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Articles récents

Le perroquet d'Aimée Morgana

2 Juin 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums

On connaissait le singe de Cléopâtre de Lucien de Samosate, voici le perroquet de feu l'artiste Aimée Morgana, N'kisi, une histoire qu'évoque souvent la voyante Maud Kristen dans ses conférences.

Le site métapsychique.org résume ainsi le témoignage de Rupert Sheldrake (dans ~~Rupert Sheldrake, le Septième Sens, 2004, ed. Du Rocher) à son sujet :

"Aimée a de quoi se flatter de posséder un animal hors du commun, et des talents de pédagogue animalier à la hauteur, ceci expliquant peut-être cela. Mais ce n’est pas tout encore. Aimée s’en est aperçue un jour où, perdue dans ses pensées (donc sans mot dire), elle songeait à appeler un de ses amis, Rob, en se reprochant d’avoir trop différé l’appel. Et au moment où elle se lève du canapé vers le combiné, N’kisi, à côté d’elle, prend la parole et dit : « Bonjour, Rob. »

Là... Comme, cette fois, cela dépasse le simple pouvoir d’abstraction, et même les pouvoirs humains dits normaux, Aimée se pose des questions. Ou plutôt, elle envoie un message électronique circonstancié sur les talents de N’kisi à Rupert Sheldrake, dont elle a entendu parler des travaux (L’histoire ne dit pas si, du coup, elle n’a pas oublié de téléphoner à Rob).

Sheldrake estime que le voyage en vaut la chandelle. Il lui rend visite à new York, muni du matériel permettant de tester les dons de l’animal. Il monte à domicile une expérience simple et efficace. N’kisi est laissé seul à l’étage, sous vidéo surveillance, et Rupert et Aimée, suivis par une deuxième caméra, synchronisée, s’installent au rez-de chaussée. Là, Sheldrake propose à Aimée des enveloppes opaques contenant des photos couleurs. Aimée les découvre une à une par tirage au sort, autrement dit sans prévention possible. La première est une superbe orchidée. Et à ce moment précis, à l’étage, N’kisi parle : « oh, la belle fleur ».

A chaque nouvelle image, même effet. Le deuxième représente une couple courant le long d’une grève. On remarque surtout sur le cliché la silhouette de l’homme. N’kisi : « regarde mon beau corps nu ! » Troisième image, une scène de rue à new York : le client d’un taxi, sur un trottoir, parle à son chauffeur, lequel sort la tête de la vitre. N’kisi : « attention la tête, attention la tête ». "

Ses découvertes sur la télépathie des animaux (entre autres) ont rendu Sheldrake sceptique sur le scientisme.

Voir notamment son interview par Deepak Chopra (une de mes références depuis un an).

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Montaigne et le chamanisme des stoïciens

31 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Il y a chez Montaigne une volonté non seulement d'acclimater la sagesse antique aux choses du quotidien, mais aussi une intention de découvrir en lui-même une sagesse spontanée (on dirait aujourd'hui une "sagesse du corps", une sagesse de sa nature), qui vient d'elle-même réaliser les préceptes des anciens. Mais cette "sagesse" n'est pas une petite quiétude ordinaire, elle peut au contraire se comprendre dans un sens très fort.

Cet après-midi je lisais par hasard ce passage dans le chapitre IX des essais III où l'écrivain explique tout le bien que lui apporte le fait de voyager loin de sa femme, et combien cet éloignement n'a pas pour effet de le séparer de sa compagne mais au contraire, en quelque manière, l'en rapproche : "Je sais que l'amitié a les bras assez longs pour se tenir et se joindre d'un coin de monde à l'autre ; et notamment celle-ci, où il y a une continuelle communication d'offices, qui en réveillent l'obligation et la souvenance. Les Stoïciens disent bien, qu'il y a si grande colligence (alliance) et relation entre les sages que celui qui dîne en France repaît son compagnon en Egypte ; et qui étend seulement son doigt, où que ce soit, tous les sages qui sont sur la terre habitable en sentent aide. La jouissance et la possession appartiennent principalement à l'imagination. Elle embrasse plus chaudement ce qu'elle va quérir que ce que nous touchons, et plus continuellement. Comptez vos amusements journaliers, vous trouverez que vous êtes lors plus absent de votre ami quand il est présent : son assistance relâche votre attention et donne liberté à votre pensée de s'absenter à toute heure pour toute occasion".

Le propos est fort. Il signifie que la pensée permet une présence à distance, et une syntonie plus intense avec ses proches que la présence physique, ce que Montaigne attribue au pouvoir de l'imagination, ce que des théologiens à la Henri Corbin appelleraient sans doute l'imagination créatrice (ce qui est aussi le vocabulaire de Castoriadis). Et la formulation stoïcienne est plus radicale encore puisque celui qui mange nourrit celui qui a faim à des milliers de kilomètres de distance.

Tout d'abord j'ai songé que cette idée donnait au cosmopolitisme stoïcien une signification bigrement puissante : ce n'est pas seulement que le sage stoïcien n'a point de frontières, il n'a tout simplement plus d'espace, et les milliers de kilomètres qui peuvent le séparer d'un autre sage, tout comme l'enveloppe corporelle, n'existent tout simplement pas. C'est l' "unus mundus" cher à Michel Cazenave, et ce n'est pas vraiment concevable dans le cadre d'une pensée rationaliste... Les érudits attribuent cette référence de Montaigne au chapitre XIII du Des communes conceptions contre les Stoïques de Plutarque.

Pour ma part j'y vois aussi un lien avec ce que Peter Kingsley note dans "A story waiting to pierce you" à propos de la métempsychose des chamanes : l'âme du chamane voyage du corps d'un sorcier à un autre, comme elle peut voyager dans les troncs des arbres, et c'est ce qui fait que les sorciers peuvent vivre une complète symbiose à distance tout comme ils peuvent se dédoubler (Pythagore présent dans deux villes différentes). Une vertu qu'il voyait à l'œuvre chez les philosophes guérisseurs pré-socratiques comme Parménide.

On peut certes réduire le propos de Montaigne à des futilités, mais on ne peut nier que la référence qu'il mobilise implique un programme "fort" : la négation pure et simple de l'individualité et de la solitude par la force de l'esprit. Ce n'est pas rien.

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La danse des grues

26 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Histoire secrète

Nerissa Russell et Kevin J. Mc Gowan, de l'université Cornell d'Ithaca (New York, USA) ont étudié la présence d'ailes de grues dans le village néolithique turc de Çatalhöyük (7 000 av JC) et font l'hypothèse qu'elles servaient à des cérémonies de danses rituelles imitées des danses réelles de grues dans la nature. Ils relèvent que dans toutes les cultures humaines proches des biotopes naturels de ces oiseaux, les différentes espèces de grues sont des symboles de bonheur, de mariage, de fidélité, à cause de leur monogamie, de piété et de sagesse, en rapport aussi avec le soleil, sans doute à cause de leur taille voisine de celles des hommes, de leur bipédie, de leur qualité d'animal social et de leur cri semblable au sons de trompettes. Elles ne portent malheur que chez les Celtes. En Chine, en Australie, chez les Ainu au Japon, et les BaTwa en Afrique du Sud il existe des danses des grues effectuées par les humains portant des plumes, et les Ostyak de Sibérie portaient des peaux de grues pour certaines cérémonies.

Dans la Vie de Thésée de Plutarque (XIX) on peut lire :

"Thésée, étant parti de Crète, alla débarquer à Délos. Là, après avoir fait un sacrifice à Apollon et consacré une statue d'Aphrodite qu'Ariane lui avait donnée, il exécuta, avec les jeunes Athéniens qui l'accompagnaient, une danse qui est encore en usage chez les Déliens; les mouvements et les pas entrelacés qui la composent sont une imitation des tours et des détours du labyrinthe. Cette danse, au rapport de Dicéarque, est appelée à Délos la Grue. Thésée la dansa autour de l'autel qu'on nomme Cératon, parce qu'il n'est fait que de cornes d'animaux, toutes prises du côté gauche. On dit aussi qu'il célébra, dans cette île, des jeux où, pour la première fois, les vainqueurs reçurent une branche de palmier"

 

 

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Jakob Böhme

22 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Jakob Böhme

Jakob Böhme est l'auteur du Mysterium magnum (son dernier livre, le premier fut Aurora ~Morgen Röte im auffgang- Aurore naissante en 1612. À l’époque la tradition voulait que les livres portent des titres en latin). C’est l’éditeur de Böhme qui ajoute ces titres latins d’après lesquels nous identifions maintenant ses œuvres.), ouvrage kabbalistique qui comprend diverses considérations très précises sur les correspondances entre les corps célestes, les minéraux et les plantes, une physiologie occulte qui fait penser au chakras orientaux. Né en 1575 de parents analphabètes, il devint apprenti cordonnier. Selon Franckenberg, un jour, un étranger vont acheter une paire de bottes. En partant, il appela Jakob par son nom et lui demanda de le suivre. Il fut surpris mais plus encore quand l'étranger lui dit "Jacob, tu es peu de chose, mais tu seras grand, et tu deviendras un autre homme, tellement que tu seras pour le monde un objet d’étonnement. C’est pourquoi soit pieux, craint Dieu, et révère Sa parole ; surtout lis soigneusement les Écritures saintes, dans lesquelles tu trouveras des consolations et des instructions, car tu auras beaucoup à souffrir, tu auras à supporter la pauvreté, la misère et des persécutions ; mais sois courageux et persévérant, car Dieu t’aime et t’est propice". Il devint sérieux, son maître le mit à la porte. Artisan itinérant il fonda sa propre échoppe. En 1600, assis dans sa cuisine, aveuglé par le reflet du soleil sur une assiette d'étain, il vit tout devenir transparent après l'obscurité. Alors les nouveaux mondes des esprits lui apparurent.

Dans Aurora il en parle ainsi : "Quant à ce genre de triomphe dans l’esprit, je ne puis l’écrire ni le prononcer ; cela ne se peut figurer que comme si la vie était engendrée au milieu de la mort ; et cela, se compare à la résurrection des morts. Dans cette lumière mon esprit a vu au travers de toutes choses, et a reconnu dans toutes les créatures, dans les plantes et dans l’herbe, ce qu’est Dieu, et comment il est, ce que c’est que sa volonté. Et aussi à l’instant, dans cette lumière, ma volonté s’est portée, par une grande impulsion, à décrire l’être de Dieu."

Polyglotte, il lisait désormais le passé et l'avenir. En 1611 ou 1612, il eut sa seconde expérience à partir de laquelle il commença à écrire. Il passa un jour dans un champ et reçu alors l'intuition des mystères de la création et un savoir encyclopédique.

Il écrivit Aurora pour lui-même, mais dans un style très alambiqué, dont il s'excuse ainsi : "Hélas! que n’ai-je une plume digne d’un homme, et que puis-je tracer l’esprit de la connaissance! Il faut toutefois que je bégaye sur ces grands mystères, comme un enfant qui apprend à marcher. Car, la langue terrestre ne saurait exprimer ce que l’esprit saisit et comprend ; ainsi je veux le hasarder pour savoir si je pourrai en exciter quelques-uns à chercher la perle par laquelle j’opère aussi l’oeuvre de Dieu, dans mon paradisiaque jardin de roses." (Des trois principes de l'essence divine)

Son ami Carl von Endern tint à le publier. Son succès local lui valut les persécutions du premier pasteur de Görlitz, Gregor Richter, bien que Böhme fût un luthérien orthodoxe. La vision de la nouvelle naissance chez Böhme semblait desserrer le dogme de la prédestination.

Il se réfugia à Dresde en mai 1624, mais revint mourir à Görlitz auprès des ses enfants le 17 novembre de la même année.

Dans ses Leçons sur l’histoire de la philosophie, Hegel décrit Jakob Böhme comme « le premier philosophe allemand ».

Pour ce qui est de la diffusion de la doctrine en Angleterre, c’est à Charles Ier que l’on en doit le mérite. Le roi aurait dit de Böhme, d’après la préface de Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu : « que Dieu soit loué! puisqu’il se trouve encore des hommes qui ont pu donner de sa parole [la parole de Dieu] un témoignage vivant tiré de leur expérience ! »

Heinrich Heine à propos de Böhme dans "De l'Allemagne" : "Parmi toutes les folies de l’école des romantiques en Allemagne, la constance avec laquelle on loua et vanta Jacob Boehm, le cordonnier de Görlitz, mérite une mention particulière. Ce nom était comme le schiboleth de ces gens-là. Quand ils prononçaient le nom de Jacob Boehm, ils faisaient leurs plus sérieuses grimaces. Je ne pourrais dire si ce singulier cordonnier fut un philosophe aussi distingué que beaucoup de mystiques allemands l’assurent, car je n’ai jamais rien lu de lui ; mais je suis persuadé qu’il ne faisait pas d’aussi bonnes bottes que M. Sakoski."

Daniel Proulx, disciple d'Henri Corbin, dans un mémoire de maîtrise élaboré à l'université de Louvain a tenté de comparer Böhme et Al-Arabi sous l'angle de l'imagination créatrice.

Pour lui, si Böhme écrit du point de vue de Dieu alors qu'Ib al-Arabi le fait du point de vue de son moi, l'un et l'autre en fait décrivent le divin puisqu'ils prônent l'un et l'autre l'abandon de la volonté subjective. (p. 130)

Mais pour Böhme tout est en Dieu, y compris le Démon qui est un "moment" du divin : « Le vrai ciel où Dieu demeure, est par-tout, en tout lieu, ainsi qu’au milieu de la terre. Il comprend l’enfer où le démon demeure, et il n’y a rien hors de Dieu. Car, là où il était avant la création du monde, il y est encore, c’est-à-dire, en soi-même, et il est lui-même l’essence des essences. » (Des trois principes de l'essence)

Böhme a démenti être un alchimiste : "tu ne dois pas me prendre pour un alchimiste, car j’écris seulement à la lumière de la connaissance spirituelle, mais non de l’expérience. " Selon Proulx, "la place qu’il accorde à la question du mal, et la manière dont il intellectualise ce qu’il a reçu, le rapproche du gnosticisme. C’est un peu comme si c’était un gnostique qui avait été initié par Dieu lui-même" . "Si Berdiaev décrit Böhme comme un gnostique, Faivre dans le Dictionary of Gnosis & Western Esotericism le classe dans le courant de la théosophie chrétienne.

Pour Böhme la Nature, c’est Dieu sous forme de théophanie ou comme il le dit lui-même parlant de Dieu : "nulle part il n’est loin ou près de quelque chose […] sa naissance est partout et en dehors de lui il n’existe rien" (~Mysterium magnum). Sans pour autant que DIeu se réduise au monde ou à la nature. Pour exprimer cela deux théories symbolico-philosophiques sont utilisées : la doctrine des sept sources-esprits ou des sept propriétés et celle des trois engendrements ou des trois naissances divines comme éternel engendrement sans origine.

Böhme présente de cette façon confuse les quatre premières propriétés :

"Et l’être mort dans le feu qui a coagulé le premier désir résidant dans la première libre joie et l’a assombri sort à travers la vie ignée comme une huile spirituelle qui est la propriété du feu et de la lumière ; et dans le trépas est une eau, un être mort et insensible qui est en somme le réceptacle de l’huile, dans laquelle la force ignée ou esprit gouverne sa vie, qui est l’aliment de la force ignée, aliment que cette force ignée attire de nouveau en elle pour l’engloutir et qui assouvit alors la force ignée et la transforme en douceur suprême dans laquelle naît la vie du grand amour, le bon goût; en sorte que la force ignée qui est dans l’huile devient de par le trépas dans la force aqueuse une humilité ou douceur" (Mysterium)

Proulx résume les choses ainsi : "Le Père se manifeste à partir de l’ombre et il est hautement courroucé contre lui-même. À partir du quatrième principe, après le premier Verbum Fiat, la naissance du Fils commence. La quatrième propriété, c’est la première révélation du Dieu abscons, puisqu’il s’agit d’une propriété de lumière. De la Trinité on passe à la Croix539. L’éclair qui sort du Fiat infernal enflamme l’huile et la lumière-amour apparaît. Le cinquième principe, c’est la lumière (5ième) du feu (4ième), exactement comme la chaleur du coeur témoigne de l’amour vécu. La douceur mielleuse de Dieu apparaît enfin, car, si le désir se désirait, l’amour aime le feu qui la nourrit. À la différence du premier et second principe qui se désire lui-même, l’amour aime sans direction. La conséquence de cet amour qui aime, c’est la coagulation ou concentration, par opposition au deux premiers principes qui ouvrent un espace infini qui pousse dans deux directions opposées. Les quatrième et cinquième principes concrétisent l’être divin, car l’amour est une fin en soi, ce qui n’est pas le cas du désir. Voilà pourquoi à ce moment Böhme indique que la sensualité ou la matière commence à apparaître. La sixième propriété est alors engendrée, car l’illumination concrétisée ou coagulée par l’amour donne l’intelligence (Verbe-logos). Sous l’effet de la lumière, le chemin apparaît, les choses deviennent compréhensibles. C’est pour cela que la sixième propriété est une propriété d’intelligence ou de distinction (...) De là, il y a la septième source-esprit qui récapitule toutes les autres. Il s’agit du corps de Dieu conçu comme une théophanie, car les théophanies, du point de vue humain, s’expriment par leurs concrétudes. C’est là aussi que le naturalisme de Böhme réapparaît, car, le corps céleste, c’est la nature éternelle de Dieu, c’est le corps de tous les esprits."

Selon Proulx, s'il n'y a pas de monisme, c'est parce que Dieu est Un-Grund, sans fond : "La notion d’indéterminé, d’abîme, d’abyssale, d’impénétrable, cadre parfaitement dans les courants de la mystique et de la philosophie allemande. La notion d’Ungrund, quoiqu’elle ne soit pas d’un abord facile dans l’oeuvre du théosophe, est très importante pour comprendre la structure absolument apophatique de Dieu. En plus, le mot lui-même d’Ungrund est probablement la création philosophique la plus originale du théosophe, car ce mot apparaît pour la première fois dans l’oeuvre de Böhme. Cette idée du Sans-Fond est l’articulation la plus fondamentale de sa métaphysique. Répétons-le clairement, le théophanisme ou le théomonisme n’est pas un panthéisme, et ce, à cause de cette structure absolument apophatique qu’est l’Ungrund."

Proulx rapproche l'Ungrund du Lui-pas-lui d'Ibn al-Arabi, ou du méontique.

Pour Ibn al-ʿArabī, parce que Dieu est inconnaissable, l’humain doit apprendre à s’en méfier ; il doit faire preuve d’une attention scrupuleuse. C’est la mise en garde du qurʿān qu’a relevée le shaykh : " “Et Dieu vous engage à vous méfier de Lui et Dieu est compatissant pour ses serviteurs.” (3 : 30).Par compassion, Il nous a mis en garde contre Lui, car “il n’est rien qui Lui soit semblable” (42 : 11) ; Il n’est jamais connu que par l’impuissance à Le connaître " (IBN AL-ʻARABĪ, M., Le dévoilement des effets des voyages)

Dieu est à jamais au-delà, indéterminé et inconnaissable, du moins dans sa totalité. La créature de Dieu cherche à toucher aux actualisations de Dieu pour se réaliser ou pour se potentialiser.

La prière théophanique ou créatrice ne consiste pas à demander à Dieu ceci ou cela, elle appelle Dieu à être présent dans le rapport réalisé de la prière. La prière n’est pas l’espérance d’une intercession de Dieu en sa faveur, la prière met en exergue le mode d’être par lequel Dieu se manifeste à lui-même. La prière est le moyen « de faire exister, c’est-à-dire de faire apparaître, “voir” le Dieu qui se révèle, non pas, certes, de le voir dans son Essence, mais de le voir sous la forme que précisément il révèle en se révélant par cette forme et à elle» (CORBIN, H., L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn 'Arabî, Paris, Entrelacs, 2006, p. 260.)

Je suis assez en désaccord avec les théorie de Proulx (et de Corbin) sur l'imagination créatrice, mais son travail sur Böhme et les mises en perspectives avec Ibn al-Arabi m'auront aidé à entrer dans l'œuvre du mystique saxon.

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Ivan Jablonka, Le Corps des autres

18 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Le cinéma avait ouvert ses portes aux esthéticiennes avec le film Vénus beauté il y a quinze ans. Les éditions du Seuil leur ouvrent cette année celles de leur collection populaire «Raconter la vie» avec un charmant petit livre de l’historien Ivan Jablonka. Les lecteurs seront séduits par l’élégance de cet ouvrage sans prétention qui coule comme un ruisseau et se laisse dévorer tout en charriant sur son flot beaucoup de délicatesse et d’intelligence. «Dans ce livre, explique l’auteur, je m’intéresse à la peau douce, au visage épanoui, au galbe, au corps en gloire, choyé, illuminé par une perfection de rêve». Il tient d’un bout à l’autre cette promesse paradisiaque en suivant avec tendresse douze esthéticiennes.

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Stanis Perez, Histoire des médecins

18 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Stanis Perez, Histoire des médecins

L’histoire de la médecine, comme à maints égards celle de la philosophie, et, plus généralement celle de la rationalité, est trop souvent pensée à travers le stéréotype d’une progression linéaire, comme le valeureux combat d’Hercule qui, sans défaite, surmonte les douze épreuves qui le conduisent à la gloire. La somme académique très riche que propose ici le professeur Stanis Perez contribue à combattre ce genre de cliché.

En des termes peut-être moins profonds et moins inspirés que les travaux de l’helléniste anglais Peter Kingsley (sur Parménide notamment) mais tout de même assez clairs, l’auteur commence à rappeler que peu de choses à l’origine distingue le médecin du guérisseur (et, pourrait-on, dire, du «chamane» tel qu’il existait dans l’univers gréco-latin, bien plus que nous n’avons coutume de le penser) : l’un et l’autre pendant longtemps se référèrent aux dieux, même dans la tradition hippocratique, et ni l’un ni l’autre pendant longtemps ne peut se réclamer d’aucun diplôme spécifique.

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Philippe Petit "Le Corps, un être en devenir"

2 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Ma dernière recension pour Parutions.com :

Parallèlement aux méthodes très analytiques de la médecine moderne (le traitement local des symptômes et des organes atteints par une pathologie), les méthodes holistes, à titre préventif ou curatif, ont le vent en poupe, depuis celles qui s’adressent à la partie la plus biologique du corps (son sang, son épiderme), à celles qui l’abordent sur un plan plus abstrait (celui des «énergies», les «plans subtils», etc). Les résistances à ces pratiques sont nombreuses pour des raisons qui tiennent parfois aux préjugés, mais aussi à l’insuffisance des preuves statistiques de leur efficacité.

Philippe Petit, animateur d’une émission scientifique sur une radio du Val d’Oise et ostéopathe de son état, fait partie de ces chercheurs indépendants trop rares qui tentent de réfléchir sur leur expérience clinique, pour tenter de mieux comprendre ce qu’il fait, et améliorer de ce fait notre connaissance des mystères du corps. Il livre dans cet ouvrage un angle d’approche particulier de l’ostéopathie : celui de la paléontologie.

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Le regard de Plutarque sur Cléopâtre

13 Avril 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

Le charme de Plutarque tient en partie à sa façon de tenir ensemble, dans ses récits historiques, les causes logiques et les causes divines, un principe qu'il énonce au début de sa Vie de Périclès et dont on trouve une illustration dans le récit de l'incendie de Persépolis.

C'est un procédé qu'on trouve aussi dans la Vie de Marc-Antoine quand il raconte son entrée à Ephèse précédé de femmes déguisées en Bacchantes, pour se présenter déjà comme un Neos Dionysos. Plutarque évoque aussi l'arrivée de Cléopâtre (28 ans à l'époque, en 41 av JC) sur son bateau, parée en Aphrodite (que la réforme de Manéthon a déjà identifiée à Isis). On voit bien que deux puissances divines se rencontrent là (tout comme deux daimon s'opposent quand Plutarque note que le daimon de Marc Antoine a peur de celui d'Octave). Cela d'ailleurs le conduit à accorder beaucoup d'importance aux rituels (l'usage des instruments de musique), et à faire signe vers la dimension "sociétés secrètes" (par exemple quand il conçoit le club des "vies inimitables" à Alexandrie créé par Antoine et Cléopâtre comme une sorte de thiase de Dionysos).

Les historiens actuels notent que Plutarque a le "mérite" d'insister autant sur le charme intellectuel de Cléopâtre que sur sa beauté physique, mais ne voient pas que l'arrière plan religieux est aussi très présent. Ils ne voient pas non plus tout l'humour de Plutarque quand il dit que Cléopâtre parle de nombreuses langues "barbares" - égyptien, hébreu (qui était déjà une langue morte à l'époque), parthe et même troglodyte (sic) qu'Hérodote présentait comme une langue complètement inhumaine - alors que les Ptolémées n'avaient pas cherché à apprendre l'égyptien, et même avaient oublié le macédonien...

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Monica Tan et le "skyclad"

8 Avril 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Nudité-Pudeur en Asie-Océanie

Dans le Guardian d'aujourd'hui la journaliste basée en Australie Monica Tan, comme elle l'avait fait quelques jours plus tôt à propos de l'expo de James Turrell à la National Gallery de Camberra en 2015 fait sa petite apologie de la nudité en revenant sur cette expérience. Elle y vante le fait d'être "skyclad", notion empruntée à la Wicca, si je ne me trompe...

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Sappho et la basilique néo-pythagoricienne

27 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

En 1917 fut découvert près de la Porta Maggiore à Rome, un édifice souterrain rectangulaire "précédé d'une partie antérieure appelée pronaos  l'espace principal est divisé en trois nefs au moyen de six pilastres soutenant des voûtes en berceau - la nef central fermée, quant à elle, par une abside -, qui conserve les traes de l'existence d'une série d'autels et de sièges. Les parois et la voûte sont complètement revêtues d'une décoration en stuc blanc qui part d'un large socle rouge. C'est  seulement dans l'atrium que les décorations en stuc blanc se détachent sur un fond coloré " (cf La peinture romaine de l'hellénisme à l'Antiquité tardive, Ida Baldassare, Angelo Pontrandolfo, Agnès Rouveret, Actes Sud-Motta, 2006 p.. 179). L'édifice est daté entre le règne d'Auguste et celui de Claude. Il est du même style quant aux stucs que la maison d'apparat d'Auguste sur le Palatin.

 

sappho.jpgLes thèmes des décorations apparemment religieuses : bandelettes, guirlandes, hermès, jeux et exercices d'enfants à la palestre, scènes d'éducation intellectuelle, scènes de genre et tableaux mythologiques, plus une foule de motifs plus petits tant sur la voute que sur les parois : gorgoneia, figures de divinités et de dévots, tables avec objets de culte. Dans la partie centrale sont disposés trois panneaux, les deux premiers représentent l'enlèvement des Leucippides par les Dioscures, le troisième un personnage humain transporté par un personnage ailé. L'identification de ce dernier tableau avec l'apothéose de Sappho, la célèbre poêtesse, prêtresse d'Artemis Agrotera d'Artemis Thermia à Lesbos a justifié le lien établi entre cette "basilique" et le pythagorisme par l'inventeur de l'édifice. Récemment on a cependant avancé qu'il pouvait aussi s'agir d'Inno-Leucothée se jetant dans la mer avec le petit Mélicerte-Palémon ce qui invaliderait l'hypothèse pythagoricienne.

 

Dans les Histoires naturelles Pline l'Ancien livre 4 chapitre 2 : "Now called Capo Ducato or Capo tis Kiras. It is situated at the extremity of the island of Leucas, and opposite to Cephallenia. Sappho is said to have leapt from this rock on finding her love for Phaon unrequited: the story however is devoid of all historical truth."

 

Le saut de Sappho dans la mer évoquerait la libération de l'âme du poids du corps et sa métamorphose en une vie différente.

 

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Nigidius Figulus le néo-pythagoricien et Lucain

25 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Histoire secrète

A la suite de Cicéron, les historiens attribuent au sénateur Nigidius Figulus (98-45 av JC), médium et voyant, la renaissance du pythagorisme à Rome (dont l'école après lui allait se réunir dans une basilique souterraine près de la porte majeure).

Cicéron dit de lui:

« Cet homme fut à la fois paré de toutes les connaissances dignes d'un homme libre et un chercheur (investigator) vif et attentif pour tout ce que la nature dissimule (quae a natura involutae videntur). Bref, à mon avis, après les illustres pythagoriciens dont l'enseignement s'est de quelque façon éteint après avoir fleuri pendant plusieurs siècles en Italie et en Sicile, il est l'homme qui s'est levé afin de le renouveler. » (Timaeus, I, 1, 2)

Quand César franchit le Rubicon, Lucain dans le livre I de la Pharsale décrit la terreur qui s'empare de nombreux Romains ("Oh ! Qu'aisément les dieux nous élèvent au comble du bonheur ! Que malaisément ils nous y soutiennent !").

On consulte le vieux devin étrusque Arruns de Luca (Lucques en Toscane), dit Lucain, qui lit dans le mouvement des oiseaux et émet un oracle au vu des entrailles d'un taureau : "O dieux ! Dois-je révéler au monde tout ce que vous me laissez voir ? Non, Jupiter, ce n'est pas à toi que je viens de sacrifier, j'ai trouvé l'enfer dans les flancs de ce taureau. Nous craignons d'horribles malheurs, mais nos malheurs passeront nos craintes. Fasse le ciel que ces signes nous soient favorables, que l'art de lire au sein des victimes soit trompeur, et que Tagès qui l'inventa nous en ait imposé lui-même."

Le second devin que l'on consulte, c'est Figulus qui est chargé de l'expliciter :

"Figulus (49), qu'une longue étude avait admis aux secrets des dieux, à qui les sages de Memphis l'auraient cédé dans la connaissance des étoiles et dans celle des nombres qui règlent les mouvements célestes, Figulus éleva sa voix : "Ou la voûte céleste, dit-il, se meut au hasard, et les astres vagabonds errent au ciel sans règle et sans guide ou, si le Destin préside à leur cours, l'univers est menacé d'un fléau terrible. La terre va-t-elle ouvrir ses abîmes ? Les cités seront-elles englouties ? Verrons-nous les campagnes stériles ? les airs infectés ? les eaux empoisonnées ? Quelle plaie, grands dieux ! quelle désolation prépare votre colère ? De combien de victimes un seul jour verra la perte ! Si l'étoile funeste de Saturne dominait au ciel, le Verseau inonderait la terre d'un déluge semblable à celui de Deucalion, et l'univers entier disparaîtrait sous les eaux débordées. Si le soleil frappait le Lion de sa lumière, c'est d'un incendie universel que la terre serait menacée ; l'air lui-même s'enflammerait sous le char du dieu du jour. Ni l'un ni l'autre n'est à craindre. Mais toi qui embrasses le Scorpion à la queue menaçante, terrible Mars, que nous réserves-tu ? L'étoile clémente de Jupiter est à son couchant, l'astre favorable de Vénus naît à peine, le rapide fils de Maïa languit ; Mars, c'est toi seul qui occupes le ciel. Pourquoi les astres ont-ils abandonné leur carrière, pour errer sans lumière dans le ciel ? Pourquoi Orion qui porte un glaive, brille-t-il d'un si vif éclat ? La rage des combats va s'allumer ; le glaive confond tous les droits ; des crimes qui devraient être inconnus à la terre obtiennent le nom de vertus. Cette fureur sera de longue durée. Pourquoi demander aux dieux qu'elle cesse ? La paix nous amène un tyran ! Prolonge tes malheurs, ô Rome ! traîne-toi d'âge en âge à travers des ruines. Il n'y a plus de liberté pour toi qu'au sein de la guerre civile."

Et une matrone qui, habitée par Phébus (un "esprit de Python" comme on dit dans les Actes des Apôtres, et le python est l'attribut d'Apollon et de sa prêtresse la Pythie, qui annonça la naissance de... Pythagore), va compléter :

"Telle des sommets du Pinde descend la bacchante pleine des fureurs du dieu d'Ogygie, telle à travers la ville consternée s'élance une matrone révélant par ces mots le Dieu qui l'oppresse. "Où vais-je, ô Péan ! Sur quelle terre au-delà des cieux suis-je entraînée ? Je vois le Pangée et ses cimes blanches de neiges, et les vastes plaines de Philippes au pied de l'Hémus. Phébus, dis-moi, quelle est cette vision insensée ? Quels sont ces traits, quelles cohortes romaines en viennent aux mains ? Quoi ! une guerre et nul ennemi ? Où suis-je ailleurs emportée ? Me voici aux portes de l'Orient où la mer change de couleur dans le Nil des Lagides. Ce cadavre mutilé qui gît sur la rive du fleuve, je le reconnais. Je suis transportée aux Syrtes trompeuses, dans la brûlante Libye, où la cruelle Erinys a jeté les débris de Pharsale. Maintenant je suis emportée par-dessus les cimes nuageuses des Alpes, plus haut que les Pyrénées dont le sommet se perd dans les airs. Maintenant je reviens dans ma patrie. La guerre impie s'achève au sein du Sénat. Les partis se relèvent ; je parcours de nouveau l'univers. Montre-moi de nouvelles terres, de nouvelles mers, Phébus, j'ai déjà vu Philippes (50)." Elle dit, et tombe épuisée sous le dernier effort de sa fureur."

Je tiens Lucain pour un esprit inspiré et sans doute néo-pythagoricien lui-même. Neveu de Sénèque, né à Cordoue comme lui (mais il n'y vécut qu'un an, puis fut un protégé de Néron). Surdoué comme son condisciple Perse, il fut contraint au suicide à 26 ans en raison de ses idées républicaines et de sa participation à la conjuration de Pison (en 65) - pour savoir tout le mal que Néron fit à la philosophie et au pythagorisme il suffit de lire la Vie d'Apollonios de Tyane.

Pour moi le seul fait qu'il ait écrit une Katabasis (une descente aux Enfers) est le signe qu'il bénéficiait d'une inspiration mystique comme tout le pythagorisme et cette inspiration traverse toute la Pharsale.

On peut se demander pourquoi lorsque la Rome républicaine s'effondre face à César, il confie à deux devins étrusques et à une femme possédée par Apollon la révélation sur son avenir.

Lucain a eu un condisciple illustre étrusque plus âgé que lui de 5 ans et qui mourut fort jeune aussi trois ans avant lui ,ce qui l'a peut-être sensibilisé à l'importance de la divination étrusque dans le dispositif républicain romain. Ils eurent tous deux pour maître stoïcien le libyen de Leptis Magna Cornutus (ce qui explique peut-être le fait que Lucain dans l'épisode sur le désert des Syrtes parle de l'Afrique comme la terre chérie d'Athéna, cela devait être mis en valeur à Leptis Magna et lui avait peut-être été transmis par Cornutus).

Dans Bottéro (Au commencement étaient les dieux p. 22) on lit : "Nous avons pu retrouver jusqu'en Etrurie des foies de bronze ou d'argile, directement imités de ceux de Babylone, utilisés pour l'aruspicine". Mais si Arruns en tant qu'aruspice se situe dans la tradition sumérienne-babylonienne, Bottéro situe Lucain dans la veine de l'Egypte (et d'Isis), ce qui sera prolongé par Apulée dans les générations suivantes.

Le culte de Figulus a-t-il été entretenu dans l'école stoïcienne du poête philosophe Cornutus ?

Que sait-on de cette école ? Cornutus était un affranchi du clan des Annaei auxquels appartenait Sénèque, l'oncle de Lucain. Dans une thèse soutenue à Bucarest en 1968, Eugen Cizek écrivait  "Annaeus Cornutus ne fut du reste pas un brillant amateur de culture comme Sénèque, mais un professionnel quasi obligé, de par son humble condition, à faire de son école l'un des plus remuants cercles littéraires". Selon Cizek, l'école fut moins innovante que l'oeuvre de Sénèque, mais beaucoup de nobles romains venaient y entendre les vers de Cornutus et de ses disciples.

Carcopino a parlé d'une véritable secte républicaine résistante dans l' "église" néo-pythagoricienne, mais la thèse est contestée (voir wikipedia). Est-ce que l'école de Cornutus pouvait s'y rattacher ?

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Dilmun, le paradis des Sumériens

10 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

gilgamesh.jpgDans  Dilmun and its neighbours, Harriet E. W. Crawford (Cambridge university Press, 1998) démontre en quoi l'identification entre Dilmun et le Bahrein est juste, bien qu'il n'y ait jamais eu de mines de métal au Bahrein, mais il était un entrepôt du cuivre de la péninsule d'Oman (Magan), à laquelle il est souvent associé dans les tablettes cunéiformes d'Akkad, ainsi que Meluhha (la culture de l'Indus). Dilmun est aussi associée à la pêche et aux perles.

 

En 1878, le capitaine Durand décrivit un pied de statue retrouvé dans une mosquée (mais détruit dans le blitz de Londres en 1940) portant une dédicace cunéiforme au dieu Inzak d'Agarum par un certain Rimum. Ce dieu est généralement présenté comme le principal dieu de Dilmun, et le fils du dieu de l'eau mésopotamien Enki.

 

Dès 2 200 av JC une ville de 30 ha existe au Bahrein derrièe des murailles, avec un Etat centralisé - voir le mémoire d'Ashkanani Diss "Interregional Interaction and Dilmun Power in the Bronze Age: A Characterization Study of Ceramics from Bronze Age Sites in Kuwait" University of South Florida in Spring 2014). Vers 2 000 les habitants de Dilmun ont colonisé l'île de Falaka au large du Koweit, qui éclipsa le Bahrein vers 1 500 et peut-être même le domina (cf Pott, 1983). Dans la seconde moitié du deuxième millénaire, elle devient une province de l'empire babylonien, dont les ressources sont exploitées, notamment le lapiz-lazuli.

 

Les textes du deuxième millénaire mésopotamiens décrivent Dilmun comme un paradis d'eau et de végétation. C'est là que Gilgamesh rencontre Ziusudra, survivant du déluge, rendu immortel pour avoir sauvé l'humanité. Cette idéalisation, nous dit Crawford, dans des traditions antérieures à 2800 av JC résulte peut-être d'une perte de contact avec Dilmun avant 3 200. Il ne réapparait que vers 3 000. Certaines thèses étendent Dilmun au delà du Bahrein à toute la côte de la péninsule arabique.

 

Gilgamesh apprend qu'il doit trouver des plantes ou des fleurs qui poussent sur le lit de la mer. Il attache des pierres à ses pieds ce qui évoque la tradition des pêcheurs de perles du Bahrein (cf Robin A. Donkin, " Beyond price - pearls and pearl fishing Origins to the Age of Discoveries, 1998, Publisher: American Philosophical Society p. 48). Les "fleurs d'immortalité" peuvent être des perles. En Sanskrit on les appelle manjari, fragments de bourgeons (cluster of blossoms). Il faut penser aux vertus médicinales des perles. Et les perles des huitres apparaissent là où l'eau salée s'est mélangée aux jets soys marins d'eau douce (superposition de deux eaux qui a donné le nom du Bahrein - bahrani). A moins que ces "fleurs" soient des coraux.

 

Mais Gilgamesh s'endort et un serpent vole ses fleurs d'éternité.

 

Pour Brigitte Lion (dans Représentations du temps dans les religions : Actes du colloque organisé p par le Centre d'Histoire des Religions de l'Université de Liège, dir Vinciane Pirenne-Delforge et Öhnan Tunca, Presses universitaires de Liège 2003), le paradis de Dilmun, figurant au début du mythe d'Enki et Ninhursag serait un monde à venir plus qu'un paradis originel. Elle exclut que ce mythe ait influencé la Genèse car il n'a pas eu d'écho après 1900 av JC (à la différence du Poème babylonien de la Création Enuma Elis, qui lui était lu à chaque fête du nouvel an à l'époque néo-babylonienne). Et d'ailleurs la notion de paradis seraitune invention hellénistique transformant le mot perse "gan" (jardin). Les premiers temps chez les sumériens n'auraient rien d'idylliques

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Le culte de la lune chez les Albaniens

7 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

lune.jpgTémoignage de Strabon sur le culte de la Lune chez les Albaniens (Azerbaïdjan actuel) :

 

"Les principales divinités que les Albani adorent sont le Soleil, Jupiter et la Lune. Mais cette dernière est chez eux l'objet d'une vénération particulière. Elle a son temple tout près de la frontière d'Ibérie. Un grand prêtre, qui est après le roi le personnage le plus honoré du pays, est chargé de l'administration de la vaste et populeuse contrée qui dépend du temple et forme le territoire sacré en même temps que de la surveillance à exercer sur les hiérodules, lesquels comptent dans leurs rangs beaucoup d'enthousiastes et de prophètes. S'aperçoit-il en effet qu'un de ces hiérodules, sous le coup d'une possession plus complète, erre toujours seul dans les bois, le grand prêtre le fait enlever et charger des chaînes sacrées ; puis il le garde ainsi toute une année, ayant soin que sa nourriture soit la plus friande et la plus recherchée possible ; après quoi, le jour anniversaire de la fête de la déesse étant arrivé, il le fait oindre de parfums et conduire à l'autel pour y être immolé parmi les autres victimes. L'immolation a lieu de la façon suivante : un homme armé de la lance sacrée, instrument légal des sacrifices humains, sort de la foule et d'une main dès longtemps exercée perce le flanc du patient et lui enfonce le fer jusqu'au coeur. La victime tombe, de sa chute se tirent certains présages aussitôt publiés, puis le corps est porté en un lieu où tous viennent le toucher du pied pour se purifier à ce contact sacré."

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Lysis de Tarente et le premier pythagorisme

4 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Médiums, #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Philosophie

L'abbé provençal Barthélémy dans Voyage du jeune Anacharsis en Grèce tome 4 (1788) rappelle le souvenir (p. 185) de Lysis de Tarente qui, rescapé de la persécution des pythagoriciens, se réfugia à Thèbes où il fut accueilli par Polymnis et fut l'éducateur d'Epaminondas, fils de Polymnis, selon Diogène Laërce. A sa mort, Epaminondas le fit enterrer dans le rituel pythagoricien à Thèbes de sorte que Théanor venu d'Italie du Sud faire rechercher son corps put se réjouir du fait que tout avait été fait dans les règles. Il évoque aussi l'anecdote d'Euryphémus de Syracuse, autre pythagoricien, qui l'avait laissé en prière au temple d'Héra et l'y retrouva le lendemain matin (cité aussi par "La vie de Pythagore" de Dacier en 1706) . Un faux  intitulé Lettre de Lysis à Hippase, cité par Jamblique, qui fait l'éloge de la purification, affirme que Lysis fut dans la maison de Pythagore incendiée (Pythagore est mort vers 495, et Lysis vers 390, Epaminondas en 362).

L'auteur dit avoir écrit ce livre pendant trente ans à partir de 1757. C'est lui qui l'a fait entrer à l'Académie française.

L'Allemand Christoph Meiners dans "Histoire de l'origine des progrès et de la décadence des sciences dans la Grèce" (traduit en France en 1798) précise que selon Plutarque "Théanor croyoit à la réalité des songes, savoit distinguer les apparitions des hommes morts de celles des hommes vivans" (Meiners méprise ce pythagorisme irrationnel auquel il rattache aussi Vatinius et Figulus à l'époque de Cicéron - il trouve l'anecdote dans un essai de Plutarque qu'il ne cite pas, en fait "Sur le démon de Socrate" mais dont il reconnaît avoir mis en cause l'authenticité dans le passé - pour lui toutes ces légendes sur le pythagorisme sont contemporaines de la décadence de cette philosophie à l'époque d'Apollonios de Tyane).

Pour ma part je trouve dans la dévotion de Lysis à la terre-mère comme dans les dons de médium de Theonor quelque chose de très proche du chamanisme pythagoricien décrit par Kingsley. Par effet de contraste la lecture de Meiners (qui méprisait tout ce qui était "barbare" y compris dans le pythagorisme, et qui fut un des pères du racisme scientifique) illustre tous les dangers qu'entraine l'enfermement de la philosophie dans un rationalisme et un culte du progrès étroits. Il faut refaire revivre ces premières figures du pythagorisme dans toute leur richesse et diversité mentale, ou peut-être spirituelle, pour avoir une vision plus exacte des origines de la philosophie, et de ce monde particulier qui se déployait, en Italie du Sud, entre Elée, Syracuse, Tarente et Métaponte.

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"Tantra Yoga" de Daniel Odier (Albin Michel, 1998)

28 Février 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

Le livre commence par une version in extenso d'un des trois textes cardinaux du tantrisme, le Vijnanabhairava Tantra (Vigyan Bhairav Tantra), texte du début de notr ère (il y a 2 000 ans), central dans l 'école du shivaïsme du Cachemire (la trika), qui se présente comme un dialogue entre Shiva et Shakti.

Odier fait remonter le shivaïsme au sceau d'un seigneur des animaux Pashupati de 3 000 av JC qui serait un proto-Shiva ityphallique (mais cette thèse est contestée) de la civilisation dravidienne de Mohenjo-daro, auquel l'auteur trouve des traits shamaniques (bien sûr ces recherches d'origines anciennes sont toujours assez arbitraires).

 

Shiva_Pashupati.jpg

 

Le livre trace beaucoup de ramifications du shivaïsme. Bouddha fut disciple de Gosala, maître tantrique qui lui aurait enseigné l'abolition des castes. Kanishka

Odier cite un fondateur de "l'école du Krama" au VIIIe siècle, Shivâdanath aurait donné sa transmission à trois femmes yoginî (mais ce Shivâdanath est introuvable sur le Net et sur Gallica. Abhinavagupta au Xe siècle aurait aussi accordé une prorité aux femmes pour le tantrisme. L'empereur kouchan (dynstie venue du Xinjiang) Kanishka au IIe siècle réunit 18 sectes bouddhistes et leur fit adopter une ligne inspirée du tantrisme. Et Bodhidharma, père du premier zen chinois s'inscrit aussi dans la lignée shivaïte. Au VIIIe siècle Vasugupta reçut les Shivasûtra en rêve ou gravé sur une montagne et le Spandakarika ("chant tantrique du frémissement").

Le tantrisme partage avec le bouddhisme l'idée de la vacuité des êtres (ils n'existent que les uns par rapport aux autres) mais se sépare de lui sur le point de la vacuité de la conscience : pour lui la conscience n'est pas vide mais c'est un miroir nécessaire à la manifestation des êtres.

 

(à suivre)

 

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