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"In the dark places of wisdom" de Peter Kingsley

8 Février 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

pythAu Royaume Uni, on peut être universitaire et druide sans le cacher. On peut aussi être universitaire et prendre au sérieux le mysticisme des philosophes pré-socratiques sans chercher à le "rationnaliser" au prix d'anachronismes comme on le fait chez nous.

 

C'est le cas de Peter Kingsley, avec un projet ouvertement spirituel : restituer la religiosité des premiers philosophes grecs pour rendre justice aux racines culturelles de l'Europe, mais aussi pour nous aider à trouver ce qu'il y a de spirituel en nous (un mot bien obscure et bien compliqué il est vrai) sans forcément faire des détours par le Japon ou le Tibet.

 

L'oeuvre séduit par son didactisme, sa sincérité et sa force de conviction. Elle plait aussi par son talent narratif. Quand j'étais à Marseille l'an dernier, je cherchais sur la façade de la bourse de commerce le phoque au pied de Pythéas (un Pythéas en pantalons comme Pythagore). Je trouve sous la plume de Kingsley un art de raconter le destin de la cité des phoques, Phocée, que je n'avais jamais trouvé ailleurs (l'histoire de cette population qui fuit le siège perse et suit l'oracle de Delphes pour choisir du lieu de sa nouvelle colonie - un lieu fixé au départ en Corse). Une clarté dans la démonstration du fait que la Perse et l'Egypte, et même l'Inde étaient déjà dans le temple d'Héra à Samos (comme les paons et les ex-voto venus d'Orient) dès 530 avant notre ère, du fait que le père de Pythagore ciseleur de pierres précieuses avait nécessairement voyagé en Orient avec son fils etc.

 

Kingsley a une façon très inspirée de restituer la valeur symbolique des récits traditionnels. Par exemple celui qui nous révèle comment les Phocéens s'étaient trompés quand ils ont compris que l'oracle de Delphes leur demandait de fonder leur cité en Corse (Cyrnus), et comment un étranger de Posidonia leur avait ensuite expliqué que l'oracle voulait dire une cité "pour" Cyrnus, le héros fils d'Héraklès (ce qui allait les conduire à fonder Velia/Elée en Italie). Kingsley ne se contente pas de préciser que "en" et "pour" étaient des prépositions absentes de la langue grecque, laquelle se prête tout le temps aux doubles sens, mais il ajoute que le divin est par essence pour les Grecs de ce temps là le lieu de la difficulté. Par conséquent que les oracles soient obscurs ou "misleading" est dans l'ordre des choses... La remarque n'est pas d'un simple intérêt historique pour comprendre les Grecs. Elle l'est d'un point de vue anthropologique pour savoir que, si l'on veut comprendre spirituellement les histoires spirituelles, il ne faut pas s'attendre à quoi que ce soit de facile. Tout le propos de Kingsley, en permanence, est d'ailleurs de n'utiliser les Grecs que pour sortir des Grecs, et parler de toute l'humanité (les racines de l'Occident, qui aujourd'hui inspire le monde entier, mais aussi nous au 21 ème siècle, les Chinois d'il y a 2 000 ans - quand il remarque que le serment des Phocéens de ne pas rentrer chez eux tant que le fer ne flotte pas sur l'eau ressemble aux vers de poêmes chinois qui utilisent la même métaphore etc).

 

Le récit de la fondation de Velia vient d'Hérodote. Hérodote était selon ses contemporains sous l'inspiration divine (p. 26), dit Kingsley. Sans doute l'auteur va-t-il un peu trop loin quand il pousse le relativisme jusqu'à placer le géocentrisme antique et l'héliocentrisme actuel sur un même plan. Il a raison cependant de dire que si le thème de l'étranger qui sauve est fréquent dans beaucoup d'histoires, peu importe qu'il soit vrai ou faux dans celle des Phocéens : c'était une possibilité très présente dans la vie des gens, et notamment en Italie du Sud où les étrangers "sages" qui aidaient à démêler le sens obscur des oracles étaient des pythagoriciens. Ces gens étaient aussi présents dans la vie des fondateurs de colonies que l'oracle de Delphes. Donc dans le cas ponctuel, la probabilité qu'un tel homme ait existé, et que les choses se soient passées ainsi est grande (beaucoup de trouvailles archéologiques aujourd'hui viennent confirmer Hérodote).

 

Les oracles, note Kingsley, sont par définition en partie obscures, parce que celui qui décide de les suivre vit nécessairement dans le danger, refuse le confort. Le héros, dit-il, comme Héraclès, est le modèle à imiter (comme l'imitatio christi chez les chrétiens) : son parcours initiatique doit être suivi.

 

parmenide.jpgL'histoire de la fondation de Velia (Elée) par les Phocéens est fondamentale pour introduire le personnage central du livre de Kingsley : Parménide, né à Velia (Elée), qu'on dit l'inventeur de la métaphysique et de la logique. Depuis mes vingt ans, j'entends dire que Platon a commis un "meurtre du père" en reniant l'aphorisme de son maître Parménide selon lequel "le non-être n'est pas". Cette formule est opaque. J'ai tendance à y comprendre que Platon a introduit le "mélange" dans l'ordre de l'Etre qui explique que les Idées se corrompent en simulacres, et perdent leur idéalité. Cela évoque aussi le "pouvoir de néantisation" chez Sartre, mais j'ai bien conscience que "le non-être n'est pas" reste une formule mystérieuse. Je suis donc prêt à m'instruire auprès des lumières de Kingsley.

 

Kingsley ne croit pas à la fiction d'un Parménide qui, selon Platon dans son livre éponyme, aurait rencontré Socrate à 65 ans ce qui le ferait naitre en 520 (thèse qu'accepte Wikipedia), et suit plutôt la tradition qui en fait un des premiers colons d'Elée. Pour rétablir "ce qui a été tué" dans le parricide commis par Platon, il part du grand poême de ce philosophe "De la nature", qui raconte un voyage chez une déesse, qui n'est pas, comme on le prétend, un voyage "vers la lumière", mais vers l'obscurité...

 

Des femmes voilées, filles du Soleil, venues du pays des dieux emmènent Parménide vers la déesse, vers sa mort selon Kingsley. La présence de la déesse Justice qui normalement se tient au seuil des enfers, la phrase d'accueil de la déesse, semblable à celle qu'entend Héraclès aux enfers, la main droite tendue (p. 63) dans l'esprit orphique. La sagesse sort de la mort, de la mort à soi-même aussi pour chercher loin en soi.Pour les Orientaux, comme pour les Occidentaux, le soleil vient du monde souterrain et y retourne, c'est sa maison, la lumière vient des ténèbres où les contraires se réconcilient. Les Pythagoriciens, qui cherchaient à vivre près des volcans, pensaient de même en suivant la tradition orphique. Le volcan produit la lumière des ténèbres. Platon a récupéré Pythagore en ne gardant que le vrai, le bon et le beau en oubliant la descente dans les ténèbres. "Le problème c'est que quand le divin est soustrait aux profondeurs, nous perdons nos profondeurs" ("The trouble is that when the divine is removed from the depths we lose our depths") remarque Kingsley (p. 70).

 

La déesse appelle Parménide "kouros", jeune homme, ce qui n'est jamais un terme méprisant en grec, cela désigne l'homme noble qui a encore un défi dans la vie, c'est aussi la condition de l'homme qui, dans l'initiation, perd son passé et redevient enfant.  La plupart des dieyx et déesses sont kourotrophos : ils nourrissent l'enfant en nous.

 

Pour expliquer ce poême, Kingsley a fait un détour par les trois socles des statues trouvées à Elée (Velia) dédiés à des époques différentes au guérisseur Oulis, qui semblent correspondre à une dynastie de guérisseurs dédiés à Apollon Oulios (le guérisseur destructeur), un nom qu'on ne retrouve que dans une autre colonie de Phocée : Marseille.L'autre mot qui revient sur ces trois socles est "phôlarchos", qui ne figure nulle part dans la littérature grecque et qui est peut etre propre à Elée. Il signifie "seigneur du repaire", ce que Kingsley interprète comme "maître de l'incubation", cette technique de guérison qui consistait à s'isoler dans un repaire/sanctuaire nu, sans bouger, en attendant l'apparition du dieu. Tout cela sous le patronage d'Apollon. A Istria, ville sur la Mer noire fondée par Milet (protégée par Apollon), on a retrouvé une dédicace à Apollon Phôleutêrios ("Apollon qui se cache dans le repaire"). Oulis et Pholeus sont des notions cariennes (la Carie est la region voisine de Milet). En Anatolie occidentale, Apollon était tout sauf un dieu clair et lumineux, ses temples étaient à l'entrée de cavernes, et ce fut aussi le cas à Rome où les Grecs l'introduisirent. Dans son temple on incubait la nuit. Et c'est pourquoi à titre initiatique on associa Apollon au soleil en Anatolie : parce que les deux venaient du sous-sol. Plutarque eut tort, selon Kingsley, de dire qu'Apollon et la nuit n'ont rien en commun. Orphée est allé aux enfers par l'incantation et l'incubation, et il y a vu Apollon s'accoupler à Perséphone. C'est normal, remarque Kingsley : ne peut guérir que celui qui connaît la limite de la guérison : la mort.

 

La déesse que Parménide ne nomme pas dans son poême, c'est Perséphone, comme Orphée, comme Hérakles avant lui. Les Grecs souvent évitaient de nommer leurs dieux. Les noms ont la vibration de l'être. Perséphone était la déesse par essence d'Elée comme Athéna à Athènes. Le premier temple de Déméter et Perséphone à Rome au début du Vème siècle av JC a été fondé sur le modèle grec, et sous l'influence des éléates et des massiliotes. Perséphone dans le sud de l'Italie prenait le relais de vieilles déesses de la terre, et allait ensuite voir son culte prolongé dans celui de la Vierge Marie.

 

Les médiums en Grèce s'appelaient Iatromantis (qui est aussi un des épithètes d'Apollon). Ils avaient pour soigner des techniques de chant, de contrôle du souffle, ils travaillaient sur les rêves (ceux qui ne sont ni de veille, ni de sommeil mais entre les deux) qui venaient dans l'incubation. Entrer en transe se disait, en grec "être pris par Apollon". A la différence de celle de Dionysos, la transe d'Apollon était privée, solitaire, et silencieuse. Ceux qui s'y adonnent s'appelaient en Grèce comme en Mongolie des "marcheurs du ciel". Ces Iatromantis se trouvaient dans des villes comme Phocée, Samos et leurs colonies habituées aux aventures maritimes, et aux échanges avec l'Orient qui les influençait.

 

La poésie de Parménide est subtile, elle innove sur certains point par rapport à la métrique classique, elle est musicale, elle use d'un certain humour, du double sens, mais aussi beaucoup de répétitions de mots simples (par exemple "transporter") à titre incantatoire, c'est-à-dire pour faire entrer le lecteur dans l'état d'esprit de son voyage. Notre refus de la simplicité et de la naïveté qu'implique notre condamnation moderne de la répétition des mots, estime Kingsley, est un symptôme de notre besoin permanent de sophistication, de remplacer un item culturel ou matériel par un autre, de rechercher du compliqué, et de l'artificiellement compliqué, pour échapper à nous-mêmes.

 

Il faut apprendre à faire le silence en soi (Pythagore enseignait seulement à ceux qui avaient opté pour le silence pendants des années). Dans le char des filles du soleil il n'y a aucun bruit sauf celui des essieux  - Parménide utilise bizarrement le mot "tube"(syrinx) - , auquel font écho les axes (syrinx) des gonds des grandes portes des enfers. Syrinx est aussi une flûte grecque. Les expériences d'incubation sont souvent accompagnées de sentiment de mouvement circulaire et de sifflement de flûte. En Inde l'entrée dans le samâdhi qui précède la kundalinî est aussi décrite comm un mouvement tournant. Un papyrus égyptien de l'époque romaine écrit en grec sur l'accès à l'immortalité recommande de produire le son du syrinx. Ce sifflement incite au silence et c'est le sifflement des étoiles (l'harmonie des sphères que Pythagore a entendues dans le silence). Le soleil aussi est parfois représenté avec un tube qui pour Kingsley est un syrinx (Jean-Loïc Le Quellec dans son dernier livre contre Jung raille les erreurs de ce dernier à ce sujet). Un hymne orphique appelle le soleil syriktês.Syrigmos est aussi le sifflement du serpent d'Apollon qui suit aussi Asclépios, et le nom du dernier acte des fêtes de Delpes quand Apollon vainqueur du serpent célèbre sa victoire en jouant du syrinx.

 

Sur une statue en 1962 à Elée, le socle d'une statue sans tête avec le serpent montant le long d'un drapé d'Esculape disait "Parméneide, fils de Pyres Ouliadês Physikos". Parméneide au lieu de Parménide est une forme u'un manuscrit avait légué du nom de Parménide et qui semble plus correcte. Pyres est un nom rare mais connu à Milet. Parménide était donc fils d'un iatromantis. Physikos désigne celui qui s'intéresse aux origines de la nature de l'univers, mais aussi l'essence des choses, la racine, le coeur des choses, ce qui était le propre de tous les premiers philosophes, avant qu'Hippocrate ne sépare la médecine de la philosophie, et des philosophes qui étaient leurs concurrents sur un terrain pratique (p. 143). Il est donc normal qu'il y ait dans le poême de Parménide des passages sur la sexualité et le développement du foetus. Ces passages cependant figurent dans la partie du poème où la déesse considère la naissance, la vie et la mort comme des illusions (ce qui ne veut pas dire qu'il faut les ignorer, car quand on oublie de prendre les illusions au sérieux elles deviennent réelles, nous dit Kingsley).

 

Physikos, c'est mieux que "oulis". Cela le plaçait en héros fondateur d'une lignée de guérisseurs (il n'y avait pas de date avec son nom, il était le zéro de la lignée). Zénon son successeur fut son fils adoptif (l'adoption était un geste religieux fréquent en Carie). A Cos, au large de la Carie, dans l'école d'Hippocrate (Asklépiadês, comme Parménide est Ouliadês), les maîtres adoptaient leur disciple, et cet aspect comptait aussi pour les pythagoriciens parce qu'il ne s'agissait pas d'inculquer des dogmes (il n'y en avait pas dans la doctrine de Pythagore) mais de prendre complètement en charge la vie d'une disciple comme son père. On intégrait la secte comme une nouvelle famille, à la fois personnelle et impersonnelle (puisque chacun n'était que le visage de l'au-delà - Pythagore n'était jamais appelé par son nom par exemple), où l'on était à la fois encadré et libre. Le sens de parricide dans Platon (qui écrit "Père Parménide" dans un dialogue avec un Eléate qui prétend le tuer), prend un sens très spécial. Comme lorsqu'il dénigre Zénon comme "l'amant" à la belle allure de Parménide, il veut capter l'héritage pour lui et se poser en successeur de Parménide contre Zénon d'Elée. Toute son oeuvre est remplie de ce genre d'humour pour imposer ses propres idées. Le mythe qu'il crée d'un Xénophane professeur de Parménide est tout aussi farfelu, même si déjà Aristote commença à y croire.

 

Le véritable professeur de Parménide, Ameinas, était un oulis, qui eut son temple de héros, et son lieu d'incubation (le héros pouvant guérir par ses apparitions), et qui lui "enseigna le calme". Zénon, lui, n'aimait pas le prétentieuse Athènes, dont la propagande a fini par écraser le souvenir d'Elée (dépeinte par lui comme une cité pauvre et humble) et de Phocée.

 

Beaucoup disent que Parménide donna à Elée ses lois. Les prêtres d'Apollon à Milet étaient aussi des législateurs (p. 205).Sur ce point Platon dans les Lois s'inspire du modèle pythagoricien d'Italie du Sud. Le législateur pour lui est un philosophe qui attend la réponse divine sous forme d'apparition (comme dans l'incubation). Platon ajoute que les législateurs-philosophes doivent être encadrés par une groupe qui médite sur les origines des lois, les "assemblées de nuit" ("Il ne paraît pas séant pour le législateur de multiplier les petites prescriptions de détail relatives à l'administration domestique et à tous les autres objets semblables auxquels doivent veiller la nuit ceux qui sont chargés de garder continuellement et exactement toutes les parties de la cité. ...Des magistrats qui veillent la nuit dans les États sont redoutables aux méchants, ennemis ou citoyens, ils sont vénérés et estimés par les hommes justes et sages, et sont utiles à eux-mêmes et à tout l'état. - livre VII, chap 13). Sa justification de ces assemblées par Platon procèderait selon Peter Kingsley d'une rationalisation. Il faudrait la rapprocher plutôt du rôle de veilleur de nuit qu'Orphée s'attribue comme prêtre d'Apollon dans ses chants, les premiers rayons du soleil pouvant porter une sagesse divine. Orphée aux Enfers rencontre la déesse Justice, dont le père s'appelle Loi, et la déesse Nuit. Epiménide, le chamane crétois surnommé kouros qui après avoir dormi dans une caverne guérit Athènes de la lèpre lui donna de bonnes lois pour la guérir. Le "kouros" (jeune homme) qui voyage aux enfers, l'emporte sur le temps, et donne ses lois à la Cité est le fatâ du monde arabe et le javânmard de Perse (deux mots qui signifient aussi jeune homme et portent le même sens mystique, sans doute, selon Kingsley, par la diffusion de l'alchimie gréco-égyptienne depuis Alexandrie).

 

La mort de Zénon le successeur de Parménide, quelles qu'en soient les versions, est violente et comprise comme une sorte d'épreuve du feu, pour "purifier l'héritage". Les morts de pythagoriciens le sont souvent aussi (dans des résistances à des tyranies par exemple). L'archéologie semble révéler qu'il mourut à cause d'un trafic d'armes pour libérer une petite île au large de la Sicile de la menace athénienne. Il s'agit maintenant en quelque sorte de "désa-athéniser" notre point de vue sur les origines de la philosophie.

 

Il y a un an moins dix jours, j'ai rencontré un médium qui fut capable de me dire la date de la mort de mon grand père et d'autres détails de mon enfance sans me connaître en disant parler "au nom des esprits". Je prépare en ce moment un livre là-dessus. Ce médium m'avait été présenté par une Provençale intéressée par le pythagorisme. Sous son influence et celle de coïncidences qui sans doute ne sont pas survenues par hasard, j'ai découvert bien des choses sur le pythagorisme antique, sur le pythagorisme du navigateur Pythéas de Marseille par exemple, le découvreur de l'influence de la Lune sur les marées. J'ai rencontré d'autres médiums depuis lors (je note que chez Kinsley il existe bien des idées que j'ai entendues dans la bouche de ces médiums par exemple celle selon laquelle les êtres de l'au-delà ont besoin de fournir beaucoup d'efforts pour parvenir à nous parler - p. 164).

 

L'an dernier aussi la lecture d'Alexandra David-Néel (de son voyage initiatique à Lhassa), m'a fait éprouver le caractère très authentique de la spiritualité tibétaine. A n'en pas douter le Tibet comme l'Egypte furent des grandes sources de manifestations de l'au-delà en ce monde. On sait quelle fusion intéressante les Ptolémées permirent entre mystères grecs et religion égyptienne. Mais le fond grec ne doit pas être négligé non plus. Je retrouve chez Peter Kingsley deux notions auxquelles je tiens depuis un certain temps : 1) le fondement des croyances et des religions, ce sont des expériences qui s'imposent aux hommes, des expériences qu'on ne peut pas légitimement révoquer en doute en les traitant avec un mépris intellectuel, et desquelles il faut partir pour comprendre le reste ; 2) l'Occident dans son dialogue avec l'Orient doit retrouver ses propres racines spirituelles en dehors des seules religions monothéistes (que ce soit à travers les présocratiques, l'isisme, les cultes celtes éventuellement quoique ceux-ci soient moins présents dans notre imaginaire que le fond gréco-romain).

 

Kingsley dans la très belle interview ci-dessous raconte comment dans les années 1990, ses intuitions sur Parménide lui sont venus d'un livre d'un poête soufi persan qui parlait des pré-socratiques et lui est littéralement "tombé dessus". Comme lui j'ai tendance à penser qu'il n'y a pas de réel hasard quand ce genre de chose arrive.

 

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La théologie d'Empédocle selon Catherine Rowett

28 Janvier 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

empedocle.jpgJ'apprécie les chercheurs qui tentent de sortir du rationalisme étroit et de retrouver, quand ils se penchent sur les présocratiques, leur véritable inspiration d'origine. C'est le cas de Catherine Rowett, de l'université d'East Anglia. On peut lire sur Academia.edu son essai intéressant sur Empédocle (le poête-philosophe-chamane du Ve siècle av JC), qui montre que les forces qui peuplent le monde d'Empédocle sont des forces personnelles, dotées d'une volonté propre. Il n'y a pas d'entité inerte dans ce monde là, ni impersonnelle. Ainsi la description des quatre éléments comme des dieux ou des "daimons" n'est pas qu'une fantaisie poétique chez ce philosophe. Les éléments intertes, nous dit Catherine Rowett, appartiennent à l'ontologie post-aristotélicienne, et c'est parce qu'au contraire toutes les composantes de l'univers sont des êtres dotés de volonté et de désirs que leur action peut changer à tout moment.

 

Quand Empédocle dit (fragment B6) que les quatre éléments sont Zeus Hera, Aidoneus et Nestis, il y eut  dès l'Antiquité (pseudo-Plutarque) des tentatives pour lier Zeus au feu, Héra à l'air, Aidoneus à la terre, et Nestis à l'eau et au sperme. Catherine Rowett, prenant le chemin de Peter Kingsley, veut bien rattacher Hera à la terre, Aidoneus (époux de Perséphone, assimilé à Hadès) et Nestis (la Perséphone sicilienne) à l'eau, ce qui donne en fait deux couples de dieux : le couple olympien et le couple infernal, des couples qui se réconcilient et se séparent périodiquement. A supposer même que Peter Kingsley se trompe dans l'attribution des éléments à chaque dieu, estime C. Rowett, l'idée des couples doit être retenue en lieu et place des éléments physiques, et donc ce sont des principes "maritaux" qui règlent la matière chez Empédocle. Ce qu'on retrouve dans l'anatomie de la chair et des os aux fragments B96 et B98. "I suggest that, for Empedocles, the roots really are pairs of gods, and the gods really are the roots of all things, and that the things that result from the marital union of these gods are also themselves gods and agents" dit clairement Catherine Rowett.

 

L'âge d'or est l'âge de Cypris (Aphrodite), celui d'avant les dieux mâles qui introduisirent la discorde.

 

"There was no God Ares for them, nor Cydoimos,
Nor was Zeus king, nor Cronos, nor Poseidon,
But Cypris was queen." (fragment 128-1-3 cité par Porphyre)

 

Par le travail de l'amour, le monde se réunifie en un seul dieu sphérique qui ne laisse rien hors de lui (Sphairos), ce dont on retrouvera des échos dans Xénophane, mais chez Parménide aussi il y avait un être sphérique. L'amour féminin, la lutte neutre, et le dieu sphérique unique masculin se succèdent suivant des périodes données.

 

Cette théologie des éléments dotés de personnalité est très éloignée du travail d'un Jean Bollack dont l'étude d'Empédocle restait dans le paradigme classique d'une séparation de la physique et du religieux.

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Shokuzai

18 Janvier 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Cinéma

Puisque nous en sommes à parler de cinéma, un mot sur la belle série de 2012 de Kiyoshi Kurosawa "Pénitence" (Shokuzai) dont certains aspects rappellent les romans de Murakami (l'interconnexion des histoires sur des plans invisibles, la présence des esprits, le fait qu'un bon acte d'une personne puisse puisse réparer et compenser le mauvais acte d'une autre etc).

 

La série est très bien servi par le premier rôle conféré à l'actrice Kyôko Koizumi qui est une sorte de Vanessa Paradis japonaise (chanteuse à succès dans les années 29170).

 

 
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La Grande Bellezza (2013)

14 Janvier 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Cinéma

Un film plein de charme...

 

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La foi en la réincarnation en Occident

21 Décembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

isis.jpgDans la mesure où beaucoup de vidéos sur Internet apportent des témoignages de médiums sur des visions de vies antérieures, il peut être intéressant d'effectuer une petite visite de quelques articles universitaires récents qui ont abordé ce sujet, afin de voir ce qu'ils en disent.

 

Dans son article "The Law of Karma: What is It? Does it Make Sense?" Gregory Bassham de l'université de Pennsylvanie rappelle que la théorie de la réincarnation en Asie est très différente de celle des platoniciens en ce sens que ceux-ci stipulent que les bons actes dans le cadre de la réincarnation sont censés améliorier l'âme, alors que le karma asiatique est seulement un système de récompenses instauré par l'ordre cosmique. Or la version platonicienne est clairement celle qui prévaut dans le New Age contemporain (et chez les médiums).

 

Lee Wee du College of Charleston  nous en propose l'historique dans son article Reincarnation: The Politics of the Psychonoetic Body in Western Esotericism. Selon une étude récente, note-t-il 90 % des Américains croient en des facultés paranormales de l'humanité, 72 % croient en une vie après la mort, et 24 % seulement en la réincarnation (ce qui est tout de même beaucoup), nombreux surtout parmi ceux qui croient aux phénomènes paranormaux. Lee Wee rappelle qu'en mars 1997, lors d'un Conseil pontifical pour la culture et le dialogue interreligieux à l'université grégorienne de Rome, le cardinal Paul Poupard avait attaqué la doctrine de la réincarnation comme une doctrine de l'irresponsabilité devant la mort, et le Christian Research Journal protestant en 1987 avait quant à lui critiqué la notion de préexistence des âmes à l'incarnation corporelle, en se fondant sur la Bible. Malgré tout,observe Lee Wee, la réincarnation garde une place dans les milieux chrétiens sous l'influence asiatique.

 

En Grèce la théorie de la métempsychose à l'origine vient des milieux orphiques. Et c'est dans cet univers-là que le thème de l'élévation de l'âme au dessus du "cercle de la nécessité", c'est-à-dire des réincarnations, a vu le jour (remplaçant la migration ds âmes vers l'Hadès ou vers l'éther). Platon dans le Ménon fait référence à un clergé qui aurait professé ces idées avant qu'elles ne soient intégrées aux vues philosophiques. Des sources grecques font référence à des figures semi-historiques comme Pherecyde de Syros (vers 550 av JC) qui auraient professé cette vision des choses, mais Pythagore vers 480 en est le promoteur le plus connu, ayant, selon Porphyre, attesté se souvenir de quatre de ses vies antérieures.Empédocle qui considérait Pythagore comme un homme-dieu, s'en souvenait aussi, et se considérait comme un daimon qui s'était réncarné parmi les hommes pour avoir suivi la mauvaise voie.

 

Si dans le Gorgias Platon conçoit les âmes vertueuses comme allant vers les îles de Bienheureux, dans le Ménon il parle du clergé et de Pindare qui croyaient en la réincarnation, ce qu'il reprend dans le Phédon. Le conte d'Er fils d'Armenius dans la République revêt de fortes connotations orphiques et présente la réincarnation comme un choix de l'âme. Le Phèdre décrit la combustion des âmes après la mort, et le Timée décrit la fabrication des âmes avant la naissance, et le but de sortir des réincarnations.

 

Cette doctrine n'est pas en soi incompatible avec les Evangiles remarque Lee Wee. La phrase de Jésus "Avant Abraham j'étais" (Jean 8:58) peut s'interpréter comme un aveu de réincarnation. Dans Mathieu 16:13-14 ses disciples avancent l'idée qu'il réincarne des prophètes, et lui-même nit de Jean Baptiste qu'il est "Elie venu à nouveau". Toutefois la venue du "Royaume de Dieu" n'a pas de rapport avec la réincarnation. Justin le Martyr, Clément d'Alexandrie, Origène son élève croyaient à la pré-existence platonicienne des âmes (doctrine combattue par Tertullien). Pour Origène le corps n'est même qu'un vêtement, et l'idée que Jean-Baptiste puisse réincarner Elie n'est pas à mépriser, mais refuse d'en faire un dogme. Saint Augustin lui l'exclut mais la rattache à son précédent engagement gnostique manichéen. La métempschose fut présente dans la répression des disciples d'Origène en 400, tandis que des monastères d'Alexandrie, Gaza et Beyrouth s'accrochaient à la notion panthéiste néoplatonicienne d'âme du monde et de réincarnation. L'empereur Justinien écrivit au patriarche de Constantinople qui convoqua un concile contre les origénistes en 532. Mais Justinien ratifia au second synode de 543 un second texte jugeant anathème la préexistence de l'âme, premier parmi huit autres sujets. Le pape Virgile après des hésitations le valida, mais cela suscita tant de résistance chez les évêques de Gaule et d'Afrique du Nord que Virgile abrogea cette option en 550 et Justinien le mit aux arrêts. Le second concile de Constantinople en 553 imposa le dogme du "une vie, une mort, un jugement" (au milieu de beaucoup d'autres débats, contre les monophysites notamment). D'autres conciles allaient devoir le rappeler, à Lyons en 1274, Florence en 1439. Les Pauliciens arméniens, les Bogomils bulgares, les cathares, les manichéens persans, les kabbalistes juifs, les druzes, allaouites et soufis musulmans allaient rester fidèles à la réincarnation. Le Corpus Hermeticum de 1464.

 

Rappelons aussi que le végétarisme est lié à la métempsychose chez Pythagore (donc Philolaos, puis probablement ensuite chez le sénateur-devin-astrologue Negidius Figulus, s'il  fut réellement néo-pythagoricien, puis Apollonios de Tyane, Jamblique, Porphyre). Plutarque de Chéronée, prêtre d'Apollon à Delphes, sans être sûr que la métempsychose existe, allait l'évoquer comme une raison possible du choix du végétarisme. Sénèque en se référant à Pythagore raisonne de même. A part cela on peut lire ce papier intéressant sur toutes les "preuves" possibles de la réincarnation et leur destin historique dans les différentes religions.

 

Si on veut revenir aux origines de la métempsychose en Occident, je trouve assez cohérente la démonstration d'ER Dodds (qui pourtant date un peu) selon laquelle celle-ci coïncide bien avec les pouvoirs de l'âme du chamane dont la spécificité est justement non pas de recevoir les esprits comme la Pythie de Delphes, mais de pouvoir "bouger" d'un endroit à l'autre (bi-localisation), d'un corps à l'autre etc. Qu'une chamane hérite de l'âme d'un autre chamane est normal (et dans cette mesure il est logique que Jésus hérite de l'âme d'Elie). Pour ER Dodds l'orphisme c'est du chamanisme thrace venu du grand Nord, et le Pythagorisme le prolonge vers le Ouest comme Epiménide (celui qui purifia Athènes de la peste vers 600 av JC selon la légende) le prolongeait en Crète.

 

Après évidemment tout se complique si l'on considère comme R. Lachaud que l'Egypte aussi est chamanique (mais elle, sans réincarnation, ou alors seulement avec une réincarnation marginale).

 

Charles H. Kahn pour sa part en 1969 a réfuté l'hypothèse de Dodds en estimant qu'à ce moment là la réncarnation n'existait vraiment que dans les Upanishad hindoues, l'indianiste tchèque Dušan Zbavitel pour sa part allait trouver l'arrivée de la réincarnation dans la sphère hindoue aussi inexplicable que dans la sphère grecque.

 

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Nietzsche, Dionysos, Orphée et Pythagore

17 Novembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

nietzsch.jpgJe ne m'en doutais pas quand j'ai écrit mon livre "Individualité et subjectivité chez Nietzsche", mais c'est un article de Benjamin Biebuyck, Danny Praet et Isabelle Vanden Poel, "The Eternal Dionysus. The influence of Orphism Pythagoreanism and the Dionysian Mysteries on Nietzsche's Philosophy of Eternal Recurrence", qui me donne envie de creuser un peu ce point.

 

Les auteurs montrent que Nietzsche pensait que l'orphisme remontait à avant Homère, et qu'il voyait en lui un refus de la vie en raison de son attachement au principium individuationnis, aux abstractions et à l'au-delà. Il prête à l'orphisme un "dégoût de la vie" (Ekel am Dasein). De même Nietzsche n'aime pas Pythagore qu'il rattache à l'orphisme. Il ne valorise pas spécialement son attachement au retour des essences, doctrines qu'il attribue à Philolaos après la scission entre mathématiciens et acousmates. Pour lui, il y aurait quelque chose de "bouddhiste" chez Pythagore, qui, sans aller jusqu'à nier la volonté comme les bouddhistes, la tournerait contre la vie. Vers la fin de sa vie consciente, Nietzsche voit dans Pythagore la cause du refus de la vie platonicien.

 

dionysm-nade.jpg

Dionysos Zagreus est un apport des orphiques, mais ce n'est pas ce Dionysos-là que le philosophe valorise. Pour lui, le culte dionysien constitue une attaque aux frontières de la Grèce, contre laquelle l'hellénisme a dû mobiliser Apollon. Apollon acquiert ainsi sa pleine gloire et sauve Dionysos de la destruction, en faisant émerger une autre Dionysos. L'équilibre Dionysos-Apollon se serait concrétisé dans les mystères d'Eleusis. Les auteurs de l'article soulignent que la conception du temps chez Nietzsche a à voir avec le dépassement de la souffrance de l'individuation dans un acte de volonté. Contre Klossowski et contre Christian Kerslake, ils ne pensent pas que c'est la multiplicité des "soi" ni l'altérité en soi qui prime, puisque l'unicité de la volonté reste déterminante. Mais cette volonté était nécessairement aux antipodes de l'orphisme et du pythagorisme ascétique.

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La théophanie d'Isis dans l'Ane d'Or d'Apulée (livre XI)

13 Novembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

ISIS2"(XI, 3, 1) Après cette prière, accompagnée de lamentations à fendre le coeur, je retombai dans mon abattement, et, m'étant recouché, le sommeil vint de nouveau s'emparer de moi. (2) À peine avais-je fermé les yeux, que du sein des mers s'élève d'abord une face imposante à commander le respect aux dieux mêmes; puis un corps tout entier, resplendissant de la plus vive lumière. Cette auguste figure sort des flots, et se place devant moi. (3) Je veux essayer de tracer ici son image, autant qu'il est possible au langage humain. Peut-être l'inspiration divine viendra-t-elle féconder mon expression, et lui donner la couleur qui lui manque.

(4) Une épaisse et longue chevelure, partagée en boules gracieuses, flottait négligemment derrière le cou de la déesse. Une couronne de fleurs mêlées, placée au sommet de sa tête, venait des deux côtés se rejoindre sur son front à l'orbe d'une plaque circulaire en forme de miroir, dont la blanche clarté faisait reconnaître la lune. (5) Le long de ses tempes, régnait en guise de bandeau des vipères dressant la tête. Elle portait une robe du tissu le plus délié, dont la couleur changeante se nuançait tour à tour de blanc pâle, de jaune safrané, et du rose le plus vif; mais ce qui surprit le plus mes yeux, ce fut son manteau; il était du noir le plus brillant, et jeté, comme un bouclier, en travers de son dos, du flanc droit à l'épaule gauche. Un des bouts, garni des plus riches franges, retombait à plis nombreux.
ane d'or
(XI, 4, 1) Sur le fond du manteau se détachait un semis de brillantes étoiles, et dans le milieu se montrait une lune dans son plein, toute rayonnante de lumière. Les parties que l'oeil pouvait saisir de l'encadrement offraient une série continue de fleurs et de fruits entremêlés en guirlandes. (2) La déesse tenait dans ses mains différents attributs. Dans sa droite était un sistre d'airain, dont la lame étroite et courbée en forme de baudrier était traversée de trois petites baguettes, qui, touchées d'un même coup, rendaient un tintement aigu. (3) De sa main gauche pendait un vase d'or en forme de gondole, dont l'anse, à la partie saillante, était surmontée d'un aspic à la tête droite, au cou démesurément gonflé. Ses pieds divins étaient chaussés de sandales tissues de la feuille du palmier, arbre de la victoire. Dans cet imposant appareil, exhalant tous les parfums de l'Arabie, la divine apparition daigna m'honorer de ces paroles:

(XI, 5, 1) Je viens à toi, Lucius, émue par tes prières. Je suis la Nature, mère de toutes choses, maîtresse des éléments, principe originel des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, la première entre les habitants du ciel, type universel des dieux et des déesses. L'Empyrée et ses voûtes lumineuses, la mer et ses brises salubres, l'enfer et ses silencieux chaos, obéissent à mes lois: puissance unique adorée sous autant d'aspects, de formes, de cultes et de noms qu'il y a de peuples sur la terre. (2) Pour la race primitive des Phrygiens, je suis la déesse de Pessinonte et la mère des dieux; le peuple autochtone de l'Attique me nomme Minerve Cécropienne. Je suis Vénus Paphienne pour les insulaires de Chypre, Diane Dictynne pour les Crétois aux flèches inévitables. Dans les trois langues de Sicile, j'ai nom Proserpine Stygienne, Cérès Antique à Éleusis. (3) Les uns m'invoquent sous celui de Junon, les autres sous celui de Bellone. Je suis Hécate ici, là je suis Rhamnusie. Mais les peuples d'Éthiopie, de l'Ariane et de l'antique et docte Égypte, contrées que le soleil favorise de ses rayons naissants, seuls me rendent mon culte propre, et me donnent mon vrai nom de déesse Isis. (4) Sèche tes larmes, cesse tes plaintes; j'ai pitié de tes infortunes: je viens à toi favorable et propice. Bannis le noir chagrin; ma providence va faire naître pour toi le jour du salut. Prête donc à mes commandements une oreille attentive. (5) Le jour qui naîtra de cette nuit me fut consacré par la religion de tous les siècles. Ce jour, l'hiver aura fui avec ses tempêtes; le calme sera rendu aux flots agités, la mer redeviendra navigable. Et mes prêtres vont me faire offrande d'un vaisseau vierge encore du contact de l'onde, comme inauguration du commerce renaissant. Attends cette solennité d'un coeur confiant et d'une âme religieuse.

(XI, 6, 1) Au milieu de la marche, le grand prêtre tiendra par mon ordre une couronne de roses de la main qui porte le sistre. (2) Courage; va, sans hésiter, te faire jour à travers la foule, et te joindre à cette pompe solennelle. Tu t'approcheras du pontife comme si tu voulais lui baiser la main, et, prenant doucement les roses, soudain tu te verras dépouillé de l'odieuse enveloppe qui depuis si longtemps blesse mes yeux. (3) Point d'inquiétude sur l'exécution de mes ordres; car en ce moment même, et toute présente que je sois pour toi, mon pontife, pendant son sommeil, reçoit de moi des instructions sur ce qui reste à faire. (4) Par mon ordre, les flots pressés de la foule vont s'ouvrir devant toi. Ta grotesque figure, au milieu de cette solennité, n'effarouchera personne; nul ne trouvera étrange ou suspecte ta soudaine métamorphose. (5) Mais souviens-toi, et que cette pensée soit gravée au fond de ton coeur, que ce qui te reste de vie, jusqu'à ton dernier soupir, m'est désormais consacré. Rendus à l'humanité par mon bienfaisant pouvoir, tes jours m'appartiennent de droit. (6) Tu vivras heureux, tu vivras glorieux sous ma puissance tutélaire; et lorsqu'au terme prescrit tu descendras aux sombres bords, dans ce souterrain hémisphère, tu me retrouveras, moi que tu vois en ce moment, tu me retrouveras brillante au milieu de la nuit de l'Érèbe, tenant le Styx sous mes lois. Hôte des champs élyséens, tu continueras tes pieux hommages à ta divinité protectrice. (7) Apprends d'ailleurs que, si tu le mérites par ton culte assidu, ton entière dévotion, ta pureté inviolable, j'ai le pouvoir de prolonger tes jours au delà du temps fixé par les destins."

 


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Emission "Le Temps de le Dire" sur RCF

10 Novembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

Christophe Colera sera l'un des invités de l'émission "Le Temps de le Dire" de Stéphanie Gallet

 

Sur le thème de la pudeur

 

Mercredi prochain à 9 h 30

 

Sur RCF (Radios chrétiennes de France)

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Cité par le Nouvel Obs ("L'Obs") sur le "revenge porn"

30 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

revenge.jpgPour info, on trouvera ici mon interview sur le "Revenge Porn" qui est aussi citée sur divers sites comme Yahoo! et dans le numéro en version papier du Nouvel Observateur (nouvelle formule) cette semaine, dans l'article "Le triomphe des revanchards" de Séverine De Smet, avec un renvoi à mon livre "La nudité pratiques et significations" (Editions du Cygne).

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L'âne d'or d'Apulée

22 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

ane-d-or.jpgLe récit "Les Métamorphoses" ou "L'Âne d'or"  a été écrit par Apulée, un sophiste latin né en Afrique du Nord au deuxième siècle de l'ère chrétienne. Il est composé de onze livres et son personnage principal Lucius, jeune amateur de magie, curieux de tout, qui voyage depuis son pays natal Corinthe jusqu'en Thessalie. Il est métamorphosé en âne par erreur et suiit divers maîtres avant de retrouver sa forme humaine à l'aide de la déesse Isis et de s'établir comme un dévot et avocat à Rome. Saint Augustin son compatriote le qualifie de "philosophe platonicien" et il a composé au moins un traité sur Platon.

 

Comme l'explique le chercheur argentin Christian Pablo Fernández dans sa thèse soutenue à l'université catholique d'Argentine "El asno milesio. Estudio sobre el género literario de Las metamorfosis"c'est Pierre-Daniel Huet en 1670 qui le premier qualifia "L'âne d'or" de roman, dans sa préface à Zaigue de Mme de La Fayette, ce qui fut repris par F. Chassang en 1862 dans Histoire du  Roman et de ses rapports avec l’histoire dans l’antiquité grecque et latine, mais on peut se demander s'il faut parler de roman. L'ouvrage est en fait la seule oeuvre qui nous reste du genre "fable milésienne" créée par Aristide au Ier siècle (à la bataille de * selon Plutarque le général parthe Surena se moquait des Romains parce qu'un des soldats avait les Milesiaques dans ses bagages - les Milesiaques furent traduites en latin et sans doute un peu déformées par Sisena avant sa mort en 67 av JC). Les Milesiaques ont semble-t-il raconté diverses anecdotes autour de Milet, notamment des anecdotes sexuelles autour des hétaïres de cette ville, qui choquaient les moralistes (dont Plutarque).

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Le culte isiaque, résultat d'une réforme "par en haut"

20 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

DSCN5904On a déjà évoqué ici les diverses spéculations qui tournent autour de l'isisme de nos jours, sa présence historique probable aux origines du christianisme, l'attitude des autorités romaines à son égard (à partir de la mission diplomatique de Ptolémée II à Rome en 273 av JC) ...

 

Il est intéressant de noter que l'Isis gréco-romaine est le produit d'une réforme religieuse "par en haut", comme le montre le chercheur Nicola Spanu dans A Short description of the Isis and Osiris mystery cult in the Roman world paper presented at Department of Theology and Religion - University of Birmingham, 2009.

Le premier roi macédonien d'Egypte, Ptolémée Ier voulait réformer la religion égyptienne et la refonder selon le principe d'une hiérarchie des dieux des plus universelles aux patrons des villages ou des familles, dans le but de légitimer sa propre autorité sur l'Egypte. Afin de réaliser cette réforme à la fois de la religion grecque et de la religion égyptienne, il eut le recours à l'aide de Manéthon, prêtre égyptien, et de Timothée, un membre athénienne de la famille des Eumolpides, qui était l'une des familles de prêtres d'Eleusis qui dirigeaient les mystères sacrés.

 

Le noyau de leur théologie tournait autour d'une triade divine des dieux (parfois une tétrade) qui pourrait aussi être représentée comme une sorte de famille divine :
1) Le Père, appelé Sarapis, un cosmocrator règle transcendante et universelle de la terre, le ciel et Hadès, qui a été identifié à plusieurs dieux grecs tels que Pluton, Zeus, Dionysos, Asclépios, Adonis, de divinités égyptiennes telles que Ammon et d'Osiris, et même avec le Patriarche juif Joseph ;
2) La Mère divine identifiée aux déesses grecques Héra, Déméter, Aphrodite, Athéna, Artemis, et avec la déesse égyptienne Isis;
3) Le fils divin appelé par les Grecs Apollon, Hermès et Horus le jeune par le Egyptiens. Enfin, Isis a été traditionnellement associé à la divinité funéraire Anubis, le chien-dieu à tête, qui a accompagné la mort au cours de leur voyage outre-tombe.

 

De sorte que, lorsque les Romains ont découvert la religion Isiaque, ils n'ont pas eu en face d'eux un  culte étranger pur, mais une religion qui avait déjà fait l'objet d'un processus d'unification avec la religion grecque, qui était évidemment plus proche de la religion romaine que celle d'Egypte.  La force d'Isis et d'Osiris tenait certainement à sa caste sacerdotale, qui a réussi à se propager sa foi en Europe. Ces prêtres devaient être égyptiens, raser leur tête et porter des vêtements de lin.  Ils ne pouvaient pas manger de la nourriture humide, car  tout ce qui était associé à l'humidité était considéré par eux comme impur. Ils n'avaient pas le droit de manger certaines espèces de poissons et devaient respecter la plus stricte chasteté, surtout pendant les rites d'initiation.

Les fidèles devaient fournir la caste sacerdotale et payer leurs initiation. Au lever du soleil, les prêtres devaient purifier le temple avec de l'eau du Nil et allumaient le feu sacré, puis ouvraient le tabernacle d'Isis et Osiris, ouvraient le tabernacle des dieux et exposaient les dieux aux croyants; les statues des dieux étaient alors habillées avec leurs vêtements sacrés et rituellement adorées ; plus tard, ils ont été offerts les premiers fruits et faisaient des célébrations avec des danses et de la musique sacrée. Le service divin a été suivi à la fois par des prêtres et par le personnel auxiliaire. Au crépuscule, les dieux ont été préparés pour leur repos nocturne. La caste des prêtres comprenait le grand prêtre, les coniectores somniorum qui interprétaient les rêves de ceux qui dormaient dans le temple, les stolistai interprètes des visions et gardiens de la robe.  Puis il y avait les auxiliaires, porteurs d'images (pastophoroi), gardiens des textes, gardiens des temples.

Une importante cérémonie était le navigium isidis, quand  un navire sans pilote était consacré à la déesse et, après avoir été chargé de cadeaux votifs, glissait dans l'eau.  Cette cérémonie était réalisée chaque année le 5 Mars, au début de la saison du commerce maritime. Le temps le plus fort était celui de l'initiation. Isis apparaissait en rêve à celui qui devait être initié. L'initiation était une descente aux Enfers. Les degrés de l'initiation étaient successivement ceux qui permettaient de devenir Isis, puis Osiris, puis de s'unir à Osiris pour devenir pastophoros.

Les célébrations de la puissance et des vertus d'Isis connaissaient un vif succès dans l'ensemble du monde hellénistique. L'aretalogie de Maronée, qui a été écrite au 2ème siècle avant JC, décrit Isis en tant que fille de la Terre et de la femme de Sérapis (culte a été créé par Ptolémée Ier). Isis est celle qui a découvert les deux textes sacrés. Isis a établi la justice parmi les hommes, a donné à chaque nation une langue civilisée et identifié des rôles spécifiques pour les hommes et les femmes. Isidore, l'auteur des inscriptions du temple de Medinet Madi près du Fayoum (Ier siècle av JC), la présente comme celle qui par delà les différents noms que lui donnent les peuples (Astarte ou Artemis Nanaia chez les Syriens, Hera, Aphrodite, Hestia, Rea, chez les Grecs, Leto chez les Lyciens, Renenet chez les Egyptiens), Isis est le sauveur qui accorde sa grâce sur un homme et une femme qui souffre ou est en danger, comme les marins qui naviguent sur ​​la mer, dont elle est le patron (interprétations corroborées par Apulée).

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Une contextualisation du Kama-Sutra

19 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

La pinacothèque de Paris organisant une exposition sur le Kama-Sutra ce trimestre, on aurait envie de dire un mot de l'intéressant article de Shaji George Kochuthara du St. John's Medical College de Bangalore, "Kama without dharma ? Understanding the Ethics of Pleasure in Kama-Sutra" paru dans Journal of Dharma 34, 1 (Janvier-mars 2009), 69-95.

L'auteur rappelle que la sensualité est sacrée en Inde déjà dans les Upanishad où le monde est le résultat de l'union sexuelle  de Prajapati et où un Upanishad considère les genoux de la femme comme un autel de sacrifice, sa toison publienne comme une prairie cérémonielle etc. L'acte sexuel comme le sacrifice renforce (ce qui est aussi le cas dans la tradition chinoise avec le système d'échange du Yin et du Yang). Ce qui est plus affirmé encore dans le shivaïsme. Cela vise à la fois les dimensions procréative et hédoniste de la sexualité. Le tantrisme promeut l'élévation spirituelle à travers la valorisation de l'union des principes mâle et femelle (purusa-praktri ou sakti).

Comme le souligne Kouchuthara "L'amour ou la communion personels ne sont pas du tout le but. Le partenaire est plutôt principe mâle / femelle, un moyen d'atteindre la réalisation spirituelle. Ainsi, dans certaines sectes, la pratique de choisir indifféremment le partenaire du groupe pour le sexe était recommandée".

Comme l'arthasastra est la science de la puissance et de la richesse matérielles (un peu au dessus de l'amour, dans l'échelle des buts), le kamasastra est celle de l'amour.

Mallanga Vatsyayana explique au début du Kamasutra que la science du dharma fut compilée par Manu, celle de l'artha par Brhaspati, celle du Kama par Nandi. Il se donne lui même comme un compilateur qui vient après d'autres et pose sa science au delà des prescriptions des ascètes, comme certains traités de science politique se placent délibérément au delà de la vertu. Son traité fut vraisemblablement écrit au IIIe siècle.

Si Vatsyayana se présente comme un yogi pour légitimer son oeuvre, celle-ci n'a jamais été reconnue dans des canons religieux. Son livre s'adresse à des lettrés oisifs (car il faut beaucoup de temps pour préparer les techniques sexuelles). Il respecte le mariage dans ses buts conformes au dharma et à l'artha (donner un fils qui sacrifiera pour son père, assurer du bien être matériel), qu'il préconise d'accomplir l'acte sur la base de l'amour affectif (on est loin du tantrisme sur ce plan là), loin de la polygamie des gens très riches. La femme est respectée et Vatsyayana attend d'elle qu'elle maîtrise 64 arts. Mais Vatsyayana reconnaît aussi l'intérêt de fréquenter les courtisanes (ganikas, des prostituées lettrées qui utilisent l'amour pour développer leur artha).

Comme le souligne Kochuthara, le Kama-Sutra n'est pas un traité érotique, mais un traité sur les plaisirs variés qu'hommes et femmes peuvent partager. A la différence de beaucoup de traités contemporains, celui de Vatsyayana souligne l'intérêt de la douceur dans la relation sexuelle, refuse de prendre modèle sur la sexualité animale et beaucoup de ses recommandations sont validées par la sexologie moderne.

Dans la hiérarchie des buts (purusarthas), Vatsyayana situe le dharma (la conduite droite) dans la jeunesse et l'âge moyen pour se libérer (moksa) de la transmigration de l'âme et se situe sous le dharma à égalité avec l'artha. Il ne croit pas que la kama puisse être contraire au dharma, puisqu'il faut du bien être physique (avec une analogie sexualité-nourriture) pour être dans la juste voie. Mais il faut juste que la recherche du dharma, de l'aryha et du kama ne se fasse jamais au détriment d'un des deux autres. Cela suppose donc une mesure. Aussi dans son ambition scientifique le Kamasutra n'oublie pas de poser des prescriptions sociales pour échapper à une tyrannie des passions et bien limiter la portée de ses analyses : "Les techniques sexuelles ne doivent pas être utilisées en tous les temps et sur ​​toutes les femmes. La méthode doit être choisie en fonction de  la partie du corps, de la région, et du moment".

L'excellent article de Kochuthara permet ainsi de situer le génie spécifique de Vatsyayana, qui n'est pas tant d'avoir valorisé la sexualité (celle-ci l'était déjà dans la tradition indienne, sacrée comme profane), mais d'avoir mis l'accent, sous un angle très analytique, sur ce qu'elle peut produire au sein d'un couple éduqué, relativement égalitaire et soudé par des sentiments sincères.

En terminant la lecture de cet article, je ne peux m'empêcher de songer qu'au moment de la rédaction du Kama-Sutra (à un siècle près disons, mais sur l'histoire de longue durée c'est contemporain), en Occident sous la dynastie des Antonins l'aristocratie romaine elle aussi mettait en valeur, pour la première fois dans l'histoire de l'empire, le modèle d'un couple relativement monogame, et, quoique moins égalitaire que celui du Kama-Sutra, lui aussi lié par l'amour. Ce genre d'approche, qui a finalement été consacré par l'amour bourgeois du XIXe siècle "éclairé" par la révolution hédoniste du XXe siècle, n'est pas si fréquent dans l'histoire de l'humanité.

 

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Mythes contemporains autour de l'histoire de l'Ayurveda

17 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme, #Massages

ayurvedaEn 2011, Philipp A. Maas, de l'université de Vienne (Autriche) publiait un article intéressant dans le Horizons: Seoul Journal of Humanities 2,1 (2011), p. 1-14. intitulé "On the Position of Classical Āyurveda in South Asian Intellectual History According to Global Ayurveda and Modern Research" qui commençait ainsi : " Les représentants de l'Ayurveda global ont réussi à transformer l'Âyurveda, un ancien système médical autochtone de l'Asie du Sud, en un complément célèbre de la biomedicine occidentale. Ce succès commercial et promotionnel a été soutenu par un certain nombre d'affirmations caractéristiques concernant l'histoire de l'Âyurveda pré-moderne. L'Ayurveda New Age, par exemple, soutient que l'Âyurveda est vieux de plus de 5 000 ans, qu'il est à l'origine de la médecine humorale grecque, et qu'il est intrinsèquement connecté à la tradition spirituelle hindoue du yoga. D'un point de vue académique, ces demandes sont facilement réfutables, car ils contredisent les résultats bien connus de la recherche moderne en indologie."

Sur l'ancienneté de l'Āyurveda, Maas commence à rappeler que la première civilisation de l'Inde, celle de la vallée de l'Indus qui a commencé à décliner vers 1 900 av JC n'avait probablement rien à voir avec l'Ayurveda. C'en est donc déjà fait de l'ancienneté de "5000 ans" prêtée à cette médecine... Elle est aussi étrangères aux Vedas des envahisseurs indo-européens qui soignaient par des rituels magiques. L'Āyurveda est plutôt lié au mouvement de réforme religieuse mené par des guerriers, des ascètes, voire des femmes (et non des brahmanes) qui introduit des notions de cycles universels, de karma et de moyens éthiques d'améliorer sa réincarnation (mouvement dont naîtront le bouddhisme et le jaïnisme). Ce n'est qu'artificiellement que cette médecine née dans les milieux ascétiques s'est rattachée aux vedas (en empruntant d'ailleurs un nom sankrit qui signifie "science de la vie longue") pour se légitimer. Le texte médical complet le plus ancien qu'on possède de cette pratique est le Suvarṇaprabhāsasūtra traduit en chinois entre 416 et 421 de notre ère, mais ses formes les plus anciennes sont déjà à l'état de fragment dans le canon de Pali du bouddhisme Theravāda vers 400 av JC, de sorte qu'on pense que son texte a pu être fixé vers 200 av JC. L'autre grand texte de l'Āyurveda, le Carakasaṃhitā, est daté de 50 de notre ère.

Cette doctrine considère que le corps humain contient trois substances pathogènes appelés doshas (le vent, le phlegme et la bile, ou air, feu et eau) qui doivent être équilibrées pour que l'être soit en bonne santé. Chacune a des qualités. Le vent, par exemple, est sec, dur, froid, beau, mobile, clair et rugueux, alors que la bile est grasse, légère, noir ou jaune, chaud, aigre, maldorante, fluide et douce, et le flegme est lourd, froid, doux, blanc, doux, et lent. Le Timée de Platon a les mêmes humeurs... mais l'Āyurveda a eu plutôt tendance à se développer après Platon que l'inverse, de sorte qu'il n'a pu influencer directement les Grecs.

Comme on peut le voir, cette présentation universitaire est assez éloignée par exemple de celle de Wikipédia.

La vision de Maas est aussi celle de l'article de Victoria Lysenko de l'université d'Etat russe des Humanités de Moscou, "The human body composition in statics and dynamics : Ayurveda and the philosophical schools of Vaisesika and Samkhya" (dans le Journal of Indian Philosophy 32:31–56, 2004) qui voit dans l'Ayurveda une méthode très empirique qui s'est développée dans le derniers siècles avant notre ère, et s'est "brahmanisée" peu après, méthode basée sur les sensations des êtres dans leur rapport au cosmos, et qui n'est pas axée sur des spéculations métaphysiques comme le sont d'autres écoles de pensée indiennes auxquelles l'Ayurveda emprunte occasionnellement des concepts.

On peut parcourir ici les leçons modernes que l'Ayurveda enseigne en Occident : ne pas trop manger en été parce que "cette saison est un moment de répit dans l’année, pendant laquelle le feu étant présent à l’extérieur dans notre environnement, notre organisme a naturellement moins besoin de nourriture pour créer la chaleur interne du corps ", consommer du gingembre "particulièrement efficace sur les affections Kapha, liées à la congestion comme les refroidissements, les rhumes, la toux mais également les nausées, une mauvaise digestion due à un feu digestif (Agni) bas ou les vomissements. Il sera un allié de choix également pour les déséquilibres de type Vata tels que crampes abdominales, gaz, et même l’arthrite." etc.

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Un travail ethnologique sur le yoga et le "karma" de nos jours

16 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

Je lis le travail de l'ethnologue argentine Maria Mercedes Saizar "De Krishna a Chopra, Filosofía y Prácticas del Yoga en Buenos Aires" sur la connexion yoga-new age dans la métropole argentine. Instructif à maints égards, mais un petit problème sur la démarche "phénoménologique" qui ne pose pas de distance avec l'objet. Extraits :

 

danse

" "Je suis Deepak Chopra, il dit que le karma est la vie passé inachevé. Le pouvoir du karma postule la loi de cause à effet, ce qui signifie que tout ce qui vous arrive, le fait, j'ai eu une cause précédente. L'opération de la loi karmique vous dit que vous vous pouvez être maître de votre propre destin. Les émotions de la vie, reflétent ce que vous n'avez pas, ce qui est faible en vous, et c'est difficile pour vous de gagner. En outre, ces difficultés vous permettent de comprendre, parce qu'ils expliquent les expériences ou obligations vous évité dans une vie passée. D'une manière simple, le karma c'est toujours trébucher sur la même pierre " (Monica)

 

Les difficultés actuelles de la vie du sujet se réfèrent directement à des actions commises dans le passé, du même type que la difficulté se manifeste dans le présent. Ce sot, à la fois les actions positives qui ont été volontairement omis (décider de ne pas aider les autres) et des actions négatives commises volontairement (décider du mal aux autres) générent pour l'avenir divers maux. Comme le dit l'un de nos informateurs, le karma c'est "trébucher toujours sur la même pierre, une barrière qui se dresse contre succès et le triomphe, sauf si vous faites un effort conscient pour l'abattre" [1]. (...)

Ces accumulations d'énergie, les effets du karma, sont inclus dans le corps de l'individu, et peuvent être détectés par un spécialiste qui les voit au contact, visuel et tactile, avec la douleur . Les traces des expériences positives et négatives sont prises en compte dans les différentes parties du corps, en fonction du stade de la vie où ils ont lieu et le type d'expérience qui l'a causé.


Dans les jambes, par exemple, à partir des genoux  jusqu'aux pieds, se situent des expériences matérialisées de la petite enfance. Si pendant cette période un fait-de la mort ou de l'abandon d'un parent, la violence physique controversé, déménagements fréquents ont eu lieu, et si le spécialiste peut détecter de l'énergie, invisible pour les noeuds à l'œil nu, qui répondent à de tels conflits .

 

Cette capacité à observer la carte des conflits reflétée dans le corps de la victime, est l'apanage du spécialiste qui a appris par la pratique avec d'autres spécialistes, pour détecter ces clusters. Ainsi, l'initiation à la manipulation des états modifiés de conscience est une condition préalable pour la réalisation de toutes les exigences de la pratique thérapeutique. Le malade lui-même, en sa qualité de néophyte est incapable de détecter et n'est pas au courant de son existence.

 

C'est le thérapeute qui met en relation les blocage avec des conflits dans des étapes de la vie de l'utilisateur, et la communication de ces résultats est subordonnée à la perception qui ont ensuite votre patient. C'est, comme nous l'avons expliqué un spécialiste, il est inévitable de trouver ces groupes, détectables au premier contact avec les personnes en deuil, mais la décision est communiquée vers une reconnaissance des possibilités émotionnelles de l'individu à accepter les raisons de son existence."

 

Puisqu'on parle de Choprak, grand manipulateur de la physique quantique, voici une interview très brève du physicien Jean Bricmont sur ce thème :

 


 

 

 

 


[1] Mc Guire y Kantor (1998:107-108) comparent la notion de karma avec le péché originel entre les groupes chrétiens, en ce sens que la maladie ou le malheur peuvent être le résultat d'une erreur personnelle ou l'effet négatif du karma.

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Mon compte rendu du livre " Féminisme, féminité, féminitude - Ça alors !"

25 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Adepte d’une pensée ternaire que reflète déjà l’intitulé de son livre, Claude-Emile Tourné avance trois raisons pour lesquelles il s’est lancé dans cette synthèse sur la condition féminine : sa carrière professionnelle de gynécoloque-accoucheur, sa vie intime de compagnon ou époux d’une féministe, son engagement politique contre les aliénations sociales. Certains sur Internet se sont exclamés : «Enfin quelqu’un qui sait de quoi il parle ! Un gynécologue qui parle des femmes, cela va nous changer des fictions de la théorie du genre !». Oui mais voilà, les médecins sont aussi sujets aux chimères de leur époque - La suite ici

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