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Les Cercles qui se réclament du Padre Pio

30 Septembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums, #Histoire secrète

On a évoqué il y a six mois sur ce blog les Cercles Bruno Gröning (1906-1959) qui organisent une sorte de présence du grand médium guérisseur dans les assemblées qui se réclament de lui et par lesquelles le fondateur mort poursuit son oeuvre de guérison. Sans doute les chrétiens diraient-ils que les hérétiques ne font qu'imiter les oeuvres de Dieu, mais j'ai été surpris d'apprendre hier en écoutant une émission sur You Tube de l'association "Le Sentier de la Croix Glorieuse" (lié à Dozulé) que, dans le giron de l'Eglise catholique il existe autour de Padre Pio (1887-1968), le même genre de cercle très discret et confidentiel qui se réunit dans les monastères de capucins à travers le monde (par exemple, à date fixe à Paris, le deuxième samedi de chaque mois dans l'après midi, 32 Rue Boissonade, dans le 14ème arrondissement et le 3ème vendredi de chaque mois à St Nicolas des Champs).

L'émission renvoyait au livre "Le Secret de Padre Pio", paru en 2013, que je me suis empressé d'acheter.

Comme le met en exergue la quatrième de couverture du livre, «le 13 mai 1981, Ali Agca tire sur Jean-Paul II. C'est un excellent tireur et pourtant cet assassinat échoue. Le tueur turc révèle alors : " (...) à côté de moi, il y avait une sœur qui, à un certain moment, m'a pris le bras droit, c'est pourquoi je n'ai pu continuer à tirer. Autrement, j'aurais tué le Pape."
Antonio Socci, en lisant ces mots, est saisi : qui est cette sœur ? Il mène alors l'enquête et remonte à sœur Rita, fille spirituelle de Padre Pio. Comment obtint-elle le « salut » d'un grand pape ?».

Antonio Socci, journaliste à la RAI, rappelle qu'une des deux premières balles, celle qui a touché le pape, a filé en zigzag dans le ventre et a évité de très peu l'aorte du pape. Ce que le pape a attribué à l'intervention de Notre Dame de Fatima, dont on célébrait l'anniversaire de la première apparition.

Socci s'est intéressé à la religieuse qu'Agca a vue à côté de lui au moment où il tirait. En rangeant des dossiers, il tombe sur l'histoire de Cristina Montella (soeur Rita Montella), "la petite fille du Padre Pio", stigmatisée en 1935, décédée en 1992 et qui avait le même âge que le pape. Il a enquêté en Toscane auprès du père Franco d'Anastasio, recteur du sanctuaire de Saint Gabriel de l'Addolorata (le saint patron des Abruzzes, mort en 1862). Tout de suite après 1981, soeur Rita confia au père Franco, lors d'un entretien - en lui faisant promettre d'en garder le secret jusqu'à sa mort), qu'elle avait été présente, en bilocation, sur la place Saint-Pierre, le 13 mai 1981. Elle avait ajouté : "Avec la Sainte Vierge, je déviai le coup de l'auteur de l'attentat contre le pape". Ce témoignage a déjà été cité dans 3 livres en Italie dans les années 2000).

Une autre fois soeur Rita dit à son amie Gabriella Panzani : "Comme il me fut difficile de faire en sorte que ce ne soit pas plus grave." Socci l'interprète ainsi (p. 18) : c'est à force de prières et de lourdes pénitences que soeur Rita obtint de pouvoir empêcher l'assassinat du pape, parce que la souffrance volontaire peut "faire violence à la justice de Dieu" (Mt 11:12, Romains 12:1).

Ali Agca a parlé de cette soeur qui retenu son bras, et Adriano Sofri dans la revue Panorama en 1997 a aussi évoqué cette religieuse qui s'est ensuite volatilisée.

Dans l'Echo de Bergame du 10 janvier 2006, Soeur Lucia Giudici, la soeur qui a arrêté le tueur et que Socci a pu interviewer en 2007, a confirmé qu'elle était à 10 m derrière lui quand il a tiré et que donc ce n'est pas elle qui a retenu son bras.

L'histoire de Soeur Rita permet de mieux comprendre la postérité du Padre Pio et son secret. Lucia Forentino, tertiaire franciscaine, morte en 1934 à 45 ans, qui avait des locutions intérieures et s'était offerte comme victime pour l'apostolat de Padre Pio a témoigné que Jésus en 1923 lui a dit que Padre Pio était l'arbre qui recouvrirait le monde entier qu'il lui avait annoncé en 1906. Maria Francesca Foresti (1878-1953), franciscaine qui connut Padre Pio en 1919, affirme que Jésus en rêve lui dit qu'il sauva l'Italie d'une révolution communiste grâce à la prière de Padre Pio (qu'il qualifie de "parfait imitateur" de sa vie) en 1920 (p. 27). Padre Pio lui-même a fait savoir à Giovanni Bardazzi (un ancien communiste qui amenait toutes les semaines des gens au Padre Pio) qu'il donnerait plus après sa mort. Le rôle de Soeur Rita s'explique d'autant plus qu'en avril 1948, Padre Pio avait dit à Wojtyla, 30 ans avant qu'il ne devînt pape : "Tu deviendras pape, mais je vois aussi sur toi du sang et de la violence".

Avant sa disciple Rita, Padre Pio avait été un habitué des bilocations. Il avait même précisé ceci à ses frères en 1922, veille de la fête de St Antoine : sans savoir si c'est le corps ou l'âme qui se déplace (bilocation objective/subjective), ils se sentent se déplacer. Resté à San Giovani Rotondo, en méditation, il avait été vu ailleurs et des gens avaient parlé avec lui. Le 18 janvier 1905, alors qu'il est étudiant en philosophie dans un couvent de Pianisi, vers 23 h tout en discutant avec un frère il est transporté das une maison seigneuriale où un père meurt et une enfant nait. La Sainte vierge la lui confie en disant que cette enfant très pure ira vers lui à Saint Pierre de Rome. Le Padre Pio le note dans son journal un mois plus tard (que le père Agostino de San Marco allait conserver).

C'est la marquise Rizzani Boschi. Sa mère lui raconta qu'effectivement quand elle accoucha dans la cour de leur château en 1905 avant le dernier soupir de son mari, elle aperçut un capucin.  La marquise chercha à se confesser en vain auprès d'un capucin (qui était Padre Pio mais elle l'ignorait) en 1922 à Saint Pierre de Rome puis alla le voir à San Giovani Rotondo. Quand elle devint franciscaine tertiaire Padre Pio la nomma Jacopa du nom d'une femme qui avait vu mourir St François d'Assise, et lui annonça qu'elle assisterait à sa mort, ce qui se passa en septembre 1968 (puisqu'elle entendit la voix du père, ce qui la poussa à se rendre à San Giovani Rotondo, puis le 22 septembre elle eut la vision de la mort du capucin, avec les gens qui y étaient présents, elle se réveilla brusquement, se rendit à sa cellule et apprit qu'il était mort. Elle avait donc assisté elle aussi à son décès par une forme de bilocation.

Le Padre Pio avait fait plusieurs bilocations à Lourdes sans jamais sortir de son couvent, et pouvait en décrire le sanctuaire. Il priait fréquemment en bilocation avec soeur Rita Montella. Il apparut au général Cardona, chef d'Etat major catholique de l'armée italienne en Vénétie quand celui-ci voulut se suicider après la défaite de Caporetto. A partir de 1949 il assista aussi le primat de Hongrie incarcéré par les communistes dans sa geôle et lui apporta ce qui était nécessaire pour qu'il dise sa messe.

Les disciples du Padre Pio partagent les mêmes charismes. Mais à la différence des cercles de Bruno Gröning, ils le paient d'un prix élevé : ils se font "victimes" expiatoires pour le reste de l'humanité, comme Antonietta Vona (1886-1949) qui vivait allongée sur un lit, le corps recouvert de multiples plaies, ou une certaine "Laura" (pseudonyme), née en 1988, future mère de famille que le journaliste a rencontrée en 2005. Ces charismes se payent au prix fort : des souffrances horribles notamment au moment des célébrations des messes où les "victimes" revivent les souffrances de Jésus-Christ sur la croix.

A l'été 1994, une femme "victime", et employée d'un hôpital, qui était sous la guidance spirituelle du père Gabriele Amorth (1925-2016), exorciste du diocèse de Rome, annonça qu'aux portes de Rome une statuette de la Sainte Cierge (celle qu'avait achetée à Medjugorje le curé de Pantano et qu'il offrit à une famille de Civitavecchia en septembre 1994) pleurerait des larmes de sang, ce qu'elle fit à plusieurs reprises à partir du 2 février 1995, mais qu'avec des prières l'Italie éviterait la guerre civile. Selon Socci, le sacrifice de ces victimes joue un rôle cosmique spécial pour l'Italie, la papauté, et le monde. C'est, à n'en pas douter, un des aspects les moins connus de l'histoire contemporaine, et même de celle qui s'enseigne dans les milieux catholiques.

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Les "guides" qui interdisent les doutes...

29 Septembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums

Il y a peu je signalais que Saint Augustin sur certains points mettait en doute le fait que les expériences spirites puisse procéder uniquement de simulacres créés par des "esprits familiers", du moins lorsqu'elles sont involontaires.

En revanche pour ceux qui en font leur métier (les médiums) le soupçon à ce sujet peut quand même être maintenu, semble-t-il. Je crois que le dernier message du médium Reynald Roussel à ce sujet plaide dans ce sens.

A la minute 5'27 de la vidéo intitulée "Le contact spontané du médium" posé le 12 septembre 2020 (cf ci-dessous), il explique : "A un moment donné de ma vie, il y a pas très longtemps j'ai douté, je me suis dit est-ce que tout ça ça sert vraiment à quelque chose, est-ce que tout ça ce n'est pas fait exprès ? Et comme j'ai douté, je me suis fait rappeler à l'ordre par mes guides. Ha ! Ils m'ont dit 'on va tout te couper. Tu n'auras rien plus rien du tout, ça va te manquer'. Mais j'ai eu une période de doute, ça veut dire que je suis humain. Voilà".

Des "guides" qui menacent le médium qui ne croit pas que les morts qu'il voit sont vraiment des morts et qui soupçonne une mise en scène... Peut-on croire en une "vérité" imposée sous la menace ?

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"Une souris verte" : lecture alchimique/lecture nazaréenne

24 Septembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Alchimie

Il existe au moins deux versions de la comptine "Une souris verte" que chantent nos enfants depuis le XVIIIe siècle. L'une est alchimique (démoniaque, d'un point de vue chrétien), l'autre biblique (divine) explicitement conçue pour neutraliser les effets pervers de l'occultisme actuel sur les âmes jeunes.

Commençons par la version alchimique, présentée notamment par Patrick Burensteinas et reprise sur You Tube par l'auteur du Blog Mysteria (cf ci dessous) en octobre 2018.

En alchimie le vert est la connaissance des choses cachées. "Une souris verte", c'est "le vert vous sourit" (dans la "langue des oiseaux") . La première phrase signifie donc : "il y a une chose cachée, ça se situe à tes pieds".

"Je l'attrape par la queue" : attrape la pierre (dans les cuisines il y avait des maîtres queue, qui aiguisaient les couteaux avec une queue de rat, en pierre, donc la queue c'est une pierre).

"Je la montre à ces messieurs" : regarde la nature et apprends d'elle (car messieurs, ce sont mes cieux, c'est à dire le divin naturel)

"Ces messieurs me disent" : la nature te dit

Trempez la dans l'huile, trempez la dans l'eau : travaille sur tes émotions, élève ton esprit l'huile est un soufre, visqueux, et l'eau un mercure, donc l'une symbolise les émotions, l'autre l'esprit)

"Ca fera un escargot tout chaud" : tu trouveras la pierre philosophale. Une escarre c'est une brûlure. Gal veut dire pierre, comme dans galet. La pierre brûlée est la pierre des philosophes quête ultime des alchimistes.

Qu'en disent les nazaréens (qui veulent restaurer le christianisme hébraïque des apôtres - en fait ils récusent même l'expression christianisme) ? L'enseignant Ezra de Nevilot Olam précise qu'il cherche à contrer là le "conditionnement" par les alchimistes et par les francs-maçons (notamment leurs jeux de mot sur le "colimaçon bâtisseur" qui est souvent avancé par eux).

La souris du point de vue de la Torah n'est pas un rongeur, mais un ruminant, comme tout animal qui remange plusieurs fois sa nourriture, or la souris mange ses excréments. Elle symbolise les gens dans le monde : les gens pas sauvés. Elle est dite verte, qui est la couleur associée à la mort, à ce qui pourrit, comme le cavalier vert pâle de l'Apocalypse. Elle est verte dans une herbe verte, donc complètement indiscernable, spirituellement perdue dans un monde qui va vers sa mort.

En hébreu la nature se dit en hébreu talmudique "teva' " ou hateva si l'on en croit le site judaïsme.sdv.fr (les nazaréen rejetant le talmud il est bizarre qu'ils aient recours à ce terme, mais bon...) dont la racine est "tb" qui dans diverses langues sémitiques fonde le verbe qui renvoie à l'idée de se noyer (Exode 15:4), s'enfoncer (I Samuel 17: 49).

La souris est l'incroyant mort dans cette eau du monde. D'où le sens de la tevila ou t'vilah (immersion au mikveh dans l'Ancien testament, baptême d'eau chez les chrétiens), qui symbolise la sortie de l'eau (Colossiens 2:12), c'est pourquoi Yeshoua/Jésus dit que les apôtres doivent être des pêcheurs d'hommes (Matth 4:19) parce que l'homme doit être sorti de l'océan où il meurt : noyé dans la nature, il devient surnaturel en en sortant. C'est pourquoi Jésus marche sur l'eau tandis que Pierre coule lorsqu'il ne croit pas. La souris court parce qu'elle est perdue, elle n'a pas le temps d'écouter. C'est pourquoi la voix de Dieu s'entend dans le désert où on ne court pas.

"Je l'attrape par la queue" est symbole de la conversion, de la techouva, תשובה (metanoia en grec). techouva signifie qu'on se retourne (שׁוּב (shuv). La souris est retournée avec la tête en bas. L'évangélisateur (insiré par l'Esprit) qui attrapé par la queue, va la montrer à ces messieurs : le Beit Din ( בית דין) tribunal religieux (Deutéronome 16:18) qui évalue la sincérité du repentir et de la conversion.

Le Beit Din dit à l'évangélisateur de la tremper dans l'huile et dans l'eau. Normalement c'est l'inverse, on commence par l'eau sauf dans Actes 10 où le centurion Corneille reçoit le baptême de l'esprit avant celui de l'eau. L'huile est le baptême de l'esprit, après la tevila d'eau qui correspond à la repentance.

Ezra reprend ensuite escarre-gal comme l'alchimiste, et lui donne le sens de pierre blessée (qui est plus rigoureux que pierre brûlée chez l'alchimiste car une escarre est une blessure et non une brûlure). Cela renvoie à Nombres 10:11 : "Puis Moïse leva la main et frappa deux fois le rocher avec sa verge. Il sortit de l'eau en abondance. L'assemblée - kehilla קהילה  -  but, et le bétail aussi." "Ils ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ" (1 Cor 10:4). L'escargot ressemble à une pierre, et il laisse de la bave derrière lui, qui est de l'eau et d'ailleurs la bave de l'escargot redonne vie aux cellules, elle les regénère. L'escargot ne court plus, il est posé. Et il est chaud comme du pain frais est chaud. Il est tout nouveau, comme le pain de vie qui descend du ciel. Le rocher est comme le pain (le pain hébraïque avait la forme d'un rocher).

L'interprétation de l'enseignant nazaréen porte aussi sur la strophe suivante que n'examinait pas l'alchimiste : elle est dans un tiroir  obscur qui est la nuit spirituelle, la tentation, la confrontation aux Ténèbres, comme Jésus au désert pour tester la teshouva. Elle a chaud dans le chapeau : ça c'est le test physique par les persécutions. Les trois petites crottes dans la culotte ne sont plus mangées, la souris ne mange plus ses excréments comme au début. Trois crottes parce qu'il y a une triple sanctification "esprit-âme-corps" (1 Thessalonicien 5:23). Ezra remarque aussi que la spirale de la coquille de l'escargot est aussi celle de la galaxie ("pierre de l'axe", pierre de fondation du Temple dans Psaume 118:22 qui est Jésus rejeté par les francs-maçons bâtisseurs).

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Encore un mot sur le texte de Saint Augustin et les nécrophanies

21 Septembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme

Je repense à ce texte de Saint Augustin que je citais la semaine dernière.

Je veux bien adhérer à sa conclusions : qu'il ne faut pas chercher à savoir (encore que je peine à comprendre pourquoi il ne donne pas de raison à cet impératif, qu'il semble avoir découvert sur le tard). Mais tant qu'à ne point savoir, je dois au moins me défaire de la fausse connaissance que je traînais au cours des dernières années sous la foi de ce que disait un personnage à maints égards très suspect : Allan Rich. En écoutant ses enseignements, je m'étais mis en tête que les esprits des morts qui apparaissent aux spirites sont des "esprits familiers" "obh". Et ils étaient connotés négativement pour nous égarer. Mais cela semble trop simpliste.

L'âme du père de mon amie ivoirienne ne lui a rien fait faire de blâmable, ni du point de vue musulman qui était sa religion, ni du point de vue chrétien, quand il lui a enseigné où se trouvait sa tombe et comment lui rendre des honneurs mortuaires. Cela n'a détourné mon amie d'aucune bonne action, ni d'aucune bonne croyance (elles est au contraire devenue plus religieuse après cela), et elle n'est pas du tout devenue "accro" au spiritisme : elle ne s'est pas du tout tournée vers cela une fois qu'elle s'est acquittée de ce devoir. Elle a repris une existence de labeur vertueuse orientée vers la vie et l'avenir.

C'est exactement le même cas de figure que lorsque St Augustin évoque les morts sans sépulture qui apparaissent pour en obtenir une. Il n'y a tellement rien de blâmable à cela (et notez que cela n'a rien à voir avec la nécromancie), que même l'évêque d'Hippone en vient à la conclusion que l'apparition du mort dans ce cas peut être une "intervention d'un ange"... Mais si c'est un ange, pourquoi l'ange se dissimule-t-il sous les traits du défunt plutôt que d'annoncer directement la couleur sous son identité véritable ou même sous les traits d'un inconnu ?

Le Goff signale que le Moyen Age allait en venir à l'idée que le mort bénéficiait d'autorisations spéciales de sortie du purgatoire pour délivrer ce genre de message. On sent bien qu'il y a là quelque chose de mystérieux, qui peut faire signe éventuellement à une "démultiplication du mort" (entre la part qui reste sous la sentence du jugement et celle qui rôde encore près des vivants).

Notez que ce n'est pas plus simple à concevoir que, pour les vivants, cette notion du "double éthérique" que pointe aussi Augustin à propos des manifestations des vivants à d'autres vivants...

Tout cela renvoie aussi à cette complexité des expériences de mort imminente, toutes très diverses, entre ceux qui se retrouvent aux portes de l'Enfer comme le prof d'histoire de l'art accidenté à Paris dans les années 1980 ou la colombienne frappée par le foudre Gloria Polo (pour la plus grande joie pédagogique de l'Eglise), et ceux qui, entourés de leurs chers disparus, ont l'impression qu'il n'y a pas d'enfer du tout.

J'entendais tantôt le témoignage de René Volken, qui raconte comment son épouse récemment défunte lui a "préparé" une relation avec une autre femme peu de temps après sa mort, en le lui disant une expérience de mort imminente, tout en provoquant aussi quelque chose chez l'autre femme au moment de l'EMI. Là pour le coup on peut se demander si ce n'est pas un esprit mauvais ou un démon qui arrange ce genre de combinaison qui n'a pas vraiment l'aval de la morale chrétienne. Mais si je cite ici cette histoire, c'est parce qu'elle réunit en elle les deux dimensions du texte d'Augustin : celle de l'apparition du mort au vivant (encore que le vivant ne soit plus trop vivant puisqu'on se trouve en situation d'EMI), et celle de la manifestation d'un vivant à un autre vivant : puisque juste après que sa femme morte lui eut parlé, il "voit" la nouvelle femme (vivante) censée prendre la relève qui lui pose la main sur le front, et lui même apparaît à la femme qui se trouve en vacances à l'étranger...

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La position de Saint Augustin sur les "apparitions des morts"

16 Septembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme, #Histoire des idées

J'ai évoqué dans mon livre sur les médiums le cas de cette amie ivoirienne que le  fantôme de son père défunt guida jusqu'à sa tombe dont elle ignorait la localisation en 2015.

Je tombe ce soir sur ce que Saint Augustin disait de ce phénomène dans la seconde partie du "De cura pro mortuis gerenda" (telle que traduite par Jacques Le Goff dans "La naissance du Purgatoire" (Gallimard, 1981) :

"On raconte certaines apparition qui me paraissent annexer un problème non négligeable à cette discussion. On dit que certains morts se sont montrés, soit pendant le sommeil, soit de toute autre manière, à des personnes vivantes. Ces personnes ignoraient l'endroit où leur cadavre gisait sans sépulture. Ils le leur ont indiqué et les ont priés de leur procurer la tombe qui leur manquait. Répondre que ces visions sont fausses, c'est paraître contredire avec impudence les témoignages écrits d'auteurs chrétiens et la conviction des gens qui affirment en avoir eues."

La thèse de St Augustin est que ce ne sont pas les morts eux-mêmes qui apparaissent. "Je serais porté à croire, au sujet de ces apparitions, à une intervention des anges qui, avec la permission ou sur l'ordre de Dieu, font savoir au rêveur que tels morts sont à ensevelir et cela à l'insu des morts eux-mêmes".

Il évoque à ce sujet une anecdote : "Etant à Milan, j'ai entendu raconter qu'un créancier, pour se faire rembourser une dette, se présenta avec la reconnaissance signée par le débiteur qui venait de mourir au fils de ce dernier. Or la dette avait été payée. Mais le fils l'ignorait et il entra dans une grande tristesse, s'étonnant que son père, qui avait fait pourtant son testament, ne lui en eût rien dit à sa mort.

Mais voilà que dans son extrême anxiété il voit son père lui apparaître en songe et lui indiquer l'endroit où se trouve le reçu qui avait annulé la reconnaissance. Il le trouve, le montre au créancier et non seulement repousse sa réclamation menteuse, mais rentre en possession de la pièce qui n'avait pas été rendue à son père au moment du remboursement. Voilà donc un fait où l'âme du défunt peut passer pour s'être mise en peine de son fils et être venue à lui pendant son sommeil pour lui apprendre ce qu'il ignorait et le tirer de sa grande inquiétude."

Il rapproche ce point de la question de l'apparition des vivants à d'autres vivants (et qui pose celle du "double éthérique", me semble-t-il) : "A peu près vers l'époque où on nous raconta ce fait, ajoute-t-il, et quand j'étais encore établi à Milan, il arriva à Eulogius, professeur d'éloquence à Carthage, mon disciple en cet art, comme il me l'a rappelé, l'événement suivant dont il me fit lui-même le récit, à mon retour en Afrique. Son cours portant sur les ouvrages de rhétorique de Cicéron, il préparait sa leçon pour le lendemain ; il tomba sur un passage obscur qu'il n'arriva pas à comprendre. Préoccupé, il eut toutes les peines du monde à s'endormir. Or voilà que je lui apparus pendant son sommeil et lui expliquai les phrases qui avaient résisté à son intelligence. Ce n'était pas moi, bien sûr, mais, à mon insu, mon image. J'étais alors bien loin, de l'autre côté de la mer, occupé à un autre travail ou faisant un autre rêve et n'avais cure le moins du mon de ses soucis.

Comment ces deux faits se sont-ils produits ? Je l'ignore".

Saint Augustin ajoute avec beaucoup de prudence : "Si quelqu'un m'avait répondu par hasard par ces mots de l'Ecriture : 'Ne cherche point ce qui est trop haut pour toi, ne scrute pas ce qui est trop fort pour toi, contente toi de méditer sans cesse les commandements du Seigneur' (Ecclésiaste, III, 22), j'aurais accueilli ce conseil avec reconnaissance. Ce n'est pas, en effet, un mince avantage, quand il s'agit de points obscurs et incertains qui échappent à notre compréhension, d'avoir tout au moins la claire certitude qu'il ne faut pas les étudier et, quand on veut s'instruire dans la pensée de savoir quelque chose d'utile, qu'il n'est pas nuisible d'ignorer."

Etrange que Saint Augustin évoque la possibilité du "hasard" dans les enseignements qu'il pouvait recevoir à ce sujet...

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Médiumnité et christianisme : la filiation de Saint Cyriaque

9 Septembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme

Dans le sillage de mon livre sur les médiums, je continue de m'interroger sur le rapport entre médiumnité et christianisme. J'ai déjà souligné certaines contradictions comme le fait que Sylvie Simon ait entendu la mystique Marthe Robin reconnaître la présence d'extraterrestres près de sa maison, ou que le Padre Pio avait encouragé Mademoiselle Bouvier à persévérer dans sa vocation de spirite.

J'en ai "parlé" par mail à un exorciste d'évêché dont je tairai le nom : on peut faire dire ce qu'on veut aux mystiques morts m'a-t-il répondu en substance. Accuser à la légère quelqu'un de mensonge même sous forme de sous-entendu est un péché grave dont ce prêtre devrait se repentir s'il ne veut pas que cela ne gâche son activité d'exorciste (au passage cela ne grandit pas à mes yeux cette profession et conforte l'idée que certains exorcistes d'évêché chassent peut-être des démons à l'aide d'autres démons !).

J'ai été à nouveau troublé la semaine dernière de constater que feu le père Mathieu, capucin exorciste franc-comtois, dans une vidéo mise en ligne sur YouTube en 2017 (cf ci dessous), tout en disant le plus grand mal des magnétiseurs, reconnaissait avoir réalisé certains de ses exorcisme avec la Soeur de Boujailles décédée en 2015 et connue pour avoir été une guérisseuse et magnétiseuse toute sa vie. Désireux d'apprendre à faire la part du sacré et du diabolique dans ces affaires après mes expériences "bizarres" que j'ai vécues entre les mains des magnétiseurs en 2015, j'en ai interrogé un qui a connu la soeur de Boujailles.

Il m'a aimablement répondu ce matin. Il observe que "la religion catholique est très fermée concernant toutes ces pratiques divinatoires, guérisseurs... tous ces courants new age y mettant une odeur de soufre, (...) il  n'empêche que dans ma pratique, j'ai déjà été consulté par des prêtres, soeurs... qui de ce fait ont une approche plus sereine..." J'avoue que l'argument en soi ne plaide pas pour la validité de la pratique car j'ai aussi un cousin qui a vu un prêtre dans une soirée échangiste, ce qui ne rend pas l'échangisme spirituellement licite pour autant.

Concernant la soeur de Boujailles il ajoute plus spécifiquement : "Le Père Matthieu connaissait parfaitement la pratique de la soeur de Boujailles, à savoir l'utilisation du pendule, les points énergétiques qu'elle pratiquait ainsi que le magnétisme, l'utilisation des plantes ainsi que le reboutement. Sa congrégation (les soeurs de la Sainte Famille à Besançon) connaissait également son activité. Sa "prescience" et son intuition, ses flashs faisaient également partie de son quotidien."

Pour creuser la question, ce magnétiseur m'a orienté vers le ministère charismatique du Père Michele Bianco en Italie, recteur du Sanctuaire de Torre Le Nocelle à Avellino en Campanie où l'on conserve le sang de l'anachorète palestinien originaire de Corinthe saint Cyriaque à qui le prêtre, avec l'aide d'un spécialiste des civilisations indo-européennes et la journaliste Patrizia Cattaneo ont consacré un livre paru en français en 2017 aux éditions du Parvis.

Peut-être un sujet à creuser...

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