Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

New kid in town

31 Juillet 2026 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Spiritualités de l'amour, #Philosophie

Il y a une nouvelle tantrika en Béarn (mon "pagus" d'origine) : Valérie Lavie. Dans la vidéo ci-dessous elle explique qu'il est très bien de "désérotiser" la sexualité. Je ne suis pas convaincu que cela vaille mieux que ces publicités (j'en voyais encore une dans la rue ce matin) où une mannequin aux jambes nues fusille du regard le passant (depuis MeToo, le corps féminin doit être nécessairement agressif et conquérant - pour échapper à la l'objectivation, il doit réduire au statut d'objet méprisé celui qui le regarde).

La raison pour laquelle cela ne me convainc pas, c'est que cela procède d'une vulgate fausse : on nous explique qu'il y aurait un paradigme judéochrétien erroné  fondé sur la haine du corps, auquel s'opposerait une vision transgressive du sexe tout aussi fausse, car au fond trop cérébrale. Cela me paraît infondé. Car le tabou sexuel est universel et antérieur au christianisme. D'autre part la dimension politiquement transgressive de la libération du corps elle aussi est antérieure au christianisme (voyez par exemple les cyniques grecs). Ensuite cette volonté de neutraliser le cerveau est suspecte. Quand j'entends Valérie Lavie, je retrouve un propos d'une tantrika que j'avais interrogée il y a 13 ou 14 ans qui disait que ce qui était génial c'était de "partir dans les énergies" de la personne massée. Valérie Lavie met des mots plus précis sur cette notion. Mais cela rejoint un fantasme de désindividuation qui rappelle la "Naissance de la Tragédie" de Nietzsche et, au delà, Schopenhauer. Fantasme en phase avec l'asservissement technocratique actuel (par l'IA et autre). Je ne crois pas, pour ma part, que la suspension du cerveau soit désirable. Il y a peut-être plus d'avenir pour l'humanité du côté de la réhabilitation de la chair, du côté du geste de la femme chez le pharisien qui oint de parfum les pieds du sauveur... Mais ce serait un point long à développer. 

Nous sommes en tout cas très loin du monde d'il y a quatorze ans : le 23 juillet 2012 j'allais interviewer à Tarbes une gogo dancer prête à poser nue avec ses amies pour la promotion de son terroir, idée qui serait totalement inenvisageable aujourd'hui. Mais les avancées du "social impowerment" est loin d'aboutir au moindre point d'équilibre. Depuis Platon on sait bien en Occident que l'on peut utiliser l'attirance entre les corps pour développer quelque chose de positif en l'homme, que ce soit dans l'ordre de la spiritualité "cosmique" ou au moins de la bienveillance intersubjective. Mais je n'ai pas l'impression que l'on progresse en ce moment sur ce chemin. On piétine plutôt.

En parlant de spiritualité de l'amour, j'apprends que dans un nouveau livre, Peter Kingsley, dont j'ai déjà parlé sur ce blog, s'adresse aux gens qui ont l'impression d'échouer sur le plan spirituel. C'est un livre pour moi...

Lire la suite

Simondon, la technique et l'individuation

1 Juillet 2026 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Médiums, #Alchimie, #Spiritualités de l'amour

Vous savez qu'avec mon livre "Individualité et subjectivité chez Nietzsche" j'avais, très tôt dans mon itinéraire intellectuel (puisque j'avais 21 ans quand j'en écrivis l'ossature, interrogé la question de la trans-individuation, qui me travaillait à l'époque.

Je pense que je n'ai jamais renoncé à cette question, par exemple quand j'ai interrogé l'action à distance et la sympathie de Paulin de Nole à Sadghuru en passant par Montaigne (avec une racine stoïcienne très marquée).

On voit bien que cette thématique se retrouve dans la pré-individuation de Simondon, thème que Nicolas Dittmar, spécialiste de Comenius (un auteur très influencé par une médium, et de la guérison symbolique (sic) ici met en perspective avec la phénoménologie (évidemment)  et ici en rapport avec les pré-socratiques dans un dialogue avec les nietzschéo-matérialistes.

Ce soir je lisais les réflexions de Giorgio Griziotti de l'école polytechnique de Milan sur l'état de la spiritualité face au nouveau tournant anthropologique de la technologie qui fait un usage intéressant de Simondon pour penser le temps présent

Simondon (dans Du mode d'existence des objets technique 1958) pose que les objets techniques au même moment que la religion sont nés d'une objectivation des lieux magiques émergeant du fond  du monde primitif. L’univers magique est structuré selon la  plus primitive et la plus prégnante des organisations : celle de la réticulation du monde 
en lieux privilégiés et moments privilégiés. 

Avec la technique et la religion les points-clés du monde se  détachent du fond, dit Griziotti, pour devenir la technicité qui se cristallise dans un objet instrumental  et efficace fonctionnant partout et à tout moment, pendant que le fond devient abstrait  et se subjective en se personnifiant dans les formes du divin, du sacré et de la religion. 

En devenant des objets techniques, les points clés du monde  magique préhistorique perdent "leur capacité à former un réseau et leur pouvoir  d'influence à distance sur la réalité qui les entoure." 

Sous l’avancée du  capitalisme cognitif, ils ont tendance à se réorganiser en réseau et à se reconstituer en une nouvelle unité, émerge un contexte  où les objets techniques actuels (par exemple les dispositifs des TIC et les réseaux)  intègrent le «fond» (l'univers espace-temps) rétablissant ainsi, en quelque sorte, l'unité 
originelle.

Avec Agamben, nous pourrions dire, estime Griziotti, que nous sommes confrontés à une  technique sacrée, qui "est placée en dehors de la juridiction humaine sans pour autant  passer par celle du divin."

En se subjectivant et en "profanant " le rôle depuis toujours affecté au divin, la pensée  technique capitaliste pousse inconsciemment celui-ci à opérer une régression vers les  valeurs archaïques avec tous les moyens à sa disposition. Comme si la subjectivation  religieuse essayait de récupérer sa propre vocation primitive d'exigence de totalité  qu'elle sent lui échapper.

Je ne suis pas convaincu de la pertinence de l'exposé de Griziotti qui me semble frappé au coin de la facilité rhétorique. Mais cela donne envie de lire Simondon, que je connais mal.

Lire la suite