Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles récents

Un travail ethnologique sur le yoga et le "karma" de nos jours

16 Octobre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

Je lis le travail de l'ethnologue argentine Maria Mercedes Saizar "De Krishna a Chopra, Filosofía y Prácticas del Yoga en Buenos Aires" sur la connexion yoga-new age dans la métropole argentine. Instructif à maints égards, mais un petit problème sur la démarche "phénoménologique" qui ne pose pas de distance avec l'objet. Extraits :

 

danse

" "Je suis Deepak Chopra, il dit que le karma est la vie passé inachevé. Le pouvoir du karma postule la loi de cause à effet, ce qui signifie que tout ce qui vous arrive, le fait, j'ai eu une cause précédente. L'opération de la loi karmique vous dit que vous vous pouvez être maître de votre propre destin. Les émotions de la vie, reflétent ce que vous n'avez pas, ce qui est faible en vous, et c'est difficile pour vous de gagner. En outre, ces difficultés vous permettent de comprendre, parce qu'ils expliquent les expériences ou obligations vous évité dans une vie passée. D'une manière simple, le karma c'est toujours trébucher sur la même pierre " (Monica)

 

Les difficultés actuelles de la vie du sujet se réfèrent directement à des actions commises dans le passé, du même type que la difficulté se manifeste dans le présent. Ce sot, à la fois les actions positives qui ont été volontairement omis (décider de ne pas aider les autres) et des actions négatives commises volontairement (décider du mal aux autres) générent pour l'avenir divers maux. Comme le dit l'un de nos informateurs, le karma c'est "trébucher toujours sur la même pierre, une barrière qui se dresse contre succès et le triomphe, sauf si vous faites un effort conscient pour l'abattre" [1]. (...)

Ces accumulations d'énergie, les effets du karma, sont inclus dans le corps de l'individu, et peuvent être détectés par un spécialiste qui les voit au contact, visuel et tactile, avec la douleur . Les traces des expériences positives et négatives sont prises en compte dans les différentes parties du corps, en fonction du stade de la vie où ils ont lieu et le type d'expérience qui l'a causé.


Dans les jambes, par exemple, à partir des genoux  jusqu'aux pieds, se situent des expériences matérialisées de la petite enfance. Si pendant cette période un fait-de la mort ou de l'abandon d'un parent, la violence physique controversé, déménagements fréquents ont eu lieu, et si le spécialiste peut détecter de l'énergie, invisible pour les noeuds à l'œil nu, qui répondent à de tels conflits .

 

Cette capacité à observer la carte des conflits reflétée dans le corps de la victime, est l'apanage du spécialiste qui a appris par la pratique avec d'autres spécialistes, pour détecter ces clusters. Ainsi, l'initiation à la manipulation des états modifiés de conscience est une condition préalable pour la réalisation de toutes les exigences de la pratique thérapeutique. Le malade lui-même, en sa qualité de néophyte est incapable de détecter et n'est pas au courant de son existence.

 

C'est le thérapeute qui met en relation les blocage avec des conflits dans des étapes de la vie de l'utilisateur, et la communication de ces résultats est subordonnée à la perception qui ont ensuite votre patient. C'est, comme nous l'avons expliqué un spécialiste, il est inévitable de trouver ces groupes, détectables au premier contact avec les personnes en deuil, mais la décision est communiquée vers une reconnaissance des possibilités émotionnelles de l'individu à accepter les raisons de son existence."

 

Puisqu'on parle de Choprak, grand manipulateur de la physique quantique, voici une interview très brève du physicien Jean Bricmont sur ce thème :

 


 

 

 

 


[1] Mc Guire y Kantor (1998:107-108) comparent la notion de karma avec le péché originel entre les groupes chrétiens, en ce sens que la maladie ou le malheur peuvent être le résultat d'une erreur personnelle ou l'effet négatif du karma.

Lire la suite

Mon compte rendu du livre " Féminisme, féminité, féminitude - Ça alors !"

25 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Adepte d’une pensée ternaire que reflète déjà l’intitulé de son livre, Claude-Emile Tourné avance trois raisons pour lesquelles il s’est lancé dans cette synthèse sur la condition féminine : sa carrière professionnelle de gynécoloque-accoucheur, sa vie intime de compagnon ou époux d’une féministe, son engagement politique contre les aliénations sociales. Certains sur Internet se sont exclamés : «Enfin quelqu’un qui sait de quoi il parle ! Un gynécologue qui parle des femmes, cela va nous changer des fictions de la théorie du genre !». Oui mais voilà, les médecins sont aussi sujets aux chimères de leur époque - La suite ici

Lire la suite

Célébrités nues : les fuites des photos sur iCloud continuent.

22 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Amérique

La guerre des photos de célébrités nues sur iCloud (fappening) continue : Avril Lavigne, Amber Heard, Gabrielle Union, Hayden Pannettiere, Hope Sol, Hillary Duff, Jenny McCarthy, Kaley Cuoco, Kate Upton, Kate Bosworth, Keke Palmer et Kim Kardashian. Sont dans la liste des nouvelles fuites.Apple jure que les mots de passe n'ont pas été hackés et que les pirates avaient les réponses aux photos confidentielles.couco.jpg

 

Les photos sont accessibles sur plusieurs sites. Je renvoie sur ce sujet à mon interview sur Atlantico.

Lire la suite

"D'Isis au Christ" de Jean-Pierre Chevillot (L'Harmattan)

20 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Christianisme

On peut se demander s'il est encore d'un quelconque intérêt de savoir dans quelle mesure le christianisme fut juif ou hellénistique. Cette question occupe en tout cas sérieusement les historiens depuis quinze ans, et c'est un grand mérite de Jean-Pierre Chevillot, qui à l'origine est chercheur en électrochimie, d'avoir synthétisé d'une façon assez pédagogique l'état du savoir sur ce sujet.

Chevillot fait remonter la dichotomie juif-grec qui caractérise le christianisme, non pas aux communautés de l'Est du bassin méditerranéen (comme le fait par exemple Marie-François Baslez), mais à la première communauté, celle des apôtres de Jésus, et même au Christ lui-même, dont il affirme qu'il s'exprimait probablement autant en grec qu'en Araméen. La force de cette affirmation s'enracine dans un regard nouveau sur la Galilée, dont Chevillot montre qu'elle était pratiquement dé-judaïsée à l'époque du Christ, en ressuscitant notamment le souvenir de Séphoris, sa très grecque capitale (absente pourtant des Evangiles), à deux pas de Nazareth. La famille de Jésus devient ainsi une famille de notables hellénisés (ce qui explique sa fuite en Egypte quand Séphoris s'est révoltée contre Rome).

Pour Chevillot l'Evangile grecque de Jean ferait apparaître tous les disciples "grecs" de Jésus, absents des autres Evangiles : Etienne, Marie de Magdala, et même Paul (Saul) de Tarse (pour lui Paul a nécessairement connu Jésus sans quoi il n'aurait eu aucune légitimité dans le christianisme). Jésus, accueilli en sauveur à la veille de la Pâque par les Juifs hellénisés de la diaspora, est perçu comme un réformateur du judaïsme qui menace les pharisiens.

Dans ce dispositif hellénistique du christianisme, l'isisme aurait joué un rôle important aussi bien dans les rituels du baptême de Jean le Baptiste que dans l'imagerie de la Vierge, et dans la résurrection et la figure de Marie de Magdala (on a déjà dit ce que le New Age en avait fait), une tradition qu'on retrouve dans la Gnose alexandrine. Une spéculation, étayée par très peu d'éléments historiques, mais qui rend compte d'une possible censure de certains éléments "féminins" véhiculés par l'isisme, en Palestine, qui auraient ensuite ressurgi de façon plus ou moins clandestine dans des évangiles apocryphes ou des représentations iconographiques auxquelles le regard "canonique" du catholicisme n'avait peut-être pas prêté, jusque là, une attention suffisante.

Pour mémoire les deux Maries (la mère de Jésus et Marie de Magdala) sont liées à Isis.  En septembre 2013,  Jane Schatkin Hettrick de l'université de Rider (New Jersey) montrait par exemple que le plus vieil hymne à Marie connu (pour lequel Mozart et Handel firent un accompagnement musical) est une transposition par Origène d'une prière à Isis.

Le parti sénatorial romain n'aimait pas Isis. Gabinius et Pison, les consuls de 58 av JC en avaient fait abattre les autels (le culte avait déjà gagné l'Ouest du bassin méditerranéen vers le IIIe siècle av JC via les esclaves), ordre renouvelé par un décret sénatorial de 54, et le consul Lucius Aemilius Paulus de ses propres mains s'en prend à un sanctuaire d'Isis et Séparpis en 50. Dion Cassius (XLII) précise que l'assassinat de Pompée en Egypte poussa un augure à Rome à relancer la persécution des cultes isiaques. Auguste interdisit l'isisme dans le pomerium de Rome en partie contre le souvenir de Cléopâtre ("Nouvelle Isis"). Tibère fit expulser des adeptes de l'isisme.

Voici l'histoire d'amour liée au culte d'Isis à Rome qui motiva sa décision (on ne peut pas s'étonner qu'Isis inspirât pareilles passions...). C'est dans le livre XVIII des Antiquités juives de Flavius Josèphe :

"Vers le même temps un autre trouble grave agita les Juifs et il se passa à Rome, au sujet du temple d'Isis, des faits qui n'étaient pas dénués de scandale. Je mentionnerai d'abord l'acte audacieux des sectateurs d'Isis et je passerai ensuite au récit de ce qui concerne les Juifs. [66] Il y avait à Rome une certaine Paulina, déjà noble par ses ancêtres et qui, par son zèle personnel pour lu vertu, avait encore ajouté à leur renom ; elle avait la puissance que donne la richesse, était d'une grande beauté et, dans l'âge où les femmes s'adonnent le plus à la coquetterie, menait une vie vertueuse. Elle était mariée à Saturninus, qui rivalisait avec elle par ses qualités. [67]  Decius Mundus, chevalier du plus haut mérite, en devint amoureux. Comme il la savait de trop haut rang pour se laisser séduire par des cadeaux - car elle avait dédaigné ceux qu'il lui avait envoyés en masse - il s'enflamma de plus en plus, au point de lui offrir deux cent milles drachmes attiques pour une seule nuit. [68] Comme elle ne cédait pas même à ce prix, le chevalier, ne pouvant supporter une passion si malheureuse, trouva bon de se condamner à mourir de faim pour mettre un terme à la souffrance qui l'accablait. [69] Il était bien décidé à mourir ainsi et s'y préparait. Mais il y avait une affranchie de son père, nommée Idé qui était experte en toutes sortes de crimes. Comme elle regrettait vivement que le jeune homme eût décidé de mourir - car on voyait bien qu'il touchait à sa fin – elle vint à lui et l'excita par ses paroles, lui donnant l'assurance qu'il jouirait d'une liaison avec Paulina. [70] Voyant qu'il avait écouté avec faveur ses prières, elle dit qu'il lui faudrait seulement cinquante mille drachmes pour lui conquérir cette femme. Ayant ainsi relevé l'espoir du jeune homme et reçu l'argent demandé, elle prit une autre voie que les entremetteurs précédents, parce qu'elle voyait bien que Paulina ne pouvait être séduite par de l'argent. Sachant qu'elle s'adonnait avec beaucoup d'ardeur au culte d'Isis, Idé s'avisa du stratagème suivant. [71] Après avoir négocié avec quelques-uns des prêtres et leur avoir fait de grands serments, et surtout après avoir offert de l'argent, vingt mille drachmes comptant et autant une fois l'affaire faite, elle leur dévoile l'amour du jeune homme et les invite à l'aider de tout leur zèle à s'emparer de cette femme. [72] Eux, séduits par l'importance de la somme, le promettent ; le plus âgé d'entre eux, se précipitant chez Paulina, obtint audience, demanda à lui parler sans témoins. Quand cela lui eut été accordé, il dit qu'il venait de la part d'Anubis, car le dieu, vaincu par l'amour qu'il avait pour elle, l'invitait à aller vers lui. [73] Elle accueillit ces paroles avec joie, se vanta à ses amies du choix d'Anubis et dit à son mari qu'on lui annonçait le repas et la couche. Son mari y consentit, parce qu'il avait éprouvé la vertu de sa femme. [74] Elle va donc vers le temple et, après le repas, quand vint le moment de dormir, une fois les portes fermées par le prêtre à l'intérieur du temple et les lumières enlevées, Mundus, qui s'était caché là auparavant, ne manqua pas de s'unir à elle et elle se donna à lui pendant toute la nuit, croyant, que c'était le dieu. [75] Il partit avant que les prêtres qui étaient au courant de son entreprise eussent commencé leur remue-ménage, et, Paulina, revenue le matin chez son mari, raconta l'apparition d'Anubis et s'enorgueillit même à son sujet après de ses amies. [76] Les uns refusaient d'y croire, considérant la nature du fait : les autres regardaient la chose comme un miracle; n'ayant aucune raison de la juger incroyable eu égard à la vertu et à la réputation de cette femme. [77] Or, le troisième jour après l'événement, Mundus, la rencontrant, lui dit : « Paulina, tu m'as épargné deux cents mille drachmes que tu aurais pu ajouter à ta fortune, et tu n'as pourtant pas manqué de m'accorder ce que je te demandais. Peu m'importe que tu te sois efforcée d'injurier Mundus ; me souciant non pas des noms, mais de la réalité du plaisir, je me suis donné le nom d'Anubis. » [78] lI la quitta après avoir ainsi parlé. Elle, pensant pour la première fois au crime, déchire sa robe et, dénonçant à son mari la grandeur de l'attentat, lui demande de ne rien négliger pour la venger. Celui-ci alla dénoncer le fait à l'empereur. [79] Quand Tibère eut de toute l'affaire une connaissance exacte par une enquête auprès des prêtres, il les fait crucifier ainsi qu'ldé, cause de l'attentat et organisatrice des violences faites à cette femme; il fit raser le temple et ordonna de jeter dans le Tibre la statue d'Isis. [80] Quant à Mundus, il le condamna à l'exil, jugeant qu'il ne pouvait lui infliger un châtiment plus grave parce que c'était l'amour qui lui avait fait commettre sa faute. Voilà les actes honteux par lesquels les prêtres d'Isis déshonorèrent leur temple. "

C'est seulement sous les Flaviens et les Antonins que l'isisme allait trouver sa place officielle sur les pièces de monnaie.

Lire la suite

La chirurgie esthétique attribut de l'émancipation féminine ?

18 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Sociologie des institutions

On s'interroge dans les sciences humaines sur la question de savoir si la féminité n'est qu'une construction socio-culturelle (et vous savez que telle n'est pas ma position). On se demande aussi, dans le contexte actuel, si le développement de la chirurgie esthétique contribue à l'émancipation des femmes, ou les aliène.Les deux questions sont liées. Si la féminité psychique dépend de son substrat biologique (et donc de son capital génétique), la méthode de la psychologie évolutionniste à la recherche des invariants comportementaux est légitime pour mettre au jour certaines composantes de ce capital (même si un gène ne fonctionne jamais indépendamment d'un certain dispostif de décodage, et dans un environnement naturel et social donné). Or ces sciences mettent en lien la féminité avec les stratégies de séduction (et donc un travail sur l'apparence) qui n'est pas entièrement le produit de conventions patriarcales. Le rapport de la féminité à la chirurgie esthétique n'est donc pas entièrement le fruit d'une aliénation historique (patriarcale, capitaliste etc.).

 

J'apprenais récemment une anecdote intéressante sur le rapport de la féminité à la chirurgie esthétique dans ce que le sociologie bourdieusienne appellerait les classes dominantes, une anecdote, et plus qu'une anecdote en réalité puisqu'elle concerne les milieux créateurs du droit, et donc la production les normes les plus officielles qui régissent notre société.

 

Le 5 février dernier, la cour de cassation française a pris une décision sur un arrêt de la cour d'appel de Paris de 2012, relatif gynecà Mme Elise X, jeune femme décédée accidentellement au bloc opératoire à quelques minutes d'une liposuccion. La cour de cassation a jugé que la famille de la victime pouvait être indemnisée par l'Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) au titre de la solidarité nationale, bien que l'opération ait relevé de la chirurgie esthétique, tout comme s'il s'était agi d'une opération indispensable à la santé physique de l'intéressée.

 

Une jurisprudence du Conseil d'Etat sur la circoncision du 3 novembre 1997 (n°153686) pouvait en quelque sorte "préparer le terrain" à cette évolution (la circoncision n'étant pas elle non plus indispensable à la santé). Pour autant celle-ci n'allait pas de soi, et la cour pouvait hésité sur la nécessité d'aligner ou pas la chirurgie esthétique sur les autres formes de chirurgie. L'issue des débats n'a peut-être pas été complètement indépendante de la question du sexe. Selon une source interne à la juridiction, les magistrates femmes (nombreuses au sein de la chambre civile) auraient été heurtées par un argument de l'avocat de l'ONIAM qui aurait dit à la barre, à l'audience publique que les femmes qui ont un problème avec leur apparence feraient mieux de "consulter un psychologue". Certains auraient  estimé dans l'autre sens qu'il n'était pas plus absurde de mettre la charge de la solidarité nationale les besoins d'amélioration de l'image de soi éprouvées par certaines femmes que la chirurgie plastique d'un champion de Formule 1 accidenté comme Michaël Schumacher. La remarque maladroite de l'avocat de l'ONIAM aurait ainsi involontairement cristallisé une sorte de cohésion féminine derrière un "droit au recours à la chirurgie esthétique", et un refus de pathologiser ce recours.

 

Voilà peut-être une belle victoire pour la chirurgie esthétique et les valeurs qu'elle porte, ainsi reconnues par les plus hautes instances judiciaires, mais aussi peut-être une illustration de certaines hypothèses de la psychologie évolutionniste sur une sorte de penchant "spontané de la féminité pour la recherche de l'attractivité physique, penchant auquel ne sont pas uniquement sensibles les bimbos...

Lire la suite

La synchronicité dans un récit d'A. David-Néel

17 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

"bouddha.jpgJe n'imaginais certainement pas qu'une déesse, assise sur un lotus paradisiaque, avait confectionné, à mon intention, ce piètre échantillon de l'art de la modiste. Evidemment, un voyageur ou une voyageuse l'avait perdu : mais pourquoi précisément à cette place, sur notre route ? ... Et pourquoi, à sa vue, la conviction que ce bonnet allait jouer un rôle important dans mon voyage avait-elle surgi si fortement dans mon esprit ? ... L'Orient - surtout au Thibet - est la terre du mystère et des événements étranges. Pour peu que l'on sache regarder, écouter, observer attentivement et longuement l'on y découvre un monde au-delà de celui que nous sommes habitués à considérer comme seul réel, peut-être parce que nous n'analysons pas assez minutieusement les phénomènes dont il est issu et ne remontons pas suffisamment loin l'enchaînement des causes qui les déterminent.

 

L'éducation lamaïste et monastique que Yongden avait reçue avant de s'initier aux enseignements de l'Occident ne lui permettait point de douter de l'existence d'êtres intelligents, invisibles pour la majorité des hommes et qui, cependant, vivent à côté d'eux ; mais ce jour-là il paraissait décidément réfractaire à la poésie de ce voisinage"

 

Alexandra David-Néel, Voyage d'une Parisienne à Lhassa, p. 92.

Lire la suite

Spéculations autour des pyramides

10 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #down.under, #Histoire secrète, #Christianisme

Tunisie-035.jpgLes spéculations autour des pyramides n'en finissent jamais. Après le documentaire à sensation sur la base des travaux de Jacques Grimault, et partiellement démenti un peu grossièrement mais avec des arguments solides ici, mais approuvé , voici une spéculation serbo-bosniaque sur la base d'une découverte de 2006 - lire ici...

Robert Temple et quelques autres défendent l'idée que les pyramides furent construites par des extra-terrestres en lien avec Orion (voir la Théorie des anciens astronautes). Pour les chrétiens fondamentalistes ce sont les géants, descendants des démons (les Fils de Dieu).

Lire la suite

Néoplatonisme et Paramadvaita

10 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

shiva.jpgDans Comparative Philosophy de 2013 (vol 4, n°2) de l'université de San José, je tombe sur cet article de Michal Just qui souligne les convergences entre les monismes idéalistes grec et indien : la doctrine de la subjectivité créative à plusieurs niveaux, de l'omniprésence de tout dans tout, sur le rôle de la beauté comme facteur du retour de l'âme à sa source. Des convergences que l'auteur attribue non pas à une influence indienne sur Plotin, mais à des similarités structurales en réponse à des critiques équivalentes (celles du Madhyammika et du scepticisme grec).

 

Le Dynamis panton (pouvoir du tout) comme source du beau (au dessus des proportions harmonieuses), le double mouvement prohodos-epistrophe ont desd échos dans le shivaïsme du Cachemire qui, au lieu de postuler un dieu masculin statique (pur esprit), emprunte au tantrisme une vision de la puissance (sakti) plus importante que la pureté, ce qui rejoint selon Just l'unité du feu et de la neige dans le platonisme (tout comme il y a une vision de l'âme comme un conducteur qui maîtrise ses chevaux dans les deux doctrines, tout en réduisant toute l'existence du monde à l'esprit). On a aussi dans les deux univers une valorisation de la concentration sur l'action quotidienne.

 

Voilà qui donne envie d'explorer plus avant le shivaïsme du Cachemire...

Lire la suite

Iconographie de Marie-Madeleine

12 Juillet 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Récemment, des Femen ont tenté une profanation à cinq centimes dans l'église de la Madeleine. Bien sûr elles sont passées une fois de plus à côté du symbole qu'elles visaient.

 

Les artistes, eux, ont mieux compris de quoi il retournait.

 

Voici une Marie-Madeleine allemande en tilleul attribuée à Gregor Erhart qui selon le site Tétramorphe au XVI ème siècle aurait été suspendue à la voûte de l'église des dominicains d'Augsbourg et entourée d'ange (ce qui rejoint la tradition de son élévation par les anges à Ste Baume). Les gens la voyaient donc d'en bas. Le site remarque que son extase peut être mystique ou érotique.Elle est au Louvre depuis 1902.

 

erhart.jpg

 

Voici celle du Titien :

 

Titien.jpg

 

Celle de Guido Reni :

 

reni.jpg

 

Celle du Caravage qui, comme le rappelait Manara récemment utilisait des cadavres de prostituées pour ses modèles de saintes.

 

caravag.jpg

 

Celle de Vrouet (même époque) :

 

vrouet.jpg

 

Celle de Murillo :

 

murillo.jpg

 

Celle de Jules Lefebvre au XIXe siècle à Saint Petersbourg, toute en rousseur :

 

lefevre

 

Celle d'Aldophe Binet (vers la même époque)auprès du Christ :

 

binet.jpg

 

Celle de Philippe Martinery (de nos jours) :

 

mart.jpg

 

Celle de Cyril Leysin (de nos jours) :

 

leysin.jpg

 

Même cette chanson dont les paroles veulent tout dire et son contraire a quand même un côté authentique : le décor qui fait penser un peu à la grotte de Sainte Baume, avec en plus une pyramide de lumière. Arnold Lebeuf cite bien "la Madelon", je peux donc citer Sandra...

 

Lire la suite

Le Livre d'Esther

1 Juillet 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

esther.jpgLe livre d'Esther dont je parlais il y a peu fait partie de ces ouvrages de l'Ancien Testament sur lesquels il faut savoir revenir à divers moments de sa vie.

 

C'est une belle histoire avec des passages très intéressants sur le fonctionnement de l'absolutisme perse, avec les règles de mépris en cascade et de mimétisme qu'il produit (côté mimétisme je pense à la crainte des grands de l'empire quand ils découvrent que la première femme d'Assuerus refuse de voir son mari : nos épouses feront-elles de même ? - notez qu'on n'est pas loin dans ce passage d'une ambiance à la Lysistrata d'Aristophane...)

 

Le livre pose une question : qu'est-ce que c'est que d'être en contact direct avec le divin ? Qu'est-ce que ça implique ? Il y a un peuple, qui est élu de Dieu (souvenez vous que les péripatéticiens grecs considéraient les Juifs comme un peuple de philosophes, notamment à cause des fortes prescriptions alimentaires, comportementales et éthiques, les unes n'allant pas sans les autres, qu'ils appliquaient), un peuple qui donc n'a pas vocation à être ni dans le mépris en cascade, ni dans le mimétisme, et qui, de ce fait, s'attire des jalousies (et même dans le livre d'Esther une volonté d'extermination). Il doit donc pratiquer sa foi clandestinement comme Esther. Le lien avec Dieu ne lui promet pas une hégémonie, mais une compensation symétrique, un rétablissement dans ses droits selon les règles de la justice (celui qui voudrait pendre sera pendu) et cela à soi seul montre que Dieu "ne laisse pas tomber". Mais pour le reste, le peuple élu ne cherche pas de bien terrestre, car, pour lui, la soumission au pouvoir d'un homme (le Roi des rois, mais on pourrait dire de tout homme et de toute femme), est une soumission au néant (c'est très clairement dit dans le texte), et c'est pourquoi aux fastes de la cour s'opposent en permanence le deuil, les sacs, les cendres (de Mardochée, d'Esther) qui sont autant de renoncement aux fastes.

 

Esther ne renoue avec sa splendeur que pour sauver son peuple, elle se pare de ses habits de reine pour aller parler à son époux le roi. Et notez qu'elle ne le fait même pas pour son peuple mais pour son Dieu : pour que son Dieu ait encore des "bouches" pour témoigner de lui. Cela aussi est écrit en toutes lettres.

 

Je voudrais dire aussi un mot des deux prières qui figurent dans ce livre : celle de Mardochée et celle d'Esther. Ce sont des professions de foi, des appels au Tout-Puissant, mais aussi, de ce fait, des incantations magiques, des appropriations de pouvoirs magiques. Esther revêtue des insignes royaux risque la mort en allant implorer le roi sans y avoir été invitée. Les lois du harem le lui interdisent. Elle ne survivra que si elle inspire de la bienveillance au roi et si celui-ci pose son sceptre d'or sur son cou. Devant lui elle défaille de peur. Mais c'est parce qu'elle a invoqué son Dieu qu'au milieu de son trouble celui-ci produit le miracle : il lui fait trouver les mots justes, et attendrit le coeur du roi, préparant ainsi un retournement complet de la situation du peuple juif captif. Le retournement vient de Dieu, comme récompense de la foi, mais il n'a été provoqué que par l'humilité de Mardochée et Esther, leur persévérance dans la résistance à la loi des hommes, leur fidélité à leur divinité, celle avec qui ils ont un contact intime depuis Abraham (le lien d'une promesse paternelle), tout cela s'étant noué dans la parole sacrée de la prière.

 

Aussi, si je trouve intéressant comme je l'indiquais récemment qu'Arnold Lebeuf repère dans Esther tous les traits d'Ishtar (qu'il retrouvera aussi dans Marie-Madeleine), je crois qu'Esther reste profondément une anti-Ishtar parce qu'elle est une anti-reine. Elle est une "ancilla domini" comme la Vierge Marie, et ne trouve de sens et de pouvoir existentiel que dans ce lien intime avec l'absolu, qui est un lien sans compromis avec le pouvoir politique (ou affectif) terrestre.

Lire la suite

Esther-Ishtar

28 Juin 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

En octobre 1994, lorsque je vivais à Madrid, après avoir vu (les 17 et 18 octobre, deux fois en 36 heures) "Trois couleurs : Rouge" du cinéaste polonais Krysztof Kieslowski, j'ai tenté d'écrire une nouvelle sur Esther, personnage biblique dont l'univers nous plonge dans les cours des rois perses.

 

J'étais dans une sorte de retour à la spiritualité. Je lisais le 5 octobre "Moi, Le Gardien De Mon Frère ?" de Abecassis, je réfléchissais sur l'apport de la pensée juive (Lévinas, Cassirer, Benjamin), après avoir vécu 6 mois dans la ville de Rachi, à Troyes. Le lundi 17 octobre 1994 à 6 h 58 j'écrivais dans mon journal : "Cette nuit j'ai pensé travailler sur un mythe féminin. J'ai pensé à la culture juive et à Judith, croyant qu'elle avait été reine. Mais après mon passage à la FNAC, il me semble que c'est Esther qui 'colle' mieux à l'idéal féminin que je veux mettre en scène (et qui ressemble beaucoup à Irène Jacob dans 'Rouge'). Esther, image de la culture clandestine, en exil parmi les idolâtres, une thèse éminemment métaphysique. Mais je voudrais le traiter sous un angle résolument moderne. Il faut que pendant une bonne partie du roman on ne sache pas si cela se passe aujourd'hui ou dans l'Empire perse : une façon de faire entrer le lecteur lentement, sans à-coup, et à tâtons dans le passé. Une façon aussi de montrer que le temps n'existe pas". Je n'ai écrit qu'une page ou deux de ce roman qui, en novembre 1994 n'était déjà plus qu'un vieux souvenir. A la Fnac de Callao j'avais acheté le Esther de Racine que je n'ai jamais lu.

 ange-cloud.jpg

Aujourd'hui je tombe sur un très bel article, "Maria Magdalena, the Morning Star" d'Arnold Lebeuf, un anthropologue de la paléo-astrologie pour lequel j'ai une admiration sans borne (il enseigne à Cracovie, décidément tout tourne autour de la Pologne) publié dans Vistas in Astronomy, acte d'une conférence de juin-juillet 1994 (toujours 1994...), sous la direction de Peter Beer, Archie E. Roy et Raymond E. White aux éditions Pergamon (p. 591-603). Une partie du chapitre est consacré à Esther, dont le livre est le premier qui comporte le mot "juif" et fut donc le lieu de la naissance de la nation juive, note Lebeuf, en même temps que de la fête de Pourim.

 

lebeuf.jpgLebeuf insiste sur le lien entre Esther et Ishtar la déesse de l'amour (et donc de l'étoile qui suit le soleil au levant), pas seulement par l'étymologie et parce qu'elle se comporte comme l'épouse parfaite du roi des rois. La période de trois jours de deuil qu'elle vit quand elle apprend le projet d'extermination des israélites rappelle la descente aux enfer d'Inanna (la déesse mésopotamienne), et elle parle de maîtriser le lion (le roi Assuerus=Xerxès Ier) comme Ishtar le fit (conjonction de Venus et du Soleil). Esther donc serait Ishtar, la colombe, et l'étoile du matin (dont Lebeuf remarque qu'elle fut très présente à Marseille avec les Phéniciens - site de Phos, insciption de l'abbaye de St Victor - et se prolonge dans Marie-Madeleine dont la fête le 22 juillet correspond à l'entrée du soleil dans la constellation du Lion). Esther comme Marie-Madeleine parfumait les pieds du "lion" (Asuerus = Jésus dans le Nouveau Testament). La lecture mythologique et astrologique enrichit bigrement la thématique...

Lire la suite

Atalante

28 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

Charmante histoire que celle d'Atalante et Hippomène. Atalante est belle, mais les dieux lui ont donné le don de courir très vite. Elle veut se marier. L'oracle lui dit que si elle se marie elle vivra encore mais ne sera plus elle même. Elle prend peur. Elle défie ses courtisans à la course. Hippomène amoureux relèe le défi, parvient à la ralentir dans sa course grâce aux pommes d'Aphrodite. Le couple se marie, mais oublie de rendre grâce à la déesse, profane son temple au fond d'une forêt sacrée sous la pluie, et Cybèle les punit en les transformant en lions de l'attelage de son char.

 

Ovide évoque joliment ce conte dans ses Métamorphoses quand Aphrodite le narre, couchée contre Adonis, le visage sur sa poitrine.

 

Guido Reni, admiré unanimement de Goethe à Stendhal en a fait un tableau (en 1612) que certains prétendent chrétien (car Hippomène de la main éloigne Atalante et ses pommes des trois péchés). Cela dit l'original du Prado se passe au clair de Lune, ambiance peu catholique.

 

Atalanta-e-hipomenes.jpg

 

Son contemporain Michel Maier avait composé un traité Atalante Fugiens qui faisait du conte une allégorie de l'alchimie...

 

 

 

 

 

Lire la suite

Nudité et descentes aux Enfers

11 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

DSCN5906Toutes ces histoires de descentes aux Enfers sont tout de même assez mystérieuses. Il y a la dimension agraire (la morte saison), la dimension amoureuse dont parle Devereux (mais est-elle si distincte que cela de la dimension agraire ?), qui s'étend selon moi jusqu'à la philosophie (le voyage de Pythagore aux Enfers, la rencontre de Parménide avec Perséphone dont l'historienne Mme Laura Gemelli nous dit qu'il faut la prendre très au sérieux). Et que faut-il penser de ce mythe sumérien que nous raconte Arnold Lebeuf, professeur à l'université jagellonne de Cracovie, dont on a déjà mentionné les travaux sur ce blog, dans sa contribution "Cosmology of love and madness"  à l' ouvrage de 1997 "The Tale of Crazy Harman", Academic publications Dialog, Varsovie, p. 230) :

 

"La déesse sumérienne Inanna (Ishtar) voyage au pays des morts, pour rencontrer sa soeur Ereshkigal, la déesse des Enfers, la terre de non retour. Avant son départ, elle demande à sa servante de venir la chercher si elle n'est pas revenue au bout de trois jours. Mais elle est arrêtée par les gardes des sept portes sur le chemin du royaume des morts, et obligée d'abandonner tous ses vêtements et bijoux et de se présenter nue devant sa puissante soeur. Ereshkigal la laisse repartir libre seulement à condition qu'elle lui consente une victime en sacrifice. Inanna revient au monde au bout de sept jours, en s'arrêtant à chaque porte pour récupérer sa robe et ses bijoux. Quand, à son retour, elle découvre que son mari Thammouz s'est offert du bon temps en son absence, au lieu de se lamenter et d'exprimer un deuil, elle choisit de le sacrifier : cf Inanna, Queen of Heaven and Earth: Her Stories and Hymns from Sumer, [Diane Wolkstein, Samuel Noah Kramer, New York, Rider 1983."

 

 

 

Lire la suite

"A brief history of nakedness" de Philip Carr-Gomm

9 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Généralités Nudité et Pudeur

Philip-Carr-Gomm-copie-1.jpgIl me faut dire ici un mot de "A brief history of nakedness" de Philip Carr-Gomm qui est sorti chez Reaktion Books en 2010, soit un an après mon ouvrage "La nudité, pratiques et significations".

 

1couv_nudite.jpg

Philip Carr-Gromm qui se présente en quatrième de couverture comme écrivain et psychologue, est chef élu de l'Ordre des Bardes, druides et Ovates (OBOD) en Angleterre, disciple de Ross Nichols (qui a travaillé avec Gardner), ce qui nous renvoie à notre propos sur la nudité dans la Wicca (voir le billet ici).

 

L'intérêt du livre de Carr-Gromm, c'est que ce n'est pas un livre d'anthropologue, mais un livre de croyant. Vous le savez, la démarche de mon propre livre s'est tenue à l'écart des apologies de la nudité (d'autant que celles-ci sont souvent assez fades et superficielles). Il est cependant utile, une fois le travail "d'objectivation" mené en toute neutralité, d'entendre quelqu'un qui exposera avec conviction le sens spirituel qu'il investit dans la dénudation et le soutiendra d'un bout à l'autre de son ouvrage.

 

Carr-Gromm y examine notamment la dimension (démoniaque) religieuse de la nudité à partir du courant auquel il appartient, la Wicca. Il livre des anecdotes intéressantes comme cette histoires de cérémonies wicca nocturnes "in the nude" à la veille de l'attaque allemande contre l'Angleterre en 40, avec un regard intéressant sur l'itinéraire des fondateurs du néo-celtisme, leurs liens avec le naturisme et avec la franc-maçonnerie. Loin de s'en tenir à cette simple approche historiographique, il la fait entrer en résonnance avec des dimensions que j'ai traitées assez longuement dans mon livre : la nudité comme abolition des barrières sociales, rupture avec les conventions, ouvertures à son soi intime, mais aussi la dimension fertilisante de la nudité dans les rituels agraires (toujours un peu mystérieuse à mes yeux), et la valeur apotropaïque de l'exhibition des genitalia contre les esprits mauvais.

Lire la suite

La sexualité d'Adonis

8 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

adonis.jpgAdonis est une figure très importante de la mythologie amoureuse gréco-romaine. Les Métamorphoses d'Ovide résument sa légende. Joseph D. Reed, professeur à l'université de Brown, spécialiste de la littérature hellénistique et augustéenne (de Virgile), a publié dans la revue Classical Antiquity d'octobre 1995 (il y a presque 20 ans) un intéressant article en ligne ici, intitulé tout simplement "La sexualité d'Adonis", qui insiste sur l'envers féminin de la conception machiste grecque de la sexualité.

 

Le culte d'Adonis est une adaptation grecque qui remonte au 7ème siècle avant JC de la lamentation annuelle mésopotamienne du dieu Tammuz (nom sumérien originel : Dumuzi avant sa traduction par les akkadiens), époux de la déesse de l'amour Ishtar (Inanna) qui a atteint la Méditerranée avec l'expansion de l'empire assyrien. Tammuz était pleuré durant l'été sec comme une personnification de la perte des récoltes et du bétail. Il était le protecteur du peuple, incarné dans les rois de Sumer et de Babylone. La lamentation rituelle par les femmes s'est répandue jusqu'à Jérusalem - voyez dans Ezecchiel 8, 14-15 : "Il m'emmena à l'entrée du porche du Temple de Yahvé qui regarde vers le nord, et voici que les femmes y étaient assises, pleurant Tammuz./ As-tu vu, fils d'homme ? Tu verras encore d'autres abominations plus affreuses que celles-ci."

 

Adonis a été transmis aux Grecs via les Syriens ou les Phéniciens (Adn dans les langues sémitiques veut dire "Seigneur" et les Grecs ont dû prendre cela pour le nom de Tammuz). A Athènes, les fêtes des Adonia n'étaient célébrées que par les femmes (à la différences de pratiques phéniciennes et chypriotes tardives qui finirent par admettre les hommes). C'était une fête informelle que les femmes célébraient sur leurs toits plats des maisons l'été en dehors du calendrier officiel.

 

A la différence du Proche-Orient note Joseph Reed, Adonis en Grèce est déconnecté des moissons, et il n'est qu'une aventure amoureuse d'Aphrodite, pas son époux comme Tammuz pour Ishtar. Et il n'est plus non plus un roi.

 

Pour autant Joseph Reed réfute l'analyse de l'anthropologue belge Marcel Detienne qui en faisait un culte "anti-agraire", lié au parfum (Myrrha est la mère d'Adonis), à la prostitution et à la sexualité non fertile, à l'opposé des Thesmophoria de Demeter. Selon Reed, c'est un raccourci car beaucoup de légendes grecques anciennes ne relient pas Adonis à la myrrhe et des cas de célébration par des mères de famille sont attestées. Surtout Reed blame la méthode structuraliste qui crée une vision univoque du mythe d'Aristophane à Saint Cyri.

 

Comme Devereux qu'on mentionnait il y a peu, Reed signale à propos de l'épisode de l'exil d'Adonis aux Enfers que dans certaines versions du mythe Adonis est un enfant, ce qui explique de Devereux se soit aventuré sur le terrain de l'inceste avec Aphrodite (pour mémoire dans la version orientale du sejour de Tammuz pendant 6 mois auprès de la reine des Enfers l'amour d'Ishtar ne joue aucun rôle), mais il souligne aussi qu'on ignore si les premières fêtes grecques autour d'Adonis mentionnaient l'amour d'Aphrodite ou le séjour aux Enfers. et laisse entendre à propos de l'emmaillottage du héros qu'un aspect important du mythe est peut-être de mettre en avant l'idéal féminin de protéger l'homme et le tenir hors des tourments, quand les légendes masculines sont plus axées sur le désir. Selon lui, Adonis a pu (si l'on interprète un peu largement le texte) avec le temps incarner aux yeux des hommes le mauvais chasseur (tué par le sanglier), trop dépendant des femmes, abandonné à la facilité de son jardin, tandis que pour les femmes, la lamentation sur le jeune Adonis pouvait exprimer leur regret devant leur impuissance à faire prévaloir dans la société leur sensibilité et leur envie de se rêver en Aphrodites dans une cérémonie privée une fois dans l'année.

Lire la suite
<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 > >>