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Auctoritas universitaire

22 Décembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Publications et commentaires

Un professeur de sociologie m'écrit :

"Bonjour
Je suis en train d'évaluer une thèse de l'université de Montréal sur la médiumnité qui cite votre ouvrage sur les médiums, un chamanisme chez l'Harmattan.

Comme quoi , les écrits finissent par atteindre leur public.
Félicitations

Bon Noël"

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Sainte Thècle : de la Cilicie à Tarragone

19 Novembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Christophe, #Histoire des idées, #down.under

J'ai déjà parlé sur ce blog de l'arrière-grand-père de ma grand-mère paternelle, Pedro Aguilar (1819-1881), franciscain de l'ordre tertiaire. Sa  propre grand-mère Tecla Cañizar était décédée à Valjunquera (province de Teruel, dans le Bas-Aragon, à la limite de la Catalogne), en 1844, quand il avait 25 ans. Elle s'appelait donc Thècle, comme la compagne légendaire de Saint Paul, dont personnellement j'ai découvert l'existence dans les années 1990 en lisant "Le Renoncement à la Chair" de P. Brown. J'ai été surpris en l'apprenant car ce prénom était peu usité en France à la même époque. C'est un  prénom qui fait miroiter l'Aragon avec la chrétienté d'Orient.

En lisant ce texte de Valentina Calzolari, de l'université de Genève, spécialiste de l'Arménie, The Legend of St Thecla in the Armenian Tradition from Asia Minor to Tarragona through Armenia on apprend comment la spiritualité autour de Thècle s'est nourrie d'un aller-retour avec la culture arménienne. L'article raconte en effet comment Les Actes de Paul et Thècle, qui narrent la vie de la première femme martyr chrétienne, texte syriaque du IIe siècle, ont été traduits en Arménie au début du Ve siècle (l'Arménie était chrétienne depuis le début du IVe siècle). Fauste de Byzance au Ve siècle, dans son Histoire de l'Arménie, fit de Sainte Thècle la gardienne de l'orthodoxie chrétienne face à l'arianisme (une hérésie que l'Arménie, inféodée à l'Empire romain n'adopta jamais). Selon lui, en 378, quand l'empereur romain arien Flavius Valens (qui succéda à Julien l'Apostat et à Jovien) meurt, ce n'est pas entre les mains des Goths à la bataille d'Andrinople,  mais tué par St Théodore et St Serge, sur ordre d'une assemblée de martyrs à l'initiative de Ste Thècle, ce dont un sophiste fut témoin en vision dans le sanctuaire de la sainte. Ste Thècle est ainsi érigée en protectrice du Crédo de Nicée.

Il semble que l'épisode renvoie au fait qu'il y avait un sanctuaire d'incubation dédié à Ste Thècle à Séleucie au sud de l'actuelle Turquie, où, selon La vie et les  Miracles de Thècle du pseudo-Basile de Séleucie la sainte aurait vaincu le démon d'Athéna.

En 1320, Séleucie en Cilicie est dirigée par une dynastie arménienne car une communauté arménienne s'y était installée fuyant les seldjoukides. C'était un des ports où faisaient halte les marchands catalans sur le chemin de l'Orient. Grâce aux bonnes relations entre le roi arménien Oshin (4 lettres de lui sur la question sont gardées aux Archives générales de la Couronne d'Aragon à Barcelone, copie des authentiques) puis son fils Levon IV et le roi d'Aragon Jacques II, évoquent le transfert des reliques de Sainte-Thècle de Séleucie à Tarragone. Dans une lettre du 4 septembre 1319, Jacques II annonce l'arrivée prochaine en Cilicie de la mission diplomatique aragonaise, qui remettra des dons au roi arménien. Dans la seconde  du même jour, il évoque la création récente de la cathédrale de Tarragone et demande pour elle des reliques "le corps de la bienheureuse Thècle ou une partie"... pourvue que c'en soit une assez grande. Le 4 décembre 1320 le roi signale que le bras de la sainte est arrivé à Valence, et précise qu'aucune autre partie de la sainte n'a été trouvée en Cilicie ni ailleurs dans le monde. La quatrième lettre averti le prévôt de Tarragone Raymond d'Avignon de l'intronisation des reliques à la cathédrale de la ville à la Pentecôte de 1321.

Au Ve siècle il n'y avait pas de reliques ou de tombe de Ste Thècle à Séleucie. Le pseudo-Basile dit d'ailleurs qu'elle n'est jamais morte. Comment en est-on venu, demande Valentina Calzolari, à ce bras comme relique ? Un manuscrit latin du XIV s. archivé à la cathédrale de Barcelone, De Sancta Tecla Virgine, fait état d'une légende arménienne traduite en latin par un notaire du roi Oshin, Nicolas de Ray. Cette légende tardive raconte que Ste Thècle poursuivie par ses agresseurs fut hébergée dans un rocher que Dieu ouvrit pour la sauver (ce qui correspond aussi à la tradition de Maaloula en Syrie). Puis quand le patriarche de Séleucie voulut une relique, un ange le conduisit dans les montagnes et l'avant bras droit de la sainte avec sa main apparut au milieu de parfums sublimes, et le bras fut placé dans une église grecque construite pour l'occasion.

Il existe à la cathédrale de Tarragone un retable sculpté par Johan Vallfogana entre 1426 et 1436 montrant l'apparition du bras à Séleucie.

L'importance de Sainte Thècle pour Tarragone s'illustre dans cet épisode de la vie de l'archevêque Pedro Clasquier (ou Pere de Clasqueri/Pedro de Clasquerin). Alors que le roi Pierre IV d'Aragon dit le Cérémonieux réclame la propriété de la ville de Tarragone, l'archevêque s'y oppose. Le souverain dépêche des hommes de troupes sous la direction de Don Raimond Alaman. L'archevêque excommunie les usurpateurs puis s'en va prier à la l'église dédiée à la sainte. Puis Sainte Thècle apparaît au roi, le gifle, il en tombe malade et, plein de repentir, restitue alors à l'archevêque sa ville et ses biens avant d'expirer. Pedro Clasqueri, qui fut aussi patriarche d'Antioche, mourut en 1380. Pedro IV décéda le 5 janvier 1387 (source : Histoire générale d'Espagne, traduite de Juan de Ferreras par d'Hermilly, Paris, 1751, t. 5,p. 529). Il semble que l'intervention de la sainte ait été postérieure à la mort de l'archevêque.

Saint Vincent Ferrer fit une allusion à cette gifle (1350-1419) dans une lettre au roi Martin l'humain (qui régna de 1396-1410), et sa mention la plus ancienne est dans la Chronique d'Aragon du cistercien Gauberto Fabricio de Vagad. On notera que dans le récit de Vagad qu'a restitué Eduard Juncosa Bonet de l'Universidad Complutense de Madrid, le roi d'Aragon dit seulement qu'une très belle "donzelle" le gifle et que les clercs autour de lui en déduisent que c'est Ste Thècle. Amadeo-J. Soberanas (en 1965), lui, date précisément l'apparition de la sainte du 29 décembre 1386, quand le roi est déjà malade, et précise qu'elle ne le gifle que parce que lui même a tenté de la blesser.

Même dans cette gifle, on voit encore en arrière-plan le thème de sa main droite. Déjà dabs La Vie et les Miracles de Thècle elle avait giflé en magistrat d'Antioche qui l'offensait.

Dans "El Triunfo Milagroso de la Omnipotencia, en la Vida, Martyrios, y Milagros de la Esclarecida Virgen, e Invicta Prothomartyr de las Mugeres, Santa Tecla Escrivele, y le dedica a la misma Santa el Padre Iayme Vilar de la Compañia de Iesus" / Jaime Vilar (1697) p. 162 et suiv on peut lire de longues conjectures sur la mort de Ste Thèce à 90 ans, alors qu'elle serait née en l'an 29. Il affirme que Saint Paul vint évangéliser l'Espagne en 61, ce qui pourrait être 14 ans après la mort de la sainte, si, au contraire, on retient qu'elle fut martyrisée à 18 ans (en 47). Saint Paul aurait lui-même présidé à l'érection de l'église de Tarragone. Il n'hésite pas non plus à parler (p. 173) d'un sépulcre de la sainte à Séleucie sur lequel Saint Grégoire de Nazanze se serait rendu en pèlerinage.

La liste des miracles de sainte Thècle en Aragon-Catalogne que répertorie Jaime Vilar, il y a l'apparition en 1644 à la prieure du couvent de Sainte Thècle de Valence de la sainte en compagnie de la défunte Doña Isabelle de Bourbon, première épouse du roi Philippe IV, toutes deux portant des colombes à la main. Thècle lui annonce que la reine consort a atteint le paradis après trois jours de purgatoire et que le roi gagnera la guerre qui l'oppose au roi de France (qui vient de prendre Lerida). L'archevêque recommanda le silence, jusqu'à ce que Philippe IV effectivement pût reprendre Flix, Monzon et Lerida.

Elle est aussi apparue à un prêtre de son église de Tarragone et à l'évêque pour leur reprocher d'autoriser un laïc à y être enterré (p. 198).

Le mérite de l'échec des opérations françaises contre Tarragone de 1641 et 1644 fut attribué à la sainte. En 1644 elle aurait atténué l'impact des boulets français, même dans sa propre église. Le commerçant Esteban Fontanet, qui avait subi deux sévères tempêtes en deux ans, le portant au bord de la faillite, dans ses allers-retours entre Tarragone et Barcelone, se sauva d'une troisième par l'invocation de Sainte Thècle (p. 232). En 1656 trois musiciens embarqués à Barcelone pour se rendre à la fête de la sainte à Tarragone furent capturés par des maures. Ceux-ci filaient vers la Côte des Barbaresques pour les y maintenir en esclavage mais les musiciens invoquèrent la sainte et la galère royale espagnole qui passait à proximité prit en chasse leur bateau de captivité et les libéra.

En 1652 le bras de la sainte transporté en procession sur les champs mit fin à la sècheresse à Tarragone (p. 237). A  Torralba dans la province de Huesca, confrontés à la même sècherese, les habitants décidèrent d'envoyer une procession à l'église Sainte Thècle à Cervera (province de Saragosse) et obtinrent immédiatement la pluie. Le bras de Sainte Thècle à Tarragone rendit la vue à un prêtre aveugle depuis 16 ans (p. 244), ses "reliques" du couvent Sainte Thècle de Valence produisirent aussi des guérisons, un enfant d'Alcogujate (Cuenca en Castille) guérit de ses fractures après une neuvaine de ses parents dédiée à la protomartyre, etc.

Le souvenir de la sainte en Aragon est associé à un mélange de douceur et de rigueur.

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Recension de mon livre "Le complotisme protestant" dans une revue universitaire américaine

3 Novembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires, #Histoire secrète, #Christianisme

Mon livre "Le complotisme protestant contemporain : A propos d'une thèse sur la tribu de Dan" (préface Régis Dericquebourg) paru chez L'Harmattan en 2019 vient de faire l'objet d'une recension dans la revue universitaire américaine (University of California Press) Nova Religio, vol. 26, no. 2 de ce mois de novembre 2022 pp. 124–125.

Voici le début de l'article de Dirk von der Horst :

"This book performs a rhetorical analysis of the website “Mystery, Babylon The Great: Catholic or Jewish?” (https://watch.pairsite.com/mystery-babylon.html) as part of a sociological investigation of the nature of conspiracy arguments. Christophe Colera positions his argument as a sociological one both by noting the political implications of such arguments—he credits them with a role in the election of President Donald Trump—and by situating it as an element of a social “field” in the sense that the sociologist Pierre Bourdieu proposed it. The introduction provides rationales for a sociologist following the lead of Max Weber to study an obscure website with spurious factual claims and undetermined authorship. There is no evidence apart from the website itself of either “Barbara Aho” or her husband, credited as its authors. They may simply be another fictive element among the imaginings that drive the website’s narrative.

Colera is particularly interested in how a born-again Christian..." La suite gratuite ici ou payante ici

 

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Adamisme et théorie des champs morphiques

29 Octobre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur, #Histoire des idées, #Christianisme, #Spiritualités de l'amour, #Sainte-Baume

J'ai déjà évoqué sur ce blog la théorie des champs morphiques de Rupert Sheldrake, qui explique comment, lorsqu'une mésange apprend à décapsuler une bouteille de lait sur le pas du porte en Angleterre, d'autres mésanges ailleurs dans le monde vont se mettre à faire de même alors qu'elles n'ont pas réellement bénéficié d'une transmission ou d'un apprentissage. Cette théorie, qui ne cadre pas avec les cadres rigoureux de la science objectivable, permet d'expliquer pourquoi diverses inventions chez l'être humain apparaissent à divers endroits du Globe au même moment.

On a vu qu'en France dans les années 1620 à 1640 des phénomènes adamites ont été constatés dans un couvent franciscain de Louviers (avec le cordelier Pierre David) puis à Toulouse (avec le jésuite Jean de Labadie) On sait aussi que les quakers firent de même en Angleterre dans les années 1660, mais avant eux, dans ce même pays, il y eut, dans les années 1630-1640, un mouvement adamite que les Eglises chrétiennes n'identifiaient à aucun courant connu. En attestent des opuscules comme The Adamite sermon d'Obadiah Couchman (1641) ou A new sect of religion descryed, called Adamites deriving their religion from our father Adam de Samoth Yarb/ Thomas Bray (1641).

La transmission directe d'un "penchant" pour le nudisme entre des couvents catholiques et l'Angleterre anglicane ou réformée est peu probable. On peut bien sûr soutenir que les uns et les autres ont pu "baigner" dans l'ambiance de la Réforme qui a pu favoriser le Mouvement du Libre Esprit, plaisamment caricaturé d'ailleurs par l'archevêque d'Avignon (voyez Le Fouet des Paillards) - et l'on se souvient d'ailleurs de la protection accordée par Marguerite de Navarre à Poque et Quintin chez qui on voit des préfigurateurs du libertinage). Mais pourquoi est-ce que ce "Mouvement du Libre Esprit" aurait pris spécifiquement la forme de l'adamisme, c'est-à-dire un retour à la nudité qui se veut ordonné au christianisme (et non pas un mouvement pur et simple vers la débauche comme précédemment) la vague idée d'un simple "imprégnation" dans toute l'Europe d'un esprit d'innovation lié à la Réforme ne permet pas d'en rendre compte...

Si l'on admet la théorie des champs morphiques, et l'idée que le sursaut de l'adamisme dans un couvent français peut rejaillir sur des protestants dissidents en Angleterre, alors cela peut avoir de très fortes implications pour la responsabilité individuelle de chacun. Car à la fois cela signifie que les pensées et comportements de chacun d'entre nous sont profondément influencés par des représentations et phénomènes qui sont "dans l'air du temps" (et je crois qu'à la base de notions philosophiques comme Weltanschauung, epistémé, etc il y a de cela) mais aussi que chacune de nos pensées ou chacun de nos comportements, comme la première initiative de la mésange pour percer une capsule de bouteille de lait, peut avoir des résonances ailleurs dans le monde. Un peu comme un signal que l'on envoie dans la matrice culturelle humaine qui enveloppe la planète, et qui trouvera des échos les plus inattendus, sous une forme purement mimétique ou déformée par d'autres influences.

Je crois que le phénomène de renoncement au monde que décrit en ce moment Pascal Bruckner pour la période actuelle dans "Le Sacre des Pantoufles" par exemple participe aussi potentiellement d'un champ morphique, même si celui-ci peut être plus visiblement renforcé par des messages médiatiques planétaires qui n'existaient pas quand l'adamisme bourgeonnait de façon sporadique en Europe. Pour moi le culte de Marie-Madeleine au XIXe siècle qui fait que la même année (1858-59) où le RP Lacordaire écrit sur cette sainte "à qui beaucoup a été pardonné parce qu'elle a beaucoup aimé", le socialiste Pierre Leroux en exil dans La Grève de Samarez écrit à peu près le même chose. Par delà les "petits cailloux" qu'avait semé le saint-simonisme autour de Marie-Madeleine dans les années 1820-1830, il y a peut-être quelque chose qui relève des champs morphiques dans la manière spécifique dont le thème "surgit" à l'esprit de ces personnages très différents au seuil de leur vie.

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Le Fouet des Paillards

11 Octobre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme

Quelques pensées intéressantes du P. Mathurin Le Picard Le Fouet des Paillards : p. 7 emprunté à St Thomas d'Aquin : "La luxure est une paillarde et malheureuse mère, qui a engendré ces méchantes filles, savoir l'aveuglement d'esprit, une inconsidération, la haine de Dieu, la précipitation, l'inconstance, l'amour propre, une affection des choses temporelles, et un désespoir éternel". Le Picard réunit christianisme et paganisme dans sa leçon de morale(p. 13) ; "S. Chrysostome avec Plutarqie appelle ce péché de paillardise un précipice". "Le sage fait une description de la femme impudique en ces mots : la femme folle et criarde et pleine de provocation voluptueuse et qui ne sait chose quelconque".

Sur l'empire de la femme sur l'homme (dans ch 17, p. 193) - dans une vision égocentrique de l'amour - : "De même que personne ne se peut haïr, sino qu'il aie perdu l'usage de raison, aussi il ne peut vouloir mal à sa femme. Et de même que pour soi il oublie et laisse son père et sa mère, aussi fait-il pour sa femme. Ne vous étonnez pas de voir qu'une femme suffit pour faire oublier père et mère pour ce qui est chair de la chair du mari et os de ses os. Et l'apôtre a dit (Ephes 5:29) : "nemo enim umquam carnem suam odio habuit sed nutrit et fovet eam" (Car jamais personne n’a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et en prend soin )

Je dis que ce fut un artifice digne de la sagesse de Dieu, de faire d'une chair ceux entre lesquels il voulait mettre un amour semblable à celui que chacun se porte à soi-même : ainsi ce même Dieu ne pouvait trouver invention plus grande pour obliger l'âme de l'homme à l'aimer, que de la tirer comme de soi-même, et lui donner son image et ressemblance (...)

Un petit passage amusant à propos des anabaptistes qui pratiquent le communisme sexuel :

Ce Felicianus Capitonus/ Félicien Capiton, patriarche des servites, archevêque d'Avignon, mort en 1577 est auteur d'un Explicationes catholicae Locorum fere omnium veteris ac novi Testamenti, contre les hérétiques.

Une phrase encore (p. 299) "La lascivité est réfrénée lorsque les yeux sont voilés avec le bandeau de la crainte de Dieu accompagnée de la discrétion et prudence".

p. 301 une référence curieuse à St Anselme sur le fait que l'être humain est un point au milieu de la rondeur du Ciel qui ne peut échapper à son regard. Le Ciel devient un panoptikon...

Les conseils pour éviter la luxure (ch 25) : éviter la lascivité des paroles, éviter le vin, les danses (interdites dans la République de Platon p. 322), interdire aux femmes les "habits mondains", éviter l'oisiveté "maîtresse de tous les vices" p. 328).

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La vénérable Françoise de la Croix

11 Octobre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

Qui fut la vénérable Françoise de la Croix (née Simone Gaugain, fille de boucher), religieuse qui croisa sur son chemin au moins deux adamites ou supposés tels : le père David (dont Daniel Vidal dit tout le bien qu'il peut dans Critique de la raison mystique: Benoît de Canfield) à Louviers, et le père Labadie qui avait introduit des pratiques adamites à Toulouse ?

Le franciscain Hippolyte Héliot (1660-1716) dans son Dictionnaire des ordres religieux en dit ceci (p. 824 et suiv)

--- " La Mère Françoise de la Croix, fondatrice de l'ordre de la Charité de Notre-Dame, était native de Paté (Patay en Dunois) au diocèse d'Orléans et se nommait dans le monde Simone Gaugain. Ses parents étant pauvres et ne vivant que du travail de leurs mains, elle fut réduite dans sa jeunesse à garder les brebis. Mais il semble que Dieu l'avait destinée à un emploi si innocent dès ses plus tendres années, pour la sanctifier dans cet état, comme il avait fait autrefois sainte Géneviève et nous pouvons dire de cette sainte fondatrice ce qu'un habile homme de nos jours a dit de cette patronne de Paris dans un de ses éloges, que tout servait à l'instruire des plus hautes vertus du christianisme : la solitude des lieux champêtres, à se recueillir, pour écouter dans une paisible retraite la voix de son Dieu qui lui parlait cœur à cœur: la beauté de l'aurore qui est suivie d'un plus grand jour, à se donner au Seigneur dès la première pointe de sa raison, et à s'avancer sans interruption de vertus en vertus; les chiens qui gardaient son troupeau,à acquérir cette fidélité et cette vigilance nécessaires pour prévenir et surmonter les tentations la douceur de ses brebis, à conserver en toutes choses celle de l'esprit et du cœur leur obéissance et leur docilité, à se dire avec le roi-prophète C'est le Seigneur qui Me conduit, rien ne me manquera, il m'a mis dans un bon pâturage.

Notre fondatrice eut aussi dès son enfance de quoi exercer sa patience, parles mauvais traitements qu'elle recevait continuellement de sa mère, qui ne pouvait la souffrir mais madame Chau, dame de Paté, en eut compassion et voulut prendre le soin de son éducation. Etant parvenue à l'âge de faire choix d'un état, elle ne voulut point d'autre époux que Jésus-Christ elle choisit la solitude du cloître pour s'y consacrer à Dieu par des vœux solennels, et, le cœur pénétré de tendresse et de compassion envers les pauvres et les misérables qui sont les membres de Jésus-Christ, voyant que la fortune ne l'avait pas avantagée de ses biens pour les en taire participants, et avait par ce moyen mis des bornes à son immense charité, elle voulut s'employer toute sa vie à les soulager dans leurs maladies, à les servir dans les emplois les plus bas et les plus humiliants et s'y engager par vœu. Dieu, à la vérité, voulait qu'elle fût religieuse hospitalière mais comme il la destinait pour être la fondatrice d'un ordre nouveau de religieuses hospitalières, il ne permit pas qu'elle fit profession dans le monastère où elle prit l'habit de religion. On y exerçait l'hospitalité envers les malades et cet établissement avait été fait par les religieux réformés du tiers ordre de Saint-François de la congrégation de France. Il avait été soumis à leur juridiction par une bulle du pape Paul V, autorisée par lettres patentes de Louis XIII, qui furent vérifiées au parlement de Normandie, et ils avaient obtenu le consentement de l'ordinaire. Deux religieuses du monastère de Sainte-Elisabeth, à Paris, du même ordre, y avaient été envoyées pour conduire treize ou quatorze filles et veuves, du nombre desquelles était la mère Françoise de la Croix, que l'on y avait reçues à l'habit et qui se soumirent à ces religieuses de Paris, qu'elles reconnurent pour supérieures, et elles pratiquèrent pendant cinq ou six mois, avec beaucoup d'exactitude et de ferveur, les observances de l'ordre. Mais quelques personnes qui s'étaient introduites dans l'administration des affaires temporelles de ce monastère, dès le commencement de sa fondation, sous divers prétextes, renversèrent le bon ordre qui y avait été établi. Les biens temporels furent en partie dissipés par leur mauvaise conduite. Ils voulurent aussi se mêler du spirituel. ils déposèrent la supérieure et sa compagne de leurs offices, les enfermèrent dans une étroite prison, mirent la Mère Françoise, quoique novice, pour supérieure, voulurent introduire dans cette maison des religieux hospitaliers avec les hospitalières, changèrent toutes les observances régulières, firent de nouveaux règlements qu'ils firent approuver par le pape et par l'évêque, s'attribuèrent par ce moyen l'autorité qui avait été donnée aux religieux du tiers ordre sur ce monastère, de laquelle ils s'emparèrent par violence et enfin ils commirent tant de désordres et de scandales dans ce monastère que les plaintes en ayant été portées aux tribunaux de la justice séculière, elle en prit connaissance. L'un des auteurs des désordres et de la division de ce monastère fut déterré après sa mort, et son cadavre fut jeté dans le même feu où un autre fut brûlé vif, ayant été convaincu de magie et de sortilèges.

Ce ne fut que quelques années après l'établissement de ce monastère que ces désordres éclatèrent. La mère Françoise de la Croix, qui, comme nous avons dit, avait été mise supérieure quoique novice, s'aperçut bientôt qu'on l'avait trompée lorsqu'on lui avait fait donner son consentement pour cette supériorité, et lorsqu'elle vit les mauvais traitements que l'on exerçait envers les religieuses qui étaient venues de Paris, pour établir la régularité dans ce monastère. Comme elle avait beaucoup d'esprit et de discernement, elle vit bien que le zèle affecté du directeur de ce monastère, qui s'en était rendu entièrement le maître du consentement de l'évêque d'Evreux qu'il avait trompé, n'était qu'hypocrisie, et qu'il enseignait déjà à ces religieuses, une infâme hérésie que Molinos a renouvelée dans la suite. Quelle apparence que la Mère Françoise de la Croix restât dans ce monastère ! Toute autre que cette fondatrice voyant ces désordres dans un lieu où devait régner la sainteté, se serait dégoûtée de son état. Mais fidèle aux grâces qu'elle avait reçues de Dieu, elle se souvint de sa parole et de son engagement, et comme elle s'était donnée à lui de bonne heure, elle voulut y demeurer inviolablement attachée par des liens indissolubles. Elle affermit la vocation chancelante de trois ou quatre novices, elle les exhorta à la persévérance, et sans se dépouiller des livrées de l'humble saint François, dont elles étaient revêtues, elles quittèrent ce monastère où elles n'avaient pas encore fait profession, et vinrent se réfugier à Paris. Elles demeurèrent au faubourg Saint-Germain, vivant des aumônes que quelques personnes charitables leur procurèrent. Elles ne portaient de leur maison que pour aller l'église, pu pour exercer la charité envers leur prochain, principalement envers les malades, et sous la conduite du R. P. Rabac, religieux Récollet. Elles gardaient exactement les observances régulières qui se pratiquaient dans leur monastère, lorsque la discipline régulière y était dans toute sa vigueur.

Leur réputation se répandit bientôt dans Paris. Les religieux de l' ordre de Saint-Jean de Dieu, que l'on nomme en France les Frères de la Charité, y avaient été établis dès l'an 1601 .Ils s'obligent par un quatrième vœu de servir les pauvres malades; mais leurs hôpitaux ne sont destinés que pour les hommes. La Mère Françoise de la Croix, conçut le dessein de fonder une congrégation d'hospitalières qui n'assisteraient aussi et ne recevraient dans leurs hôpitaux, que les filles et les femmes malades, qui n'auraient d'autre exercice que cet office de charité et qu'elles en feraient un vœu particulier. Le monastère qu'elle avait quitté et où elle avait pris l'habit, était à la vérité de religieuses Hospitalières qui faisaient aussi vœu d'hospitalité; mais leur hôpital était indifféremment pour les hommes et les femmes, de même que celui de l'Hôtel-Dieu de Paris; et il n'y en avait point encore dans cette capitale de France, qui fût uniquement destiné pour des femmes. C'est ce qui fit donc concevoir à la mère Françoise de la Croix, le dessein de fonder une nouvelle congrégation, dans laquelle les religieuses, s'engageraient par vœu de servir les femmes malades. Ses compagnes, qui n'avaient pas moins de charité qu'elle, y consentirent volontiers. Plusieurs personnes de piété approuvèrent un si louable dessein, et voulurent même contribuer par leurs libéralités et leurs aumônes à l'érection de cette congrégation. Mais il fallut essuyer bien des peines et des travaux pour parvenir à l'exécution de ce dessein, et la fondatrice eut à surmonter beaucoup de difficultés qui s'y opposèrent d'abord, tant par rapport à la permission de l'archevêque de Paris, et de l'abbé de Saint-Germain des Prés, qu'elle ne pouvait obtenir; que par rapport à leur demeure, que cette fondatrice voulait établir au faubourg Saint Germain, dans la rue du Colombier. Mais établissement se fit enfin dans la ville, et la reine Anne d'Autriche, ayant bien voulu le favoriser de sa protection, elle obtint les permissions nécessaires de Jean-François de Gondy, premier archevêque de Paris, pour commencer cette congrégation. La Mère Françoise de la Croix acheta une maison près des Minimes de la place Royale, où elle alla demeurer avec ses compagnes et ce fut l'an 1624, qu'elle y jeta les fondements de son ordre, auquel on a donné le nom de religieuses Hospitalières de la Charité de Notre-Dame. Elles obtinrent au mois de janvier de l'année suivante, du roi Louis XIII, des lettres patentes pour leur établissement, sous ce titre, qui leur fut aussi conservé par la cour du parlement de Paris; lorsque ces mêmes lettres y furent vérifiée le 15' mai 1627.

Madeleine Brulart, veuve de M. Faure maître d'hôtel ordinaire du roi, s'étant déclarée fondatrice de ce premier hôpital, donna pour cet effet une grande maison qui était auprès, afin d'en agrandir les bâtiments. L'archevêque de Paris, par son ordonnance du 9 juin 1628, y établit ces religieuses Elles en prirent possession le douzième du même mois, et elles obtinrent des lettres d'amortissement au mois d'août de l'année suivante, qui furent vérifiées en la chambre des comptes le'19 septembre de la même année. jusque-là la Mère Françoise et ses compagnes avaient différé à faire leur profession mais se voyant en possession do leur maison de la place Royale, elles prononcèrent leurs vœux solennels, le 24 juin de l'année suivante 1629, fête de saint Jean-Baptiste.

Comme par le contrat de fondation, passé entre ces religieuses et madame Faure, il avait été stipulé que sur le frontispice du bâtiment que l'en ferait, pour marque perpétuelle de l'usage auquel cette maison est destinée, on mettrait une table de marbre, sur laquelle seraient gravés ces mois en gros caractères L'HOPITAL DE LA CHARITÉ DE NOTRE-DAME; les religieuses ayant achevé leur bâtiment en 1631, firent graver ce titre sur le frontispice, suivant les termes de la fondation mais les frères de la Charité présentèrent requête au parlement, pour qu'il plût à la cour ordonner la suppression de ce litre et de cette inscription, et faire défense aux religieuses de prendre la qualité de religieuses hospitalières de la Charité de Notre-Dame. Parmi les plaidoyers de M. le Maître, il s'en trouve un pour madame Faure qui intervint dans cette cause comme fondatrice de cet hôpital, et qui demandait que ce litre fût conservé aux religieuses. Les frères de la Charité ayant jugé que leur cause ne serait pas favorable, si elle était plaidée dans une audience trouvèrent moyen d'en faire un procès par écrit, dans lequel le plaidoyer de M. le Maître fut produit mais n'en ayant pas poursuivi le jugement, cette contestation est demeurée indécise, et les religieuses dont nous parlons,-ont toujours conservé le titre d'Hospitalières de Notre-Dame.

La ville de la Rochelle ayant été soumise au roi Louis XIII, l'an 1628, elle demanda de ces religieuses, qui y furent faire un second établissement, et la même année elles en firent un troisième à Paris, ayant acheté au faubourg Saint-Antoine le lieu appelé la Roquette, et par corruption la Raquette, qui avait appartenu à la duchesse de Mercœur. Ce lieu est vaste et d'une grande, étendue, ayant plus de cent arpents d'enclos elles y ont toujours eu des malades, et tour à tour les religieuses de la place Royale y allaient pour en avoir soin, et en même temps pour y prendre l'air, ces deux maisons ne faisant qu'une même communanté ce qui a duré jusqu'en l'an 1690, que le nombre des religieuses de ces deux maisons étant de plus de quatre-vingts, elles furent entièrement séparées, et les biens partagés. Les religieuses eurent le choix d'opter l'une de ces maisons; et depuis ce temps, il ne leur a plus été permis de sortir pour aller de l'un à l'autre de ces deux hôpitaux qui présentement n'ont rien de commun entre eux. La Mère Françoise de la Croix fit un quatrième établissement, l'an 1629, à Pâté, Heu de sa naissance; et il s'en est fait d'autres dans la suite, comme à Toulouse, à Béziers, à Bourg en Bresse, à Pézénas, à SaintEtienne en Forez, à Albi, à Gaillac et à Limoux.

Ce ne fut pas sans mystère que cette fondatrice reçut le nom de François de la Croix, lorsqu'on lui donna l'habit de religion. Ce fût un effet de la Providence qui permit que ce nom lui fût imposé comme devant être fille de la croix et participer aux afflictions et à la patience de Jésus-Christ. Les heureux progrès que l'ordre des religieuses Hospitalières de la Charité de Notre-Dame fit dans son commencement, étaient une marque que cet ouvrage n'était point un ouvrage des hommes, mais bien l'ouvrage de Dieu qui s'était servi de la Mère Françoise de la Croix pour exécutée ses volontés; l'on peut croire qu'il les lui avait communiquées dans ses oraisons, puisque ce fut aussi dans ses oraisons qu'il lui fit découvrir jusqu'aux plus secrètes pensées de quelques-unes de ses religieuses et de plusieurs personnes de dehors qui la venaient consulter comme une personne d'une éminente vertu et très-capable de leur servir de guide dans le chemin du salut mais le démon, qui voyait le grand nombre d'âmes qu'elle lui enlevait, déploya contre elle toute sa rage-

Ce fut l'an 1643 que les désordres du monastère où la Mère Françoise avait été supérieure, quoique novice, et qu'elle avait quitté, comme nous avons dit, éclatèrent. Il y avait déjà longtemps que plusieurs religieuses se trouvaient possédées du malin esprit, par le ministère tant du premier directeur de ce monastère et de celui qui lui avait succédé dans cet emploi, tous deux magiciens, que par le ministère d'une autre magicienne qu'ils avaient fait recevoir dans ce monastère en qualité de sœur converse. L'évêque d'Evreux, François de Péricard, y alla pour faire les exorcismes; et les démons ayant déclaré qu'ils n'étaient entrés dans les corps de ces religieuses qu'à la sollicitation de ces magiciens et de cette magicienne, ce qu'elle avoua, il ordonna, par une sentence du 12 mars 1643, que le corps de ce dernier directeur qui était mort l'année précédente, et qui avait été enterré dans l'église des religieuses, serait déterré et porté dans un lieu profane, et que la sœur converse serait dépouillée de l'habit de religion, revêtue d'habits séculiers, et enfermée pour le reste de ses jours, dans les cachots des prisons ecclésiastiques de l'officialité. Le parlement de Rouen ayant pris connaissance de cette exhumation, fit de nouvelles informations dans le monastère, et, par un arrêt dû 21 août 1647, toutes les chambres assemblées, il ordonna que le cadavre de ce magicien qui avait été déterré et un autre prêtre aussi magicien complice de ses crimes, seraient trainés sur la claie, pour être, ledit prêtre brûlé vif, après avoir fait amende honorable, et le cadavre de l'autre magicien jeté dans le même feu. Et le même arrêt portait que la Mère Françoise de la Croix, ci-devant supérieure de ce monastère serait prise et appréhendée au corps, amenée et constituée prisonnière en la conciergerie du palais, pour être interrogée sur les charges portées contre elle par les informations, le jugement de la sœur converse différé.

C'était cette infâme magicienne qui avait accusé la Mère Françoise, comme complice de ses crimes, disant qu'elle n'avait rien fait que de concert avec elle; que sa dévotion n'était qu'hypocrisie, et qu'elle s'en était fait un art, pour plus finement tromper le peuple et imposer à ses religieuses. Mais il n'y a personne qui soit à l'abri de la calomnie. Les bons peuvent être accusés de crimes aussi bien que les méchants; et comme c’est une marque d'innocence d'être absous, l'arrêt d'absolution qui fut prononcé en faveur de la Mère Françoise de la Croix, et les éloges que l'on donna dans la suite à sa vertu, sont des preuves convaincantes de son innocence. Mais que n'eut-elle pas à souffrir auparavant que l'on en vint à la justification! on l'enlève de son monastères pour la faire comparaître devant les juges, une foule de peuple accourt de toutes parts pour la voir. Chacun la montre au doigt comme une sorcière et une magicienne les huées et les clameurs recommencent lorsqu'après les interrogatoires on la reconduit à son monastère. Chaque fois qu'on la conduit devant les juges, ce sont de nouveaux affronts qu'elle a à souffrir, et l'on crie de tous côtés qu'i! faut détruire ses monastères. De la part des religieuses, ce ne sont que cris et lamentations. Chaque fois qu'on enlève leur chère Mère, elles croient que c'est pour la dernière fois qu'elles la verront elles lui disent le dernier adieu, et elles attendent le moment qu'on leur vienne annoncer sa condamnation. Car les ennemis de ces religieuses, non contents de leur faire un détail des crimes les plus atroces dont ils noircissaient la réputation de la fondatrice, donnaient à des colporteurs des libelles contre elle, et avaient soin de les avertir de les aller crier à la porte, du monastère. Tous les jours il en avait de nouveaux, et tous les jours Paris retentissait du nom de la Mère Françoise de la Croix, avec ces infâmes épithètes de sorcière et de magicienne. Enfin la misérable qui avait accusé la Mère Françoise fut encore condamnée à une prison perpétuelle où elle a fini ses jours, et la fondatrice fut pleinement justifiée. Son innocence fut regardée comme l'or purifié dans le feu comme un grand arbre affermi par l'agitation et la violence, et comme un flambeau que le vent a rendu plus allumé. Elle était supérieure lorsque l'on forma l'accusation contre elle, e! l'archevêque de Paris en mit une autre par commission. Le temps de l'élection étant arrivé la fondatrice aurait pu être continuée dans la supériorité; mais elle aima mieux obéir que de commander. Elle redoubla sa charité envers les malades, ses oraisons furent plus fréquentes; et enfin, chargée d'années et de mérites devant Dieu, elle mourut le 14 octobre 1655. Son corps fut enterré dans l'église de son monastère de la place Royale, et l'abbé Gobelin, qui en était supérieur, prononça son oraison funèbre.

Les constitutions de ces religieuses Hospitalières leur furent données par l'archevêque de Paris, Jean-François de Gondy, qui les approuva par un acte du 20 juillet 1628. Par un autre acte du 28 du même mois, il accorda six ans à ces religieuses pour voir et pour remarquer si dans la pratique elles trouveraient quelque chose qui fût difficile à exécuter et qui fût incompatible avec leurs autres exercices. Le changement le plus considérable que l'on y fit, fut que l'on retrancha le grand office, afin que les religieuses eussent plus de loisir pour servir les malades; les autres changements furent de peu de conséquence; et en cet état elles furent derechef approuvées par le même prélat, le 12 novembre 1634, après avoir été aussi approuvées par le pape Urbain VIII, dès le 10 décembre 1633, et conformément au bref de Sa Sainteté qui ne les avait approuvées qu'au cas qu'il n'y eût rien de contraire au concile de Trente. Elles furent examinées par les RR. PP. Etienne Binet, provincial des PP. de la compagnie de Jésus de la province de France; Antoine Vigier, recteur des PP. de la doctrine chrétienne, et 1M. Vincent de Paul, supérieur des prêtres de la Mission, qui, par un acte du 13 février 1635, déclarèrent qu'il n'y avait rien de contraire au concile de Trente. Ces religieuses ayant eu une maison dès l'an 1628, à la Pochette, comme nous avons déjà dit, l'évêque de Saintes, sous la juridiction duquel cette ville était pour lors, approuva ces mêmes constitutions pour les religieuses de cet ordre établies dans son diocèse, révoquant, par son ordonnance du 10 décembre 1636 les constitutions qu'il pouvait leur avoir données, et qui n'étaient pas conformes à celles-ci, qui sont observées dans tous les monastères de l'ordre, excepté dans celui de la Raquette, à Paris, qui en a reçu d'autres qui n'ont pas encore été approuvées par le saint-siége.

Quoique ces religieuses aient quitté la troisième règle de saint François pour prendre celle de saint Augustin, elles se reconnaissent néanmoins toujours filles de saint François, qu'elles appellent leur Père,comme il est marque dans la formule de leurs vœux qui est conçue en ces termes Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et en l'honneur de la glorieuse vierge Marie sa sainte Mère, et de nos BB. Pères et patrons saint Augustin et saint François, je me voue et promets à Dieu entre vos mains, Monseigneur l'illustrissime et révérendissime archevêque ou évêque, de mon supérieur de ce monastère et hôpital, et en la présence de vous, ma révérende Mère et prieure, pauvreté, chasteté et obéissance, et m'emploierai toute ma vie à exercer l’hospitalité, servant les pauvres filles et femmes malades dans nos hôpitaux, et gardant la clôture convenable à nos couvents et hôpitaux, selon les constitutions d'icelui ordre, faites et à nous données par le révérendissime Père en Dieu, M. Jean François de Gondy, archevêque de Paris, etc. II est aussi marqué dans le chapitre 1" de leurs constitutions qu'elles feront tous les jours mémoire à vêpres et à matines do saint Augustin et de saint François, et qu'elles célébreront leurs fêtes de première classe, et au chapitre 17, qu'elles diront le petit office de Notre-Dame tous les jours au chœur, en basse psalmodie, et au ton de l'ordre réformé de Saint-François d'Assise. Tout se ressentait de la pauvreté de saint François au commencement de l'établissement de cet ordre, car elles ne mangeaient que dans la vaisselle de terre, les assiettes et les cuillers n'étaient que de bois, les pots et les tasses de grès, comme il est ordonné au chapitre 10 de la troisième partie de ces constitutions. Leur habit doit être gris, de drap ou de serge. Elles peuvent porter des chemises de toile de chanvre, excepté les trois derniers jours de la semaine sainte qu'elles ne doivent avoir que des chemises de serge, et marcher nu-pieds. Elles prennent aussi la discipline ces trois jours, toutes les veilles des fêtes de la Vierge, de saint Augustin, de saint François d'Assise, et tous les vendredis de l'année. Deux fois le jour elles font oraison mentale, et elles gardent le silence depuis neuf heures du soir jusqu'à cinq heures du matin, et depuis une heure après midi jusqu'à deux heures excepté dans l'hôpital, où il est permis de parler. Elles font abstinence tous les mercredis et outre les jeûnes ordonnés par l'Eglise, elles jeûnent encore les veilles des fêtes de NotreDame, de saint Augustin et de saint Francois d'Assise.

Quant aux malades, elles ne peuvent recevoir dans leurs hôpitaux aucun homme; mais seulement les filles et les femmes qui n'ont point de maladies incurables. Elles ne doivent point recevoir de femmes grosses d'enfant, ni qui aient des maladies pestilentielles, comme peste, flux de sang, petite vérole chancre teigne épidémie, folie, mal caduc, écrouelles et mal que l'on appelle feu de Saint-Antoine ou feu sacre, et cet article est essentiel à leur institut. Elles ne doivent point aussi recevoir d'hérétiques qu'après qu'elles auront abjuré leurs hérésies.

Nous avons dit ci-dessus que l'habillement de ces religieuses est gris, et quoique par les constitutions il doive être de drap en hiver, néanmoins dans la plupart des monastères de cet ordre elles ne portent que de la serge de gris de More, tant en hiver qu'en été leur robe doit être ceinte d'un cordon blanc à trois nœuds, et lorsqu'elles vont à la communion et dans les cérémonies, elles ont un manteau de la couleur de leur habit, attaché par-dessus là guimpe avec un morceau de bois. Quoiqu'aussi dans les constitutions il ne soit point parlé de scapulaire, elles en portent. néanmoins un de serge blanche dessus leur robe, ce qui s'observe dans tous les monastères de l'ordre, excepté dans celui de Paté. Les armes de cet ordre sont un cœur chargé de trois larmes, enfermé dans une couronne d'épines

Ce que j'ai dit de la Mère Françoise de la Croix, fondatrice de cet ordre, je l'ai appris en partie de plusieurs anciennes religieuses qui ont reçu de ses mains l'habit de religion, et qui ont vécu du temps avec elle. On peut consulter le livre intitulé La Piété affligée, imprimé à Rouen en 1651 pour la première fois, où l'on voit l'histoire des désordres arrivés dans le monastère dont elle fut supérieure étant novice, et l'arrêt du parlement de Rouen contre les magiciens, auteurs de ces désordres. 11 est fait mention de cet ordre de la Charité de Notre-Dame dans les Antiquités de Paris, par Malingre, page 668, et dans les plaidoyers de M. le Maître page 234."----------

Il existe une Vie de Françoise de la Croix publiée en 1745, rédigée par un certain M. Pin. ll y explique notamment (p. 21-22) que la veuve Hennequin, de la paroisse de Saint-Jean-de-Grève à Paris, fondatrice du couvent de Louviers avait adopté Simone Gaugain (François de la Croix) après être allée la voir à Pathé. Comment la veuve, avec Simone, les "filles du sieur Caron" et le père Pierre David ont loué une maison à Louviers. Puis en 1617, le père Vincent de Paris, un franciscain, s'y rendit et leur donna "une année d'espèce de probation en habit séculier, l'habit de religieuses tandis que d'autres filles s'étaient jointes à elles. Deux religieuses de Ste Elisabeth de Paris avaient aussi accompagné le P. Vincent (Mussart) pour rejoindre la congrégation pour les diriger en en faisant un simple couvent du tiers-ordre, ce à quoi Françoise s'opposa, car elle voulait qu'on fondât deux couvents et deux hôpitaux. La querelle qui opposa les réformés du tiers-ordre de Saint-François de la communauté de Picpus à ceux qui suivaient la règle de St Augustin donna lieu à un arrêt du parlement de Normandie, à un recours au pape, et permit à David, expliquera Lucien Barbe, dans le Bulletin de la Société d'études diverses de l'arrondissement de Louviers du 1e janvier 1898 p. 117 de passer sous le joug plus doux de l'évêque d'Evreux. Françoise fera office de mère supérieure en 1622, mais elle part peu de temps après, explique Barbe, et c'est à partir de 1625 grâce à une nouvelle donation que David donne une toute nouvelle orientation au couvent. Si Magdelaine Bavent n'est entrée au couvent qu'en 1623 à 21 ans comme l'indique sa fiche Wikipedia, cela exonèrerait la soeur Françoise de toute participation aux désordres "adamites" du couvent. Le fait n'était en tout cas pas si évident aux yeux des autorités judiciaires qui finirent par l'interroger.

Un passage étrange de l'opuscule "L'innocence opprimée", indique : "Je ne dirai point, ce qui n’est que trop connu, que la jeune supérieure du couvent était bien souvent, et quand il lui plaisait, levée de terre jusqu’à la hauteur de pied et demi, voire même deux pieds, et qu’elle affectait de paraitre en cet état devant le monde, afin de pouvoir par une chose si extraordinaire passer déjà pour quelque sainte "...

Contrairement à ce qu'indique le site en question, il ne s'agit pas là de marques "d'hystérie" mais de capacités de lévitation associées à la sainteté, qui, cependant pouvaient sembler suspectes car la possession démoniaque en conférait de pareilles. C'est un aspect à creuser.

Mais n'est-ce pas une confusion avec ce que Boscroger (p. 146) prête aux extases diaboliques de soeur Anne de la Nativité après le départ de soeur Françoise de la Croix ?

 

 

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La possession de Louviers - histoire d'un couvent adamite

20 Septembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Histoire secrète, #Christianisme

Un livre intitulé "La Piété affligée", imprimé à Rouen en 1651 , raconte d'un façon très détaillée une affaire de possession au couvent franciscain Saint-Louis de Louviers. L’auteur, le révérend père Esprit de Bosroger, provincial des RR. PP. capucins de la province de Normandie, prouve, dans 450 pages in-octavo, par de nombreuses citations des Ecritures, par des procès-verbaux rédigés par Péricard, évêque d’Evreux, par de Montechal, archevêque de Toulouse, par des chanoines de Paris, par des docteurs en théologie, la possibilité et la véracité du fait de la possession des religieuses de Saint-Louis. Le procès-verbal de l'archevêque de Toulouse, du 10 septembre 1640,  se termine par : « Enfin, nous aurions tous » jugé, d’un commun avis, en nos consciences, que lesdites filles sont les unes et les autres vraiment possédées et maléficiées. Fait à Louviers, ce jeudi, etc., etc. » Le curé du Mesnil-Jourdain, nommé Picard, et un vicaire de l’église de Louviers, nommé Boullé, furent accusés d'être les auteurs de ces maléfices. Alors l’un d’eux était mort, c’était Picard. L’évêque d’Evreux ordonna que son cadavre fût exhumé de l’église Saint-Louis et jeté dans un puits connu sous le nom de Puits Cornier. Une religieuse déclara « qu’étant possédée, elle fut beaucoup soulagée depuis l'exhumation. » Le cardinal Mazarin lui-même adressa une lettre de congratulation à l’évêque d’Evreux. « Monsieur, M. l’archevêque de Toulouse nous a fait une si avantageuse relation de votre conduite en l’affaire des religieuses de Louviers, qu’elle a beaucoup augmenté l’opinion que nous avions du soin et du zèle que vous apportez à faire les fonctions de votre charge. Pour moi, qui fais profession d’honorer le mérite, et qui ne lui ai jamais refusé mon témoignage, vous devez croire que je ne manquerai point de faire valoir le vôtre auprès de sa majesté, et de rechercher les occasions qui me donneront lieu de vous faire paraître, que vous estimant beaucoup il est impossible que je ne sois passionnément, monsieur, Votre affectionné serviteur , Le cardinal Mazarin. Paris, le 21 septembre 1643. » (Le fripon Mazarin protégea les fripons" allait dire Michelet - Oeuvre T. 38 p. 578)

La famille du curé Picard attaqua devant les tribunaux l’évêque d’Evreux. Une religieuse, nommée Madeleine Bavent, joua un rôle important dans l’instruction judiciaire qui eut lieu devant Routier, lieutenant criminel du Pont-de-l’Arche. "Ses déclarations sont le produit de l’imagination la plus déréglée et la plus bizarre, écrira en 1834 M. Philippe, qui se présente comme un membre de plusieurs sociétés savantes de l'Eure, sans doute inspiré par Floquet. Au récit de profanations de toute espèce, vint se mêler celui de scènes ridicules et grotesques. De bons bourgeois de Louviers furent entendus comme témoins : les uns avaient été au sabbat, les autres avaient refusé d’y aller. Un homme de bien, suivant le style de l’enquête, aperçut un grand et vilain personnage noir, qui s’entretenait avec Picard et Boullé, et qui disparut comme une vapeur au moment où il mettait le pied dans la chambre..." Le dénouement de tout cela fut une sentence de mort. Le 21 août 1647, le parlement de Rouen déclara Picard et Boullé sorciers et magiciens, condamna Boullé à être brûlé vif sur la place du marché de Rouen (ce qui fut exécuté ), et ordonna que le corps de Picard fût livré au bourreau pour être placé sur le bûcher, et que leurs cendres fussent jetées au vent. Le provincial des capucins Esprit de Bosroger (ou Boscroger), qui rapporte cet arrêt, appelle les conseiller au parlement de Rouen : les dieux de la province.

Michelet s'est penché en1862 (28 ans après M. Philippe) sur cette sombre affaire dans "La Sorcière" (ch VIII). Reprenant le livre du prêtre oratorien Charles Desmarets (1602-1675) qui l'avait confessée en 1647 à la conciergerie du Palais de Rouen, il y fait le portrait du personnage central de Madeleine Bavent, née en 1607 (ou 1602 ?) à Rouen (son père tenait une boutique de grossiers rue Ecuyère). Orpheline de ses deux parents à neuf ans, apprentie couturière à douze, chez "dame Anne" (qui en avait six autres). Elle fabriquait des vêtements pour les religieux. Son confesseur est un franciscain, frère Bontemps. Il a déjà trois jeunes filles sous son aile qu'il dit pouvoir mener au sabbat et marier au diable Dagon sous la forme d'un jeune homme (avec le secours d'un peu de belladone et autres breuvages, souligne Michelet). Madeleine, qui a quatorze ans, sera la quatrième. Elle est dévôte de Saint-François.

Notons que Madeleine n'a pas le souvenir de ces choses. dans sa confession elle dit que si elle a avoué avoir participé à ces sabbats, c'est uniquement parce que c'est ce qui se disait d'elle au couvent... Elle précise même que son confesseur d'alors, le père Feuillant, a démenti le fait, et reconnait n'avoir gardé aucun souvenir physique de ce Bontemps (sa couleur de cheveux, de peau etc). Elle en appelle au témoignage des voisins de Dame Anne pour démontrer sa bonne moralité de l'époque. Pour elle, les soeurs l'ont chargée pour en faire l'autrice des sortilèges (puisqu'elle était censée être déjà sorcière), alors que le couvent était déjà infesté à son entrée. A preuve, dit-elle, Charlotte Pigeon entrée avant Madeleine ("il y a 28 ans"), puis une seconde fois pour huit jours seulement à 21 ans et qui y fut aussi possédée les deux fois. Pourquoi Michelet fait-il l'impasse sur le démenti de la religieuse ?

Peut-être parce que le démenti n'est pas très crédible. Une notice biographique en préface parue en 1878 rappelle qu'elle a avoué devant ses juges sa débauche avec Bontemps.

Justement, vient de se créer à Louviers un couvent fondé, d'après Dibon (Essai historique sur Louviers) par la veuve d'un procureur pendu en 1622 pour escroquerie. Son directeur est le curé David, homme à la démarche grave selon Boscroger et à la barbe négligée, qui a une bonne réputation à Paris (il est confesseur des dames de la paroisse de Saint Jean-en-Grève, près de l'actuel Hôtel de Ville de Paris) Michelet le considère comme un illuminé,moliniste avant Molinos... David a publié un livre contre les couvents corrompus : "Le fouet des paillards" nous dit Michelet. En fait il confond (et ce n'est pas la seule ineptie que Michelet écrit. Ce livre a pour auteur Mathurin Le Picard, cet ouvrage accessible sur Google Book qui figurait au registre de vente à l'Hôtel Drouot de 1881 a été publié en 1623 et non avant l'entrée de Madeleine au cloître comme le prétend Michelet. Madeleine précise que David qui fut son confesseur leur faisait lire "Le livre de la Volonté de Dieu". Cet ouvrage avait été publié par William Fitch (1562-1610), plus connu sous son nom de capucin, Benoît de Canfield ou encore Benoît l’Anglais. Ce livre circulait dans les monastère sous forme de cahiers recopiés. Benoît allait le publier qu'en 1608. Le titre indiquait la visée de l’auteur de proposer un chemin spirituel menant à la perfection de la vie chrétienne par l’observance d’une règle unique et simple : faire la volonté de Dieu. Les deux premières parties, en effet, donnaient un enseignement sur la vie active et contemplative qui voulait mener l’âme progressivement, par degrés, jusqu’à la perfection de la vie chrétienne. Saint François de Sales les faisait lire aux visitandines de Grenoble. Saint Vincent de Paul aussi allait les faire lire dans sa congrégation. Mais la troisième partie laissait penser que la perfection de l’union avec Dieu résiderait davantage dans l’expérience extatique et que dans l’humble accomplissement de la volonté du Créateur.

C'était l'unique règle au couvent de Louviers, nous dit-on. ("On sait alors que, 'derrière' les accusations d'endiablement, c'est bien à la spiritualité camfeldienne que l'on s'attaque" allait écrire Daniel Vidal dans Jean de Labadie, 1610-1674: passion mystique et esprit de Réforme p. 28)

La notice biographique de 1878 ajoute comme ouvrages "La Perle évangélique" (ouvrage christocentrique écrit par une béguine flamande un siècle plus tôt, imprégné de pré-quiétisme, qui avait été notamment central dans la spiritualité de Berulle), "Le Thrésor caché dans le Champ" (peut-être "Le livre des tesmoignages du thrésor caché au champ" paru en 1575 ?), la "Théologie germanique" (réédité par Paquier en 1928 sous le titre "Le livre de la Vie Parfaite). A priori rien de réellement sulfureux.

Mais David était adamite : il croyait à la pureté de l'humanité, et prônait la nudité en public, dit Michelet. Madeleine rapporte ainsi sa théorie (p. 9) : " Il disait qu'il fallait faire mourir le péché par le péché, pour rentrer en innocence, et ressembler à nos premiers parents, qui étaient sans aucune honte de leur nudité devant leur première coulpe".

Esprit de Bosroger présentera ainsi sa doctrine : il enseignait "que le péché n'était pas au corps, ni aux actions corporelles, mais au discernement de la prudence humaine, et que celui qui discernait, était maudit, et damné selon les apôtres, que la pudeur des filles était une erreur ; qui ne sait, disait ce vilain, que la nudité est l'apanage de la vraie innocence, il faut donc mortifier la honte, et la crainte naturelle sans aucune exception : car pour peu qu'on ne voie point péché, il n'y en aura pas, parce que l'esprit intimement uni à Dieu de pèche jamais" (p. 52). Il prétendra pour sa part que seulement 3 ou 4 nonnes suivront ses préceptes, et il assure qu'à la mort de David l'évêque d'Evreux se rendit sur place et remit les esprits des nonnes en ordre. Selon lui le discours adamite n'avait pas donné lieu à des réalisations et il serait resté sans lendemain si le tandem Picard-Bavent n'avait répandu des charmes ensuite dans le couvent.

"Dociles à ses leçons, écrit au contraire  Michelet qui se fonde sur la confession de Madeleine, les religieuses du cloître de Louviers, pour dompter et humilier les novices, les rompre à l'obéissance, exigeaient (en été sans doute) que ces jeunes Èves revinssent à l'état de la mère commune. On les exerçait ainsi dans certains jardins réservés et à la chapelle même. "

Magdelaine Bavent, qui qualifie cela d' "ordures et de saletés" est plus précise : "Les religieuses passaient pour les plus saintes, parfaites et vertueuses, qui se dépouillaient toutes nues et dansaient en cet état, y paraissaient au choeur et allaient au jardin".

Elle ajoute "ce n'est pas tout", consciente d'aller crescendo dans l'horreur. "On nous accoutumait à nous toucher les unes les autres impudiquement, et ce que je n'ose dire, à commettre les plus horribles et infâmes péchés contre la nature, que mon confesseur m'a dit avoir été remarqués par Saint Paul en son Epitre aux Romains pour avoir été les plus excessifs désordres sous le règne du prince de  l'enfer parmi les païens". "J'y ai vu même abuser de l'image du crucifié", ajoute-t-elle. Elle parle aussi d'une circoncision sur une "figure ce me semble de pâte, que quelques unes prirent après pour en faire ce qu'elles voulurent". Elle cite aussi les hosties consommées après être restées quelques jours dans le fumier.

Madeleine a été admise comme novice dans ce couvent juste avant ses 16 ans (en 1619). Elle est tenue en habit séculier dans la clôture six ou sept mois. mais elle n'accepte guère d'être nue parmi ses compagnes. "Elle déplut et fut grondée pour avoir, à la communion, essayé de cacher son sein avec la nappe de l'autel", précise Michelet. Madeleine est plus précise (p. 10). Elle devait communier nue jusqu'à la ceinture, mais refusa. Arrivée à la petite grille, elle essaie de se couvrir de la nappe de la communion, mais Pierre David la fait enlever. Elle veut se couvrir avec ses bras, mais on lui ordonne de joindre ses mains.

La pratique a été corroborée par un certain M. Marcel, bibliophile, cité par la note biographique de 1878, qui, dans l'exemplaire de la l'Histoire de Madgelaine Bavent de Desmarets dont il a fait don à la bibliothèque de Louviers, a ajouté (p. XI) :

Elle ne pouvait même pas se confesser correctement car Pierre David refusait d'entendre comme péché ce dont les soeurs pouvaient avoir envie de s'accuser, et Madeleine n'obtint pas de la maîtresse des novices d'avoir un autre confesseur. Elle se met en marge comme tourière (chargée du parloir).

David allait mourir en 1628, en odeur de sainteté, le lundi de la Semaine sainte qui suivit au retour d'un voyage à Paris. Madeleine ne confesse qu'un péché avec lui : "quelques attouchements lubriques réciproques, une fois principalement"(p. 11)

Madeleine dément avoir soigné "un ulcère vilain entre son siège et ses parties honteuses" dans les derniers jours, comme ses soeurs allaient le rapporter, mais reconnaît que le P. David en partant à Paris lui avait laissé une boite fermée à clé, qu'il lui défendit d'ouvrir mais qu'elle ouvrit néanmoins et dans lequel se trouvait un papier.

A son décès le lundi Saint, ayant désigné Mathurin Picard comme son successeur, il lui donna ce papier et pria Madeleine de se retirer dans sa chambre pour que les deux compères puissent parler d'elle librement. Ce papier cosigné des deux prêtres comportait "des blasphèmes et imprécations horribles" qui allaient être lues lors des cérémonies. Des charmes ont été mis aux quatre coins du papier dont Madeleine ne sait ce qu'il est devenu.

Elle va rester 9 mois au tour, mais à Pâques quand elle se confesse Picard dit que ce qu'elle avoue n'est pas un péché, et commence à lui déclarer sa flamme et à la caresser lubriquement. Les confessions suivantes il met sa main sur son sexe à travers les vêtements. Elle proclame ne l'avoir pas aimé, mais reconnait "je ne puis dire ce qui m'attachait à lui, ni par quel malheureux pouvoir il me retenait" sous-entendant qu'elle était sous le coup d'un sortilège. Elle avoue d'autres caresses intimes même sur l'autel. Picard continua même quand elle tomba malade et était "plus morte que vive" (il allait aussi profiter de sa faiblesse à ce moment là en lui faisant signer sans le lire un pacte qu'il présentait comme un testament) mais proclame qu'il n'y eut pas de coït. Il la força aussi à prendre l'hostie consacrée dans sa main, la briser en en laissant tomber des morceaux, boire le sang du Christ dans le calice.

Un jour dans le jardin, il profite des menstrues de Madeleine, glisse une hostie dessous pour la mêler à ce sang tombé en terre, l'enveloppe,prend le doigt de Madeleine "pour lui aider à mettre le tout dans un trou proche d'un rosier". "Les filles qu'on exorcise ont dit que c'était un charme pour attirer toutes les religieuses dans la lubricité." "Je n'en saurais que dire parce qu'il ne m'en a jamais parlé, dit-elle, ni si l'hostie était consacrée parce qu'il ne m'en a rien appris". Elle reconnaît qu'elle allait être ensuite attirée par ce lieu et y vivre des tentations sales.   Ensuite il se livre encore à des rituels assez bizarres (dont un où il fait lier le sort de son âme à celui de Madeleine, les deux seront sauvées ensemble ou perdues ensemble), et Magdeleine commence à voir le démon qui se présente à elle sous la forme d'un chat de la maison qui lui met les pattes avant sur les épaules et approche son museau de sa bouche pendant une heure essayant de lui retirer l'hostie ("tu verras ce qui t'arrivera" avait dit Picard lors de la communion). Puis il la fait traverser les murs à 11 h du soir pour se retrouver hors du couvent et la fait participer à un sabbat, ce qu'elle fera ensuite plusieurs fois.

Ils auront des enfants ensemble (P.13) dont ne se sait ce qu'ils deviendront. Il la partage dans des sabbats. Je passe les descriptions sur le commerce de Magdeleine avec le diable.

A noter que dans la Revue des Deux Mondes de 1880, Charles Richet ("Les démoniaques d'aujourd'hui et d'autrefois" p. 368) allait prendre le contrepied de Michelet sur Bavent (texte repris 4 ans plus tard dans L'Homme et l'Intelligence, p. 380, où il taxe le travail de Michelet de "légèreté déplorable". Mais son analyse de l'hystérie de la possédée est aussi idiote que les remarques du libertin Cyrano de Bergerac dans le tome 2 de ses Oeuvres sur la "fille d'Evreux" (il la croit d'Evreux parce que Jean Le Breton en 1643 publia à Evreux un mémoire intitulé "Défense de la vérité touchant la possession des religieuses de Louviers").

Après la mort de Picard, une "soeur Anne de la Nativité, sanguine et hystérique, au besoin furieuse et demi-folle, jusqu'à croire ses propres mensonges" est introduite dans le couvent. "Un duel fut organisé comme entre dogues" (p. 571)

Les exorcismes ont commencé le 1er mars 1643. Les démons dirent que le principal charme venait du corps de Picard. Le 14 juin 1643 le démon révéla un charme dans la chambre de Soeur Marie du St Sacrement qui était possédée. Bosroger nomme les autres charmes retrouvés, les endroits et les démons qui les dénoncèrent (p. 103). Le démon prit même la forme d'un humain à Soeur Marie du St Sacrement pendant les investigations de l’évêque et lui fit signer un pacte pour qu'elle ne parle pas.

On inspecta Madeleine. Le chirurgien de la reine, Yvelin, chargé de l'enquête dénombrera sur 52 religieuses 6 possédées, 17 charmées. Elles prophétisent, parlent le grec font des sauts prodigieux devant les habitants (mai spas devant les juges) tandis que Madeleine va croupir dans une cave de la Conciergerie et y devenir folle. Elle allait plusieurs fois essayer de s'y suicider.  Elle mourut en 1653 à l'Hôpital général de Rouen, asile des aliénés.

La condamnation de Bullé au bûcher et la crémation du cadavre de Picard bien conservé aura contribué à l'efficacité des exorcismes. Simonne Gaugain dite la Petite Mère Françoise de la Croix, originaire de l'Orléanais, protégée de David puis de Picard (ils l'avaient nommée mère supérieure alors qu'elle n'était que novice) qui s'était exilée à Paris avec cinq novices en 1643 (ou en 1624 ?) se refit une réputation dans la capitale (elle y fondera l'hôpital de la Place Royale), entra à la cour d'Anne d'Autriche et fit casser par le Conseil d'Etat l'arrêt du parlement de Rouen pour ce qui la concernait en 1647. C'est parce que le Parlement de Normandie voulait la garder comme témoin contre la Mère Françoise que Madeleine Bavent n'avait pas été exécutée.

A titre de curiosité on peut lire le regard laïque du Dr Albert Richard sur la possession de Madeleine Bavent dans "Le Mensonge chez la Femme hystérique" 1902 p. 34). On attribue à Jean Nicolle (1614-1650) peintre de Louviers un tableau intitulé "Un exorcisme" qui pourrait représenter Madeleine Bavent.

Mais peut-être la pièce la plus intéressante du débat sur les possédées de Louviers est-elle "L'innocence opprimée", opuscule écrit par le successeur de Picard à la paroisse de Mesnil-Jourdain pour défendre ce dernier après sa mort (en tout cas pour rétablir la vérité) et qui a longtemps circulé sous le manteau (voir ici). L'opuscule charge Bosroger en laissant entendre qu'il s'immerge trop dans les tourments de l'exorcisme alors que ses collègues le prient de prendre du recul, David qu'il accuse clairement d'être adamite, et Simonne Gaugain qui a l'air d'être une vraie mystique puisqu'elle peu, selon l'opuscule, léviter à près de deux pieds (plus de 0,5 mètres) au dessus du sol...  Le témoignage du père Dufour, jésuite (les Jésuites allaient défendre Picard au procès devant le Parlement contre les capucins), qui y prêcha 15 fois le carême qui y est cité est intéressant : « Si, dit-il, Picard a été méchant, c’est depuis quatorze ans que j’ai prêché le caresme à Louviers, [p. 151] car en ce temps-là, je le trouvais si homme de bien que je l’avais choisi pour mon confesseur, et j’étais le sien ; et dès lors il est constant qu’il y avait du mal et du désordre dans la maison de ces filles ; car, comme un jour il m’était venu voir, avec un visage assez triste, et que je lui demandais d’où lui venait cette humeur et ce chagrin extraordinaire, il me dit en ces termes : « Je vous avoue, mon Père, que j’ai grand sujet de déplaisir et je ne viens ici que pour tâcher de me consoler avec vous, ou bien vous supplier de vouloir vous condouloir avec moi, car il y a assez longtemps que j’ai le cœur serré, il faut qu’aujourd’hui, je vous le décharge entièrement. C’est, mon père, que je suis tellement occupé à oter à ces filles les damnables maximes des Adamites, qu’elles disent avoir apprises de David, leur autre directeur que je désespère de venir à bout, de moi seul, à moins que monseigneur l’évêque ne s’en veuille mêler lui-même, avec plus de soin, et y apporter toute son autorité. Je sais que vous avez auprès de luy un accès et une connaissance toute particulière, c’est pourquoi, je m’adresse plus librement à vous dans l’espérance que vous lui ferez entendre confidemment le sujet de mes plaintes et de mes peines et la résolution même, où je suis, s’il n’y donne promptement ordre, de tout abandonner ; et puis après je ne réponds plus du désordre et « du scandale qui en peut naître, ne m’étant plus possible d’empêcher comme je l’ai fait jusqu’ici que la chose n’éclate et ne fasse du bruit. » Sur quoi, dit le Père Dufour, après l’avoir un peu remis, je lui promis de voir M. l’Evêque au plus tôt, que je fis, et peu de jours après, étant venu visiter ce monastère pour y extirper les abus, qu’il y trouva tels qu’on les avait rapportés, il se saisit de plus de soixante petits livres qui traitaient de la vue de Dieu et que ces filles lui [p. 152] dirent avoir reçu de la main de David leur autre directeur, lesquels il brula sur le champ. »

Hélas on ne saura pas ce que contenaient ces livres. Et hélas, l'historien qui présente l'opuscule dans le  Bulletin de la société de l’histoire de Normandie 1900-1904 Henri Barbe ne prend pas au sérieux le témoignage de la dernière religieuse du couvent morte en 1834 (celle que citait Marcel plus haut) sur la perpétuation de la tradition adamite dans le couvent.

Par delà l'éthologie de la possession de Madeleine Bavent et de ses consoeurs, il serait intéressant de sonder un peu plus en détail l'adamisme qui gouvernait le couvent à l'époque du P. David. Etait-il "plus bénin" que les possessions ultérieures ? A-t-il été "noirci" à l'excès par la confession de Madeleine Bavent, et les témoignages des autres religieuses, qui y avaient intérêt pour laver leurs fautes ? La rigueur morale imputée au P. David, ses lectures "pré-quiétistes" pourraient-elles signifier qu'il se déployait là une forme de nudité religieuse relativement pure que des complications sataniques ultérieures auraient ensuite salie ? Quid par exemple de cette obligation de jeûne de dix jours avant de pratiquer la communion dans la nudité ? Et comment cela a-t-il pu se perpétuer au couvent Saint-Louis jusqu'en 1845 (!) malgré tout le scandale provoqué par la condamnation au bûcher de Bullé par le Parlement de Normandie en 1647 ?

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Une analyse structurale du Notre Père

10 Septembre 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Bayard a publié il y a 5 ans un opuscule de la philosophe Simone Weil qui s'essaie à une analyse structurale de la célèbre prière de l'Evangile le Notre Père (à partir de sa version grecque) : elle remarque que "les six demandes se répondent deux à deux. Le pain transcendant est le même chose que le nom divin. C'est ce qui opère le contact de l'homme avec Dieu. Le règne de Dieu est la même chose que sa protection étendue sur nous contre le mal ; protéger est une fonction royale. La remise des dettes à nos débiteurs est l'acceptation totale de la volonté de Dieu". L'ensemble est placé sous le signe du renoncement total à la volonté personnelle.

Cela m'a rappelé une autre esquisse d'analyse structurale, celle d'Ariel Cohen Alloro il y a 6 ans (en anglais ci dessous) qui contrairement à ce que j'ai écrit naguère, n'est pas un rabbin. Celui-ci développe la démonstration suivante sur le Notre Père qui me semble intéressante et qui fonctionne en analogie avec les 10 sephiroth de l'arbre de vie dans la kabbale.

La prière commence par "notre père". La lettre youd dans YHWH est le point de sagesse, et on l'appelle "le père". Avenou, le Père, est la sagesse (n°2), l'endroit qui correspond au père est le ciel (Gan Eden, olam  haba). Le ciel dans la kabbale est relié à la mère, c'est la racine de l'âme et c'est la compréhension, l'endroit d'où vient l'âme et où elle retourne.

"Yit kadesh Cheem kha" (que ton nom soit sanctifié) ton nom sera saint dit Cohen Alloro. Dans la kabbale la sainteté est dans la sagesse, et la pureté est dans la binah. Donc on reste là dans la mise en commun du 2 et du 3.

Tavo maikhoutekha (que ton royaume vienne) "ton royaume viendra" traduit Cohen Alloro – cela correspond au khesed (miséricorde) : le royaume pour Jésus (qui est spirituel) est l’amour/ Miséricorde. Alors que le judaïsme le place plus dans la Geburah (la force - 5 dans l'arbre).

Ye a she retzonekha (que ta volonté soit faite) Ta volonté sera faite – on obéira au roi. Gevurah (n°5).

Kevashamayeem ken be aretz (sur la terre comme au ciel) Tipharet, la beauté (n°6) connecte le corps et l’âme, ciel et terre, Abraham et Isaac. Réunion de plusieurs couleurs. De 1 à 3 on était dans les fonctions du cerveau (près de la nechama). De 4 à 6 dans le coeur (le rouakh du souffle aussi). Tipharet est la qualité majeure du coeur et c'est aussi la pitié.

Et lechem choukenou ten lanu haiyom (donne nous aujourd’hui notre pain) Là on en vient au plus personnel. On arrive au netzach, la victoire (n°7), mais aussi la survie. Pour ça il faut de la nourriture.

Ooselach lenu al chataeinou (pardonne nous nos offenses)
Kemo sjesolescheem gam anach nou lachotim lanu (comme nous pardonnons aussi à ceux qui…)

Pour avoir la gloire, hod (n°8), il nous faut le pardon. Le pardon dépend de la Hodaya de la repentance, la confession des péchés. En fait hod désigne à la fois la splendeur et la soumission, la reconnaissance qu’on ne mérite pas. La jambe gauche.

Veak revieinou ledeu nisayon (et ne nous soumets pas à la tentation)
Ki im chaletzei nou min hara (mais libère nous du mal)

Là on est dans la partie la plus inférieure de l'âme et du corps (le nepesh) qu'il faut libérer du mal. Toute la fondation, le Yesod (n°9), a à voir avec le combat contre le mal.

"Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance, et la gloire" Jésus dit "Jesus dit : tu as le royaume (maalkuth) la gevurah et le tipharet" ; comme les chroniques, la prière de David (Chron 29:12-14).

"C'est de toi que viennent la richesse et la gloire, c'est toi qui domines sur tout, c'est dans ta main que sont la force et la puissance, et c'est ta main qui a le pouvoir d'agrandir et d'affermir toutes choses. 13Maintenant, ô notre Dieu, nous te louons, et nous célébrons ton nom glorieux. 14Car qui suis-je et qui est mon peuple, pour que nous puissions te faire volontairement ces offrandes? Tout vient de toi, et nous recevons de ta main ce que nous t'offrons.…"

Je ne suis pas à 100 % convaincu (mais qui sait ?). En tout cas c'est une étude intéressante du mouvement descendant du Notre Père, qui le relie aussi au corps d'une façon plus intéressante que les new-agers qui tentent de le faire correspondre aux "chakras" (invention récente qui ne correspond même pas à exactement à l'héritage hindouïste dont elle se réclame).

Avant de vous laisser regarder cette vidéo, je signale aussi une explication intéressante de Cohen Alloro sur les 3 bêtes de l'Apocalypse avec les analogies suivantes (dans une vidéo plus récente ici) :
-    La Bête qui vient de l’abîme (ch 11:7) = le cheval = soleil
-    La Bête qui vient de la mer (ch 13:1) = la mule (elle réunit les 2 autres en en partageant les caractéristique) = femme entre ciel et lune (Apoc 12:1)
-    La Bête qui vient de la terre (ch 13:11) = l’âne = lune

Je précise que je reste réservé sur la démarche générale de ce youtubeur, mais je la trouve instructive et toujours source de réflexions nouvelles.

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