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Articles récents

Cité par le Nouvel Observateur en ligne sur le mouvement TopFreedom

31 Mai 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

bernard2.jpgJ'ai donné une petite interview à toute vitesse au Nouvel Observateur hier à propos du mouvement "TopFreedom" aux Etats-Unis et de sa réception en Europe. L'article est ici. Pas facile de bien choisir ses termes dans une conversation téléphonique entre deux trains, mais j'espère que cela donnera envie aux lecteurs/lectrices de creuser le sujet.

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Un chien abattu à la gare du Nord hier

11 Mai 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Hier, alors que deux policiers se livraient au contrôle d'un vigile gare du Nord à Paris, au niveau du quai 41, le chien de ce dernier s'est jeté sur l'un d'entre eux, puis semble-t-il sur le second, et, comme celui-ci tentait de tirer sur l'animal, après la première détonation le chien prit l'escalier, continuant de mordre des gens au passage, puis à l'étage il menaça à nouveau un agent de police (une femme) qui dégaina son arme de service et le tua.

 

L'incident a provoqué un certain nombre de commentaires, notamment dans les pages Internet du journal conservateur  Le Figaro. Dans les conflits de voisinage autour d'un arbre mal placé qui voue à l'ombre éternelle (à la vermine, aux feuilles mortes etc) la maison située à proximité, des débats féroces opposent les tenants des droits de la végétation à ceux du droit des êtres humains à vivre sans nuisances. De la même manière les amis des animaux se sont cette fois-ci opposés aux amis des enfants et des passants sans défense (ainsi qu'aux amis de la force publique, bizarrement suspectée ici d'avoir fait du zèle alors qu'elle a semble-t-il plutôt fait preuve de retenue, se laissant abondamment mordre avant d'abattre le contrevenant quadrupède). Un vague consensus sous-tend cependant cette opposition acerbe : le fait que beaucoup de vigiles (souvent de pauvres gens qui habitent des banlieues lointaines) éduquent mal leur chien, les violentent à outrance, et leur inculquent ainsi une agressivité disproportionnée. Certains suspectent même le vigile d'avoir volontairement lâché son chien contre les policiers, "parce qu'il avait quelque chose à se reprocher".

 

Nous voici encore dans un cas de figure où le domaine des animaux domestiques porte les fantasmes (les espoirs, les culpabilités) que l'humanité projète sur eux, et parfois prend le relais pour le meilleur et pour le pire de ce que l'humain ne peut plus faire. Dans une humanité où l'instinct de meurtre a sensiblement diminué au cours des siècles (ou du moins dont le passage à l'acte s'est atténué, y compris dans le cadre des guerres - je vous renvoie là dessus au dernier livre de Steven Pinker), la question du degré de tolérance à l'égard de la violence des animaux, aussi bien que de la violence exercée sur eux, prend une tournure nouvelle. Une des questions qui se posent ici est de savoir si l'animal peut être humanisé au point d'être dressé pour n'attaquer qu'opportunément. Et si la réponse est affirmative, alors il faut déterminer dans quelle proportion et si tout le monde peut éduquer son chien à ne mordre qu' "utilement". Si l'ont parvient à des résultats impressionnants de "rationalisation des morsures" l'humanité pourra se vanter d'avoir étendu à une autre espèce la maîtrise de ses propres pulsions. Ce ne sera pas rien. Peut-être aura-t-elle recours à des manipulations génétiques pour ce faire, allez savoir.

 

L'anecdote m'en rappelle une autre qui montre aussi combien l'animal reflète et les prolonge des pensées et des conflits à l'oeuvre dans l'espace humain. En 2000, dans une région montagneuse du Kosovo, des soldats américains de la force de l'ONu (la KFOR) sont intervenus d'une manière musclée dans un village serbe avec des chiens (comme ils l'ont aussi beaucoup fait en Irak) pour procéder à des fouilles de caches d'armes. Les habitants du village sont parvenus à mettre en déroute leurs chiens grâce à leurs propres contingents canins, des grands chiens de bergers des montagnes, sans doute de la même stature que ceux qui existent dans les Pyrénées, qui parvinrent avec succès à effrayer les bergers allemands américains. L'anecdote avait été relatée par les médias serbes à l'époque. Si elle est vraie (mais à propos des Balkans il faut toujours se méfier des histoires inventées), voilà un cas singulier où l'animal est mobilisé pour mener une guerre que les humains, en vertus d'une résolution des Nations Unies, ne peuvent plus mener ouvertement. Peut-être y a-t-il d'autres précédents dans l'histoire. Il faudrait faire une recherche. Je songe aussi à une histoire de brave vache qui encouragée par une paysanne russe en Sibérie fit battre en retraite un loup, que raconte Sylvain Tesson dans son dernier livre. Les interactions entre espèces sont fascinantes.

 

 

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Expositions et morale : la valorisation du césarisme autour d'Arles

8 Mai 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Il y a souvent dans les expositions artistiques ou archéologiques un impensé que personne n'explicite et qu'il est pourtant utile de connaître. Qu'on songe par exemple à l'exposition de l'Institut du Monde arabe sur l'art du nu qui pouvait laisser penser (mais était-ce son objectif ?) qu'une tradition du nu est solidement ancrée au Proche-Orient alors qu'à y regarder de près, ce style semble s'être surtout développé par mimétisme à l'égard de l'Occident (c'est d'ailleurs très frappant au début du XXe siècle où l'on a le sentiment qu'il concerne surtout des milieux chrétiens influencés par l'Europe).(En réalité dans le cadre de mes recherches sur la nudité je n'ai croisé de permanence du nu en art après la conquête islamique que dans la miniature persane, laquelle n'entre pas dans le champ de l'exposition).

 

cesar.jpgUn esprit universel qui s'intéresse aussi bien à ce qui s'est passé il y a 2 000 ans qu'il y a dix ans devrait aussi s'interroger sur le sens moral de l'écriture ou de la réécriture de l'histoire lorsqu'elle est vieille de plusieurs siècles.

 

En ce moment on s'extasie beaucoup sur la découverte d'un buste de César dans le Rhône (exhibé dans d'importantes expositions) et sur la prospérité d'Arles qui doit tout à ce dictateur. On rappelle éventuellement que cette prospérité s'est bâtie au détriment de Marseille, mais qui songe à expliquer que la spoliation de Marseille (la puissante cité grecque, tête de pont de la civilisation méditerranéenne en Gaule) par César fut vécue en son temps comme une des pires atteintes à la morale républicaine romaine, parce que cette ville avait toujours été l'alliée fidèle de Rome - elle l'avait notamment sauvée des invasions gauloises et aidée à s'installer en Transalpine ?

 

L'humiliation de Marseille par César est citée par Cicéron dans son Traité des Devoirs comme un exemple paradigmatique du cynisme césarien et de la destruction des valeurs républicaines. Voici exactement ses termes : « C'est ainsi qu'après la désolation et la ruine de nations étrangères, nous avons, pour bien montrer que le temps de la domination romaine pacifique était passé, vu figurer l'image de Marseille dans un triomphe, un triomphe célébré pour la prise d'une ville sans laquelle jamais nos généraux n'eussent pu mériter le triomphe pour avoir vaincu nos ennemis d'au-delà des Alpes. Je pourrais énumérer bien d'autres crimes envers des alliés, mais celui-là est le plus scandaleux qu'ait éclairé la lumière du soleil.» (Cicéron, Traité des devoirs, II, VIII, 28)

 

Notre époque ne s'intéresse plus aux guerres civiles romaines comme le firent tant de générations entre Montaigne et Chateaubriand. Mais nos contemporains ont quand même le devoir de regarder les traces du passé en connaissance de cause...

 

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Les victoires du royaume de Méroé face à l'empire romain

26 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Pour nos lecteurs intéressés par l'Antiquité, par les civilisations africaines, ou par l'anthropologie, signalons que le magazine de vulgarisation scientifique Sciences et avenir de mai se penche sur l'oeuvre de la reine de Koush (Méroé) la candace Amanirenas et non pas sa fille la candace Amanishakéto comme l'indique par erreur le Wikipedia en français (voir la différence de datation des règnes avec le Wikipedia en anglais, ce qui prouve qu'il faut se méfier de Wikipedia). Amanirenas, après des victoires inattendues sur les légions romaines, et malgré quelques revers militaires, finit par obtenir à Samos en 20 ou 21 av. JC un traité de paix favorable à son royaume qui fut en vigueur pendant 300 ans. Méroé avait aussi précédemment résisté avec succès aux tentatives d'annexion par les Lagides.

 

 

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Récapitulatif des émissions de TV qui ont mentionné mes travaux

19 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

 

- Christophe Colera interviewé par Anthony Bellanger - Emission Le Blogueur (Arte) 25 juin 2011

 

 

  - Fragment d'interview"Média le Magazine"  C. Colera -  France 5 - dimanche 2 octobre 2011 à 12 h 30.

 

 

 

- Extraits de l'émission "Un monde tout nu" présenté par Marianne James - diffusé sur Jimmy le 20 septembre 2010 à 20 h 40 (première diffusion)

 

 

 

- Fragment d'ITVW au JT de France 2 3 octobre 2009 à 20 h

 

 

 

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A propos du post-féminisme : Alexandra Kollontaï était-elle une pintade ?

16 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Un sociologue qui s'intéresse à la condition féminine aujourd'hui ne peut pas ignorer les conséquences du post-féminisme, cette tendance intéressante qui vise à construire une identité féminine qui assume à la fois une revendication d'égalité (professionnelle notamment) avec les hommes et la volonté de préserver une spécificité "de genre" autour des plaisirs, de la séduction etc, bref tout ce qui dans l'héritage darwinien de notre espèce, en termes de sélection sexuelle (c'est-à-dire dans la dynamique des jeux de séduction entre mâles et femelles) a façonné l'anatomie et la psyché - inséparablement - de l'homme et de la femme.

 

Un article polémique récent sur un site marxiste dénonçait les effets du post-féminisme sous la forme de ce qu'il identifie comme du "salopisme", une tendance présentée comme une résultante du développement du capitalisme, qui viserait à privilégier la provocation sexuelle au détriment d'une libération authentique, concomitamment avec une victimisation associée à la political correctness, l'une et l'autre ne faisant que compliquer les relations de genre et augmenter de part et d'autre l'aliénation.

 

Je ne suis pas certain que ce concept de "salopisme" soit très pertinent. A vrai dire, je le trouve plutôt réducteur car il enferme la conscience féminine contemporaine dans une forme d'impasse mobide et laisse entendre que le post-féminisme n'a pu produire que cela. Je trouve provisoirement plus féconde, et plus adéquate à la complexité des possibilités qui s'offrent à la classe moyenne urbaine féminine contemporaine, la notion de "pintadisme" entendue comme une volonté de certaines femmes, dans la lignée du post-féminisme, d'assumer à la fois d'une part, le sérieux et les lourdes obligations inhérentes à la conquête de leur nouveau statut social (qui entraîne un cumul de responsabilités professionnelles et domestiques en termes d'entretien et d'éducation de la progéniture) avec d'ailleurs toutes les sources de fragilité que cette conquête implique (notamment la fragilité affective des couples puisque l'indépendance économique est acquise aussi bien pour le conjoint que pour la compagne, la séparation est à l'arrière plan des possibilités de toute relation) et, d'autre part, une certaine frivolité ("le souci des plaisirs" comme dirait l'autre). Un livre à succès,  Une vie de pintade à Paris (Calmann Lévy 2008) a illustré ce phénomène du pintadisme, je vous renvoie à sa lecture.

 

alexandra_kollontai.jpgEn y songeant cette nuit je me demandais si l'égérie de la révolution sexuelle russe Alexandra Kollontaï dans les années 20 n'avait pas été une icône avant la lettre du pintadisme. Fille d'aristocrate à Saint-Petersbourg, résolument engagée dans l'action révolutionnaire, elle avait fini par choquer l'opinion publique russe non seulement par sa défense d'une liberté sexuelle complète (l'idée que l'acte sexuel devrait être aussi simple que de boire un verre d'eau vient d'elle), mais aussi en achetant tous les mois des robes très chères aux meilleurs fourreurs de Paris alors qu'elle était ambassadrices des Soviets à Oslo, et que son pays endurait les conséquences économiques les plus terribles qui soient de la guerre civile.

 

Il semble que Mme Kollontaï réalisait l'idéal actuel de sérieux dans l'accomplissement des tâches professionnelles d'une diplomate tout en donnant libre cours aux pulsions liées à l'héritage évolutionnaires (comme on dit en anthropologie) dans l'interaction avec la gent masculine (et les jeux de séduction, même imaginaires, même seule face au miroir, qui se nouent autour de cela), et ce avec d'autant plus de bonheur que ses interlocuteurs occidentaux attendaient cela d'elle (la diplomatie étant une profession très fondée sur la séduction). Bref Alexandra Kollontaï était un cas assez typique de pintadisme avant l'heure, peut-être un peu malgré elle d'ailleurs, car le féminisme marxiste orthodoxe d'une Clara Zetkin, comme le féminisme "MLF" de la génération des années 60 allait être clairement gêné par cette idiosyncrasie de l'aristocrate russe, et même tenter de le dissimuler, comme on glisse la poussière sous le tapis.

 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le pintadisme, notamment sur les jeu de déguisement qu'il implique (quelqu'un sur Internet rappelait que pintade signifiait en portugais "peinte" parce que les marins de Lisbonne crurent que la pintade était une poule peinte), ce qui fait penser à Nietzsche et ses remarques sur le rapport des femmes au jeu, au travestissement, etc, à l'image de la vie elle-même.

 

J'ai déjà parlé sur ce blog du photographe Idan Wizen dont j'ai préfacé le livre. Je vois des femmes inspirées par le post-féminisme aller poser nues devant son objectif. Je me demande si cela n'a pas à voir aussi avec le pintadisme, et si plus largement l'engouement de beaucoup de femmes pour les arts et pour la photo, pour le fait de poser, même habillées, n'a pas à voir aussi avec cela. Bien sûr il faut se méfier des concepts trop étendus dont le sens est facilement noyé à force de leur faire englober des phénomènes trop nombreux.Tout n'entre pas dans le pintadisme, mais il y a incontestablement matière à réfléchir de ce côté là.

 

De même il faudrait que je vous parle un jour de Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier et reine de Navarre. Elle occupe une place très importante dans la préhistoire du pintadisme. Nous y reviendrons peut-être... 

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Un mot sur "Comment l'Islam a découvert l'Europe" de B. Lewis

3 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

songe.jpgJe me suis amusé il y a peu à recopier sur ce blog un paragraphe amusant de Candide de Voltaire qui évoquait la nudité des captifs des corsaires vendus comme esclaves à Alger. Le magnifique livre de l'orientaliste américain Bernard Lewis publié en 1995 "Comment l'Islam a découvert l'Europe" resitue cette question des enlèvements d'Européens en Méditerranée occidentale dans le contexte des relations internationales du XVIIIe siècle. Il montre notamment comment cette histoire de piraterie fut l'occasion d'un marché de dupes (au profit du bey d'Alger) entre Alger et l'Espagne. C'est étrange mais cette histoire de traité non respecté par Alger aurait presque pour effet de relativiser l'importance du non-remboursement par la France monarchiste de la dette contractée par la République en 1793 auprès du même bey, affaire que des militants sur Internet montent en épingle depuis deux ou trois ans parce qu'elle fut à l'origine directe de la colonisation française de l'Algérie... On a le sentiment qu'à ce moment-là le non respect des traités était un peu la règle entre les différentes autorités de la Méditerranée occidentale... Lewis sans aborder directement cet épisode sort en tout cas des archives des échanges de correspondance passionnants entre diplomates turcs et russes à l'heure où les monarchies européennes voulaient obtenir de la Sublime Porte l'interdiction des navires à cocarde tricolore dans ses ports (demande à laquelle Constantinople, trop heureuse de voir la fièvre révolutionnaire affaiblir ses ennemis chrétiens, n'accéda jamais). L'Orientaliste montre d'alleurs très bien comment le régime révolutionnaire français fut le premier à pouvoir parler au monde musulman et à pénétrer ses esprits, parce qu'il était laïque (et donc n'était pas l'émanation pure et simple d'une religion jugée hérétique, et donc interdite d'accès à l'Empire ottoman) et en même temps émanait d'une puissance militaire victorieuse dont les Turcs avaient beaucoup à apprendre.

 

Le livre retrace en des termes très clairs et très synthétiques toute la problématique de la conquête musulmane, des divisions qui ont ensuite traversé le nouvel empire "mahométan", le jeu de balancier entre djihad islamique et croisades chrétiennes, les affres de la conquête mongole, puis le déclin du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord sous l'effet d'une sorte d'encerclement du monde musulman par voie maritime et terrestre à partir de l'échec du second siège de Vienne. Il montre comment deux peuples des "limites" qui avaient subi pendant longtemps la domination musulmane, les Russes et les Espagnols, ont joué un rôle très important dans la reconquête chrétienne, et combien celle-ci a obligé le monde musulman à sortir d'une sorte de condescendance méprisante à l'égard des barbares chrétiens d'Europe (il y a un textes très intéressant d'un conseiller du sultan de Constantinople à propos du "bey" des Francs, François Ier qui a sollicité son aide).

 

Bernard Lewis est un personnage controversé qui a inventé le terme "choc des civilisations" et joue un rôle de premier plan chez les néo-conservateurs américains. Ses options idéologiques ne sont sans doute pas absentes de la manière dont il présente l'histoire. Mais son livre (qui est le premier ouvrage d'orientaliste que je lis après un livre de Marshall Hodgson) offre des panoramas d'ensemble très stimulants qui ne se perdent pas dans les détails inutiles, et qui vaut le détour ne serait-ce que pour les documents d'archives qu'il cite. Il peut se lire avec profit même si l'on ne partage pas les thèses de son auteur (d'ailleurs le travail académique honnête passe par la lecture de gens qu'on désapprouve). J'en redirai peut-être un mot à l'occasion.

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Les conquêtes de la révolution néolithique

2 Avril 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Tunisie-035.jpgIl y a quelques années j'ai écrit quelques recensions sur le Néolithique au Proche-Orient. Je signale cette interview récente très intéressante sur un blog de Libération de l'archéologue Jean-Paul Demoule concernant la conquête des agriculteurs-éleveurs par la Méditerranée et le Danube, et l'apparition tardive des hiérarchies sociales parmi eux lorsqu'ils ont atteint les côtes occidentales (alors que la hiérarchisation, elle, était déjà à l'oeuvre, sous l'effet de l'augmentation de la densité, au Proche-Orient dans des zones cernées par des déserts

 

Extraits :

 

"Nous savons désormais qu’il s’agissait d’un double mouvement de colonisation, en provenance du Proche-Orient. Il a pris les chemins du nord – via les Balkans et le Danube – et du sud – via les côtes de Méditerranée. La branche sud est arrivée il y a 7600 ans en France, et l’autre branche franchit le Rhin il y a 7000 ans environ. Les chasseurs cueilleurs sont submergés, leur nombre est estimé à quelques dizaines de milliers, contre environ deux millions d’agriculteurs lorsqu’ils parviennent à occuper l’Europe.

Leur mode de vie, les premières implantations, l’organisation des villages, les traces matérielles des croyances… Nous comprenons mieux cette histoire d’une extension permanente. Dès qu’un village voyait sa population passer les 200 personnes, une partie s’en séparait pour aller fonder une nouvelle implantation, au détriment de la forêt.

(...) Les migrations ont lieu probablement pour conserver un modèle social, assez homogène avec peu de différences de richesses et de statuts entre groupes et individus et qui aurait été menacé par une population trop dense. D’où un étonnant conservatisme social et technique, avec les mêmes plans de maison, les mêmes types de décors de Kiev à Brest, alors qu’il n’y avait pas la moindre unité politique. Ce village néolithique regroupait des maisons rectangulaires en bois et terre, qui peuvent aller jusqu’à 40 mètres de long. Une économie basée sur le blé, l’orge, les lentilles, le porc, la chèvre, le mouton, le bœuf et le chien.

Cette période voit l’invention des inégalités sociales, l’archéologie révèle t-elle pourquoi et comment la multitude s’est-elle retrouvée dominée et exploitée ?

Menhirs Champagne sur OiseJean-Paul Demoule: On observe à plusieurs reprises, dès les débuts du néolithique au Proche Orient, que lors des premières évolutions démographiques très fortes, avec l’apparition d’agglomérations, ces premiers points de fixations s’effondrent puis les gens se dispersent dans toutes les directions. Sauf dans les régions – Mésopotamie, Égypte – où une sorte «d’effet nasse», car les populations sont cernées de déserts ou d’eau, provoque l’apparition des premières villes, des premières stratifications sociales et des États. En Europe, cela va être beaucoup plus lent et progressif… car l’effet nasse ne se fait sentir que lorsque les agriculteurs viennent buter sur les «finisterres» et l’océan Atlantique. (A gauche, menhirs du Vème millénaire, abattus au 3ème millénaires, Champagne sur Oise Denis Gliksman)

Auparavant, si vous n’étiez pas content de l’émergence d’une caste qui voulait vous dominer ou vous exploiter, il vous suffisait de partir coloniser des espaces nouveaux et vierges. On peut lire l’expansion néolithique en Europe comme la volonté des hommes d’échapper au piège social d’une densité démographique trop forte pour s’accommoder d’une grande égalité.

Ce n’est donc pas un hasard si les premiers sites où apparaissent des différenciations sociales fortes – avec les dolmens qui sont des tombeaux monumentaux – surgissent le long de l’Atlantique… et le long de la mer Noire, là où la densité de population est la plus forte. Ni que l’on observe des effondrements de la civilisation mégalithique au bout de quelques siècles, comme si les hommes ne supportaient plus cette stratification."

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A propos d'un texte de Mathilde Cohen sur les audiences de reconduite à la frontière.

27 Mars 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Sociologie des institutions

servjur-petit.jpgA côté de mes travaux en sociologie du corps, je n'ai jamais cessé naturellement de suivre, même de loin, la sociologie des institutions à laquelle j'avais consacré ma thèse de 2006.

 

Les hasards des recherches sur le Net me font tomber sur un essai en ligne sur Hal-Inria de Mme Mathilde Cohen, "L'épreuve orale. Les magistrats administratifs face aux audiences de reconduite à la frontière". Il semble que ce texte ait été publié dans le numéro 72/2009 de la Revue Internationale de Théorie du Droit et de Sociologie Juridique. D'une façon qui ne saurait surprendre compte tenu de l'évolution récente de la sociologie du droit, Mme Cohen adopte les outils de la théorie de Pierre Bourdieu pour examiner les enjeux des audiences sur les arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière sous l'angle d'un rapport de force symbolique entre le sous-champ juridictionnel et l'administration.

 

A vrai dire il est très difficile de se faire une opinion sur ce sujet car il faudrait un descriptif complet des jugements rendus, des affaires examinées, et du profil sociologique des magistrats qui ont statué dans chaque cas, autant de données qui font défaut ce qui, du coup, empêche de saisir réellement où et comment se définissent les rapports de force que l'on peut percevoir intuitivement. Personnellement, dans les juridictions que j'ai connues je n'ai jamais constaté le phénomène décrit par Mme Cohen d'une évaluation de la qualité du travail des magistrats à l'aune de leurs jugements dans ces affaires. Il est vrai que ce sont des affaires où les juges sont très exposés à titre individuel, et dans des situations d'urgence, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans les situations que j'ai connues il n'était pas question pour les chefs de juridiction d'examiner la qualité des décisions rendues (bien que, bien sûr, chacun puisse se faire ensuite une opinion même accidentellement au fil de la consultation des archives, lorsqu'on recherche des précédents). Mme Cohen prend d'ailleurs soin de préciser qu'elle ne sait pas si cette évaluation des décisions rendues existe dans toutes les juridictions. Peut-être a-t-elle existé dans certaines, mais je n'en suis pas certain.

 

Depuis une quinzaine d'années je me suis souvent fait la réflexion que ces audiences qui pèsent beaucoup dans l'opinion publique compte tenu de l'enjeu que représente dans le débat démocratique le contrôle de l'immigration illégale pouvaient constituer un très bon sujet de thèse. Il me semble cependant qu'à côté de l'approche nécessairement ambitieuse que représente l'angle d'attaque de la théorie des champs choisi par Mme Cohen, il y aurait déjà un travail plus modeste, plus facile, et non moins intéressant à mener d'examen, presque ethnographique, de la façon dont s'organisent les audiences, la constitution des acteurs du processus juridictionnel (peut-être d'un point de vue ethnométhodologique), le jeu entre la rationalité juridique et les propriétés affectives du cas d'espèce (jeu favorisé par la nature même des dispositions invocables, notamment sur la vie familiale et privée, et les fluctuations jurisprudentielles auxquelles elles ont donné lieu), la manière dont ce jeu est instrumentalisé par les divers acteurs au procès avec ou sans présence d'avocat. Ce jeu n'est pas réductible au problème de la productivité statistique et des effets d'hétéronomie qu'elle peut induire dans l'office du juge ni à l'inévitable comparaison interjuridictionnelle des taux d'annulation qui n'est qu'un des paramètres de la juridicisation de la situation de l'étranger sur laquelle le magistrat doit statuer.

 

En tout cas il est clair que cet article ouvre des pistes de recherche importantes à la sociologie du droit.

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Le sort des éléphants

20 Février 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

On attend toujours la traduction en français du livre de GA Bradshaw "Elephants on the Edge: What Animals Teach Us about Humanity"

 

Voici ce qu'en disait Publishers Weekly lors de sa parution :

 

"Ce livre très suggestif écrit par la spécialiste des traumatismes Bradshaw dessine des analogies entre les cultures humaine et animale pour illustrer la crise profonde qui frappe aujourd'hui les sociétés d'éléphant. Extraordinairement sensibles et sociaux, les éléphants pour leur survie ont longtemps dépendu de leur lignée-maintenant matriarchal disjointe par la sélection des troupeaux, qui perturbe les hiérarchie-et leurs psychés ont été brisées par l'isolement et la séparation prolongés, les crochets douloureux utilisés comme outils du dressage et la cruauté générale. Les éléphants capturés répondent aux critères du manuel DSM de psychiatrie du fait qu'ils souffrent de névroses post-traumatiques. Sur la base de la recherche sur le trauma animal, sur les survivants de camp de concentration et sur une éthologie du type de Konrad Lorenz, Bradshaw prononce une condamnation multidisciplinaire de l'exploitation abusibe des éléphants et célèbre ceux qui travaillent à remettre en état et à guérir cet animal-y compris un thérapeute spécialisé dans le massage d'éléphants et les propriétaires d'un sanctuaire d'éléphant dans les collines du Tennessee. En fin de compte, la question n'est pacs celle de l'anthropomorphisation. Bradshaw indique qu'au lieu de prêter à des animaux des sentiments humains, nous devrions observer qu'ils ont des sentiments qui se rejoignent avec ce que nous sentir nous pouvons dans les circonstances semblables. Avec ses résultats déchirants et ses conclusions irréfutables, ce livre mérite une lecture attentive et d'être pris en considération".

 

Je songeais à ce livre en lisant la semaine dernière (El Mundo du 17 février 2012) que 200 éléphants ont été abattus depuis mi-janvier dans le parc de Bouba Ndjida (soit un tiers des effectifs du parc) au  nord du Cameroun par des braconniers et guérilleros soudanais qui l'utilisent pour financer par le trafic d'Ivoire leurs actions armées selon la porte-parole de l'ONG IFAW Celine Sissler-Bienvenu. Un chiffre à ajouter aux 500 éléphants tués dans le parc de Viruga au Congo depuis 2010.

 

Un journal camerounais précise:

 

"A l’origine de ces massacres en série, un réseau de braconniers dont des sources crédibles révèlent qu’ils seraient d’origine soudanaise, et opèreraient avec des complicités locales. Une cinquantaine de malfrats lourdement armés, mais qui ne seraient, de sources sécuritaires, que les maillons d’un vaste réseau de trafic d’ivoire, à destination de pays asiatiques. La base arrière de ces groupements se trouverait au Tchad voisin où ils ont déjà presque intégralement éliminé l’espèce. Et lors de leurs opérations, ces braconniers ont récemment abattu six militaires tchadiens qui essayaient de leur faire barrage lors de leur repli. Les animaux abattus ont eu uniquement leurs défenses prélevées, les carcasses étant abandonnées au bénéfice des populations riveraines qui les consomment. Ainsi que le relève le témoignage d’un responsable du lycée de Mandingring, d’énormes morceaux de viande d’éléphant sont vendus depuis ces dernières semaines aux abords des routes départementales de la zone.

Pour le gouverneur de la région du Nord, Gambo Haman, cet assentiment tacite des riverains s’explique par les préjudices que leur causent régulièrement les pachydermes. Des récoltes ont en effet été saccagées par les éléphants, sans que des réponses appropriées ne soient apportées. Beaucoup voient donc d’un œil plutôt favorable le travail des braconniers, au grand regret des autorités administratives de la région. Ces dernières essaient autant que possible de combattre ce braconnage transfrontalier. Mais face à la modicité des moyens disponibles face à des groupes remarquablement bien organisés, ce sont des mesures plus globales, et la mise en place de réponses sous-régionales qui sont attendues pour mettre fin à la saigné" (Eric Elouga | Cameroon Tribune). Sur l'ensemble de l'Afrique voir le dossier ici.

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"Le système amoureux de Brantôme" de Maurice Daumas

8 Février 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

brantome.jpgRécemment j'évoquais (en forçant un peu le trait) sur le présent blog ce petit "atlas du monde du XVIIIe siècle" qu'est Candide de Voltaire, et mon livre sur la nudité parle à plusieurs reprises du Décaméron de Boccace. Entre les deux il y a les Dames Galantes de Pierre de Bourdeille dit Brantôme rédigé en 1582, ouvrage licencieux décortiqué chez L'Harmattan en 1998 par l'historien Maurice Daumas.

 

Derrière le tissu de fantasmes et d'anecdotes plaisantes, M. Daumas recherche l'information sur la vision du corps et des rapports amoureux qui imprègne une époque autant que son auteur. N'ayant pas lu Brantôme dans le texte, je m'en remets presque aveuglément à l'analyse de l'historien. On y découvre un soldat périgourdin catholique de petite noblesse condition (fils de baron) qui a reçu une abbaye en privilège en récompense de la mort héroïque d'un de ses frères, fasciné par la cour et les moeurs de ses grandes dames (Maurice Daumas malheureusement ne détaille pas la biographie de Brantôme et c'est ailleurs que j'ai puisé les quelques éléments que je viens de mentionner).

 

A travers l'oeuvre Daumas met tout d'abord au jour une conception de l'amour très axée sur les actes, une conception "agonistique" dit l'historien. "Faire l'amour" à l'époque signifie "faire la cour", mais en vue de l'union charnelle exclusivement. Le sentiment n'est pas encore séparé de l'union génitale comme il le sera cinquante ans plus tard, de même que la tendresse est presque absente de cet univers. "Faire l'amour" veut dire faire la cour en vue de l'acte sexuel, et copuler se dit "le faire". Les étapes qui conduisent de l'un à l'autre sont traitées sans aucune attention par Brantôme, et l'acte sexuel est lui-même siuvent très rapide (au point que certaines femmes peuvent s'y adonner devant des tiers sans que ceux-ci le remarquent). Aucune attention non plus bien sûr au détail physiologique, ni même à la description des corps comme on la trouve chez Boccace (sauf les corps monstrueux, celui de la femme naine, celle qui défèque par devant etc qui ne sont jamais les héroïnes des anecdotes principales mais avec lesquelles selon Daumas le genre féminin reste en continuité). Les héroïnes, toujours taxées des défauts que beaucoup d'époques leur ont prêtées (à commencer par l'inconstance), sont cependant toujours chez Daumas des femmes belles et de haute condition qui savent prendre l'initiative. La sexualité y est déjà plus raffinée qu'au début de la Renaissance (et se pense d'ailleurs elle-même comme plus raffinée que par le passé), et cependant la brutalité et l'esprit guerrier l'impègnent encore profondément au point que le viol est présenté comme un des idéaux possibles de la relation à homme-femme.

 

Daumas explique très bien cette idéalité du viol chez Brantôme comme rupture de la logique de la dette dont tout le monde est tributaire (tout comme l'idéal du héros a conquis son droit à la conquête par un acte de bravoure et donc ne doit rien à personne). A l'inverse le cocuage est la condition commune; celle du mari qui a pris sa femme à un autre et qui devra la rendre, objet d'échange social (les commérages), paré de toutes les vertus sociales (richesse, chance), tandis que l'adultère est a-social, solitaire et silencieux.

 

Les mots dans cette économie de la séduction à la hussarde ne jouent qu'un rôle utilitaire sur quelques échanges vifs de répliques qui désarment les résistance. Etrangement à ce résidu de brutalité les femmes sont conviées à apporter une participation active, l'auteur leur prêtant même une jouissance et une activité vaginale complice dans le viol.

 

Pour Daumas Brantôme se situe, ce faisant, à contre-courant d'une évolution qui va spiritualiser l'amour et l'isoler comme sentiment. Les Dames Galantes explicitement tournent en ridicule un sentiment qui ne s'identifierait pas complètement à la satisfaction génitale. On peut se demander si ce côté réactionnaire n'a pas quelque chose à voir avec la fidélité politique de Brantôme à la Ligue et à l'Espagne. Il faudra y réfléchir plus avant à l'occasion.

 

Daumas rend bien compte de la hiérarchie sociale dans laquelle s'insèrent les récits de Brantôme, la valorisation de la putain chez toutes les femmes, surtout lorsque cette prostitution se passe parmi les Grands (la cour étant à l'époque en effet un lieu d'échange des femmes assez intense, pour des raisons structurales aisément compréhensibles). Il rend justice à la fascination de Brantôme pour la beauté féminine, omettant toutefois de la rapporter aux déterminations psychologiques d'un homme petit-fils d'une dame d'honneur de la cour de François Ier et fils d'une des dames "devisantes" de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre.

 

On retiendra aussi les démonstrations convaincantes sur le scepticisme religieux de Brantôme qui a malgré tout besoin d'un arrière-plan de culpabilité chrétienne pour stimuler la déferlante du désir, qui entre en concurrence avec l'honneur, fondé sur le bravoure (et non sur la maîtrise des passions comme au siècle suivant).

 

Très intéressant aussi ce que l'historien décrypte de l'amour conjugal, toujours un peu effrayant pour Brantôme et pour son époque car il ouvre la voie à une égalité entre hommes et femmes, crainte d'autant plus accentuée chez un éternel célibataire comme l'auteur des Dames galantes. Si l'on traite mieux les femmes qu'à l'époque de Louis XI (blâmée pour ne s'être intéressé à son épouse bourguignine que pour le lignage), mais point trop.

 

Les femmes aussi sont plus raffinées que cinquante ans plus tôt dans leur tenue comme dans leur engagement dans l'intrigue sexuelle. Brantôme l'impute à des emprunts à l'Italie et à l'Espagne, via la personne de Marguerite de Navarre plus que par les traités de civilité (à penser en comparaison avec la beauté moins intellectuelle, physique, blanche, laiteuse, toujour au bain, seins à demi à l'air dans une société qui valorise la nudité des jambes, de Marguerite de Valois). La conclusion de l'historien sur la foi de Daumas dans la sexualité pour maîtriser le temps, ce qui peut être aussi une vaste source de réflexion.

 

Un peu moins convaincant chez Daumas, le leitmotiv répété selon lequel il n'y a pas d' "identité" de la femme chez Daumas, mais seulement des galeries de portrait et des classifications (tout comme les religieux faisaient des classifications des saintes et des pénitentes), comme si dans ce "système" une femme avait toujours besoin d'être mis en regard d'une autre femme pour exister là où l'identité masculine elle serait claire et univoque.

 

Le livre n'en est pas moins pour autant un excellent ouvrage, à la fois dense, profond, suggestif, clair et cohérent, sur des sujets (l'évolution des désirs et des moeurs à la Renaissance, leur déplacement dans l'espace littéraire) que d'autres auteurs ont d'ordinaire l'habitude de traiter sur un mode plus anecdotique et brouillon.

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Un blog plus personnel ?

11 Janvier 2012 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

swing-carrefour.JPGJe pourrais faire un blog plus personnel, vous parler de "Paris" de Depardon, du "Président" de Jeuland, de ma conception du silence. Au lieu de cela j'ai fait un blog "professionnel", pubicitaire, avec mes interviews dans la presse, mes bouquins, juste quelques billets philosophiques au milieu pour faire chic. Un blog pas libre parce qu'il n'y a pas de liberté possible sur Internet quand on écrit sous son vrai nom. Pourtant l'envie de fiche en l'air le cadre de ce truc me travaille aujourd'hui.

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Livre : "Un anonyme nu dans le salon" d'Idan Wizen

16 Décembre 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

livre-idan.jpgLe photographe Idan Wizen qui a entrepris de photographier des gens ordinaires et de faire d'eux des portraits artistiques nus, proposés ensuite à la vente, vient de publier ses cent premières photos, dans un ouvrage que j'ai préfacé, aux éditions "Regard sociétal".

 

Le livre, qui sort aujourd'hui, peut être commandé ici (cliquez sur le lien).

 

Vous pouvez par la même occasion découvrir son site, et participer à son projet original si le coeur vous en dit. Comme le précise la quatrième de couverture "Initié à Paris, en avril 2009, le projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon permet à chacun de venir poser dans le plus simple appareil, sans le moindre casting et sans le moindre préjugé." Il participe ainsi aux nouvelles approche du rapport à son propre corps et au corps d'autrui, un phénomène de société très caractéristique de notre époque.

 

Je vous signale aussi à toutes fins utiles des textes que j'ai postés sur son site, notamment une comparaison avec un autre concept de photo de gens ordinaires nus qui s'est développé sur un mode assez différent en Angleterre.

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Cité par le magazine "On the field"

1 Novembre 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

on-thefield.jpgJe suis cité cette semaine par le jeune magazine sportif On the field du mois de décembre sur la nudité dans le sport et dans la pub. link

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"Génie du christianisme" de Châteaubriand

31 Octobre 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

chateaubriand.jpgMalgré ma formation de sociologue, je ne suis pas un intégriste des sciences humaines, loin s'en faut. Je suis même particulièrement sensible aux biais que celles-ci apportent à la pensée et à tout ce qui, dans l'esprit d'une époque, influence leur rhétorique. Un livre comme le petit Dialogue sur les aléas de l’histoire que j’ai fait paraître il y a quelques années par exemple est aux antipodes de la démarche des sciences humaines, et je tiens à garder dans mon travail une telle pluralité d’approches.

Un des moyens de s’affranchir de certaines rigidités des sciences humaines et de l’esprit d’une époque qu’elles véhiculent peut être de lire les classiques, et de les lire sans naïveté, c’est-à-dire en gardant une distance à l’égard de leurs partis pris (et de ceux de leur propre époque), une distance qui évite l’adhésion niaise, mais qui ne doit pas non plus être d’emblée hostile (sans quoi il n’y aura pas d’échange possible avec l’auteur dont on aborde la lecture). Je recommanderais particulièrement la lecture d’écrivains oubliés – comme par exemple Romain Rolland, qui fut quand même un de nos plus éminents prix Nobel – mais aussi de ceux qu’un ou deux siècles de modes successives ont condamnés à nos yeux et que l’on gagne à considérer avec un regard neuf à titre de pur exercice de « nettoyage intellectuel », pour se défaire en quelque manière des automatismes un peu convenus que l’opinion des générations récentes ont imprimé dans notre esprit. Parmi ces auteurs je citerais Châteaubriand, auquel je suis revenu par hasard il y a peu, à l’occasion d’une petite insomnie.

Le livre Le génie du christianisme est une œuvre dans laquelle notre époque peut très difficilement a priori trouver matière à penser. Nous n’avons semble-t-il rien à trouver chez cet écrivain qui fut un des pères de la restauration catholique et monarchique en France au XIXe siècle, rien de commun avec son monde où l’on traite les Indiens d’Amérique comme des sauvages, où l’on se complaît à verser les larmes « les plus pures » sur des gestes héroïques, où il faut à tout prix défendre le rôle de la religion, et des institutions anciennes. Et l’on se doute bien que le plaidoyer qu’il va développer en ce sens n’aura rien d’ « objectif » ni rien de convaincant pour qui ne partage pas les prémisses de sa démarche. Hé bien c’est précisément parce que ce point de vue là nous est inaccessible, qu’il nous faut aller le chercher et prendre la peine de l’explorer par delà les premières difficultés.

Je trouve personnellement deux points forts à ce livre. Le premier est qu’il nous fait réfléchir à la singularité de ce sentiment inventé par le christianisme que l’on appelle « la charité » et qui est une façon très particulière de traiter l’autre. Châteaubriand, qui écrit à un moment où les entreprises de conversion de la France (et donc du monde) à l’athéisme, sont très vivaces, connaît parfaitement toute l’ironie dont on a accablé ce sentiment. Il n’en juge pas moins possible d’en conduire la « réhabilitation » si l’on peut dire, en tentant de comprendre ce que serait l’humanité si ce sentiment n’avait pas été apporté par le christianisme.

Pour l’auteur du Génie du Christianisme, sans la charité chrétienne (et les institutions comme les monastères, les hôpitaux etc qui en garantirent la possibilité) non seulement l’empire romain eut sombré dans la barbarie intérieure (celle qui faisait massacrer des milliers d’hommes et de femmes dans les arènes par exemple) et eût été incapable de préserver son héritage artistique, mais encore il eût été finalement submergé par des tribus germaniques elles-mêmes beaucoup plus violentes qu’elles ne l’ont souvent été grâce à la modération du christianisme (car selon Châteaubriand, les Goths notamment eussent été incapables d’instaurer des royaumes stables s’ils n’avaient été initiés aux valeurs chrétiennes). Cette charité encore aurait aussi selon Châteaubriand joué un rôle positif car modérateur dans les entreprises coloniales des Européens, en prenant en charge par exemple la détresse de beaucoup d’esclaves, tout en offrant aux peuples colonisés des chances de s’élever à une certaine hauteur morale (Châteaubriand va même jusqu’à voir un bienfait du christianisme dans l’apparition de l’Islam, qu’il considère comme une rejeton de la foi catholique, une vision qui, à ma connaissance, n’était pas si répandue dans l’esprit de son époque).

Décortiquons sous un regard critique toutes ces affirmations. Bien sûr les historiens depuis trois ou quatre générations nous ont appris à ne pas croire un mot de la « barbarie polythéiste » ni celle des Romains, ni celle des Germains, encore moins celle des peuples colonisés par les Européens à partir du XVe siècle. Et c’est pour cela d’ailleurs que l’on a demandé à l’Eglise de faire acte de « repentance » pour sa part dans la légitimation du colonialisme et l’accomplissement de ses crimes. Châteaubriand même s’il vit à une époque où le colonialisme a plus de légitimité qu’aujourd’hui n’ignore pas qu’on peut avoir un regard « positif » sur le polythéisme sur le polythéisme romain (il écrit d’ailleurs explicitement en réaction contre les révolutionnaires français qui ont fait de l’ancienne Rome leur modèle) et peut deviner que la réhabilitation de la vieille civilisation latine contre sa conversion a christianisme peut aussi s’appliquer aux peuples colonisés : en revalorisant leur histoire on peut aisément, comme pour Rome, montrer que le christianisme, en tant qu’il a détruit leur culture, leur a fait autant de mal que l’empire romain.

Mais pour sa défense du christianisme, Châteaubriand raisonne autrement que nous ne le ferions spontanément. Il raisonne à partir de l’individu, et, dans cette mesure, se montre peut-être plus philosophe que sociologue ou qu’historien au sens contemporain du mot, plus proche de Platon que de Braudel. Il reprend à la lettre un mot de Voltaire qui dit que le stoïcisme n’a produit qu’un Epictète quand le christianisme en a engendré des milliers qui n’étaient même pas conscients de leur vertu. Le christianisme a éveillé un certain nombre d’individus à une dimension supérieure de leur rapport à eux-mêmes et à autrui (la charité) et ces individus ont fait de même autour d’eux, élevant dans ce mouvement l’ensemble de l’humanité, ou du moins, l’empêchant de tomber extrêmement bas (Châteaubriand va même très loin en estimant que sans la conversion de Rome au christianisme, l’humanité n’aurait plus été peuplée, au bout de quelques siècles que par quelques individus misérables – laissant d’ailleurs de côté la question de la dynamique démographique des autres continents, comme si le polythéisme chez eux aussi avait entraîné un irrémédiable déclin de l’espèce, mais Châteaubriand ne prend pas la peine de se demander pourquoi).

C’est à cette valorisation du rôle des conversions individuelles que sert l’évocation abondante par l’auteur des cas de missionnaires qui par des actions héroïques, en Amérique, en Afrique, en Asie, ont adouci l’impact de la violence coloniale, mais aussi, par leur exemple même, livrant leurs corps aux haches et aux flèches, ont ouvert aux peuples de ces continents un chemin, la possibilité de s’élever moralement comme eux-mêmes l’ont fait.

Bien sûr je ne crois pas du tout qu’on puisse suivre Châteaubriand dans toute sa démonstration, dans la mesure notamment où il existe une morale immanente commune à toute l’humanité, athée, polythéiste, monothéiste (je renvoie là-dessus aux mentions de Dawkins dans « Pour en finir avec Dieu ») qui relativise l’apport chrétien en la matière. Mais il est vrai que le relativisme qu’on peut opposer à Châteaubriand a lui-même ses limites, et qu’un philosophe notamment ne peut pas être insensible à cette idée forte que le christianisme a produit des stoïciens qui s’ignoraient dont le rôle dans les progrès moraux de l’humanité ont pu s’avérer tout à fait considérables. Pour désenclaver Châteaubriand de l’occidentalocentrisme de son époque, on pourrait même dire que toutes sortes de courants religieux ou philosophiques dans beaucoup de sociétés ont élevé l’humanité (le bouddhisme, le soufisme, parfois certaines spiritualités dans des univers polythéistes particuliers) autour d’eux (en petit nombre ou massivement), et que l’apport de ces mouvements ne peut pas être minoré dans un scepticisme général (d’ailleurs souvent teinté d’un hédonisme plus ou moins assumé). Comment valoriser à juste proportion l’apport de ces courants (et notamment celui du christianisme qui a eu finalement une plus grande influence politique et économique que tous les autres dans la séquence allant du XVe au XXe siècle) sans naïveté et sans négliger leurs effets négatifs par ailleurs voilà une grande et difficile question. Beaucoup d’exemples que cite Châteaubriand ne sont pas anecdotiques et invitent à une très longue réflexion. Je pense ici au traitement de l’enfance. Peut-être instruit par Rousseau, Châteaubriand cite deux ou trois fois des cas de maltraitance (et c’est un euphémisme) des enfants. Il rappelle avec quelle cruauté l’enfance à Rome pouvait être exploitée, et humiliée et tout ce que les orphelinats chrétiens ont pu apporter à la vision-même de cette humanité en devenir. Même chose pour les femmes miséreuses vouées à louer leur sexe pour survivre et quelle dignité leur rendait (et par là même rendait à l’ensemble de leur genre) les institutions chrétiennes qui leur ouvraient leurs portes, les transformant ensuite éventuellement en bonnes sœurs qui à leur tour pouvaient prendre soin des miséreux et des malades et distribuer de la dignité autour d’eux… Un phénomène important quand on songe à la recrudescence actuelle de la prostitution dans un monde où l’inégalité économique bat tous les records.

Bien sûr le rationalisme répliquera que tous ces bienfaits ont eu leur revers car, tout en comblant de « dignité » les individus, la religion les asservissait à des dogmes qui ensuite limitait leur potentiel de développement intellectuel et spirituel, et qu’en ce sens il est heureux que des événements comme la Révolution française aient malmené les institutions chrétiennes pour ouvrir la voie à une possible moralité agnostique ou athée plus féconde qu’une moralité adossée à des dogmes. Encore une fois mon propos n’est pas de suivre Châteaubriand dans toutes les conséquences réactionnaires de sa démonstrations, mais seulement de souligner combien son récit permet de « revisiter » des problématiques avec un regard neuf, et sans aucun doute la problématique de l’apport du catholicisme au regard de ce qu’il l’avait précédé est tout à fait capitale pour la compréhension de l’histoire de notre espèce.

Le second intérêt du livre de Châteaubriand, plus ponctuel, moins universel, mais tout de même appréciable est de nous replonger dans l’expérience maintenant oubliée dans notre pays, de la conquête de l’Amérique du Nord par la France. L’auteur qui s’est personnellement frotté au mode de vie de ses compatriotes du Québec et de Louisiane, résume en outre (ou parfois recopie) des passages d’historiens jésuites qui restituent des moments intéressants de cette expérience collective à laquelle la vente de nos possessions nord-américaines a mis fin. On apprend notamment avec amusement que les Hurons, alliés des Français, pouvaient être considérés comme des « athéniens », les Iroquois, alliés des Anglais, comme des « spartiates », le genre d’assertion qui en dit sans doute davantage sur la formation académique de l’auteur que sur la réalité des peuples, mais qui n’est peut-être pas malgré tout à cent pour cent dépourvue de pertinence.

CC


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