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Articles avec #les tubes des annees 1980 tag

Rafaella Carra, Padre Pio et le show business

21 Mai 2026 , Rédigé par CC Publié dans #Les tubes des années 1980, #Christianisme, #Spiritualités de l'amour

Vous savez qu'il m'est arrivé souvent de me pencher sur la culture populaire dans laquelle mon enfance a baigné - par exemple avec mon livre sur les tubes des années 1980.

Ce matin me trottait dans la tête une petite musique "Frappe, frappe ton coeur". J'ai entrepris d'en savoir plus sur cette chanson. Je m'attendais à découvrir une chanteuse française peu connue comme Elisabeth Jérôme chantant "Maladie d'amour". Je n'étais pas loin en ce qui concerne l'année : 1976 pour les deux chanteuses (j'avais donc six ans). Mais je me trompais totalement sur l'identité de la chanteuse. Il s'agissait d'une italienne, Raffaella Carra (1943-2021) qui a fait une carrière extraordinaire dans son pays (comme chanteuse dans les années 1970 et comme présentatrice de télévision à la RAI dans les années 1980 et 1990) et en langue espagnole, en Ibérie et dans l'hémisphère occidental outre-atlantique.

Notez que, malgré mes ascendances partiellement espagnoles, je suis bien peu latin puisque j'ignorais tout de ce phénomène musical que j'ai peut-être aperçu à la télévision française ou entendu à la radio (sans doute une seule fois mais ça avait visiblement marqué le petit bonhomme que j'étais).

Je me suis penché sur les diverses productions de cette article sur YouTube. Toutes sont du même ordre : dans le registre du culte du désir, de Vénus, quasiment du racollage sur scène, la rue Saint Denis devant un écran, en tenue rouge moulante comme la prostituée de Babylone, appel permanent à l'expression des pulsions érotiques. Un Italien parmi les témoins sur Internet explique qu'elle rompait avec les codes de la chanson romantique italienne, et on peut ajouter de la chanson romantique française aussi, genre Catherine Bardin en 1978 ou Marie Laforêt deux ans plus tôt.

Rétrospectivement on trouve à cette forme d'érotisme très soft une certaine légèreté, et même malgré tout une forme d'élégance parce qu'il y avait des paroles assez construites quoiqu'insouciantes, et un grand travail chorégraphique, à des années lumières comme le dira un commentateur à la télévision dans les années 2000, de la vulgarité du reggaeton. Cependant ce petit charme ne doit pas faire sousestimer l'impact disruptif de ces performaneces précisément par rapport à l'arrière plan romantique et fleur bleue des autres chansons. Je pense que l'équivalent était peut-être dans la sphère anglophone le "I love to love" de Dona Summer.Cuba avait aussi ce genre de chanteuse qui se produisait à l'Eurovision soviétique (Intervision), Farah Maria, mais c'était un peu moins sexuellement explicite tout de même. A noter que ce rôle de chanteuse aguicheuse sans retenue revenait classiquement à des afro-américaines ou à des bombas latinas plus qu'à des blondes aux yeux bleus, suivant une répartition raciste des rôles.

En creusant un peu  le personnage de Raffaella Carra, je découvre des bizarreries. En 1980 dans une interview (cf ici) à la télé chilienne, à l'époque de la dictature de Pinochet, elle échange avec le père Raúl Hasbún Zaror (né en 1933) à propos du pape Jean-Paul II (le prêtre explique qu'on ne peut la comparer à la Salomé de la Bible , qu'elle exalte l'esprit - exaltece de espiritu - et il dit qu'il chante ses chansons quand il n'a pas le moral). Phénomène étrange quand on sait que la même chanteuse était interdite d'ondes par la dictature militaire argentine voisine et se vantait de voter communiste.

On sait que les pays latins à l'époque baignaient dans le catholicisme ordinaire du soir au matin. L'articulation entre la pop music (et ses tendances occultistes) et le catholicisme m'intrigue.

On trouve sur le Net, une émission d'Alejandro Bermudez, directeur d'ACI Prensa ici qui explique en gros que toutes cette imagerie vénusienne qui entourait Rafaella Carra relevait d'une certaine théâtralité, d'une mise en scène professionnelle destinée à occuper un certain segment du marché du spectacle, mais qui ne correspondait pas forcément à sa personnalité profonde. Par exemple note Alejandro Bermudez, comme elle était devenue une icône de la communauté gay (comme chez nous Dalida ou Mylène Farmer) à partir des années 1990, elle avait prétendue être bisexuelle, mais aucun de ses biographes ne lui a connu de relation avec une femme.

Quand on écoute son émission au Chili, on remarque que juste après l'intervention du P. Raúl Hasbún Zaror le présentateur taquin lui demande si c'est bien de venir dans le Sud pour faire l'amour (puisque c'est le titre d'une de ses chansons), et elle répond qu'elle n'a pas eu le temps de le savoir car elle travaille beaucoup. Cela confirme bien cette image d'une personne chez qui le professionnalisme l'emporte sur l'érotisme.

Dans une de ses interviews sur une chaine argentine, elle explique que, fille d'un industriel de l'agoalimentaire, elle a été éduquée chez les bonnes soeurs qui lui ont donné le sens de la discipline et qu'elle a commencé par la dans classique car elle rêvait d'intégrer les ballets de Maurice Bejart. Pas tout à fait le profil de la rue Saint-Denis de la Belle époque.

Un autre point intéressant fut sa dévotion au Padre Pio. Toujours attentif à l'articulation entre catholicisme, occultisme et pop culture, j'ai écrit quelques lignes il y a quelques années sur l'amour de la chanteuse Ivana Spagna pour le saint capucin. Raffaella Carra, pour sa part, avait rendu visite au Padre Pio de son vivant, et, le 23 juin 2002, elle a fait tout une émission sur Rai Unoà San Giovanni Rotondo qu'on peut encore voir ici en plusieurs, avec une brochette de moines, de prêtres et même un évêque dans le public. A sa mort ses cendres (l'incinération n'est pas une pratique chrétienne même si elle est tolérée par l'Eglise depuis Paul VI) ont été déposées pendant un temps devant le monastère selon ses dernières volontés (mais elle n'a pas eu d'obsèques religieuses).

La façon dont l'artiste parle du Padre Pio est assez New Age, puisqu'elle l'aborde surtout sous l'angle de son "énergie". Et il y a pour le moins quelque ironie dans le fait que la première image de l'émission soit le sponsoring d'Alice, ADSL de Télécom Italie... surmontée de l'oeil omnivoyant... Sans doute une pure coïncidence évidemment... N'est-ce pas aussi un oeil omnivoyant qu'elle exhibait dans "Medley Beatles" en 1978, son hommage aux cinq occultistes de Liverpool (cf photo à droite, ou ici min 0'14 ? Sa chanson "Satan" en 1999 avait quelques vagues, avec des paroles comme celles-ci "Satan, je rêverai de toi/Satan, je me repentirai/Satan aux yeux bleus/Façonne-moi à ton gré/Satan, vulgarité/Satan, destin/Emmène-moi en enfer/Je paie pour l'amour/Je quitte tout et je viens avec toi/Divinité magique/Frisson de liberté/Âme sans pitié/Laisse-moi pour la charité". Tout dépendait du niveau auquel on lit ces mots (premier degré ? second ?)

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L'Italodance et l'occultisme

2 Octobre 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Les tubes des années 1980, #Médiums, #Shivaïsme yoga tantrisme

Vous le savez : je considère toutes les expériences avec le paranormal et les extraterrestres comme démoniaques, et l'imaginaire New Age autour de cela aussi.

La chanteuse anglaise Kim Wilde a vu un OVNI "vingt fois plus gros qu'un avion" dans son jardin en 2009 juste après avoir appris la mort de Michael Jackson et on apprenait en mars dernier qu'elle redoutait encore d'être enlevée par les extraterrestres. son dernier album s'appelle d'ailleurs " Here Come the Aliens " (les Aliens arrivent) - voyez cette page.Une grande part de son imagerie (l'oeil d'Horus, l'imitation de Marilyn Monroe, le noir et blanc) évoque d'ailleurs les sociétés secrètes.

Le rapport à l'occultisme est aussi présent dans l'Italodance.

En décembre dernier on apprenait qu'Ivana Spagna, chanteuse du groupe "Fun Fun" (souvenez vous de "Color my love") qui fut au sommet du Top50 en 1985 avec "Easy Lady" puis qui cartonna encore avec "Call me" et "I wanna be your wife" venait d'écrire un livre "Sara capitato anche a te" - "Cela vous arrivera aussi" (éditions Lswr). Elle y raconte ses rêves prémonitoires (par exemple celui d'une petite fille porte dont elle rencontrera les parents le lendemain qui lui montreront sa photo), ses visions "d'entités spéciales", notamment sa rencontre dans sa chambre du fantôme du propriétaire de la maison où elle vivait, vision qui lui a procuré une "grande paix" (sic) - voir l'interview ici minute 13.

Ivana Spagna est aussi liée à l'univers (luciférien et magique) de Disney, puisqu'elle a chanté sur la bande originale italienne du Roi Lion en 1994, célèbre film d'animation pour enfant qui met en valeur le spiritisme (le dialogue avec les morts) et comporte au moins une référence subliminale à la sexualité autour des lettres que forment les étoiles dans une scène.

Elle vénère le saint thaumaturge Padre Pio à qui elle doit une guérison de sa mère. Elle garde une photo de lui dans son portefeuille et chez elle et dit que le saint a sauvé un de ses amis à la veille d'une opération. Son catholicisme n'est pas très "biblique" et son inspiration la plus visible se trouve dans le clip "I wanna be your wife"...

On peut aussi repérer une référence à l'occultisme dans la vidéo de Miko Mission (Pier Michele Bozzetti) "Two for love" qui, tout comme celle de Self Control de Laura Branigan (créée par le réalisateur "illuminati" du film "L'exorciste") racontait l'initiation au monde de l'au-delà par la magie sexuelle, met en scène (minute 0'34) la décorporation d'un homme possédé qui, devenu prêtre-sorcier vêtu de blanc, va neutraliser le petit ami d'une jeune femme, et,en transformant en chemin à damier maçonnique le mur de la douche de celle-ci (minute 2'41), l'initier au monde de l'au-delà, et la transformer à son tour en sorcière (voir la vidéo ci-dessous).

Miko Mission est aussi l'auteur de I Love My Radio, chanté par Taffy et Around My Dream de Silver Pozzoli.

 

On peut se demander aussi si "Catch the fox" de Den Harrow n'est pas polysémique et ne peut pas faire l'objet d'une lecture ésotérique. Fox est le mot anglais le plus court dont la valeur numérique est 666, le nombre de la bête dans l'Apocalypse. Ceci expliquerait que le clip (ci dessous) s'ouvre sur la scène digne de Kubrick d'un projectionniste portant sur le crane une tête d'animal, comme un sorcier, puis la mise en lumière du chanteur dans une caverne initiatique aux parois ornées de signes abscons. Le sorcier éclaire ensuite une cage dans laquelle des femmes qui ont des couvre-chefs en forme de tête d'ibis montent la garde, un arc à la main, le visage peint comme dans les cérémonies vaudou. il y a un symbole phallique à côté de l'affiche sur la recherche d'un renard. A la fin le chanteur bande son arc, symbole du pouvoir de l'intériorité dans la Kabbale, et de la volonté dans le tarot.

Den Harrow/ Stefano Zandri est lié à Silver Pozzoli qui chanta sa première chanson "Mad desire". Il y a donc une continuité avec Miko Mission.

Néanmoins dans l'ensemble les références occultistes paraissent moins présentes dans l'Italodance que dans la pop allemande (Propaganda, Modern Talking), la New Wave anglaise, ou les performances de Madonna, Prince et Michael Jackson à la même époque.

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