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Tantrisme et pouvoir politique

22 Janvier 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme, #Histoire secrète

J'ai un peu écrit naguère sur le tantrisme comme "technique du corps" comme dirait l'autre, notamment dans son rapport aux déesses mères, mais j'ai négligé son lien historique avec la politique et la chose militaire.

Quelques lignes m'ont fait prendre conscience de mon erreur ce matin, des lignes sur le moine indien qui le premier a rendu le tantra "à la mode" en Chine : Amoghavajra  (705-774), disciple de Vajrabodhi. Il fit un gros travail de collection de textes tantriques en Inde, à Ceylan, en Indochine.

Il fut celui qui consacra le 11ème empereur chinois Tang Suzong en 759 (l'année où, en Gaule, Pépin le Bref reprenait Narbonne aux Musulmans), après que ses sortilèges aient permis de vaincre l'armée du rebelle An Lushan. Auparavant il avait aussi initié (cf les rituels ici) l'empereur tang Xuanzong.

Son rôle dans les victoires militaires est souvent sousestimé par les universitaires, mais il ne faut pas oublier que le tantrisme est chargé de rituels magiques. Souvenons nous de ce que Jonathan Black écrivait sur le rôle de Sainte Geneviève face à Attila (et peut-être de Roumi face aux Mongols) : l'enjeu était là une victoire sur une magie chamanique.

L'usage du tantrisme dans un cadre politique et guerrier se retrouve au XIIIe siècle avec Koubilay Khan, le petit-fils de Gengis Khan. Les chefs mongols étaient bouddhistes depuis 1246, après la mission du Tibétain Sakya Pandita. Koubilay fut notamment influencé par Phagpa, qui travailla à l'élimination du taoïsme de sa cour. Du succès de Phagpa la magie militaire n'est pas non plus absente.

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Christianisme et société en 1971 et aujourd'hui : la question de la verticalité

15 Janvier 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme, #Philosophie

Je lis dans la revue communiste la Pensée de 1971 un article d'Antoine Casanova (1935-2017) à propos de Vatican II explique :

"Au premier chef, on assiste à une modification du visage de Dieu et des rapports des croyants avec Dieu. Chez les hommes qui transforment quotidiennement le monde naturel par une mise en œuvre rationnellement organisée des forces scientifiques et techniques, qui sont devenus conscients de la valeur universelle de leurs aspirations de travailleurs et des possibilités de l'action collectivement organisée, la catégorie idéologique de Dépendance est de moins en moins opératoire. Dieu n'est plus maître supérieur des phénomènes naturels, seigneur des hiérarchies sociales. Le croyant s'éprouve au contraire comme coresponsable de son œuvre et de son destin et « appelé à une relation personnelle qui le fait participer à la responsabilité de l'œuvre de création » et « on peut trouver là directement le fondement religieux des attitudes de base que réclame dans la société industrielle le travail communautaire des hommes dans le sens d'une association » 49. Dieu est de plus en plus vécu comme Dieu frère plutôt que comme Seigneur Père, Dieu partenaire engagé en un rapport de coopération et qui ne peut être saisi qu'au travers de la présence d'une communauté humaine, y compris dans l'Eucharistie définie comme « une célébration communautaire ou un partage de la parole et du pain » ce qui « est une expression minimaliste qui fait beaucoup plus penser à une agape fraternelle (partager le pain et le sel) qu'à la Sainte Cène du Christ »  . La puissance du courant qui se rattache à cette nouvelle symbolisation a été maintes fois évoquée (et dénoncée) par les autorités romaines

Corrélativement est de plus en plus mis sur tous les signes qui représentent le salut comme affaire terrestre à dimension essentiellement communautaire. Nous retrouvons ici un autre aspect de la forte valorisation de l'aspect « repas » communautaire de la messe qui grandit tandis que « quittent l'avant-scène de la liturgie » des dévotions (l'adoration du Sacré-Cœur, du Saint-Sacrement) dont le symbolisme représentait une eschatologie individualiste.

Le symbolisme qu'élaborent les masses tend en même temps à signifier leur volonté de libération des contraintes sociales d'exploitation. Les niveaux de signification sont ici complexes. Au premier chef et de façon générale, Dieu ne peut être imaginé qu'avec les attributs qui signifient l'éternelle stabilité de l'ordre des classes dirigeantes. L'or et les fastes ont de moins en moins leur place dans la symbolique religieuse populaire. L'expression du sacré par les symboles de l'accumulation des richesses s'est muée en « contre signe ». Il en a longuement été question à la première session du Concile dans les interventions des prélats réalistes attentifs à ne pas laisser s'accroître l'écart entre les aspirations religieuses spécifiquement populaires et l'image que propose la hiérarchie"

On trouve dans le même numéro un article sur les théories de Monod, mais laissons cela pour plus tard.

Aujourd'hui le projet de Vatican II apparaît au sein de l'Eglise usé et porté par une génération d'octogénaires (comme le pape actuel) dépassés par un renouveau conservateur (de plus en plus de prêtres en soutane, le succès du pèlerinage conservateur de Chartres cette année). Beaucoup en dénoncent les aspects marxisants ou à tout le moins progressiste de type maçonnique avec cette "démocratisation" de la hiérarchie (le "peuple de Dieu" censé jouer un rôle actif sans recevoir passivement les directives du clergé). Et c'est en même temps la "protestantisation" qui est dénoncée avec ce Dieu "frère" qui nous invite à son "repas".

J'ai été moi-même, paradoxalement sous l'influence des évangéliques, sensible à cette critique de la "réduction de Dieu" qu'opérait le modernisme dans l'Eglise.

Cependant la réhabilitation de la tradition et de la solennité de ses rituels (notamment dans la messe latine) porte aussi en germe des dangers comparables à ceux de la fascination actuelle de certains milieux de droite pour le trumpisme : la recherche d'une figure d'autorité salvatrice dont le chef charismatique est l'incarnation dans l'ordre politique et le Dieu "à l'ancienne" la sublimation religieuse.

Dans l'ordre des Ecritures saintes (la Bible) ont trouve autant d'arguments pour l'image paternelle royale de Dieu (l'Ancien Testament, l'Apocalypse), que pour celle d'un Dieu frère par le Christ (toutes les images de Jésus frère et ami dans l'Evangile).

Sur le plan philosophique Dieu est peut-être aux deux extrêmes du spectre (infiniment puissant et infiniment dépendant de la collaboration de l'homme, un paradoxe kabbalistique et dialectique qu'on ne peut pas totalement évacuer puisque Dieu est tout). Il n'est pas impossible que la re-transcendantisation de Dieu et du fait religieux, ne soit qu'un "moment" comme le retour de la pudeur, du moralisme etc. Mouvement de balancier dont on ne comprend pas vraiment la nécessité historique mais qui s'est souvent constaté dans le passé.

Faut-il complètement y adhérer ? N'y a-t-il pas dans le retour de la verticalité une inquiétante abdication de notre mission humaine ?

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Le Grand Monarque chez les ésotéristes

5 Janvier 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

L'expression "Grand Monarque" apparaît pour la première fois sur ce blog en 2017, mais je m'y suis plus intéressé à partir de juillet 2020 au moment de l'opération "roi des gilets jaunes".

Un échange avec un spécialiste de Rennes-le-Château (RLC) récemment me rappelle à quel point ce thème est présent dans l'univers mental du célèbre Abbé Saunière.

Il m'envoyait hier une interview par un autre spécialiste de RLC Tony Baillargeat d'un ésotériste qui se fait appeler Arphaÿs, du nom de la fontaine Saint Dagobert (je vous renvoie à mon livre "Le complotisme protestant" pour situer cette thématique des Mérovingiens dans l'univers ésotériste) à partir duquel on pourrait presque dresser un tableau sociologique des débats actuels autour du Grand Monarque à travers le prisme de Rennes-le-Chateau.

Arphaÿs, auteur de "Le code Arsène Lupin – Maurice Leblanc et le savoir perdu", né à Bar-le-Duc en 1966 (une région très mérovingienne puis associée au Duc de Guise) a été initié dès ses dix ans par n érudit franc-maçon. Il a ensuite écrit plusieurs articles pour la revue Atlantis de Paul Le Cour dont on a déjà parlé  dans notre article sur le Hiéron du Val d'Or.

Après avoir lu le travail de Patrick Ferté sur le lien qu'on peut repérer entre les romans d'Arsène Lupin et Rennes-le-Chateau,il a creusé dans une direction un peu différente en partant du fait que Leblanc faisait naître Arsène Lupin à Blois, la "ville aux loups", symbole de l'Apollon celte Belen, et cité dont l'emblème (un loup et un porc épic soutenant le Lys) peut évoquer le"roy perdu", le Grand Monarque, selon Jean Robin, qui est appelé "roi de blois" par Nostradamus. Paul le Cour et René Guénon sont aussi natifs de cette ville.

En 1993, Arphaÿs, intégra une société initiatique qui s'intéressait à "L'Or de Jérusalem" de Roger Facon auteur qu'on a cité ici.

Il est convaincu que Maurice Leblanc avait été initié à la Tradition. Il en veut pour preuve par exemple le nombre de marches (357) dans l'Aiguille Creuse et lit Leblanc à travers une gématrie.

Dans une interview d'octobre 2024 sur un blog il précise que Fulcanelli, Dujols et Le Cour faisaient partie du même cercle dont le Hiéron n'était qu'une façade. Fulcanelli a inspiré deux courants : celui de Pierre-Vincenti Piobb et celui de Francis Warrain et Georges Beltékhine.

Arphaÿs est aussi attaché à l'idée d'un schéma commun à Arsène Lupin et aux romans de chevalerie arthuriens qui partent du principe que le roi n'est pas mort et se réveillera à la fin ds temps (d'aillleurs les membres du Hiéron se disaient chevaliers du Graal). Il estime que Rennes-le-Château a un rôle aussi important à jouer que Paray-le-Monial dans l'avènement du Grand Monarque mais qu'elle a été entravée par le mythe de son Trésor qui la tire vers une dimension trop matérielle. Or si Trésor il y a, il ne doit servir qu'au Grand Monarque.

On voit bien que l'intérêt se resserre autour de Paray-le-Monial et du Hiéron du Val d'Or. L'alchimiste montmartrois Richard Khaitzine avait déjà insisté en 1997 sur le lien Hiéron-Montmartre en rapport avec une vieille tradition gnostique inspirée par le culte de la déesse-mère et l'Egypte. Un récent roman de Morris Leblanc en plus des conférences de Christian Doumergue et de Gino Sandri vont aussi dans ce sens.

Arphaÿs  remarque aussi en suivant Paul Le Cour qu'en reconstituant l'hexagone français comme un arbre kabbalistique Bourges correspond à la Sephira Tipheret (le coeur, la beauté)... Suivant cette construction il y aurait une ligne horizontale entre le Pays de Caux et l'Argonne importante pour comprendre le prochain avènement du Grand Monarque, avec un triangle qui descend jusqu'à Rennes le Chateau.

Mon correspondant pour sa part ne croit au lien Arsène Lupin-Rennes-le-Château forgé par Plantard avec le Prieuré de Sion.

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