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Les archers surnaturels de la bataille de Mons
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Le théosophe initié de la Golden Dawn Arthur Machen (dont le béarnais Jean-Paul Toulet traduisit le célèbre ouvrage "Le Grand Dieu Pan" et dont les visions du Mal à l'arrière-plan du monde fascinèrent Jacques Bergier) était revenu au "christianisme celtique" pas très loin du catholicisme et de la quête du Graal lorsqu'il publia dans le journal The Evening News un texte, au début de la Première Guerre mondiale, qui allait marquer l'opinion publique : "Les Archers" (The Bowmen).
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Dans Le Monde Illustré du 11 mars 1916, Louis Léon Théodore Gosselin dit G. Lenotre raconte ainsi la réception du texte de Machen :
"Nos lecteurs connaissent la prudence, je me flatterais presque de dire « la discrétion » avec laquelle nous avons parfois abordé ici les questions de prophéties, d'apparitions ou de miracles. On risque toujours, en effleurant ces sujets, de froisser la respectable crédulité des uns et le scepticisme, non moins susceptible, des autres. Il reste donc entendu que le Monde Illustré n'étant, ni une revue scientifique, ni une feuille de polémique, doit et veut s'abstenir de toute discussion ; mais son rôle de spectateur lui commande de « bien regarder » et parmi tant d'objets divers qui sollicitent, en ces heures épiques, l'attention, il en est de si étranges, — disons de si invraisemblables, — qu'on se refuserait à en faire mention, si l'exemple ne nous était donné par l'une des publications les plus sérieuses et les plus indépendantes de Paris. Ces précautions prises, voici les faits exposés sans commentaires.
Une gazette anglaise, l'Evening News, publiait, le 29 septembre 1914, un conte intitulé The Bowmen (les Archers). Le thème de cette légende était celui-ci : à la bataille de Charleroi, une troupe anglo-française, cernée par l'ennemi dans les environs de Mons, avait été sauvée par l'apparition d'un corps d'archers célestes, à la tête desquels combattait saint Georges.
Nombre de lecteurs, frappés par ce récit, écrivirent à son auteur, M. Arthur Machen, pour lui demander où il avait puisé son affabulation.
M. Machen, ne pouvant répondre individuellement à chacun de ses correspondants, inséra, dans l'Evening news, une note par laquelle il déclarait que son récit était inventé de toutes pièces et qu'il s'agissait là d'une simple fiction.
Or voilà que, de tous côtés, s'élèvent des protestations. De ces nouvelles communications il ressort que rien n'autorise à mettre en doute la parole de l'auteur des Bowmen, mais qu'il n'en est pas moins certain et établi que, avant la publication de ce conte de pure imagination.
Le bruit avait circulé, dans l'armée anglaise, que saint Georges et ses anges étaient apparus aux combattants au cours de la bataille, et que l'assistance des milices célestes avait contribua à assurer la retraite en bon ordre des corps de nos alliés.
Grand émoi au camp des occultistes, — et des autres. Les premiers assuraient la chose possible, et s'appuyaient, pour soutenir cette opinion, sur des précédents vénérables et bibliques ; les seconds se contentaient de ricaner et de hausser les épaules. Un duel de brochures et d'articles, pour ou contre, s'engagea ; protestants, catholiques, théosophes, spirites, sceptiques, se jetèrent dans la mêlée ; les journaux quotidiens eux-mêmes prirent parti ; bref, de ces polémiques résulta une enquête, entreprise par des curieux impartiaux qui purent recueillir des témoignages d'autant plus saisissants qu'ils émanaient de personnes isolées, n'ayant pu concerter entre elles nulle entente préalable.
C'est d'abord celui de miss Phylis Campbell, attachée, en qualité d'infirmière, à un hôpital voisin du front. Un jour qu'elle pansait un fusilier du Lancashire, celui-ci la pria de lui procurer une image ou une médaille de saint Georges. Miss Campbell lui demanda s'il était catholique : le blessé répondit que non ; « qu'il était Méthodiste Wesleyen ; mais qu'il désirait une médaille ou une image de saint Georges parce qu'il avait vu celui-ci conduire sur un cheval blanc les Anglais à Vitry-le-François, quand les alliés se retirèrent ». L'infirmière crut à une divagation, effet de la fièvre ou de l'épuisement : mais un autre blessé, anglais lui aussi, ayant saisi le geste de surprise de miss Campbell, intervint : — « Ce qu'il dit est vrai, sœur, fit-il, nous l'avons tous vu. Il y eut d'abord une sorte de brouillard jaune, comme un rideau, devant les Allemands, alors qu'ils arrivaient au sommet de la colline. je m'empressai de déguerpir...tellement ils étaient nombreux. mais un instant après apparut un nuage lumineux et nous vîmes, en cet endroit même, un homme de haute taille, avec une chevelure blonde, en armure d'or sur un cheval blanc ; il élevait son épée et avait la bouche ouverte. Bref, avant que nous ayons pu tomber sur eux, les Allemands avaient tourné les talons. »
Miss Campbell ne fut pas la seule à récolter des dépositions de ce genre : la directrice de l'hôpital, Mlle d'A., étonnée de ce qu'elle entendait, pour sa part, au chevet de ses blessés, invita les six dames de la Croix-Rouge qui l'assistaient à noter ces confidences. Le soir venu, les six ambulancières se réunirent et comparèrent leurs camets : sauf l'une d'elles qui n'avait dans son service que des Allemands, lesquels ne racontaient rien, toutes les autres rapportaient des témoignages concordants provenant d'une grande diversité de blessés : il y avait, parmi ceux-ci, des officiers d'un grade élevé, un prêtre catholique, des Français, des Anglais, des Belges et même trois fusiliers de la garde hollandaise.
La plupart avaient vu le personnage céleste, portant une armure d'or, ayant la tête découverte et monté sur un cheval blanc. Ce cheval blanc revenait dans tous les lécits : sur l'identité du cavalier les avis dîneraient : les Anglais avaient en lui reconnu saint Georges ; les Français disaient que c'était Jeanne d'Arc — ou saint Michel. Notez que ces témoins arrivaient des points les plus différents du champde bataille, et tous s'accordaient à affirmer que la vision avait opéré en eux une transformation complète, leur désespoir et leur découragement ayant subitement fait place "à un état d'exaltation étrange et de confiance dans la victoire".
Le R. Fielding Ould, vicaire de St-Stephen, reçoit, de son côté, les confidences d'un sergent anglais qui, dans la tranchée avec ses hommes, — où ? — quand ? ces précisions ne sont point données, — voyant-approcher une charge allemande, se tourna vers ses soldats, et leur cria : — « Rappelez-vous saint Georges, pour l'Angleterre ! » Les rangs ennemis, très denses, abordaient à cet instant même le parapet ; tout à coup ils hésitèrent, s'arrêtèrent et prirent la fuite, en laissant quelques prisonniers qui paraissaient stupéfaits et comme « éblouis ». L'un de ceux-ci, ayant repris ses esprits, demanda : -t( Quels sont donc ces cavaliers cuirassésqui ont mené la charge ? Ce ne peuvent être des Belges, ils ne sont pas habillés de cette façon. » Or les Anglais, eux, n'avaient reçu l'aide d'aucuns cavaliers, dont le concours, au surplus, alliait été inadmissible sur ce terrain impraticable.
Un clergyman de Weymouth. le Rev. Lancaster, produit, et lit en chaire, une lettre de soldat relatant que son régiment, poursuivi par un corps important de cavalerie allemande, se réfugia dans une carrière, où l'ennemi le découvrit bientôt. « — A ce moment critique, affirme l'auteur de la dite lettre, sur toute la bordure de la carrière apparut une ligne d'anges qui furent aperçus aussi bien par nous, Anglais, que par les Allemands. Ceux-ci s'arrêtèrent aussitôt, tournèrent bride et se retirèrent au galop ».
C'est encore le témoignage que deux officiers anglais déposèrent entre les mains de miss Marzable. Pendant la retraite, alors qu'ils se replient avec leur compagnie, ils entendent derrière eux le galop des cavaliers allemands qui, en un instant, les enveloppent : les Anglais font face, décidés à résister jusqu'à la mort ; mais, à leur grande stupeur, ils voient, entre eux et l'ennemi, toute une troupe d'anges : les chevaux des Allemands se cabrent et font volte-face.
Un autre précise une date : c'est un brigadier anglais, blessé et transporté dans un hôpital : il atteste « qu'il n'est pas un croyant à ces choses», mais il certifie avoir vu, dans la nuit du 28 août 1914, et tous ses camarades ont vu comme lui, une lueur éclatante dans le ciel où l'on distinguait nettement des formes « munies de quelque chose comme d'ailes ouvertes et qui paraissaient enveloppées de longues draperies tombantes ».
Et voici maintenant un officier supérieur, — anglais toujours, — dont l'Evening news ne peut publier le nom en raison de sa notoriété même. Cet officier, dans la nuit du 27 août, en pleine retraite, après la sanglante bataille du Cateau, suivait, à la tête de sa troupe exténuée, et en compagnie de ses lieutenants, la route conduisant vers Saint-Quentin et Noyon, quand il s'avisa qu'un corps nombreux de cavaliers s'avançait à travers champs et marchait dans la même direction que la colonne, comme pour la protéger dans son repli et écarter d'elle toute attaque ennemie. « La nuit n'était pas très sombre ; je ne dis rien, mais j'observai durant une vingtaine de minutes. Les officiers s'étaient arrêtés. enfin l'un d'eux me demanda si je n'apercevais rien dans les champs. A la halte suivante, un détachement partit en reconnaissance ; mais on ne découvrit rien quoique le même phénomène eût été constaté par plusieurs de nos hommes.
Je suis absolument convaincu d'avoir vu ces cavaliers ; je me sens sûr qu'ils n'existaient pas uniquement dans mon imagination. Je ne tâche pas d'expliquer le mystère, — je me borne à rapporter les faits ».
Je crois inutile de poursuivre la citation de ces témoignages ; tous sont relevés dans une très curieuse et intéressante étude que publie M. C. de Vesme, sous ce titre Armées, flottes et combats fantomatiques, dans les Annales des Sciences psychiques (fascicules de décembre 1915 et janvier 1916). Nos lecteurs n'ignorent pas que le directeur de cette savante publication est M. le professeur Charles Richet, dont le nom est une garantie de bonne foi, de sérieux et de conscience. J'ai reproduit ces divers récits, en les abrégeant quelque peu, mais sans y rien modifier de ce qui fait leur valeur naïve, exempte de tout souci littéraire. Je ne les ai coupés d'aucun commentaire, mais je crois qu'il m'est permis maintenant, sans entamer de discussion de principe, sur le plus ou moins de réalité des faits extraordinaires qui y sont relatés, d'en dire, en fin de compte, ce que j'en pense.
Eh bien, en toute sincérité, je ne puis rien y démêler. On aura remarqué un désaccord frappant entre ces diverses affirmations. L'un des visionnaires aperçoit une troupe d'anges ; un autre constate la présence, parmi la bataille, d'un chevalier céleste, cuirassé d'or et coiffé de cheveux blonds ; plusieurs voient un cheval blanc: certains attestent que ces fantômes prenaient part au combat, mêlés aux mortels combattants, tandis que, ailleurs, ils développaient leurs phalanges dans le ciel. Sur les lieux et les dates des apparitions, mêmes divergences : tantôt le phénomène s'est révélé le 27 août. puis le 28. puis à Vitry-le-François, ville où l'armée des alliés en retraite ne parvint que vers le 5 ou 6 septembre. Il y a là un flottement qui, aux yeux d'un critique sévère, pourrait infirmer toutes ces dépositions.
D'autre part on ne peut, sans témérité, inculper de mensonge tous ces braves soldats, ni d'imposture les personnes honorables, pasteurs ou ambulancières, par l'intermédiaire desquelles nous sont parvenues ces confidences. On ne comprendrait pas dans quel but tant de gens se seraient ligués pour en imposer à la crédulité publique. Si nous étions au moyen âge, en un siècle de foi ardente et sans critique, il serait permis peut-être de supposer qu'on a cherché ainsi à entretenir le courage des troupes, en leur insinuant que Dieu combat avec elles. Mais nous vivons au XXe siècle, en un temps où les croyances ne sont plus naïves, et où le ridicule, même, surtout en ces sortes de matières, risquerait de compromettre la plus noble des causes. Et puis, ceux qui ont vu, et qui ne mentent pas, ne sont pas des paysans bretons, nourris de légendes et férus de superstitions : ce sont des protestants anglais, c'est-à-dire les croyants les plus « raisonneurs » du monde et les moins disposés à admettre les miracles et les fantasmagories.
Faut-il croire à une hallucination collective, causée par la fatigue extrême, la fièvre du combat, l'horreur des spectacles côtoyés chaque jour ? Ceci n'explique pas grand'chose : et d'ailleurs comment accepter une hallucination similaire fourvoyant tant de sujets si différents d'éducation et de rang social et en des endroits si distants l'un de l'autre ? — Alors ?
Alors, comme on ne peut nier un fait, par le seul motif qu'il nous paraît invraisemblable ; comme nous ignorons ce qui est possible et ce qui ne l'est pas ; je conclus que ces choses mystérieuses ne doivent susciter en nous qu'un sentiment : et c'est une admiration sans bornes et recrudescente pour nos défenseurs et nos alliés, pour les braves poilus de tant de nations qui tiennent tête au monstre depuis dix-neuf mois, admiration justifiée de toutes façons, soit que, à force de tension nerveuse, ils en soient arrivés à vivre, tout éveillés, un perpétuel et fiévreux cauchemar, soit qu'ils se montrent si braves que le ciel ait réellement décidé de leur dépêcher un renfort d'archanges et de chérubins pour les soutenir dans le péril et les aider à la victoire."
Dans cette affaire des archers surnaturels de Mons, Machen qui était un ardent défenseur du surnaturel, s'est trouvé dans la position du professeur de prudence devant l'afflux de témoignages, contre par exemple l'Occult Review d'octobre 1915 qui affirmait qu'un lieutenant-colonel bien réel mais qui tenait à garder l'anonymat a bien vu à la bataille du Cateau le 27 août, après celle de Mons, des cavaliers mystérieux qui formaient une partie de la vision de Machen . César de Vesme, auquel G. Lenotre fait référence dans son article, était lui aussi assez prudent. Dans son article de janvier 1916 il observait : "M. Machen publia un opuscule pour appuyer ses vues : parmi ses adversaires, M. Harold Begbie lui répondit par une brochure assez importante intitulée : On the Side of the Angels (« Du côté des Anges ») ; une autre brochure analogue eut pour auteur Miss Phyllis Campbell, qui fut dame de la Croix-Rouge en France, durant les premiers mois de la guerre : Ralph Shirley, directeur de l'Occult Review publia : The Angel Warriors at Mons, exposé assez impartial de la question : les revues spirites et occultistes, les journaux quotidiens même devinrent les palestres où se débattaient ces polémiques et où on apportait les faits nouveaux.
Pour mieux faire comprendre la difficulté qu'il y a à obtenir des témoignages valables dans une pareille affaire, si passionnante, bien qu'il n'y eût pour les témoins aucun intérêt matériel à tromper la bonne foi des enquêteurs, il nous suffira de citer cet épisode caractéristique. Un soldat appelé Robert Cleaver, du 1er Cheshires, déclara devant M. G. S. Hazelhurst, magistrat du comté de Flint, qu'ayant pris part à la bataille de Mons, il avait lui-même fort bien vu les anges qui s'étaient interposés entre la cavalerie allemande el les troupes anglaises, au moment où celles-ci allaient être annihilées. Or on sut ensuite par le major du régiment de Cleaver, quee celui-ci n'avait, été envoyé en France qu'après la bataille de Mons et la retraite qui la suivit.
Je sais bien qu'il y a toujours eu des milites gloriosi s'étant faussement vantés d'avoir pris part à tel ou tel épisode d'une campagne — et que. cela ne signifi.e aucunement que nous n'ayons pas à croire à la réalité de l'épisode en question. Mais on comprend l'effet désastreux que de pareils incidents exercent sur l'esprit de personnes plus accessibles aux impressions qu'aux raisonnements. "
Cependant de Vesmes comme G. Lenotre accorda du crédit aux témoignages recueillis par l'infirmière Phyllis Campbell et aux autres témoignages que cite Lenotre. Il distingue les visions précises (notamment dans les prédictions des voyants) des hallucinations possibles des soldats épuisés par les marches et les combats, puis livre un intéressant dossier sur les apparitions des êtres surnaturelles dans les guerres qui mérite aujourd'hui encore d'être lu.
Dans la brochure de 24 pages de Ralph Shirley on trouve aussi des informations intéressantes. Selon Miss Campbell, un Français originaire de Domrémy qui était à Mons a vu Jeanne d'Arc l'adjurer de se battre quand il voulait s'enfuir (p. 6). L'article de Phyllis Campbell se retrouve dans l'Occult Review d'août 1915 (p. 75 - index ici). Elle y résume ce qu'elle avait écrit à l'éditeur de la revue dès août 1914.
Il y a aussi (p. 8) une histoire qui ravirait les ufologues : un Canadien, après la 2ème bataille d'Ypres de mai 1915, qui a confié au révérand Alexander A. Boddy de Monkwearmouth avoir vu une boule de feu qui devint un ange aux ailes déployées qui se battait pour les Anglais. Les anges ont toujours eu le cote en milieu protestant, qu'on se souvienne des choeurs d'anges d'Orthez (Béarn) en 1686. Un autre combattant vit un ange empêcher les Allemands d'avancer, et un colonel à qui une soignante racontait l'épisode signale qu'il avait vu un phénomène similaire à la Légation britannique à Pékin au moment de la révolte des Boxers : les assaillants chinoi.s avaient été dissuadés d'attaquer car ils voyaient des êtres en blanc aux côtés des Anglais (cela dit, à titre personnel cela ne m'étonne pas : un ambulancier - celui dont je parlais en mai 2025 - en septembre dernier me parlait des Taiwanais qu'il avait connus et précisait qu'ils voyait facilement des présences de morts auprès des qu'ils cotoyaient. On y apprend (p. 9) que Miss Alice Callow, secrétaire du Higher Thought Center à South Kensington, et mère du New Thought Movement (théosophique), avait transmis un témoignage au Weekly Dispatch (18 avril 1915) d'un colonel qui avait vu Saint Georges.
Sur les front de l'Est, au début de la première guerre mondiale les visions avaient été nombreuses : des sentinelles russes avaient vu le général Skobelev conquérant de l'Asie centrale, à la bataille d'Augustovo, en octobre 1914 la Vierge à l'Enfant apparut aux soldats et russes et leur montra l'Ouest etc. Les Britanniques avaient été surpris par les succès de l'armée russe en 1914 (Occult Review septembre 1914).
L'ancien ouvroir de Jurançon
L'ancien ouvroir Saint Ange de Jurançon (64), propriété du diocèse de Bayonne, désaffecté depuis très longtemps, est en travaux.
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L'occasion pour moi ce matin d'interviewer une ancienne couturière jurançonnaise (née en 1934) qui y a fait son apprentissage (au premier étage du bâtiment qu'on voit à gauche sur la photo). Elle évoque ainsi ses souvenirs de sa formation en 1949 :
"Après mon certificat d'études j'aurais aimé poursuivre des études pour devenir pharmacienne, ou même devenir comédienne à Pars - j'adorais le théâtre et ma mère était bien partie à la capitale avec son premier mari dans les années 1920. Mais celle-ci était toujours malade, et comme mes trois frères étaient destinés à partir, elle avait besoin de moi près d'elle. Elle m'a donc inscrite en apprentissage comme couturière chez les bonnes soeurs. Ce n'était pas facile pour moi de m'y adapter car je venais de l'école publique.
Il y avait là six religieuses. Elles n'étaient pas de la région. On se moquait d'elles parce qu'elles parlaient pointu. La maison mère de leur congrégation était à Tours.
Elles étaient six religieuses. La mère supérieure, soeur Suzanne, soeur Johanna qui nous apprenait la couture ; soeur Félix qui allait soigner les gens : elle prenait le solex avec ses seringues pour aller soigner ma mère (son moyen de transport était très moderne) ; soeur Henri-Joseph qui enseignait à l'école des soeurs (école Notre Dame) adjacente ; soeur Bernadette qui faisait la cuisine. Toutes étaient trentenaires, sauf l'infirmière soeur Félix qui devait avoir 55 ans
Comme j'étais très bonne ouvrière, j'étais souvent chargée de superviser le travail des autres. Elles ne s'en sortaient pas toujours très bien. Parfois elles faisaient un faux mouvement avec la pédale et cassaient l'aiguille.
J'avais mauvais caractère et cela provoquait des tensions avec soeur Johanna, qui était pourtant d'un naturel assez timide, et d'une complexion physique fragile (elle était asthmatique). Elle devenait toute rouge quand je lui tenais tête. Un jour elle m'a envoyé chez la mère supérieure. Mais quand la mère supérieure m'a reçue, elle m'a seulement dit de ne pas m'inquiéter, de continuer à travailler comme ça, que Soeur Johanna était fragile.
Soeur Johanna avant d'être religieuse avait travaillé dans un atelier de grand couturier à Paris. Les six soeurs ne s'entendaient pas bien entre elles, elles se disputaient beaucoup.
J'ai effectué un pèlerinage à Lourdes avec elles une fois. On avait trempé nos pieds dans la piscine, puis on avait fait de la barque sur le lac de Lourdes. Les soeurs avaient peur de mouiller leurs cornettes et devaient relever leur tenue qui tombait jusqu'aux pieds".
Je trouve que ce témoignage révèle un peu les contradictions que provoquent l'ouverture au monde de femmes qui s'étaient en premier lieu consacrées à Dieu (la gestion des ouvrières, venues du monde laïque et même laïcard, les règles de décence quand elles prennent la baque avec des tenues qui n'étaient évidemment pas adaptées au tourisme).
Sur la vie quotidienne mon informatrice précise : "Nous étions une dizaine d'apprenties, dont sept jurançonnaises. Une venait d'Uzos, deux de Rontignon. La plupart avaient été instruites à l'école publique. Néanmoins on devait suivre les rituels religieux. Le matin on offrait la journée à Dieu, à midi on récitait l'angelus, l'après midi une partie des complies et des vêpres. Ca me pesait. On allait aussi à la messe à la chapelle qui était à l'endroit où les soeurs logeaient. C'était un véritable atelier et très renommé. Des gens de Pau et de la région venaient faire faire des robes sur mesure. Ils apportaient le tissu. Soeur Johanna se faisait payer la façon. J'y ai ainsi confectionné la robe de mariage de la femme de mon frère ainé".
La Société Ouvroir Saint Ange existe encore avec une numéro de SIREN et est signalée comme ayant été fondée le 1er janvier 1900. L'école Notre-Dame à l'asile Saint-Ange a célébré sa dernière fête le 15 juin 1991. Au fond il y avait là une sorte de complexe de bienfaisance. Le Patriote des Pyrénées du 8 août 1906 y signalait une attribution de primes en ces termes :
"Dimanche, a eu lieu à Jurançon, à l’asile Saint-Ange, la première distribution des primes de la Caisse dotale fondée l’année dernière sous l’initiative de M. le Curé. Il n’est peut-être pas inutile de dire deux mots de cette intéressante œuvre, fondée sur le modèle de celle qu’a organisée A Pithiviers l’abbé Le Sècheroux, bien connu des catholiques qui s’occupent d’action sociale. Elle a pour but de développer et de récompenser chez les jeunes filles le goût de l’économie : les jeunes filles sont encouragées à faire des économies et à les verser à la Caisse : celle-ci les leur place d’abord en livrets de caisse d’épargne, puis, au bout de l’exercice annuel, elle leur attribue une prime proportionnelle à leurs versements et constituée par des cotisations de membres fondateurs, bienfaiteurs et honoraires.
M. le curé de Jurançon, désireux de ne pas moins stimuler la pratique des devoirs religieux que les habitudes de prévoyance matérielle, a institué, parallèlement A cette prime, une prime d’assiduité au cathéchisme de persévérance. L’accumulation de ces primes, que l’on replace aussi au fur et à mesure et qui portent à leur tour intérêt, fournit aux titulaires le moyen de se préparer une petite dot, dont elles auront la satisfaction de toucher le montant au moment de leur mariage qui leur permettra d’entrer en ménage dans des conditions bien plus favorables que si elles ne s’étalent pas appliquées à songer à l'avenir et à épargner.
Ainsi s'accroîtra A Jurançon le nombre des foyers où l'aisance rend plus facile à la famille la pratique des vertus chrétiennes, dont elle est en même temps comme une première récompense. L'œuvre, établie à la fin du mois de novembre dernier, a parfaitement réussi. Si jeune encore, elle compte déjà 64 membres participantes, et le chiffre des économies réalisées en ce court laps de temps 549 fr., est tout-à-fait encourageant ; celui des primes accordées, grâce à l’abondance relative des ressources assurées à la caisse cette première année ne l’est pas moins : 440 fr. et la lecture détaillée de ce palmarès d’un nouveau genre faisait hier, à ce double point de vue, vraiment plaisir à entendre.
Cette lecture avait été précédée par celle d'un rapport, rédigé par la dévouée secrétaire de l’œuvre, Mme Bergeron, qui expliquait à merveille le mécanisme de la Caisse dotale et ses avantages matériels et moraux et indiquait très clairement les résultats d'ensemble obtenus pendant ses huit premiers mois d’existence , , Avant, entre et après ces deux lectures, on a entendu plus d’une demi-douzaine de chansons, chansonnettes, monologues et saynettes , dont le nombreux auditoire a paru enchanté."
Laroin-Saint-Faust-Lasseube (Première partie)
Il y a seize ans, j'étais dans les recherches généalogiques sur mes ancêtres paternels en Aragon.
Hier, j'étais dans les recherches sur mes aïeux du côté du père de ma mère en Béarn. Après avoir identifié leurs noms grâce à la collaboration d'une généalogiste, je suis allé avec elle et son mari explorer les lieux.
Ils sont presque tous concentrés jusqu'à Louis XIV dans l'actuelle paroisse de Saint-Michel des Coteaux.
Commençons donc par évoquer le village le plus près en voiture de Jurançon : Laroin, qui fut notre première étape.
L'église y est récente. Cela se voit notamment au fait que les fondations sont en galets du gave.
Elle se situe à côté de l'ancienne école qui est maintenant un restaurant.
L'ancienne église et le cimetière étaient un peu plus loin dans ce qu'on appelle "le jardin", ce qui est fréquent car on évitait de construire sur les fondations de lieux consacrés. Sa présence est matérialisée par une croix.
Toutefois, il reste dans l'actuelle église, un bénitier qui est un ancien chapiteau gallo-romain, et un fonds baptismal de 1679.
Ont été baptisés dans ce fonds baptismal mes ancêtres :
- Jeanne Salaberthe, née le 18 septembre 1733
- et probablement sa mère Anne de Seignouret qui s'y était mariée en 1732.
Puis nous avons enchaîné avec Saint-Faust, où est né le 22 décembre 1902 mon grand père (Jean-Baptiste Commenges). Voici son église (Saint Faust de haut) récente avec clocher métallique.
A noter que l'église de Saint Faust de Bas qui se situe sur une motte de terre qui rappelle les mottes féodales, place Maluquer. Construite en 1561 elle portait le nom de Saint Jean Baptiste, et c'est le jour de ce saint, le 24 juillet, que Saint Faust est aussi célébré.
Cette église, couverte d'un "crépis DDE", entourée de quelques herbes où se trouvaient sans doute des tombes, était fermée.
Y furent baptisés :
- Pierre Commenges, grand père paternel de mon grand père (né le 1er mars 1836)
- Magdelaine Navaillez la mère de celui-ci, née le 6 janvier 1797
- Marie Poumaret, mère de Magdelaine, née le 24 janvier 1777
- Bernard Poumaret, le père de celle-ci, né le 27 avril 1741
- Jacques Poumeret, né vers 1695
Les femmes disciples de Jésus
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Hier la chaîne Histoire rediffusait le documentaire de 2018 déjà diffusé le 9 août 2021 : " Les femmes disciples de Jésus" (2018) d’Anna Cox avec les historiennes Helen Bond et Joan Taylor (cf ci-dessous en anglais).
Helen Bond est historienne spécialisée dans les origines du christianisme et chef de la Divinity School à l’Université d’Édimbourg et sa collègue Joan Taylor enseigne au King’s College.
Des éléments intéressants : une crypte supposément dédiée à Sainte Salomé près de Beit Lehi avec un graffiti implorant sa protection ; la fresque (découverte en 1971) du Ve siècle de Cerula dans les catacombes de Naples qui pourrait (sous réserve des éléments techniques de nuance que fournit ce site) représenter une femme évêque susceptible d'avoir officié au IIIe siècle ; l'expression étrange dans Marc 6:7 qui laisse entendre que Jésus a envoyé ses disciples en binômes mixtes (un homme une femme) dans les villes pour pratiquer les exorcismes ; la démonstration sur l'effacement progressif des femmes dans les représentations de la résurrection de Lazare sur les sarcophages au musée du Vatican entre 280 et le IVe siècle.
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Un quart des sarcophages du National Treasures Storehouse de Beit Shemesh en Israël (datant de l'époque de Jésus) porteraient Marie comme nom (min 6'44). Marie-Madeleine, Marie de la Tour, est retenue comme étant la première des disciples, mais selon les historiennes, Joanna la femme de Chuza intendant d'Hérode (Luc 8:2-3) était probablement celle qui finançait les apôtres. Tous ces éléments sont instructifs et à ajouter à notre dossier sur la Sainte-Baume (et à nos remarques dans notre livre sur Lacordaire sur la réhabilitation de la féminité chrétienne après le saint-simonisme, voire à nos découvertes sur le traité sur Marie-Madeleine de Demoulins de Rochefort à l'époque de François Ier).
Sainte Thècle : de la Cilicie à Tarragone
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J'ai déjà parlé sur ce blog de l'arrière-grand-père de ma grand-mère paternelle, Pedro Aguilar (1819-1881), franciscain de l'ordre tertiaire. Sa propre grand-mère Tecla Cañizar était décédée à Valjunquera (province de Teruel, dans le Bas-Aragon, à la limite de la Catalogne), en 1844, quand il avait 25 ans. Elle s'appelait donc Thècle, comme la compagne légendaire de Saint Paul, dont personnellement j'ai découvert l'existence dans les années 1990 en lisant "Le Renoncement à la Chair" de P. Brown. J'ai été surpris en l'apprenant car ce prénom était peu usité en France à la même époque. C'est un prénom qui fait miroiter l'Aragon avec la chrétienté d'Orient.
En lisant ce texte de Valentina Calzolari, de l'université de Genève, spécialiste de l'Arménie, The Legend of St Thecla in the Armenian Tradition from Asia Minor to Tarragona through Armenia on apprend comment la spiritualité autour de Thècle s'est nourrie d'un aller-retour avec la culture arménienne. L'article raconte en effet comment Les Actes de Paul et Thècle, qui narrent la vie de la première femme martyr chrétienne, texte syriaque du IIe siècle, ont été traduits en Arménie au début du Ve siècle (l'Arménie était chrétienne depuis le début du IVe siècle). Fauste de Byzance au Ve siècle, dans son Histoire de l'Arménie, fit de Sainte Thècle la gardienne de l'orthodoxie chrétienne face à l'arianisme (une hérésie que l'Arménie, inféodée à l'Empire romain n'adopta jamais). Selon lui, en 378, quand l'empereur romain arien Flavius Valens (qui succéda à Julien l'Apostat et à Jovien) meurt, ce n'est pas entre les mains des Goths à la bataille d'Andrinople, mais tué par St Théodore et St Serge, sur ordre d'une assemblée de martyrs à l'initiative de Ste Thècle, ce dont un sophiste fut témoin en vision dans le sanctuaire de la sainte. Ste Thècle est ainsi érigée en protectrice du Crédo de Nicée.
Il semble que l'épisode renvoie au fait qu'il y avait un sanctuaire d'incubation dédié à Ste Thècle à Séleucie au sud de l'actuelle Turquie, où, selon La vie et les Miracles de Thècle du pseudo-Basile de Séleucie la sainte aurait vaincu le démon d'Athéna.
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En 1320, Séleucie en Cilicie est dirigée par une dynastie arménienne car une communauté arménienne s'y était installée fuyant les seldjoukides. C'était un des ports où faisaient halte les marchands catalans sur le chemin de l'Orient. Grâce aux bonnes relations entre le roi arménien Oshin (4 lettres de lui sur la question sont gardées aux Archives générales de la Couronne d'Aragon à Barcelone, copie des authentiques) puis son fils Levon IV et le roi d'Aragon Jacques II, évoquent le transfert des reliques de Sainte-Thècle de Séleucie à Tarragone. Dans une lettre du 4 septembre 1319, Jacques II annonce l'arrivée prochaine en Cilicie de la mission diplomatique aragonaise, qui remettra des dons au roi arménien. Dans la seconde du même jour, il évoque la création récente de la cathédrale de Tarragone et demande pour elle des reliques "le corps de la bienheureuse Thècle ou une partie"... pourvue que c'en soit une assez grande. Le 4 décembre 1320 le roi signale que le bras de la sainte est arrivé à Valence, et précise qu'aucune autre partie de la sainte n'a été trouvée en Cilicie ni ailleurs dans le monde. La quatrième lettre averti le prévôt de Tarragone Raymond d'Avignon de l'intronisation des reliques à la cathédrale de la ville à la Pentecôte de 1321.
Au Ve siècle il n'y avait pas de reliques ou de tombe de Ste Thècle à Séleucie. Le pseudo-Basile dit d'ailleurs qu'elle n'est jamais morte. Comment en est-on venu, demande Valentina Calzolari, à ce bras comme relique ? Un manuscrit latin du XIV s. archivé à la cathédrale de Barcelone, De Sancta Tecla Virgine, fait état d'une légende arménienne traduite en latin par un notaire du roi Oshin, Nicolas de Ray. Cette légende tardive raconte que Ste Thècle poursuivie par ses agresseurs fut hébergée dans un rocher que Dieu ouvrit pour la sauver (ce qui correspond aussi à la tradition de Maaloula en Syrie). Puis quand le patriarche de Séleucie voulut une relique, un ange le conduisit dans les montagnes et l'avant bras droit de la sainte avec sa main apparut au milieu de parfums sublimes, et le bras fut placé dans une église grecque construite pour l'occasion.
Il existe à la cathédrale de Tarragone un retable sculpté par Johan Vallfogana entre 1426 et 1436 montrant l'apparition du bras à Séleucie.
L'importance de Sainte Thècle pour Tarragone s'illustre dans cet épisode de la vie de l'archevêque Pedro Clasquier (ou Pere de Clasqueri/Pedro de Clasquerin). Alors que le roi Pierre IV d'Aragon dit le Cérémonieux réclame la propriété de la ville de Tarragone, l'archevêque s'y oppose. Le souverain dépêche des hommes de troupes sous la direction de Don Raimond Alaman. L'archevêque excommunie les usurpateurs puis s'en va prier à la l'église dédiée à la sainte. Puis Sainte Thècle apparaît au roi, le gifle, il en tombe malade et, plein de repentir, restitue alors à l'archevêque sa ville et ses biens avant d'expirer. Pedro Clasqueri, qui fut aussi patriarche d'Antioche, mourut en 1380. Pedro IV décéda le 5 janvier 1387 (source : Histoire générale d'Espagne, traduite de Juan de Ferreras par d'Hermilly, Paris, 1751, t. 5,p. 529). Il semble que l'intervention de la sainte ait été postérieure à la mort de l'archevêque.
Saint Vincent Ferrer fit une allusion à cette gifle (1350-1419) dans une lettre au roi Martin l'humain (qui régna de 1396-1410), et sa mention la plus ancienne est dans la Chronique d'Aragon du cistercien Gauberto Fabricio de Vagad. On notera que dans le récit de Vagad qu'a restitué Eduard Juncosa Bonet de l'Universidad Complutense de Madrid, le roi d'Aragon dit seulement qu'une très belle "donzelle" le gifle et que les clercs autour de lui en déduisent que c'est Ste Thècle. Amadeo-J. Soberanas (en 1965), lui, date précisément l'apparition de la sainte du 29 décembre 1386, quand le roi est déjà malade, et précise qu'elle ne le gifle que parce que lui même a tenté de la blesser.
Même dans cette gifle, on voit encore en arrière-plan le thème de sa main droite. Déjà dabs La Vie et les Miracles de Thècle elle avait giflé en magistrat d'Antioche qui l'offensait.
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Dans "El Triunfo Milagroso de la Omnipotencia, en la Vida, Martyrios, y Milagros de la Esclarecida Virgen, e Invicta Prothomartyr de las Mugeres, Santa Tecla Escrivele, y le dedica a la misma Santa el Padre Iayme Vilar de la Compañia de Iesus" / Jaime Vilar (1697) p. 162 et suiv on peut lire de longues conjectures sur la mort de Ste Thèce à 90 ans, alors qu'elle serait née en l'an 29. Il affirme que Saint Paul vint évangéliser l'Espagne en 61, ce qui pourrait être 14 ans après la mort de la sainte, si, au contraire, on retient qu'elle fut martyrisée à 18 ans (en 47). Saint Paul aurait lui-même présidé à l'érection de l'église de Tarragone. Il n'hésite pas non plus à parler (p. 173) d'un sépulcre de la sainte à Séleucie sur lequel Saint Grégoire de Nazanze se serait rendu en pèlerinage.
La liste des miracles de sainte Thècle en Aragon-Catalogne que répertorie Jaime Vilar, il y a l'apparition en 1644 à la prieure du couvent de Sainte Thècle de Valence de la sainte en compagnie de la défunte Doña Isabelle de Bourbon, première épouse du roi Philippe IV, toutes deux portant des colombes à la main. Thècle lui annonce que la reine consort a atteint le paradis après trois jours de purgatoire et que le roi gagnera la guerre qui l'oppose au roi de France (qui vient de prendre Lerida). L'archevêque recommanda le silence, jusqu'à ce que Philippe IV effectivement pût reprendre Flix, Monzon et Lerida.
Elle est aussi apparue à un prêtre de son église de Tarragone et à l'évêque pour leur reprocher d'autoriser un laïc à y être enterré (p. 198).
Le mérite de l'échec des opérations françaises contre Tarragone de 1641 et 1644 fut attribué à la sainte. En 1644 elle aurait atténué l'impact des boulets français, même dans sa propre église. Le commerçant Esteban Fontanet, qui avait subi deux sévères tempêtes en deux ans, le portant au bord de la faillite, dans ses allers-retours entre Tarragone et Barcelone, se sauva d'une troisième par l'invocation de Sainte Thècle (p. 232). En 1656 trois musiciens embarqués à Barcelone pour se rendre à la fête de la sainte à Tarragone furent capturés par des maures. Ceux-ci filaient vers la Côte des Barbaresques pour les y maintenir en esclavage mais les musiciens invoquèrent la sainte et la galère royale espagnole qui passait à proximité prit en chasse leur bateau de captivité et les libéra.
En 1652 le bras de la sainte transporté en procession sur les champs mit fin à la sècheresse à Tarragone (p. 237). A Torralba dans la province de Huesca, confrontés à la même sècherese, les habitants décidèrent d'envoyer une procession à l'église Sainte Thècle à Cervera (province de Saragosse) et obtinrent immédiatement la pluie. Le bras de Sainte Thècle à Tarragone rendit la vue à un prêtre aveugle depuis 16 ans (p. 244), ses "reliques" du couvent Sainte Thècle de Valence produisirent aussi des guérisons, un enfant d'Alcogujate (Cuenca en Castille) guérit de ses fractures après une neuvaine de ses parents dédiée à la protomartyre, etc.
Le souvenir de la sainte en Aragon est associé à un mélange de douceur et de rigueur.
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