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Articles récents

Mon article dans le dernier numéro de "Raison présente"

18 Octobre 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

raison-presente.jpgDans le prolongement de mes réflexions sur la "mise à nu par la philosophie", j'ai publié récemment un article "Chrysippe et la fellation d'Héra" dans Raison Présente n°179. Le numéro est en vente pour 15 euros ici (je me permets de leur faire un peu de publicité car le grand public hésite parfois à découvrir les revues de philosophie. On le trouve aussi dans certaines bibliothèques municipales.

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Christine Boutin et la nudité : le renouveau de l'adamisme ?

24 Septembre 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

L'ancienne ministre Mme Boutin l'a confié à Paris Match : elle aime être nue chez elle, "et dans l'eau" (détail qui a son importance). Elle est adepte du zéro vêtement et elle aime se promener nue. Ce n'est pas la première fois que j'entends ou lis des personnalités chrétiennes vanter les bienfaits de la nudité et n'y point voir de contradiction avec le dogme catholique (ce qui fut pourtant le cas jadis). Est-ce le signe d'un renouveau de l'adamisme en milieu chrétien ? Il y aurait beaucoup à dire et il faudrait chercher du côté de l'héritage grec aussi bien que vétéro-testamentaire pour comprendre ce qui se joue dans le renouveau de la nudité en milieu chrétien. Peut-être un sujet d'article...

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Bergson à propos de l'histoire des idées

22 Septembre 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Henri-Bergson.jpgCité par Jean Guitton dans son journal 1952-1955 (p. 263), qui relate ses propos de 1922 :

 

"De nos jours on tendrait à compredre l'histoire de la philosophie comme l'histoire du meuble ou du costume. Je n'approuve pas cela. Car, si l'on veut faire de l'histoire pure, l'histoire véritable, celle des historiens, est plus intéressante. L'histoire des Idées, je n'y crois guère. Je suis persuadé que cela vient d'Allemagne. Il ne peut y avoir de vraie filiation entre les Idées. Mais das chaque grande philosophie, il y a quelque chose d'intérieur, qu'il faut ressaisir".

 

Cela fait penser à l'histoire de la philosophie comme "art du portrait" de Deleuze.

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Les danseuses nues de Gadès (Cadix)

5 Août 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

Pompeidance1.jpgCatherine Salles l'explique bien dans "Les bas-fonds de l'Antiquité" (p. 213) : "Il faut faire une place à part aux danseuses de Gadès, l'actuelle Cadix, dont les Romains font un des divertissements les plus recherchés de leurs banquets. Même si elles ne sont pas toujours de sang espagnol, elles exécutent des danses d'origine ibérique, dont la spécialité est d'éveiller l'érotisme des convives. Leurs castagnètes, leurs trémoussements lascifs, les cris obscènes dont elles scandent le balancement de leurs reins sont particulièrement prisés à Rome".

 

Elle cite à l'appui de cette remarque un texte de Juvénal (Satire XI, v. 162-175) : "Peut-être comptes-tu que les danseuses de Gadès vont se mettre à exciter les désirs par leurs chansons lascives et que ces filles, encouragées par les applaudissements, se laisseront glisser jusqu'au sol, en agitant leur croupe... Ce crépitement de castagnettes, ces parole dont aurait honte l'esclave toute nue qui se tient à l'entrée du bordel, ces vociférations obscènes".

 

L'art des danseuses de Gadès (Puellae Gaditanae) serait un peu supérieur à celui de la cabaretière syrienne (p. 207) ornée d'un turban grec qui fait "onduler des hanches au son du crotale, déjà ivre" (les crotales sont des sorts de castagnettes orientales).

 

Martial (VI 71) évoque la danseuse Telethusa :

 

"Telethusa, cette belle si habile à prendre des poses lascives au son des castagnettes de la Bétique, et à reproduire les pas des danseuses de Cadix ; Telethusa, capable de redonner du nerf au tremblant Pélias, et de réveiller les sens du mari d'Hécube, jusque sur le bûcher d'Hector ; Telethusa consume et met au supplice son premier maître : servante, il l'a vendue ; maîtresse, il la rachète aujourd'hui. "

 

Telethusa dansait-elle nue ?

 

Il existe un épigramme sur Telethusa qui peut le laisser penser, si cette Telethusa est bien la même  :

 

"Hic quando Telethusa circulatrix,
Quae, clunem tunica tegente nulla,
Sexum latius altiusque motat,
Crisabit tibi fluctuante lumbo:
Haec sic non modo te, Priape, possit
Privignum quoque sed movere Phaedrae."

 

Après la traduction initiale datant de 1890, de Leonard C. Smithers et Sir Richard Burton, une version plus récente dit :

 

"Quand Telethusa, cette petit pute des rues qui aime secouer son derrière nu / Bougeant son minou en haut et en bas, à gauche et à droite agitant avec sa chatte à la vue de tous ; / Elle t'émeuvra, Priape, elle te donnera chaud et même Phèdre ne peut lui résister."

 

On peut trouver sur le Net un texte intéressant qui laisse entendre que les danseuses de Gadès portaient un très mince vêtement à la taille ou plus vraisemblablement étaient nues (http://www.public-domain-content.com/books/classic_greece_rome/priap/prp107.shtml). Selon Gifford, la danse de Telethusa pouvait avoir un rapport avec le fandango tandis que des femmes esclaves ("tractatrices") masturbaient les spectateurs.Ce serait une sorte de fandango de nu.

 

On peut se poser mille questions sur cette "école de danse" particulière qu'on trouvait à Cadix (Gadès en latin, Gadeira en grec). Et notamment si elle n'avait pas quelque chose à voir avec l'origine phénicienne de la ville (Gadir), puisque Cadix a été au monde Phénicien ce que Marseille fut aux grecs : la première fondation en Méditerranée occidentale, et l'avant-poste du commerce maritime dans cette zone barbare. Gadès avait-elle encore gardé quelque chose de phénicien à l'époque romaine - après tout ne dit-on pas qu'on parlait encore le punique à Carthage à l'époque de Saint Augustin ?

 

Le cas échéant, la danse des filles de Cadix aurait moins à voir avec le fandango qu'avec la danse de la cabaretière syrienne dont parle Catherine Salles, et serait donc beaucoup plus phénicienne qu'ibérique.

 

danseusesdaps.jpgLe Proche-Orient possède une longue tradition en ce qui concerne la danse nue. Dans un article d'octobre 2009, Andrea Deagon évoque les danseuses nues (vêtues de bijoux) en Egypte à partir d'une fresque du tombeau de Nebamun vers 1 400 av. JC. Selon elle il pourrait s'agir de "danses du ventre" mais elle reconnait ne pas en avoir la preuve (de même d'ailleurs qu'on ne sait pas s'il s'agit d'une image réaliste de banquet ici-bas ou d'une allégorie de banquets dans l'au-delà). La fresque d'époque romaine (2ème siècle de notre ère) qu'il repère relative à une fête d'Apis lui paraît en tout cas cautionner l'idée qu'il y avait des danses du ventre (définies largo sensu) dans l'Egypte hellénistique. On note que les femmes y sont nues vêtues d'un voile transparent. Elle rattache ce style de danse explicitement aux danses syriennes et à l'école de danse de la colonie "syrienne" (selon ses propres termes) de Gadès.

 

Pour aller plus loin dans la réflexion sur la danse nue dans l'antiquité, on peut aussi lire du même auteur cet article. Quant à moi, je reviendrai peut-être plus tard sur les questions que me posent les danseuses de Gadès.

 

---  bailadoras desnuda Cadiz. naked dancers

http://mrstiff.fr/film/sophie-mae-enseigne-la-danse-du--6729525

http://www.sexyandfunny.com/watch_video/nude-belly-dancer_38108.html

http://fr.pornhub.com/view_video.php?viewkey=1448271398

 

 

 

 

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Censures nationales selon François des Aulnoyes

17 Juillet 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

strip.jpgHistoire et philosophie du strip-tease (Ed; Pensée moderne 1958, p. 71) :

 

"En France, la femme peut être nue, mais elle doit porter une coquille de dimensions déterminées selon les lois de la bienséance locale. En Italie, où le sein joueun rôle considérable dans l'échelle des valeurs érotiques (le cinéma italien recherche les comédiennes dont le sein troue l'écran) la pointe doit en être cachée parce que cet organe est un point de cristallisation du désir pour les populations locales qui aiment la bonne vie et les joies des sens.

 

En Espagne, où le goût de l'Amour se mêle à celui de la Mort, et la religion, au plaisir ; pays où la femme a été longtemps considérée comme la procréatrice qui reste au foyer ; c'est le nombril qui ne saurait paraître aux regards, sous le feu des projecteurs. Le ventre est pour l'Espagnol le symbole du sexe, l'élément érotique par excellence."

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L'auréole de lumière judéo-chrétienne sartrianisée et écologisée

9 Juillet 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

sartre.jpgJe trouve chez Sartre (L'Etre et le Néant Tel Galimard p. 440) une version intéressante de la thématique chrétienne médiévale du vêtement de lumière - dont Bologne notamment explore divers aspects dans son dernier livre :

 

"Dans la grâce, le corps apparaît comme un psychique en situation. Il révèle avant tout sa transcendance comme transcendance-trasncendée (...) le but à venir éclaire l'acte dans sa totalité ; mais toute la part future de l'acte demeure imprévisible, encore que l'on sente sur le corps même en acte qu'elle apparaîtra comme nécessaire et adaptée dès qu'elle sera écoulée. (...) La grâce figure donc l'image objective d'un être qui serait fondement de soi-même pour... La facticité est donc habillée et masquée par la grâce : la nudité de la chair est tout entière présente, mais elle ne peut être vue. En sorte que la suprême coquetterie et le suprême défi de la grâce, c'est d'exhiber le corps dévoilé, sans autre voile que la grâce elle-même. Le corps le plus gracieux est le corps nu que ses actes entourent dun vêtement invisible en dérobant entièrement sa chair, bien que la chair soit totalement présente aux yeux des spectateurs."

 

A cette grâce Sartre oppose l'obscène qui "apparaît lorsque le corps adopte des postures qui le déshabillent entièrement de ses actes et qui révèlent l'inertie de sa chair. La vue d'un corps nu, de dos, n'est pas obscène. Mais certains dandinements involontaires de la croupe sont obscènes. C'est qu'alors ce sont les jambes eules qui sont en acte chez le marcheur et la croupe semble un coussin isolé qu'elles portent et dont le balancement est pure obéissance aux lois de la pesanteur".

 

La grâce, nous dit Sartre (p. 442) "renvoie obscurément comme font les contradictions du monde sensible dans le cas de la réminiscence platonicienne, à un au-delà transcendant dont nous ne gardons qu'un souvenir brouillé et que nous ne pouvons atteindre que par une modification radicale de notre être, c'est-à-dire en assumant résolument notre être-pour-autrui. En même temps elle dévoile et voile la chair de l'autre, ou, si l'on prégère, elle la dévoile pour la voiler aussitôt : la chair est dans la grâce l'autre inaccessible"


Il faudrait détailler davantage ici les réflexions de Sartre sur le désir "comme pro-jet de s'enliser dans le corps" (p. 429) et sur la pudeur d'Adam et Eve qui prennent conscience de leur nudité comme paradigme de la honte devant l' objectité (p. 328). En tout état de cause j'y trouve une trace laïcisée de la thématique chrétienne - dont l'héritage est assumé dans le choix-même de la liaison des termes grâce-transcendance - quoique cette thématique soit transposée aux seuls rapports de conscience autour de l'interaction des corps.

 

P1000203.JPGC'est sur un site juif Sefarad.org sur Internet que je trouve le meilleur résumé de la dialectique vêtement-nudité dans le monothéisme :

 

"les vêtements sacrés ordonnés par le Grand-Prêtre, font pendant aux tuniques de peau que l’Eternel a confectionnées pour Adam et Eve après le péché. Le Midrach (Berechith raba 20) rapporte que ce vêtement de peau était, selon la version de Rabbi Meïr, comme un vêtement de lumière, une source de clarté et de progrès, si on en fait un usage adéquat. Certes, ces tuniques servaient de protection physique du corps, mais elles offraient en même temps une préservation de l’âme, celle-ci ayant été entachée par le péché auquel elle succomba emportée par la tentation des désirs charnels. Les tuniques rappellent l’état antérieur au péché où l’homme était enveloppé d’une auréole de lumière qui lui conférait une splendeur majestueuse aux yeux de toutes les créatures du ciel et de la terre. C’est à cela que fait allusion le psalmiste lorsqu’il s’écrie : ‘’Tu as fait l’homme presque l’égal des êtres divins, tu l’as couronné de splendeur et de magnificence’’. Ainsi, l’homme tout entier baignait dans la lumière divine. Mais depuis le péché, cette auréole de gloire qui illuminait son esprit a disparu, et il n’est resté à l’homme que le vêtement qui couvre la peau. Les vêtements sacerdotaux jouent un double rôle. D’une part, leur caractère sacré est conféré à l’homme qui incarne en sa personne l’idéal de sainteté ; et d’autre part, ils ont pour effet d’éloigner le péché par le rayonnement de l’esprit de sainteté. "

 

Cette auréole de lumière qu'on retrouve chez certaines saintes martyres chrétiennes dévêtues par le sadisme romain n'est-elle pas au fond ce que l'Occident cherche à faire rayonner dans son besoin actuel de nudité ? La "grâce" sartrienne, qui peut résulter d'une adéquation des actes à la condition d'être-pour-l'autre qui caractérise le sujet, étant peut-être placée aujourd'hui à un niveau d'exigence politique moins élevé que chez Sartre, dans la simple conscience d'une symbiose avec un cosmos (et un écosystème) naturel sublunaire en péril (ce qui va aussi avec l'acte de contrition permanent de l'humain devant le péril occasionné).

 

Le fantasme judéo-chrétien du retour à la pureté adamite (qui est ce pour quoi la nudité peut être recherchée mais jamais "bradée") vient peut-être recouvrir ici la violence métaphysique d'un corps nu mathématisable image parfaite de l'Idée pure. En ce sens l'événement « Nus et Debout » lancé "à l'initiative d'une association libre de personnes engagées contre la construction de l'incinérateur de Clermont-Ferrand et contre tous les incinérateurs en général" le 21 août prochain serait du côté du rituel néo-adamite, sartrianisé et écologisé, là où le striptease du top-model serait au fond plus grec...

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Interviewé par Anthony Bellanger - Emission Le Blogueur (Arte)

25 Juin 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

Je suis interviewé quelques minutes dans l'émission Le Blogueur sur Arte aujourd'hui (12h30). J'intègre la vidéo de l'émission ci-dessous (version You Tube)

 

 

 

 

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En Ukraine, FEMEN seins nus contre le machisme

1 Avril 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

Mettre en avant des jolies filles nues ou à moitié nues pour défendre une cause : après PETA, c'est FEMEN en Ukraine qui s'y colle, pour dénoncer le tourisme sexuel dans ce pays et le machisme local. Apparemment leur mouvement n'est pas très apprécié en Ukraine même. En décembre dernier leur discours était clairement européiste et anti-Kremlin. Elles étaient notamment l'an dernier contre l'actuel président Viktor Ianoukovitch qui a succédé au régime issu de la Révolution orange et leur financement a fait l'objet de controverses (mais elles semblent fonctionner sur un petit budget). Il est vrai que l'actuel président verser souvent dans un machisme de bas étage.

 

Leur clip qu'on peut voir ici associe nudité des seins et pouvoir à la manière des pacifistes américaines fin 2002. Leur responsable Anna Goutsol affirme que sans cette nudité personne ne remarquerait leurs manifestations.

 

 

 

 

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Nudité des déesses (suite)

28 Mars 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Décidément il y a quelque chose qui cloche dans cette division qu'Evola instaure entre la nudité de l'archétype démétrien-maternel et celle de l'archétype aphrodisienne abyssale (p. 176). Dans les Mystères du Gynécée (p. 96) Paul Veyne explique qu'au 3ème siècle avant Jésus-Christ "l'imaginaire étrusque était peuplé de Lasa, démones toutes nues et plutôt bienveillantes qui font penser aux Apsara indiennes ou khmères (dont elles n'ont pas les rondeurs), et aussi de Vanth, ces espèces de Furies en robe longue et sas aile, ou bien nues avec des ailes, ou ailées en robe longue et brandissant des torches ou des serpents". Est-ce que c'est démétrien ou aphrodisien ça ?

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"The rational optimist" de Matt Ridley (I)

22 Février 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Voilà un livre impressionnant qu'il faut mentionner absolument. Le petit génie des neurosciences et de l'anthropologie Steven Pinker l'a qualifié de "delightful and fascinating" et ce n'est pas pour rien. Il y a quatorze ans les lecteurs du Monde Diplo lisaient Polanyi, d'une certaine façon, le bouquin de Ridley répond à Polanyi, à partir d'un savoir anthropologique plus actuel.

 

Je n'ai guère envie de faire une recension classique de ce livre. Je préfère juste jeter quelques notes sur ce blog, à mesure que je le lis, quitte à ruminer un peu sans trop savoir que penser dans un premier temps.

 

Ce que je trouve très fort et très convaincant dans l'analyse de Ridley, c'est cette analyse profonde de la psyché de l'animal humain à partir de ce que nous savons du fonctionnement des primates, des hormones, et de l'évolution de l'espèce depuis qu'elle s'est séparée de l'homo erectus. C'est devenu une méthode incontournable d'étude des phénomènes humains, mais nous ne nous y livrons pas facilement en France, souvent par manque de compétence en ethologie animale et dans les neurosciences.

 

Dans un sens Ridley ce n'est "que" du libéralisme anglo-saxon classique - dont il cite d'ailleurs souvent les pères fondateurs - une défense enthousiaste de la division du travail et du libre échange dans la veine d'Adam Smith et de Ricardo. Mais c'est du libéralisme "mieux assis" aurait-on envie de dire" sur les fondements d'une science plus sûre.

 

Au nombre des points forts, je vois d'abord cette notion d'intelligence collective : une réalité très étudiée chez les animaux sociaux. Une fourmi seule ne connaît pas le plus court chemin qui va de la fourmilière au morceau de pain à exploiter, mais les hormones des fourmis-soeurs qui l'ont précédée sur l'itinéraire éclairent son ignorance. Le savoir collectif est décuplé, les individus économisent du temps et de l'énergie. Grâce à cela nous utilisons des tas d'objets qui ont mobilisé l'activité de milliers de gens et dont nous ignorons la chaîne complète de fabrication (d'une simple crayon à papier nul ne peut savoir toutes les opérations qui ont conduit à faire pousser l'arbre qui donna le bois qui l'a extrait, le charbon de sa mine, la fabrication des machines qui elles-mêmes ont permis de le découper etc).

 

Cette intelligence collective est ce qu'il faut valoriser. Là-dessus difficile d'aller à l'encontre de l'opinion de Ridley.

 

D'autant que sa démonstration sur l'émergence de l'intelligence collective de l'homo sapiens est magistrale.

 

Il montre un élément auquel je n'avais jamais songé : toutes les espèces avant la nôtre qui se sont risquées à employer des outils n'ont guère cherché à les améliorer. L'homo erectus notamment a employé pendant des centaines de milliers d'années le même biface pour découper la viande, de même qu'un oiseau de génération en génération utilise le même matériaux pour faire son nid (certaines espèce avec des plumes, d'autres avec des brindilles etc). L'outil devient un prolongement du corps qu'il est saugrenu de vouloir améliorer. L'aberration n'est pas l'absence d'innovation (Ridley note d'ailleurs que l'évolution darwinienne innove peu - elle maintient surtout les caractéristiques de l'espèce et les progrès naissent plutôt de l'extinction de l'espèce remplacée par une espèce "fille" qui la surclasse dans la compétition pour la survie). Le phénomène improbable c'est précisément qu'une espèce, l'homo sapiens, ait brisé la règle de la non-innovation pour conquérir le monde et anéantir de la sorte les espèces dont elle était elle-même issuen ainsi plus largement que tous les grands mammifères (sauf ceux qu'il a domestiqués).

 

Ce goût pour l'innovation, explique Ridley, n'est pas dû à un volume cérébral supérieur, ni a aucune modification génétique. Chaque individu Sapiens est aussi intelligent ou stupide qu'un Erectus. Simplement l'intelligence collective du Sapiens s'est démultipliée.

 

D'où provient cette démultiplication ? D'une invention économique : la division du travail. Celle-ci naît d'une idée simple mais qu'aucun animal ne comprend (même les chimpanzés domestiques auxquels on enseigne l'art du don) : je peux échanger quelque chose que j'aime contre quelque chose que j'aime davantage. Cela s'appelle le troc. Ca n'a rien à voir avec la réciprocité du "je te gratte tu me grattes", ou la propension à donner des choses dont on ne veut pas (ce que font les autres animaux).

 

Cette idée révolutionnaire du troc, ne peut fonctionner qu'entre gens qui se font confiance. Et donc au début gens de la même famille. La première division du travail chez les homo sapiens s'est effectuée entre les sexes : le mâle chasse, la femelle cueille. Une petite réserve à ce stade. Je crois me souvenir que Picq et Brenot dans Le sexe, l'Homme et l'Evolution mettent en doute ce partage des tâches. Pourtant Ridley y croit et affirme même qu'elle n'existe pas chez les Néandertaliens, plus proches des Erectus, où les femelles chassent avec les mâles (mais Ridley reconnaît que c'est difficilement démontrable vu le peu de sites néandertaliens retrouvés).

 

D'après Ridley - et on le suit aisément là dessus - la spécialisation du travail constitue une énorme gain de temps et d'énergie pour chaque individu qui ne se consacre qu'à une activité ou une série plus limitée d'activités, ce qui lui laisse plus de latitude pour perfectionner ses techniques, et aussi pour l'oisiveté. Cela dégage de la richesse.

 

Ridley en déduit une apologie sans surprise du commerce, y compris du commerce intercontinentale qui déjà concernait l'homo sapiens. Il démontre a contrario la stérilité de l'isolement à partir du cas des homo sapiens de Tasmanie qui, isolés à partir du moment où l'île se sépara de l'Australie, non seulement cessèrent de progresser mais perdirent aussi l'usage de certains outils comme les aiguilles à coudre en os, ce qui leur fit perdre par la même occasion le sens de la confection des vêtements. Il oppose à ce cas celui d'insulaires de Terre de Feu qui continuèrent de progresser en entretenant un commerce maritime avec une tribu voisine. Andaman par contre irait dans le sens de l'exemple tasmanien.

 

Par ce biais Ridley rejoint la philosophie bien connue des libéraux selon laquelle le commerce, méprisé par les intellectuels de tous les temps, contribue au progrès et à la pacification des peuples - la comparaison des chiffres des homicides de la Préhistoire, de la Renaissance et de notre époque plaide sans conteste en faveur de cette thèse. Pour lui il y aurait eu une extension continue du cercle de la confiance - grâce auquel nous pouvons aujourd'hui acheter un tube de dentifrice au supermarché sans avoir à vérifier qu'il n'est pas rempli d'eau ou d'une substance frauduleuse avant de passer à la caisse - qui irait dans le sens d'un adoucissement des moeurs et de d'une augmentation de la philanthropie (si présente par exemple dans l'Angleterre commerçante du 19ème siècle).

 

Il y a là évidemment des arguments intéressants, sans doute au moins partiellement vrais, sinon même intégralement. Cela dit bien sûr, s'il faut appliquer à tout auteur une principe de "charité" (comme disait Pascal je crois), consistant dans un premier temps à accorder le maximum de crédit possible à ses démonstrations, j'entrevois déjà des objections possibles. Par exemple la théorie de Ridley sur l'apparition de l'agriculture au Proche-Orient (natoufien) qu'il attribue à une disposition au commerce et à une gestion intelligente d'une modification du biotope, contredit ouvertement la thèse de Chauvin selon laquelle l'innovation agricole ne doit rien aux conditions matérielles et tout à une révolution idéologique (l'invention des dieux).

 

Je pense qu'il faudrait faire aussi dialoguer Ridley avec un autre anthropologue politiquement opposé à lui, David Graeber, sur la dimension spécifique de la philanthropie dans l'échange.

 

Nous reviendrons sur tout cela plus tard.

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Déesses mères et immanence

20 Février 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Cabanel_The_Birth_of_Venus_1863.jpgMc Evilley le remarque dans son bouquin "The Shape of Ancient thought", chez les Grecs comme chez les Indiens (il pense, sous les cieux helléniques, à Parménide et à Démocrite, d'une certaine façon prolongés à Rome par Lucrèce) : la référence à la déesse-mère, au vieux fond théologique matriarcal, vient toujours étayer une philosophie de l'immanence. Et sous les deux latitudes, c'est toujours une féminité ambivalente qui s'affirme, créatrice et destructrice, comme la Shakti en Inde, ou Gorgone qui en Grèce a un sein qui donne du lait et un qui donne du poison... Je me demande bien sur quel sentier je pourrais approfondir ce lien féminité-immanence sans retomber dans les théories fumeuses de beaucoup d'historiens des religions. Je trouve que la problématique va au delà du lien Père-loi-trancendance qu'on a identifié sous les cieux judéo-chrétiens (ou judéo-christiano-islamiques), car c'est une question de rapport au masculin et au féminin en dehors même de tout contexte de révélation : ce n'est donc pas une parole masculine qui est identifiée comme loi verticale, mais une spéculation humaine qui, suivant qu'elle se porte sur le masculin ou sur le féminin, va rechercher une spiritualité abstraite ou au contraire produire une pensée ancrée dans le monde (et une pensée, observons-le, d'essence tragique).

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Scories des idéologues de l'histoire des religions

11 Février 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

Voilà le genre de scorie que l'on trouve chez Daniélou  (Shivaïsme et Tradition primordiale  p. 57) mais qu'on pourrait aussi trouver chez Evola (ou, à l'autre bout de l'échiquier politique chez Onfray ou chez Jerphagnon) : "La conception du monothéisme, sa force d'agressivité, l'audace avec laquelle une doctrine aussi simpliste était présentée comme un progrès, impressionnaient les philosophes qui cherchèrent à l'adapter, l'interpréter, l'incorporer. Il s'agit d'un phénomène analogue à celui du marxisme, qui pénètre clandestinement toute pensée religieuse et dont personne n'ose relever les contre-vérités et l'irréalisme des postulats".

 

DSCN3436.JPG

Voilà typiquement une pétition de principe idéologique qui n'a pas sa place dans un traité d'histoire des religions. Que faut-il en faire ? En retirer le potentiel heuristique : en effet, l'analogie entre l'influence du monothéisme et celle du marxisme est sans doute en partie pertinente, mais on peut aussi avancer bien d'autres exemples d'influences "clandestines" de courants d'idées sur des traditions philosophiques ou religieuses : l'influence du shamanisme asiatique sur la pensée grecque via l'orphisme, celle du rationalisme postsocratique sur les religions grecque et romaine, celle aujourd'hui de l'évangélisme anglo-saxon sur l'Islam etc. L'analogie est aussi sans doute pertinente à un autre niveau pour révéler combien le marxisme, comme les monothéismes, ont un pouvoir révolutionnaire "perturbateur" de l'ordre social de par la simplicité (Daniélou parle de "simplisme") de leur message (ce qui n'empêche pas qu'ensuite une très grande subtilité exégétique, de nature académique et scolastique, se greffe sur cette simplicité).

 

Mais naturellement, une fois ce "bon aspect" de l'analogie incorporé à notre réflexion, il faut se hâter de neutraliser la scorie du texte de l'idéologue, et continuer à lire son histoire du shivaïsme avec un regard objectivant, c'est à dire un regard qui n'épouse si ne condamne aucune doctrine, et n'en place aucune au dessus des autres : de ce point de vue ni le shivaïsme, ni les monothéismes, ni le marxisme, ni aucune autre doctrine n'est bonne ou mauvaise, ni meilleure et supérieure à une autre, chacune pouvant présénter des bons et des mauvais côtés "fonctionnels" au regard du milieu social dans lequel elle fait son chemin, et chacune devant constituer un objet d'étude éthiquement neutre aux yeux du chercheur rationnel.

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Déesses primitives, déesses nues

7 Février 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Histoire secrète, #Ishtar, #Pythagore-Isis

Les éditions du Cygne publient un ouvrage sur un culte d'une déesse mère nord-caucasienne que l'auteure Mariel Tsaroïeva identifie aux déesses primitives proche-orientales (je renvoie à mes comptes-rendus de lecture sur l'invention des déesses et des dieux au Néolithique).

 

dionysm-nade.jpg

Le hasard fait que juste à ce moment là je lis dans la Métaphysique du sexe de Julius Evola le passage sur la secte russe des Khlystis et celle des Skoptzis qui toutes deux prônent la chasteté dans la vie ordinaire mais organisent dans leur cérémonie des rites sexuels autour d'une jeune femme nue. "Ce détail permet de reconnaître aisément dans la cérémonie secrète des Khlystis, observe Evola p. 154, un prolongement des rites orgiaques de l'Antiquité qui étaient célébrés sous le signe des Mystères de la Grande Déesse chtonienne et de la "Déesse nue" ". L'auteur hélas n'explicite pas les voies de filiation entre la Grande Déesse (peut-être Cybèle qu'il cite plus loin et le rituel de ces sectes)

Ces considération sont l'appendice d'un chapitre sur les orgies rituelles comme voies de dissolution du Moi dans l'élément féminin préalable possible à d'autres formes d'élévation spirituelle, thématique qu'il y avait déjà dans la Naissance de la Tragédie de Nietzsche si je me souviens bien.

Je ferai juste mention ici pour mémoire (et pour y revenir plus tard, éventuellement même dans une approche critique) des remarques intéressantes d'Evola sur la nudité des déesses.

Il évoque en premier lieu la nudité de l'archétype démétrien-maternel, fécond et protecteur, mais ne la thématise guère.

En second lieu Evola se montre plus prolixe sur ce qu'il appelle le nu abyssal aphrodisien. Dans le domaine spirituel, rappelle-t-il (p. 176), on observe une dénudation masculine pour atteindre l'être absolu et simple aussi bien dans les mystères antiques que dans le déchirement des vêtements des soufis. Dans l'ordre de la nature, la dénudation d'Isis comme d'Ishtar (ou celle d'Athèna ou d'Artêmis dont la vision tue) est une façon de délier la matière de toute forme. Cet accès à la matière interdite (vierge) et destructrice (guerrière) dans sa dimension la plus informe n'est autorisée qu'aux initiés, Evola montrant par exemple que dans le tantrisme l'union avec une femme complètement nue n'est possible qu'au stade terminal de l'initiation.

Il y a chez Evola un aller-retour intéressant entre une phénoménologie presque anthropologique (je dis "presque" parce qu'il ne recourt pas au travail rigoureux de recension de tout ce qui existe dans toutes les cultures existantes, ce qui est la grande faiblesse de sa théorisation) et l'étude des mythes (surtout grecs et hindouistes d'ailleurs, suivant une habitude très répandue en Europe entre disons 1850 et 1950), aller-retour qui peut aider ensuite, selon lui à trouver une définition "non empirique" (p. 200) du masculin et du féminin.

A l'heure où l'on s'efforce de retrouver cette définition par la voie du néo-darwinisme et des neurosciences, il n'est peut-être pas inutile de placer les deux visions en miroir l'une de l'autre pour les faire dialoguer. De même il faut peut-être dialoguer avec le propos d'Evola sur la pudeur, emprunté à un certain Mélinaud (p. 135) - auteur d'après mes recherches, en 1901, d'un article sur la  Psychologie de la Pudeur - qui rejoignent celles de Duer, et qu'il faudrait aussi peut-être mettre en perspective avec les réflexions de Sartre. Plutôt que d'ignorer ces considérations un peu littéraires sur la mythologie et la psychologie sexuelles l'anthropologie contemporaine devrait s'y confronter et évaluer rationnellement les intuitions qu'elles portaient, dans leur potentiel heuristique comme dans leur égarement.

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Code vestimentaire russe

1 Février 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

Je lis dans Ria Novosti :

 

"Récemment l’une des principales têtes pensantes de l’Eglise orthodoxe, l'archiprêtre Vsevolod Tchapline, a exigé l’instauration d’un dress-code pour les femmes en Russie, estimant que "certaines d’entre elles confondent la rue avec un club de strip-tease". Ce pamphlet contre les spécialités Russes modernes que sont le micro-short ou la mini-jupe pourrait faire sourire si l’homme d’église n’avait rajouté que "la minijupe provoquerait des conflits interethniques et la violence et des crimes de la part de Caucasiens, mais aussi de Russes". Cette analyse des conséquences d’un tel code vestimentaire est à mettre en lien avec l’idée de création d’un "code des Moscovites", annoncé par le président du comité chargé des liens inter-ethniques l’année dernière, qui visait à réguler le comportement des non Moscovites, en vue de leur bonne intégration dans la capitale. Le code prévoyait notamment l’interdiction de marcher dans la ville en tenue traditionnelle.

Cette volonté de l’église d’influer sur les comportements est à comprendre dans une double logique. Tout d’abord tenter de sauver une structure familiale garante d’une démographie en bonne santé et qui est aujourd’hui gangrénée par la tentation, les avortements et les divorces. Mais surtout désamorcer les tensions pouvant résulter de la cohabitation à Moscou de nombreux peuples aux habitudes et mœurs très différentes. L’archiprêtre l’avait annoncé en décembre dernier, l’église orthodoxe va désormais interférer dans la politique et se poser en garant de la cohabitation et de l’harmonie entre les communautés. Comme je l’avais écrit dans une précédente tribune, le maintien du fragile modèle multiculturel russe est en effet menacé par la confrontation des mondes modernes et traditionnels.

Bien entendu, cette phrase de l’archiprêtre a provoqué un tollé dans les milieux laïcs, féministes ou libéraux, mais en revanche elle a immédiatement trouvé le soutien du clergé musulman de Russie, des représentants des autorités juives du pays, ou encore du président de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov"

 

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"Perspectives athéistes de l'Univers" de Bruno Munier

1 Février 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

0016.jpgOn trouvera sur http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=76&srid=0&ida=13156 le compte rendu que j'ai fait récemment du livre de Bruno Munier "Perspectives athéistes de l'Univers - L'Infini, la Nature et les Hommes " paru en janvier aux éditions du Cygne.

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