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21 Octobre 2021 , Rédigé par CC

Je condamne la décision unilatérale de la plateforme Overblog de truffer mon blog de publicités en violation des conditions générales d'utilisation auxquelles j'avais adhéré lors de la création de ce blog.

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J'ajoute au passage que je renie toutes mes publications aux Editions du Cygne. Seuls mes livres parus chez L'Harmattan s'inscrivent dans la continuité de mes idées actuelles.

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Un beau texte d'Adrien Péladan contre le magnétisme

30 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

Un beau texte du journaliste monarchiste A. Péladan (1815-1890), paru dans la "France littéraire, artistique, scientifique" (qu'il dirigeait) du 21 septembre 1862, sous le titre "Ouranos-Hadès. La mort par le magnétisme" :

"Revenant il y a quelques jours, de notre promenade habituelle, nous rencontrâmes une voiture qui excitait l'émoi de la foule. Un des spectateurs nous mit au fait : La fille d'une marchande d'herbes de la rue Sala avait été conduite à une séance privée de spiritisme. Effrayée par les voix qu'elle y avait entendues, elle était devenue folle. Il fallait plusieurs hommes pour la tenir. On la conduisait à l'Antiquaille, immense établissement de fous de Lyon. Nous continuâmes notre chemin, l'âme attristée, et en nous disant intérieurement : les journaux de Lyon racontent jusqu'aux nouvelles les moins édifiantes, mais ils ne diront rien de ce grave incident. Cela s'est pleinement réalisé.

Ce phénomène nous décida à aller chez un ami qui sait beaucoup sur ces matières. Il nous fit à son tour une grave communication : "J'ai appris , nous dit-il, d'un savant médecin , que depuis la propagation du spiritisme en France , les cas de folie ont augmenté dans une proportion incroyable : il y a quelques années, le nombre en était en moyenne de 12 000 par an , maintenant cette moyenne est de 60 000. " Ce fait en vaut-il la peine , et pour ne pas sortir en quelque sorte des archives de l'académie de médecine ou de l'académie des sciences, en est-il moins significatif ?

Doutez ensuite des dangers du spiritisme ! Doutez de la sorcellerie qui marche partout à plein ciel, sans que la loi semble s'en préoccuper ! Ne savons-nous pas qu'il y a des tireuses de cartes dans chacun de nos quartiers ? que ces aventurières ont de fréquentes visites à 75 centimes la séance ? On nous a même assuré que des hommes considérables s'adressaient a ces devineresses. Nous avons, du reste,vu, de nos yeux vu, sur les champs de foire ou de vogue des environs de Lyon, dans Lyon même, certain individu, ayant à ses ordres une somnambule , et donnant des consultations magnétiques à trente centimes par personne. Quelles aberrations ! quelle fausse sécurité que celle d'une société qui s'endort ainsi sur un volcan !

Nous l'avouons, nous sommes loin d'écrire tout ce que nous savons à l'endroit du diabolisme. contemporain. Nous ne voulons pas causer de trop grands étonnements, alors surtout qu'il se rencontre tant de sots incrédules. Graduellement nous arriverons aux questions que nous taisons pour le moment, et si l'on veut ne pas être trop épouvanté d'un mot à l'effet duquel on ne croit plus, le sabbat, nous vous annoncerons pour bientôt les preuves historiques de ce rendez-vous de l'enfer , où les sorciers de nos jours se rendent comme ceux d'autrefois. Dans cet examen basé sur des faits, nous aurions à mettre à leur place les Henri Martin, les Renan et consorts, grands crieurs contre-les bûchers du moyen-âge, comme si la société d'alors n'avait pas aussi le droit de se défendre des meurtriers; comme si les âges qui ont inscrit les dates de 1793 et les journées dé juin, valaient mieux que les siècles où le crime d'état ou de lèze-majesté divine conduisait quelques coupables à la peine de mort.

Chacune de ces relations aura son tour , comme aussi nous publierons prochainement des incidences singulières sur le spiritisme à Lyon. Après avoir aujourd'hui montré que le magnétisme cause la folie et en multiplie démesurément les cas, établissons qu'il procure la mort subite.

Nous laisserons sur ce point la parole aux magnétiseurs eux mêmes : La pratique du magnétisme, dit le docteur Billot, est « une mer orageuse ! un océan semé d'écueils (1); une voie pratiquée à travers d'immenses précipices (2); celui qui s'y confie sans un guide expérimenté et sûr , y tombe d'abîme en abime (3), et rien_n'est plus difficile que de s'en  tirer sain et sauf (4). » Combien doit donc trembler « le pilote imprudent qui , sans boussole et sans guide, » oserait se hasarder dans « ces dangereux parages ! une perle inévitable serait le 'prix de sa témérité (5). » Le docteur a vu un cas de somnambulisme qu'il déclare avoir été une véritable possession (6); il pense que « le fil d'Ariane serait bien nécessaire à ceux qui se sont engagés - dans les méandres « de ce dédale ténébreux, pour ne point devenir la proie et être dévoré de l'infernal minotaure (7).

Le magnétisme spirituel, aujourd'hui spirite, paraît à un autre magnétiseur « la base des possessions et des communications avec les esprits. » Il le juge illicite et dangereux, et blâme « l'imprudence « qui , en cherchant à franchir « l'abîme qui nous sépare du monde spirituel, » ne peut avoir d'autre résultat que de nous rendre « le jouet d'une puissance dont le joug nous deviendrait d'autant plus dur que nous aurions plus d'impatience à le porter : la mort ou la folie en serait inévitable conséquence. » (D. Chardel, Psychologie physiologique, chap. 20, page 300).

L'abbé Frère observe qu'on a remarqué « que de jeunes femmes sont mortes peu de temps après qu'elles eurent servi de sujet à des magnétiseurs; et nous savons qu'une demoiselle de dix-neuf ans, après neuf mois d'exercices, a vomi le sang et a été réduite à une santé délabrée (5). »

Que de jeunes enfants-, innocentes victimes de coupables expériences , ne se sont pas réveillés du sommeil infernal. Que d'assassinats dont on n'a -rien dit !!! Ce qui suit va achever de le prouver : « Des personnes qui doutaient en même temps de la religion et du magnétisme., de ces incrédules qui sont prêts à toutes les superstitions et à tous les fanatismes, avaient décidé à prix d'argent une pauvre fille a subir leurs expériences.. C'était une nature impressionnable et nerveuse, fatiguée d'ailleurs par les excès d'une vie plus qu'irrégulière, et déjà dégoûtée de l'existence. On l'endort ; on lui commande de voir ; elle pleure et se débat. On lui parle de Dieu , elle tremble de tous ses membres. — Non , dit-elle, non il me fait peur , je ne veux pas le regarder. — Regardez-le, je le veux. Elle ouvre alors les yeux ; ses prunelles se dilatent ; elle est effrayante. — Que voyez-vous ? — Je ne saurais le dire. Oh ! de grâce, de grâce, réveillez-moi !

— Non, regardez et dites ce que vous voyez.

— Je vois une nuit noire dans laquelle tourbillonnent des étincelles de toutes couleurs autour de deux grands yeux qui roulent toujours. De ces yeux sortent des rayons qui se roulent en vrilles et qui remplissent tout l'espace. Oh ! cela me fait mal ! éveillez-moi 1 — Non, regardez.

Où voulez-vous que je regarde encore ?

— Regardez dans le paradis, — Non, je ne puis pas y monter; la grande nuit me repousse et je retombe toujours.

— Eh bien ! regardez "dans l'enfer. Ici la somnambule s'agite convulsivement. — Non ! non ! crie-t-elle en sanglottant, je ne veux pas : j'aurais le vertige : je tomberais. Oh ! retenez-moi ! retenez-moi !

— Non, descendez. — Où voulez-vous que je descende ? — Dans l'enfer. — Mais c'est horrible ! non, non; je ne veux pas y allez. — allez-y. — Grâce ! — Allez-y. Je le veux. Les traits de la somnambule deviennent terribles à voir ; ses cheveux se dressent sur sa tête; ses yeux tout grand ouverts ne montrent que le blanc ; sa poitrine se soulève et laisse échapper une sorte de râle. — Allez, je le veux, répète le magnétiseur.

— J'y suis, dit entre ses dents la malheureuse en retombant épuisée. Puis elle ne répond plus; sa tête inerte penche sur son épaule; ses bras pendent le long de son corps. On s'approche d'elle ; on la touche. On veut trop tard la réveiller , le crime était fait; la femme était morte et les auteurs de cette expérience sacrilège durent à l'incrédulité publique, en matière de magnétisme , de ne pas être poursuivis. L'autorité eut à constater un décès, et la mort fut attribuée à la rupture d'un anévrisme. Le corps ne portait d'ailleurs aucune trace de violence : on le fil enterrer -, et tout fut dit. » (La clef des Grands Mystères).

Ce fait si écrasant pour les apologistes du magnétisme, n'ayant pu être nié ou mis de côté par eux, a reçu diverses interprétations. L'auteur du Magnétisme devant les corps savants, la cour de Rome et les théologiens, (livre si insensé d'un bout à l'autre,) dit « que ce ne serait en tous cas, qu'un impie du magnétisme. » Le possédé Michel Finiras faisait mieux, il trouvait le moyen d'en tirer la louange du magnétisme.

Que de faits semblables ne pourrions-nous pas encore signaler ?

Nous apprenons, sur l'autorité du docteur Chapel, dans son Traité théorique et pratique du magnétisme animal, que trois magnétiseurs s'étant réunis, une certaine nuit près d'une somnambule très-lucide, dans le dessein de s'éclairer de ses vives lumières sur les terribles mystères de l'autre monde, « la pressèrent de chercher à voir ce qui se passait dans l'enfer » ; et que la somnambule, qui avait de prime abord refusé de s'employer à de pareilles recherches , cédant enfin à leurs instances, « avait à peine commencé ses explorations, qu'elle fut prise de convulsions telles, qu'elle mourut avant qu'on pût parvenir à les calmer. » (2e partie, à la fin de la VIe leçon).

Des hommes graves nous ont rapporté que dans les environs de Lyon, un docteur qui voulait traiter les malades d'après les consultations magnétiques , avait engagé pour sujet un jeune homme nommé Raphaël. Ce jeune homme avait des sentiments religieux, mais était dans le doute sur la culpabilité de ces pratiques dictées par Satan. S'étant donc laissé magnétiser, le docteur insensé , voulant peut-être mettre à profit les idées religieuses de Raphaël , lui enjoignit d'aller voir le paradis. Le jeune homme ne se réveilla point !....

Quelques personnes eurent la simplicité de croire qu'il était resté dans le ciel ; il serait aussi impie qu'absurde de le penser; car qui peut se flatter, à moins d'être martyr, de passer en mourant dans le sein de Dieu, sans aucun séjour dans le purgatoire ?

Vous verrez qu'il sera bientôt indispensable d'édicter une loi contre la sorcellerie. La chose presse plus qu'on ne le pense en général."
 

(1) Recherches psychologiques 1 lettre 4 et aussi lettre -12.

(2) Ibidem. Introduction.

(3) Ibid., let. 4.

(4) Ibid., introduction.

(5) Introduction.

(6) Lettre 17


(7) Recherches psychologiques. lntroduction.

(8) Examen du magn. animal, IIe partie, hap 2.

 

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Ptolémée et le colosse de Sinope

25 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

Tout le monde connaît l'anecdote de Carl Gustav Jung voyant en rêve un mandala sans en connaître l'existence dans la vie éveillée. Plutarque dans son traité sur Isis et Osiris (Moralia, Traité 23§28) raconte une histoire semblable à propos de Ptolémée (368-283), général d'Alexandre, premier souverain de la dynastie lagide en Egypte  : "Ptolémée Sôter vit en rêve le colosse de Pluton qui se trouvait à Sinope, sans savoir ni avoir jamais vu auparavant à quoi il ressemblait, et la statue lui donna l'ordre de la faire transporter au plus vite à Alexandrie. Le roi ignorait et se voyait bien en peine de découvrir où elle se trouvait. Mais comme il racontait sa vision à ses amis, il se trouva un homme du nom de Sosibios qui avait beaucoup voyagé et qui déclara avoir vu à Sinope un colosse semblable à celui du rêve. Ptolémée envoya alors Sotélès et Denys qui, au prix de longs et pénibles efforts, et non sans le recours de la providence divine, parvinrent à dérober et à emporter la statue. A son arrivée en Egypte, elle fut examinée, et l'exégète Timothée ainsi que Manéthon de Sébennytos conclurent, en se fondant sur le Cerbère et le serpent qui y étaient figurés, qu'il s'agissait d'une statue de Pluton, et persuadèrent Ptolémée qu'elle ne représentait aucun autre dieu que Sarapis : c'est à Alexandrie, après son transfert, qu'elle reçut le nom qu'on donne en Egypte à Pluton, 'Saraîs'. Bien entendu, on utilise pour confirmer cette identification la phrase du physicien Héraclite : 'Hadès et Dionysos, qu'on célèbre par le délire et les fêtes du pressoir ne font qu'un' ".

Apportons ici quelques précisions. L'anecdote se passe sous Ptolémée Ier "sauveur" (sôter) qui a plus de 60 ans. Sinope du Pont est sur les bords de la Mer Noire au nord de la Turquie actuelle. On retrouve ici Manéthon, prêtre égyptien, et Timothée, un membre athénienne de la famille des Eumolpides, qui était l'une des familles de prêtres d'Eleusis qui dirigeaient les mystères sacrés, deux personnages importants dont je vous avais déjà parlé il y a sept ans à propos de l'instauration du culte isiaque dans l'ensemble du bassin méditerranéen.

Le professeur Christian Froidefond, professeur émérite à l'université de Provence, en 2004, soulignait qu'une tradition exégétique prétend que l'anecdote de Plutarque (que l'on retrouve aussi chez Tacite) serait apocryphe et attribuerait l'origine de Sérapis à la religion autochtone de Memphis, mais il ne voit pas bien pourquoi Ptolémée, du coup, en aurait fait un dieu gréco-égyptien. Il souligne que les colons rhodiens d'Argos avaient déjà identifié Apis à Epaphos et Isis à Io, de sorte qu'il y a une composante dorienne forte dans Serapis. Plutarque est enclin à voir dans les divinités égyptiennes des démons, et, défend une identification Hadès-Sarapis (Osiris mort) et Osiris-Dionysos. Il est à noter qu'à Sinope, le colosse de Zeus-Hadès barbu et chevelu était flanqué de Proserpine (ce qui facilita l'identification d'Isis à Perséphone). Tacite (Histoires 4§84) ajoute que la statue fut identifiée par Timothée qui consulta le collège des mystères d'Eleusis qu'il avait installé à Alexandrie (c'est dans un second temps que le voyageur Sosibios confirmera le fait, et que Ptolémée, versatile, dut avoir un rappel menaçant des dieux pour se décider à envoyer Denys et Sotélès auprès du roi pontique Scydrothemis (301-280). Ceux-ci surmontèrent une tempête avec l'aide d'un dauphin, et le miracle les persuade d'aller consulter l'oracle de Delphes sur leur chemin. L'oracle dit "de rapporter la statue de son frère, mais de laisser celle de sa soeur" (celle de Proserpine, dont ils ne prirent sur instruction d'Apollon qu'une empreinte). Scydrothemis selon Tacite alléché par les présents de Ptolémée mais intimidé par le peuple qui tient à sa statue atermoie pendant trois ans, et un dieu lui apparaît en songe le menaçant de châtiment. Le peuple résiste, des fléaux se déchaînent, et la statue se déplace d'elle-même jusqu'au bateau égyptien. Le Cerbère tricéphale entouré du serpent est une image fréquemment associée à Serapis/Sarapis.

Eustathe de Thessalonique, moine byzantin du XIIe siècle, a perpétué le récit de cette aventure synopique dans la lignée semble-t-il de l'écrivain byzantin du VIe siècle Etienne de Byzance. Jacob Krall, dans Tacitus Und Der Orient: Sachlicher Commentar Zu Den Orientalischen Stellen in Den Schriften Des Tacitus (1880) estime que ce Zeus-Hadès de Sinope peut être une transposition du Zeus babylonien. Une rationalisation a posteriori fait penser que Ptolémée aurait trouvé à Sinope un moyen d'helléniser le culte de Asar-Api à Memphis, et sa fille Arsinoé, épouse de Lysimaque, qui avait une principauté à la frontière de Synope du Pont aurait été à l'origine de l'idée. Auguste Bouché-Leclercq (1842-1923) dans son La politique religieuse de Ptolémée Sôter et le culte de Sérapis (1902) écarte l'idée parfois avancée par des historiens antiques que Synope ait pu être un site près de Memphis.

La disqualification de l'anecdote de Plutarque eut pour origine l'archéologue français Jean-Antoine Letronne (1787-1848) qui fit autorité dans notre pays tout au long du XIXe siècle. Mais l'historiographie allemande (Julius Kaerst, Otto Gruppe, E. Petersen) a défendu son historicité (ou du moins l'historicité de l' "importation" du culte de Sérapis de Synope).

On note que le rêve de Jung a servi à la construction de sa religion psychanalytique qui a ensuite intégré pour partie celle du Nouvel Age. Le rêve de Ptolémée servit à créer la religion méditerranéenne (hellénistique) de Sérapis et Isis.

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La dictature de Sylla (82-81 av JC)

6 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #Histoire des idées

Je regardais hier sur You Tube ce sympathique film en langue anglaise "Julius Caesar" (d'Uli Edel, 2002). Il n'est pas d'un réalisme historique irréprochable. Pour ne parler que de son début, il montre à tort un Caton d'Utique siégeant au Sénat pendant la dictature de Sylla, alors que le futur héros des Républicains stoïciens n'était alors en fait qu'un adolescent, un Pompée qui exfiltre César chez Nicodème (ce qui est faux), et assiste à la mort du dictateur (ce qui est aussi inexact). La question de la captivité du futur père de Césarion chez les pirates dissimule ou, disons, embellit la façon dont il les achète. Mais on peut choisir d'être indulgent avec ces licences romanesques, saluer certains clins d'oeil érudits à Plutarque (par exemple la citation sur le soleil levant et le soleil couchant) et même apprécier cette mise en scène comme, vers la fin du film, celle qui montre la présentation par César et Cléopâtre de leur fils sur le forum romain...

En regardant les premières scènes du film, je me rappelais les phrases brillantes de Saint-Augustin sur la tyrannie de Sylla dans la Cité de Dieu, livre 3 ch XXVIII et XXIX :

"Sylla, qui vint tirer vengeance de ces cruautés au prix de tant de sang, mit fin à la guerre ; mais comme sa victoire n’avait pas détruit les inimitiés, elle rendit la paix encore plus meurtrière. À toutes les atrocités du premier Marius, son fils Marius le Jeune et Carbon en ajoutèrent de nouvelles. Instruits de l’approche de Sylla et désespérant de remporter la victoire, et même de sauver leurs têtes, ils remplirent Rome de massacres où leurs amis n’étaient pas plus épargnés que leurs adversaires. Ce ne fut pas assez pour eux de décimer la ville ; ils assiégèrent le sénat et tirèrent du palais, comme d’une prison, un grand nombre de sénateurs qu’ils firent égorger en leur présence. Le pontife Mucius Scévola fut tué au pied de l’autel de Vesta, où il s’était réfugié comme dans un asile inviolable, et il s’en fallut de peu qu’il n’éteignît de son sang le feu sacré entretenu par les vestales. Bientôt Sylla entra victorieux à Rome, après avoir fait égorger dans une ferme publique sept mille hommes désarmés et sans défense. Ce n’était plus la guerre qui tuait, c’était la paix ; on ne se battait plus contre ses ennemis, un mot suffisait pour les exterminer. Dans la ville, les partisans de Sylla massacrèrent qui bon leur sembla ; les morts ne se comptaient plus, jusqu’à ce qu’enfin on conseilla à Sylla de laisser vivre quelques citoyens, afin que les vainqueurs eussent à qui commander. Alors s’arrêta cette effroyable liberté du meurtre, et on accueillit avec reconnaissance la table de proscription où étaient portés deux mille noms de sénateurs et de chevaliers. Ce nombre, si attristant qu’il pût être, avait au moins cela de consolant qu’il mettait fin au carnage universel, et on s’affligeait moins de la perte de tant de proscrits qu’on ne se réjouissait de ce que le reste des citoyens n’avait rien à craindre. Mais malgré cette cruelle sécurité, on ne laissa pas de gémir des divers genres de supplices qu’une férocité ingénieuse faisait souffrir à quelques-unes des victimes dévouées à la mort. Il y en eut un que l’on déchira à belles mains, et on vit des hommes plus cruels pour un homme vivant que les bêtes farouches ne le sont pour un cadavre. On arracha les yeux à un autre et on lui coupa tous les membres par morceaux, puis on le laissa vivre ou plutôt mourir lentement au milieu de tortures effroyables. On mit des villes célèbres à l’encan, comme on aurait fait d’une ferme ; il y en eut même une dont on condamna à mort tous les habitants, comme s’il se fût agi d’un seul criminel. Toutes ces horreurs se passèrent en pleine paix, non pour hâter une victoire, mais pour n’en pas perdre le fruit. Il y eut entre la paix et la guerre une lutte de cruauté, et ce fut la paix qui l’emporta ; car la guerre n’attaquait que des gens armés, au lieu que la paix immolait des hommes sans défense. La guerre laissait à l’homme attaqué la faculté de rendre blessure pour blessure ; la paix ne laissait au vaincu, à la place du droit de vivre, que la nécessité de mourir sans résistance.

Quel acte cruel des nations barbares et étrangères peut être comparé à ces victoires de citoyens sur des citoyens, et Rome a-t-elle jamais rien vu de plus funeste, de plus hideux, de plus déplorable ? Y a-t-il à mettre en balance l’ancienne irruption des Gaulois, ou l’invasion récente des Goths, avec ces atrocités inouïes exercées par Marius, par Sylla, par tant d’autres chefs renommés, sur des hommes qui formaient avec eux les membres d’un même corps ? Il est vrai que les Gaulois égorgèrent tout ce qu’ils trouvèrent de sénateurs dans Rome, mais au moins permirent-ils à ceux qui s’étaient sauvés dans le Capitole, et qu’ils pouvaient faire périr par un long siège, de racheter leur vie à prix d’argent. Quant aux Goths, ils épargnèrent un si grand nombre de sénateurs, qu’on ne saurait affirmer s’ils en tuèrent en effet quelques-uns. Mais Sylla, du vivant même de Marius, entra dans le Capitole, qu’avaient respecté les Gaulois, et ce fut de là qu’il dicta en vainqueur ses arrêts de mort et de confiscation, qu’il fit autoriser par un sénatus-consulte. Et quand Marius, qui avait pris la fuite, rentra dans Rome en l’absence de Sylla, plus féroce et plus sanguinaire que jamais, y eut-il rien de sacré qui échappât à sa fureur, puisqu’il n’épargna pas même Mucius Scévola, citoyen, sénateur et pontife, qui embrassait l’autel où on croyait les destins de Rome attachés ? Enfin, cette dernière proscription de Sylla, pour ne point parler d’une infinité d’autres massacres, ne fit-elle point périr plus de sénateurs que les Goths n’en ont pu même dépouiller ? "

Au livre 2 chapitre XXIV , le saint a expliqué ce que cette barbarie devait aux démons, c'est-à-dire à l'esprit des Nephilim, si l'on reprend la terminologie de certains débats théologiques actuels.

Montaigne admirait les Romains du Ier siècle av J.-C., Augustin n'y voyait qu'une République aveuglée par les forces des Ténèbres. Je penche pour l'avis du second. Les quelques restes de la vertu initiale de la Rome républicaine et les quelques éclats de sagesse que lui conférait un peu la philosophie grecque (à l'école de laquelle toute la noblesse latine s'était mise) ne compensent pas l'aveuglement moral dans lequel le paganisme plongeait cette cité. Ni le film d'Uli Edel qui glorifie César, ni la Pharsale de Lucain qui idéalise Pompée dans un goût d'ailleurs très discutable (voyez par exemple le récit "gore" de la bataille de Marseille) ne me persuadent du contraire.

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Témoignage d'une "thérapeute" anti-chrétienne

4 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme, #Anthropologie du corps

On retrouve ici une illustration intéressante d'un phénomène que j'avais évoqué dans mon livre sur les médiums sur l'orientation anti-chrétienne des expériences de mort imminente, et, du coup, sur les forces spirituelles qui sans doute les orientent. Voici Karinne R, "thérapeute" à Bayonne. Le 28 septembre 2019, elle donne une conférence (à Bois Cesbron, près de Nantes, organisée par une association "A fleur d'âmes", juste avant quand même une "canalisation" par une médium...) dans laquelle elle raconte l'agression dont elle a fait l'objet en 2014 au terme de laquelle elle a été laissée pour morte. Le propos est sincère, intéressant, mais parsemé d'attaques insidieuses contre la doctrine chrétienne du type "non notre âme n'est pas jugée quand elle quitte le corps", "il est bon de faire de la méditation","les mandalas sont beaux"...

Si l'on n'écoute que la conférence en elle-même, sans les questions qui suivent, on a l'impression que l'intéressée raconte une expérience spirituelle "autonome", qui n'a été préparée par rien, à ceci près qu'elle précise avoir déjà fait une décorporation à l'âge de 25 ans. Puis, quand on en vient aux questions de la salle, elle apporte cette précision intéressante : la jeune femme qui lui est apparue dans son coma et qui serait la fille qu'elle a avortée le 17 octobre 1994 s'appelle Iris ; comment sait-elle que c'est le prénom de l'enfant avorté ? parce qu'elle a fait une canalisation chez une médium quelques années auparavant et que celle-ci lui a révélé le prénom de l'enfant.

Autrement dit, cette apparition de l'enfant dans son coma est directement reliée à la révélation de la médium. Sans cette séance de médiumnité, l'apparition n'aurait eu aucun sens pour cette femme.

Je me suis souvent demandé pourquoi seulement une minorité de personnes qui subissent des accidents graves vivent des décorporations et plus généralement des expériences de mort imminente. On peut maintenant se demander si ces expériences, comme la réalisation des prédictions des voyant(e)s, ne relèvent pas d'une logique de pacte. Parce que la personne croit, adhère à ce que dit le médium, elle entre dans un pacte avec la ou les entité(s) qui se sont manifestées dans la séance. Et, dès lors, ces forces vont faire advenir dans la vie de cet individu des événements qui scellent ou réactivent périodiquement le pacte comme l'accident qui détermine l'expérience de mort imminente elle-même. On peut même faire l'hypothèse (validée à certains égards par la Bible) que le pacte a été parfois conclu quelques générations auparavant par des ancêtres. L'EMI n'est alors qu'une étape du pacte au cours de laquelle l'Esprit va faire vivre à l'accidenté diverses choses, et parfois même doter son "client", son "co-contractant" de certains dons (certains reviennent des EMI avec des dons de médiumnité). Alors la personne va avoir l'impression d'avoir connu un amour exceptionnel et de revenir sur Terre pour faire du bien aux gens. Mais en réalité, elle revient pour poursuivre l'exécution du pacte, dont un des volets est d'expliquer sous forme de sousentendus aux auditeurs que le christianisme est une sottise, que l'on n'est pas jugé après la mort, et qu'il ne faut pas réformer sa vie, sauf à essayer d'aimer un peu plus les autres.

Ce n'est là qu'une hypothèse, mais ce serait assez logique... D'ailleurs j'observe que les gens qui témoignent de leur EMI, à part l'éloge qu'ils font de l'amour, n'apportent pas un message d'un très haute valeur morale. Il y est beaucoup question de la réalisation de soi, de vanter la vie que l'on a vécu, de sa valeur dans le plan divin etc, mais pas d'appel à donner tout ce que l'on a comme dans la Bible, pas d'appel à l'humilité (d'ailleurs les rescapés des EMI qui deviennent thérapeutes exercent des métiers rémunérés qui ne relèvent pas du tout du don de soi, du sacrifice pour autrui), pas d'inscription dans un plan historique apocalyptique. Les entités invisibles voudraient "chloroformer" spirituellement un maximum de gens avec ce genre de discours qu'elles ne s'y prendraient pas autrement...

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Arnauld d'Andilly et Jean Climaque

2 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme

Au début du règne de Louis XIV, Pierre Dupuy (1582-1651), conseiller d'Etat depuis 1623, informe son collègue conseiller d'Etat Robert Arnauld d'Andilly (1589-1674) de ce qu'il existe à la bibliothèque du roi trois exemplaires de l'Echelle sainte de Jean Climaque. le premier appartenait à François Ier, les deux autres à Catherine de Médicis. Le premier venait du Levant, l'autre de la bibliothèque de son frère le Grand Duc de Florence. Le troisième manuscrit était le plus ancien. Arnauld d'Andilly lui donne 800 ans "par la beauté de ses caractères". La comparaison des manuscrit laissait voir de nombreuses différences. Jean Climaque avait la renommée d'avoir été très altéré à cause du grand nombre de copies. Puis il apprend que dans la bibliothèque du chancelier (Pierre Séguier ) se trouvent quatre manuscrits, ce qui permet à Arnauld d'Andilly d'affiner sa traduction du grec. Celui-ci utilise aussi les très rares commentaires d'Elie ou Elias archevêque (au VIIIe siècle) de Crète (il s'en trouve un seul à la bibliothèque de Venise que lui a cédée le Cardinal orthodoxe Bessarion vers 1420, et un aussi à la bibliothèque du chancelier du temps d'Arnauld d'Andilly). La traduction de l'Echelle spirituelle par ce dernier sera publiée une première fois en 1654 (Arnauld avait 65 ans), puis une nouvelle fois après sa mort.

Je ne sais pas trop si M. Arnauld d'Andilly, janséniste (qui écrivit diverses vie de saints et recueillit précieusement chez lui le coeur du pieux abbé de Saint-Cyran , chef des jansénistes français - un prêtre bayonnais qui avait été disciple de Jansénius à Louvain et mourut d'apoplexie en 1643 -) fut représentatif du Conseil d'Etat (Conseil royal) de son époque, mais je trouve que son travail sur Jean Climaque honore beaucoup l'institution juridique à laquelle il appartenait.

Petitot parle en des termes hostiles d'Arnauld d'Andilly, comme de tous les protecteurs de Port-Royal (rappelant que l'abbesse du lieu était la sœur du conseiller d'Etat) :

Un peu plus loin il écrit encore :

Ses partisans dirent qu'Arnauld mena sur le tard à Port Royal une vie de mortification digne de Jean Climaque bien qu'il y fut célèbre pour ses travaux de jardinage et ses études littéraires. Saint Beuve douta que ces activités fussent si désagréables pour les sens... En tout cas l'on doit à sa retraite à Port Royal à partir de 1644 une version fort élégante de l'Echelle Spirituelle, dans un style de la plus belle époque de notre langue.

 

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De l'habileté des pieds

2 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

"Un autre souvenir de la jeunesse (de l'abbé de Clieu, curé du Havre en 1669) mérite d'être rapporté pour la rareté et la curiosité du fait. Quand il étudiait la théologie à la Sorbonne , on y mena une jeune fille qui avait subi l'amputation des deux bras, dès l'enfance, et qui cousait et enfilait parfaitement son aiguille avec ses pieds; elle travaillait aussi bien que la meilleure couturière, taillait des plumes, écrivait, peignait, sténographiait et feuilletait librement son livre de prières, et tout cela toujours avec ses pieds. "

Messire de Clieu, les églises et le clergé de la ville du Havre-de-Grâce (1516-1851) / par M. l'abbé J.-B. Lecomte,...p. 9

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Une recommandation de Mère Mectilde de Bar

1 Septembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

"Prenez bien garde de ne vous rendre pas propriétaire de votre temps et de vos actions. Il faut que vous soyez toujours en état de quitter de bon coeur ce que vous avez résolu de faire, pour faire ce que Dieu vous fera faire dans les événements."

Mère Mectilde de Bar, Une Amitié spirituelle au grand siècle p.138

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Les faux dons

29 Août 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Spéciale dédicace à des exorcistes et guérisseurs "évangéliques" que j'ai croisés sur mon chemin entre 2016 et 2020 - extrait des collations de Jean Cassien (Ve siècle) :

"Nos ainés n'ont jamais tenu pour des moines vertueux et exempts de vanité ceux qui font profession...

 

 

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Athanasios le gyrovague

23 Août 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Je ne suis pas enthousiaste du ivre de feu le béarnais Jean Biès sur le mont Athos (eds Dervy-livres), car il mélange christianisme et hindouïsme, ce que des ascètes du lieu, notamment Saint Païssios, ont toujours fermement condamné. Mais il s'y trouve le portrait intéressant d'un des derniers moines gyrovagues qui s'y trouvaient dans les années 1970, Athanasios.

"Nous l'avions remarqué dans la chapelle, debout toute la nuit, écrit-il p. 231, le visage contre le mur (...) Nous le regardions. Âgé d'une soixantaine d'années, il était de taille moyenne, un peu voûté. Du monde intérieur où il habitait, il semblait ne pas avoir de vue sur l'extérieur, et ne portait sur nous nul regard : un aveugle qui eût des yeux normaux. Ces yeux, d'un bleu profond, fixaient le centre de notre poitrine sans se lever vers notre visage ; ils demeuraient à ce niveau, comme légèrement noyés de brume".

Il raconte leur descente ensemble de l'Athos à la skite de Sainte-Anne. "Nous fûmes bien surpris en remarquant qu'Athanasios devinait nos pensées. Comme, au bout de quelques heures, nous éprouvions, sans le lui formuler, le désir de nous aider d'un bâton, dans une marche incertaine au milieu d'éboulis, nous le vîmes au même moment entrer dans un bosquet de vernes, et en ressortir tenant à la main deux branches, qu'il avait coupées. Il s'assit sans mot dire sur une pierre et, à l'aide d'un couteau, les effeuilla, en tailla l'extrémité, ôta l'écorce et vint nous les tendre, une à chacun, en riant."

Vous trouverez la suite du portrait ci-dessous :

Athanasios le gyrovague
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Saint Isaac le Syrien

14 Août 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Dans "Saint Paisios of Mount Athos" de Hiéromoine Isaac, je lis p. 226 que le saint moine Païssios avait œuvré activement de son vivant à réhabiliter Abba Isaac le Syrien (évêque de Ninive au VIIe siècle), faussement accusé par certains selon lui de nestorianisme, dont il appréciait beaucoup les Discours ascétiques. Il avait même, après avoir polémiqué avec un théologien sur ce point, vu apparaître le choeur des saints et, parmi eux, Abba Isaac lui conformer qu'il avait bien toujours été orthodoxe. Cela l'avait conduit à consacrer un jour de sa communauté à ce saint.

Il existe une traduction de ces discours en français de 2011 par l'archimandrite Placide Deseille (1926-2018), accessible sur Internet en version gratuite. Le traducteur y explique que ce saint influença Syméon le Nouveau Théologien au XIème siècle, le mouvement hésychaste au XIVe siècle. Abba Isaac et né dans la région du Beit Qatrayé (au niveau du Qatar actuel) vers 613, c'est à dire dans l'empire zoroastrien des sassanides. Nommé évêque de Ninive en Mésopotamie probablement vers 676 (après la conquête musulmane), il renonça à l'épiscopat au bout de cinq mois préféra rejoindre les ermites de la montagne de Matout dans la région du Beit Houzayé, dans l'actuel Khouzistan, à l'Est de Bassora. La hiérarchie chrétienne à l'époque était officiellement nestorienne mais beaucoup de prêtres et moines ne l'étaient pas, et Saint Isaac, explique Placide Deseille, resta à l'écart des querelles théologiques.

Ses discours furent traduits en grec au IXe siècle par des moines en Palestine. Inutile de les résumer, mieux vaut simplement les télécharger et les lire : ils sont la clé du parcours pour la sainteté, non pas la sainteté de l'intellect mais celle du coeur. Tous les mystiques décrivent à peu près le cheminement de la même manière, et c'est pourquoi personne ne pourra dire au jour du Jugement qu'il ne savait pas : les témoignages étaient tous livrés. Pour Isaac le Syrien la purification du coeur est un stade très supérieur de sainteté aux luttes psychiques ordinaires du chrétien pour accéder à la vertu qui restent au niveau de l'intellect et de la contrainte. A ce niveau de purification toute l'âme est embrasée d'amour, mais cela passe par une ascèse très dure, une crucifixion complète de la chair, et une rupture totale avec le monde.

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De Profundis, la Terre creuse et le forage de Zapoliarny

6 Août 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

Il y a beaucoup de références aux abîmes (tehom en hébreu, tartaros en grec) dans la Bible : le Déluge est venu des abîmes, non de la pluie : "Mais une vapeur s'éleva de la terre, et arrosa toute la surface du sol." (Genèse 2:6). "N'est-ce pas toi qui as fait tarir la mer, les eaux du grand abîme?" (Esaie 51:10). "Car, si Dieu n'a pas épargné les anges qui ont péché, mais s'il les a précipités dans les abîmes de ténèbres et les réserve pour le jugement;" (2 Pierre 2:4) "Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main" (Apocalypse, 20:1)  (sans parler de Henoch 66:6 "Et quand tout cela s'effectua, de la masse fluide du feu, et de la perturbation qui régnait en ce lieu, il s'éleva une forte odeur de soufre, qui se mêla aux eaux ; et la vallée des anges, coupables de séduction, brûla sous son sol").

Les théories de la terre creuse ont aussi inspiré des occultistes qui pensaient pouvoir trouver au centre de la Terre le royaume bienheureux d’Agartha ou Shamballa, peuplé d’êtres magiques, thème auquel sont associés les noms de Saint Yves d'Alveydre, Ferdynand Ossendowski, René Guénon, Willis Emerson ou plus indirectement Edgar Rice Burroughs (l’inventeur de Tarzan), Edgar Allen Poe, TS Eliot (Hollow earth, hollow men) Jules Verne, et que le mouvement théosophique a contribué à diffuser.

Comme je l'ai rappelé dans mon livre sur le complotisme (p. 92), en 2002 un certain Dallas Thompson (voir le très sérieux Telegraph à ce sujet), disciple d’un sorcier hawaïen (kehuna), avait suscité l’engouement du public américain en annonçant qu’inspiré par une révélation liée à une expérience de mort imminente il irait explorer en hélicoptère l’entrée de la Terre creuse en Arctique en suivant les pas de l’amiral Richard E. Byrd (1888-1957). Cet explorateur proche de la Science chrétienne (voir Life Magazine du 30 octobre 1939) aurait, selon lui, exploré la Terre dans une bulle magnétique dans le cadre de l’opération « High Jump » de 1947.

Dans un livre paru en 1986, « Le voyage à Shambhalla », les médiums français Daniel Meurois et Anne Givaudan ont raconté leur incursion, à la faveur d’une « décorporation » dans le monde souterrain de l’Agartha qu’ils décrivent comme l’articulation de sept mondes. Selon eux, Jésus-Christ y pénétra en un éclair à l’issue de son supplice, et « c’est là que son travail de régénération éthérique de la planète prit forme définitive ». Dans une vidéo vue un million de fois sur Internet, un physicien bulgare passé à l’Ouest en 1984, Vladimir Terziski, qui se dit ufologue et cofondateur de l’American Academy of Dissident Scientists, affirme que des nazis ont été accueillis par une civilisation extraterrestre vivant au centre de la Terre qui y auraient construit (selon un Américain de Floride dont Terzisky prétend rapporter le propos) une ville de deux millions d’habitants, la « Nouvelle Berlin ». Les « Illuminati » sont censés devoir l’utiliser un jour pour remplacer l’humanité (la vidéo n’est pas datée, mais Terzisky avait déjà tenu ces propos dans une émission radio, le « talk-show » de Sam Russell sur K-TALK Radio à Salt Lake City, dans l’Utah le 5 juin 1993, où il avait affirmé que les nazis avaient aussi accédé aux entrailles de la Terre par le Tibet). Ce thème est aussi lié à celui du peuple mythique des Hyperboréens, prétendus ancêtres des Indo-européens, développé par des auteurs comme Jean-Sylvain Bailly (1736-1793), William Fairfield Warren (1833-1929), Bal Gangadhar Tilak (1856-1929),  Julius Evola (1898-1974) et actuellement par le gnostique crowleysien russe Alexandre Douguine.

Pour les occultistes, le centre de la Terre est le royaume de races mystérieuses ou d'extra-terrestres. Pour certains chrétiens fidèles aux Epitres de Jude et Pierre 2, c'est la prison des Nephilim qui en sortiront à la fin des temps.

Parmi ces derniers, certains, comme EnterTheStars (Casey Brown), trouvent des arguments empiriques qui vont dans le sens de la Bible du côté d'une entreprise d'exploration menée en Russie dans le dernier quart du siècle dernier.

De mai 1970 à 1989, les Soviétiques ont tenté de creuser la terre autant qu'ils le pouvaient pour l'exploitation pétrolière (ou pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Lénine) dans la péninsule de Kola : le forage de Zapoliarny sur 12 km de profondeur. Pendant deux décennies, il s'est agi plus long trou de forage du monde en profondeur mesurée le long du puits, jusqu'à ce qu'il soit dépassé en 2008 par le puits de pétrole Al Shaheen qui l'a battu seulement de quelques mètres.

A 7 km fut trouvée de l'eau liquide, ce qui a surpris les chercheurs. Ils ont affirmé qu'elle pouvait être issue de la roche, mais cela en laisse plus d'un sceptique. Cela fait penser en ce qui concerne les eaux profondes sans contact avec l'air au lac subglaciaire sous la station antarctique russe de Vostok, qui se situe à sous une souche de glace de 3,5 km, et environ à 500 m sous le niveau de la mer).  N'oublions pas que beaucoup soupçonnent qu'un portique vers l'au-delà se trouverait dans l'Antarctique : voyez les spéculations sur le voyage du patriarche russe orthodoxe Kirill en Antarctique en février 2016 avec l' "arche de Gabriel" (une information de la congrégation Sorcha Faal qu'on a aussi citée à propos de l'Afghanistan), et sur le voyage du président américain Obama en Patagonie la même année. En janvier 2017, la journaliste Linda Moulton Howe a affirmé qu’un an et demi plus tôt un officier mécanicien navigant retraité après vingt ans de service (1977-1997) lui a confié avoir vu, quand il travaillait dans l’unité Escadron Six Antarctique Développement à une dizaine de kilomètres du point du pôle austral, dans une zone d’exclusion aérienne, un trou qui ressemblait à l’entrée d’une installation souterraine.

Les Russes ont été aussi étonnés de trouver dans leur forage de la presqu’île de Kola à 12 km des températures plus élevées que prévu (180 °C au lieu des 100 °C attendus). Il a été fermé en 2005.

Dans les années 1990, des rumeurs commencèrent à entourer ce forage. On dit qu'avaient été enregistrés dans le gouffre avec un microphone des sons qui faisaient penser aux supplices de l'enfer. Cela évoque les rumeurs autour du Puits "démoniaque" de Barhout au Yémen, près de la frontière avec le sultanat d'Oman, puits qui ferait 100 à 250 mètres de profondeur (mais personne n'ose aller vérifier) d'où se dégageraient des odeurs mystérieuses et qui attirerait des objets à lui comme le triangle des Bermudes.

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Les spirales descendantes de Lamartine

5 Août 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

J'entendais hier Henri Guillemin dans la vidéo de 1959  ci-dessous expliquer en quoi Lamartine lui semblait être un homme "de bonne volonté". C'est peut-être vrai sur le plan moral, mais sur le plan spirituel je suis surtout frappé par le très faible ancrage en Dieu de toutes les élites littéraires de sa génération, lui y compris naturellement. On mesure à travers chacun des grands écrivains romantiques (leur "père" Chateaubriand y compris d'ailleurs) les ravages causés par la déchristianisation révolutionnaire. Dans les années 1930, l’abbé Claudius Grillet avait d'ailleurs montré comment le salon de Charles Nodier, bibliothécaire du roi Charles X où la plupart (Hugo, Vigny, Lamartine) se réunissaient sous la Restauration tous les samedis soir - le salon de l'Arsenal à Paris -, et qui fut une sorte de "rampe de lancement" pour eux, fonctionnait comme une sorte de société secrète avec ses rituels codés, où circulaient des forces spirituelles bien peu recommandables. Je crois qu'ils s'intoxiquaient ainsi de la sorte, ce qui les tirait vers les "cîmes du désespoir"  comme eût dit Cioran, et traînait leurs esprits vers la déréliction sans même qu'ils en aient conscience. L'orgueil intellectuel était pour beaucoup dans cette déchéance. Il est  dommage que Guillemin ne l'ait pas vu, peut-être parce qu'il était lui-même aussi victime de ce travers.

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Afghanistan : le puits temporel et le vimana

30 Juillet 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #Histoire secrète

Dans mon livre sur les Nephilim j'ai parlé de l'histoire des Géants de Kandahar (Afghanistan). Voici une autre histoire qui se rapporte au même pays.

Un article étonnant sous la signature d'un certain Sathish Ramyen en 2016 racontait cette histoire sur Medium.com : à l'été 2012 Obama, Cameron, Sarkozy et Merkel se sont rendus en Inde. Sarkozy à l'époque aurait quitté précipitamment l'Inde pour l'Afghanistan. Pourquoi ? parce que l'US Air Force a fait savoir qu'une ancienne machine volante d'environ 5000 ans appelée Vimana dans les écrits hindous (voir ici), a été trouvée dans l'une des grottes de la chaîne de montagne. Huit militaires américains auraient disparu en essayant de l'extraire.

Pas de chance. Nicolas Sarkozy n'était pas en Inde en 2012 (date aussi reprise dans cette vidéo) mais en 2010. Il faudrait donc rectifier la date de leur visite : décembre 2010 (mais l'article qui propose cette nouvelle date n'est pas plus crédible puisqu'il présente Mahmadsaid Ubaidulloev, auteur d'une déclaration sur les extraterrestres, comme un membre du gouvernement afghan alors qu'il s'agit du président de la chambre haute du Tadjikistan, ce n'était pourtant pas difficile à vérifier).

A l'origine de cette nouvelle, selon le très sensationnaliste site Whatdoesitmean.com de 2011 (qui signe du nom d'une mystérieuse congrégation irlandaise), il y aurait un rapport des Service russe de renseignement extérieur selon lequel non pas 8 mais 50 soldats américains auraient été anéantis dans un puits temporel en cherchant un Vimana.  L'article très précis indique que les Américains qui avaient découvert l'existence du puits le 2 mai 2011 en perdant un appareil lors de l'opération pour éliminer Ben Laden et qu'ils ont perdu leurs 50 hommes en tentant, le 5 août suivant, de déplacer le "puits temporel" qui protégeait le Vimana (notons que cette fois-ci on n'est plus en 2010 ni 2012, mais 2011...).

De toute évidence, l'histoire, vu ses multiples déclinaisons et incohérences, est aussi peu crédible que celle selon laquelle, il y a quelques années, les Chinois auraient découvert des documents sanskrits à Lhassa, au Tibet et les auraient envoyés à l'Université de Chandrigarh pour être traduits où le Dr Ruth Reyna y aurait trouvé des instructions pour la construction de vaisseaux spatiaux interstellaires en utilisant le "laghima" qui permet à une personne de léviter. Cette dernière histoire est sérieusement mise en doute par le site "The Sangha Kommune".

Je crois qu'on tombe à nouveau ici dans les légendes inconsistantes destinées seulement à attirer les "clics" et commentaires des esprits rêveurs. Des thèmes à éviter.

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Une exemple de nudité innocente : le martyre de Sainte Agathonice

21 Juillet 2021 , Rédigé par CC

Papylus et Agathonice (Agathonike) sont des martyrs dont la mort à Pergame (Asie Mineure) est généralement datée du règne de Marc Aurèle d'après Eusèbe de Césarée, mais certains érudits préfèrent celle de Dèce. Carpus (Carpos) était évêque, Papylus (Papylos) diacre et Agathonice sa sœur. Selon les Acta carpi, le proconsul Optimus leur ordonna de sacrifier au nom de l'empereur. Carpus répondit : "Les vivants ne sacrifient pas aux morts… (les dieux) ressemblent à des hommes, mais ils sont insensibles. Privez-les de votre vénération… et ils seront souillés par les chiens et les corbeaux." Le proconsul a insista, Carpus déclara: "Je n'ai jamais sacrifié auparavant à des images qui n'ont ni sentiment ni compréhension… J'ai pitié de moi-même, choisissant comme je le fais la meilleure partie." Après cet échange, Optimus ordonna qu'il fut suspendu et lacéré avec des griffes. Carpus dans les tourments disait : "Je suis chrétien et à cause de ma foi et du nom de notre Seigneur Jésus-Christ, je ne peux pas devenir l'un de vous." Finalement, la douleur était si grande qu'il ne pouvait plus émettre un bruit.

Le tour de Papylus est venu ensuite. Il admit être un citoyen riche et avoir de nombreux enfants. Un passant cria : "Il veut dire qu'il a des enfants en vertu de la foi des chrétiens". Et en effet Papylus conveint qu'il avait des enfants spirituels dans chaque province et ville. Comme Carpus, il refusa obstinément de sacrifier, et reçut le même supplice. Il ne cria pas. Un peu plus tard, il dit : "Je ne ressens aucune douleur parce que j'ai quelqu'un pour me consoler : celui que vous ne voyez pas souffre en moi." Pour finir Papylus et Carpus furent brûlés vifs.

C'est alors qu'Agathonice fut interrogée. Elle aussi avoua qu'elle était chrétienne et qu'elle n'avait jamais sacrifié aux démons, mais seulement à Dieu. "Si je suis digne, continua-t-elle, je désire suivre les traces de mes précepteurs." On lui demanda de sacrifier par amour pour ses enfants. Elle répondit : "Mes enfants ont Dieu qui veille sur eux ; mais je n'obéirai pas à tes commandements et je ne sacrifierai pas aux démons". Condamnée à la même mort que Carpus et Papylus, elle fut conduite sur le lieu de l'exécution, elle enleva ses vêtements et les donna aux serviteurs. Quand la foule vit à quel point elle était belle, elle pleura. Les serviteurs la mirent sur le bûcher, et trois fois elle cria : "Seigneur Jésus-Christ, aide-moi parce que je supporte cela à cause de toi." Ensuite elle expira.

Le geste particulier de Ste Agathonice de se dénuder sur le bûcher avant que le bourreau ou ses adjoints n'y procèdent a été analysé dans la revue Vigiliae Christianae 74 de 2020 par Jan M. Kozlowski de l'université de Varsovie. Il montre que sa nudité est un exemple paradoxal d'habit de noces pour les "noces de l'Agneau" (Matt 22:11) et un retour à la nudité sans honte d'Eve avant la chute. Une des versions du récit du martyre se trouve dans la Revue archéologique de 1881, ici.

Le rapprochement avec les noces de l'agneau se justifie par les mots utilisé par la sainte. «Τὸ ἄριστον  τοῦτο  ἐμοὶ  ἡτοίμασται,  δεῖ  οὖν  με  μεταλαβοῦσαν  φαγεῖν  τοῦ  ἐνδόξου  ἀρίστου». "Τὸ ἄριστον" est toujours employé en référence à Matth 22:4. La référence à Eve se déduit de ce que dit Carpus en mourant avant Agathonice.

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