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Quelques remarques historiques sur l'iridologie

1 Août 2026 , Rédigé par CC

En 1937 on pouvait lire ceci dans un journal local charentais et un autre journal berrichon :

"L’iriscopie a cent ans...

Les yeux, miroirs de la santé

L'œil est la fenêtre de l'âme - cela, on le savait déjà. Mais on sait moins que c'est aussi le miroir de la santé. Une légende curieuse veut que cette science soit née au hasard, il y a un siècle, dans La basse Hongrie. Un adolescent, qui devait devenir\ plus lard un célèbre médecin Ignaz Peczely, aimait jouer avec un hibou apprivoisé. Or, il arriva un jour que l’oiseau enfonça ses griffes si profondément dans le bras de l’enfant que, pour dégager celui-ci, il fallut briser Une patte de la bête. A cet instant précis, Peczely remarqua qu’une ligne venait de se former dans l'œil du hibou, du même côté que, se produisait la fracture. Il en fut frappé et cet incident se fixa dans sa mémoire.

Plus tard, devenu chirurgien, il eut l'occasion de constater, dans les yeux des malades qu’il opérait, des phénomènes analogues. Il en conclut qu’il y avait des rapports étroits entre les forces vitales de l’organisme et l’œil, que les altérations des organes étaient comme projetées sur l'écran de l’iris. Patiemment, Peczely rassembla une abondante documentation : finalement, il repéra exactement les portions de l’œil correspondant aux diverses pur lies du corps et reconnut les signes révélateurs des lésions survenues. C’est alors qu’il acquit rapidement la réputation d’un médecin extraordinaire, qui fait des miracles. Depuis, un peu partout dans le inonde, les chercheurs ont poursuivi l’œuvre et l’iriscopie, désormais, se classe parmi les méthodes de diagnostic les plus rapides et les plus sures. La France a pris sa part dans l’évolution de cette nouvelle science, grâce aux travaux des docteurs Klotz-Guérard, Léon Vannier, Fortier-Bernoville, Walter et de bien d’autres.

A l’occasion de ce centenaire, Je Sais Tout consacre une importante étude à l’iriscopie. D’après les dessins reproduits, on remarque qu il n’est pas une zone de nos yeux qui ne soit en relation avec un organe, même très petit, de notre corps. L’iris idéal est celui dont la couleur est tout à fait homogène, sans raies, sans taches, sans voiles ni nuages. On ne le trouve plus chez les peuples civilisés. Regardez vos yeux dans une glace ou examinez ceux de vos proches : vous serez surpris des perturbations de tout genre subies par les iris. Plus ces troubles sont nombreux, plus l’état de santé est précaire. Lignes blanches, nuages blancs, ' ombres, taches noires, colorations diverses, ont chacun une signification. Leur emplacement permet de déterminer l’organe atteint, tandis que leur forme fournit des indications sur la nature et l’intensité de la maladie. Nous sommes en présence de faits qui ne peuvent être, de bonne foi, contestés. Un simple examen de l’œil peut désormais permettre au médecin, à l’aide d’une loupe, par exemple, non seulement d’établir son diagnostic, mais encore de vérifier l’efficacité , d’un traitement. Voilà donc un centenaire qui pourra être fêté par toute l’humanité souffrante. "

Marie-Claire en 1942 (sous l'Occupation) s'enthousiasmait aussi pour cette iriscopie ou iridiologie considérée aujourd'hui comme une pseudo-science.

L'iridiologie a fait son chemin en Europe centrale, en Suède (vie la pasteur Liljequist), en Allemagne. En 1924 Jean d'Orsay (pseudonyme) pour Le Matin repris par le Nouvelliste d'Alsace rencontrait l'abbé Wagner, curé de Lauterbach dans la Sarre (qui avait une notoriété européenne en la matière) et évoquait en ces termes leur entrevue :

" Comme plusieurs malades l’attendaient, l’abbé Wagner me fit assister à quelques-unes de ses consultations. Chez une jeune fille, dans l’iris bleu de laquelle il me fit distinguer un petit point noirâtre, placé d’une certaine manière, il vit un commencement de cancer à l’estomac; chez un prêtre de ses amis, il diagnostiqua, d’après un cercle jaunâtre autour de la pupille, une hyperacidité assez prononcée de l’estomac; chez un ingénieur de Strasbourg, par un signe aperçu dans le blanc de l'œil droit, un ensablement de la vésicule biliaire; chez d’autres, et suivant des indices variant d'emplacement et de coloration, des varices internes, une hypertrophie du cœur, une congestion du foie, etc„

Remarquez, poursuivit l’abbé Wagner, que j’établis mon diagnostic par l’examen exclusif des yeux, sans le secours d’aucun autre moyen et sans que je touche au malade. Pour moi. en effet, les yeux sont les meilleurs et les plus clairs miroirs du corps humain .

— Avez-vous été appelé en consultation auprès de hauts personnages?

— J ai été mandé au chevet du bey de Tunis, le prédécesseur du souverain actuel et j’avais diagnostiqué chez lui une hypertrophie considérable et incurable du foie, dont il mourut quelque temps après. Une autre fois, un aide de camp vint me chercher de toute urgence pour que je donne mon avis sur l’état désespéré de l’ex-impératrice d'Allemagne, mais lorsque nous arrivâmes à Clèves. une dépêche nous y attendait nous informant du décès de la princesse déchue— et je n’en fus pas très fâché, car comme on avait perdu tout espoir de la sauver, si elle avait succombé après ma visite, les luthériens allemands auraient peut- être insinué que sa mort était due aux maléfices d’un curé sarrois?

L’abbé Wagner m’énuméra encore un certain nombre de personnalités françaises et étrangères qu’il fut prié d’examiner et qu’il a soignées, mais dont je ne me crois pas autorisé à révéler les nom".

L'Action Française allait ironiser sur l'enthousiasme de Jean d'Orsay pour cette science "auxiliaire de la médecine" en disant lui préférer la sobriété des remarques évangéliques sur l'oeil, mais sans guère d'argument à part la méfiance à l'égard du modernisme. L'année 1924 semble avoir été charnière pour la découverte de l'iridiologie en France, puisque même la revue théosophique "Le Voile d'Isis" sous la plume de Louis Redonnel dit Ian Mongoi en parla, mais le numéro de cette revue est introuvable sur le Net (il eût été intéressant de savoir ce qu'en pensait un ésotériste). La même année le Petit Marseillais braquait le projecteur sur un iridiologue parisien, le Dr Léon Vannier, auteur d'un précis, qui officiait dans ce domaine depuis 1907. et qui complétait cette pratique avec l'usage d'un iriscope et d'un irisgraphe. En 1931 Vannier, directeur de la Société Homéopathique homéopathique (il dirigeait la revue L'Homéopathie française) se disait, dans une conférence, ouvert à l'astrologie médicale.

La pratique fait penser aux guérisons par phrénologie ou chirologie. Sur le lien entre iridiologie et chirologcie, Point de vue, Images du monde, en 1948, racontait ceci : "L’iriscopie permet de déceler, dans les taches, les nuages, es traits qui s’inscrivent dans l’iris de l’œil, les maladies qui atteignent, ou risquent d’atteindre, les organes correspondant à la partie de l’iris où se tient le phénomène. Le docteur Vannier affirme qu’il peut même déceler dans l’iris d’un homme sain le signe avant-coureur de la maladie qui va se déclarer quelques jours ou quelques semaines plus tard. — Cela semble de la magie, observent d’autres homéopathes, qui ne partagent pas tous la foi du docteur Vannier dans l’iriscopie. Pourtant, un autre nous conte l’étonnante histoire d’un haut fonctionnaire des beaux-arts qui vint un jour trouver le docteur Vannier. Ayant pris un moulage de la main de son fils, âgé de deux ans, un chirologue avait vu, inscrit dans les lignes de la paume, le signe évident qu’un accident mortel abrégerait, à quatre ans, la vie de l’enfant. Le docteur Vannier examine le garçon, qui semble se porter parfaitement.  Pourtant, lorsque l’enfant approche de la quatrième année, il maigrit. Les parents, affolés, le conduisent de nouveau chez le docteur Vannier, qui l’examine sans rien trouver d’anormal. Mais, à l’iriscope, il distingue une légère brume qui voile la partie de son iris correspondant au poumon. Un traitement homéopathique, aussitôt institué, enraye l’amaigrissement. Et, peu à peu, tandis que l’enfant prospère normalement, s’efface de sa main le signe fatal qu’une intervention, devançant l’arrivée de la maladie, a peut-être rendu sans objet... Lorsqu’il s’agit de passer de la découverte de la maladie à son traitement, la technique homéopathique est tout aussi complexe. Le médicament ne possède que deux formes : une petite boule blanche, luisante et ronde, au goût sucré ; une fiole d’un liquide transparent, inodore et sans saveur. "

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