Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles récents

Mandéisme (suite)

12 Février 2017 , Rédigé par CC

Il semble que ce soient les pères de l'Eglise qui aient développé la thèse des origines juives du mandéisme.

Elkasaï ("Force cachée") personnage individuel ou pseudonyme d'un groupe, qualifié de "parthe" par Hippolyte de Rome cent ans plus tard, juif selon Epiphane de Salamine, aurait proclamé la force du baptême en l'an 3 du règne de Trajan (en 100) et reçoit son Apocalypse en 114 lors de la conquête romaine de la Parthie. GRS Mead a écrit sur le livre d'Elxai.

L'organe antisémite France d'hier et de demain du 15 avril 1911 p.4 parle de Maimonide " né à Bassorah, en Mésopotamie, c'est-à-dire près du pays de ces Mandaïtes judaïsés qui furent, au IIIe siècle, les pères du Manichéisme et qui sont de vieilles connaissances pour nos lecteur ". Le problème est que Maïmonide est né à Cordoue et non Bassorah et les mandaïtes sont dans la plaine de Ninive....

Son alter ego La Bastille p. 4 du 17 juillet 1909 publiait un article de Louis Dasté sur les mandaïtes dans la série "la franc-maçonnerie est-elle d'origine juive ?" "Le Mandaïsme, la greffe juive entée par Manès" (1).

Mais cette origine juive est démentie par Alfred Loisy en 1934, dans "Le mandaïsme et les origines chrétiennes" (eds Emile Nourry),qui soulignait que l'image de l'homme sauveur qui apporte la lumière incarnée par Jean Baptiste venait du zoroastrisme iranien.

------------------------------

(1) Article de Louis Dasté :

Nous avons parlé la semaine dernière du Mithriacisme, qui fut l'arbre sur lequel Manès enta une greffe juive. Aujourd'hui nous parlerons de cette greffe juive : le Mandaïsme.

Déjà en 1844, M. Matter, dans son Histoire critique du Gnosticisme, pressentait le grand rôle qu'avait dû jouer le Mandaisme dans le passé :

Les Mandaïtes (écrivait-il), auxquels on donne aussi les noms de Nazaréens, de Sabiens et d'Hémérobaptistes sont peut-être ceux des théosophes de l'Orient qui méritent le plus de recherches spéciales. (Matter, Hist., t. III, p. 114, 115.)

Et il ajoutait plus loin :

Il est un fait curieux à signaler dans l'histoire du Mandaisme et du Gnosticisme, c'est que le premier s'est attaché à l'Orient et y est demeuré confiné comme il l'est encore tandis que le Gnosticisme s'est constamment dirigé vers l'Occident : que tous les chefs de ses écoles se sont portés vers Rome, l'Espagne ou la Gaule. On dirait que les chefs des deux systèmes s'étaient entendus pour se partager le monde connu. (Matter, III, p. 207.)

M. Matter eut là une remarquable intuition. Si en effet les chefs des écoles gnostiques furent les Juifs de Gnose que nous avons montrés à l'oeuvre, — les fondateurs du Mandaisme, nous allons le voir, furent eux aussi des Juifs ! Et après que la Gnose eut couvert l'Occident de ses hérésies, Manès (le Juif Manès, ont dit à Simonini les Juifs italiens !) va faire du Mandaïsme une religion conquérante qui s'étendra, vers l'Orient avant d'envahir tout Je monde connu. Mais les chefs des deux systèmes, la Gnose et le Mandaïsme-Manichéïsme, qui chacun à son tour et durant des siècles agitèrent l'univers, s'étaient d'autant mieux entendus qu'on réalité ils n'avaient tous qu'une seule et même tête : la Kabbale juive.

C'est au sud de la Babylonie (où la Kabbale juive était née, cinq siècles auparavant, de la. pénétration du Judaïsme par les idées et les traditions chaldéennes, assyriennes, etc.) que naquit aussi le Mandaisme au Ier siècle de notre ère.

Bans ce pays de Characène (ou Saracène, d'où : les Sarrasins) qui fut l'un des plus beaux jardins de la terre grâce à d'admirables canaux, il n'y a. plus que dos marais malsains où végétaient encore en 1881 quatre mille Mandaïtes. Us ont conservé avec une étonnante persistance leurs antiques traditions où se mêlent, avec les vieilles cosniogonies et astrologies cJialdéennes,

des récits juifs implantés là pendant la captivité de Babylone ou à l'époque de la composition du Talmud. (M. Babelon, Les Mandaïtes extr. des Annal, de Philosoph. chrétienne, Paris, 1881, p. 20.)

Le nom de ces sectaires vient de

....Manda ..., expression essentiellement sémitique qui signifie Science, Gnose, de sorte qu'au point: de vue étymologique Mandaïte est l'équivalent de Gnostiques. Quant aux doctrines religieuses, il n'en est pus tout à fait de mémo, bien qu'un grand nombre des croyances de la Gnose se rencontre également dans les livres des Mandaites. — On désigne aussi les Mandaïtes sous le nom de Nazaréens qu'on retrouve assez fréquemment employé dans leurs livrs ; ce qualificatif a été appliqué aux Mandaïtes parce que saint Jean-Baptiste, dont ils ont fait le chef spirituel de leur secte, était de Nazareth en Galilée. (M. Babelon......p. 10.)

..... (Tandis que) l'astronomie, les sciences physiques et médicales du Talmud étaient empruntées aux livres chaldéens, des emprunts analogues ont été faits par les Mandaïtes à la Bible, au Talmud, aux doctrines de la Kabbale juive. (M. Babelon, p. 27.)

On voit dès lors qu'on a raison d'attribuer au Manichéisme une origine juive, s'il est issu du Mandaïsme fabriqué lui même avec des emprunts faits au Talmud et à la Kabbale jinve. Mais voici des précisions bien plus grandes.

La langue dans laquelle sont écrits les livres des Mandaïtes est un dialecte araméen fort apparenté au syriaque, mais singulièrement corrompu. (M. Babelon , p, 20.)

Remarquons que l'araméen était la langue parlée en Judée au temps du Christ, alors que

saint Jean-Baptiste est le prophète de la religion des Mandaïtes : ils le regardent comme le médiateur entre Dieu et les hommes. (M. Babolon , p. 27.)

Mais qui donc opposa aux fidèles du Christ cette secte des Mandaïtes pour laquelle le ATai Christ était celui qui ne fut en réalité que son précurseur ? — Un Juif Kabbaliste nommé Elhasaï ou Elxaï, celui-là même que le Juif d'Institut Franck, dans son livre sur la Kabbale, nous a présenté comme un partisan de la thèse Kabbaliste qui voit dans le Saint-Esprit un être féminin :

Vers la fin du 1er siècle de notre ère,... il surgit chez les populations dos environs de Bassora qui formaient le royaume de Mésène et de Characène, une sortie d'homme inspiré, de réformateur religieux du nom d'Elhasaï. Ce personnage, originaire du nord-est de la Perse ... et initié à. la fois aux dogmes chrétiens et aux doctrines sabiennes (ou chaldéennes) qui remplissaient l'Orient à cette époque, paraît, être le véritable apôtre historique des Mandaïtes. C'est du moins l'opinion de M. Chwolsohn qui croit avoir démontré que les sectaires appelés par les Pères de l'Église d'Orient les Elhasahites ne sont autres que les Mandaïtes... M. Renan a suivi l'opinion de Chwolsohm et admis l'identité des Elhasahites et des Mandaïtes. (Renan, Jiisl. des Langues sémiliq., p. 251.) (M. Babelon , p. 21.)

M. Babelon écrit encore :

...La secte dont nous étudions les croyances regardait saint Jean-Baptiste comme son fondateur et son chef spirituel. Ce fut sans doute Elhasaï qui répandit chez les Mandaites le culte de saint Jean. (M. Babelon , p. 52.)

Mais n'ayons garde, d'oublier qu'Elhasaï, le singulier apôtre des Mandaïtes, était un Juif Kabbaliste et gnostique, au dire de Franck, Juif d'Institut. Et n'oublions pas non plus que les Mandaïtes étaient eux-mêmes un mélange de Chaldéens et de Juifs qui vivaient dans un pays colonisé par les Juifs à plusieurs reprises.

Or, au Juif de Perse Elhasaï — qui joua dans le manichéïsme ou Mandaïsme le même rôle de précurseur qu'avait joué dans la Gnose le Juif Simon le Mage — a précisément succédé Manès, né lui aussi en Perse: LE JUIF MANÈS, ont dit à Simonini les Juifs italiens, nous ne saurions trop le répéter ! Et le Juif de Perse Manès fut pour le Manichéisme (hérésie destinée à mordre sur l'Orient persan et dualiste !) ce que le Juif d'Egypte Valentin avait été pour la Gnose (hérésie destinée à mordre sur l'Occident pénétré des mysticismes isiaque et éleusinien) !

Cent ans environ après l'apparition d'Elhasaï, naquit Manès, de parents mandaïtes, et élevé dans les croyances mandaïtes jusqu'à l'âge de 24 ans, époque où il conçut l'idée de fonder lui-même une religion. Faut-il s'étonner que le Manichéisme contienne tant de croyances grossières, si son point de départ se trouve dans les Livres Mandaïtes ! (M. Babelon , p. 22.)

Faut-il s'étonner davantage que les Juifs italiens aient pu dire au commencement du XIXe siècle à Simonini que Manès était de leur race, alors que tant de recoupements nous font trouver le Juif dans le Mandaïsme, source du Manichéisme, comme dans la Gnose ?"

Lire la suite

Jésus est-il né en 100 av JC ?

7 Février 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

GRS Mead (1863-1933) fut un membre de la Société de théosophie en Angleterre. Il publia en 1903 une étude, "Did Jesus Live 100 B.C.?: An Enquiry Into the Talmud Jesus Stories, the Toldoth Jeschu, and Some Curious Statements of Epiphanius--Being a Contribution to the Study of Christian Origins " qui réunissait tous les arguments pour prouver que Jésus fut un rabbin qui vivait sous le règne de Jannai en 100 av. JC et non sous la tutelle impériale d'Auguste autour de l'an 0. Il utilise pour cela divers écrits talmudiques, dont le Toledot Yeshu mais pas seulement et aussi les écrits anti-hérétiques de l'évêque Epiphane de Salamine (v. 315-403 qui était né juif et connaissait bien les traditions talmudiques). Selon ces écrits Jésus serait le fils illégitime d'un légionnaire des troupes romaines de Grèce (avant même les guerres de Pompée), qui aurait volé en Egypte (en les écrivant sur son bras) des formules secrètes qui lui permettaient de se proclamer messie en accomplissant des miracles comme guérir le malades ou marcher sur l'eau, ce qui lui aurait valu d'être exécuté. Il aurait  trouvé au Ier siècle av JC des disciples en Galilée et dans des communautés de mystiques thérapeutes en rupture avec les sacrifices sanglants des prêtres de Jérusalem, des groupes qu'on a pu appeler nazoréens, assimilés aux esséniens ou aux disciples de Jean-Baptiste qui pratiquaient la purification quotidienne par l'eau, autant de traditions judéo-chrétiennes mêlées à la Gnose que Paul de Tarse connaissait bien et combattit au Ier siècle ap JC.

GRS Mead écrit, dit-il, pour permettre aux chrétiens et aux juifs de se respecter davantage mutuellement. Il estime que le christianisme, s'il repose sur des falsifications de faits tout comme la tradition talmudique, doit être compris au niveau gnostique métaphorique. Jésus est l'époux de la Sophia divine qui est le Saint Esprit, comme messie il est appelé à renaître plusieurs fois en chacun de nous. Marthe, Marie et Lazare comme leurs noms même l'indiquent sont des allégories de cette résurrection possible. Il s'appuie encore sur Epiphane de Salamine pour rappeler que la fête de Noel, date de l'entrée de Jésus dans le monde par la chair, fut choisie pour coincider avec le solstice, c'est à dire les Saturnalia romaines, les Kronia d'Alexandrie et leur équivalent égyptien du même jour, au cours desquelles les chorê (jeunes filles) célèbrent celui qui naîtra de la Vierge (tout comme les Arabes nabathéens) tandis que l'épiphanie serait, au niveau gnostique, l'image de sa naissance par l'esprit.

Lire la suite

Joseph Glanvill, défenseur de Descartes, et des témoignages sur la sorcellerie

1 Février 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

Le protestant Balthasar Bekker (1634-1698), docteur en théologie et pasteur, partisan de Descartes, publie en français à Amsterdam (eds Pierre Rotterdam) en 1694 "Le monde enchanté" A propos d'un ensorcellement de 1670 il y expose tome 4 p. 576 et suiv (chap XIX)  :

"L'on a fait grand bruit depuis vingt deux ou vingt trois ans, d'un ensorcellement inouï, qui fut en Suède , au village de Mohra , dans la Province d'Elfdalen, où les sorcières transportaient  plusieurs enfants dans un lieu inconnu, qu'ils appelaient Blocula. Le bruit et les plaintes que l'on en fit, allèrent si loin » que le Roi fut obligé d'y envoyer des Commissaires, pour, avec les juges & les prêtres du lieu, établir un Tribunal- lesquels condamnèrent plus de septante personnes comme Sorcières , & quinze enfants qui s'y trouvèrent enveloppés, sans compter cinquante six autres. que l'on punit plus doucement, & quarante sept, que l'on laissa jusques à un nouvel examen. Le fameux Anglais, Joseph Glanvill, fait bien du bruit de cette affaire, jusques là, qu'il en a fait un extrait du Protocole du Roi, qu'il a mis à la fin de son Sadducismus triumphatus comme une preuve incontestable, à son avis, de la véritable Magie Diabolique. Mais je m'en vais en faire voir la vanité, & la fausseté notoire des confessions sur lesquelles ces pauvres malheureux ont été brûlés. L'on imprima dans la même année à la Haye, une pareille relation en Flamand, sur laquelle je m'arrêterai. Mais comme je serais trop long, si je voulais la mettre ici toute entière  & y ajouter mes remarques, je n'en tirerai que le principal, & je ferai voir par les mêmes termes de la relation, tirés de différents endroits, que toute cette affaire n'était que pure imposture , & que les Dénonciateurs, les Sorciers, & les Juges mêmes, étaient ensorcelés.

§••2. L'abrégé de cette relation est donc qu'il y a un certain lieu appelé Blokula, qui n'est connu que des Sorciers & qui est le lieu où le Diable les emporte  lequel après qu'ils l'ont invoqué par trois fois à l'entrée d'un antre, en disant 'Antesser, viens & nous porte à Blocula, leur apparait sous différentes formes , mais la plupart du temps en juste-au-corps, gris, en chausses rouges  & en bas bleus , avec une barbe rousse, un chapeau pointu , des rubans bigarrés tout autour, & de longs rubans à ses chausses'. Il les porte donc à travers de l'air, mais il faut qu'ils aient quelques enfants soit des leurs, ou de quelqu'autre qu'ils aient dérobés &  cette heure beaucoup plus qu'autrefois ,car il en faut jusques à quinze ou seize , & cela toutes les nuits qu'ils vont au Sabbat. Ils montent sur toutes sortes de bestiaux, mais particulièrement sur des chèvres, Ils se servent même pour cet usage d'hommes, de bâtons & de piques , seIon que cela leur échet Quand ils sont,arrivés à Blocula, l'on fait un festin. Les Sorciers se mettent à table, mais les enfants se tiennent debout contre la muraille.

§ 3. Voici les propres termes de la relation. 'La première chose qu'il faut qu'ils fassent à Blocula, c'est, qu'ils renient tout ce qu'ils ont de plus saint , qu'ils le donnent au Diable en corps en âme , & qu'ils ratifient ce don par serment', (je ne sais par quel Dieu ils jurent) (...) § 7 Que si ces échantillons ne suffisent pas, pour faire voir que toute cette affaire de Blocula n'est qu'une méchante sottise, considérez, je vous prie, ce qui s'ensuit." Et il continue de détailler les absurdités du récit de Glanvill (Glanvill dont on a évoqué précédemment la mémoire et le livre de 1681 à propos de Wesley).

Glanvill, on le voit dans cet exemple, a donné du fil à retordre à ses contemporains. Il a assez d'autorité intellectuelle pour susciter les controverses, et cependant (Wesley lui-même le  lui reprochera), il accorde trop de crédit aux témoignages des gens simples (quoique sur les sorciers le témoignage en rejoigne beaucoup de remarques de Carlo Ginzburg dans "Le sabbat des sorcières".

"Le mysticisme, la théurgie, l'hermétique, la magie, la kabale se sont dans plus d'un esprit supérieur confondus avec la sagesse. Depuis les Alexandrins, ces illusions ne se sont jamais peut-être emparées d'un esprit plus sain et plus vigoureux que celui de Joseph Glanvill" allait dire de lui Charles de Rémusat au XIXe siècle (Histoire de la philosophie en Angleterre t2 : p. 187 et suiv) "c'était un écrivain plein de verve et d'esprit, continue-t-il, et il promettait à la vérité un utile et brillant athlète. Malheureusement, il ne tarda pas à compromettre sa cause; son premier ouvrage avait paru depuis peu, que dans sa Scepsis scientifica qui n'en est guère que la paraphrase, il donnait déjà le scandale d'un scepticisme qui admet la possibilité de la sorcellerie, et il confirmait aussitôt celte rêverie avec un grand appareil de preuves dans un traité spécial.C'est un point dont il n'a jamais douté". Il s'agit du traité "A Blow at modern Saduccesims in Some philosophical considerations touching the beings of Witches and Witchcraft" de 1666. "Il n'est pas le seul de ses contemporains que le spiritualisme entraînât au spiritisme" ajoute Rémusat qui précise que Glanvill était un admirateur et disciple de Descartes comme Bekker : il voyait en lui un chantre du pouvoir de l'esprit, du scepticisme et du spiritualisme.  Glanvill était une illustration grandiose de la possibilité de concilier défense de la science et de la philosophie et adhésion aux témoignages sur la sorcellerie.

Edgar Poe allait citer Glanvill dans "Les plus beaux contes" traduit par Baudelaire.

En Amérique Cotton Mather, savant théologien né à Boston en 1663 allait suivre les pas de Glanvill dans un traité "Wonders of the Invisible World" ("Les Merveilles du monde invisible, tirées de l'analyse des procès de différents sorciers, exécutés récemment dans la Nouvelle Angleterre), sur la chasse aux sorcières de Salem, publié par ordre du gouverneur du Massachussetts et réimprimé à Londres en 1693. Sur le "champ" de discussion dans lequel s'insère le débat sur les sorciers, voir la page Wikipedia ici.

Ce que personnellement je trouve très intéressant chez Glanvill comme chez Wesley, c'est qu'il voit dans l'adhésion au témoignage des personnes victimes de sorcellerie un argument décisif contre l'athéisme. Dans sa préface au "A blow to modern saducceism" il écrit "I appear thus much concerned for the justification of the belief of Witches, it suggesting palpable, en current evidence of our Immortality, which I am exceedingly solicitous to have made good".

Lire la suite

Le Psaume 91

20 Janvier 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

J'ai entendu il y a peu le rav Ron Chaya affirmer qu'un escadron d'infanterie anglais (121e) qui avait récité le Psaume 91 tous les jours pendant toute la première guerre mondiale n'a eu aucun mort dans ses effectifs.

Craig A. Evans l'expose dans Jésus et le Psaume 91 à la lumière des manuscrits d’exorcisme (publié dans Celebrating the Dead Sea Scrolls: A Canadian Contribution, dirigé par Peter W. Flint, Jean Duhaime, and Kyung S. Baek. Early Judaism and Its Literature 30.Atlanta: Society of Biblical Literature) : la découverte, à Qumrân, du Psaume 91 combinée à trois psaumes d’exorcisme extracanoniques dans 11QapocrPs (11Q11) a fourni la preuve évidente que ce psaume était apparemment compris, à l’époque de Jésus, comme un texte qui fournissait l’assurance de la protection divine contre les puissances démoniaques.

Rachi de Troyes attribue ce psaume à Moïse. La version grecque l'a attribué à David.

La version du Targum rajoute des mots plus explicitement démoniaques que la version de nos bibles. v. 5 :  "terreur de la nuit" est traduit par "terreur des démons qui marchent la nuit", à midi "ange de la mort qui tire la flèche à midi" "aucune peste" est suivi par "ou démon", au verset 10. Le commentaire de Rachi qu'on peut lire ici est tout aussi clair.

Au verset 9 une référence à Salomon qui parle (car c'est une enseignement de David à Salomon.

Il s'agissait d'une tradition sur Salomon comme guérisseur-exorciste (déjà connue par Josèphe, transposée dans le traité de démonologie du Testament de Salomon au 1er siècle dans les cercles juifs, puis enrichi par les chrétiens - publié en français récemment par l'ingénieur Jean-Pascal Ruggiu de l'Ordre hermétique de l'Aube dorée, occultiste à l'écoute des "extraterrestres").

Josèphe le raconte ainsi : « Cet admirable roi composa cinq mille livres de cantiques et de vers (2), et trois mille livres de paraboles, à commencer depuis l'hysope jusques au cèdre, et à continuer par tous les animaux, tant oiseaux que poissons et ceux qui marchent sur la terre. Car Dieu lui avait donné une parfaite connaissance de leur nature et de leurs propriétés dont il écrivit un livre ; et il employait cette connaissance à composer pour l'utilité des hommes divers remèdes, entre lesquels il y en avait qui avaient même la force de chasser les démons sans qu'ils, osassent jamais revenir. Cette manière de les chasser est encore en grand usage parmi ceux de notre nation ; et j'ai vu un juif nommé Eléazar qui, en présence de l'empereur Vespasien, de ses fils et de plusieurs de ses capitaines et soldats, délivra divers possédés. Il attachait au nez du possédé un anneau, dans lequel était enchassée une racine dont Salomon se servait à cet usage : et aussitôt que le démon l'avait sentie, il jetait le malade par terre et l'abandonnait. Il récitait ensuite les mêmes paroles que Salomon avait laissées par écrit, et en faisant mention de ce Prince, défendait au démon de revenir. Mais pour faire encore mieux voir l'effet de ses conjurations, il emplit une cruche d'eau, et commanda au démon de la jeter par terre pour faire connaître par ce signe qu'il avait abandonné le possédé ; et le démon obéit. J'ai cru devoir rapporter cette histoire afin que personne ne puisse douter de la science tout extraordinaire que Dieu avait donnée à Salomon par une grâce particulière. » Antiquités Judaïques VIII, II Trad. Arnaud. P. 1700 in-4° I, 304-305.

A tel point qu'à l'époque d'Ezechias il fallut détruire une livre de Salomon parce qu'on guérissait et exorcisait au nom de Salomon et non plus de Dieu. Le Coran parle aussi du Salomon exorciste qui possède un anneau magique et parle le langage des oiseaux (ce qui est peut-être à rapprocher du fait selon nous que le Psaume 91 parle de l'oiseleur, car le Coran puise à des sources proche-orientales très anciennes, mais peut-être parce que le Coran se méprend sur le fait que l'oiseleur est en fait le démon et non Salomon).

"Dans nombre de légendes chrétiennes Salomon est devenu un personnage fabuleux qui n'a plus grand chose de commun avec le héros palestinien. Ce n'est plus guère qu'un homme habile à poser ou solutionner des énigmes ou un donneur de bons conseils. Parfois même sa sagesse y est tournée en ridicule (1). Mais d'autre part nous voyons persister la tradition indiscontinue et sans doute souvent rafraîchie aux sources juives ou musulmanes d'un Salomon dominateur des génies et possesseur de maints secrets magiques. SaintJustin lui attribue l'application des exorcismes à la guérison des maladies (2): Au IVe siècle on montrait au pèlerin de Bordeaux à Jérusalem une crypte dans laquelle Salomon torturait les démons (3). En 494 un décret du pape Gélase range parmi les apocryphes un livret d'exorcismes attribué à Salomon et intitulé Conlradictio ou Interdictio Salomonis. Il fallait donc qu'il fut employé par certains chrétiens au Ve siècle. Procope de Gaza dit qu'il est très vraisemblable que les auteurs qui ont écrit sur la médecine ont fait de grands emprunts aux livres de Salomon sur les bois, sur la nature et la vertu des plantes, des arbres, des pierres et des animaux (4). D'autres auteurs grecs s'expriment de même. Dans un sermon In mediam Pentecostem, Léonce de Constantinople (5) affirme la puissance de Salomon sur les démons, c'est pour lui une chose indubitable. Vers la fin du XIIe siècle Nicétas Choniatès parle dans ses Annales d'Aaron Isaac, interprête auprès de l'empereur Manuel Commène et magicien réputé comme étant possesseur du Livre de Salomon grâce auquel il faisait venir des légions de démons et les contraignait à exécuter ses ordres. Le chrétien ne met pas en doute le pouvoir du juif. Gregentius, archevêque de Tephra, raconte que Salomon enferma les démons dans un vase qu'il cacheta et qu'il

(1) Cf. Certaines légendes chrétiennes de l'Uchraine dans Rev. des Trad. Popul., II, 510-524 et beaucoup d'autres, voir : LYDIA SCHISHMANOFF, Légendes Religieuses Bulgares, Paris, 1896, in-12, p. 78-87.(2) Ad Orthodoxos Quaest, 55. (3) TOBLER, Palestinae descriptiones, Saint-Gall, 1869, p. 3. (4) Ad. III, Reg. IV, 33. (5) COMBÉFIS, Auctuarium novum, 1, 724 cf. FABRICIUS, Codex pseudèpigraphus veteris Testamenti, Hambourg, 1713, in-8°, p. 1036-1037.

couvrit de terre (1). Michel Glycas (2) dit que Salomon composa des écrits sur les pierres précieuses, expliquant d'où provenait leur couleur, de quelle façon elles se formaient et à quels usages elles pouvaient servir. Il signale celle qui est gardienne de la chasteté, celle qui sert de remède aux inflammations de la fièvre, et celle qui chasse les esprits malins. Il écrivit aussi un livre Sur les génies, expliquant par quel pacte on peut les faire sortir du monde invisible, et sous quelle forme ils apparaissent. Il signala leur nature et leurs propriétés, disant par quelle conjuration on les enchaîne et comment on les réduit, en servitude en certains lieux (3). Vers le milieu du XIVe siècle. Innocent VI aurait condamné au feu un gros livre divisé en sept parties et intitulé le Livre de Salomon. Parmi les Byzantins, Zonare et Léon le Grammairien parlent aussi des ouvrages et des pouvoirs magiques de Salomon (4). Ce livre rempli d'invocations et de pratiques coupables destinées à soumettre les démons (5) était évidemment d'origine juive mais avait -sans doute séduit bien des chrétiens.

Qu'était-ce Livre de Salomon condamné par Innocent VI et cette Contradiction déclarée, apocryphe par le pape Gélase. ? Nous n'en savons rien. Mais vraisemblablement il s'agissait bien là de livrets d'exorcismes magiques emplis de sottises et de superstitions

(1) BRUNET, Dict. des Apocryphes, II, 812. (2) fin du XIIe s. (3) MICHEL GLYCAS, Annales. Boun. 1835. in-8°, p. 182-183. (4) ZONARE. Hist., Liv. II, ch. VIII : LÉON LE GRAMMAIRIEN, Chronographie, Bonn, 1836, in-8°, p. 32. ' (5) NICOLAS EYMERIC, Direct or Inquisitor, Part. II. quaest 28. (6) NAUDÉ, Apologie pour tous les grands hommes accusés de magie P. 1009 in-16 p. 431, 432."

écrit Pierre Saintyves  (1870-1935), président de la Société du folklore français - qui traite avec le même mépris le Testament de Salomon qui à son époque n'existe plus qu'à la BNF - dans "Salomon son pouvoir et ses livres magiques" in Revue des Traditions populaires de septembre 1913 (A28,T28,N9) p. 410-425.

Enfin remarquons que dans v. 7 les “mille” et "dix mille" sont des démons. Les psaumes Targum le suggèrent, ainsi que la tradition rabbinique (Midr. Pss. 91.4 [on Ps 91:7]). Rachi de Troyes à propos des démons dit que chacun d'entre nous en a mille sur sa gauche et une dizaine de milliers sur sa droite (dans la vidéo en minute 1'38 le rav Ron Chaya cite ça  3'11), c'est aussi dans la Gemara (video minute 39).

Il est très étrange que dans Matthieu 4:6 le démon cite le Psaume 91 (versets 11-12).

Rabbi Shimon bar Yochai (2e siècle ap JC) affirmait que ce psaume comprenait tous les noms divins qui enlèvent les démons du chemin et tous ceux qui viennent accuser le fidèle dans les cieux (voir enseignement du Rav Touitou ici minute 38). C'est le tehilim fait pour les morts.

Dans "Moeurs et Pratiques des démons", Gougenot des Mousseaux (cité dans Du surnaturel. tome 2 / par le Cte Agénor de Gasparin Gasparin (1810-1871) p. 364) La parole âpre (qui était à l'époque la traduction de "la peste meurtrière), c'est le sort jeté par des paroles. La flèche volante, ce sont les fées La terreur nocturne et les dangers du milieu du jour, c'est la reconnaissance expresse de la sorcellerie, des fantômes, des différents relais préparés par les démons, "ces admirables chasseurs qui nous poursuivent et nous assiègent"...

Lire la suite

Le Gaon de Vilna (1720-1767)

18 Janvier 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

J'ai découvert l'existence du Gaon de Vilna (le Génie de Vilnius) à travers une anecdote du rav Ron Chaya de la Yéchiva Yechouot Yossef de Jérusalem dans sa vidéo (min 7'52) sur la résurrection des morts indiquant qu'en 2010 il fut à Vilnius pour le transfert de la dépouille mortelle du Gaon dans un tombeau restauré au cimetière de Shnipishok/Šnipiškės au nord de Vilnius (Lituanie - Dans "LeJuif errant est arrivé" en 1930 Albert Londres qualifie p. 50 Vilna, qui était polonaise à l'époque, de Jérusalem des neiges). Selon ce témoignage dix personnes qui ont la crainte de Dieu, qui ont étudié la Torah et ont jeûné le même jour pour déterrer les ossements et les déplacer. Tous sont morts la même année et enterrés à côté du mausolée sauf un qui a dit que contrairement à ses amis lui n'a pas regardé les os.

Puis j'ai regardé sa vidéo spécialement dédiée à cette personnalité (ci-dessous). Si l'on met bout à bout ce qu'il indique dans son cours et ce qu'on peut apprendre sur le personnage au terme d'un bref tour d'horizon sur le Net voici ce que l'on peut dire.

Il s'agit de Shlomo Zalman dit le Gaon de Vilna ou encore Rabbeinou Eliahou (notre maître Elie). Voici ce qu'en dit l'Histoire de la littérature juive d'après G. Karpelès d'Isaac Bloch et Emile Lévy (1901) en p. 538 : "Elie Vilna (1720-1797), surnommé à juste -titre le Gaon (le Glorieux). Le seul tribut qu'il paya, à la Kabbale fut un commentaire sur le Zohar. Il rectifia le texte des deux Talmuds, de la Tosefta, de la Mechilta, du Sifra et du Sifré avec une grande finesse de critique et interpréta simplement et grammaticalement presque toute la Bible. Parmi ses ouvrages, publiés après sa mort, par ses fils et ses disciples, se trouvent encore une description topographique de la Palestine, d'après les données bibliques, et 400 règles de trigonométrie et d'algèbre. Il reste encore de lui, en manuscrit, d'importants travaux sur l'astronomie et la science chronologique. Et, cependant, cet esprit si fin et si lumineux n'eut aucune influence sur la direction intellectuelle de son temps. Sa génération resta tournée invariablement vers le Hassidisme, qui fut une réaction inévitable de l'imagination sur l'aridité de la casuistique."

Alors qu'il avait trois ans et demi (fin 1723), explique le rav Ron Chaya, au moment de Simchat Torah, les jeunes vinrent recevoir des prix à la synagogue et un concours fut organisé pour les enfants de plus de 6 ans aux questions duquel il put aisément répondre : trouver deux endroits dans la Torah où il est marqué "Avraham Avraham", trouver le verset où tous les mots du verset se terminent par les mêmes deux lettres "im", trouver un verset où se trouvent cinq mots à la suite de seulement deux lettres chacun. A 9 ans, il décide d'étudier les 5e et 6e parties (sur les sacrifices et les lois de pureté) de la mishnah (tradition orale, mise par écrit en 220 ap JC) qui ne sont plus étudiées depuis plusieurs siècles. Il peut en étudier 50 pages en une journée. Ayant tout lu en bas âge, après 40 ans il ne lit plus que la mystique juive. Son élève Haim de Volojine (ou Valojine en Biélorussie), a écrit une introduction au commentaire du Gaon de Vilna sur un livre de mystique juive qui a été écrit il y a 2 000 ans "Le livre de la pudeur" (Sifra d-Tzniuta) inclus dans le Zohar. Dans cette introduction cet élève explique que la Gaon dormait quatre heures par nuit dans sa jeunesse, puis deux heures par jour par séquence d'une demi-heure au cours desquelles au cours desquelles il étudiait dans les yeshiva du ciel. Il aurait été averti que des anges viendraient lui révéler des secrets de la Torah, mais il refusa car il voulait tout découvrir par son travail. Il pouvait jeûner trois jours pour comprendre un verser du Zohar. De plus les anges dans une atmosphère spirituellement impure en terre goy risquaient de dire des choses fausses. Il aurait reçu même une révélation interprétative de Jacob (Ron Chaya prétend que ce genre de vision est authentique parce qu'un grand père d'un rabbin connu avait pu identifier d'après la description des habits le Rif, le rabbin du rabbin de Maïmonide qui était apparu en rêve à son fils et avec lequel il avait chaque jour une étude fixe ainsi qu'avec Maïmonide).

Selon un livre ("La voix de la colombe") écrit par ses disciples, le Gaon aurait été Mashiach ben Yoseph réellement ou potentiellement (en partie pour des raisons numériques), celui qui devait enclencher le retour en Israël et ses disciples furent effectivement les premiers à initier une montée (aliyah) en Israël. Le Rambam Maimonide (1135-1204) n'avait trouvé que trois Juifs teinturiers à Jérusalem pour la célébration du Kippour, et il avait dû en faire venir sept d'Hébron.Le Gaon Vina aurait renoncé à assumer ce rôle parce que l'arrivée du messie en Israël ne pouvait pas fonctionner car à cette époque il n'y aurait pas eu assez de Juifs pour le recevoir.

Lire la suite

Kant et Swedenborg

15 Janvier 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Médiums, #Christianisme

Kant commença sa carrière philosophique en écrivant en 1755 un livre "Histoire générale de la nature et théorie du ciel" puis y renonce, non pas, comme l'a prétendu Jules Vuillemin ("Physique et métaphysique kantiennes", PUF, 1955) parce qu'il lui manquait des éléments scientifiques sur la chaleur, mais parce que, comme il l'écrit en 1766 dans son "Rêves d'un voyeur d'esprits expliqués par des rêves de la métaphysique", parce que cette théorie lui semble aussi délirante que celles du médium Swedenborg (1688- 1772) dont les thèses parurent entre 1749 et 1756 "Arcana caelestia". Swedenborg y exposait le caractère uniquement apparent de la nature (Monique David-Ménard, "La Folie dans la raison pure", Vrin, 1990 - un livre qui ne rend pas complètement justice à l'ampleur du revirement du philosophe sur les prodiges du médium). Kant ne se contente pas de récuser l'occultisme. Dans "Rêves d'un voyeur" il admet que la pathologie des occultiste pourrait avoir pour cause des esprits réels, puis fait volte-face et revient à une causalité physiologique" de l'occultisme, puis, conscient du caractère dogmatique et indémontrable de la seconde hypothèse conclut sur la philosophie comme critique (de sorte que c'est à la confrontation avec Swedenborg et non à Hume que Kant doit l'invention de son criticisme). Impressionné par le fait que l'homme ignore les esprits et le visionnaire ignore la nature, Kant s'était penché de près sur le livre de Swedenborg au point de ne pouvoir signer son "Rêves d'un voyeur"  malgré le ton railleur à l'égard de l'occultisme qu'il emploie. Dans une lettre à Moïse Mendelssohn (8.4.1776) il reconnaît sa fascination pour Swedenborg, mais il y a des éléments encore plus percutants sur l'adhésion de Kant aux prodiges du mage suédois, éléments que tous les livres de la seconde moitié du XXe siècle ont passé sous silence.

En décembre 1911 dans la revue "La Femme" p. 179, on pouvait lire sous la plume de Mme Marie d'Abbadie d'Arrast (membre du comité de l'Oeuvre protestante des prisons et du Conseil national des femmes françaises) :

Svedenborg a eu des songes et des visions plus dignes d'attirer notre attention que les rêves enfantins et bizarres des pauvres filles dont nous saluons la mémoire. Svedenborg n'était ni un simulateur, ni un homme d'intelligence ordinaire. Sa clairvoyance paraît avoir été surprenante et indéniable. Le philosophe Kant (1) rapporte de lui le fait suivant, je cite la page : « M. de Svedenborg, revenant d'Angleterre, prit terre à Gothembourg. M. William Gastel l'invita chez lui le samedi soir en même temps qu'une société de quinze personnes. Ce soir-là, à six heures, M. de Svedenborg, qui était sorti, rentra pâle et consterné au salon, il dit qu'un grave incendie venait d'éclater à Stockholm et que le feu s'étendait rapidement. Or, Gothembourg est situé à 400 kilomètres environ de Stockhom. Il était inquiet et sortit plusieurs fois, indiquant la marche du désastre. A 8 heures, après être sorti de nouveau, il s'écria tout joyeux : « Dieu soit loué ! L'incendie s'est éteint à trois portes de ma maison. » Mandé devant le gouverneur de la ville, Svedenborg décrivit exactement l'incendie de telle sorte que toute la ville en fut informée. Le surlendemain, c'est à dire le lundi soir, un estafette arriva à Gothembourg, confirma de point en point le fait de seconde vue de Svedenborg. » Kant a admis ce fait extraordinaire comme certain. M. Edouard Schuré (2) répond : "On peut discuter sur la réalité objective des visions de Svedenborg, mais on ne peut douter de sa seconde vue attestée par une multitude de faits." ».

(1) "Svedenborg" par le pasteur Charles Byse, p. 115. Lausanne, eds Georges Bridel, 1911. Il s'agit de l'incendie du 19 juillet 1759 que Kant situe à tort en 1756 "Le fait suivant me paraît avoir entre tous la plus grande force démonstrative, et certainement il coupe court à tous les doutes imaginables" aurait écrit Kant. Byse se réfère à deux correspondances de Kant dont une qu'il dit traduire mot à mot mais dont il ne mentionne pas la date et une seconde quatre ans plus tard à Mlle Charlott de Knobloch devenue en 1763 ou 1764 baronne de Klingshorn, dont une serait reproduite partiellement dans la "Children's encyclopedia" (Byse p. 17). Il estime que c'est ensuite sous la pression de ses pairs que Kant aurait mis en doute dans une "brochure brumeuse" (le "Rêves d'un voyeur d'esprits expliqués par des rêves de la métaphysique" de 1766) les dons du médium. Il semble que Kant ait aussi fait allusion à un deuxième prodige de Swedenborg arrivé à Mme de Marteville à propos d'une quittance de son défunt premier mari (racontée par courrier de son second époux d'Eiben) et d'un troisième à propos de la reine Louise-Ulrique, soeur de Frédéric le Grand de Prusse, en 1761 (mais Byse cite Kant mot en mot sans préciser la source, on peut supposer que c'est dans le "Rêves d'un visionnaire").

(2) Les grands initiés de M. Edouard Schuré (1841-1929) cité par Ch. Byse.Schuré dans la version de poche du livre  (édition 2015) p. 352, qui compare ce fait avec la vision qu'Apollonios de Tyane eut à Ephèse de l'assassinat de l'empereur Domitien, précise que Kant demanda à un ami d'enquêter sur l'incendie de Stockholm et que Kant évoque cela dans une lettre à Charlotte de Knobloch citée par Jacques Matter dans Swedenborg, sa Vie et sa doctrine (eds Didier et Compagnie, Paris 1863). Effectivement Matter, conseiller honoraire de l'université dont le livre se trouve ici cite effectivement en page 148 de la deuxième édition du livre l'incendie de Stockholm, et fait précisément référence à une lettre du 10 août 1768 (deux ans après la publication du Rêves d'un visionnaire) à Charlotte de Knobloch. Dans cette lettre il évoque la quittance de Mme de Marteville et l'incendie de Stockholm qu'il situe en 1756 dans cette lettre (et non plus en 1759 comme dans le "Reves d'un visionnaire"), et Matter cite mot-à-mot la partie de la lettre qui concerne l'incendie.

 "La seule ville de Manchester compte 7 000 disciples de Svedenborg ; et l'on estime qu'il y en a près de 20 000 en Angleterre" précisera (p. LXVIII) l'auteur anonyme de l'Abrégé des ouvrages d'Em. Swedemborg, publié à Strasbourg en 1788 tandis que des magnétiseurs utilisaient les pouvoirs de somniloquespour démentir les thèses de Svedenborg (ibid p. LVII)

Sur l'importance du swedenborgisme dans la mouvance protestante, on lit encore p. 181 de la revue précitée "La Femme" : "A Paris même, dans le quartier des Invalides s'élevait un lieu de réunion où les Svedenborgiens célébraient un culte spiritualiste, sans faste, sans cérémonies pompeuses. Il y a une vingtaine d'années, on pouvait encore croiser quelquesuns de ces chrétiens paisibles, hommes de bien, membres de cette petite communauté de la nouvelle Jérusalem ; car c'est ainsi que se désigne elle-même i'Eglise.de l'apôtre suédois. Les premiers disciples, d'après les biographes de Swedenborg (1), auraient cru qu'une Eglise de la nouvelle Jérusalem existait parfaitement organisée au centre de l'Afrique. Entrainés par la force de leurs convictions, ils s'embarquèrent pour la visiter. Grâce au dévouement de ces missionnaires, l'Evangile fut répandu dans quelques districts du continent noir: ils contribuèrent à la fondation de colonies libres ; ils firent de courageux efforts en faveur de l'affranchissement des nègres et de la suppression de la traite; ils coopérèrent à l'établissement de Sierra Leone, où Ulric Nordenskioeld a fondé, avec son compatriote Azélius une communauté svedenborgienne qu'a visitée plus tard Walstrôm et Sparmann. Les trafiquants de chair humaine et les marchands d'alcool ont été les adversaires résolus et redoutables de la petite colonie de ces paisibles chrétiens."

(1) M. M. Gatteau Galleville et de Gluny, Biographie universelle.

Le succès de Swedenborg (qui eut Goethe et Balzac pour admirateurs) dans les cercles protestants est étrange. Jonathan Black dans son Histoire secrète (p. 191) décrit ce découvreur du cortex cérébral et des glandes endocrines comme franc-maçon et il me semble avoir lu des choses assez horribles sur ses moeurs... sous réserve de vérification...

A noter que Wesley dont nous parlions récemment ne prit jamais Swedenborg au sérieur :

Selon le Dr Gilbert Ballet ("Swedenborg, Histoire d'un visionnaire au XVIIIe siècle" -1899), il appréciait de la façon suivante les écrits de Swedenborg dans son journal, en 1770 : "Je me suis mis à lire les écrits du baron de Swedenborg et à y réfléchir sérieusement. J'ai commencé cette lecture avec beaucoup e prévention en sa faveur, sachant que c'était un homme pieux, d'un grand entendement, de beaucoup d'instruction et d'une foi vive. Je fus pourtant bien détrompé. Il suffit de connaître une seule de ses visions pour se mettre hors de doute sur son vrai caractère. C'est un des fous les plus ingénieux, les plus agréables, les plus amusants qui aient jamais mis la main à la plume. Ce sont des rêves à dormir debout, mais si extravagants, faisant si complètement divorce avec l'écriture et le bon sens, que l'on pourrait avaler aussi franchement les contes du Petit Poucet ou de Jack le destructeur de géants." (18)

(18) Matter, Notes, p. 429

Lire la suite

John Wesley et la sorcellerie

12 Janvier 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

Je travaille sur John Wesley (1703-1791), fondateur du méthodisme, qui était une des grandes références de feu le pasteur Derek Prince. Je lisais il y a peu un article de l'artiste canadienne Lorette C. Luzajic qui accusait Wesley de sorcellerie parce qu'il aurait guéri des gens et même ressuscité un mort selon Stephen Tomkins. Mais Lorette C. Luzajic ayant dit du bien de Michael Jackson dans un de ses livres, on n'est pas obligé de la croire (voir ce que moi-même j'écrivais à propos de ce chanteur il y a un an ici)...

Mais il est vrai que l'accusation de sorcellerie existe dans le méthodisme comme dans d'autres cultes chrétiens. A preuve cette accusation de connotation wiccane des United Methodist Women (UMW) à Orlando (Floride) en mai 1998 dans un article de Tom Graffagnino .

Wesley eut une attitude intéressante. A la fois il combattait la sorcellerie, et il insistait pour qu'on la prenne au sérieux pour pouvoir mieux la combattre et parce qu'elle était une sorte de preuve négative de l'existence de l'au-delà.

“Most of the men of learning in Europe have given up all account of witches and apparitions as old wives’ fables…. The giving up of witchcraft is the giving up of the Bible. With my last breath I will bear testimony against giving up to infidels one great proof of the invisible world, witchcraft … confirmed by the testimony of the ages,” a-t-il écrit dans son Journal de 1768.

A une époque où le rationalisme anglais préparait la dépénalisation de la sorcellerie (qui allait entraîner l'explosion de la Wicca) parce que beaucoup de gens n'y croyaient plus, Wesley, du haut de l'autorité de sa solide formation à Oxford, décrit précisément la sorcellerie, par exemple dans ses notes sur la Bible ici :

" 10. Useth divination - Foretelleth things secret or to come, by
   unlawful arts and practices. An observer of times - Superstitiously
   pronouncing some days lucky, and others unlucky. Or, an observer of the
   clouds or heavens, one that divineth by the motions of the clouds, by
   the stars, or by the flying or chattering of birds, all which Heathens
   used to observe. An inchanter - Or, a conjecturer, that discovers
   hidden things by a superstitious use of words or ceremonies, by
   observation of water or smoke or any contingencies. A witch - One that
   is in covenant with the devil.

   11. A charmer - One that charmeth serpents or other cattle. Or, a
   fortune-teller, that foretelleth the events of men's lives by the
   conjunctions of the stars. Spirits - Whom they call upon by certain
   words or rites. A wizard - Hebrew. a knowing man, who by any forbidden
   way's undertakes the Revelation of secret things. A necromancer - One
   that calleth up and inquireth of the dead."

Comme l'écrit Pavel Rutkowski, de l'université de Varsovie : "Wesley’s Journal – written and published with the purpose of communicating his views and opinions to fellow Methodists – contained numerous extraordinary accounts of prophetic dreams, appearances of Christ and angels, instances of spontaneous combustion of corpses, treasure troves revealed by spirits, use of second sight, etc. Most space, however, was devoted to people’s contacts with the souls of the dead, demonic possession, and the way such phenomena were related to witchcraft".

L'intérêt de Wesley pour la sorcellerie serait venu du fait qu'après avoir échappé de justesse d'un incendie pendant son enfance, il avait été à 13 ans témoin du Poltergeist (manifestation d'esprits) d'Epworth (dans le Lincolnshire) dans sa propre maison en décembre 1716 qui dura jusqu'en février (voir The life and Times of the Rev. Samuel Wesley par L. Tyerman, London, Simpkin, Marshal & Co, 1866 p. 350).

Les partisans de Wesley suivaient le sillage du chapelain du roi Charles II, Joseph Glanvill, qui avait publié Sadduccismus Triumphatus en 1681 et tenait la négation de l'existence des démons pour un sadduccéisme moderne. Le magazine du mouvement méthodiste Arminian Magazine,reprit même l'épisode du "frappeur de Tedworth" (Drummer of Tedworth) cité par Glanvill. Mais Wesley savait faire preuve de discernement à l'égard de certains excès des croyances aux esprits.

Wesley, explique Rutkowski, à la différence de la plupart des protestants, ne croyait pas que les morts aillent au Ciel ou en Enfer, et que les apparitions spirites étaient de simples démons. Il croyait que les morts revenaient réellement livrer des informations aux vivants. Cela lui fit adhérer sans réserve au témoignage d'Elizabeth Hobson une jeune fille de Sunderland qui disait avoir des apparitions de gens morts depuis son enfance (tout comme il prenait au sérieux les cas de possession...). Mais dire que le spiritisme n'est pas d'essence démoniaque, n'est-ce pas une manière de le légitimer d'un point de vue théologique ?

Lire la suite

Gambat et les séries sud-coréennes

10 Janvier 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Asie-Océanie

Rediffusion sur France O le 8 janvier dernier à 13 h de l'émission de 2010 "Rendez-vous en terre inconnue - Virginie Efira chez les Tsaatans" où l'on voit l'actrice se livrer à un rituel de sorcellerie (j'espère qu'il ne lui est rien arrivé de mal à la suite de cela, la pauvre). Son hôte Gambat et son chamane y avouent regarder à la TV sous leur yourte glaciale les séries sentimentales sud-coréennes en guettant les femmes dénudées qu'on y aperçoit parfois... "Civilisation" quand tu nous tiens...

Lire la suite

Pasteur Derek Prince : La foi et les oeuvres

23 Décembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

De tous les prédicateurs que j'aie entendus sur la toile, le plus convaincant, le plus rigoureux et le plus clair est le pasteur Derek Prince (décédé en 2003). Pas étonnant, dans un sens : il enseignait la logique et la philosophie avant de se convertir.

Son enseignement est un appel radical à renoncer à toute œuvre, c'est à dire tout effort pour agir selon une loi, et à tout investir dans la foi (la confiance en Dieu), la prière et l'amour, mais en se remettant, sur ces trois volets là, à ce que Dieu enverra, car rien fondamentalement ne doit venir de l'Ego. Voilà qui est contradictoire avec l'enseignement du pasteur Samuel Peterchmitt sur le thème "faites votre part du boulot" ou les exhortations bruyantes des Evangéliques "prenez autorité". Et pourtant cela sonne beaucoup plus profond. On a beau tout retourner dans tous les sens, au fond si on veut n'avoir à se glorifier de rien, il faut vraiment se faire oiseau. 

Cela dit d'autres aspects de l'enseignement de cet homme recommandent le respect de la loi pour éviter les malédictions (voir ci dessous). Cet enseignement ressemble à celui de Mme d'Astier de la Vigerie sur bien des points.

Cet homme était petit fils d'un commandant britannique qui avait réprimé la révolte des Boxers en Chine, et qui lui avait cédé un tableau de dragon impérial qui portait un maléfice. Son père lui même fut officier et prit sa retraite avec le grade de colonel.

Né à Bangalore en 1915, il explique dans "Ils chasseront les démons" qu'il fut élevé dans sa petite enfance par une nourrice hindoue dont l'influence fut à l'origine de sa fascination pour la mythologie indienne et pour le yoga dont il tarda à se défaire. Admis à 13 ans (en 1928) à Eton, il continua au King's College de Cambridge dont il fut membre en 1939 (à 24 ans).

Il rencontra le Christ au Proche-Orient pendant la seconde guerre mondiale quand il était assistant infirmier dans l'armée. Il commença sa prédication à Ramallah en 1946, épousa en Israël Lydia Christensen, une institutrice danoise qui dirigeait un orphelinat à Jérusalem et adopta six filles juives une palestinienne arabe et une anglaise.

A Londres il fut pasteur d'une petite assemblée pentecôtiste. En 1953 il fut délivré d'un "esprit familier". En 1957 il partit avec son épouse comme missionnaire éducateur au Kenya, puis en 1962-63 en Europe et en Amérique du Nord. Il fut pasteur d'une assemblée pentecôtiste en 1963 à Seattle où il effectua son premier exorcisme sur Esther Henderson, une femme au foyer de 35 ans.

En 1965 il avait lancé une malédiction sur le saloon qui jouxtait son église à Chicago qui prit feu deux mois après sa malédiction, et le vent tourna juste au moment où il assista au spectacle de l'incendie ce qui épargna l'église. Puis il est pasteur pentecôtiste à Londres avant de s'engager dans la délivrance et d'enseigner en Afrique. Un de ses petits petits fils fait partie d'un groupe juif ultra-orthodoxe (il a lui-même épousé en seconde noces en 1978 une israélite). En 1985 il a prêché à Karachi au Pakistan.

Certains aspects un peu négatifs de Derek Prince que vous pourrez trouver sur You Tube peuvent être nuancés par ceci.

Lire la suite

Lettre de Paulin de Nole à Victrice : magie de l'unanimitas et dureté militaire

17 Décembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Paulin de Nole, disciple bordelais d'Ausone avec lequel il se brouilla, contemporain d'Augustin à qui il écrivit sans l'avoir rencontré, et de Martin de Tours, retiré dans un monastère en Campanie, eut un échange épistolaire en 398 avec Victrice évêque de Rouen.

Comme l'expliquaient Janine Desmulliez et Cédric Vanhems de l'université Lille 3 il y a peu, cet évêque recherchait à travers ses courriers à créer une unanimitas, une unité d'âme, dont je me demande s'il ne faudrait pas l'entendre en un sens chamanique comme la télépathie stoïcienne dont parlait Montaigne : voyez mon billet de mai 2015.

Les lettres de Paulin de Nole sont connues des historiens (même une BD de vulgarisation comme "De Rouen à Rotomagus" en parle), mais difficiles à trouver sur Internet. Je traduis donc ici, à toutes fins utiles, une de ses lettres à Victrice à partir d'une version anglaise tirée du livre "Ancient Christian writers - The works of the fathers in translation n°35" dirigé par Johannes Quasten, Walter J. Burghardt et Thomas Comerford Lawler, éditions Newman Press, New-York, 1966. Il s'agit de la lettre 18, p. 167. A y regarder d'un peu près, vous trouverez dans cette lettre des formules qui ne sont pas des effets rhétoriques et dont la magie fait penser au Pasteur d'Hermas dont je parlais en novembre. Par exemple quand il évoque le miroir de l'esprit quand on sait les pratiques magiques et la divination qui se faisait (et se fait encore) autour des miroirs. Il y a dans ce texte un rapport au regard qui est directement lié aux sciences naturelles grecques. Renée Koch à propos d'Epicure avait montré comment celui-ci recommandait de regarder les statues des dieux pour recevoir du divin en soi. On retrouve cela dans la joie que St Paulin de Nole confesse à avoir vu le visage de Victrice en chair et en os. Il y a aussi une problématique très intéressante du visage humain du saint comme visage du Christ. L'appartenance mystique à une seule chair de tous les chrétiens, spécialement les plus vertueux, est exprimée par des images très percutantes, parfois dérangeantes comme celle d'aller "lêcher" les cicatrices du martyr. C'est une vision très intense et très concrète de l'unité des églises et des croyants, et de la puissance miraculeuse qu'ils peuvent exercer les uns sur les autres à distance (à rapprocher aussi sans doute du culte des reliques auquel tous ces prélats sont liés), notamment à travers leurs disciples (le diacre Paschasius).

On y trouve aussi une exaltation très romaine des valeurs militaires : l'endurcissement du corps et de l'esprit, l'implication dans le combat, la capacité à commander et obéir, la récompense outre-tombe. On comprend pourquoi la Gaule fut largement évangélisée par d'anciens légionnaires (Victor de Marseille mort en 303, Martin de Tours et Victrice de Rouen). Le soldat endurci dans son corps et son âme peut affronter le martyre et en retire un pouvoir transcendant qui en fait le leader incontesté de sa communauté (son prestige fut tel qu'à Chartres le thaumaturge St Martin de Tours se jugea moins digne que St Victrice de délier la langue d'une adolescente muette, ce qu'il finit cependant par faire Victrice ayant dit qu'il n'en ferait rien). On est là tout à fait dans le sillage du centurion romain (Matthieu 8:8) qui dit à Jésus qu'il sait ce qu'à l'armée commander et obéir veulent dire et qu'à cause de cela une seule parole suffira pour obtenir la guérison du serviteur.

C'est un christianisme de combat, parmi les démons et les forêts lointaines inhospitalières de la Gaule Belgique évangélisée par Victrice, avec Rouen comme avant-poste (christianisation et civilisation se confondent ici en une seule et même chose). Un christianisme sans concessions, et très adossé à l'Ancien Testament (avec d'ailleurs, on le notera, aucune référence à la Vierge Marie ni au versant féminin du christianisme, entièrement absorbé par les hommes, au point d'ailleurs que Paulin de Nole se voit lui-même en Marie-Madeleine inondant de ses larmes les pieds de Victrice).

"Paulin salue Victrice, toujours son père le plus révéré et le plus béni.

1. Soudainement et d'une façon inattendue, Dieu m'a fait la grâce d'une chance que j'avais recherchée en vain depuis un certain temps. Une occasion d'écrire à ta vénérable et sainte personne s'est présentée à moi à travers une maison de la foi, une qui a été choisie spécialement pour être une fraternité conjointe en notre Seigneur. Car à Rome à l'occasion de l'anniversaire très populaire des apôtres j'ai pu rencontrer notre frère le diacre béni Paschasius.

Outre le plaisir de notre camaraderie fraternelle dans le ministère sacré, je l'ai reçu avec les plus grands respect et amour parce que j'ai découvert qu'il appartenait, corps et âme, au clergé placé sous ta sainte protection. Mais je dois avouer que j'ai fait pression sur lui. Il était désireux de repartir de Rome vers votre personne sacrée. Et, bien que j'approuvasse cette hâte consciencieuse manifestée dans ce très justifié désir, je l'ai embrassé par amour pour toi et l'ai porté à Nole. J'espérais qu'à travers sa visite mon humble hospice là serait béni par un souffle de votre esprit et qu'en regardant et embrassant Paschasius je pourrais profiter pendant plus longtemps d'une part virtuelle de ta gracieuse présence. Ses manières modestes, son coeur humble, son esprit aimable, sa foi dans la vérité, et sa conversation agrémentée d'esprit sur chaque sujet démontre qu'il fut l'élève de ton enseignement et le compagnon de ton voyage.

Donc sois indulgent envers notre frère pour moi, ou envers moi pour lui. Car si ses attentes sont repoussées et ma présomption censurée, ces deux fautes seront excusées à tes yeux par la charité du Seigneur. Ce fut cette charité du Seigneur qui soit a forcé Paschasius à m'obéir, soit m'a forcé à prendre possession de lui et à le garder comme si j'avais des droits sur lui. Car non sans une arrogance obstinée mais d’un coeur pur, d’une bonne conscience, et d’une foi sincère (1. Tim. 1-5), j'ai cru que ce qui était à toi était à moi ; et je ne doutais pas que toi, à votre tour, tu croirais qu'il n'était pas absent de chez toi pendant le temps où tu savais qu'il était avec moi. Car si la distance réelle sépare nos corps, nous sommes associés par l'Esprit du Seigneur, dans lequel nous vivons respectueusement, et qui partout nous inonde, de sorte que nous avons les membres d'un même corps, un seul coeur, et une seule âme dans le Dieu unique.

2. Donc, j'ai regardé dans le miroir de l'esprit et j'ai pensé à tes égards pour moi et, en retour, à l'intimité avec toi à cause de l'amour que mon coeur vous porte ; donc, en gardant notre frère ici, j'ai proclamé que ton affection serait aimablement disposée envers moi. La grâce du Seigneur, qui t'a été donnée en abondance, a assuré que tu es aimé dans les membres de votre corps et dans l'ourlet de ton vêtement. Cependant j'ai perdu plusieurs jours de son séjour ici parce que le Seigneur dans sa miséricorde m'a affligé, j'étais ravagé par une maladie corporelle pour mon amélioration spirituelle. Mais Dieu, qui conforte les humbles et qui guérit ceux qui ont le coeur brisé (Ps 147:3), m'a conforté par la présence de mon frère le béni Paschasius. Sa présence m'a apporté le raffraîchissement de l'esprit, et aussi le recouvrement corporel, et quand deux sont heureusement réunis, Christ se tient entre eux (Math 18.20).

3. Mais Paschasius n'a pas simplement partagé l'affection et la peine de ma maladie; il a aussi été épuisé par la maladie très sérieuse de notre plus cher fils Ursus, qu'il a eu comme inséparable compagnon de ses voyages. A ce sujet, j'ai observé la foi de Paschasius et son amour abondant dans le Seigneur. Car plus Ursus endurait une peine corporelle, plus Paschasius souffrait de tourments dans son esprit. Alors le Seigneur a porté un regard aimable sur Ursus à cause de l'humilité de Paschasius (Luc 1.48), et l'a poursuivi de sa douceur. Quand Ursus fut sur le point de mourir, il obtint le salut du péril grâce à la foi et au travail dur de Paschasius. Le Seigneur a décidé d'essayer sur Ursus le pouvoir que notre plus aimé confesseur Felix, seigneur de notre maison, exerce devant Lui. Car quand Ursus est passé par les mains de Paschasius, en étant baptisé sur son lit, il est revenu à la conscience. A travers les prières du saint, le Seigneur l'a restauré pour le frère Paschasius comme aussi pour l'attente anxieuse de notre église et plus spécialement la tienne, car sans aucun doute Il veille sur toi dans la personne de tes enfants partout où ils sont. Le Seigneur, aussi, le préservera désormais. Puisse-t-Il le ramener à ta vue saint et sauf, libéré du péché et serviteur de la justice (Rom 6.18). Je n'ai aucun doute qu'Ursus, lui aussi, s'il mérite de revenir vers toi, accomplira un grand progrès dans la foi, en concordance avec Paschasius et avec toi, le maître des deux.

4.Tychicus, ton plus cher frère (ou ton Tyhcicus, Tychicus tuus voir Colossiens 4.7) et fidèle ministre dans le Seigneur, en louange non pas tant de toi que de Dieu oeuvrant en toi, m'a parlé de la grande lumière que le Seigneur a provoquée pour tracer une route d'éclaits lumineux à travers toi dans des régions qui étaient jusque là obscures. Car Lui qui fait venir les nuées de l'extrémité de la terre (Ps134.7) t'a amené, aussi, du bout de la terre pour éclairer Son peuple, et il a fabriqué un éclair brillant pour la pluie fertilisante. Juste comme autrefois au pays de Zabulon et de Nephtali, et sur le chemin de la mer au delà du Jourdain et de la Galilée pour ceux qui vivent dans le pays de l’obscurité,une lumière se met à briller (Esaïe 9.1), maintenant au pays des Moroni (Calais) au bout du monde battu par le fracas de l'océan avec ses vagues sauvages, les gens de ces races lointaines, demeurant dans ces endroits cachés par le chemin sablonneux de la mer au delà du Jourdain, avant que la nature ne devienne grasse (Ps 64.13), se réjouissent maintenant sous la lumière du Seigneur qui s'est élevée maintenant à travers la sainteté de ta personne. Maintenant que Christ est entré en eux, ils ont abandonné la dureté de leur coeur.

Là où des étrangers barbares et des brigands autochtones demeuraient dans ces zones désertiques et aventureuses de forêts et de plages, maintenant des villes, des bourgades, et des bois avec des églises et monastères remplis de gens et de paix harmonieuse, sont pleins de choeurs angéliques et révérés d'hommes saints. il faut l'admettre : cela se réalise à trvaers les peuples de la Gaule et dans le monde entier à travers Christ qui parcourt le globe Car ceux qui sont dignes d’elle, elle-même va partout les chercher et sur les sentiers (Sagesse 6.16) se répandant, à travers les âges, dans les âmes saintes (Sg 7.27) elle se montre joyeusement à eux sur les chemins, et elle va au-devant d'eux avec une admirable providence (Sg 6 17) pour ceux qui L'aiment. Et sur ce détroit lointain des rivages des Nerviens, sur laquelle la foi en la vérité n'avait soufflé que d'une faible respiration, laissant à ta charge d'être son vaisseau d'élection, toi et nul autre, elle a brillé pour la première fois avec plus d'éclat en toi, puis est devenue plus chaude avec plus d'ardeur incandescente, s'est rapprochée, et a choisi quelqu'un en qui elle pouvait rendre là son nom sacré, de sorte que par son nom son bruit a pu aller plus loin sur toute la terre, même là où le soleil se couche.

5. Brièvement il m'a été dit que Rouen, qui était à peine connue, même des districts alentour, est maintenant mentionnée avec respect même dans les provinces éloignées. Elle mérite la louange de Dieu et compte parmi les cités les plus notoires pour ses lieux consacrés.

Et à juste titre, car ta sainteté méritoire a donné à Rouen l'entière apparence de Jérusalem, comme elle en a la réputation en Orient, y compris avec la présence des apôtres, qui comparent ta ville, qu'ils ignoraient auparavant, à leur propre demeure, à la fois pour l'amour de l'Esprit saint qui s'y trouve et pour les résultats qu'y a obtenus l'oeuvre de Dieu. Et ils ont trouvé auprès de toi l'hébergement le plus adapté pour eux-mêmes. Clairement ces amis de Dieu, les chefs du vrai peuple d'Israel (c'est à dire, le peuple qui s'approche de Lui, Ps134.7) se délectent à s'attarder en ta ville et t'aider dans ton oeuvre. A Rouen, en compagnie des saints anges, ils sont charmés par la louange incessante, jour et nuit, de Christ notre Seigneur. A Rouen, à travers les coeurs les plus aimants des serviteurs de la foi, ils se voient assigner un repos de bienvenue et sont logés amicalement par des hôtes d'aimables vertus. A Rouen ils prennent plaisir avec les coeurs les plus chastes et les voix de tes brebis dans l'harmonie quotidienne de ceux qui chantent avec sagesse (Ps 46.8) dans des églises bondées et des monastères anciens. Maintenant des virginités non violées les logent dans les temples de corps saints, de sorte que cela puisse en faire des hôtes prêts à donner à Christ du repos dans leur coeur chaste. L'inattaquable chasteté des veuves esclaves jour et nuit de tâches saintes et de services obligatoires les remplissent d'un plaisir égal. De même que la conduite des couples mariés sujets de Dieu qui vivent secrètement comme frères et soeurs ; avec des prières continuelles de tels couples invitent Christ, qui est comblé de joie par leurs actions, à visiter ce qui n'est plus maintenant un lit conjugal mais une couche de fraternité. En retour ils s'unissent à Lui et aux Saints ; unis dans un amour chaste avec les esprits de ces visiteurs célestes, ils jouissent du rapport de la chasteté. Car maintenant ils sont nouvellement façonnés par des entrailles de miséricorde (colossiens 3 12) et trouvent leur repos parmi les fils de l'amour filial et de la droiture. Parmi tous les fils que tu instruits, ils te montrent leur affection pour toi, et aiment Christ en toi. Ainsi dans ta ville par dessus tout ils réalisent les vertus de Dieu, qui est la puissance de Christ, et donc ils te portent témoignage du fait que tu es leur partenaire.

6. Grâce et gloire soient en Lui qui n'abandonne pas l'oeuvre de Ses mains, et qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tim 2:4). Se hâtant à travers le monde entier avec les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles (Ésaïe 52:7). Il a voulu faire de toi aussi un pied splendide pour porter Son monde, si bien qu'en toi Il puisse se réjouir comme un géant qui parcourt le chemin (Ps 18.6). Il a daigné pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l'Evangile de Sa paix (Ephesiens 6: 15), de sorte qu'à travers toi aussi il pourrait marcher sur la vipère et le scorpion, et tu écraser le lion et le Dragon (Ps 90:13). Et pour qu'une lanterne aussi glorieuse ne reste pas cachée sous un boisseau de silence en t'élevant à un siège apostolique Il t'a placé pour ainsi dire, sur un chandelier élevé, pour que tu puisses briller à travers toute la maison pour l'illumination de beaucoup.

7. Mais par quels sentiers t'a-t-Il conduit au chemin de Sa vérité ? Il t'a instruit en premier à l'école des devoirs de la chair pour te mener aux tâches spirituelles de Sa vertu. Il t'a d'abord désigné comme soldat, duquel Il a ensuite fait son évêque. Il t'a autorisé à combattre pour César pour que tu puisses apprendre à te battre pour Dieu, afin qu'en exerçant la vigueur de ton corps au travail de l'armée, tu puisses te fortifier toi-même pour des batailles spirituelles, renforçant ton esprit à confesser sa foi et durcissant ton corps pour la souffrance.

Ton abandon subséquent du service militaire et ton entrée dans la foi montrèrent que la divine providence t'a attaché à un important dessein. Dès que tu fus enflammé par amour pour le Christ, le Seigneur Lui-même déploya Son activité. Tu marchas sur le terrain de parade le jour fixé fixé pour le rassemblement militaire. Tu fus vêtu de toutes les décorations de l'armure de guerre que tu avais alors mentalement rejetée. Tous admiraient ta très scrupuleuse apparence et ton équipement, quand soudain l'armée eut les yeux écarquillés de surprise. Tu changeas de direction, modifias ton serment d'allégeance militaire, et aux pieds de l'officier de commandement impie, tu jetas les armes du sang pour prendre les armes de la paix. Maintenant que tu es armé du Christ, tu méprises les armes d'acier.

Immédiatement, le commandant fut rendu furieux par le venin du serpent ancien (Apoc 12 9). Tes bras ont été étendus pour que tu subisses le fouet et fusses battu de grosses verges ; mais tu ne fus pas conquis car tu étais couché sur le bois de la croix. Tes souffrances physiques redoublèrent. Tes membres, lacérés de grands coups, étaient étirés sur des fragments acérés de faïence. Mais Christ te donna un support plus doux, car Sa poitrine fut ton lit et sa main droite ton oreiller. Et donc, avant que tes blessures fussent guéries, tu avanças avec impatience et avec plus de courage face à un plus grand ennemi, car tu fus restauré par le courage qui était rallumé plutôt que brisé par la douleur de tes blessures.

Le commandement général t’a mis la main dessus, mais ton triomphe sur cet ennemi plus puissant fut encore plus glorieux. Les clients du diable n’osèrent pas en rajouter sur les tortures que tu avais dépassées, mais ils discutèrent de t’infliger la peine de mort pour que leur défaite prît fin avec la terminaison de la vie de ton corps.

Mais notre Seigneur qui est vraiment fort et puissant, et invaincu dans les combats (Ps 23 8) brisa les cœurs, même les obstinés, avec des miracles notables. Car dans ce voyage où tu suivis ton assassin comme une victime sacrée, le bourreau, avec des moqueries menaçantes posa une main téméraire sur ton cou, palpant d’une main qui cherchait à trouver le point où le coup de son épée frapperait. Mais à ce moment précis ses yeux lui furent arrachés, et il fut frappé de cécité. Comme l’indescriptible bonté de l’amour de Christ profère aux siens ! Celui qui demanda pardon pour ceux qui Le crucifièrent ne laissa pas l’offense à Son confesseur rester impunie ; Celui qui refusa que sa Passion fût vengée, récompensa d’un coup l’insulte à Son témoin. Cette colère par elle-même est la marque d’un amour paternel, car un fut aveuglé pour que beaucoup reçussent de la lumière, et peut être pour que celui qui avait reçu une perte de vue pût obtenir une vision mentale.

Finalement, survint juste après un signe encore plus grand. Ceux qui remplissaient le sinistre devoir de garder les condamnés avaient rejeté ta demande d’avoir la légère bonté d’alléger tes liens qui étaient noués si serrés qu’ils te mordaient les os. Mais quand devant leurs yeux tu adressas tes prières au Christ qui est Dieu, ils virent tes liens tomber de tes mains libres sans la moindre intervention humaine. Ils n’osèrent point les lier à nouveau, et ils se précipitèrent apeurés auprès de leur général, proclamant la vérité de Dieu comme s’ils étaient eux-mêmes confesseurs. Celui-ci les écouta attentivement, et, croyant leur récit, il le rapporta à l’Empereur avec le témoignage des soldats. Son acte alors montra que le soudain retournement de la colère en pitié devait compter parmi les miracles de Dieu. Bien qu’il eût fait vœu de persécuter Christ en ta personne il choisit au lieu de cela de Le louer en toi. Je crois que le Seigneur l’avait enfin rempli du Saint Esprit, comme il avait rempli Saül, car il t’aima comme celui-ci aima David. La grâce du Seigneur fut répandue sur lui, débordant de l’abondance de ta foi, tout comme le roi Saül fut affecté après qu’il eût prévu de persécuter les prophètes. L’officier était venu punir le confesseur, mais avait battu en retraite, confessant lui-même la vérité du Christ. Car il crut. Ceux qu’il avait auparavant sauvagement condamnés, il les loua comme des hommes saints et les libéra. Lui qui était désireux de punir témoigne de la foi, lui-même porta témoignage de la vérité (peut être en 355 ou juste avant).

8. Pourquoi, alors, devrais-je m’émerveiller de ce que tu sois si puissant dans tes accomplissements mystérieux, si riche dans tes grâces, quand tes débuts dans les vertus chrétiennes égalèrent ce que bien peu atteignent au terme de longs labeurs ? Devrais je douter de ta perfection maintenant, alors que tu fus parfait au commencement ? Oh! si j'avais les ailes de la colombe (Ps 55:6) je m’envolerais jusqu’à toi et me reposerais à la vue de ta sainte personne, émerveillé et révérant le Christ notre Seigneur dans ton visage. Je baignerais avec mes larmes et essuierais avec mes cheveux tes pieds qui sont les Siens ; je lècherais ce qu’on peut appeler les traces de la Passion du Seigneur dans tes cicatrices. Car plus douces sont les blessures d'un ami que les baisers d'un ennemi (Psrov 27.6). Malheur à moi! Misérable pêcheur dont les lèvres sont impures,(Esaïe 6.5) car la bénédiction était à ma portée et je ne l’ai point saisie.

9. Car tu te souviendras avec grâce, je crois, que j’ai regardé ta sainte présence une fois à Vienne, quand j’étais reçu par mon père béni Martin, à qui notre Seigneur t’a rendu égal quoiqu’à un âge différent. Bien que ma connaissance de toi provenant de Martin fût petite quand nous nous rencontrâmes, je révérai ta sainte personne avec tout le sentiment que je pus rassemblai. Je te recommandai éternellement moi-même et mes êtres chers, qui n’étaient pas là mais te fixaient à travers mes yeux, car Christ nous a rassemblés dans un seul corps. Maintenant je me réjouis de pouvoir au moins me vanter d’avoir vu ton visage dans la chair. Mais je me lamente sur ma désinvolture infortunée, car par ignorance j’ai manqué l’occasion d’une si grande bénédiction. A ce moment-là j’étais enveloppé non seulement dans les péchés, mais aussi dans les préoccupations du monde, desquelles la bonté de Dieu m’a maintenant libéré : si bien que dans mon ignorance je te vis seulement comme un évêque que tu étais en surface, et je n’avais pas le savoir pour te reconnaître dans ta plus splendide capacité en tant que martyr vivant.

10. Je te prie de te souvenir de moi ce jour où tu seras accompagné par ton innombrable cortège de bonnes œuvres réalisées, paré des honneurs des bénis, et couronné des décorations de la gloire, quand les anges se hâteront de te rencontrer portant les couronnes fleuries neigeuses des évêques consacrés et les robes pourpres éclatantes des confesseurs, quand Celui qui est le plus haut affineur de Son or et de Son argent t’accueillera comme de l’argent passé au creuset (Ps 66.10) et l’or essayé dans la fournaise (Sagesse 3.6) de ce monde. Le Roi éternel t’attachera comme une perle à Son diadème. Le Juge juste reconnaîtra qu’Il te doit une récompense pour plus que tes propres vertus quand Il verra l’innombrable foule d’hommes et femmes sanctifiés autour de toi. Car par tes enseignements quotidiens tu leur donne naissance pour Lui. Tu es l’exemple des parfaites vertu et foi devant tous. Notre frère Paschasius le révèle. Dans ses gracieuses et aimables manières, j’ai vu les contours, pour ansi dire, de tes vertus et de tes grâces, comme un reflet dans un miroir.

Tu es, en effet, le père béni de beaucoup de fils bénis, le semeur d’une grande récolte. Par la fécondité de ton sol, tu donnes du fruit pour Dieu avec un rendement de cent, soixante, ou trente pour un (Mat. 13.8), et tu obtiendras en retour une égale mesure des fruits variés de ta progéniture. Le Très Haut t’a nommé parmi les plus grands de Son royaume. Il a permis à tes mots d’égaler ses faits, de sorte que ton enseignement est une partie de ta vie, et ta vie une partie de ton enseignement. Et de là aucun disciple parmi les tiens ne tire excuse du fait que tes commandements n’est difficile à accomplir, car il est le premier lié par l’exemple de ta vertu. "

 

Lire la suite

Pourquoi les contradictions autour de Jean 1:5 ?

4 Décembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

J'adresse la question aux savants lecteurs de ce blog. La reine d'Angleterre dans son message de Noël de l'an dernier a lu cette citation de l'Evangile de Jean : "The light shines in the darkness and the darkness has not overcome it". Un défenseur du château de Versailles y a vu un lapsus linguae (video minute 24'50 ) mais la citation de la reine est bien conforme au texte de la bible anglaise. Il se dit aussi de la même manière dans la bible espagnole (version Valera de 1960) : "La luz en las tinieblas resplandece, y las tinieblas no prevalecieron contra ella". Mais c'est nous français qui depuis des siècles disons le contraire puisque nous disons : "La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue." Recevoir étant le contraire de "dépasser" ou "vaincre"... Pourquoi ?

Lire la suite

Correction de titre

26 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Présentation

Le site scienceetreligion.com a repris ici mon article sur le Dr Ricardo Castañón Gomez publié initialement sur mon blog. A deux reprises ce mois ci je leur ai demandé de modifier mon titre. Car je n'ai jamais été chercheur au CNRS, j'ai été chercheur associé dans un laboratoire rattaché à la Maison des sciences de l'homme de Strasbourg qui était homologué par le CNRS, mais je ne le suis plus depuis la dissolution de ce laboratoire le 1er janvier 2014. Aujourd'hui je suis chercheur indépendant. Malgré mes deux courriels le site refuse de modifier mon titre.

Il est fréquent que les journalistes se trompent sur la transcription de mes titres et s'abstiennent d'effectuer des correction malgré mes demandes.

Lire la suite

Encore un mot sur Hermas

24 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums, #Histoire des idées

Un précision à la suite de notre précédent article sur Hermas. En 1900, Daniel Voelter (1855-1942), professeur de théologie à Amsterdam, publiait à Berlin une brochure de 54 pages expliquant que les visions I et II du Pasteur, selon lui, étaient des visions de la sibylle de Cumes et non de l'Eglise. Il s'agissait seulement de révélations sibyllines à un particulier, écrites pour cela en prose, qui n'ont été christianisées que tardivement. Et Hermas serait un prosélyte juif, d'où le fait qu'il cite dans sa IIe vision un Clément, Clément de Rome dont la tradition a fait un pape, qu'un fragment des Homélies clémentines (IV, 7-IV, 26) présente comme un converti au judaïsme et non au christianisme (revue L'Université catholique 15 janvier 1901 p. 303).  Mais dans un rapport annuel à l'Ecole pratique des hautes études évoqué dans la revue archéologique de 1902 (p. 140), Jean Réville (1854-1908), lui aussi théologien protestant, démentait l'idée qu'il pût s'agir d'une adaptation d'un original juif.

Aimé Puech (1860-1940) dans son Histoire de la littérature grecque va dans le même sens et conteste qu'Hermas fût juif d'origine. Il estime (tome II 1928 eds les Belles lettres p. 92) que le nom d'Hermas est grec "et le rattache même à cette Arcadie où il a placé la scène de la neuvième Similitude". Pour lui Hermas pourrait venir de là, et il note que sa maîtresse à Rome a un nom grec. Il note que la liste des vertus d'Hermas fait songer au tableaux de Cébès, qu'elles ont des noms grecs (Synesis, Aletheia, Homonoia) En suivant Richard August Reitzenstein, Puech suppose, à cause de similitudes sur sa liste des vices, qu'Hermas a pu connaître une rédaction primitive du livre hermétique intitulé Poimandrès, mais estime que l'influence hermétique porte sur le style mais non sur le fond. Il trouve ce style populaire, simple, avec quelques incorrections, mais parfois élégants et ne traduisant pas une origine étrangère (par exemple sémitique). Il souligne que son texte ne porte à ucune référence à Jésus, et que sa référence aux anges l'a fait traiter d'idiot par St Jérôme.

Jusqu'au concile de Rome de 497 sous le pape Gélase on n'a pas su si Le Pasteur avait sa place dans le canon des Ecritures. Irénée de Lyon (Contra hoereses,1,IV,c,xx), Clément d'Alexandrie, Origène (comme le faisait déjà remarquer Leibniz dans ses Opera theologica p. 632) et Cassien ont traité le Pasteur sur le même plan que les saintes écritures et lui trouvaient une inspiration divine.

 

Lire la suite

La faute sexuelle d'Hermas et la sibylle de Cumes

23 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Pythagore-Isis, #Histoire secrète, #Anthropologie du corps, #Histoire des idées

Les universitaires athées devraient être plus prudents qu'ils ne le sont, je crois, quand ils abordent des textes antiques, lesquels puisent souvent leur inspiration à des sources métaphysiques obscures.

Il faut être très modeste. Personne ne connaît ces sources. L'abord "psychologique" ne signifie rien, car la "psyché" est une idole de nos contemporains plus obscure encore que les mystères religieux.

J'en veux pour preuve le début d'un texte connu chez les historiens du christianisme, "Le Pasteur" d'Hermas, recueil de visions qui date de 120 (c'est à dire du règne de l'empereur Hadrien). Hermas est un père de famille, affranchi d'une dame chrétienne appelée Rhodè.

Peter Brown, auteur estimé dans les milieux académiques, réduit l'inspiration prophétique à des "marqueurs identitaires" desquels l'abstinence sexuelle ferait partie (Le renoncement à la Chair, 1995, p. 98) et fait un phénoménologie "neutralisante" (plus que neutre) des visions, en notant par exemple que "des vierges y apparaissent comme des prophétesses" (il se réfère à Eusèbe de Césarée). L'historien présente Hermas, auteur qui allait inspirer l'empire romain jusqu'en Egypte, comme "le seul prophète chrétien dont la vie visionnaire nous soit connue".

Il retrace le passage connu de son livre "Le Pasteur" que j'avais lu en 1995 dans lequel il confesse que, ayant aidé sa maîtresse Rhodè à sortir du Tibre où elle se baignait ("entièrement nue" précise Peter Brown, mais ce n'est pas écrit dans le livre), il avait songé qu'il serait heureux d'avoir "une femme de cette beauté et de cette élégance". Pour Brown, le problème pour Hermas était de se "laver" de cette faute afin de développer sa vocation prophétique et devenir "transparent" pour le Saint Esprit. Hermas, dit-il, enseigne la nepiotes, la simplicité enfantine, pour combattre le désir. Pour lui, il s'agissait de rassembler les "puissances virginales de l'âme" dans les "prairies vertes d'une Arcadie chrétienne", "à l'ombre des jeunes filles en fleur" dit même Brown, qui oppose ce côté "candide" du "Pasteur" d'Hermas à la dureté de la répression sexuelle en milieu chrétien après la multiplication des persécutions par le pouvoir romain païen.

Voilà pour la lecture mi-littéraire mi-anthropologique que Brown fait d'Hermas. Je ne suis pas du tout sûr que sa thèse sur un Hermas "candide" opposé au christianisme dur qui l'a suivi à cause des martyrs tienne la route (car des martyrs il y en a eu depuis la mort de Jésus), et je suis en tout cas à peu près certain que, comme toute la machine institutionnelle des facs de lettres en France, ce dispositif de lecture d'Hermas est surtout fait pour éviter de se poser les bonnes questions (je ne dis même pas espérer d'avoir les réponses) qui nous permettraient éventuellement d'aller au coeur de cette bizarrerie qu'est le livre "Le Pasteur".

La recherche intellectuelle et spirituelle passe par l'étonnement (thaumazein) nous a enseigné Aristote. Brown et ses commentateurs sont là pour le stériliser. Etonnons nous donc, et commençons par nous étonner des petites choses.

Moi, quand je lis Le Pasteur, 20 ans après avoir découvert le commentaire qu'en faisait Brown, des tas de détails m'interpellent, à la fois dans le texte lui-même et dans le commentaire que fournissait en 1990 pour les éditions du Cerf un certain Dominique Bertrand, "ancien directeur des sources chrétiennes" - avec lequel je suis tout autant en désaccord qu'avec Brown.

Tout d'abord je note que Bertrand pose comme un élément du consensus universitaire que le ton autobiographique du livre relève de l'artifice. Hermas ne serait pas un affranchi de Rhodè, il ne l'a pas vue se baigner dans le Tibre. Ah bon ? Mais Brown lui ne relève pas de ce consensus. Je sais bien qu'à l'époque on appréciait les romans comme celui de Leucippé et Clitophon dont on a déjà parlé sur ce blog, mais je ne vois pas pourquoi un auteur qui entreprend de décrire une vision dans laquelle sa maîtresse Rhodè lui apparaît aurait inventé de toute pièce l'identité de cette femme. Ce ne serait pas conforme à la notion même de vision prophétique... Je comprends que des éditions catholiques en 1990 (ce ne serait peut-être plus le cas aujourd'hui) préfèrent penser qu'Hermas a imaginé la fiction d'une femme se baignant dans le Tibre, mais à ce compte là, ils peuvent aussi classer tous les Actes des Apôtres et tous les Evangiles au registre de la fiction. Faire de la fiction sur des visions religieuses n'a pas de sens.

Bertand (p. 335) nous dit que ce qui était intéressant c'est que cette Rhodè était une dame romaine et il juge que la mention de Rome "n'est pas fictive" (allez savoir pourquoi). Moins polarisé par la papauté que lui, je ne suis pas pour ma part intéressé par la capitale de l'empire. Ce qui m'intéresse le plus, d'un point de vue à la fois spirituel et intellectuel, c'est que la première vision qu'Hermas va décrire, il l'a sur le chemin de Cumes (ville grecque de Campanie). Je dirai un peu plus loin pourquoi c'est essentiel.

Sur ce chemin, tout en marchant, Hermas s'endort (ce que Bertrand juge "invraisemblable", ce commentateur, bien que chrétien, étant devenu si sceptique qu'il ne croit pas au somnambulisme inspiré). "L'esprit me saisit, dit Hermas, et m'emmena par une route non frayée, où l'homme ne pouvait marcher". Voilà un second détail fondamental. Tous les gens qui ont travaillé sur les médiums savent ce que ce passage évoque. L'auteur emploie le mot "esprit", pas Saint Esprit, et ce transport sur une route où l'homme ne peut marcher fait penser rigoureusement à un thème bien connu de l'occultisme : le voyage astral (qui n'est pas forcément nocturne mais est effectivement associé au sommeil)...

Avant de se demander pourquoi Hermas prône la continence sexuelle et quelle "stratégie" éventuelle cela peut servir comme le fait Brown, il faut savoir s'ouvrir à l'altérité antique : dans ce monde là, le voyage astral, l'interprétation initiatique des rêves, le dialogue avec les esprits etc étaient monnaie courante. On ne peut pas comprendre son rapport à sa maîtresse Rhodè sans cela, tout comme d'ailleurs on ne peut comprendre l'acte sexuel de Lucius avec son esclave thrace, qui va le transformer en âne, dans l'Ane d'Or d'Apulée sans connaître son rapport aux démons (qui lui valut de subir, dans sa vraie vie un procès en sorcellerie) et au culte sotériologique d'Isis.

Prenons donc le récit à la lettre : Hermas est sur la route de Cumes, et, en marchant, il vit un "voyage astral". L'endroit est escarpé, "déchiqueté par les eaux" nous dit le texte (les médiums connaissent le rapport du milieu aquatique aux démons). Il traverse le fleuve (ça aussi c'est initiatique), il arrive dans une plaine au sec (donc à distance des démons), là il s'agenouille et prie Dieu, et là il confesse ses péchés parmi lesquels, vu ce qu'il vient de raconter sur l'épisode du Tibre (notez au passage que cet épisode aussi était marqué par l'eau), la contemplation de la nudité partielle ou totale de sa maîtresse figure probablement.

Alors Rhodè surgit dans sa vision et lui dit qu'elle a été transportée au ciel pour dénoncer son péché et que Dieu, dans la perspective de la construction de l'église, est en colère lui. Il se défend en précisant qu'il a toujours considéré Rhodè comme une déesse (puisqu'elle était  "propriétaire" de sa personne) et comme une soeur (puisqu'ils n'ont jamais eu de rapports sexuels). Mais elle l'accuse d'avoir au moins eu un désir dans son coeur quand il l'a sortie du Tibre.

La première vision se termine. Hermas culpabilisant, désespéré, se demande comment réparer sa faute. Alors lui apparaît une vieille dame en habits resplendissants sur un siège garni de laine, blanc comme neige. Cette seconde vision est la réponse à sa question. La dame confirme sa faute, mais souligne que Dieu est irrité parce que ses enfants se sont mal conduits à l'égard du Seigneur et de leurs parents (p. 339 - des commentateurs parlent d'apostasie et de dénonciation aux autorités impériales). Elle l'encourage à raffermir sa maison, puis elle lit un texte dont Hermas ne retient que la fin qui porte sur la louange de Dieu. Quatre jeunes gens enlèvent le siège et s'en vont vers l'Orient. Elle touche la poitrine d'Hermas, lui demande ses impressions, puis deux hommes amènent la vieille vers l'Orient en la prenant par les bras. D'un air joyeux elle lui dit "sois un homme" (comme l'ange dans le martyre de Polycarpe).

L'année suivante Hermas reprend le même chemin. Et là, juste au même endroit, second voyage astral : "un esprit m'enlève" (pas l'Esprit saint...). A nouveau il voit la même femme âgée, debout cette fois, lisant un livre. Il recopie son texte sans le comprendre, puis, au bout de 15 jours de jeûne et de prières (comme Daniel), le texte révèle son sens et ses préceptes : l'abstention sexuelle avec sa femme et l'enseignement de la maîtrise de soi et la fidélité à Dieu aux autres chrétiens par la pénitence (la metanoia).

Voilà pour la troisième vision de Cumes. Hermas ne s'est jamais demandé qui était la vieille dame. En ce sens on est loin du temps où quelques siècles plus tard on jettera de l'eau bénite sur les apparitions pour être sûr qu'elles ne viennent pas du diable. Une quatrième vision vient, on ne sait plus où ni quand, probablement plus sur la route de Cumes, où un beau jeune homme lui demande s'il sait qui était cette vieille femme qui lui a communiqué ce livre. Hermas dit qu'il pense que c'était la Sibylle et le jeune homme répond qu'il fait erreur, que c'était l'Eglise.

La réponse d'Hermas était naïve. On peut penser qu'elle trahit un restant de paganisme comme le fait qu'il dise qu'il considérait sa maîtresse comme une déesse. D. Bertrand rappelle que les Juifs attribuaient déjà à la Sibylle d'avoir prophétisé sur le Messie et que le cantique Dies irae dit "David et la Sibylle l'ont annoncé". Mais à mon avis la question est bien plus compliquée que cela.

Je pense qu'il faut d'abord repasser par Virgile. Les pères de l'Eglise ont dit de lui qu'il avait entrevu la naissance de Jésus. Ce qui est certain c'est que son Enéide contient des vers très beaux sur la Sibylle. La Sibylle est à Cumes (d'où l'importance que les deux voyages astraux d'Hermas se passent sur le chemin de Cumes). Cumes est un oracle d'Apollon, comme Delphes. L'Enéide est une ode à César-Auguste qui, rappelons le, a introduit le culte grec d'Apollon à Rome, se disant lui même fils d'Apollon par un python (ou un serpent de cette famille) qui a fécondé sa mère. Tout cela se tient.

Hermas a pris la vieille femme pour une pythonisse, et il est logique qu'il ait pensé à la Sibylle à cause de Cumes et aussi parce qu'elle lisait un livre comme les livres sibyllins, et donc sa voyance passe par la graphomancie... Qu'une prêtresse d'Apollon l'incite à la chasteté ne l'a pas plus surpris que cela, ni nous non plus quand on pense que les prêtres d'Isis eux aussi étaient privés de tout droit au rapport sexuel. Le rapport  à l'au-delà et à la prophétie suppose l'abstinence dans l'Empire romain quelle que soit la religion en cause (il n'y a pas d'école tantrique, et, peut-être existe-t-il des voies isiaques ou crypto-isiaques - pensons à Astarté - ou chamaniques orgiaques, mais ça ne correspond pas aux voies religieuses prisées par les lettrés qui sont quasiment les seuls porteurs de témoignages des cultes de cette époque auxquels nous ayons accès).

Je pense que tout ce début du récit le marque d'une coloration apollinienne très forte, et donc, pourrait-on dire d'un point de vue chrétien, d'une tonalité démoniaque. On sait que dans la Cité de Dieu quand Augustin (qui d'ailleurs dialogue aussi avec Apulée) raconte que Porphyre rapportait le témoignage d'une païenne dont le mari était chrétien qui avait interrogé la Pythie à propos de Jésus laquelle lui avait répondu que le Dieu des Juifs valait mieux que lui, ce qui donnait argument à Augustin pour voir dans l' "Apollon" de Delphes un démon. Je crois qu'on est ici exactement dans la même atmosphère, en fait plus démoniaque et païenne que chrétienne, de sorte que la comparaison entre les "stratégies" littéraires d'Hermas et celles de ses successeurs autour de la sexualité n'a pas beaucoup de sens. D'ailleurs il n'est pas non plus complètement exclu que les successeurs, même s'ils sont moins marqués par l' "Arcadie" (qui est aussi potentiellement un univers démoniaque, voir l'imaginaire de Rennes-le-Château "et in Arcadia ego") ou par les vierges bucoliques, soient eux aussi potentiellement démoniaques, surtout s'il y a un culte des reliques autour des martyrs. Simplement dans une autre veine... (Et on laissera de côté la question de savoir si les voies démoniaques sont malgré tout, in fine, des voies d'accès à Dieu...)

Restons en là de nos réflexions sur Hermas pour l'instant. Il n'est pas exclu que nous soyons amenés à revenir sur ce sujet dans quelque temps...

Lire la suite

Aidons les femmes yézidies en Irak !

12 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

A l'approche de l'hiver, aidez les femmes yézidies autrefois esclaves de Daech qui vivent dans des camps en Irak.

Si vous voulez faire un geste, contactez moi, je suis en rapport avec une association qui subvient à leurs besoin sur le terrain. L'argent qu'on verse arrive directement comme le prouvent ces photos.

Aidons les femmes yézidies en Irak !
Aidons les femmes yézidies en Irak !
Aidons les femmes yézidies en Irak !
Aidons les femmes yézidies en Irak !
Lire la suite
<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 40 > >>