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Articles récents

"Vie d'Apollonios de Tyane" de Philostrate

12 Janvier 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

apolonios.jpgJe lis en ce moment la Vie d'Apollonios de Tyane, écrite par Philostrate vers 210 (mais Apollonios, lui, vécut à l'époque de Tibère et de Caligula).

Je crois que ce texte est important pour diverses raisons. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'une vie de philosophe très semblable à la vie du Christ racontée par les Evangiles (et selon Grimal sans emprunt à celles-ci), qui d'ailleurs commence par la visitation (selon le terme consacré dans le langage religieux) d'un dieu à la mère du philosophe-prophète avant sa naissance.

Ensuite c'est intéressant parce que c'est la vie d'un philosophe pythagoricien : cette école étant quand même un peu le parent pauvre de la philosophie rationaliste nous en connaissons bien peu de choses. Il est très utile, je trouve (par delà la part d'invention fantaisiste que comprend nécessairement ce genre de récit) de trouver la philosophie de Pythagore incarnée dans un homme comme cet Apollonios, enfant de la bourgeoisie de Cappadoce, qui en respecta beaucoup de préceptes tout en en aménageant d'autres (sur le célibat par exemple).

Je crois que le pythagorisme est une doctrine féconde pour notre rapport contemporain à l'environnement, dans la mesure où elle prône le respect absolu de toute vie sur terre (et pour cette raison s'accompagne de prescriptions alimentaires et vestimentaires complexes). Il y a notamment dans le récite de Philostrate un moment extraordinaire où Apollonios accuse des propriétaires d'Asie Mineure d'avoir accaparé le blé produit par la "Terre mère" appartenant à tous, que les peuples andins contemporains, assoiffés aussi bien de respect de la nature que de justice sociale sous l'égide de la Pachamama ne renieraient certainement pas.

Je trouve très forte notamment la valorisation du silence chez ce philosophe, qui resta cinq ans au milieu des siens sans parler.

Enfin le récit est instructif parce qu'il rend compte d'un voyage d'Apollonios de Cappadoce jusqu'en Inde, et, de ce fait, s'intéresse aux spiritualités des peuples croisés sur le chemin : l'aptitude des Arabes à comprendre le langage des oiseaux (Apollonios lui-même comprend toutes les langues, comme les Apôtres), celle des Mèdes à lire dans les astres etc.

A propos des spiritualités orientales, j'apprends que dans un quartier d'Antioche que l'on appelait Daphné, on vénérait un laurier qu'on prenait pour l'héroïne du mythe changée en cette plante par Apollon (bien que le mythe situât la scène en Arcadie). Le sanctuaire y était d'ailleurs rempli de "gros beaufs" (dirait-on de nos jours) qui y allaient juste pour bavasser et prendre le frais sous les hauts cyprès (comme d'ailleurs dans la ville natale de Saint Paul, Tarse, où il était impossible de faire de la philosophie selon Apollonios car les gens ne s'y intéressaient qu'à la rigolade au bord de l'eau et à la qualité de leurs vêtements).

 

Le commentateur du livre note que le sanctuaire du laurier Daphné à Antioche participe d'un culte vivant rendu dans tout le Proche Orient à tous les arbres (et dont on a l'écho dans l'Arbre de Vie de la Génèse hébraïque). Ce culte de l'arbre proche-oriental est quelque chose que je connais mal hormis de vagues souvenirs de Mircea Eliade sur les arbres comme Axis mundi (mais je ne crois pas qu'il examinât la spécificité proche-orientale du phénomène).

 

Je ne suis encore qu'au début du récit, mais je trouve qu'il synthétise déjà beaucoup de choses sur la "spiritualité philosophique" de l'Orient romain du début de notre ère, sous un angle à la fois peu connu, et qui peut répondre à ds aspirations importantes de notre époque. A suivre...

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Contre les excès de la théorie des genres et du constructivisme

27 Décembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

pinker.jpgContre les ayatollahs de la théorie des genres et du constructivisme qui se sentent pousser des ailes en ce moment, il faut quand même rappeler que si les représentations sociales (avec leur part d'arbitraire) influencent les comportements humains (qui pourrait le nier ?), la part d'héritage naturel a aussi son importance. Souvenez-vous des pages du neuro-psychologue Steven Pinker, dans Comment fonctionne l'esprit, publié aux USA en 1997 et en France en 2000, reproduites ci-dessous, contre les excès de ce qu'il appelait le "Modèle standard des sciences sociales", lequel imposait une séparation radicale entre nature et culture et portait dans ses présupposés le constructivisme qui fonde les dogmes de la théorie des genres. Il accusait ce modèle de vouloir museler le travail des biologistes et des chercheurs dissidents en sciences humaines (psychologues ou sociologues). Or Steven Pinker, disciple de Chomky, est tout le contraire d'un esprit obtus et conservateur. Il entendait par là mettre en garde contre la négation dogmatique des influences génétiques sur les comportements. Le débat sur la question a beaucoup avancé dans les milieux scientifiques dans les années 2000, notamment pour une unification possible des sciences naturelles et des sciences humaines. Mais à l'égard des idéologues dans l'espace public, la mise en garde reste tout à fait d'actualité...

 

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Le platonisme de Marsile Ficin

21 Décembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Pythagore-Isis

leornardo.jpgDans mon ouvrage sur la nudité (je pourrais parler d'autres livres que j'ai écrits, mais celui-ci est populaire et évoque de nombreuses problématiques, alors pourquoi ne pas continuer là-dessus ?), je mentionne, à propos de la "nudité-affirmation", l'importance du néo-platonisme du XVe siècle, en m'appuyant sur François Jullien.

 

Mais on assume toujours trop facilement comme une évidence que la Renaissance italienne (par exemple Léornard de Vinci) fut néo-platonicienne, et il est toujours bon de se plonger dans le détail des choses. Je recommande à ce sujet la lecture du grand classique d'André Chastel de 1954 "Marsile Ficin et l'art", qui présente l'histoire de l'Académie néo-platonicienne de Careggi à Florence et de son fondateur. Bien sûr il est toujours facile de rattacher le mouvement des idées à de grands phénomènes sociaux, comme le platonisme italien à la migration des érudits byzantins à l'approche de la chute de leur ville, mais ce qu'il advint réellement dépend de l'histoire des individus qui laisse toujours une part aux aleas. Celle de Marsile Ficin conduisit à la création d'un aimable groupe de pensée retiré dans un magnifique jardin de Florence, où les gens devinrent des maniaques de Platon, au point de se référer tout le temps à lui, et de fêter systématiquement les anniversaires (conventionnels) de sa naissance, le 7 novembre (comme dans l'Antiquité les épicuriens fêtaient aussi celui de leur maître dans leur jardins). Ce faisant, et en s'inspirant des maîtres du platonisme tardif (Plotin, Porphyre etc), remaniés aux goûts italiens de l'époque, ils inventèrent un platonisme nouveau, plus ouvert aux arts, à la création, qui allait se diffuser largement dans l'intelligentsia artistique italienne.

 

J'avoue que j'ai beaucoup aimé ce platonisme délicat de Marsile Ficin que je ne connaissais guère. Moins pour sa volonté de "purifier l'âme" pour la faire accéder au monde des essences éternelles, que pour sa relative ouverture aussi au monde "d'en bas" en quelque sorte, et à sa volonté de saisir à travers la création, l'inspiration du génie créateur de l'artiste qui reproduit celle du Démiurge ou de Dieu, la profonde unité de l'univers, à laquelle initient l'alchimie, le jeu des analogies (dont on parlait précédemment sur ce blog à propos de la magie égyptienne), l'étude de la poésie antique, la réconciliation du christianisme et du paganisme, l'intérêt pour les hiéroglyphes égyptiens et l'astrologie des Mèdes etc...

 

Ce sentiment de l'unité de l'univers pensé à travers une métaphysique de la lumière, et de la similitude (classique depuis Aristote) entre le microcosme humain et le macrocosme universel ou terrestre (avec des images amusantes comme l'idée que l'herbe ce sont les poils de la Terre !) est certes purement imaginaire, mais c'est une source d'optimisme créatif et de sérénité, d'autant qu'il se construit à équidistance et au dessus de la débauche comme de la recherche du pouvoir social (la réussite professionnelle, l'engagement politique etc), avec une forte valorisation de la contemplation, des rêves nocturnes (ce qui me paraît très important et qui disparaît aujourd'hui de nos horizons à mesure que s'efface la psychanalyse) etc.

 

C'est parce qu'il y a eu Marsile Ficin à Florence, et sa façon très spécifique d'ouvrir le platonisme à l'art, attirant à lui une bonne partie de ce que Florence (mais aussi ensuite par capillarité le reste de l'Italie) comptait de théoriciens de la création, de grands peintres et de sculpteurs, que nous avons eu ensuite les Vénus de Botticelli (avant la conversion de Botticelli et d'ailleur d'une partie des disciples de Ficin à l'obscurantisme de Savonarole) ou la Joconde de Vinci, les Vénus de Botticelli étant, rappelons le au passage, des allégories de la connaissance pure platonicienne réunissant idéal artistique et élévation de la matière à une forme mathématique. Bien sûr la doctrine philosophique n'est jamais reçue dans sa pureté, elle connaît des mutations dans le langage philosophes (par exemple quand Pic de la Mirandole reformule l'héritage de Ficin) ou dans le langage mondain (quand la recherche de la Vénus céleste et de la connaissance pure se cristallise sur la vénération de femmes réelles). Mais la caution philosophique de la théorie initiale fonctionne toujours comme un point d'appui de légitimation du geste artistique, qui oriente ses partis pris (par exemple les thèmes qu'il choisit d'illustrer) et détermine sa place dans l'ordre social, l'artiste pouvant devenir, grâce au néo-platonisme de l'Académie de Careggi, un médiateur de la puissance divine, et un recréateur de l'unité du monde à l'instar du philosophe, ce qui n'est tout de même pas rien !

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Interviewé par Le Figaro en ligne sur un calendrier d'Emmaüs Pau-Lescar

14 Décembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

emmausJ'ai été interviewé ce matin à propos d'un calendrier de nus élaboré par Emmaüs Pau-Lescar. Bien que je sois natif du Béarn, ce n'est pas par un journal local mais par Le Figaro en ligne que je suis interrogé. Mes réponses sont ici.

 

Je précise juste un petit détail. Je n'ai pas dit : "Il n'y a rien d'étonnant à cette démarche, la nudité brute, simple, originelle est au contraire intéressante." Ca, c'est une reformulation de mon propos a posteriori par l'intervieweuse. Bien évidemment en tant que sociologue, je garde une neutralité à l'égard de mon objet d'étude. Je n'irai donc pas faire l'apologie d'un comportement, comme la monstration de la nudité, pas plus que je n'irai le dénigrer. Je le décris et l'analyse, voilà tout.

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"L'Histoire du Monde" sur France 5

26 Novembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate

dialogue-sur-les-aleasComme vous le savez, je me suis amusé il y a deux ans à publier quelques réflexions sur l'histoire du monde, sous le titre "Dialogue sur les aléas de l'histoire".

 

Je regardais récemment une partie du documentaire consacré par la BBC à l'histoire du monde précisément et diffusé sur France 5, plus précisément la partie consacrée à la période allant de - 300 à + 700 que l'on peut encore voir ici. Ce documentaire qui n'est pas dépourvu de qualités reflète évidemment les préoccupations de notre époque : les thèmes écologiques, un intérêt appuyé pour le rôle des femmes, une volonté de couvrir toutes les zones du globe tout en se gardant de les présenter sous un angle synchronique - afin de permettre une mise en valeur de l'apport de chacune de ces zones sans comparer leurs niveaux de développement respectifs à chaque moment relaté.

 

Ce genre d'émission a du bon, bien qu'on puisse en contester certains partis pris. Je regrette cependant qu'il puisse encore s'y trouver des erreurs factuelles. Pour n'aborder que la civilisation que je connais le mieux (la civilisation romaine), il n'est pas normal par exemple qu'on prétende dans ce documentaire que César et Cléopâtre se considéraient comme des dieux vivants, quand on sait que la question n'a cessé de faire débat dans l'histoire en ce qui concerne César (il est peu probable que le "divin Jules" se soit pris pour un dieu, on l'a assassiné parce qu'on le soupçonnait de le croire, mais c'est un fait contestable, et notons que même au sommet de l'absolutisme du principat dans les décennies qui suivirent les empereurs n'étaient divinisés qu'après leur mort). Quand le documentaire choisit d'évoquer le martyre de Perpétue (qu'il s'obstine à appeler Perpetua sous une forme latine comme c'est la tradition en Angleterre, mais la tradition française est de franciser, c'est pourquoi on dit César et non Caesar), il y a aussi matière à s'interroger, Je vous rappelle le récit du martyre de cette sainte que j'évoque dans mon livre sur la nudité : « Elle fut enlevée, lancée en l'air (par un ours) et retomba sur le dos. Dans la chute, sa tunique fut largement fendue, elle la rapprocha afin de se couvrir les jambes, plus attentive à la pudeur qu'à la douleur » (cf le Recueil de pièces authentiques) et je vous laisse vérifier par vous mêmes dans le documentaire (dans les 20 dernières minutes) si c'est bien ainsi qu'il présente les choses ! (je serais curieux de savoir d'ailleurs ce qui autorise les auteurs de cette production à retenir la version qu'ils présentent - par exemple le fait de faire comparaître Perpétue dans l'arène dans une très peu vraisemblable robe d'aristocrate plutôt qu'en tunique - plutôt que celle-ci sachant de toute façon que tous les écrits hérités du IIIe siècle ont été largement recomposés et chargés de légendes).

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Le transhumanisme n'est pas seulement libertarien

24 Octobre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

transhumanism.jpgJ'ai souvent regretté que la réflexion sur les technologies aujourd'hui soit accaparée par les transhumanistes, tandis que leurs opposants s'enferment dans une position conservatrice de refus des technologies, dont l'histoire des deux derniers siècles a montré qu'elles ne tenaient jamais la route face aux aspirations profondes des gens.

 

L'avantage des transhumanistes dans l'anticipation de ce que peuvent devenir nos technologies est indéniable et l'on aurait tort de le caricaturer. De ce point de vue j'ai trouvé le documentaire d'Arte "Un monde sans humains" hier soir un peu simpliste car, en donannt beaucoup la parole à des psychologues et philosophe sfrançais qui lui sont hostiles, il donnait le sentiment que ce mouvement était nécessairement libertarien, partisan de la réalition individuelle de soi au détriment des autres etc.

 

Or certes il y a beaucoup des dimensions qui nous inquiètent dans certaines tendances du transhumanisme. Par exemple le risque de dérive sectaire dans des mouvements comme Terasem fondée par la milliardaire Martine Rothblath (on trouve ici un texte intéressant sur son association, son soutien à Obama en 2008 etc, voir aussi son blog). Il trouve des intersections ausis avec d'autres religions comme les mormons (un mouvement transhumaniste mormon existe) dans la mesure où l'Ecole des Saints des Derniers Jours valorise le savoir, la progression indéfinie de son être ici-bas et dans l'au-delà (ainsi que la progession de Dieu) - encore que je ne sois pas du tout convaincu que le mormonisme soit nécessairement ultralibéral (toute religion a plusieurs tendances et écoles d'interprétation).

 

Mais le transhumanisme est sans doute plus divers que cela. On trouvait sur le Net américain (moins aujourd'hui il est vrai) au début des années 2000 des blogs transhumanistes socialistes. L' "anarcho-transhimanisme" se réclame de Noam Chomsky. Le sociologue James Hugues, bouddhiste de conviction (il a même été moine de cette religion - et l'on connaît les affinités possibles de cette religion avec le socialisme, du Dalaï Lama à feu le roi Norodom Sihanouk), défend un transhumanisme "démocratique", dans l'esprit de la "troisième voie" (de centre-gauche) qu'on connaît bien dans le domaine des sciences cognitives autour de Steven Pinker par exemple

 

On peut difficilement parler d'une école de pensée sans en aborder les diverses nuances...

 

 

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Connaissance et espoir

6 Octobre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

fayoum14.jpgA propos des papyrus égyptiens en démotique dont nous parlions récemment, je voudrais dire ici un mot des travaux de la jeune historienne Magali de Haro Sanchez qui exploite des papyrus iatromagiques provenant d’Egypte, rédigés en grec et qui sont datés du 1er siècle avant J.-C. au 7e s. de notre ère. Ces documents mêlent des techniques de médecine et de magie (à l’époque mal dissociées, on s’en doute) pour guérir les malades.  Comme l’explique Magali de Haro « Pour soigner ou écarter les maux, les papyrus iatromagiques proposent trois méthodes complémentaires :
1. le port d'une amulette souvent décorée et généralement personnalisée, le
bénéficiaire et l'affection étant clairement identifiés,
2. la réalisation de recettes à base d'ingrédients d'origine animale, végétale ou
minérale,
3. la pratique d'un rituel accompagnant uneformule prononcée à voix haute (invoquant un assistant surnaturel, – qu’il s’agisse de divinités grecques, égyptiennes, ou de personnages de la tradition biblique juive ou chrétienne). »

Ainsi, voici un exemple amusant de recette qu’on trouve dans ses matériaux, pour ne pas avoir d’enfants :


 « Anticonceptionnel, le seul au monde : prends autant de lentilles bâtardes que tu veux pour le nombre d'années que tu désires rester stérile et trempe-les dans les règles d'une femme en période menstruelle. Qu'elle les trempe dans son propre sexe. Prends aussi une grenouille vivante et jette les lentilles bâtardes dans sa bouche, pour qu'elle les avale, puis relâche la grenouille vivante à l'endroit d'où tu l'as prise. Prends aussi une graine de jusquiame, trempe-la de lait de jument, puis prends le mucus d'un boeuf avec de l'orge et jette-le sur une peau de faon et, à l'extérieur, lie-la à de la peau de mule, puis porte cela en amulette, durant la phase décroissante de la lune, dans un signe du zodiaque
féminin, le jour de Kronos ou d'Hermès. Mais mélange aussi à l'orge du cérumen de mule. »

 

Retenons cette remarque de la jeune chercheuse  dans un article de vulgarisation : « Dans l'Antiquité, le choix d'un ingrédient ne se justifiait pas seulement par son efficacité réelle ou supposée en tant que substance, mais surtout par sa valeur symbolique. Dans la mentalité antique, certaines « lois » régissaient les rapports entre les règnes
minéral, végétal et animal. Elles étaient particulièrement exploitées en magie, mais aussi, dans une certaine mesure, en médecine. Très bien représentée dans les formules iatromagiques, « la loi de sympathie » (sumpatheia), »

 

On est toujours frappé quand on réfléchit à l’Antiquité par l’absence de sens empirique, le peu d’intérêt pour le cas particulier. Peu importe si le remède magique ne fonctionne pas : l’échec ne remet pas en cause la règle, il n’en est jamais qu’une exception malheureuse. Mais seule la règle compte vraiment et fascine. La règle, c’est cet ordre symbolique que les savants imaginent (et fantasment) entre le cosmos, les dieux et les réalités matérielles palpables. La force du fantasme était d’autant plus forte que le savoir positif était limité. Il fallait que les dieux, les astres et les symboles comptent plus que la situation concrète du patient, parce que de toute façon le savoir positif était trop faible pour permettre l’espoir. Or c’est l’espoir que crée la Foi dans l’Ordre que personne ne voulait sacrifier. Car l’espoir comptait plus que la connaissance. Et cette hiérarchie de valeur n’a été inversée, le savoir positif et l’intérêt pour le cas concret contre la spéculation, que lorsque la connaissance positive permit réellement de régler des problèmes spectaculaires (à la Renaissance).

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Un dictionnaire démotique-anglais, l'Egypte au début de notre ère

3 Octobre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Tunisie-035.jpgL'Egypte est sans doute un des pays où les manuscrits d'il y a 2 000 ans sont les mieux conservés pour des raisons climatiques. Par exemple c'est dans ce pays qu'on a retrouvé récemment un fragment du 4ème siècle mentionnant la "femme de Jésus" (voir cependant diverses réserves émises dans la communauté scientifique à ce sujet).

 

Comme la plupart des papyrus retouvés là bas sont en démotique, la langue populaire qui prédomina de - 500 à + 500, il est heureux que l'université de Chicago vienne de mettre au point un dictionnaire démotique-anglais en ligne. Pour vous donner une idée de la technicité de la chose, vous pouvez, au hasard, lire la page de la lettre "r" par exemple...

 

A propos de vieux textes égyptiens, on peut aussi jeter un oeil à l'article intéressant de Serge Cazelais sur l'Evangile de Judas et sur tous les problèmes philologiques que ce texte pose. Voilà. Juste une suggestion de lecture parmi d'autres.

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"Les religions et le luxe" de Pascal Morand

21 Septembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Morand.jpgJe conseille la lecture de ce livre original de Pascal Morand, économiste, qui aidera sans doute beaucoup d'acteurs économiques à comprendre les ressorts de la consommation, du rapport à la richesse (ostentatoire ou non), et au luxe (une notion qui peut être bien différente de la simple aisance matérielle), et leurs différences d'un continent à l'autre. Voyez ma recension à ce sujet sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=91&ida=14929 ou en cliquant directement ici.

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A propos de "Libérez le féminisme"

21 Septembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

feminisme.jpgQuand une prostituée de luxe (qui oeuvre dans le "strass"...), "Morgane Merteuil" s'en prend au féminisme "bourgeois" cela donne un livre de combat et de témoignage, utile. Quelques idées intéressantes au coeur des débats sur le voile, l'abolition du sexe vénal etc. Voyez à ce sujet ma recension sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=94&ida=14927 ou en cliquant ici.

 

 

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Guennadi Ulibin

15 Septembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate

Notre collègue blogueur argentin Ruben Reveco, grand défenseur de la peinture réaliste (d'où le nom de son blog "Resistencia realista") a déniché encore une pépite : le peintre russe (basé en Espagne) Guennadi Ulibin (je suppose qu'une transposition française plus "classique" du russe imposerait plutôt qu'on écrive "Oulibine"). Voilà un homme qui peint des portraits comme de photos, en joutant à cela une ambiance étonnante.

 

On peut se faire une idée de son travail, en regardant la vidéo ci-dessous (je recommande de couper la musique).

 

Peu de choses sur Internet à propos de cet artiste. Catherine La Rose, artiste blogueuse qui vante aussi d'autres auteurs de nus sur son site, produit une belle collection de ses photos et évque cette "énorme énergie" qui émane de ces corps confrontés à la solitude des paysages et aux sihouettes inhumaines des machines qui les entourent. La galerie de l'artiste est ici.

 

 

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Georges Devereux et l'anthropologie du corps

6 Septembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Baubo.jpgJe faisais allusion dans un précédent billet aux travaux de Georges Devereux, psychanalyste et père de l'ethnopsychiatrie dont un des grands avocats en Allemagne (qui traduisit et publia "Baubo, la vulve mythique" et le fit publier Outre-Rhin avant même sa sortie en France) est l'ethnologue Hans Peter Duerr qui a beaucoup inspiré mes travaux sur la nudité.Et je signalais à cette occasion mon intérêt très prudent pour la psychanalyse.

 

Je pourrais, si je voulais justifier cette prudence, citer mille exemples. Voici le dernier en date qui me vient à l'eprit et qui est extrait précisément du livre de Devereux sur Baubo :

 

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N'importe qui, même sans compétence particulière d'helléniste peut contater la faiblesse de l'argumentation logique qui fait identifier la deuxième fille de Déméter (sans nom) à la première (Perséphone), sur la base de deux surnoms qui pourraient être attribués à n'importe quelle déesse. Toutes les "démonstrations" dans les analyses de mythes, sont de cet acabit, et mieux vaut donc avancer avec scepticisme dans la forêt des faits souvent mis en relation entre eux d'une manière assez abusive... Aussi ne suis-je convaincu par à peu près aucune de ses hypothèses, notamment pas celle selon laquelle les déesses sont des mères des hommes  (dans "Femme et mythe"), ses idées sur la réversibilité phallus-vulve, ses comparaisons "à la hâche" entre Baubo, une Gorgonne étrusque et une déesse japonaise, etc.

 

Néanmoins je prends Devereux pour un agitateur d'idées intéressant, et un témoin d'une époque déjà lointaine (dans ses livres du début des années 1980) : par exemple quand il aborde l'image des femmes enceintes ou le rapport des femmes à la laideur de leur sexe et de leur corps (ce qui n'est visiblement plus du tout d'actualité dans la nouvelle économie médiatique de la valorisation-dévalorisation de la plastique physique et de la sexualité).

 

Je pense qu'il y a dans son bric-à-brac des choses importantes à repêcher pour des recherches placées sur d'autres rails. Par exemple quand il ressort un fragment du stoïcien Chrysippe sur Athéna, ou lorsqu'il exhume toutes les symboliques de la fève chez les auteurs grecs (au delà même de ce que j'en lisais récemment chez Plutarque à propos de Pythagore), et qui ferait presque de cet aliment un équivalent du maïs chez les civilisations d'Amérique centrale (y compris dans sa suggestivité métaphysique, il y aurait de quoi en faire un livre qui réarticulerait au passage toute la hiérarchie pneumatique des valeurs de l'esprit à l'appareil digestif). L'audace que lui donne la double culture psychanalytique et ethnologique lui permet d'aborder des sujets que personne n'examinait avant lui comme, par exemple, la toison pubienne qui intrigue beaucoup les magazines féminins en ce moment (le business de l'épilation comme celui du tatouage ou du piercing nourrissant des "débats identitaires" à n'en plus finir) : sur ce sujet par exemple en mêlant des anecdotes typiques des années 70 avec des connaissances ethnologiques sur des peuples encore coupés de notre modernité occidentale, Devereux apporte des contrepoints utiles, ou des compléments opportuns, aux remarques plus marquées par les années 2000 (malgré leur souci d'inactualité) d'un Desmond Morris (dans "The naked woman") qui avait été une des mes plus importantes boussoles sur cette question.

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Les femmes musulmanes aux Jeux Olympiques

30 Août 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Pour ceux que le sujet a intéressé cet été, et qui lisent l'anglais, je recommande sur Anthropology-News l'article de la doctorante à Cambridge Sertaç Sehlikoglu-Karakas sur la présence de représentantes de nations musulmanes aux Jeux olympiques de Londres. Elle a notamment enquêté auprès de jeunes femmes à Istanbul sur l'image de l'athlète bahreini Roqaya Al-Gassra.
 
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Lady Gaga "nue" sur Twitter : le traitement médiatique

29 Juillet 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

La chanteuse Lady Gaga le 27 juillet pose en string couleur chair (certains journaux disent nue pour simplifier ou vendre) sans guère de maquillage (pour "faire naturel", une fois n'est pas coutume) sur Twitter (quelques jours après avoir posé nue dans un style plus élaboré pour un parfum) En 2010 pour son anniversaire elle avait fait de même, mais juste topless. Le quotidien conservateur espagnol ABC, la Prensa du Honduras publient la photo sur leur site en coupant au bon endroit (Le Parisien, le Huffington Post français coupe encore plus, comme son homologue québécois), The Hindustan Time en la floutant, ce qui peut faire croire qu'elle ne porte rien (la plastique corporelle de la chanteuse est très suivie en Inde où des militants des droits des animaux lui avaient demandé de se couvrir de feuilles de laitue plutôt que d'une robe couleur viande). Pakistan Today et Emirates 24-7 (aux Emirats arabes unis) mentionnent la nouvelle sans publier la photo... Le Corriere de la Serra, la Reppublica (Italie), The Sun (Royaume Uni) ne censurent rien. Beaucoup de journaux ne signalent pas la nouvelle. 

 

lady gaga  

 

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Retour sur des pratiques taoïstes, shivaïtes et bouddhistes tantriques

2 Juin 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

taoisme.jpgJ'ai signalé dans mon livre sur la nudité, certaines tendances libertines voire anarchistes du taoïsme chinois. C'est un sujet que je connais mal, et je voudrais, pour l'explorer en détail, me fonder sur quelques développements de Robert Van Gulik (La vie sexuelle dans la Chine ancienne p. 426) repris de Sir John Woodroffe.

 

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Van Gulik est une source déjà ancienne et Woodroffe est controversé, mais personne ne nie l'existence des rituels mentionnés. L'auteur toujours à partir de la même référence précise que le tantrisme hindouïste était très respectueux des femmes (et condamnait d'ailleurs la crémation des veuves). Ce qui m'intéresse c'est qu'il identifie au fond trois mouvements qui ont travaillé à partir du coïtus reservatus dans des sortes de cérémonies telles que celles qu'évoque Woodroffe : le taoïsme chinois (surtout vers l'époque Tang de 618 à 907), le Vajrayana bouddhiste (disparu d'Inde au XIIe siècle avec la conquête musulmane), et le shaktisme saiva hindouïste, variante du shivaïsme qui existe encoe aujourd'hui. Pour certains le Vajrayana serait apapru au IVe siècle. Pour Van Gulik il naît vers 650, et le shaktisme lui n'est vraiment mis en forme que vers 900.

Selon lui le mysticisme sexuel (qui contribuera beaucoup à l'idée que la vérité du monde se trouve en soi et non dans le cosmos) est né en Chine au début de notre ère et s'est répandu en Inde via l'Assam (la région entre le Bouthan et le Bangladesh actuel) où la femme jouissait d'un meilleur statut qu'ailleurs (il rappelle que Bhaskara Varman, souverain de Kamarupa se disait d'ascendance chinoise tout comme une certaine tradition vajrayanique - cf Xuan Zang). C'est l'inverse du cheminement classique des idées qu'on connaît (de l'Inde vers la Chine). Alors qu'un climat guerrier règne au nord-est de l'Inde au VIIe siècle, "le mysticisme sexuel chinois, auquel le Tao donnait un arrière-plan anticonventionnel et antiautoritaire, stimula en Inde l'essor de la doctrine tantrique, cette protestation contre l'état des choses" (p. 436) qui notamment proclamait l'égalité des castes et des genres. Reprenant Giuseppe Tucci, Van Gulik estime que les pratiques autour du coitus reservatus (censé permettre une inversion des courants d'énergie et le développement de landogynie psychique pour une vie plus longue) venaient de Chine, l'imaginaire solaire qui habite le Vajrana, lui serait venu de l'Ouest (du Cachemire influencé par la manichéisme et le nestorisme iraniens). Tout cela selon Gulik aurait ensuite contribué à l'essor du culte de la Grande déesse Parvati au nord de l'Inde, puis se serait aussi retrouvé dans le lamaïsme, puis allait faire retour en Chine sous cette forme indianisée dans les bagages des khans mongols (mais déjà vers 800 des formes indianisées avaient fait retour vers la Chine). Les restes de cette histoire glorieuse aurait été sédimenté dans les textes de la secte japonaise Tachikawa Ryu.

Il faudrait ici les compétences d'un bouddhologue pour nous dire jusqu'à quel point les hypothèses de Van Gulik sont confirmées par les recherches récentes ou infirmées. Le passage de Woodroffe en tout cas me faisait penser à la mode japonaise du bukakke, qui aurait gardé des rituels le collectivisme en inversant cependant de façon ostentatoire la tradition mystique du coïtus reservatus. Les Japonais en ont-ils (même confusément) conscience, ou sont-ils trop accaparés par leur dialogue avec (ou leur immersion dans)  la modernité occidentale pour y songer ?

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