avaris, la phase H (strate D2) est celle qui correspond à la XIIe dynastie. Elle est celle de la première occupation de peuples en provenance du Levant (Palestine-Phénicie).

Au nord d'Avaris (cf carte ci dessous) se trouve le temple d'Amenamhat Ier, fondateur de la dynastie, où les Hébreux construisirent une digue comme cela est indiqué dans la Bible.

Tandis que les Hébreux vivaient au sud-ouest (cf les zones explorées en noir).

Les tombes dans cette zone sont des superstructures élevées car la nappe phréatique relativement  superficielle empêchait d'enterrer les morts en profondeur. On a trouvé une maison d'architecture typiquement lévantine. C'est une maison tripartite avec quatre pièces qu'on retrouvera en Israël à partir de 950 av. JC - voir ici. D. Petrovich n'a aucun doute sur le fait qu'il s'agit de la maison du patriarche Jacob. Ce style architectural aurait été conservé pendant mille ans. L'historien envisage même d'explorer le véritable site de Béthel (il semble que les archéologues hésitent entre plusieurs sites) et espère y découvrir une maison de même plan, celle où vivait Jacob avant de venir en Egypte, ce qui pourrait tendre à prouver selon lui que les fondations retrouvées à Avaris sont bien celles de la nouvelle maison de Jacob.

Joseph a pris pour nom en Egypte Sasobek, "fils du dieu qui procure la prospérité du Nil" et aussi "Hohemhat Junior" ("Le roi des dieux est au premier rang" - ce qui correspond à la parole de Joseph dans Genèse 41:16 "ce n'est pas en moi"). Les deux noms auraient été contractés : Sobekemhat.

Le nom de Sobekemhat est connu par une mastaba trouvée à Dahchour (dans la vallée du Nil) où se trouvent plusieurs tombes de la XIIe dynastie, juste à côté de la pyramide de Sesostris III. Joseph a grandi en pays de Canaan au moment où régnait le pharaon de l'abondance Sesostris II (1897-1878) et sa fonction de vizir décrite dans la Bible peut avoir correspondu à la totalité du règne de Sesostris III.

On trouve sur la tombe de Sobekemhat le titre qui ne revient nulle part ailleurs dans les vestiges égyptiens de "contrôleur/commandant de tout le pays", ce qui est le titre que le pharaon donne à Joseph dans Genèse 41:41. Ce titre (encadré en vert ci dessous) n'a jamais été donné à aucune autorité égyptienne, c'est pourquoi les égyptologues se sont carrément abstenus de le traduire quand ils reproduisent toute la formule, en estimant que c'est une erreur de scribe. Le titre dans le rectangle rouge aussi correspond mot pour mot à ce que dit la Bible de l'autorité de Joseph.

Les Français qui ont découvert cette mastaba au début du XXe siècle, ont indiqué que le sarcophage a été enlevé. Or selon la Bible, son corps fut ramené en Canaan en 1446 av JC. Il a donc pu être enterré là à sa mort (en 1805 selon certaines datations) et amené près 350 ans plus tard en Terre Promise (min 36 de la première vidéo).

A la mort de Jacob, quand son fils Joseph lui amène ses deux fils Manassé et Ephraim (fils d'une mère égyptienne) pour les faire bénir par son père, Jacob dit dans la Bible que Dieu lui était apparu à Luz et lui avait dit que ces deux enfants nés en Egypte (de mère égyptienne) seraient à lui (Genèse 48-5), ce qui signifiait qu'il fallait égyptianiser la culture hébraïque.

Selon D. Petrovich,  les deux chambres retrouvées au dessus de la maison tripartite peuvent être celles de Manassé et Ephraim, qui se sont installés dans la maison de leur grand père à Avaris puis l'ont agrandie jusqu'à lui donner une dimension palatiale : la forme en rouge ci-dessous représente la maison tripartite originelle, les traits noirs ceux de l’agrandissement palatial (20 mn de la seconde vidéo).

Une autre preuve de l'implantation d'une culture proto-israélite à Avaris est, pour Doug Petrovich, le fait qu'on y ait retrouvé une hache à bec de canard (duckbill axe) typiquement cananéenne de cette période. On y a aussi trouvé (F/1-p/19 tombe  1) la sculpture d'une tête, dont la coiffure est typique du Levant de cette époque. Dans la même tombe un morceau de la statue d'un homme correspondant à l'épaule droite avec des restes de pigmentation rouge, noir et blanc, ce qui, selon la reconstitution d'un artiste, pouvait correspondre aux motifs ci-dessous et peut donner une idée de la tenue d'apparat des hommes de la famille de Joseph.

Sur le fragment de piédestal de la statuer figure le mot qui signifie en égyptien "encens" ce qui indique qu'elle a été faite en l'honneur d'un mort. L'égyptologue Dorothea Arnold a montré que le style de cette statue correspond exactement à celui des productions statuaires du règne d'Amenemhat III contemporain de Joseph (qui est mort après le règne de ce pharaon). Cela plaide dans le sens que la statue représente Jacob (mort en 1859 av JC) et non Joseph.

Ont été retrouvées dans le Sinaï (à Sarabit al-Khadim près d'une mine de turquoise) les premières lettres d'un alphabet qui est sémitique et conçu à partir des hiéroglyphes. Dans les années 1920, un égyptologue allemand a affirmé que c'était de l'hébreu. Il a été méprisé pour cela. Il est vrai que certaines de ses interprétations étaient fausses. D. Petrovich a examiné divers mots non élucidés jusqu'à comprendre toutes les lettres et les images qu'il y avait derrière. Fin 2016 il a publié "The World's oldest alphabet", qui lui a valu avant même sa publication, avant même d'avoir pu lire son argumentaire, une dénonciation par trois pontes (tout cela est cité dans le site Patterns of Evidence et le film du même nom). Une des inscriptions tardives de la série (Sinaï 361) mentionne Moïse (Mem-shin). Une de ces inscription sur des stèles, Sinaï 115 (qu'on date de 1842 av JC, année 18 du règne d'Amanemhat III), renvoie à la deuxième phase d'occupation cananéenne d'Avaris. On repère en haut à gauche une plume (cf ci dessous), à gauche de la plume une bouche, et au milieu une boîte non identifiée. Il y a aussi une sorte de sablier. Il a interrogé un spécialiste des langues sémitiques retraités, il a estimé que le sablier était un syllabique cananéen bien connu correspondant au son "oui". La boite est appartient au plus ancien alphabet. Le mot avec la plume est  "Itchenoui", mot par lequel les Lévantin se désignent (équivalent de Rétjénou quand il est vu par les Egyptiens). Un autre terme peut se traduire par "maison du dieu de la terre" soit Bethel, qui a pu marquer ces Lévantins qui s'identifiaient à cette ville. Cela ferait une référence à Israel plus ancienne que le mot "Israel" trouvé sur la stèle de Merenptah de 1219 av JC ou celui du piédestal de Berlin de 1446 av JC (la période de l'exode).

Si l'on regarde cette deuxième phase d'occupation asiatique d'Avaris (d/1), elle correspond à la vie de Manassé et Ephraim. Dans la nécropole au sud du complexe palatial (ou de la villa, puisqu'il n'y a pas de salle du trône) correspondant à cette période (F/1-m/18), plus précisément dans la tombe 3 la plus grande de celle de la zone, où furent découverts aussi des restes de moutons, chèvres et ânes, se trouvait la trace du principal occupant de la tombe, dont sa hache à lame étroite, qui est aussi cananéenne et non égyptienne, contre son fémur. La tombe comprend un bracelet en or, un bracelet en argent, un récipient en albâtre. Autant de signes de richesse. et surtout une bague dorée avec un scarabée en améthyste qui servait de sceau. Il est écrit dessus "the ruler of Retjenu Di-Sobek-em.hat", "le dirigeant de Rétjénou Di-Sobekemhat". Rétjénou est la région du Levant. L'inscription pourrait se lire comme le dirigeant "qui vient du Levant". Di-Sobekemhat veut dire qu'il a été nommé par Sobekemhat. Ce peut donc être la tombe d'Ephraim.

Si l'on se reporte à l'inscription égyptienne sur la stèle 112 du Sinaï (cf ci dessous), on y voit une scène représentant deux personnages, un intendant avec, sur un âne, son maître, "frère du chef de Rétjénou, Hebeded, qui est un participe passé:  "celui qui a été défavorisé".

Dans Genèse 48 quand Jacob bénit les deux fils de Joseph, il pose sa main droite sur le plus jeune Ephraim et lui accorde donc la priorité dans l'héritage. La même représentation sur la stèle 405 où les personnages portent un kilt qui évoque un lien avec la culture cananéenne fait figurer pour l'homme devant l'âne à la lance sur l'épaule (un personnage qui grandit d'une stèle à l'autre, comme un enfant), le nom de "Skm", qui se lit Shekam, mot qui figure dans Josué 17:2 en hébreu sous la forme de francisé de Sichem (Sekem en anglais), désignant un des fils de Manassé, ce qui est une raison de plus de penser que le "défavorisé" sur l'âne, qui fut chargé de gouverner cette petite ville du Sinaï est Manassé, et l'homme à la lance son fils.

 

Identifying Joseph and Early Hebrew. November 12, 2019

Conférence de 2017 : "Is There Evidence for Manessah and Ephraim in Egypt? "

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Le prince de Montpensier à Pau

10 Octobre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #down.under

Extrait de S. A. R. monseigneur le duc de Montpensier dans le département des Basses-Pyrénées (23-28 août 1843) :

 

(p. 15 et suiv). La ville de Pau présentait hier un de ces spectacles qui font époque dans les souvenirs d'une population. Après dé longs jours d'attente, elle voyait enfin arriver le jeune Prince qui va livrer à son amour une image dont la vénération s'est transmise de génération en généralion dans le Béarn ; elle venait assister à ces fêtes qui inaugureront si brillamment notre monument le plus populaire, le plus national,

Dès le matin, un grand nombre" de maisons avaient été pavoiséés des couleurs nationales ; on entendait battre lerappel: les tambours, les clairons, les musiques militaires, se répondaient d'une rue à l'autre, et à ce bruit, des masses d'habitans se portaient sur le passage du cortège.

La garde nationale et la troupe de ligne étaient échelonnées depuis la place Henri IV, jusqu'au milieu du pont de Jurançon, limite de la ville. Des détachemens d'infanterie stationnaient sur différents points, et notamment sur la place Henri IV. La garde nationale à cheval, chargée d'escorter la voiture du Prince, la gendarmerie, l'escadron de chasseurs étaient allés à la rencontre de S. A. R. précédés, d'un nombreux étatmajor à là tête duquel se faisait remarquer notre brave et illustre compatriote, M. le lieutenant-Général Harispe, entouré de MM. les maréchaux-de-camp baron Jacobi, commandant le département des Basses-Pyrénées , Rachis, commandant le département des Landes, Simon Lorière, commandant le département des Hautes-Pyrénées, et de plusieurs autres officiers-généraux.

M. le Préfet, qui était allé, comme nous l'avons

annoncé, recevoir S. A. R. aux Eaux-Bonnes, sur les limites du département, faisait aussi partie, de ce cortège.

Nous ne saurions donner trop d'éloges à la tenue parfaite et au zèle des gardes nationaux qui étaient venus répondre à l'attente de la cité.

Les gardes nationales des communes voisines étaient aussi accourues. Elles marchaient précédées de leurs autorités municipales, les maires et adjoinds ceints de leurs écharpes. Chacune d'elles avait sa bannière tricolore portant le nom de la commune et ses tambours ou sa musique rustique. Ce n'était pas là le coup d'oeil le moins pittoresque de la fête.

Le corps municipal de Pau et MM. les officiers en retraite s'étaient rendus à l'entrée de la ville pour attendre S. A. R.

A 11 heures et demie, des, cris d'allégresse ont annoncé que le Prince traversait le village de Jurançon, et quelques instans après on a vu déboucher le cortège à la tête duquel s'avançait M.gr le duc de Montpensier, monté sur un cheval blanc et en costume de Capitaine d'artillerie. — Aussitôt, le Prince s'étant arrêté, les cris de vive le Roi, ont éclaté, et M. le Maire a dit :

« Monseigneur,

« Henri de Béarn entrait dans Nérac. Désolées par la guerre civile, les campagnes s'étaient appauvries ; de nombreux agriculteurs, chassés par la faim, racontaient leur misère aux portes de la ville. « — Suivez-moi, dit le jeune Prince. » Il s'enquiert de la somme destinée aux solennités qui l'attendent, et, compatissant, la fait verser dans la main nécessiteuse. — Plus heureuse que Nérac, sauvée, comme le Pays, d'affreuses luttes par une haute sagesse, la ville de Pau peut à la fois vous offrir un hommage et soulager l'infortune. Oui, Prince, c'est ici la fête de tous, et ce rêve de votre Aïeul, à la simple et touchante formule, la poule au pot, est au-

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jourd'hui du moins , une réalité. Le pauvre le sait déjà. — Henri avait vingt ans alors ; Monseigneur, c'est votre âge. Laissez-nous dire que nous aimons à pressentir une heureuse ressemblance. Oui, vous aurez son humanité, l'exemple vous en vient chaque jour de bien près. Comme en lui, l'égalité vous sera une facile règle. Votre éducation libérale, cet accueil à tous dont nos Pyrénées garderont le récent souvenir, garantissent en vous ce sentiment. Vous aurez enfin ses vertus, guerrières; votre sérieux apprentissage de l'art militaire vous y prépare; et n'êtes-vous pas d'ailleurs de ce faisceau de jeunes et nobles Princes qui se battent en soldais et commandent en généraux ? — Entrez, Monseigneur, dans la Ville de votre Aïeul ; ses portes vous sont ouvertes ; nous vous y serrerons de près. »

Nous regrettons, de n'avoir pû recueillir toutes les réponses pleines de bonheur et d'à-propos, que le Prince a faites à chacun des discours qui lui ont été adressés. Nous croyons du moins pouvoir reproduire avec fidélité le sens des paroles du Prince, en réponse à la harangue de M. le Maire :

« C'est avec le plus grand plaisir, Monsieur le Maire, que je viens au milieu de vous assister à l'inauguration du Roi Béarnais, que je suis fier de compter parmi mes ancêtres. Ces souvenirs si vivans parmi vous que vous venez de me retracer avec bonheur, me causent une' émotion profonde. — J'espère que les habitans de ce beau pays voudront bien reporter sur les Fils une partie de l'affection qu'ils conservent loujours pour la mémoire d'Henri IV. — Je vous remercie, M. le Maire, de tous les voeux que vous venez de m'exprimer au nom duconseil municipal de la ville dé Pau. »

Pendant ce temps, une salve de 21 coups de canon annonçait l'entrée du petit fils d'Henri IV dans la cité Béarnaise ! L'effet de cette marche lente et solennelle présentait

quelque chose d'imposant ; l'émotion était grande à la vue de ce jeune rejeton du Béarnais s'avançant au milieu des flots pressés de la population vers l'antique demeure de son Aïeul. — Le Prince saluait de la manière - la plus gracieuse, la foule avide de contempler ses traits, sa taille svelte et élégante, sa tournure aisée, son air affable comme celui d'Henri. Il paraissait éprouver une vive satisfaction de se voir l'objet d'un pareil empressement.

Certes, M.gr le duc de Montpensier ne pouvait choisir pour faire son entrée à Pau , une route qui pût mieux réveiller en lui les souvenirs du grand-Roi. Bien avant la Croix du Prince , où il a quitté sa voiture pour monter à cheval, sa vue a dû se porter constamment sur le Manoir de Gaston-Phoebus. Delà, cet édifice se présente dans toute sa majesté. Le vieux donjon s'était paré pour le recevoir des couleurs tricolores. Un immense drapeau flottait à son sommet et de larges banderoles ondulaient sur ses murs. — L'entrée de Pau , par celle route, offre un aspect très-pittoresque} et jamais assurément cet aspect n'avait été pins beau qu'hier, avec toutes les terrasses chargées de spectateurs , des milliers de dames aux croisées et le bruit retentissant et continuel des symphonies militaires.

Le Prince a traversé ainsi la partie de la ville qui s'étend sur les terrains formant autrefois les dépendances du Château, et est allé meure pied à terre au lieu où naquit son Aïeul, il y a 290 ans.

Les autorités ont été admises quelque temps après à lui présenter leurs hommages.

Les présentations ont eu lieu dans l'ordre suivant :

Le lieutenant-général Harispe , commandant la division, avec son état-major. — La Cour Royale. — Le Préfet.— Le Conseil-général. — L'Evêque et le clergé. — L'Etat-major de la garde-nationale. — L'Etat-major

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de la division et les officiers du génie. — Les SousPréfets des arrondissemens et les conseillers de préfecture. — Le tribunal de première instance. — Le tribunal de commerce. — Le Conseil-Municipal. — Les officiers en retraite. — L'Université et le Collège. — Les Consuls, étrangers. — MM. les ingénieurs. — Les administrations des Forêts ; — des Finances ; — de l'Enregistrement ; — des Postes ; — Du Haras ; — Des Contributions directes et indirectes. — MM. les officiers de la garde nationale de Lescar. — M. le secrétaire-général de la HauteGaronne. — M. le Sous-Préfet de S.t-Gaudens.

Discours de M. Amilhau, premier présidant de la Cour royale.

« Monseigneur,

» Après les révolutions profondes qui renouvellent la face des nations, les peuples éprouvent le besoin de faire un retour vers le passé et de consacrer par les Lettres et les Arts les grandes époques de leur histoire.

» Placé entre deux mondes que séparent la Réforme et la Renaissance, un Prince né dans ces contrées fut élevé au trône par l'élément, moderne luttant au seizième siècle, La politique habile qui lui en fraya le chemin, contribua plus que tout autre cause à la chute du moyen-âge. Le vainqueur de Mayenne, le héros de la bataille d'Ivry, cette âme noble et fière sut allier au courage les vertus les plus généreuses ; il sut vaincre et pardonner, et fut de ses sujets et le Père et le Roi.

» Associé à tous les intérêts, à toutes les gloires de la France, le Roi ne pouvait céder qu'à ses fils l'honneur d'inaugurer la statue d'Henri le Grand ; dominant, à son exemple, les événemens par sa sagesse au milieu des troubles et des malheurs de la Patrie, il a eu, comme lui, le bonheur de rétablir l'ordre et d'assurer les bienfaits de la paix.

» Dans ce Palais fut le berceau de votre famille, Monseigneur ;

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chacun de vos pas foule une terre pleine de glorieux et brillans souvenirs. Deux Princes, vos frères, la parcoururent naguère au milieu des plus nobles et des plus vives sympathies. Dieu a rappelé à lui une puissante intelligence ; la France s'en est émue, l'histoire redira sa douleur et ses regrets. Là haute raison, et les qualités éminentés du Prince qui lui survit, nous donnent une légitime confiance dans notre avenir.

» Vous êtes mêlé à toutes nos espérances, Monseigneur ; animé de l'amour de la patrie, vous portez son drapeau et vous vous préparez à verser votre sang pour elle. Aux qualités de vos frères, vous joignez la bonté de votre aïeul ; vous êtes tout à nous, et dans ce solennel tribut payé par les Béarnais à la mémoire de leur Roi, vous retrouvez une fête de famille.

» La Cour Royale vient toute entière vous offrir son respectueux hommage. Dites au Roi, Monseigneur, que le plus jeune de ses Fils n'a trouvé au sein de ces populations loyales et fidèles que des sentimens d'admiration , d'amour et de reconnaissance. Dites-lui que la Magistrature , dont je suis l'organe , ne forme qu'un voeu , celui de lui exprimer plus dignement ces pensées dans le palais de son Aïeul. »

Discours de M. le comte de S.t-Cricq, Pair de France, président du Conseil-général.

« MONSEIGNEUR ,

« Le Conseil Général de ce département est heureux de se trouver appelé dans ce moment à ses travaux annuels, puisqu'il lui est ainsi donné d'apporter à V. A. R. l'hommage de son respect et de son dévouement. Il lui est doux de saluer l'un des premiers votre entrée dans cet antique palais de vos pères, restauré par une munificence toute filiale , et dont vous semblez venir reprendre aujourd'hui possession au nom de votre royale maison.

» C'est toujours pour, les Béarnais une fête de famille que la présence de leurs Princes : la vôtre, Monseigneur, nous

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devient plus chère en ce jour, par la mission que vous venez accomplir au milieu de nous.

« Le Roi, nous, le savons de lui-même, aurait vivement

désiré de présider en personne à la solennité qui se prépare. Retenu par les devoirs, si souvent amers, de la Couronne, il

a voulu être représenté par le plus jeune de ses fils , comme pour nous dire: celui-là aussi sera digne de sa race !

» Et nous, Monseigneur, témoins heureux, avec tous les Français, des brillants services déjà rendus à la Patrie par vos nobles frères ; charmés de cette ardeur que vous faites paraître, de cette grâce" chevaleresque qui déjà vous a fait aimer dans nos contrées, nous . disons avec Votre Auguste Père : tous, ils sauront continuer notre Henri. »

Discours de Monseigneur l'Evêque.

« Monseigneur,

» Votre présence dans la cité d'Henri IV et dans le palais de ce bon Roi, fait tressaillir tous les coeurs Béarnais. Le Clergé s'associe avec empressement à cette manifestation de voeux et de sentimeus dont vous êtes l'objet, car il sait ce que promettent à la Religion et à la Patrie les éminentes qualités de Votre Altesse. Elle a reçu du Ciel, comme le premier des bienfaits, un esprit élevé, un coeur noble et généreux ; la sagesse du Roi l'a entourée de ses conseils, et par les soins d'une Mère auguste, modèle de douceur et de piété , elle a connu de bonne heure le prix de la foi et la pratique des vertus. La voix publique n'a pas tardé à nous apprendre , parce qu'une épreuve solennelle et rigoureuse l'avait constaté, combien vos progrès dans les sciences humaines ont été brillants et rapides. Ce sont là , Prince , comme de belles fleurs au printemps de votre âge; déjà elles portent leurs fruits, et la France les recueille avec bonheur. Honorez toujours la Religion comme elle vous honore ; aimez noire beau Pays comme vous en êtes aimé ! que l'Ange du Seigneur qui a délivré le Roi de tant de périls, veille sur vos destinées ,

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et qu'il sbit donné à Votre Altesse de voir jusqu'aux limites les plus reculées de la vie, la France toujours en paix et toujours heureuse ! »

Le Prince a remercié M.gr l'Évêque et s'est recommandé aux bonnes prières de sa Grandeur et de tout son Clergé. Puis, il à ajouté avec une grâce parfaite. « Le Roi m'a chargé de vous remettre ce témoi» gnage de son estime : Je suis heureux de m'acquitler » de cette mission. » Et en disant ces mots, Son Altesse déposait dans les mains du Prélat la Croix de la Légion-d'Honneur.

Discours de M. Puyào, commandant de la garde nationale.

« Chaque fois que nos Princes honorent la ville de Pau de leur présence, nous nous empressons de leur offrir nos hommages et l'expression de notre dévouement et de nos sympathies pour le Roi.

» C'est avec le même bonheur aujourd'hui que nous prions V. A. R. d'agréer la nouvelle et plus vive expression de ces mêmes sentimens qui animeront toujours la garde nationale de Pau.

» Je me sens heureux et fier d'être son interprête auprès de vous, Monseigneur, dans une circonstance aussi mémorable pour la cité qui a vu naître notre bon et grand Roi Béarnais. »

Discours de M. Lacortiade, au nom du tribunal de première instance.

« Monseigneur,

» Le tribunal de première instance de Pau vient s'associer avec empressement au sentiment général d'allégresse, et de sympathie qu'inspire la présence dé votre Altesse Royale dans nos contrées.

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» Nous sommes heureux et fiers de présenter nos hommages, auprès du Berceau du Grand Henri, à un descendant de ce bon Roi , dont le nom, cher à tous les coeurs Français, réveille dans cette enceinte de si doux , souvenirs, à un de ces jeunes Princes qui sont l'orgueil de la Patrie, la joie, la consolation de leur auguste Père, et se montrent dignes, chaque jour, de marcher à la tête d'une grande nation.

» La solennité que vous venez célébrer en l'honneur de la plus grande gloire du Béarn, a remué ici trop profondément tous les coeurs, pour ne pas y laisser des traces ineffaçables.

» Chacun de nous se rappellera avec bonheur le Prince qui en aura été le plus bel ornement, et ne , cessera de l'accompagner, de ses voeux et de son amour, dans la brillante carrière qu'il est destiné à parcourir.

» Nous n'oublierons pas, Monseigneur, que votre présence au milieu de nous, pendant ces jours de fête, est une insigne faveur, qui met le comble à toutes celles que la bienveillance Royale se plaît à répandre sur cette Cité.

» Daignez, Monseigneur, mettre aux pieds du trône, la respectueuse expression de notre reconnaissance, ainsi que les protestations bien sincères de notre fidélité et de notre dévouement. »

Discours de M. Bégué, président du tribunal de commerce.

Monseigneur ,

« Le Béarn a vu enfin ériger la Statue du plus grand de ses Rois.

» Puissant homme de guerre , négociateur heureux et habile, plus grand administrateur, Henri IV, né Roi d'un pays libre, se montra digne de gouverner une grande nation ; il comprit que le bonheur des peuples ne se consolide que par la paix, la concorde et la tolérance.

» Habitans du Midi, nous n'avons pas oublié que sous

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l'égide de son édit de Nantes, nous eûmes d'immenses prospérités, que long-temps alors nous avons été en possession de la suprématie commerciale et industrielle. » Nous n'avons pas oublié qu'après la révocation de cette sage et grande mesure, notre pays fut couvert de ruines douloureuses et imméritées.

» Retirer dé l'oubli la mémoire du grand, du bon Henri, était digne du Roi, qui, lui aussi, a su ne rien préférer à la paix que l'honneur.

» De ce Roi, qui , protecteur éclairé du travail, apprit à ses fils que s'ils sont les premiers dans l'Etat, ils ont aussi envers lui les plus grands devoirs.

» Monseigneur , dites au Roi notre profonde gratitude pour la munificence qui dota notre ville, de l'image du plus illustre de ses enfans.

» Dites-lui qu'à côté du souvenir que nos coeurs garderont de ce don, vivra tout aussi impérissable celui du Prince qu'il envoya présider à cette grande solennité. »

Discours de M. Balencie, inspecteur de l'Académie. « Monseigneur,

» Le corps Académique et les fonctionnaires du Collége royal de Pau viennent vous présenter l'hommage de leur respect et de leurs voeux.

» La présence si désirée de votre Altesse Royale dans là cité qui se glorifie d'avoir vu naître le meilleur de, nos rois, a excité , parmi ses habitans, des élans d'amour et des transports d'allégresse.

» Le malheur des temps nous avait ravi l'image chérie, de ce prince vaillant. Son digne et immortel descendant nous l'a rendue , et pour ajouter encore à notre bonheur , Sa Majesté a délégué à un de ses augustes Fils la, pieuse mission de l'inaugurer, comme si elle avait voulu nous montrer , par cette double faveur, ce que déjà nous savions tous, qu'elle a pris pour modèle son illustre aïeul, ce Roi si connu pour sa paternelle

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sollicitude pour le, peuple, et dont le peuple reconnaissant a gardé la mémoire.

» Le premier bienfait, je dirai plus , Monseigneur, la première dette de tout Gouvernement envers le peuple, c'est l'instruction primaire; qui a pour objet de le rendre meilleur, et, par conséquent, plus heureux.

» La loi qui a fait pénétrer cette instruction jusques dans les plus petits hameaux du Royaume , est une loi éminemment morale et philantropique. Elle suffirait, à elle seule , pour immortaliser le règne de Louis-Philippe.

» Je me félicite, Monseigneur, de pouvoir annoncer à V. A. R. que, dans notre contrée, cette loi a déjà porté ses fruits, au-delà de toute espérance.

» Dans, une région plus élevée , l'instruction secondaire, sous la sainte influence de la religion , sous les lois d'une sage et ferme discipline, suit aussi, parmi nous, le mouvement progressif que l'Université imprime chaque jour de plus en plus aux études classiques.

» A mesuré que les lumières s'étendent et se propagent, le besoin des études se fait vivement sentir. Aussi, jamais la nombreuse jeunesse de nos écoles ne montra tant d'émulation et d'ardeur pour le travail ; jamais elle ne fut si sérieusement préoccupée de son avenir.

Et comment n'en sérait-il point ainsi, lorsqu'on voit les dignes fils de notre Roi, après avoir reçu avec elle, au sein de l'Université , la même éducation nationale, se soumettre à la loi commune, et ne vouloir tenir un grade , dans la carrière des armes, que du mérite personnel et des épreuves publiques d'un concours.

» Je m'estime heureux, Monseigneur, qu'il m'ait été donné , en l'absence du chef de l'Académie , de rendre devant V. A. R. , ce public et juste témoignage , que dans les trois départemens du ressort, élèves et maîtres, tous rivalisent de zèle et d'efforts, pour répondre dignement à l'attente du Roi et du Pays. »

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Le général Larriu, en présentant MM. les officiers retraités au Prince, s'est exprimé en ces termes :

« Monseigneur, les officiers retraités vous présentent leur respect et prient Votre Altesse de recevoir , par mon organe, la nouvelle assurance de leur dévoûment sans borne à votre auguste famille.»

Le Prince a répondu :

« Je la reçois avec plaisir de votre bouché. »

Ensuite M. le lieutenant-général Harispe a présenté au Prince MM. les colonels Oiivet et Lèbre.

Immédiatement après les réceptions , le Prince s'est rendu aux Courses, dans une calèche escortée par la garde nationale à cheval. A sa rentrée au Château , S. A. R. a présidé un banquet offert par Elle aux principaux fonctionnaires et notabilités du Département.

A 9 heures du soir, le Duc de Montpensier a assisté au Concert et au Bal donnés, par la ville.

C'était dans la vaste enceinte de la Halle que le Concert avait été disposé. Une immense estrade en gradins avait été dressée pour l'orchestre. Près de trois cents exécutans, choristes et instrumentistes, conduits par M. Habeneck, étaient là attendant le signal. L'auditoire se composait d'environ dix mille personnes.

Tout l'intérieur de la Halle était éclairé comme une salle de théâtre. Un lustre occupait le milieu de la voute. Les murs étaient tapissés de guirlandes de feuillage ; c'était partout de la verdure, de la lumière. Les personnes invitées pour le bal occupaient les galeries et les escaliers. Au bas se pressait une foule innombrable. C'était un océan de têtes !

Deux transparens , représentant les portraits en pied d'Henri IV et du Roi des Français, occupaient le fond de ce tableau.

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A l'arrivée du Prince, des acclamations enthousiastes, et répétées à dix ou douze reprises différentes, par ces dix mille spectateurs, ont salué le descendant du Béarnais. S. A. R. témoignait par des gestes d'affectueuse reconnaissance toute sa satisfaction, son bonheur, et les cris de vive le Roi ! vive le Duc de Montpensier ! retentissaient aussitôt avec plus de force.

Un roulement de tambour a donné le signal du concert. L'orchestre a exécuté d'abord la Bataille d'Ivry. Puis les voix et les instrumens ont dit avec un magnifique ensemble le choeur de Judas Macchabée et la Cantate de MM. Liadières et Auber.

L'effet de ces deux derniers morceaux a été surtout admirable. Nous en appelons à M. Habeneck lui-même, et nous sommes persuadés que ce sera là un des souvenirs les plus précieux de sa vie artistique,

La Cantate est, sons le rapport musical, digne de l'auteur de tant de chefs-d'oeuvre. Elle porte le cachet de son style. Les paroles sont dignes de la circonstance ; on voit qu'elles partent du coeur d'un véritable Poëte, d'un bon Béarnais. Les strophes en ont été chantées avec une chaleureuse énergie par M. Lafage, de Tarbes, lauréat du conservatoire de Paris.

Le Bal du Cercle offrait un coup-d'oeil magnifique ; mais les salons,, décorés avec autant de goût que d'élégance, étaient tellement encombrés , il y avait tant d'empressement pour suivre les pas du Prince, que la chaleur était accablante.

A 10 heures, les quadrilles se sont formés.

Le Bal a été ouvert par un quadrille dans lequel figuraient : LE PRINCE ; M.lle Azevedo, — M. le Préfet ; M.me Mezin. — M. Daguenet, député ; M.me Lamothe-d'In-

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camps. — M. Pèdré La Caze, ancien député ; M.lle d'Uhart. — M. Lacoste, sous-préfet d'Orlhez ; M.llee Viard. — M. le général Janin ; M.lle La Gaze.

Lé Prince a ensuite dansé plusieurs contredanses avec M.lle Drouin de Luiz , M.me Pardeilhan-Mezin ; M.lle Lamarque; M.lle Pèdre La Caze ; M.lle Lavielle.

S. A. R. s'est retirée à une heure.

Le portique de la Halle était orné avec beaucoup d'élégance. De belles illuminations, que le vent a malheureusement contrariées, décoraient cette façade. On lisait sur un transparent : Vive M. le Prince de Montpensier !

Dans l'après-midi, des orchestres et des tréteaux de bateleurs avaient été dressés à la Haute-Plante et à la Porte-Neuve.

Lorsque le Conseil municipal a été admis au Château à, présenter ses hommages au Prince-, S. A. R. lui a témoigné à plusieurs reprises toute la satisfaction que lui faisait éprouver l'accueil cordial et sympathique de la Cité Béarnaise. Le Prince s'est fait ensuite présenter M. Raggi, et il l'a félicité sur la beauté de son oeuvre. C'est M. Raggi qui a sculpté la Statue. M. Latapie, architecte du département, lui ayant été présenté ensuite, S. A. R. l'a complimenté sur sa participation à l'érection dé ce monument, ainsi que sur les magnifiques travaux exécutés aux établissemens des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes.

La Garde nationale à cheval d'Oloron est venue se joindre à celle de Pau, pour servir d'escorte au Prince durant les fêtes de l'inauguration.

Le Prince est parti ce matin pour Coarraze.

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JOURNEE DU 26.

Excursion a Coarraze. — Nay. — Gelos.

Le Prince est parti vers les 9 heures pour aller parcourir la belle plaine de Nay, et déjeuner au Château de Coarraze, chez M.Dufau, procureur-général de la cour royale. S. A. R. était escortée de la garde nationale à cheval , qui l'a constamment accompagnée dans toutes ses courses, et suivie de plusieurs voitures.

En passant à Bizanos, le prince s'est détourné de sa route pour visiter la fabrique à la Jacquart et la blanchisserie de M. Bégué. Tous les ouvriers étaient à leur poste ; le Prince a tout examiné avec la plus grande attention , et après avoir témoigné toute sa salis-, faction, à M. Bégùé , il s'est retiré en lui disant qu'il serait charmé de pouvoir dire au Roi qu'il avait vu dans tous ses détails la fabrique qui fournissait le plus beau linge de sa table.

Le Prince a continué sa route rapidement au milieu des flots empressés des populations, en traversant ces jolis villages à l'entrée desquels ou avait élevé des arcs de triomphe de verdure ; S. A. R. à remarqué surtout là forme élégante de: celui de Coarraze, autour duquel était rangée la garde nationale avec le conseil municipal, et une affluence encore plus considérable. M.gr le duc de Montpensier avait exprimé le désir de déjeuner à dix heures ; il est arrivé à l'heure précise ; il a été reçu au bas du perron par M. et M.me Dufau.

Entré un moment au Château, le Prince en est ressorti presqu'aussitôt pour examiner les environs; il s'est informé avec empressement de la vieille-tour , et a voulu y monter; parvenue sur la plate-forme, S. A. R. a té-

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moigné toute son admiration à plusieurs reprises sur la beauté dit paysage; profondément émue à la vue de ces lieux tout remplis des souvenirs de la jeunesse de son Aïeul, elle ne se lassait pas d'entendre les moindres particularités, et sa piété filiale se manifestait par les expressions les plus touchantes.

Le Prince a dû s'arracher à ces douces contemplations, lorsqu'on est venu lui, annoncer que le déjeûner était servi. — S.A. R. avait à sa droite M.me Dufau, et à sa gauche M. le général Harispe. — M. Dufau était vis-àvis le Prince , ayant à sa droite M. le comte de S.tCricq, et à sa gauche M. Amilhau , premier président de la cour royale. — La table était de 25 couverts. On y comptait : M. Azevedo , préfet du département ; — M. le général Jacobi, commandant du département des BasSesPyrénées ; — MM. La Gaze et Daguenet, députés du département ; — M. Fould, député des Hautes-Pyrénées ; — M. le général Rachis ; — M. de Latour, secrétaire des commandemens ; — M. le vicomte Daru , député ; — M. Manescau, maire de Pau ; — M. de Boisle-Comte , aide-de-camp de M. le général Harispe ; — M. Puyoo , commandant de la garde nationale de Pau ; — M. le baron Bernadotte, commandant de la garde nationale à cheval de Pau ; — M. Palengat, maire de Coarraze ; — M. Pujoulet, curé de Coarraze.

A une autre table, se trouvaient avec les fils de M. Dufau, les officiers de service et les gardes nationaux à cheval de l'escorte.

M. et Mme Dufau ont fait les honneurs de leur château avec une magnificence splendide ; le Prince leur en a témoigné tous ses remerciemens, de la manière la plus aimable. — il s'est ensuite rendu à Nay.

Là, S. A. R., après avoir été reçue par M. le maire , à la tête du conseil municipal, est allée à l'hôtel-de-

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ville, où M. le curé l'a complimentée. Elle a visité ensuite la fabrique de calicot de M. Lombré ; la fabrique de berrets béarnais de M. Fouard, et celle de MM. Lussagnet et Fould pour la filature du coton. — Le Prince s'est long-temps entretenu avec ces honorables industriels , a examiné avec le plus grand soin les produits de ces divers établissemens, et a prouvé par des paroles pleines de bienveillance tout l'intérêt que sa famille prend aux progrès du commerce.

Le Prince s'est ensuite retiré par la rive gauche du Gave; il a trouvé partout sur son passage les mêmes préparatifs et le même empressement. Arrivé au haras départemental de Lezons, M. de Perpigna, directeur de cet établissement, a fait passer sous ses yeux nos belles jumens et quelques-uns de leurs produits. S. A. B. a mar nifesté tout ce qu'une pareille fondation pouvait exercer d'influence pour la régénération de la race Navarrine ; il a surtout remarqué Valetine qui a déjà remporté de si beaux triomphes.

De là, le Prince s'est rendu au dépôt d'étalons de Gelos, qu'il a examiné dans les mêmes détails. Il a paru satisfait de la tenue de cet établissement, et a fait espérer qu'il contribuerait de toute son influence à lui faire obtenir d'autres beaux chevaux qui, réunis à ceux que nous avons obtenu depuis quelque temps, auront pour résultat de placer bientôt ce dépôt à là hauteur qu'il mérité d'occuper dans nos contrées.

Rentré à Pau vers trois heures après-midi, S. A. R. après s'être reposée pendant quelques instans, a fait prévenir M. le Proviseur du Collége que la distribution des Prix pour laquelle on l'avait attendue, pouvait commencer, qu'elle ne tarderait pas à s'y rendre. Aussitôt, M. le Proviseur a prononcé d'une voix ferme et sonore

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un discours élégamment écrit, où se trouvent ramenées, avec un rare' bonheur de pensées, les principales considérations qui doivent graver à jamais, dans le souvenir de la jeunesse Béarnaise, le souvenir des journées mémorables dont notre Pays vient d'être le témoin. — M. le Proviseur venait à peine d'achever une allocution aux élèves, lorsqu'un mouvement électrique qui s'est manifesté dans l'assemblées annoncé l'approche de Monseigneur. Aussitôt la musique du régiment a fait entendre une marche mititaire, les principaux chefs du Collége sont allés audevant du Prince , et bientôt il a paru accompagné du même cortège de notabilités, auxquelles était venu se joindre M. le duc Decazes , qui a voulu venir de Bordeaux pour assister à nos solennités. S. A. R. a dû être agréablement surprise, après des courses si fatigantes, de se trouver, sous la voûte d'un grand bosquet de chênes séculaires, où l'on avait ménagé, avec beaucoup de goût, une salle d'un nouveau genre, pour la distribution. Plus de douze cents dames, des pères de famille, s'y trouvaient commodément assis. Toute l'assemblée s'est levée à l'arrivée de S. A. R. , et l'a saluée des cris de vive le Roi ! Parvenue à la place qui lui avait été préparée, le Prince a. daigné décerner de sa main le Prix d'honneur de Philosophie. D'autres élèves ont été couronnés par les, principaux dignitaires qui accompagnaient le Prince. Après avoir assisté à la distribution des prix jusqu'à la 3.e, et témoigné toute sa satisfaction de ce qu'il avait vu, le Prince s'est retiré avec le même cérémonial.

Son Altesse est allée ensuite visiter l'Hospice, et là, elle a donné de nouvelles preuves, auprès du lit des malades, de sa générosité, de la bonté de son coeur. C'est surtout dans cet asile des souffrances, en s'entretenant avec les soeurs respectables de St-Vincent de Paule, qu'on a pu reconnaître un petit-fils d'Henri IV.

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Une dernière visite: restait à faire à celui qui vient nous rendre son image vénérée ; c'était l'humble maisonriette où ce grand : prince suça d'une paysanne de Bilhère le lait des héros. Après avoir rempli ce devoir religieux avec tout le respect que peut inspirer la piété filiale ; S. A. R. s'est rendue à la caserne et enfin est rentrée pour dîner à la Préfecture, pouvant dire qu'elle n'avait pas perdu sa journée.

Dans la matinée, M. Castetnau, adjoint, avait réuni au Cercle tous les enfans des Ecoles de la ville, afin de distribuer aux 4 sujets de ces écoles reconnus les plus mérilaus , les livrets de la caisse d'épargne accordés par le Conseil Municipal. Cette cérémonie a été fort intéressante. M. Gastetnau a adressé à ces enfans une touchante allocution, dans laquelle il leur a donné de: sages conseils, d'excellens préceptes, qui certainement ne seront pas perdus pour l'avenir.

Dans raprès-midi, il y a eu spectacle gratis, orchestres de danse à la Porte-Neuve et à la Haute-Plante, exercices de saltimbanques, mât de cocagne sur la place Henri IV, et ascension de ballon, dans. la. soirée. Tous ces divertissemens avaient attiré de nombreux spectateurs.

Bal du Château.

Parmi les fêtes brillantes auxquelles l'inauguration de là statue d'Henri IV vient de donner lieu, celle-ci a été une des plus magnifiques.

Quand on songe au délabrement dont le Château de Pau donna pendant tant d'années l'affligeant spectacle, et à la riche transformation qu'il a subie, grâce à la munificence d'un Roi, protecteur éclairé de tout ce qui

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se recommande au culte des souvenirs nationaux, on est amené à une bien respectueuse reconnaissance envers le souverain qui a déjà tant fait: pour notre ville.

C'était en 1787 , que fut donnée au Château la dernière dès: fêles qui précédèrent la révolution. Elle avait eu lieu à la rentrée d'exil du Parlement de Navarre. Entre cette fête et celle offerte aux habilans de Pau par le prince de Montpensier, 60 ans s'étaient écoulés , toute une génération s'était éteinte.

 

 

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La duchesse du Berry et Dieppe

2 Juillet 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Otium cum dignitate, #down.under

 

Récit du baron d'Haussez (ancien député, préfet et conseiller d'Etat) sur le départ de la duchesse du Berry de France en 1830 (dont feu Jean Raspail a immortalisé le rocambolesque retour deux ans plus tard) :

"La Révolution marchait : elle s'était organisée sous la protection de lois insuffisantes pour en arrêter les progrès, et de tribunaux qui refusaient ouvertement de faire l'application de leurs dispositions, toutes précises qu'elles fussent. Elle éclata enfin.

Trois jours d'attaques préparées de longue main et habilement dirigées, trois jours d'une défense faible et mal combinée suffirent à renverser une dynastie de huit siècles 1 Dans ce trouble universel, dans la confusion d'idées et d'irrésolution que produisait cet événement terrible, une tête conservait du calme, de la détermination, de l'énergie; une tête jugeant le mal, son étendue, les moyens d'y remédier, une tête qui avait une volonté : c'était celle de la duchesse de Berry. Tout n'eût peut-être pas été perdu pour la monarchie, si l'on avait suivi la conduite que traçait cette princesse dont le courage semblait se réserver pour les grandes circonstances où il devait être mis à l'épreuve, et se montrait, en juillet 1830 comme en février, en septembre 1820, supérieur à l'adversité.

Calme dans la délibération, chaleureuse dans les conseils qu'elle donnait en raison des obstacles qu'ils rencontraient, on devinait tout ce qu'elle aurait été capable de faire, si elle eût eu la faculté d'agir. Confiante dans la générosité du peuple, elle proposait d'aller lui montrer son fils. Ce projet, qui se recommandait par la hardiesse plus que par la prudence, dut être abandonné. Les autres avis qu'elle ouvrit ne furent pas mieux accueillis ; et cette force d'âme qu'elle voulait employer au salut de la monarchie, à la conservation du trône, il lui fallut la faire servir à dominer sa volonté de résister, ses regrets, ses douleurs.
Elle suivit avec soumission la route de Cherbourg, au milieu d'une garde fidèle qui, des yeux, semblait lui demander le signal d'une désobéissance à des ordres qui l'humiliaient, d'une population dont, tout comprimés qu'ils étaient par une faction enivrée de son triomphe, les sentiments se manifestaient d'une manière non équivoque. Il lui fallut quitter cette France qu'elle aimait tant, où elle était tant aimée, où elle avait fait tant de bien ; il lui fallut abandonner des amis qu'elle s'était créés dans toutes les classes, des pauvres qu'elle secourait partout où ils sollicitaient ses bontés ; ces fêtes auxquelles elle ne manquait jamais d'associer la bienfaisance, ce Rosny et tous les genres d'enchantements qu'elle y avait rassemblés. Le souvenir de ce qu'elle avait fait la soutenait, et ce souvenir, ce n'était pas dans son cœur seul qu'il se trouvait; elle en acquit la preuve, au moment même où son pied cessait de fouler le sol de la France. 

A peine montée sur le bâtiment qui devait emporter la famille exilée, elle s'aperçut que sa chienne favorite n'était plus près d'elle. Quel fut son étonnement en la voyant passer de main en main parmi les matelots de l'équipage et recevoir leurs caresses I Le nom de la pauvre bête leur était connu. — « Ne craignez rien pour Foolish, dit un matelot; ne craignez rien pour vous », ajouta-t-il en baissant la voix. Et en pressant de sa main rude le bras délicat de la princesse : « Nous sommes presque tous de Dieppe ; dites un mot, et nous faisons passer par dessus bord nos officiers et tous ceux qui voudraient nous résister. Nous vous conduirons ensuite. où vous voudrez aller. »

Cette preuve d'affection, cette marque de reconnaissance fut la première des rares consolations que la Providence réservait à la duchesse de Berry. Le nom de Dieppe lui rappelait une ville embellie, enrichie par ses soins ; où sa présence attirait un concours inaccoutumé d'étrangers ; où ses secours pénétraient dans les plus pauvres maisons pour y soulager le malheur ; où son exemple et ses largesses avaient plus d'une fois procuré le salut des marins menacés du naufrage. Sans doute elle se rappelait ce jour où, bravant les horreurs de la tempête et les torrents d'une pluie glacée qui avait pénétré ses vêtements, son chapeau enlevé par le vent, et cramponnée à l'un des canons de la jetée, elle excitait les matelots à porter à leurs frères en péril des secours qui eussent été vainement réclamés si Madame n'avait été là pour communiquer son courage parmi ceux qui en manquaient.

Quelque temps après le départ de Cherbourg, Dieppe, la ville fidèle, vit arriver les voitures de sa bienfaitrice. Cette fois, elles étaient vides. Les habitants voulurent les traîner jusqu'au bâtiment qui devait les transporter : hommage désintéressé qu'ils rendaient à la bonté malheureuse ; pieuse fiction qui leur rappelait les époques où ils couraient à la rencontre de celle qui, chaque année, leur apportait le bonheur ! ! !"

La duchesse pleine de joie de vivre avait introduit en France la mode des bains de mer et avait fait de Dieppe en 1820 la première ville balnéaire de l'histoire de notre pays.

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Occupations du moment

30 Mai 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #Médiums, #Spiritualités de l'amour, #Christianisme

Je regarde en ce moment des vidéos du médium Reynald Roussel et de l'hindouïste Sadhguru, qui eut la même expérience que Jiddu Krishnamurti, le gourou jadis poussé par la théosophe Annie Besant.

Quant à Reynald Roussel, que j'ai cité dans mon livre sur les médiums, et dont j'ai aussi évoqué en 2019 le témoignage concernant Mademoiselle Bouvier et le Padre Pio, je vous recommande sa discussion avec feu la journaliste Sylvie Simon en 2006 ici à propos de la mystique Marthe Robin. On retombe sur cette très grande "ouverture doctrinale" des mystiques catholiques (j'en avais dit un mot à propos des phrases aimables de Marthe Robin sur Simone de Beauvoir), qui me fait penser aussi aux rapports très étranges de Thérèse Neumann avec le gourou Yogananda. Evidemment dans cette logique là, on glisse vite vers la religion primordiale universelle que recherchait René Guénon, religion devant laquelle les textes sacrés pour ainsi dire s'effacent. Ce n'est pas seulement un danger pour les Eglises institutionnelles. Cela pose la question de la "boussole" que tout un chacun doit suivre, sans perdre le Nord, car tout le monde n'est pas "choisi" pour vivre une vie mystique.

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Le verbatim de l'interview réalisée par Christian Urvoi sur ArkTV "Millechemins" (production Ark Alliance Morgana 2006) - passages importants :

Sylvie Simon (à propos de sa rencontre avec Marthe Robin en 1980 - elle dit que Marthe Robin avait 79 ans, mais celle-ci est morte avant son 79e anniversaire, et l'on voit dans l'interview que Sylvie Simon calcule depuis 1980) : 7'30 "Quand je suis entrée dans la chambre, j'ai senti que mes jambes se sont mises à trembler, mon coeur s'est mis à battre très fort et j'ai senti que je passais comme dans une autre dimension (...)". Sylvie Simon évoque la réponse de la mystique à la question sur sa mission pour l'information de l'humanité (une réponse prémonitoire très positive, mais aussi très claire sur les embûches qu'elle rencontrera), puis elle lui fait prier la Vierge Marie. 9'16 "Je suis repartie dans un état d'euphorie totale (...) Après que mon ami l'a vue aussi, nous sommes parties toutes les deux après (...) on a décidé de marcher dans la nature plutôt que de prendre le car tellement on sautait de joie. Et à partir de ce moment là j'ai vu les auras de tout le monde. Ce qui est très curieux et ça a duré à peu près six mois. Elle a dû élever mes vibrations. Après je suis retombée dans la matière comme tout le monde. Et le soir même, j'étais avec ce garçon et avec un autre ami qui avait perdu la vue, et nous sommes partis tous les trois nous promener. Il pleuvait, nous sommes sortis dans la nature. Tout d'un coup il s'est mis à pleuvoir très fort. Nous nous sommes retournés pour rentrer et il y avait au milieu ce garçon qui était aveugle et mon ai de l'autre côté, on le tenait chacun par un bras pour qu'il ne trébuche pas. On était vraiment dans la campagne et on ne voyait rien. Et tout d'un coup on a vu comme une sorte d'objet bizarre devant nous qui ressemblait à une espèce de gyrophare de voiture et je ne pourrai jamais dire s'il était à 50 mètre et s'il était de la taille d'une maison ou s'il était de l'autre côté de la vallée parce qu'on était devant une vallée qui descendait et il y avait la côte de l'autre côté et qu'il était gigantesque. On n'a pas su. Et à ce moment là, on s'est dit qu'est ce que c'est, est ce que c'est un OVNI, on en parlait à l'époque. On est revenus très vite et j'ai dit à l'autre garçon, Philippe, courez vite là bas à la fondation (on n'était pas très loin encore) pour essayer de trouver des témoins. Nous on ne le quittait pas des yeux et mon coeur battait fort, mon ami aveugle à côté le sentait. Au moment où Philippe est sorti avec trois jeunes novices, l'objet s'est éteint. Alors on a attendu deux trois minutes et on est partis. Au moment où nous entrions dans la maison, l'objet s'est allumé à à peu près 45 degrés. Et tout le monde l'a regardé, moi je n'ai rien dit. Philippe non plus. Et une des jeunes novices a dit "ah c'est un OVNI". Je lui ai dit "ce n'est pas moi qui vous ai dit le mot". Et puis ça s'est éteint après, et j'ai appris par une novice qui était restée à la fenêtre en haut qu'au moment où ça s'est éteint - on ne pouvait pas le voir parce qu'il y avait une verrière qui nous abritait de la pluie et qui nous empêchait de voir au dessus - ça a fait comme un feu d'artifice au dessus au point de vue lumière. Et donc on a parlé de ça toute la soirée. (...) J'ai fait la vaisselle pour la communauté, et je me suis trouvée aidée par une jeune novice. Et je lui ai dit 'quand même c'est extraordinaire ce qu'on a vu hier'. Et elle m'a dit 'on n'a rien vu hier il n'y avait rien'. J'ai dit 'mais on en a parlé jusqu'à 3 h du matin'. 'Non non c'est une vue de notre esprit' a-t-elle dit.  Je me suis dit 'bon ben les prêtres sont passés par là' et le fameux Philippe m'a dit 'c'est bizarre j'étais à côté d'une novice qui m'a dit la même chose' et les trois ont refusé de reparler de tout ça. Mais le lendemain trois de nos amis ont été reçus (par Marthe Robin), y compris ce garçon qui était aveugle... et une de mes amies qui a été reçue le lendemain lui a dit 'Marthe est-ce que vous croyez aux OVNIs ?' Et elle lui a répondu 'oui, je sais qu'il y en avait un sur la fondation hier, et deux de vos amis l'ont vu', donc elle était parfaitement au courant.(...) Et depuis j'ai appris par des amis qui sont spécialistes de la question, qui sont des médecins que beaucoup de rencontres avec des saints sont mêlées à des phénomènes d'OVNIs. Moi j'ai des amis qui ont vu Padre Pio et qui après ont vu des objets volants non identifiés."

A la 18ème minute Reynald Roussel raconte comment il fut guéri d'un mal de dos. La mystique lui a dit "En contrepartie vous aiderez beaucoup de gens par la suite. Ce ne sera pas facile, ce sera dur, mais vous aiderez." Elle lui a ensuite demandé de revenir l'année suivante. "J'étais dans une chambre qui n'était pas de ce monde, qui était pleine d'amour. Il y avait une odeur merveilleuse". "Je suis ressorti c'était en plein mois d'août, il faisait 39 dehors. J'ai traversé la cuisine j'étais gelé. Je suis arrivé dehors je ne savais pas où j'étais". Depuis, je prie, je m'adresse à Marthe, je lui parle, et j'ai la foi.

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Le culte de Mary Stuart

28 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Otium cum dignitate, #Médiums

Les chansons de Mike Oldfield sentent l'occultisme à plein nez, et pas le plus lumineux. Pas étonnant qu'un de ses albums s'intitule "Elements" (ce qui est la traduction exacte de "stoicheia"), ni que ce musicien, qui a eu une enfance bien malheureuse, ait fourni le paysage sonore du film ténébreux "L'Exorciste". Un de mes proches qui voit le monde invisible me disait que sa chanson la plus noire était l'apparemment inoffensive "To France" que nous avions tous dans les oreilles en 1984 et qui fut même le générique d'une rubrique télévisée qui passait tous les soirs à une heure de grande écoute (ça s'appelle du "mind control").

La chanson "To France" est en fait dédiée à Marie Stuart (1542-1587), la pauvre reine d'Ecosse ("Mary queen of chance") élevée à la cour des rois de France et décapitée par Elizabeth d'Angleterre à laquelle le chevalier Brantôme consacre un portrait délicat dans ses Vies des Dames galantes.

Je savais vaguement que certains catholiques du XIXe siècle (appartenant à des sociétés secrètes ?) s'étaient mis en tête de faire canoniser la reine martyre (comme ils essayèrent avec Christophe Colomb). Mais il y a plus intéressant pour comprendre le parti pris de Mike Oldfield, et je le trouve dans le tableau sinistre que l'historien René Guénon brosse de la naissance de la Société Théosophique de Mme Blavatsky. Voici ce qu'il écrit, à propos de l'inquiétante duchesse de Pomar (1830-1895), une médium spirite, qui avait monté en France une sorte d'organe de recrutement parallèle pour la Société Théosophique (p. 185-186 du livre) :

"Voici ce qu'elle écrivait à Arthur Arnould, dans une lettre que celui-ci publia en 1890 (...) 'Quand je vous dirai que nous recevons nos instructions directement des plus hautes sphères, vous comprendrez que nous désirions garder le plus strict secret"' Quelles étaient donc ces instructions et ces communications mystérieuses, dont les moyens n'étaient probablement pas très différents de ceux qui sont en usage chez les spirites ordinaire, et quelle était la mission que Mme Pomar prétendait avoir reçue ? Dans une lettre datée du 2 février 1892, et dont nous avons l'original entre les mains, elle disait à ce sujet : "... Le culte que je professe pour Marie Stuart s'applique moins aux souvenirs de sa personnalité terrestre qu'à son individualité céleste, toujours vivante, et qui depuis plus de trente ans m'a donné de nombreuses preuves de sa présence spirituel (sic) auprès de moi. Cet être déjà si grand, si noble sur la terre, a continué à se développer selon la loi éternelle de la vie de l'Esprit et aujourd'hui arrivée à posséder la vérité qui affranchit, elle a dépassé de beaucoup ses convictions religieuses d'autrefois. Sa mission est de donner aujourd'hui au monde, et spécialement à la France, les Vérités du Jour Nouveau qui doivent amener l'évolution de  la race dans le sens d'une spiritualité plus haute, et j'ai le privilège d'être choisie par elle comme intermédiaire terrestre pour travailler à son oeuvre'. Et plus loin, elle ajoutait encore que 'cette Reine est aujourd'hui un Ange des plus hautes sphères célestes' qu'elle appelait ailleurs le 'Cercle du Christ' et le 'Cercle de l'Etoile' ".

Et Guénon précise plus loin que cette nouvelle ère devait être celle du Saint Esprit, saisi comme le "divin féminin" (pensez au Da Vinci Code, à l'actuel "God is a woman" d'Ariana Grande, et tout ce mysticisme de Lilith qui, au XIXe siècle, se présentait encore sous un vernis catholique superficiel à travers ce pseudo-fantôme de la reine d'Ecosse)... Il est possible que Mike Oldfield ait voulu sournoisement imposer à son (très vaste) public dans les années 1980, ces "énergies" obscures autour de Marie Stuart, que vénéraient les cercles occultistes en Europe depuis au moins les années 1870-1880 et probablement bien avant...

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Du public pour tout le monde

13 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #down.under, #Otium cum dignitate, #Médiums

Marrant comme dans le domaine spirituel il y a du public pour tout le monde, y compris pour cet improbable papy qui mêle Allan Kardec, théorie de la réincarnation et catholicisme. Voir par exemple sa vidéo ici.

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Pauvreté du débat intellectuel

25 Juillet 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #Médiums, #Histoire des idées

J'échangeais hier avec un camarade maître de conférences. Il soutenait la thèse selon laquelle Jésus "reprenait tous les acquis du judaïsme et, à ma connaissance, il n'en a condamné aucun" (sic). Selon lui Saint Paul était le seul à l'origine de la prise de distance entre les disciples de Jésus et le judaïsme.

Je lui ai opposé trois points démontrant le contraire 1) Dans l'Evangile Jésus est souvent accusé de guérir les jours de sabbat, 2) il y a un passage de l'Evangile où il dit de ne pas se préoccuper des interdits alimentaires, 3) Jésus fait souvent l'éloge des Samaritains.

Mon interlocuteur répondit alors (par mail) que les Samaritains avaient toujours respecté le Sabbat. Il croyait en invalidant en partie mon 3ème point, dynamiter les deux autres et pouvoir ainsi continuer à dormir tranquillement sur ses certitudes.

Beaucoup de gens fonctionnent ainsi et sur tous les sujets. Notamment dans le débat sur la voyance. Quand un voyant cite correctement trois faits précis qui vont se produire, impossible à déduire de l'apparence de leur client ou de ses propos, et qui effectivement se réalisent, mais se trompe sur un quatrième fait (suivant une constante vérifiée par de nombreux observateurs selon laquelle le faux se mêle souvent au vrai dans la voyance), alors l'interlocuteur de mauvaise foi se précipitera sur le quatrième point au détriment des trois autres pour claironner que la voyance est une imposture.

Ajoutez à cela que la plupart des intellectuels (comme la plupart des autres personnes d'ailleurs) évitent de répondre aux mails de gens qu'ils n'ont jamais rencontrés physiquement (au mépris des règles de politesse), ce qui fait qu'ils limitent l'horizon de leurs discussion à un cercle familier d'interlocuteurs qu'ils connaissent bien et ne dérangent pas leurs dogmes, et vous comprendrez pourquoi l'intelligence ne progresse que très lentement voire régresse avec le temps chez ceux qui font profession de penser.

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La fiche Wikipédia de Jurançon (64)

17 Février 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate

026--1992--29.8.92-24.11.92--202.jpgPour celles et ceux qui s'intéressent à un titre ou à un autre à l'histoire de l'agglomération paloise en Béarn, je signale que j'ai enrichi récemment la fiche Wikipedia de la ville de Jurançon, dont la partie historique comprenait seulement deux lignes sur 1385 et 1617 et dont la liste des maires couvrait seulement la séquence 1989-2013. J'ai ajouté des paragraphes sur la période allant des années 1920 à nos jours en m'appuyant sur le témoignage oral de ma mère, qui y est née en 1934 et n'a jamais quitté cette ville, et j'ai complété la liste des maires. J'essaierai de compléter ce travail ultérieurement avec quelques recherches livresques à l'occasion d'un de mes prochains passages là-bas (j'y ai vécu les 18 premières années de ma vie, mais ne m'y rends plus que sept ou huit fois par an).

 

Il n'est pas facile d'écrire l'histoire d'une bourgade de moins de 7 000 habitants éloignée des grands événements nationaux et continentaux. La tentation peut être grande de s'en tenir à l'histoire politique (les élections) qui est celle qui laisse le plus de traces dans les journaux locaux à part les faits divers. Comment par exemple faire transparaître dans les chronologies l'importance de réalités qui étaient autrefois structurantes de la vie locale comme les fêtes religieuses ? Comment aussi faire voir le paysage urbain, pour saisir les étapes de son aménagement ? Le format de Wikipedia ne s'y prête pas forcément. Je m'y suis malgré tout un peu efforcé.

 

 

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Retour sur "L'impératrice Yang Kwei Fei"

13 Janvier 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate

yang-copie-1.jpgEn 1999, je suis allé voir à Paris l'Impératrice Yang Kwei Fei. J'avais alors écrit pour un forum philosophique que j'organisais un texte qui est resté longtemps sur le net (car repris sur un site asiatique) mais en a disparu il y a 4 ou 5 ans. Je reproduis ci-dessous ce texte.Une spécialiste du Japon avait bien voulu ajouter un ou deux mots à ce sujet que je recopie à la suite (car par chance tout cela est resté sur mes différents disques durs. Ils ont le mérite d'éclairer le contexte nippon de l'adaptation du récit historique devenu légende (mieux que ne le fait le supplément du DVD incroyablement pauvre à cet égard). Ayant retrouvé des allusions à Yang Kei Fei / Yang Gueifei dans des classiques chinois que je parcours en ce moment, je viens de revisionner le film en DVD. J'ajoute à la suite de ces deux textes des observations qui actualisent un peu mon point de vue.

 

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Mon texte de 1999 :

"Questions anthropologiques autour de Mizogushi « L’impératrice Yang Kwei Fei »" 

 

Je suis allé voir ce soir un film de Mizogushi « L’impératrice Yang Kwei Fei » (en anglais : « Princess Yang Kwei Fei » - la transformation du titre d’impératrice en princess est peut-être révélatrice en soi d’une différence culturelle entre les anglo-saxons et nous, du moins à la date de sortie du film, mais laissons cette première question de côté).
C’est un film de 1955 (l’historicité de l’œuvre d’art ne doit jamais être sousestimée).

Je ne sais pas grand’chose de ce film - vous avez donc tout à m’apprendre – ni de Mizoguschi (toute suggestion de site web où l'on en parle est bienvenue).

Le scénario est assez simple. Cela se passe à la cour de l’empereur de Chine au VIII ème siècle. C’est l’histoire d’une jeune souillon qui, du fait des intrigues de sa famille, devient l’épouse d’un empereur romantique (l’adjectif est maladroit car trop occidental, mais tant pis). La souillon console son mari d’empereur de la perte de sa précédente femme, mais périra parce que sa famille malhonnête, promue à des postes « ministériels » par le roi du Ciel, oppresse le pays.

Voilà en gros de quoi il s’agit.

Autant le dire, ce film n’est pas très facile à regarder. On est souvent mal à l’aise, sans qu’on sache si le malaise est dû au fait que ce film ressemble par certains côtés aux films américains des années 1950, ou si c’est son côté japonais qui le rend un peu inaccessible. Et en même temps, on est également séduit par cela même qui nous dérange, ainsi que par l’esthétique générale – le choix des décors, des musiques etc -. Cela demande un petit effort, une petite ascèse, mais cela permet aussi de sortir de soi-même, des canons esthétiques que notre culture – en France, en 1999 – nous a inculqués, et du rapport aux choses et aux êtres corrolaire à cette esthétique.

A vrai dire je ne sais pas – et ce serait peut-être ma première question vraiment importante – ce qu’il y a de japonais, de chinois, et d’américain dans ce film. (Et, si l’on voulait affiner la question, il faudrait se demander aussi ce qu'il y a du XX ème siècle et des siècles passés dans ce film, tant il est vrai que tous les films historiques, regards rétrospectifs, en disent toujours plus sur leur propre époque que sur l’époque qu’ils traitent).

Essayons quelques remarques à ce sujet :

I) ce qu’il peut y voir d’occidental

J’observe que le rythme du film n’est pas celui auquel nous habituent d’autres films japonais comme ceux de Kurozawa ou Ozu. Ce rythme très particulier qu’on attribue, peut-être à tort ( et là les spécialiste du Japon pourraient nous éclairer ) à la culture zen japonaise. On pourrait donc en déduire que le rythme est américain, hollywoodien même à quelques nuances près (sauf si l’on me démontre que la culture japonaise n’est pas incompatible avec ce rythme).

Ce serait donc un premier élément à prendre en compte.

Un autre élément est la thématique. La souillon devenue reine est une thématique d’apparence très américano-européenne (cf Cendrillon). Mais peut-être est-ce aussi un thème universel (après tout l’anthropologie nous révèle des universaux de fantasmes et de comportements que nous n’aurions pas soupçonnaés) ou en tout cas commun à l’Orient et l’Occident.

Très occidentale, aussi, en apparence, la façon de traiter cette problématique, et, plus généralement, la façon d’évoquer la condition de la femme et la place de l’amour telle qu’elle transparaît dans les dialogues. Peut-être les structures mentales de Mizoguschi sont-elles complètement déterminées par le romantisme véhiculé par le cinéma et la littérature populaire venus d’Occident pendant la première moitié de ce siècle ? Pour le savoir il faudrait qu’on me dise précisément quelle fut la formation intellectuelle et affective de Mizoguschi (ce que furent sa famille, son université, ses lectures et ses voyages etc).

Les réponses à cette question nous permettraient d’avoir un regard plus intelligent sur l’occidentalisation du Japon et, même d’en tirer des conclusions pour l’occidentalisation des autres cultures mondiales (mon hypothèse est que, probablement, tous les cinéastes de tous les pays sont aujourd’hui des hommes très occidentalisés, qui relisent leur culture nationale à travers nos lunettes, de sorte que, souvent, en croyant découvrir leur monde, ce n’est que le nôtre que nous voyons)

- question subsidiaire : j’ai vu sur Internet que le film avait reçu une excellente critique à l’Ouest et une très mauvaise au Japon. Est-ce parce qu’il était trop occidental ?

II) ce qu’il y a de japonais

Une fois vu tout ce qu’il y a d’occidental dans ce film, on peut s’attacher à ce qu’il y a de japonais.

C’était ce qu’il me semblait intéressant de voir : la Chine impériale à travers les yeux d’un Japonais. Peut-être est-ce comme quand Pasolini filme la Grèce archaïque (si nous admettons que l’Italie est à la Grèce ce que le Japon est à la Chine, analogie contestable comme toutes les analogies).

Même si on ne connaît pas le Japonais, tout un chacun sait en quoi il diffère du chinois, et, sans doute, pour un Chinois, voir sa cour impériale parlant japonais doit faire le même effet que pour un Français de voir Napoléon parler anglais.

Les japonais ont-ils cependant un regard plus juste sur la Chine que ne peut l’avoir un Occidental – en ce en fonction du substrat culturel commun ?

Une impératrice ayant les mots et les verbes d’une japonaise est-elle malgré tout plus vraisemblable dans le rôle que si ç’avait été une actrice américaine maquillée, ou même une Chinoise de Manhattan ?

Mizoguschi a-t-il étudié de près l’histoire de l’empereur qu’il nous présente (et d’ailleurs le film se veut-il historique ?) ?

Comment un cinéaste japonais quand il veut mettre en scène la cour impériale de Chine fait-il bouger et parler ses acteurs ? qui le conseille (un Chinois, un japonais, un historien ?) ? Il lui faut inspirer des règles de comportement à ses acteurs. Où va-t-il les puiser ? dans les livres d’histoire ? dans des canons posés par d’autres films que le cinéaste a visualisé ? lesquels ?

Il y a derrière ces questions anodines toute une problématique des conditions concrètes de la production artistique et de sa similitude par rapport au réel (problématique posée par la philosophie classique, notamment par Aristote, mais qu’il faut reformuler concernant le cinéma).

III) ce qu’il y a de Chinois et les questions que cela soulève

Une fois qu’on aura répondu à toutes ces questions – et les réponses ne seront toujours qu’incomplètes, provisoires et perfectibles -  on pourra se demander ce qu’il y a de chinois dans ce film, ou plus précisément, ce qu’il y a du VIII ème siècle chinois dans ce film.

Sous réserve de tout ce qu’on aura dit plus haut, des occidentalisme, des niponismes, et des conventions artistiques – très manifestes, on les perçoit intuitivement – je pense qu’on pourra accorder malgré tout à Mizoguschi qu’il y a « quelque chose de vraiment Chine impériale dans ce film » (un quelque chose qu’on devra détailler par la suite).

Probablement cette vie impériale dans la Cité interdite – qui m’a fait penser à un autre film « Epouses et Concubines  » (Raise the red lantern) dont la valeur de vérité historique elle aussi est très problématique.

Très chinoise aussi – d’après ce qu’on peut connaître sommairement de l’histoire de la Chine – cette situation où la famille de l’épouse de l’empereur accapare les postes de commandement.

Ces deux traits mériteraient qu’on s’y attarde car il sont à la fois très chinois et très susceptibles d’être pensés à travers des lois anthropologiques universelles.

Sur la vie de cour dans la Cité interdite, j’ai trouvé très fort – quoique dans un style vraiment très conventionnel – la façon dont Mizoguschi a mis en scène le contraste entre les mœurs extrèmement policées de cette cour et la spontanéité rabelaisienne de la fête populaire à l’extérieur lorsque l’impératrice entraîne son époux dans la rue pour le Nouvel An chinois. On retrouve là, je pense, un trait caractéristique de toutes les sociétés impériales ultra-hiérarchisées (l’empire romain, la France de Louis XIV présentaient les mêmes cractéristiques, et cela se retrouve encore quoique de façon un peu atténué dans nos sociétés – cf Bourdieu). La société de cour semble à la fois caractérisée par une très forte concentration des ressources matérielles et intellectuelles (le capital va vers la capitale) et un très fort raffinement des mœurs, c’est à dire des règles psychiques de comportements à l’égard de soi-même (rapport à son propre corps) et à l’égard d’autrui (respect des titres des préséances). Mizoguschi semble à son aise pour traiter ce sujet, et l’évolution du comportement de Yang Kwei Fei entre le moment où elle est souillon et son accession au titre d’impératrice est très révélatrice des différences de lois (lois psychologiques et sociologiques) applicables suivant le rang.

Cette problématique du rapport à la loi dans la société de cour est traitée aussi quand les gardes se révoltent contre l’impératrice : l’abolition des règles de comportement et la violence qu’elle génère met en lumière, par effet de contraste, la rigueur que la loi pouvait avoir auparavant. Quand les corps ne sont plus soumis aux règles de la cour (les courbettes, la retenue dans les gestes etc), ils deviennent meurtriers.

J’observe au passage que les lois de comportement ont la réputation d’être généralement plus strictes en Asie (notamment au Japon) qu’en Europe, y compris à l’époque actuelle. Les attitudes et les paroles y sont moins relâchées. C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de l’Orient aux yeux des Européens (en vertu de la règle qui veut qu’on désire toujours ce qu’on ne peut avoir et qui fait que les Orientaux, eux, au contraire, pour peu qu’ils se défassent de leur fierté nationale, en viennent à envier notre laisser-aller). Fin de la digression.

Seconde digression, sous forme de question : quel est le rapport (apparemment nécessaire) entre la concentration du capital et l’accentuation des règles au sommet des hiérarchies sociales ? (je suppose que des réponses ont été données en sociologie mais ce n’est pas clair dans mon esprit)

Second point « très chinois » à observer (intéressant du point de vue de la philoosophie politique), comme je le disais plus haut, la position de l’empereur par rapport à son épouse et à la famille de celle-ci. Comme je l’ai dit, l’histoire fourmille d’exemples semblables à celui du fim, donc je tiens ce point pour véridique. On mesure en regardant ce film à la fois la force et la faiblesse de la posture monarchique dans les sociétés anciennes.

Le monarque est tout puissant, il inspire ce qu’il veut sans même avoir besoin du recours à la force physique de son armée.  Cela tient tout d’abord au fait que, comme le disait un jour un sociologue au Collège de France, « le roi tire sa force symbolique de ce qu’il faut qu’il y en ait un » (les structures psychologiques des gens autour attendent qu’il y ait un roi, qui exerce son métier de roi – comme on le voit avec le ministre qui détourne l’empereur des activités musicales auxquelles il s‘adonne).

Ainsi le pouvoir de l’empereur est désiré par ses sujets, et il ne sera jamais contesté en tant que tel même quand le pays sera à feu et à sang (les boucs émissaires sont toujours les ministres, avantage de la souveraineté encore visible dans notre république où pourtant la souveraineté s’est déplacée). Rappelez vous que la révolution française n’a remis en cause la personne du roi qu’en 1792 (3 ans après la prise de la Bastille) et le principe monarchique en tant que tel,  dans la foulée. En Chine, la personne de l’empereur fut souvent remise en cause (coups d’Etat) mais moins souvent que celle des ministres, et le principe monarchique ne fut remis en cause qu’en 1911 sous l’influence de la modernité occidentale.

En même temps, il n’y a pas de pouvoir absolu.  Mizoguschi l’exprime bien par exemple quand il fait dire à l’empereur qu’il est soumis aux lois que lui même a édictées, ou encore quand son premier-ministre lui rappelle que le bien de l’Etat est une priorité (exemple même d’une loi non écrite dont l’efficace a toujours été absolue dans les règles d’exercice du pouvoir).

Pas plus qu’aucun homme l’empereur n’est affranchi des lois (lois politiques, et surtout lois socio-psychologiques d’où émanent le politique). L’homme est un animal qui  reçoit des règles de comportement qu’il peut partiellement remettre en cause, mais la remise en cause reste toujours bien faible par rapport au corpus immense de lois (implicites ou explicites) qui ordonnent ses faits et gestes ( on pourrait par exemple montrer que même les empereurs prétendument fous et autocrates comme Caligula ou Héliogabale restaient esclaves d’un nombre infini de règles, ce qu’avaient bien vu leurs contemporains philosophes, lesquelles étaient aussi esclaves).

Comme on le voit, ce film soulève des questions d’ordre varié. Je serais déjà très heureux que quelqu’un m’en dise un peu plus sur son auteur, et sur l’authenticité de l’histoire qu’il relate. Toute autre considération annexe est également bienvenue.

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Remarques d'une lectrice à l'époque

 

Une première remarque sur le titre.

Les titres de films font souvent l'objet de traductions infideles, par exemple le film de Mizoguchi intitule"Rue de la honte" [1956 je crois ] en francais s'intitule en japonais : AKASEN-CHITAI en reference a AKASEN-KUIKI, qui designait "le quartier circonscrit d'un trait rouge" sur les cartes des commissariats de police, c'est a dire le quartier ou les maisons closes, et autres debits de boisson et petits restos,  etaient autorises en vertu de la loi sur la prostitution abolie en 1959, en opposition au trait bleu qui cernait sur ces memes cartes le quartier a la peripherie du premier ou ces commerces se pratiquaient sans autorisation. Aire d'activite dont le nom normal est YOSHIWARA et qui regroupaient deux quartiers qui jouxtent les douves du palais : Chuoku et Nihonbashi. En traduisant par 'Rue de la honte' on se cantonne a l'aspect purement moral et on oublie une toute autre dimension presente dans AKA=Rouge/SEN=Trait/ CHI=terrain/ TAI=ceinture.

Les erreurs sur les rangs institutionnels des personnages sont fréquents : on pourrait citer ce classique du cinéma japonais " L'intendant Sansho" dans une adaptation de Suzanne Flon. Il s'intitule en japonais ' Sansho Daihu" [ non il ne s'agit pas du Dahu vosgien!!] de " Sansho = poivre japonais en reference a l'expression : Aussi petits soient ses grains, un seul suffit a emporter la bouche" et " Daifu = l'une des anciennes magistratures chinoises qui dans le Japon feodal designait  la noblesse de 4 et 5eme rangs, juste apres la noblesse de cour des  '1,2 et 3eme rang'. Par consequent  ' Prefet ' ou "Gouverneur'' constituerait peut-etre une traduction plus appropriee dans le langage moderne.

Cela dit, dans le cas du film que vous mentionnez, l'hésitation entre princesse ou impératrice se comprend fort bien .

En japonais le titre se prononce : Yô-kihi, "Hi" a pour sens, l'épouse de l'empereur ?L'impératrice? ou encore l'épouse du prince l'héritier ou simplement la 1ère épouse d'un prince impérial ? Princess ?. "Kihi" [où "Ki" a le sens de " précieux " ] désigne, l'un de rang des dames de la Cour et désigne surtout en particulier la célèbre Yô-kihi.  Le caractère chinois pour "Yô" signifie : "Saule". On a donc affaire à la célèbre "Dame Saule", aimée d'un Empereur T'ang. Dans la transcription contemporaine officielle on écrit : Yang Guifei ?(w)Yang Kuifei? [en deux mots de toute façon] . 

 

Mizogushi a voulu retracer l'histoire de la célèbre Dame Saule. Il s'agit d'un personnage historique qui a vécu à l'époque des Tang de 719 à 756. Elle fut l'épouse de l'empereur " Objet d'une réflexion approfondie ", prononcé GENSON en japonais. C'est à dire aussi " Cérémonial religieux au sens mystérieux et profond". Nanti d' un nom aussi
remarquable, cet empereur n'en a pas moins jeté son dévolu sur la 1ère épouse du prince impérial dont il a fait une courtisane pour l'élever ensuite au rang de "Kihi" [japonais] ou " Guifei "[chinois]. Dame Saule était une remarquable danseuse et une musicienne accomplie, comme elle était aussi très intelligente elle concentra sur sa personne les sentiments amoureux de l'empereur T'ang ci-dessus désigné.

Elle fut exécutée par la suite, lors de la guerre civile menée par le général Anrokuzan [Transcription japonaise = Montagne paisible bénie des dieux ] un sang mêlé mongol, dont le véritable nom de famille "Kô" [Transcription japonaise] n'est pas moins ironique que le surnom puisque sa graphie a pour sens :" Le tendre". Le tendre avait commencé par gagner la confiance de l'empereur T'ang Etiquette, et il en profita pour fomenter les troubles qui ont abouti à laguerre civile de 755. Il se proclama lui même empereur sous le nom de " Grande hirondelle" dans la célèbre ville qui servit de modèle lors de la fondation de la ville japonaise de Kyôto et dont la partie Est de cette dernière a porté un temps le nom. Il périt assassiné par son fils, qu'il avait eu d'une favorite, et ses sbires en 757.

 

' Dame Saule et la littérature ' Le premier a avoir chanté la légende de Dame Saule fut le poète chinois " Blanc Optimiste " dans " Les chants de la vendetta ", qui ont beaucoup influencé les Lettres japonaises, [ Au point même d'en faire le rôle principal d' un drame Nô]. Dans ces odes, dont la transcription en japonais est Chôgon-ka, L'empereur Etiquette, ramolli par son amour pour Dame Saule, devient un Empereur fainéant sur le plan politique, ce qui donne l'occasion au demi-mongol Montagne paisible bénie des dieux de fomenter la guerre civile au cours de laquelle périt Dame Saule. Les Odes chantent la douleur inconsolable de l'empereur ayant perdu sa dame.
 
Les japonais en ont fait un drame Nô en trois actes, reprit par chacune des écoles de Nô et dont la création est due à KONBARU Zenchiku [1405 ~?], gendre du célèbre Zéami et qui fonda le style de Nô dit KONBARU-RYÛ  [ École du printemps d'or] à l'époque Muromachi [1336~1573] . Il suivit l'enseignement de Zéami en centrant ses créations sur Le Yamato [ mot par lequel le Japon se désigne lui meme, et aussi, région autour de Kyôto, ] dans un style comparativement beaucoup plus sobre, dépouillé et empreint d'un profond mystère que Onami [1398?1467, réputé pour la splendeur et la magnificence de ses drames]. Ses trois principales créations sont : 'UGETSU' " La nuit du 15 Août " [ selon le calendrier lunaire], ? qui est le titre d'un autre film de Mizoguchi, si je ne me trompe pas, ainsi que d'un livre de l'époque d'Edo oeuvre d' UEDA Akinari[ 1734?1809], traduit sous le titre, je cite de mémoire, : "Contes de la lune après la pluie",?? "Bashô",  qu'on ne présente plus et " TAMAKAZURA = Liane de jade ". On lui doit également des ouvrages théoriques.

 Mizoguchi n'est donc pas allé chercher son inspiration ailleurs que dans ses classiques et ses contemporains ne peuvent pas avoir le regard, inculte à l'égard d'un tel contexte, de l'occident sur cette oeuvre.

Pour égayer mon texte – comme on le fait dans les contriburtions des forums japonais – voici quelques éléments iconographiques.

Yo-Hiki identifiée à la déesse Kannon (the Goddess of Mercy, equivalent du sanscrit : Avalokites'Tvara) – une œuvre de 1997 - "La nouvelle YO-HIKI", Oeuvre de 1991 Yo-Hiki en ex-voto

Vous pouvez aussi jeter un oeil sur les illustrations du scénario et en particulier les décorations en forme de fleurs de Yô-kihi sur http://www4.justnet.ne.jp

Notez qu’il existe même au Japon des nefles Yo-kihi, c'est comme si on avait des "mirabelles Jeanne d'Arc", vous connaissez la bonne Lorraine!

Dame Saule a également donné son nom a une espèce de cerisier à fleurs doubles dont la corolle fait environ 5cm de diamètre, dont le coeur de la fleur est d'une couleur pâle bordée d'un liseré plus foncé. On est loin de votre souillon!!!

J'allais oublier un element important. Au Japon, les saules sont le lieu de predilection des fantomes. Hors notre Dame Saule, de part bien des points de vue [ question de la ressemblance, cote Eurydice etc...] est  une Dame des Saules. Le fantome est l'un des personnages principaux de la litterature japonaise que ce soit dans le theatre No ou les contes et c'est la une dimension qu'il ne faut pas negliger, surtout chez Mizoguchi. En tant qu'heroine d'un drame No, nous avons donc obligatoirement affaire a une Dame des Saules. Il me parait significatif egalement qu'apres avoir mis en scene une Dame des Saules en 1955, Mizoguchi nous gratifie de son envers : Une mere de famille qui se prostitue dans ' Le quartier cerne d'un trait rouge ' en 1956. Le drame Nô ' Dame Saule ', s'inspire quant à lui des Odes de Blanc Optimiste.

 

Un maître de la Voie, doué de pouvoirs supérieurs, reçoit de l'Empereur Etiquette, l'ordre d'aller chercher le refuge de l' âme de Dame Saule, [ là on n'est plus dans Cendrillon mais dans Orphée],  et découvre qu'elle se trouve dans le Pavillon de la Vérité Suprême au pays de la Vie éternelle. Dame Saule lui donnant une épingle à cheveux en jade, au titre de la forme de son corps, lui révèle le contenu du serment échangé avec L'empereur à l'occasion de leur nuit de noces, nuit de Tanabata [7 juilllet, seule époque dans l'année où Altaïr rencontre La fileuse ], et danse pour lui sur la musique de "la magicienne à la robe de plumes", belle comme l'Arc en Ciel. Oeuvre qui est un classique chinois, attribué à l'Empereur Etiquette lequel l'aurait composée après avoir appris la musique auprès d'un être céleste.
 
PS : Remarque finale : Lorsque les japonais comparent OZU, MIZOGUCHI et KUROZAWA en termes climatiques, il disent qu' Ozu annonce du beau temps, Mizoguchi, un temps nuageux et Kurosawa du vent et de la pluie.

 

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Remarques actuelles

 

Je ne trouve plus très intéressantes les questions que je me posais en 1999 sur ce qu'il y a de typiquement japonais ou chinois dans ce film.  Il est simplement heureux que cela ait donné prétexte à cette lectrice d'expliquer l'importance de la légende de la "Dame Saule" au Japon, encore que bizarrement je ne trouve sur Internet aucune mention de la Dame des Saules (ou de la Dame Saule) sur Internet (à se demander si la lectrice ne se trompait pas...). De même les interrogations sur les hiérarchies sociales, la centralisation du pouvoir politique etc ne me fascinent plus.

 

Le film attire davantage mon attention par le parti pris philosophique de Mizoguchi de valoriser le sens esthétique de l'Empereur. En en faisant un passionné de la beauté, il en fait un héros de l'envergure d'Apollonis de Tyane dont on parlait hier, et la métamorphose de l'intriguante Yang Kwei-Fei en héroïne sacrificielle "pure" est aussi un choix cinématographique pour faire du film un oeuvre d'édification qui "tire" l'humanité vers le haut.

 

Je m'intéresse aujourd'hui davantage au personnage de Yang-Kwei-Fei comme figure consacrée (stéréotypée et figée) de la beauté féminine (un peu comme la Vierge Marie est une figure iconisée de la maternité). Je trouve intéressant qu'au Japon on repère trois beautés féminines idéales : Cléopâtre pour l'Occident (et c'est vrai qu'en voyant le film on ne pouvait s'empêcher de penser à Cléopâtre, dans l'ordre des belles souveraines qui précipitent la fin des empires), Yang Kwei Fei pour la Chine et Ono No Komachi pour le Japon (la poétesse auteur de wakas du Xe siècle). Il faudrait se demander pourquoi cette "classification géographique" et pourquoi dans l'univers taoïste, des questions que nous reprendrons peut-être plus tard. Elle est citée deux fois dans le seul Jéou-P'ou-T'ouan.

 

Je crois qu'il faudrait explorer davantage le souvenir de ses bains entretenu à Huaqing et la permanence de cette imagerie dans la littérature chinoise, qui, je crois, a des équivalents dans la littérature égyptienne antique et persane (dans une logique de société de cour palatiales où les bains ont une signification poliique et religieuse très différente des sociétés plus égalitaires).  Voir le "Sublime lac" du Chant de l'Eternel regret de Bai Juyi (IXe siècle) et l'allusion "Lotus émergeant de l'onde" dans le Chi po zhi zhuan p. 52 (XVIIe siècle).

 

 

 

 

 

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"L'Histoire du Monde" sur France 5

26 Novembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate

dialogue-sur-les-aleasComme vous le savez, je me suis amusé il y a deux ans à publier quelques réflexions sur l'histoire du monde, sous le titre "Dialogue sur les aléas de l'histoire".

 

Je regardais récemment une partie du documentaire consacré par la BBC à l'histoire du monde précisément et diffusé sur France 5, plus précisément la partie consacrée à la période allant de - 300 à + 700 que l'on peut encore voir ici. Ce documentaire qui n'est pas dépourvu de qualités reflète évidemment les préoccupations de notre époque : les thèmes écologiques, un intérêt appuyé pour le rôle des femmes, une volonté de couvrir toutes les zones du globe tout en se gardant de les présenter sous un angle synchronique - afin de permettre une mise en valeur de l'apport de chacune de ces zones sans comparer leurs niveaux de développement respectifs à chaque moment relaté.

 

Ce genre d'émission a du bon, bien qu'on puisse en contester certains partis pris. Je regrette cependant qu'il puisse encore s'y trouver des erreurs factuelles. Pour n'aborder que la civilisation que je connais le mieux (la civilisation romaine), il n'est pas normal par exemple qu'on prétende dans ce documentaire que César et Cléopâtre se considéraient comme des dieux vivants, quand on sait que la question n'a cessé de faire débat dans l'histoire en ce qui concerne César (il est peu probable que le "divin Jules" se soit pris pour un dieu, on l'a assassiné parce qu'on le soupçonnait de le croire, mais c'est un fait contestable, et notons que même au sommet de l'absolutisme du principat dans les décennies qui suivirent les empereurs n'étaient divinisés qu'après leur mort). Quand le documentaire choisit d'évoquer le martyre de Perpétue (qu'il s'obstine à appeler Perpetua sous une forme latine comme c'est la tradition en Angleterre, mais la tradition française est de franciser, c'est pourquoi on dit César et non Caesar), il y a aussi matière à s'interroger, Je vous rappelle le récit du martyre de cette sainte que j'évoque dans mon livre sur la nudité : « Elle fut enlevée, lancée en l'air (par un ours) et retomba sur le dos. Dans la chute, sa tunique fut largement fendue, elle la rapprocha afin de se couvrir les jambes, plus attentive à la pudeur qu'à la douleur » (cf le Recueil de pièces authentiques) et je vous laisse vérifier par vous mêmes dans le documentaire (dans les 20 dernières minutes) si c'est bien ainsi qu'il présente les choses ! (je serais curieux de savoir d'ailleurs ce qui autorise les auteurs de cette production à retenir la version qu'ils présentent - par exemple le fait de faire comparaître Perpétue dans l'arène dans une très peu vraisemblable robe d'aristocrate plutôt qu'en tunique - plutôt que celle-ci sachant de toute façon que tous les écrits hérités du IIIe siècle ont été largement recomposés et chargés de légendes).

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Guennadi Ulibin

15 Septembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate

Notre collègue blogueur argentin Ruben Reveco, grand défenseur de la peinture réaliste (d'où le nom de son blog "Resistencia realista") a déniché encore une pépite : le peintre russe (basé en Espagne) Guennadi Ulibin (je suppose qu'une transposition française plus "classique" du russe imposerait plutôt qu'on écrive "Oulibine"). Voilà un homme qui peint des portraits comme de photos, en joutant à cela une ambiance étonnante.

 

On peut se faire une idée de son travail, en regardant la vidéo ci-dessous (je recommande de couper la musique).

 

Peu de choses sur Internet à propos de cet artiste. Catherine La Rose, artiste blogueuse qui vante aussi d'autres auteurs de nus sur son site, produit une belle collection de ses photos et évque cette "énorme énergie" qui émane de ces corps confrontés à la solitude des paysages et aux sihouettes inhumaines des machines qui les entourent. La galerie de l'artiste est ici.

 

 

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