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Traces des yazidis à la BNF

11 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Quelques traces des yazidis (yézidis) à la bibliothèque nationale de France.

Dans La Turquie d'Asie, géographie administrative : statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie Mineure. T2 / par Vital Cuinet Éditeur : E. Leroux (Paris) 1891-1894 p. 772 et suiv :

"Yézides. On donne ce nom à une population spéciale répandue non seulement dans l'ancien Kurdistan, tant en Mésopotamie que dans la Haute-Arménie, c'est-à-dire dans les environs de Mouch et de Van, mais aussi jusque dans l'Yémen, la Perse, la Russie et la Chine occidentale. Cette peuplade a été mise par les anciens historiens au nombre de cinq principales tribus kurdes, tout en tenant compte, dès ce temps-là, des différences profondes qui l'ont toujours séparée des autres races autochtones. Les Yézides ne sont ni chrétiens, ni musulmans, mais en même temps qu'ils se montrent sympathiques aux premiers, ils portent des noms particuliers aux membres de l'islam. Toutefois, ces derniers, aussi bien les Sunnites que les Chyites, les musulmans orthodoxes, comme les hétérodoxes, ont en abomination les Yézides. L'histoire musulmane les accuse d'avoir assassiné les fils d'Ali Hassan et Husséin, dont on vénère les tombeaux à Kerbèla. Une tradition locale assez bizarre assure qu'un Yézide, par un sentiment pieux, déroba l'un des clous qui attachaient Notre-Seigneur Jésus-Christ à la croix, avant sa mort. Les Yézides racontent aussi, touchant leur croyance en Jésus-Christ, que l'Enfant divin parlait dès le jour même de sa naissance, et que pour prouver ainsi sa conception surnaturelle, il ressuscita un homme mort depuis mille ans.

Tous les musulmans, même ceux qui sont animés de la plus grande tolérance envers les non-musulmans en général, se croient permis, et considèrent même comme une bonne action, de persécuter les Yézides. Ceux-ci, de leur côté, ne montrent pas moins de haine pour les musulmans, tandis qu'ils semblent se plaire à témoigner de leur respect pour les croyances chrétiennes et à prier dans les églises. Ils reçoivent volontiers les chrétiens chez eux, sans que leurs filles ou leurs femmes s'enfuient ou se cachent. Quant aux musulmans, ils les évitent, et s'ils sont absolument forcés d'en avoir quelqu'un dans un de leurs villages, ils le traitent de telle sorte qu'il se hâte de partir sans retour.

Parmi les pratiques musulmanes, les Yézides redoutent la circoncision, et c'est pour éviter d'y être soumis par la force qu'ils refusent obstinément tout service militaire. Tous les efforts du gouvernement en vue de leur enrôlement ont toujours échoué. Pour se libérer de cet impôt qui leur est tant à charge, ils ont souvent recours aux chefs des communautés chrétiennes pour les supplier de les inscrire sur la liste de leurs ouailles, en les laissant maîtres de pratiquer en secret leur propre religion. Celle-ci est une sorte de manichéisme : ils semblent, comme l'hérésiarque Manès, reconnaître deux premiers principes, un bon et un mauvais, et c'est ce dernier qu'ils paraissent préférer dans leurs adorations. Ils deviennent furieux dès que l'on parle irrespectueusement du diable. Par respect, ils ne font aucun usage des mots commençant par la lettre chin, qui est la première du mot chéitan, nom du diable en langue turque. Ils évitent avec le plus grand soin de prononcer ce nom, et se servent pour désigner le mauvais esprit, de circonlocutions, telles que:  celui que tu sais, - celui que maudissent les fous et les ignorants, - Lui, - celui-là et enfin taouq-i-mélèk, c'est-à-dire le roi ou l'ange-coq. C'est en effet sous la figure d'un coq ordinaire, en bronze doré, qu'ils lui rendent un culte dans un lieu voisin de Mossoul, où résident les serviteurs de cette idole.

Sous le rapport temporel, les Yézides étaient gouvernés en Turquie et le sont encore dans les autres pays par un émir suprême qui réside à Bahadry ou Badri, village situé à 44 kilomètres au nord-est de Mossoul Son pouvoir est absolu; au moyen d'émirs subalternes, il transmet ses ordres à tous ses administrés répandus jusqu'aux extrémités de l'Europe et de l'Asie. Jusqu'en 1875, cet émir était considéré par le gouvernement ottoman comme prince indépendant ayant droit de vie ou de mort. Aujourd'hui ce droit lui est retiré, et ses anciens sujets en Turquie ne ressortissent plus que des tribunaux ottomans. En première instance, les causes des Yézides sont portées devant le mudir de Bahadry.

Le chef suprême de leur religion qu'ils qualifient de grand chéik, et qui remplit les fonctions de souverain Pontife, a sa résidence à Chéik-Adi, non loin de Badri ou Bahadry. Cette dignité est héréditaire dans sa famille ainsi que celles des pir ou prêtre. Ces derniers sont absolument illettrés. Une seule famille qui demeure à Bachika, village situé au pied du Djébel-Makloub, a le privilège exclusif, parmi tous les Yézides de l'Europe et de l'Asie, de savoir lire et écrire, mais on ignore quel est le livre sacré pour la lecture duquel cette prérogative lui a été conférée. Toutefois, M. Layard a appris du grand chéik qu'il existe un texte sacré tracé sur une planche. Toutes les prières despir, soit un enterrement, soit pour d'autres circonstances, sont transmises oralement de père en fils, et ne se font pas à haute voix, mais seulement comme un léger murmure. La prière surtout doit se faire chaque matin on se tourne à cet effet vers l'Orient, en posant les mains sur ses joues.

La caste sacerdotale exerce en certains cas un pouvoir coercitif, qui a pour effet de frapper d'excommunication les familles et les individus ou leurs biens. Les Yézides n'ont rien qui rappelle la notion du mariage. Le grand chéik le premier peut user comme il lui plaît de toutes les femmes, exemple suivi par tous les membres de cette communauté. Ils ont aussi chaque année une nuit qu'ils passent à l'entrée d'une caverne mystérieuse en l'honneur de l'ange ou du roi-coq (Taouq-i-mélèk). Ils y mangent et boivent et, pour clore la cérémonie, entrent enfin dans la caverne où ils se livrent à des orgies sans nom.

Les Yézides ont une sorte de baptême qui consiste à plonger dans l'eau d'un réservoir sacré l'enfant qu'ils ont d'abord déposé et couché à plat sur un coq de métal, figure du taouq-imélèk.

En d'autres circonstances, ils donnent au vin le nom de sang de Jésus-Christ. Un Yézide présente de cette liqueur à un de ces compagnons et lui dit : "Reçois le calice du sang de JésusChrist". Celui à qui cette offre est faite doit, même s'il est d'un rang supérieur, baiser la main de son gracieux amphytrion, puis boire, tandis que toute l'assistance attend les mains croisées sur la poitrine et dans une posture inclinée, qu'il ait fini de boire. Une autre cérémonie rappelle le sacrement de pénitence. Une rixe survient-elle entre Yézides, la réconciliation se fait de la manière suivante : celui qui est reconnu avoir le tort de son côté se lève, se couvre le visage de ses deux mains, va s'incliner respectueusement devant le plus digne des assistants et lui avoue sa faute à haute voix. Celui-ci lui fait une admonestation, prie un instant sur lui, et l'envoie baiser la main de son adversaire et de tous les membres présents de la caste sacerdotale. Si l'inimitié ne s'arrête pas là, le coupable de récidive doit aller trouver le grand chéik dans sa maison et y faire le même cérémonial, en s'engageant de plus à donner pour satisfaction un mouton et un grand vase rempli de vin.

Tous les Yézides boivent du vin et mangent du porc, mais leurs prêtres ne doivent manger ni laitue, ni aubergine. Il leur est interdit de s'habiller de bleu. La couleur rouge est également rejetée par les Yézides. Leur costume est généralement blanc, à peu près aussi uniformément que celui de leurs prêtres et de leurs derviches est noir. Leurs cheveux sont coupés avec des ciseaux jusqu'à la racine, mais jamais ils ne les rasent. Les hommes portent des chemises ouvertes en rond jusqu'à l'ombilic, en souvenir du cercle lumineux qui descendit sur Chéik-Adi après qu'il eût jeûné durant quarante jours; les femmes ne sont vêtues que de chemisettes, de caleçons blancs et de hautes bottes en maroquin jaune.

Quoique les Yézides, comme on l'a dit plus haut, aient été considérés par les historiens du temps passé et la plupart des voyageurs comme l'une des cinq principales tribus kurdes, et que leur langue soit le kurde, on pense aujourd'hui qu'il est difficile, sinon impossible, d'admettre que cette peuplade, qui porte tous les caractères extérieurs d'une race indo-européenne, soit originaire du sol. On les croit immigrés de la Perse à la suite des persécutions d'Ali, dont les victoires y ont établi l'islamisme. L'archarnement qu'ils montrent contre les musulmans et que ceux-ci leur témoignent, le fait d'avoir massacré Hassan et Husséïn par vengeance que les musulmans leur reprochent, sont avancés comme preuves à l'appui de cette opinion, mais cela ne suffirait pas à démontrer qu'ils ne sont pas Kurdes, puisque l'ancien Kurdistan comprenait une notable partie du sud de la Perse. On objecte d'autre part en faveur de l'opinion qui voudrait en faire une race indo-européenne, l'existence au pied de l'Hymalaya des Lepchos, cités dans le numéro 956 de la Revue des Missions catholiques du 30 septembre 1887, pour leurs croyances singulièrement identiques à celles des Yézides. Comme ceux-ci, les Lepchos reconnaissent un bon et un mauvais principe, et ne rendent un culte qu'à ce dernier, auquel seul leurs sacrifices sont offerts pour apaiser sa malveillance, qu'ils croient être l'unique cause de toutes les misères humaines.

Outre cela, les Yézides croient que le diable est une créature de ce mauvais principe, « seul créateur de toutes choses ». On doit, selon eux, honorer cette créature, non seulement parce qu'elle est puissante et redoutable et afin de mériter par le moyen de ce culte d'échapper à son action malfaisante, mais aussi parce que le diable peut, par un caprice de son maître, devenir un jour aussi puissant pour le bien qu'il l'est pour le mal. A ce changement de fortune, ses détracteurs seuls auraient à perdre C'est pour cela que les Yézides ne peuvent souffrir qu'on le maudisse.

A ce sujet, les habitants de Mossoul se plaisent parfois, quand ils rencontrent un Yézide dans les marchés de cette ville, à tracer autour de lui sur le sol un cercle dans lequel le malheureux croit être retenu prisonnier jusqu'à ce qu'une personne charitable soit venue rompre ce cercle fatal. Durant tout le temps de cette pseudo-magique captivité, la plus dure peine pour lui n'est pas la prison mais la nécessité qu'il se figure inéluctable, d'entendre ses joyeux bourreaux accumuler avec malice sur son dieu et mettre toutes les malédictions imaginables. L'initiation d'un Yézide de la caste sacerdotale, c'est-à-dire pour ainsi parler sa « prise d'habit », car on sait déjà que c'est l'habit noir qui distingue les Pir, les Uaval, les Fakir, etc., se fait d'une façon singulière dont les détails méritent d'être rapportés. Le postulant doit passer au service du grand chéik les quelques jours qui précèdent la cérémonie c'est une espèce de noviciat. Le terme de cette courte épreuve expiré, l'adepte dépose tous ses habits, puis deux Yézides noirs le prennent chacun par une oreille et le conduisent devant le supérieur qui lui présente l'habit noir en ces termes « Entre dans le feu et sache bien que dès ce moment tu es disciple de Yézid. Sache aussi qu'en cette qualité tu auras à souffrir pour l'amour de Dieu bien des injures, des opprobres et des persécutions de la part des hommes; car cet habit te rendra méprisable aux yeux de tous, mais très agréable à la Majesté divine .» Après cette petite allocution, le nouveau clerc, pendant que l'assistance murmure des prières, est revêtu pièce à pièce de l'habit noir qui ne diffère en rien des autres par la forme, mais dont les diverses parties portent des noms particuliers le turban devient la mitre; une autre pièce l'huméral, etc. Lorsqu'il est entièrement habillé, le supérieur l'embrasse et lui baise la manche, ce que font aussi à sa suite tous les autres Yézides noirs, mais non les blancs, car cela ne leur est pas permis. Dès lors, l'initié est appelé kotchek, mot auquel on doit donner dans ce cas la signification de clerc ou de disciple, mais qui dans le langage vulgaire en a une bien différente.

L'habit noir, est aux yeux des Yézides une chose sacrée; ils n'en laissent perdre aucune parcelle, et lorsqu'il tombe en loques, ils en recueillent pieusement les morceaux pour en bourrer des coussins, des oreillers, etc. Leur serment solennel se fait par la vertu de l'habit noir, par la tête de ceux qui le portent. Au pèlerinage annuel, qui se fait à Chéik-Adi, le grande chéik, revêtu d'une étole noire, prêche et bénit l'assemblée. L'enterrement d'un Yézide noir se fait non seulement sans larmes ni sans deuil, mais encore avec des démonstrations de joie, des chants et des danses, en témoignage de la conviction où l'on est du sort heureux de l'âme du défunt.

Quoiqu'il ne paraisse guère possible d'instruire des populations auxquelles leurs principes religieux interdisent l'instruction comme une chose mauvaise, des missionnaires capucins étaient parvenus, au XVII° siècle, à convertir deux chefs Yézides et à les baptiser sous les noms de Pierre et Paul, avec treize autres personnes mais la malveillance coupa court à cette œuvre, qui n'eut pas d'autres effets.

Les Yézides s'adonnent pour la plupart à la culture et à la vente de leurs produits agricoles, comme les Syriens. Beaucoup aussi élèvent de grands troupeaux de moutons, comme les Kurdes, dont ils partagent les instincts guerriers et dont ils ont la langue ainsi que l'organisation par agglomérations distinctes et rivales."

A propos des yazidis du Caucase :

Revue hebdomadaire de Paris 1892 p 490 Voyage à Erzeroum de 1829 à 1835 de Pouchkine : "Notre société était très composite. Dans la tente du général Reyewski se trouvaient plusieurs chefs de troupe musulmans, avec lesquels nous conversions au moyen d'un interprète. Parmi nos troupes, on remarquait des hommes appartenant aux peuplades caucasiennes déjà sous notre pouvoir.

J'ai surtout considéré avec curiosité les Yazides, qui, dit-on, forment une secte adorant le diable. Ils se com posent de plus de trois cents familles, habitant au pied de l'Ararat. Ils sont soumis à la domination russe, et leur chef, un homme grand et laid, à manteau rouge et grand bonnet noir, venait de temps en temps saluer le général Reyewski, commandant de toute la cavalerie."

Notons qu'Henry Austen Layard qui découvrit les ruines de Ninive joua un rôle important dans la connaissances des Yézides en Occident avec son "Nineveh and its Remains: with an Account of a Visit to tile Chaldaean Christians of Kurdistan, and the Yezidis, or Devil-worshippers, et Inquiry into the Painters and Arts of the Ancient Assyrians", puis en France Joachim Menant (1820-1899), passionné d’assyriologie, spécialiste de l’écriture cunéiforme qui publia en 1892 "Les Yédidiz; épisodes de l’histoire des adorateurs du diable",

Citons aussi dans la Géographie universelle d'Elisée Reclus (1881), le géographe anarchiste, dans le tome 6 : A propos des yézides de Transcaucasie "Les bergers sont des migrants temporaires , venus du Kurdistan, de la perse et de la Turquie. Parmi ces bergers, on compte plusieurs centaines de Yézides, adorateurs du diable" (p. 271). Et tome 9, p. 350 et suiv :

"Les Têtes Rouges, dont les communautés principales vivent dans le bassin moyen de l'Euphrate, sur les bords du Ghermili et du haut Kizîl irmak, sont comptés par les musulmans au nombre des sectes chrétiennes, parce qu'ils boivent du vin, ne voilent pas leurs femmes, pratiquent les cérémonies du baptême et de la communion. De tous les sectaires, les Kizîl bach sont ceux que leurs voisins accusent le plus obstinément — à tort ou à raison — de célébrer des fêtes nocturnes où règne la promiscuité la plus complète : de là le nom de Terah Sonderan ou "Éteigneurs de Lumières" sous lequel ils sont généralement désignés (cf Ernest Chantre, Tableau des tribus kurdes"). Le chef religieux des Kizîl bach réside dans le Dersim, près du fleuve Mourad.

D'autres sectaires abhorrés sont ceux que leurs voisins appellent « Adorateurs du Diable ». Les Kourdes Yezidi ou Chemsieh, quoique fort peu nombreux, cinquante mille au plus, sont épars sur un espace très considérable : ils sont cantonnés principalement dans les montagnes de Sindjar au nord des campagnes de la Mésopotamie, mais il en existe aussi sur les plateaux de Van et d'Erzeroum, ainsi qu'en Perse et dans la Transcaucasie, près des rives orientales du Goktcha (voir Moritz Wagner, Reise nach Persien und dem Lande der Kurden); une de leurs colonies s'était même -avancée jusqu'au Bosphore, en face de Constantinople (Von Hammer-Purgstall; - Carl Ritter, Asien). Haïs, exécrés par leurs voisins de toute religion et de toute race, tantôt obligés de combattre, tantôt fuyant devant leurs persécuteurs, réduits par la famine et par les maladies plus encore que par le glaive, ils ont pourtant réussi à maintenir de siècle en siècle leurs pauvres communautés, sans avoir comme les Juifs le solide point d'appui que donnent un corps de traditions écrites, l'histoire d'un long passé d'indépendance : ils n'ont que leur foi et le souvenir des luttes de la veille pour s'encourager à celles du lendemain; ils prétendent que leur grand saint, le cheikh Adi, écrivit un livre de doctrine, Aswat ou le « Noir », mais aucun document ne prouve la vérité de cette assertion, inventée probablement pour se faire respecter par les musulmans (Frederick Forbes, Journal of the Geographical Society, 1859). Nulle part ils ne vivent indépendants; les Yezidi du Sindjar, Kourdes croisés d'Arabes qui depuis des générations vivaient en républiques autonomes dans leurs citadelles de rochers, furent en grande partie exterminés en 1838; on enfuma les grottes dans lesquelles la plupart s'étaient réfugiés; les femmes furent vendues comme esclaves et les misérables débris des tribus durent accueillir des maîtres musulmans.

En comparant les récits des voyageurs qui ont visité les Yezidi dans les divers districts où ils sont dispersés, on constate de telles différences, qu'on a cru devoir admettre des origines multiples pour les sectaires classés sous le nom d'Adorateurs du Diable. Dans le voisinage des Arméniens, ils paraissent se rattacher à la même souche ethnique et des documents précis mentionnent le milieu du neuvième siècle et un village du district de Van comme l'époque et le lieu où la religion, d'abord simple schisme du dogme arménien, prit son origine. Dans le Sindjar, au contraire, on attribue aux Yezidi une origine arabe et leur culte serait dérivé de l'Islam. En Perse, ils sont considérés comme descendant des Guèbres ; pourtant le nom même qui leur a été donné les relie au monde musulman, puisqu'il est celui de Yezid, le calife abhorré, coupable du meurtre de Housseïn, le petit-fils du prophète. Enfin, les tribus kourdes les confondent souvent avec les sectes chrétiennes des plaines inférieures et font sur les uns et les autres les récits les plus bizarres : il n'est pas d'abominations qu'on ne leur prête, pas de fantaisies qu'on n'imagine sur leur compte. Leurs cérémonies diffèrent suivant les pays : il en est qui baptisent leurs enfants et qui font le signe de la croix (Azabel Grant, The Nestorians); en certains districts ils pratiquent la circoncision, ailleurs elle est défendue; les jeûnes sont strictement observés chez les Yezidi voisins de l'Arménie, tandis que d'autres Adorateurs du Diable se croient libres de manger en tout temps ; ici règne la polygamie, là une monogamie stricte; jadis la plupart étaient toujours vêtus de bleu, actuellement ils abhorrent cette couleur et sont voués au blanc. D'ailleurs, les sectaires persécutés ont dû, comme les hérétiques du chiisme persan, apprendre à simuler les cérémonies des cultes officiels : il n'est pas de saint chrétien ou musulman, sunnite ou. chiite, qu'ils n'acceptent comme leur et qu'ils ne vénèrent avec une ferveur apparente.

Le lien commun entre les Yezidi de diverse origine et de cultes distincts est l'adoration du melek Taous, leur roi Paon ou Phénix, Seigneur de Vie, Esprit Saint, Feu et Lumière, qu'ils représentent sous la forme d'un oiseau à tète de coq, placé sur un chandelier. Son premier ministre est Lucifer, l'étoile du matin, qu'ils n'ont cessé de respecter, malgré sa chute. Déchus eux-mêmes, disent-ils, de quel droit maudiraient-ils l'ange tombé, et puisqu'ils attendent leur propre salut de la grâce divine, pourquoi le grand foudroyé ne reprendrait-il pas son rang comme chef des armées célestes ?

Peut-être même les prophètes Moïse, Mahomet, Jésus-Christ étaient-ils son incarnation; peut-être est-il déjà remonté au ciel pour accomplir de nouveau, comme ministre suprême, les ordres du dieu législateur. Ils sont saisis d'horreur en entendant blasphémer le nom de l'Archange par musulmans ou chrétiens, et l'on dit que peine de mort est prononcée chez eux contre celui qui se servirait du nom de "Satan" ; ceux qui l'entendent ont pour devoir de tuer l'insulteur, puis de se tuer eux-mêmes (Taylor, Journal of the Geographical Society, 1868). Ils évitent même toute combinaison de syllabes qui pourrait rappeler le terme d'insulte. Ils accomplissent religieusement les ordres de leurs prêtres et nombre d'entre eux vont en pèlerinage au lieu sacré du cheikh Adi, qui se trouve au nord de Mossoul, sur la route d'Amadiah; leur pape ou cheikhkhan réside au bourg de Baadlî, situé sur une roche escarpée, mais le sanctuaire est dans un autre village, Lalech, où vécut un prophète, le "Mahomet" des Yezidi : c'est là que se font les grandes cérémonies et que l'effigie sainte du melek Taous est exposée à la vénération des fidèles; le matin, quand le soleil se lève à l'horizon, la foule des pèlerins salue la lumière en se prosternant par trois fois( Niebihr, Garzonu, Rich, Forbes etc). Les voyageurs, même les missionnaires catholiques et protestants qui ont été accueillis chez les Yezidi et qui devaient naturellement frémir à la pensée d'être en présence des Adorateurs du Diable, sont unanimes à les représenter comme moralement très supérieurs à tous leurs voisins, nestoriens ou grégoriens, sunnites ou chiites. Ils sont d'une probité parfaite, destructeurs et pillards quand la guerre est déclarée, mais, en temps de paix, respectueux jusqu'au scrupule de tout ce qui appartient à autrui. Ils se montrent d'une prévenance sans bornes à l'égard de l'étranger, bienveillants les uns envers les autres, doux et fidèles dans le mariage, très appliqués au travail. Les poésies qu'ils chantent en labourant le sol ou en se reposant aux veillées du soir sont tantôt des fragments d'épopées qui célèbrent les hauts faits des aïeux, tantôt des strophes d'amour, pleines de sentiment, parfois aussi des invocations plaintives. « Le chacal ne déterre que les cadavres, il respecte la vie; mais le pacha, lui, ne boit que le sang des jeunes. Il sépare l'adolescent de sa fiancée. Maudit soit celui qui sépare deux cœurs qui s'aiment! Maudit soit le puissant qui ne connaît pas la pitié! Le tombeau ne rendra pas ses morts, mais l'Ange Suprême entendra notre cri ! »

Dans la revue L'Ethnographie d'avril 1929, p. 224, rend compte du livre du livre de RHW Empson, The cilt of the peacock angel, A short account of the Yezidi tribes of Kurdistan with a commentary by Sir Richard Carnac Temple, London 1928.

Dans la Revue de thérapeutique médico-chirurgicale : journal des connaissances médico-chirurgicales de 1910 p. 683, un courrier des lecteurs de Mossoul raconte : "J'avais un domestique, Yézidi, mangeur de mouches. Il les attrapait avec une adresse remarquable. Comme le chien les happe avec la bouche, il les saisissait d'un mouvement rapide de la main droite, sur le creux de la main gauche il avait du gros sel. Il prenait la mouche, la plongeait dans le sel et l'avalait : entre ses doigts restaient les ailes qu'il laissait tomber, tout en ouvrant les mains pour attraper une autre mouche. Pas une ne lui échappait de celles qui voletaient à sa portée. Il ne se livrait à cet étrange exercice que les samedis. C'est, paraît-il, le jour spécialement consacré au Diable.

Dieu, en jetant Satan l'Ange rebelle, dans les abîmes, lui dit "Tu ne seras plus le roi des anges ; tu seras le roi des insectes, Baal ez zeboun, (vulg Belzebuth)." Généralement, on interprète cette phrase par "roi des mouches". Les mouches incarnent Cheïtan (Satan). et mon Yezidi, chaque samedi, en avalant des mouches, communiait dans le Diable. Je le menaçai de le renvoyer, car sa manoeuvre hebdomadaire me dégoûtait".

Comptes-rendus des séances de l'année... / Académie des inscriptions et belles-lettres 1918 JB Chabot Edesse pendant la Première croisade p. 442 :

"Mais si les. monuments lapidaires ne sont pas la pour rappeler le passage des Francs, il ne faut pas croire que le souvenir de leurs exploits ait disparu. Il est devenu légendaire il s'est perpétué dans la tradition orale jusqu'à nos jours, même parmi les populations les moins cultivées. Il y a vingt et un ans de cela, sur la route d'Ëdesse à Alep, dont chaque étape était marquée par les traces encore sanglantes du récent massacre des Arméniens, je rencontrai un homme appartenant à la tribu des Yézidis, secte mystérieuse des environs de Mossoul, que la persécution turque* a dispersée sans pouvoir l'anéantir. Cet homme me demanda " Est-ce bientôt que les Francs vont venir occuper ce pays? Et qui t'a appris, dis-je, que les Francs doivent venir ? Mais, fit-il 'avec assurance, les prophéties l'ont annoncé. "

Notons ce compte-rendu de voyage anonyme chez les Yézidis présentés par Perdrizet dans la Société de Géographie de l'Est p. 292.

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La religion des Yézidis

11 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums, #Histoire des idées, #Histoire secrète

La religion Yazidi (yézidie, on adoptera les deux orthographes) professe la croyance en un dieu singulier «suprême» [semblable au dieu biblique] qui se manifeste sous la forme de «Sept Grands Anges", dont le chef est un paon nommé Tawsi Melek. Le paon roi Tawsi Melek est descendu sur terre pour donner vie à l'Adam biblique dans le jardin d'Eden. Par la suite, Eve a été créé. Les Yézidis croient que Adam a réussi à produire une descendance spontanément sans Eve. Adam avait un fils par génération spontanée nommée Shehid bin Jer qui est devenu l'ancêtre de la race Yazidi. Tous les autres peuples sont soupçonnés d'être les descendants de l'accouplement d'Adam et Eve, tandis que les Yézidis sont les descendants d'Adam seul. Selon la légende, l'ange-paon Tawsi Melek (qui est un mélange de Jésus et de Lucifer) a transmis ses connaissances au fils d'Adam Shehid bin Jer qui est devenu le fondement de la religion Yazidi de sa progéniture.


Les Yézidis croient que le jardin biblique de l' Eden était un âge d' or de la sagesse et de la prospérité. Selon eux, le déclin moral a commencé il y a 6000 ans quand le dieu Yazidi a envoyé un déluge pour nettoyer la terre. Ce point est presque identique à l'inondation de l' histoire de Noé dans la Bible. Après le déluge, les Yazidis ont été dispersés en Inde, en Afghanistan et en Afrique du Nord. Il y a 4000 ans, selon la légende, les Yazidis ont commencé à revenir dans le Nord de l' Irak. Dans le XI ème siècle, la culture Yazidi a été réformée par un sage soufi nommé Cheikh Adi. Le cheik Adi a également mis en forme le système moderne des castes yézidies.

Ce système est strictement héréditaire (à la différence des Hindous) et certains disent qu'il a été emprunté à l'Inde. Il existe trois principales castes des Yézidis. Les Cheiks sont la plus haute caste, c'est un mot arabe qui signifie «chef ». Les cheiks sont en outre divisés en sous-castes: Faqirs, Qewels et Kochecks (on mentionne aussi les noms de Samsani, Adani et Qatani défenseurs de la foi). Les Faqirs ou Fakirs (un mot pour soufi) sont les plus élevés des cheiks, ce sont prêtres qui sont souvent pris en charge par les autres castes à travers un système de dîme. Les Qewels sont des bardes ou chanteurs qui assistent à des cérémonies. Kochecks (au féminin Fagras) sont les voyants et médiums qui servent dans les lieux saints de Lalish (dans la province de Dohuk, tout au nord de l'Irak), ils peuvent venir de toute caste. La deuxième plus haute caste sont les Pir, un groupe héréditaire qui prétend descendre d'un saint homme nommé Peer Alae. Les Pir sont soupçonnés d'avoir des pouvoirs mystiques. Les Pir sont présents à toutes les cérémonies de mariage, d'enterrement et de naissance et aident les Sheik. Ils sont également des conseillers. Chaque Yazidi de chaque caste est tenu de prendre un Pir et un Sheik comme guide pour la vie. Enfin, il y a la caste Murid héréditaire qui sont les «roturiers» qui sont les «roturiers» ou les "disciples" .

Les Yézidis ont également deux positions officielles fondées sur la caste et l'hérédité. Le «Mir» est le prince des Yézidis. Il est le chef temporel et religieux du peuple Yazidi et parle en leur nom au niveau national et international. C'est aussi le chef de l'Etat théocratique Yazidi, il occupe une position héréditaire et les membres sont issus de familles Sheikh spécifiques appelées «familles Col». Après le Mir vient le Baba Cheikh, appelé le «pape» de Yazdinism. Baba signifie «père» et le Baba Cheikh est le chef spirituel de la communauté Yazidi, mais ce Cheikh est subordonné au Mir dans tous les domaines temporel et spirituel.

Les fêtes des Yézidis.


La nouvelle année Yazidi ressemble à Pâques. Elle est célébrée le mercredi et commémore le moment où Tawsi Melek est descendu sur terre pour apaiser un tremblement de terre et de répandre ses couleurs de paon. Ce jour-là, les Yézidis peignent des oeufs (tout comme certains chrétiens orthodoxes le jour de Pâques). Il y a aussi un banquet tenu dans les cimetières pour honorer les morts.  La Parade des Sanjaks est marquée par la procession du paon sacré à travers les villages (il est normalement logé dans la résidence du Mir). Le paon est dit avoir été amené de l' Inde par la diaspora yézidie.  Le jeûne du Sacrifice est de 40 jours de jeûne. Il est observé par les hommes saints de Lalish à la mi-Février. Il commémore le jour où l'Abraham biblique a tenté de sacrifier son fils Ismaël (c'est le nom musulman qui est retenu). La fête des sept jours fête a lieu au début Octobre et est un moment où Yazidi faire un pèlerinage à leur saint sanctuaire de Lalish. Durant cette fête un boeuf est chassé et lorsqu'il a été capturé, il est abattu et cuit. La viande est distribuée parmi les participants au sacrifice, ce que certains rapprochent de la fête juive de Korban. Le jeûne de trois jours du lever au coucher du soleil de Décembre ressemble à la fête islamique du Ramadan. Les Yézidis doivent prier 5 fois par jour (comme pour les musulmans). Les Yézidis ne doivent pas effectuer leurs prières en présence d'étrangers. Le samedi est considéré comme un jour de repos (comme le sabbat juif).

Les Yézidis croient en la réincarnation comme les hindous, mais ils ne sont pas incinérés comme eux. Ils disent qu'à leur mort, leur âme rencontre dans l'au-delà le soufi Sheik Adi qui les interroge sur leurs pratiques sexuelles passées. Les rapports sexuels avec des non-yézidis ou des personnes d'autres castes pourrait interdire à un Yézidi d'entrer dans le paradis. Certains Yazidi croient en enfer, d'autres croient que les flammes de l'enfer ont été éteintes par les larmes de Tawsi Melek. Les Yézidis croient qu'ils se réincarnent jusqu'à ce qu'ils atteignent un niveau de pureté qui leur permet de monter au ciel pour l'éternité. Les Yézidis impurs sont punis en se réincarnant dans le corps d'un non-Yazidi, ce qui est la pire punition possible.

Jésus joue un rôle important dans cette religion.


Ils considèrent les chrétiens comme leurs amis les plus proches. Les Yézidis ont hébergé chrétiens pendant le génocide arménien et des chrétiens ont aidé des Yézidis à fuir vers l' Europe et l' Amérique sous la dictature de Saddam Hussein en Irag. Jésus est reconnu comme un grand prophète de Tawsi Melek et son nom est invoqué dans les prières des Yazidis. Ils prétend que le charpentier yézidi nommé Yosef Nagar (comme Joseph dans l'Evangile) habitait à Jérusalem lorsque Jésus était un jeune garçon et a enseigné au futur «prophète» les pratiques et l' art de la guérison par les herbes. Les livres saints des Yézidis affirment que Tawsi Melek était un guide et qu'il aidait Jésus. Le dieu Yazidi est dit avoir envoyé Tawsi Melek pour déplacer la pierre qui bloquait la tombe de Jésus et qu'il était un ange protecteur qui est resté à proximité. Le réformateur Sheike Adi est réputé avoir été un sectateur de Jésus. Son maître sufi al-Hasan al-Barsi avait proclamé qu'il n'y a pas de messie "madhi" mais que Jésus était ce madhi.

Il existe aujourd'hui des tentatives d' "inculturation", c'est à dire d'introduction du catholicisme dans le yézidisme. Selon le site hindou Hindugeopolitics, le chrétien templier basé en Arizona Mark Pinkham (Mark "Amaru" Pinkham) essaie de fusionner catholicisme, yézidisme et hindouisme, dans le concept de hidzianité à  travers le dieu de la guerre hindou au paon Murugan, Melek Taus et Jésus. Il dirige un Ordre International des Templiers Gnostiques (International Order of Gnostic Templars ™ - IOGT) et son dernier livre “Guardians of the Holy Grail: The Knights Templar, John the Baptist and the Water of Life" tente de placer le Jardin d'Eden et la lignée des prophètes du «Saint Graal» tels que Jésus et Jean-Baptiste dans le prolongement de l'hindouisme du Sri Lanka. Ce gnosticisme est aussi très tourné vers la déesse mère comme le Da Vinci Code. La revue en ligne Covertwires en septembre 2014, juste après le génocide de Sinjar, a interviewé ce gourou de secte sur son livre de 2002 The Truth Behind the Christ Myth: The Redemption of the Peacock Angel. En 2007 sur Vancouver Coop radio il expliquait que les yézidis auraient fondé leur religion en Inde il y a 6 000 ans...Ce personnage est présenté comme le gourou d'une secte sexuelle crowleysienne dans le livre "Confession of an Illuminati" de Leo Lyon Zagami en 2015.

Mark Amaru Pinkham dirige aussi le site YazidiTruth.org . Déjà en 2007 il faisait campagne contre le "génocide" des yézidis en soutenant le témoignage du fakir Kawwal Khoudeida Hasan qui dirigeait une communauté d'une cinquantaine de familles yézidies dans le Nebraska.

 

La baronne Nicholson de Winterbourne, ambassadrice pour le commerce du gouvernement de Mme May, au sanctuaire de Lalish, novembre 2016

La baronne Nicholson de Winterbourne, ambassadrice pour le commerce du gouvernement de Mme May, au sanctuaire de Lalish, novembre 2016

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Psychiatrie et possession

10 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme

On trouvera dans la vidéo ci-dessous un témoignage intéressant d'un fils de pasteur. Intéressant pour moi parce qu'il me rappelle des situations auxquelles j'ai été confrontées, quoiqu'à un niveau bien moindre, fort heureusement, que cette famille du pasteur Peterschmitt.

J'estime que le pasteur et la psychiatre se trompent quand ils déclarent que la maladie psychiatrique est différente de la possession. Ils affirment au vu de leur expérience de la délivrance que la maladie a sa logique propre. C'est vrai, mais cette logique a bien une origine métaphysique. Je l'ai observé dans le cadre de mon enquête auprès des médiums, et j'espère pouvoir évoquer cela prochainement dans un livre.

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Pedro Aguilar

31 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Guerre civile espagnole, #Christianisme, #Pythagore-Isis

Dans un des premiers billets de ce blog il y a presque dix ans, j'avais cité un extrait des mémoires de mon grand père paternel avant que les Editions du Cygne ne les publient. Cela parlait de mon arrière grand père, de son père etc et au fil des ans et des recherches par mots clés ce billet avait poussé des généalogistes amateurs à me contacter. Il avait eu cette utilité.

Du coup je crois devoir dire un mot ici d'un autre ancêtre de ma branche paternelle, plus précisément l'arrière grand père de ma grand mère paternelle, car j'ai exploité récemment l'autobiographie de quelques pages qu'il a laissée, ou du moins la synthèse dactylographiée qu'un de ses descendants a transmise à la famille. Cet homme a fini sa vie comme franciscain de l'ordre tertiaire, tout comme sa femme. Et donc, autant la biographie de mon aïeul plongeait le lecteur dans la vie de l'armée républicaine espagnole en Catalogne du XXe siècle, autant la sienne fait entrer dans l'univers catholique aragonais du siècle précédent.

Il se nomme Pedro Aguilar, né à Castelseras (pas très loin d'Alcaniz dans le Bas-Aragon) le 19 février 1819. Il a eu quinze enfants avec Valentina Gomez dont beaucoup moururent en bas âge. Il les liste dans sa biographie.Une d'entre elles fut mon arrière grand-mère, Maria Aguilar, née en 1845, qui allait devenir Maria Planchat le 21  janvier 1865. Un de ses fils Francisco allait être en 1870 prêtre à La Zoma dans un autre district aragonais, un autre Felipe sera aussi ordonné le 12 mars 1881, donnera sa première messe à  Valdealgorfa, puis  dans les jours qui suivirent affecté à la Zaida dans la province de Saragosse, il y mourut le 15 avril (vendredi saint) de la même année.

En dehors de la liste des naissances et des enterrements, peu de faits significatifs dans sa vie sauf quelques actes de dévotion assez pittoresques, comme celui-ci :

En 1862 (année pénible pour l'auteur car son fils Miguel né en avril mourut en septembre), il raconte : "J'ai voyagé pour chercher de l’eau miraculeuse de San Gregorio pour les villages d’Alcaniz, Valdealgorfa et Casteseras pour le prix de six duros chaque village. J'ai pris train de Saragosse le 17 septembre 1863. Au bout de six heures je suis arrivé à Pampelune. Là je me suis arrêté une journée et de là j'ai pris un fiacre jusqu'au pont de la Reine. Je suis passé par Estrella et le passage de la Mola jusqu’à l’ermitage qui est sur une montagne très haute et qui a une chapelle magnifique. L'eau passe par la tête du saint. Je suis reparti tout de suite et au retour je suis passé par les Arcs de Navarre et de là à Calahorra" puis à Saragosse. Il recommence le 16 octobre de la même année en suivant un autre itinéraire (et deux mois plus tard, le 29 décembre, Pedro Aguilar perdait sa mère Josefa Antolin morte à la maison de sa soeur à Alcaniz).

San Gregorio Ostiense, Saint Grégoire évêque d'Ostie est un saint italien du XIe siècle protecteur des champs qui faisait fuir les fléaux. Envoyé par le pape Benoît IX dans la vallée de l'Ebre à la demande des habitants il fit fuir criquets et pucerons, et il soulagea Calahorra des sauterelles. La dévotion à sa statue commença au XVIe siècle. Il était d'usage que les conseils municipaux envoient  à la basilique dédiée à ses reliques, près de Sorlada (en Navarre), quelqu'un chercher de l'eau bénite que l'on faisait passer par le crâne de son saint (le reliquaire étant ouvert par le haut et par le bas) pour ensuite bénir les champs. "Andar más que la cabeza de San Gregorio" est un proverbe connu en Espagne.

L'Aragon est alors très pauvre, le choléra y sévit. Les récoltes sont souvent insuffisantes et le recours à Saint Grégoire est la seule solution.

Pedro Aguilar avait une dévotion particulière à la Sainte Vierge.

Il raconte "Le 11 août 1884, ont été organisés 3 jours de fête à  La Codoñera pour la Vierge de Lorette pour l'accomplissement du centenaire de l'édification de la chapelle. Je suis reconnaissant à cette Vierge parce qu'à ce même endroit en un quart d'heure j'ai eu la vie sauvée trois fois pendant la guerre civile. Et j'ai connu un homme de village qui s'appelait Mariano Lusona qui, à l'âge de 80 ans, a vu des dents lui sortir comme à un enfant".

La guerre civile à laquelle Pedro Aguilar fait référence était la guerre carliste et plus précisément la bataille menée par les conservateurs carlistes sous la bannière du général Cabrera en 1868. Le centenaire de la chapelle de ND de Lorette le conduit à une digression sur cette année (16 ans plus tôt)

"La guerre de Cabrera fut très sanglante, écrit-il juste après, et aussi si cruelle que dans un camp de prisonnier ils en vinrent à se manger entre eux tant ils mouraient de faim, et à cette occasion un fils tua son père sans le connaître et après l'avoir tué il lui prit sa trousse de sergent et y trouva une lettre qu'il avait écrite à sa mère qui indiquait son adresse et disait qu'il était en Aragon pour quelque bien à faire et quand il vit que son père était mort il était désespéré par le regret et le même jour il vint se réfugier ici au village de Valdealgorfa".

C'est l'année de la "révolution glorieuse" qui renverse Isabelle II et s'accompagne de persécutions religieuses à Valdealgorfa (interdictions de messes et de fêtes).

Pedro Aguilar était devenu « hermano de la santisima trinidad » à Alcaniz le 7.8.1881, puis il il avait pris la bure franciscaine en 1882, sa femme fait de même l’année suivante mais meurt peu après. Pedro est atteint d'une paralysie provisoire en 1882. Valentina Gómez née à Madrid en 1820 mourut le 19 février 1883 après sept jours de pneumonie.

Il dit avoir assisté le 1er octobre 1890, à 81 ans,  au second congrès espagnol eucharistique de Saragosse présidé par le cardinal Miravides en présence de trente archevêques et évêques. C'est l'avant dernier événement qu'il cite avant la mort de sa petite fille Candelaria seconde fille de sa fille Lucia en 1893.

Du point de vue de l'exorcisme et des malédictions transgénérationnelles, je dois expier du côté de cet aïeul son invocation du mort Grégoire d'Ostie, et son pacte avec la Reine des cieux qui l'a sauvé quatre fois.

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27 Octobre 2016 , Rédigé par CC

 

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Le pasteur John Mulinde

25 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Une correspondante m'a fait remarquer que le billet que j'ai publié sur le pasteur libérien Joshua Blahyi trahissait dans le livre de ce dernier une sorte de fascination pour ses anciens pouvoirs occultes, et m'a recommandé l'itinéraire d'un pasteur lui aussi né dans le satanisme, dont l'appel à l'humilité et l'action dans le monde aujourd'hui sont plus profonds et ont plus d'impact, le pasteur ougandais John Mulinde (*).

Je vous livre donc ici (en anglais) une vidéo de sa prédication à Kansas City (USA) le 1er mars 2011.

(*) un lecteur m'indique qu'il s'agit d'une erreur et que le pasteur Mulinde n'est pas né dans le satanisme - à vérifier donc

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Pakhon et le plaisir solitaire (Histoire lausiaque)

22 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps, #Pythagore-Isis

Pakhon, ou Pachon, ascète établi dans le monastère du désert de Scété à l'Ouest du delta du Nil (on sait quelle fascination le monachisme égyptien exerça sur tout le bassin méditerranéen et jusqu'en Irlande à la fin de l'Empire romain), avait expliqué à Pallade de Galatie (363-430), comme il le relate dans son Histoire Lausiaque (ch XXIII) qu'il trouvait trois causes au désir charnel : la santé de la chair, les idées suscitant les passions, et le démon. Agé de 70 ans il se vantait d'avoir été tenté chaque nuit entre 50 et 62, alors qu'il vivait au désert depuis 30 ans le démon l'avait tenté. Se croyant abandonné par Dieu, il avait abandonné son corps aux hyènes mais ne fut pas dévoré. Se croyant pardonné par Dieu, il retourna dans sa cellule. Le démon alors l'assaille. "S'étant donc transformé en une jeune fille éthiopienne, qu'autrefois dans ma jeunesse j'avais vue glanant en été, raconte Pakhon,elle s'assit sur mes genoux et m'excita au point que je crus avoir commerce avec elle. Cela étant, plein de fureur, je lui donnai un soufflet et elle devint invisible. Or pendant deux ans je ne pouvais plus supporter la mauvaise odeur de ma main. Etant réellement devenu découragé, je sortis errant çà et là dans le désert. Et, ayant trouvé un petit aspic et l'ayant pris, je le porte à mes parties génitales, afin que je mourusse (...) Je ne fus pas mordu. Alors j'entendis venir dans mon esprit une voix comme ceci 'va-t-en Pakhon,lutte. Car c'est pour ceci que je t'ai laissé avoir le dessous, afin que tu ne t'enorgueillisses pas' ". A partir du moment où il sut qu'il ne pouvait combattre la tentation sans Dieu, il ne fut plus provoqué par le démon sexuel.

Je suis frappé par les connotations isiaques de ce texte. La position de l'Ethopienne sur les genoux de l'ascète qui est aussi celle des succubes fait penser à celle d'Isis sur Osiris, et le recours à l'aspic sur un attribut sexuel pour se suicider à Cléopâtre "Nouvelle Isis" livrant son sein à la morsure de l'aspic après la défaite d'Actium.

Point aussi remarquable, ce récit n'exagère pas le risque de malédiction au contact d'un démon sexuel et y voit surtout un défi à l'orgueil voulu par Dieu.

Ce Pachon serait un saint, selon Les vies des Saints pères des déserts et de quelques saintes. Volume 2 p. 201 (1653) du conseiller d'Etat Robert Arnauld d'Andilly(1589-1674), selon le RP Jean-Baptiste Saint Jure dans l'Homme religieux (1663) p. 349,  et selon l'abbé Laurent Durand dans ses Cantiques de l'Ame Dévote en 1824 p. 179, mais je ne trouve pas d'autres traces de Saint Pachon sur Internet et l'on peut douter que cet ermite connu seulement d'après Palladius ait été canonisé. Pakhon est par ailleurs le neuvième mois du calendrier égyptien antique correspondant à fin avril début mai.

 

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Madonna victime du jansénisme ?

19 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Les tubes des années 1980, #Christianisme

C'est écrit dans la biographie de Madonna écrite par Lucy O’Brien en 2008 : la mère de Madonna était québécoise et janséniste (cf ci dessous)...

Mince ! moi qui croyais le jansénisme éteint depuis la révolution française...

Bon... le livre cite Richard P. McBrien qui fut conseiller théologique de Dan Brown pour le Da Vinci Code... Donc méfiance...

Madonna victime du jansénisme ?
Madonna victime du jansénisme ?
Madonna victime du jansénisme ?
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Esther et Nuremberg

16 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète

Au moment de la sentence du procès de Nuremberg, selon Newsweek 28 octobre 1946, p. 46, un des dix condamnés qui seront pendus (le 16 octobre 1946 nuit d'Hosana raba 7e nuit du soukot année 5707, du jugement de Dieu), Julius Streicher, devant la potence, crie haut et fort "Purimfest 1946 !", fête d'Esther (qui se célèbre en mars), et là les Juifs ont su qu'Esther a vu la réincarnation des puissances des ténèbres qui étaient dans les 10 fils d'Aman 2 500 plus tard.

Si l'on considère que chaque mention du mot "roi" dans le livre d'Esther signifie Dieu (comme le suggère un Midrash) quand Esther, après la victoire des Juifs, faisait cette prière d'intercession à Dieu (Esther 9:13) "Si tel est le bon plaisir du roi, les Juifs de Suse ne pourraient-ils pas appliquer encore demain le décret porté pour aujourd'hui", elle allait obtenir de lui que les fils d'Aman déjà pendus soient pendus à nouveau dans l'avenir... en la personne des 10 nazis.

Hitler avait mis son argent en Suisse sous le nom de Max Ammann.

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"Les dévots du bouddhisme" de Marion Dapsance, Eds Max Milo

12 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Histoire des idées

"Les dévots du bouddhisme" de Marion Dapsance, Eds Max Milo

A l’heure où le lamaïsme tibétain jouit d’une indulgence voire d’une sympathie croissante dans l’opinion publique occidentale, l’anthropologue Marion Dapsance propose une approche plutôt décapante des conséquences de l’implantation du bouddhisme sous nos latitudes, en dépeignant pour nous les mœurs et croyances des sectes qui s’y adonnent à l’abri des regards.

La suite de ma recension est ici

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Bible et Big Bang

2 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

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Sérapion et le défi de la nudité dans la ville

4 Septembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Nudité-Pudeur en Europe

Sérapion et le défi de la nudité dans la ville

Au chapitre XXXVII (p. 128-129) de son Histoire Lausiaque, Pallade de Galatie (363-431) raconte ceci du moine égyptien Sérapion le Sindonite, qui vivait nu vêtu d'un sindon - un liceul - qui vécut probablement entre 300 et 350 (donc après le règne de Constantin et juste avant Julien l'Apostat) :

"Après être entré dans Rome, il s'enquérait de tous côtés qui était un grand ou une grande ascète dans la ville. Entre autres, il rencontra aussi un disciple d'Origène, Dominus, dont le lit, après sa mort, a guéri des malades. Donc, l'ayant rencontré et ayant été assisté par lui, car c'était un homme raffiné sous le rapport des moeurs et de la science, il apprit de lui quel autre existait, homme ou femme, pratiquant l'ascétisme, et il eu connaissance d'une vierge silencieuse qui ne se rencontrait avec personne. Et, ayant appris où elle demeurait, il partit et il dit à la vieille femme qui la servait : 'Dis à la vierge ceci : j'ai à te rencontrer nécessairement, car c'est Dieu qui m'a envoyé". Donc, ayant attendu deux ou trois jours, il se rencontra ensuite avec elle et il lui dit : "Pourquoi te tiens-tu assise ?". Elle lui dit : "Je ne me tiens pas assise, mais je fais route". Il lui dit : "Où diriges-tu ta route ?" Elle lui dit : "Vers Dieu". Il lui dit : "Es-tu en vie ou es-tu morte ?" Elle lui dit : "Sur Dieu, je crois que je suis morte, car il n'y a pas à craindre que quelqu'un de vivant dans la chair fasse cette route". Il lui dit : "N'est-ce pas ? Pour me convaincre que tu es morte, fais ce que je fais". Elle lui dit : "Commande moi des choses possibles et je les fais. " Il lui répondit : "Tout est possible à un mort, excepté d'être impie". Alors il lui dit : "Sors et avance en public". Elle lui répondit : "Je fais une vingt-cinquième année sans avoir paru en public. Et pourquoi paraîtrais-je en public ?" Il lui dit : "Si tu es morte pour le monde et le monde pour toi, c'est pour toi la même chose de paraître en public ou de n'y point paraître. Parais donc en public". Elle y parut. Et après qu'elle se fut avancée au dehors et qu'elle fut allée jusqu'à l'église, il lui dit dans l'église : "Eh bien, si tu veux me convaincre que tu es morte et que tu ne vis plus pour plaire à des hommes, fais ce que je fais, et je saurai que tu es morte. T'étant dévêtue comme moi de tous tes vêtements, mets les sur tes épaules et traverse la ville par le milieu, moi prenant les devants dans cet appareil". Celle-là lui dit : "Je scandaliserai beaucoup de gens par l'indécence de la chose, et ils auront le droit de dire ceci : elle est devenue extravagante et démoniaque". Il lui fut répondu : "Et que t'importe s'ils disent ceci : elle est devenue extravagante et démoniaque ; puisque pour eux tu es morte". Alors celle-là lui dit : "Si tu veux une autre chose, je la ferai : car à cette mesure-ci je ne prétends pas être arrivée". Alors il lui dit : Vois donc, ne t'enorgueillis plus de toi-même, comme plus religieuse que tous et morte au monde. En effet, moi je suis plus mort que toi et je montre en fait que je suis mort au monde ; car c'est sans émotion et sans honte que je fais cela". Alors l'ayant laissée dans des sentiments d'humilité et ayant brisé son orgueil, il se retira".

L'aspect intéressant est que la nudité est associée à la possession démoniaque, comme dans l'Evangile, et que le saint ascète doit braver le risque d'une assimilation avec le fou possédé.

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Gérard Lenorman et "Les Dents de la Mer"

4 Septembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Les tubes des années 1980, #Histoire des idées, #Christianisme

Les lettrés (qui ont leurs propres démons) prennent de haut la culture populaire. Pourtant, il y a dans ce domaine des ingrédients qui peuvent perdre des millions d'âmes (un petit exemple récent dans cette vidéo). Un exemple : en 1975, sort le film "Les Dents de la Mer" de Steven Spielberg.

Les démons ont tellement aimé cela, qu'ils ont permis à une médium française aujourd'hui confirmée, et à l'époque jeune, de pouvoir aller voir le film aux Etats-Unis par bilocation - voir son témoignage ici.

A l'autre bout du spectre spirituel Gérard Lenorman, chanteur français semble-t-il d'inspiration catholique (il a chanté "L'enfant des cathédrales") et marqué à droite (il a soutenu Giscard d'Estaing en 1981) en réaction contre ce film en 1976 sort "Le gentil dauphin triste". Etant enfant bien sûr je ne comprenais pas le sens de cette chanson.

G. Lenorman pour tout le monde au début des années 1980 était marqué, comme Yves Duteil, comme un chanteur démodé, gnangnan, trop candide. On peut se demander si cet artiste, qui, au fond, a probablement cherché à être lui-même, a incarné la bonne réponse, douce (probablement la plus conforme au style évangélique) à ce film violent. Il est probable qu'une réponse plus "productive" auprès du marais des gens (comme moi) qui n'étaient ni dans la violence ni dans la douceur aurait pu être une chanson plus colorée, plus "second degré" etc. Qu'est-ce que la mièvrerie ? La mièvrerie n'est-elle mièvre à nos yeux que parce que nous sommes dans des sociétés très violentes qui nous ont rendus "accros" à une certaine violence, même soft, à un certain cynisme ? Cette est elle, "sub specie aeternitatis" (sous la catégorie de l'éternité) la plus conforme aux vraies valeurs qui doivent guider l'humanité ?

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Une voyante tourangelle vers 570

4 Septembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme

Une voyante tourangelle vers 570

Voici mon passage préféré dans "L'Histoire des rois francs" de Grégoire de Tours car il nous montre à la fois une voyante à l'époque des mérovingiens, le jugement des hommes d'Eglise sur son compte et le fait que les clercs lisaient au hasard la Bible (ce qu'on trouve en d'autres passages de l'ouvrage y compris pour prédire l'avenir).

Comme Constance de Rabastens, la voyante en cause a prédit avec succès certains événements antérieurs, mais là elle se trompe (je lisais il y a peu qu'au même moment à Byzance des possédés donnaient oracle dans les églises car le démon leur révélait des aspects de l'avenir).

Il s'agit ici de Histoire des Francs. 1 / par Grégoire de Tours dans sa version de 1823 - J.-L.-L. Brière (Paris) - établie par Guizot (p. 238) légèrement différente de la version traduite du latin par JJE Roy accessible en Folio Gallimard de nos jours (p. 114).

" Un jour que j'avais été invité à la table [de Mérovée], comme nous étions assis l'un près de l'autre, il me demanda avec instance de lui lire quelque chose pour l'instruction de son âme, et ayant ouvert le livre de Salomon je pris le premier verset qui me tomba sons les yeux contenant ces paroles « Que l'œil de celui qui insulte son père soit arraché « par les corbeaux des torrens et dévoré par les enfans de l'aigle » II ne le comprit pas et je regardai ces paroles comme une prédiction du Seigneur à son sujet.

Gontran (Boson) envoya alors un de ses serviteurs vers une femme qu'il avait connue dès le temps du roi Charibert, et qui avait un esprit de Python afin qu'elle lui apprît ce qui devait arriver. Il soutenait qu'elle lui avait annoncé d'avance non seulement l'année, mais le jour et l'heure où devait mourir le roi Charibert ; elle lui fit dire par ses serviteurs « Il arrivera que le roi Chilpéric mourra cette année et que le roi Mérovée régnera sur tout le royaume à l'exclusion de ses frères. Tu auras pendant cinq ans le commandement de tout le royaume mais la sixième année, par la faveur du peuple tu obtiendras la faveur de l'épiscopat dans une des cités situées sur la Loire à la droite de son cours, et tu sortiras de ce monde vieux et plein de jours. » Lorsque ses serviteurs lui eurent, en arrivant, annoncé cette nouvelle, transporté de vanité comme s'il eût déjà siégé dans la cathédrale de Tours, Gontran vint aussitôt me rapporter ces paroles. A quoi, riant de sa sottise, je lui dis « C'est à Dieu qu'il faut demander ces choses il ne faut pas croire ce que promet le diable car il est menteur et père du mensonge" 'ev Jean 8,44' » Lui donc s'en étant allé confus, je riais beaucoup de cet homme qui pensait qu'on devait croire de telles choses."

La version de JJE Roy précis au début du second paragraphe "Il y avait alors à Tours une femme qui faisait profession de prédire l'avenir" et ne dit rien de "l'esprit de Python". Et le "elle lui fit dire par ses serviteurs" est traduit par "la réponse de la prétendue prophétesse ne se fit pas attendre" sans mention de ses serviteurs.

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L'affaire du monokini charentais

28 Août 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Anthropologie du corps, #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

J'ai décliné il y a peu une invitation à aller parler sur France Inter de la place des seins dans notre société à une heure de grande écoute.

Voilà qui m'aurait exposé à commenter des phénomènes sociaux du type du fait divers typique des polémiques estivales qui a agité les réseaux sociaux hier. Jeudi 25 août à Châteauneuf sur Charente, une femme topless (certains disent "en string") qui jouait au ping pong sur la plage avec son fils a été frappée par une demi-douzaine de personnes pour avoir "baissé le bas" devant un garçon de 10 ans, en réplique à la mère de ce pré-ado qui demandait avec insistance à la dame topless de se rhabiller. Querelle entre deux femmes déterminées à défendre leurs droits : "mon droit à être topless" (je préfère dire topless qu'en monokini qui à l'origine désignaient les maillots "une pièce" couvrant tout le corps) contre "le droit de mes enfants à ne pas vous voir dénudée".

Vilaine querelle (avec les assaillants qui pique-niquent ensuite sur le lieu de leur "victoire" qui n'est pas allée bien loin (la dame n'a eu "qu'un saignement de nez", mais quand même elle a été bien violente pour elle, et humiliante, même s'il n'y a pas eu de poursuites par la gendarmerie venue sur les lieux peu de temps après), qui se double ensuite d'un retentissement médiatique un peu anarchique et absurde. Les témoins passifs (car personne ne s'est interposé) grossissent l'affaire en déclarant à la Charente Libre que la dame a été "tirée par les cheveux jusqu'à la mer" après qu'un des assaillants lui eût ôté son string, puis la dame qui explique qu'elle est allée d'elle même dignement se baigner nue dignement dans les vagues. Ensuite, toujours dans la Charente Libre, une pluie de commentaires racistes qui s'abat sur le journal en ligne parce que l'incident arrive au moment où le Conseil d'Etat statue sur les arrêtés anti-burkinis. Le site ferme l'accès aux commentaires en précisant qu'aucun Maghrébin (sic c'est ainsi qu'ils formulent leur mise au point) n'est impliqué dans la querelle qui n'a donc rien de religieux, et trouve déplorable d'avoir à le préciser. Trop tard : un site anti-immigration a déjà titré "Charia en Charentes : une baigneuse seins nus frappée, sa culotte arrachée".

L'incident montre les difficultés d'une société où tout le monde est prêt à aller au conflit pour défendre sa conception des droits incompatibles avec celle des voisins. Le contrôle social collectif ne fonctionne plus parce qu'il n'y a pas de consensus possible. Qui a raison ? La dame qui défend la liberté du corps ou celle qui élève la voix au nom de la protection de ses enfants ? Bien sûr ceux qui ont tort sont ceux qui en sont venus aux mains, à 6 contre 2 si l'on comprend bien l'article. Mais par delà le dérapage, c'est bien l'incompatibilité des droits qui fait problème.

Les féministes défendent le droit au topless depuis le mouvement suédois "Bara bröst" dont je parlais dans "La Nudité" (editions du Cygne). Au nom de la théorie du genre la nudité du buste serait neutre et asexuée comme cela a été reconnu dans les jardins publics de New York... Pas si simple. Des gens ont organisé une mobilisation pro-topless à Châteauneuf pour mercredi prochain sur Facebook. Mystérieusement l'événement a disparu : par peur d'aller à la confrontation ?

Dans cette mouvance on retrouve l'Apnel (association pour la promotion du naturisme en liberté) qui, après avoir défendu un projet de loi pro-nudité publique dans un conciliabule à l'Assemblée nationale l'année dernière, me proposait cette année d'en débattre publiquement à la Fête de l'Humanité le weekend prochain (j'ai dû aussi décliner cette invitation). L'argument de cette mouvance est connu : si on vivait nus dans les lieux publics, nos enfants y seraient habitués, et l'on n'en viendrait pas aux mains au nom de leur protection...

L'incident a au moins le mérite de rappeler que le burkini n'est pas le seul aspect hautement clivant dans la "présentation de soi" (comme disait Goffman) dans la France des années 2010. Se dirige-t-on vers toujours plus d'apartheid ? Les plages pour burkinis (quand on songe à l'élan de délation qui s'est emparé de la Côte d'Azur ces derniers temps, les gens se précipitant sur la police pour dénoncer les musulmanes "trop couvertes"), celles pour le topless, celles pour le naturisme ? Va-t-on aussi fractionner l'espace urbain entre les aspirants à la liberté et les avocats de la "décence" ?

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