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Articles avec #histoire des idees tag

Le culte de la lune chez les Albaniens

7 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

lune.jpgTémoignage de Strabon sur le culte de la Lune chez les Albaniens (Azerbaïdjan actuel) :

 

"Les principales divinités que les Albani adorent sont le Soleil, Jupiter et la Lune. Mais cette dernière est chez eux l'objet d'une vénération particulière. Elle a son temple tout près de la frontière d'Ibérie. Un grand prêtre, qui est après le roi le personnage le plus honoré du pays, est chargé de l'administration de la vaste et populeuse contrée qui dépend du temple et forme le territoire sacré en même temps que de la surveillance à exercer sur les hiérodules, lesquels comptent dans leurs rangs beaucoup d'enthousiastes et de prophètes. S'aperçoit-il en effet qu'un de ces hiérodules, sous le coup d'une possession plus complète, erre toujours seul dans les bois, le grand prêtre le fait enlever et charger des chaînes sacrées ; puis il le garde ainsi toute une année, ayant soin que sa nourriture soit la plus friande et la plus recherchée possible ; après quoi, le jour anniversaire de la fête de la déesse étant arrivé, il le fait oindre de parfums et conduire à l'autel pour y être immolé parmi les autres victimes. L'immolation a lieu de la façon suivante : un homme armé de la lance sacrée, instrument légal des sacrifices humains, sort de la foule et d'une main dès longtemps exercée perce le flanc du patient et lui enfonce le fer jusqu'au coeur. La victime tombe, de sa chute se tirent certains présages aussitôt publiés, puis le corps est porté en un lieu où tous viennent le toucher du pied pour se purifier à ce contact sacré."

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Lysis de Tarente et le premier pythagorisme

4 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Médiums, #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Philosophie

L'abbé provençal Barthélémy dans Voyage du jeune Anacharsis en Grèce tome 4 (1788) rappelle le souvenir (p. 185) de Lysis de Tarente qui, rescapé de la persécution des pythagoriciens, se réfugia à Thèbes où il fut accueilli par Polymnis et fut l'éducateur d'Epaminondas, fils de Polymnis, selon Diogène Laërce. A sa mort, Epaminondas le fit enterrer dans le rituel pythagoricien à Thèbes de sorte que Théanor venu d'Italie du Sud faire rechercher son corps put se réjouir du fait que tout avait été fait dans les règles. Il évoque aussi l'anecdote d'Euryphémus de Syracuse, autre pythagoricien, qui l'avait laissé en prière au temple d'Héra et l'y retrouva le lendemain matin (cité aussi par "La vie de Pythagore" de Dacier en 1706) . Un faux  intitulé Lettre de Lysis à Hippase, cité par Jamblique, qui fait l'éloge de la purification, affirme que Lysis fut dans la maison de Pythagore incendiée (Pythagore est mort vers 495, et Lysis vers 390, Epaminondas en 362).

L'auteur dit avoir écrit ce livre pendant trente ans à partir de 1757. C'est lui qui l'a fait entrer à l'Académie française.

L'Allemand Christoph Meiners dans "Histoire de l'origine des progrès et de la décadence des sciences dans la Grèce" (traduit en France en 1798) précise que selon Plutarque "Théanor croyoit à la réalité des songes, savoit distinguer les apparitions des hommes morts de celles des hommes vivans" (Meiners méprise ce pythagorisme irrationnel auquel il rattache aussi Vatinius et Figulus à l'époque de Cicéron - il trouve l'anecdote dans un essai de Plutarque qu'il ne cite pas, en fait "Sur le démon de Socrate" mais dont il reconnaît avoir mis en cause l'authenticité dans le passé - pour lui toutes ces légendes sur le pythagorisme sont contemporaines de la décadence de cette philosophie à l'époque d'Apollonios de Tyane).

Pour ma part je trouve dans la dévotion de Lysis à la terre-mère comme dans les dons de médium de Theonor quelque chose de très proche du chamanisme pythagoricien décrit par Kingsley. Par effet de contraste la lecture de Meiners (qui méprisait tout ce qui était "barbare" y compris dans le pythagorisme, et qui fut un des pères du racisme scientifique) illustre tous les dangers qu'entraine l'enfermement de la philosophie dans un rationalisme et un culte du progrès étroits. Il faut refaire revivre ces premières figures du pythagorisme dans toute leur richesse et diversité mentale, ou peut-être spirituelle, pour avoir une vision plus exacte des origines de la philosophie, et de ce monde particulier qui se déployait, en Italie du Sud, entre Elée, Syracuse, Tarente et Métaponte.

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L'âne d'or d'Apulée

22 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

ane-d-or.jpgLe récit "Les Métamorphoses" ou "L'Âne d'or"  a été écrit par Apulée, un sophiste latin né en Afrique du Nord au deuxième siècle de l'ère chrétienne. Il est composé de onze livres et son personnage principal Lucius, jeune amateur de magie, curieux de tout, qui voyage depuis son pays natal Corinthe jusqu'en Thessalie. Il est métamorphosé en âne par erreur et suiit divers maîtres avant de retrouver sa forme humaine à l'aide de la déesse Isis et de s'établir comme un dévot et avocat à Rome. Saint Augustin son compatriote le qualifie de "philosophe platonicien" et il a composé au moins un traité sur Platon.

 

Comme l'explique le chercheur argentin Christian Pablo Fernández dans sa thèse soutenue à l'université catholique d'Argentine "El asno milesio. Estudio sobre el género literario de Las metamorfosis"c'est Pierre-Daniel Huet en 1670 qui le premier qualifia "L'âne d'or" de roman, dans sa préface à Zaigue de Mme de La Fayette, ce qui fut repris par F. Chassang en 1862 dans Histoire du  Roman et de ses rapports avec l’histoire dans l’antiquité grecque et latine, mais on peut se demander s'il faut parler de roman. L'ouvrage est en fait la seule oeuvre qui nous reste du genre "fable milésienne" créée par Aristide au Ier siècle (à la bataille de * selon Plutarque le général parthe Surena se moquait des Romains parce qu'un des soldats avait les Milesiaques dans ses bagages - les Milesiaques furent traduites en latin et sans doute un peu déformées par Sisena avant sa mort en 67 av JC). Les Milesiaques ont semble-t-il raconté diverses anecdotes autour de Milet, notamment des anecdotes sexuelles autour des hétaïres de cette ville, qui choquaient les moralistes (dont Plutarque).

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Iconographie de Marie-Madeleine

12 Juillet 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Récemment, des Femen ont tenté une profanation à cinq centimes dans l'église de la Madeleine. Bien sûr elles sont passées une fois de plus à côté du symbole qu'elles visaient.

 

Les artistes, eux, ont mieux compris de quoi il retournait.

 

Voici une Marie-Madeleine allemande en tilleul attribuée à Gregor Erhart qui selon le site Tétramorphe au XVI ème siècle aurait été suspendue à la voûte de l'église des dominicains d'Augsbourg et entourée d'ange (ce qui rejoint la tradition de son élévation par les anges à Ste Baume). Les gens la voyaient donc d'en bas. Le site remarque que son extase peut être mystique ou érotique.Elle est au Louvre depuis 1902.

 

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Voici celle du Titien :

 

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Celle de Guido Reni :

 

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Celle du Caravage qui, comme le rappelait Manara récemment utilisait des cadavres de prostituées pour ses modèles de saintes.

 

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Celle de Vrouet (même époque) :

 

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Celle de Murillo :

 

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Celle de Jules Lefebvre au XIXe siècle à Saint Petersbourg, toute en rousseur :

 

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Celle d'Aldophe Binet (vers la même époque)auprès du Christ :

 

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Celle de Philippe Martinery (de nos jours) :

 

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Celle de Cyril Leysin (de nos jours) :

 

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Même cette chanson dont les paroles veulent tout dire et son contraire a quand même un côté authentique : le décor qui fait penser un peu à la grotte de Sainte Baume, avec en plus une pyramide de lumière. Arnold Lebeuf cite bien "la Madelon", je peux donc citer Sandra...

 

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Deux pépites dans la "Vie de Périclès" de Plutarque

28 Avril 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

pericles.jpg1) "César voyant, à Rome, de riches étrangers qui allaient partout portant dans leur giron de petits chiens et de petits singes, et les caressant avec tendresse, s’enquit, dit-on, si, dans leur pays, les femmes ne faisaient pas d’enfants. C’était une façon tout impériale de reprendre ceux qui dépensent, sur des bêtes, ce sentiment d’amour et d’affection que la nature a mis dans nos cœurs, et dont les hommes doivent être l’objet."

 

2) "Un jour, à ce que l'on conte, on avait apporté de la campagne à Périclès une tête de bélier, qui n’avait qu’une corne. Le devin Lampon observa que cette corne partait du milieu du front, et qu’elle était forte et pleine : « Deux hommes, Thucydide et Périclès mènent aujourd’hui, dit-il, les affaires de l’État ; mais tout le pouvoir se trouvera bientôt réuni entre les mains de celui chez lequel est né ce prodige. » Pour Anaxagore, il ouvrit cette tête ; et il fit voir que la cervelle ne remplissait pas la cavité destinée à la contenir, mais que, détachée de toutes les parois du crâne, elle s’était resserrée et allongée en forme d’œuf, vers le point où s’enfonçait la racine de la corne. Tous ceux qui étaient présents à cette démonstration admirèrent d’abord Anaxagore ; mais, peu de temps après, leur admiration se tourna aussi vers Lampon, car le parti de Thucydide fut renversé, et le gouvernement passa tout entier aux mains do Périclès. Au reste, il a fort bien pu se faire que, sur un même sujet, le physicien et le devin rencontrassent juste, l’un en expliquant la cause du phénomène, l’autre en en donnant la signification prophétique. Le premier devait, en effet, rechercher par quel principe et de quelle manière ce phénomène s’était produit ; et le second, dans quel but, et ce qu’il annonçait. Or, ceux qui prétendent qu’en découvrant la cause, on fait disparaître le prodige, ne s’aperçoivent pas que, par ce raisonnement, ils anéantissent, tout à la fois, et les signes qui nous sont envoyés du ciel, et.les signes de convention créés par la main des hommes, comme le son des disques, la lumière des fanaux, l’ombre des gnomons : toutes choses imaginées dans un but, et préparées pour ce but, qui est un signe de convention. "

 

Toute la différence entre sociologie compréhensive et sociologie explicative est dans le point (2) vous ne trouvez pas ? (je ne pose la question que sous l'angle qui intéresse mon statut de chercheur associé au laboratoire Cultures et sociétés en Europe à l'université de Strasbourg, mais bien sûr il y a d'autres angles tout aussi intéressants sinon plus...)

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Epaminondas ou le problème du rapport entre philosophie et guerre

9 Avril 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Histoire des idées

Dans le cadre de ma réflexion sur le pythagorisme, je ne peux éviter de me pencher sur le cas du général thébain toujours victorieux Epaminondas, dont Châteaubriand nous apprend que Bonaparte avait adopté son nom comme pseudonyme pendant le siège de Toulon en 1795.
pyrrhique
Vidal-Naquet avant de mourir a bien voulu reprendre dans son ouvrage "Le chasseur noir" son article de la revue Historia de 1960 intitulé "Epaminondas ou le problème tactique de la droite et de la gauche". Epaminondas remporta ses batailles de Leuctres à Mantinée (qui assurèrent l'hégémonie thébaine en Grèce) en révolutionnant l'art de la guerre par la tactique de masser ses meilleures troupes dans une fonction offensive à gauche, et non à droite comme le voulait la tradition (révolution qui d'ailleurs ne sera pas adoptée par les grands généraux qui suivirent).

Chez les Grecs comme chez les Romains, la gauche est du côté de la faiblesse passive et de la mort (on trouve déjà cela chez Homère). Tout indique (et notamment les tables des contraires d'Aristote, que les pythagoriciens ont systématisé l'opposition entre haut et bas et entre droite et gauche, au point qu'il était très impudique de placer la jambe droite sous la jambe gauche quand on croisait les jambes. Les "acousmatiques" ordonnaient d'entrer dans un sanctuaire par la droite et de chausser le pied droit en premier.

 

A l'époque des Lumières athéniennes (notamment avec le Timée de Platon prolongé ensuite par Aristote, mais aussi les Lois où Platon comme le médecin Diogène d'Apollonie, recommande d'utiliser les deux mais indifféremment), dans la géométrie ("siège et métropole des autres disciplines" selon Philolaos de Crotone cité par Plutarque) et la métaphysique, l'espace et des plus en plus indifférencié (quoique l'opposition droite-gauche ne disparaisse jamais).

 

Vidal-Naquet considère qu'il faut prendre au sérieux la formation philosophique d'Epaminondas auprès du pythagoricien Lysis (présenté par Plutarque comme un compagnon d'infortune de Philolaos de Crotone chassé de Métaponte) voire selon certains auteurs auprès de Philolaos lui-même (qui fut un pythagoricien hétérodoxe qui, en tant que géomètre, voulut relativiser la polarité des lieux). Pour lui, Epaminondas fut un véritable général philosophe : Alcidamas d'Elée remarque que la prospérité de Thèbes fut liée au fait que les philosophes y devinrent chefs et six siècles plus tard Elien cite Epaminondas comme exemple de philosophe compétent dans les choses de la guerre. Dans son actualisation de 1980 (p. 118 et suiv de l'édition de 2005 La Découverte Poche), il regrette que dans les vingt années qui ont suivi la publication, les historiens n'aient pas donné d'écho à sa thèse selon laquelle le privilège accordé à l'aile droite dans la tactique grecque n'était pas seulement lié au fait que les guerriers portaient leur bouclier à gauche, mais aussi à un tabou culturel inhérent à la dévalorisation de tout ce qui est attaché au côté gauche. Il reproche à ses collègues historiens de n'expliquer le militaire que par le militaire sur la base des remarques techniques de Thucydide en occultant la part des surdéterminations culturelles. Selon lui l'articulation entre philosophie pythagoricienne et art de la guerre dans le cas des victoires de Leuctres et de Mantinée reste largement à étudier.

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La question des interventions des sociologues dans le débat public

31 Janvier 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Une sociologue de l'art comme Nathalie Heinich est-elle fondée à se prononcer sur le droit au mariage des couples homosexuels ? Voilà la question que pose un autre sociologue de l'art Alain Quemin, dans les colonnes du Monde, avec un article qui commence ainsi :

 

"Un(e) sociologue est-il ou est-elle qualifié(e) pour intervenir publiquement sur des questions d'actualité en mettant en avant son titre et la légitimité de son institution - dans le cas de Nathalie Heinich, le CNRS - quel que soit le sujet traité ? Nathalie Heinich n'est-elle pas essentiellement sociologue de l'art et cette position lui donne-t-elle une légitimité pour intervenir sur le thème de l'ouverture du mariage aux personnes homosexuelles et / ou de l'adoption qui pourrait leur être reconnue ?"

 

Nous sommes ici aux antipodes de ce que fut le statut du philosophe dans les années 1950-60 spécialiste de rien et de ce fait autorisé à s'exprimer sur tout. L'excès de crédit qu'on accordait "a priori" à toute prise de parole d'un intellectuel à ce moment-là était critiquable, mais on peut aussi s'interroger sur l'excès inverse que peut représenter l'hyper-spécialisation du champ académique. Ne peut-on pas supposer que Mme Heinich, bien qu'elle ne cite pas les travaux des sociologues de la famille (il est toujours difficile de citer des références dans des articles destinés au grand public), les a quand même lus ? Peut-on être un bon sociologue de l'art sans bien connaître l'évolution de la famille, et un bon sociologue de la famille sans être un bon connaisseur des représentations artistiques d'une époque donnée et de leur réception dans la société ?

 

 

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Connaissance et espoir

6 Octobre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

fayoum14.jpgA propos des papyrus égyptiens en démotique dont nous parlions récemment, je voudrais dire ici un mot des travaux de la jeune historienne Magali de Haro Sanchez qui exploite des papyrus iatromagiques provenant d’Egypte, rédigés en grec et qui sont datés du 1er siècle avant J.-C. au 7e s. de notre ère. Ces documents mêlent des techniques de médecine et de magie (à l’époque mal dissociées, on s’en doute) pour guérir les malades.  Comme l’explique Magali de Haro « Pour soigner ou écarter les maux, les papyrus iatromagiques proposent trois méthodes complémentaires :
1. le port d'une amulette souvent décorée et généralement personnalisée, le
bénéficiaire et l'affection étant clairement identifiés,
2. la réalisation de recettes à base d'ingrédients d'origine animale, végétale ou
minérale,
3. la pratique d'un rituel accompagnant uneformule prononcée à voix haute (invoquant un assistant surnaturel, – qu’il s’agisse de divinités grecques, égyptiennes, ou de personnages de la tradition biblique juive ou chrétienne). »

Ainsi, voici un exemple amusant de recette qu’on trouve dans ses matériaux, pour ne pas avoir d’enfants :


 « Anticonceptionnel, le seul au monde : prends autant de lentilles bâtardes que tu veux pour le nombre d'années que tu désires rester stérile et trempe-les dans les règles d'une femme en période menstruelle. Qu'elle les trempe dans son propre sexe. Prends aussi une grenouille vivante et jette les lentilles bâtardes dans sa bouche, pour qu'elle les avale, puis relâche la grenouille vivante à l'endroit d'où tu l'as prise. Prends aussi une graine de jusquiame, trempe-la de lait de jument, puis prends le mucus d'un boeuf avec de l'orge et jette-le sur une peau de faon et, à l'extérieur, lie-la à de la peau de mule, puis porte cela en amulette, durant la phase décroissante de la lune, dans un signe du zodiaque
féminin, le jour de Kronos ou d'Hermès. Mais mélange aussi à l'orge du cérumen de mule. »

 

Retenons cette remarque de la jeune chercheuse  dans un article de vulgarisation : « Dans l'Antiquité, le choix d'un ingrédient ne se justifiait pas seulement par son efficacité réelle ou supposée en tant que substance, mais surtout par sa valeur symbolique. Dans la mentalité antique, certaines « lois » régissaient les rapports entre les règnes
minéral, végétal et animal. Elles étaient particulièrement exploitées en magie, mais aussi, dans une certaine mesure, en médecine. Très bien représentée dans les formules iatromagiques, « la loi de sympathie » (sumpatheia), »

 

On est toujours frappé quand on réfléchit à l’Antiquité par l’absence de sens empirique, le peu d’intérêt pour le cas particulier. Peu importe si le remède magique ne fonctionne pas : l’échec ne remet pas en cause la règle, il n’en est jamais qu’une exception malheureuse. Mais seule la règle compte vraiment et fascine. La règle, c’est cet ordre symbolique que les savants imaginent (et fantasment) entre le cosmos, les dieux et les réalités matérielles palpables. La force du fantasme était d’autant plus forte que le savoir positif était limité. Il fallait que les dieux, les astres et les symboles comptent plus que la situation concrète du patient, parce que de toute façon le savoir positif était trop faible pour permettre l’espoir. Or c’est l’espoir que crée la Foi dans l’Ordre que personne ne voulait sacrifier. Car l’espoir comptait plus que la connaissance. Et cette hiérarchie de valeur n’a été inversée, le savoir positif et l’intérêt pour le cas concret contre la spéculation, que lorsque la connaissance positive permit réellement de régler des problèmes spectaculaires (à la Renaissance).

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Un dictionnaire démotique-anglais, l'Egypte au début de notre ère

3 Octobre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Tunisie-035.jpgL'Egypte est sans doute un des pays où les manuscrits d'il y a 2 000 ans sont les mieux conservés pour des raisons climatiques. Par exemple c'est dans ce pays qu'on a retrouvé récemment un fragment du 4ème siècle mentionnant la "femme de Jésus" (voir cependant diverses réserves émises dans la communauté scientifique à ce sujet).

 

Comme la plupart des papyrus retouvés là bas sont en démotique, la langue populaire qui prédomina de - 500 à + 500, il est heureux que l'université de Chicago vienne de mettre au point un dictionnaire démotique-anglais en ligne. Pour vous donner une idée de la technicité de la chose, vous pouvez, au hasard, lire la page de la lettre "r" par exemple...

 

A propos de vieux textes égyptiens, on peut aussi jeter un oeil à l'article intéressant de Serge Cazelais sur l'Evangile de Judas et sur tous les problèmes philologiques que ce texte pose. Voilà. Juste une suggestion de lecture parmi d'autres.

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Expositions et morale : la valorisation du césarisme autour d'Arles

8 Mai 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Il y a souvent dans les expositions artistiques ou archéologiques un impensé que personne n'explicite et qu'il est pourtant utile de connaître. Qu'on songe par exemple à l'exposition de l'Institut du Monde arabe sur l'art du nu qui pouvait laisser penser (mais était-ce son objectif ?) qu'une tradition du nu est solidement ancrée au Proche-Orient alors qu'à y regarder de près, ce style semble s'être surtout développé par mimétisme à l'égard de l'Occident (c'est d'ailleurs très frappant au début du XXe siècle où l'on a le sentiment qu'il concerne surtout des milieux chrétiens influencés par l'Europe).(En réalité dans le cadre de mes recherches sur la nudité je n'ai croisé de permanence du nu en art après la conquête islamique que dans la miniature persane, laquelle n'entre pas dans le champ de l'exposition).

 

cesar.jpgUn esprit universel qui s'intéresse aussi bien à ce qui s'est passé il y a 2 000 ans qu'il y a dix ans devrait aussi s'interroger sur le sens moral de l'écriture ou de la réécriture de l'histoire lorsqu'elle est vieille de plusieurs siècles.

 

En ce moment on s'extasie beaucoup sur la découverte d'un buste de César dans le Rhône (exhibé dans d'importantes expositions) et sur la prospérité d'Arles qui doit tout à ce dictateur. On rappelle éventuellement que cette prospérité s'est bâtie au détriment de Marseille, mais qui songe à expliquer que la spoliation de Marseille (la puissante cité grecque, tête de pont de la civilisation méditerranéenne en Gaule) par César fut vécue en son temps comme une des pires atteintes à la morale républicaine romaine, parce que cette ville avait toujours été l'alliée fidèle de Rome - elle l'avait notamment sauvée des invasions gauloises et aidée à s'installer en Transalpine ?

 

L'humiliation de Marseille par César est citée par Cicéron dans son Traité des Devoirs comme un exemple paradigmatique du cynisme césarien et de la destruction des valeurs républicaines. Voici exactement ses termes : « C'est ainsi qu'après la désolation et la ruine de nations étrangères, nous avons, pour bien montrer que le temps de la domination romaine pacifique était passé, vu figurer l'image de Marseille dans un triomphe, un triomphe célébré pour la prise d'une ville sans laquelle jamais nos généraux n'eussent pu mériter le triomphe pour avoir vaincu nos ennemis d'au-delà des Alpes. Je pourrais énumérer bien d'autres crimes envers des alliés, mais celui-là est le plus scandaleux qu'ait éclairé la lumière du soleil.» (Cicéron, Traité des devoirs, II, VIII, 28)

 

Notre époque ne s'intéresse plus aux guerres civiles romaines comme le firent tant de générations entre Montaigne et Chateaubriand. Mais nos contemporains ont quand même le devoir de regarder les traces du passé en connaissance de cause...

 

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Les victoires du royaume de Méroé face à l'empire romain

26 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Pour nos lecteurs intéressés par l'Antiquité, par les civilisations africaines, ou par l'anthropologie, signalons que le magazine de vulgarisation scientifique Sciences et avenir de mai se penche sur l'oeuvre de la reine de Koush (Méroé) la candace Amanirenas et non pas sa fille la candace Amanishakéto comme l'indique par erreur le Wikipedia en français (voir la différence de datation des règnes avec le Wikipedia en anglais, ce qui prouve qu'il faut se méfier de Wikipedia). Amanirenas, après des victoires inattendues sur les légions romaines, et malgré quelques revers militaires, finit par obtenir à Samos en 20 ou 21 av. JC un traité de paix favorable à son royaume qui fut en vigueur pendant 300 ans. Méroé avait aussi précédemment résisté avec succès aux tentatives d'annexion par les Lagides.

 

 

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A propos du post-féminisme : Alexandra Kollontaï était-elle une pintade ?

16 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Un sociologue qui s'intéresse à la condition féminine aujourd'hui ne peut pas ignorer les conséquences du post-féminisme, cette tendance intéressante qui vise à construire une identité féminine qui assume à la fois une revendication d'égalité (professionnelle notamment) avec les hommes et la volonté de préserver une spécificité "de genre" autour des plaisirs, de la séduction etc, bref tout ce qui dans l'héritage darwinien de notre espèce, en termes de sélection sexuelle (c'est-à-dire dans la dynamique des jeux de séduction entre mâles et femelles) a façonné l'anatomie et la psyché - inséparablement - de l'homme et de la femme.

 

Un article polémique récent sur un site marxiste dénonçait les effets du post-féminisme sous la forme de ce qu'il identifie comme du "salopisme", une tendance présentée comme une résultante du développement du capitalisme, qui viserait à privilégier la provocation sexuelle au détriment d'une libération authentique, concomitamment avec une victimisation associée à la political correctness, l'une et l'autre ne faisant que compliquer les relations de genre et augmenter de part et d'autre l'aliénation.

 

Je ne suis pas certain que ce concept de "salopisme" soit très pertinent. A vrai dire, je le trouve plutôt réducteur car il enferme la conscience féminine contemporaine dans une forme d'impasse mobide et laisse entendre que le post-féminisme n'a pu produire que cela. Je trouve provisoirement plus féconde, et plus adéquate à la complexité des possibilités qui s'offrent à la classe moyenne urbaine féminine contemporaine, la notion de "pintadisme" entendue comme une volonté de certaines femmes, dans la lignée du post-féminisme, d'assumer à la fois d'une part, le sérieux et les lourdes obligations inhérentes à la conquête de leur nouveau statut social (qui entraîne un cumul de responsabilités professionnelles et domestiques en termes d'entretien et d'éducation de la progéniture) avec d'ailleurs toutes les sources de fragilité que cette conquête implique (notamment la fragilité affective des couples puisque l'indépendance économique est acquise aussi bien pour le conjoint que pour la compagne, la séparation est à l'arrière plan des possibilités de toute relation) et, d'autre part, une certaine frivolité ("le souci des plaisirs" comme dirait l'autre). Un livre à succès,  Une vie de pintade à Paris (Calmann Lévy 2008) a illustré ce phénomène du pintadisme, je vous renvoie à sa lecture.

 

alexandra_kollontai.jpgEn y songeant cette nuit je me demandais si l'égérie de la révolution sexuelle russe Alexandra Kollontaï dans les années 20 n'avait pas été une icône avant la lettre du pintadisme. Fille d'aristocrate à Saint-Petersbourg, résolument engagée dans l'action révolutionnaire, elle avait fini par choquer l'opinion publique russe non seulement par sa défense d'une liberté sexuelle complète (l'idée que l'acte sexuel devrait être aussi simple que de boire un verre d'eau vient d'elle), mais aussi en achetant tous les mois des robes très chères aux meilleurs fourreurs de Paris alors qu'elle était ambassadrices des Soviets à Oslo, et que son pays endurait les conséquences économiques les plus terribles qui soient de la guerre civile.

 

Il semble que Mme Kollontaï réalisait l'idéal actuel de sérieux dans l'accomplissement des tâches professionnelles d'une diplomate tout en donnant libre cours aux pulsions liées à l'héritage évolutionnaires (comme on dit en anthropologie) dans l'interaction avec la gent masculine (et les jeux de séduction, même imaginaires, même seule face au miroir, qui se nouent autour de cela), et ce avec d'autant plus de bonheur que ses interlocuteurs occidentaux attendaient cela d'elle (la diplomatie étant une profession très fondée sur la séduction). Bref Alexandra Kollontaï était un cas assez typique de pintadisme avant l'heure, peut-être un peu malgré elle d'ailleurs, car le féminisme marxiste orthodoxe d'une Clara Zetkin, comme le féminisme "MLF" de la génération des années 60 allait être clairement gêné par cette idiosyncrasie de l'aristocrate russe, et même tenter de le dissimuler, comme on glisse la poussière sous le tapis.

 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le pintadisme, notamment sur les jeu de déguisement qu'il implique (quelqu'un sur Internet rappelait que pintade signifiait en portugais "peinte" parce que les marins de Lisbonne crurent que la pintade était une poule peinte), ce qui fait penser à Nietzsche et ses remarques sur le rapport des femmes au jeu, au travestissement, etc, à l'image de la vie elle-même.

 

J'ai déjà parlé sur ce blog du photographe Idan Wizen dont j'ai préfacé le livre. Je vois des femmes inspirées par le post-féminisme aller poser nues devant son objectif. Je me demande si cela n'a pas à voir aussi avec le pintadisme, et si plus largement l'engouement de beaucoup de femmes pour les arts et pour la photo, pour le fait de poser, même habillées, n'a pas à voir aussi avec cela. Bien sûr il faut se méfier des concepts trop étendus dont le sens est facilement noyé à force de leur faire englober des phénomènes trop nombreux.Tout n'entre pas dans le pintadisme, mais il y a incontestablement matière à réfléchir de ce côté là.

 

De même il faudrait que je vous parle un jour de Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier et reine de Navarre. Elle occupe une place très importante dans la préhistoire du pintadisme. Nous y reviendrons peut-être... 

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Un mot sur "Comment l'Islam a découvert l'Europe" de B. Lewis

3 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

songe.jpgJe me suis amusé il y a peu à recopier sur ce blog un paragraphe amusant de Candide de Voltaire qui évoquait la nudité des captifs des corsaires vendus comme esclaves à Alger. Le magnifique livre de l'orientaliste américain Bernard Lewis publié en 1995 "Comment l'Islam a découvert l'Europe" resitue cette question des enlèvements d'Européens en Méditerranée occidentale dans le contexte des relations internationales du XVIIIe siècle. Il montre notamment comment cette histoire de piraterie fut l'occasion d'un marché de dupes (au profit du bey d'Alger) entre Alger et l'Espagne. C'est étrange mais cette histoire de traité non respecté par Alger aurait presque pour effet de relativiser l'importance du non-remboursement par la France monarchiste de la dette contractée par la République en 1793 auprès du même bey, affaire que des militants sur Internet montent en épingle depuis deux ou trois ans parce qu'elle fut à l'origine directe de la colonisation française de l'Algérie... On a le sentiment qu'à ce moment-là le non respect des traités était un peu la règle entre les différentes autorités de la Méditerranée occidentale... Lewis sans aborder directement cet épisode sort en tout cas des archives des échanges de correspondance passionnants entre diplomates turcs et russes à l'heure où les monarchies européennes voulaient obtenir de la Sublime Porte l'interdiction des navires à cocarde tricolore dans ses ports (demande à laquelle Constantinople, trop heureuse de voir la fièvre révolutionnaire affaiblir ses ennemis chrétiens, n'accéda jamais). L'Orientaliste montre d'alleurs très bien comment le régime révolutionnaire français fut le premier à pouvoir parler au monde musulman et à pénétrer ses esprits, parce qu'il était laïque (et donc n'était pas l'émanation pure et simple d'une religion jugée hérétique, et donc interdite d'accès à l'Empire ottoman) et en même temps émanait d'une puissance militaire victorieuse dont les Turcs avaient beaucoup à apprendre.

 

Le livre retrace en des termes très clairs et très synthétiques toute la problématique de la conquête musulmane, des divisions qui ont ensuite traversé le nouvel empire "mahométan", le jeu de balancier entre djihad islamique et croisades chrétiennes, les affres de la conquête mongole, puis le déclin du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord sous l'effet d'une sorte d'encerclement du monde musulman par voie maritime et terrestre à partir de l'échec du second siège de Vienne. Il montre comment deux peuples des "limites" qui avaient subi pendant longtemps la domination musulmane, les Russes et les Espagnols, ont joué un rôle très important dans la reconquête chrétienne, et combien celle-ci a obligé le monde musulman à sortir d'une sorte de condescendance méprisante à l'égard des barbares chrétiens d'Europe (il y a un textes très intéressant d'un conseiller du sultan de Constantinople à propos du "bey" des Francs, François Ier qui a sollicité son aide).

 

Bernard Lewis est un personnage controversé qui a inventé le terme "choc des civilisations" et joue un rôle de premier plan chez les néo-conservateurs américains. Ses options idéologiques ne sont sans doute pas absentes de la manière dont il présente l'histoire. Mais son livre (qui est le premier ouvrage d'orientaliste que je lis après un livre de Marshall Hodgson) offre des panoramas d'ensemble très stimulants qui ne se perdent pas dans les détails inutiles, et qui vaut le détour ne serait-ce que pour les documents d'archives qu'il cite. Il peut se lire avec profit même si l'on ne partage pas les thèses de son auteur (d'ailleurs le travail académique honnête passe par la lecture de gens qu'on désapprouve). J'en redirai peut-être un mot à l'occasion.

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Les conquêtes de la révolution néolithique

2 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Tunisie-035.jpgIl y a quelques années j'ai écrit quelques recensions sur le Néolithique au Proche-Orient. Je signale cette interview récente très intéressante sur un blog de Libération de l'archéologue Jean-Paul Demoule concernant la conquête des agriculteurs-éleveurs par la Méditerranée et le Danube, et l'apparition tardive des hiérarchies sociales parmi eux lorsqu'ils ont atteint les côtes occidentales (alors que la hiérarchisation, elle, était déjà à l'oeuvre, sous l'effet de l'augmentation de la densité, au Proche-Orient dans des zones cernées par des déserts

 

Extraits :

 

"Nous savons désormais qu’il s’agissait d’un double mouvement de colonisation, en provenance du Proche-Orient. Il a pris les chemins du nord – via les Balkans et le Danube – et du sud – via les côtes de Méditerranée. La branche sud est arrivée il y a 7600 ans en France, et l’autre branche franchit le Rhin il y a 7000 ans environ. Les chasseurs cueilleurs sont submergés, leur nombre est estimé à quelques dizaines de milliers, contre environ deux millions d’agriculteurs lorsqu’ils parviennent à occuper l’Europe.

Leur mode de vie, les premières implantations, l’organisation des villages, les traces matérielles des croyances… Nous comprenons mieux cette histoire d’une extension permanente. Dès qu’un village voyait sa population passer les 200 personnes, une partie s’en séparait pour aller fonder une nouvelle implantation, au détriment de la forêt.

(...) Les migrations ont lieu probablement pour conserver un modèle social, assez homogène avec peu de différences de richesses et de statuts entre groupes et individus et qui aurait été menacé par une population trop dense. D’où un étonnant conservatisme social et technique, avec les mêmes plans de maison, les mêmes types de décors de Kiev à Brest, alors qu’il n’y avait pas la moindre unité politique. Ce village néolithique regroupait des maisons rectangulaires en bois et terre, qui peuvent aller jusqu’à 40 mètres de long. Une économie basée sur le blé, l’orge, les lentilles, le porc, la chèvre, le mouton, le bœuf et le chien.

Cette période voit l’invention des inégalités sociales, l’archéologie révèle t-elle pourquoi et comment la multitude s’est-elle retrouvée dominée et exploitée ?

Menhirs Champagne sur OiseJean-Paul Demoule: On observe à plusieurs reprises, dès les débuts du néolithique au Proche Orient, que lors des premières évolutions démographiques très fortes, avec l’apparition d’agglomérations, ces premiers points de fixations s’effondrent puis les gens se dispersent dans toutes les directions. Sauf dans les régions – Mésopotamie, Égypte – où une sorte «d’effet nasse», car les populations sont cernées de déserts ou d’eau, provoque l’apparition des premières villes, des premières stratifications sociales et des États. En Europe, cela va être beaucoup plus lent et progressif… car l’effet nasse ne se fait sentir que lorsque les agriculteurs viennent buter sur les «finisterres» et l’océan Atlantique. (A gauche, menhirs du Vème millénaire, abattus au 3ème millénaires, Champagne sur Oise Denis Gliksman)

Auparavant, si vous n’étiez pas content de l’émergence d’une caste qui voulait vous dominer ou vous exploiter, il vous suffisait de partir coloniser des espaces nouveaux et vierges. On peut lire l’expansion néolithique en Europe comme la volonté des hommes d’échapper au piège social d’une densité démographique trop forte pour s’accommoder d’une grande égalité.

Ce n’est donc pas un hasard si les premiers sites où apparaissent des différenciations sociales fortes – avec les dolmens qui sont des tombeaux monumentaux – surgissent le long de l’Atlantique… et le long de la mer Noire, là où la densité de population est la plus forte. Ni que l’on observe des effondrements de la civilisation mégalithique au bout de quelques siècles, comme si les hommes ne supportaient plus cette stratification."

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Déesses mères et immanence

20 Février 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Cabanel_The_Birth_of_Venus_1863.jpgMc Evilley le remarque dans son bouquin "The Shape of Ancient thought", chez les Grecs comme chez les Indiens (il pense, sous les cieux helléniques, à Parménide et à Démocrite, d'une certaine façon prolongés à Rome par Lucrèce) : la référence à la déesse-mère, au vieux fond théologique matriarcal, vient toujours étayer une philosophie de l'immanence. Et sous les deux latitudes, c'est toujours une féminité ambivalente qui s'affirme, créatrice et destructrice, comme la Shakti en Inde, ou Gorgone qui en Grèce a un sein qui donne du lait et un qui donne du poison... Je me demande bien sur quel sentier je pourrais approfondir ce lien féminité-immanence sans retomber dans les théories fumeuses de beaucoup d'historiens des religions. Je trouve que la problématique va au delà du lien Père-loi-trancendance qu'on a identifié sous les cieux judéo-chrétiens (ou judéo-christiano-islamiques), car c'est une question de rapport au masculin et au féminin en dehors même de tout contexte de révélation : ce n'est donc pas une parole masculine qui est identifiée comme loi verticale, mais une spéculation humaine qui, suivant qu'elle se porte sur le masculin ou sur le féminin, va rechercher une spiritualité abstraite ou au contraire produire une pensée ancrée dans le monde (et une pensée, observons-le, d'essence tragique).

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