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27 Juin 2025 , Rédigé par CC

Je condamne la décision unilatérale de la plateforme Overblog de truffer mon blog de publicités en violation des conditions générales d'utilisation auxquelles j'avais adhéré lors de la création de ce blog.

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La théologie de l'amour d'Anders Nygren

17 Juin 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Histoire des idées, #Spiritualités de l'amour, #Christianisme

Comme je le disais il y a peu, l'opposition entre Eros et Agapé qui a inspiré Denis de Rougemont est discutée aujourd'hui par des gens comme Jean-Luc Marion (ici min 29). Dans l'Expérience érotique, Marion écrivait : "Il faut avoir une bonne dose de naïveté ou d'aveuglement, ou plutôt ne rien connaître à l'amour et à la logique érotique, pour ne pas voir que l'agapè possède et consume autant que l'éros renonce et abandonne".

A côté de l'étude historique de Rougemont, il y a la théorie du théologien suédois Anders Nygren (1890-1978). Il l'a construite à partir d'une problématique de l'inspiration de l'amour "par le haut" ou "par le bas". A la différence de Rougemont, Nygren voit dans l'Eros, mouvement ascensionnel de l'homme vers Dieu (opposé à l'agapè) un héritage grec et non une perversion cathare. Si Rougemont voit dans l'Eros une source de fatalisme et d'abandon, Nygren y voit une source d'égocentrisme et d'hypertrophie du Moi. Les deux sont cependant d'accord pour le condamner.

Avant Marion, l'anglican CS Lewis (1898-1962) avait critiqué les catégories de Nygren, quoique sans affronter directement leur auteur (seulement à demi-mot dans Surprised by Joy). Lewis considérait le mal comme un parasitage du bien, mais dans un processus où le bien l'emporte malgré les avanies provoquées par la chute d'Adam et Eve. C'est pourquoi il croit au pouvoir de laraison et ne pense pas un surnaturel coupé du naturel : le miracle est naturel du point de vue  d'une logique supérieure, celle de Dieu. Et la capacité de l'homme à aimer est une réponse à l'amour divin qu'il reçoit, comme imago dei. Créé par l'Amour, l'homme a besoin d'aimer, mais il le fait avec désordre. Il faut donc le corriger. L'eros, qui chez Lewis correspond seulement au fait de tomber amoureux, doit être corrigé par l'agapè. L'Eros s'il est trop honoré devient un démon car il prend un pouvoir religieux sur nous (cf son livre Four loves). Néanmoins cet amour le plus bas est nécessaire à l'amour plus élevé en vertu du principe de Thomas à Kempis : le plus haut ne tient pas sans le plus bas.

L'amour-besoin (Need-Love), que Lewis au début voulait opposer à l'amour-don (Gift-Love) comme forme inférieure traverse l'humain de part en part. Dans tous les cas il est en partie égoïste, même dans le rapport à Dieu, mais on ne qualifierait jamais d'égoïste une enfant qui se blottit contre sa mère. Contre Lewis qui voit dans le moindre plaisir un signe de pollution de l'agapè par l'eros, Lewis pense que le plaisir n'est pas en soi une marque d'orgueil et d'égoïsme. Le Sehnsucht, l'ardeur, que Lewis assimile à la Joi (Joy) mêle dans la poésie scandinave médiévale mélancolie et émerveillement extatique. Chaque expérience de joie se révèle insaisissable. C'est la quête d'une fusion avec la beauté absolue ou la bonté absolue qu'il expérimentait lui-même. Chez lui, à la différence de Nygren, l'homme n'est pas qu'un canal de diffusion de l'amour. Il répond activement à Dieu, et son attente (longing) dans la recherche de la Joie est sa façon de prendre la main que Dieu lui tend. Cela transcende l'opposition eros/agapè.

Un autre critique de Nygren avait été le jésuite anglais Martin d'Arcy (1888-1976). René Girard dont les théories sur la violence dans l'amour sont inspirées de Rougemont reconnaissait aussi avoir aussi lu d'Arcy. Celui-ci avait réfuté l'opposition entre l'eros (le lion) et l'agapè (la licorne). Les deux suivent la loi de l'univers : l'un reçoit, l'autre donne. L'un et l'autre à leurs extrêmes sont mortifères. Après avoir condamné de Rougemont pour son ouverture exclusive à l'agapè (qui d'ailleurs lui faisait rejeter même les mystiques), il s'intéresse à Nyger, mais finalement prônera une troisième voie entre sadisme et masochisme qui laisse une place à la fois à l'eros et à l'agape.

Lors d'un séminaire en Grèce en 2015 ("Love ancient Pespectives"), Torstein Theodor Tollefsen est revenu sur le sujet, critiquant l'opposition de Nygren entre Eros et Agapè comme des motifs fondamentaux n'ayant rien en commun, avec un monde grec d'un côté et un apport christique de l'autre, tout cela sur fond d'un vide complet de l'humain réduit au rôle de simple canal (on retrouve là la critique de Lewis).

Dans le même séminaire le Norvégien John Kaufman fournit une critique des "motifs fondamentaux" de Nygren autour du cas qu'il mobilise de la prédication d'Irénée de Lyon, On pourra lire aussi avec intérêt l'exposé d'Andrew Louth de l'université de Durham sur l'amour (à la fois eros et agapè) comme manifestation et réponse à la Beauté chez Denys l'Aréopagite, et la théorie de Maxime le Confesseur présentant l'eros comme un perfectionnement du désir de l'âme et l'agapè comme perfectionnement du thumos de l'âme, c'est-à-dire de son énergie psychique.

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Sainte Hildegarde et les pierres

14 Juin 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Christianisme, #Médiums, #Spiritualités de l'amour

J'ai acheté récemment une pierre de tourmaline, mais j'ai dû m'en défaire. Pour autant je ne nie point le pouvoir bénéfique de certaines pierres lié aux stoicheia. J'ai pu l'éprouver en 2014. Sainte Hildegarde de Bingen a développé ce thème dans ses écrits.

Je crois que c'est un sujet important. Par exemple si l'on reprend la procession des apôtres sur l'horloge de Prague (voyez ici) à la lumière des écrits de cette sainte pour chaque pierre qui y est symbolisée, on ferait sans doute des découvertes étonnantes.

Dans la vidéo ci-dessous (en espagnol) de la chaîne équatorienne des Chevaliers de la Vierge, le Père Ricardo Hucke, de la confrérie des Hérauts de l'Evangile nous offre une bonne introduction avec ce sujet. J'en retiens en particulier une bonne citation de Sainte Hildegarde sur le diamant, pierre de Lucifer dont la mission était de refléter pleinement la lumière de Dieu (ce qui explique son utilisation dans les sociétés secrètes et les productions culturelles qu'elles inspirent, notamment depuis Marilyn Monroe). 

J'ai vu aussi qu'en Colombie la Dre. Katiuska Villasmil fait une vidéo sur le sujet, mais j'ignore si elle bénéficie du même blanc-seing ecclésiastique que les Hérauts de l'Evangile.

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Thérapies occultistes : l'affaire Ece Güren en Turquie

10 Mars 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Médiums

Un étrange fait divers a agité les réseaux sociaux turcs le weekend dernier. La semaine dernière, une architecte paysagiste de 36 ans, Ece Güren, qui se sent maltraitée dans son boulot où on la traite comme une boniche et qui se dispute avec sa famille, poste sur le Net un message annonçant qu'elle s'exile dans la forêt de Belgrade, une étendue boisée sur plusieurs kilomètres près d'Istanbul. Elle précise même qu'elle va vers "le barrage". On ne sait pas si c'est un symbole ou pas. Certains comprennent aussi qu'elle va y réaliser une "thérapie par le cri" ou on ne sait trop quoi.

On la retrouve au bout de 4 jours (le 7 mars), en hypothermie. Elle meurt au bout de quelques heures à l’hôpital.

Pour pimenter les choses une "thérapeute" quinquagénaire Hale Nur Özen, déclare sur YouTube qu'Ece a été son élève en ligne, et qu'elle a suivi un module de cours de sorcellerie depuis septembre (mais elle connaissait sa prof depuis deux ans : "Elle a commencé par suivre des cours de lancer de plomb, de tarot et de chamanisme"). Özen vit à Bursa et est l'auteure du livre Witchcraft, Breaking the Rules. Elle se présente comme la fondatrice d'une science de « l'astronomie » et partage du contenu astrologique sur les réseaux sociaux.

Il n'en faut pas plus pour lancer des débats sur le Net turc à propos des nouvelles thérapies, de l'envoûtement etc. On fantasme sur les pouvoirs paranormaux de la forêt de Belgrade.

Les autorités arrêtent Özen et l'interrogent sous le chef de « contredire la vérité concernant la sécurité intérieure et extérieure du pays, l'ordre public et la santé générale, et de fraude qualifiée , dans le seul but de créer l'anxiété, la peur ou la panique parmi la population ». Devant la police elle déclare que ce qu'on nomme "witchcraft" dans son enseignement est purement psychologique et logique, basé sur l'étude des émotions, et qu'Ece était pleine d'obsessions tristes. Elle reste sous contrôle judiciaire. Özen, qui signe des autographes deux fois par semaine, n'a plus le droit de voyager à l'étranger.

On découvre aussi qu'Ece Gürel avait participé à un concours télévisé intitulé « Super Puzzle » il y a 10 ans. Gürel a déclaré dans l'émission que même si elle voulait devenir architecte paysagiste, elle avait étudié dans une "troisième université" en raison des difficultés qu'elle rencontrait dans le secteur, a également déclaré qu'elle était très intéressée par l'astrologie et que son plus grand rêve était d'aller en Australie.

Le père d'Ecce, lui, se défend contre l'accusation de sorcellerie portée contre sa fille : elle était terre à terre, et surtout elle pratiquait le jeûne du Ramadan, donc elle ne pouvait pas être sorcière. Cependant sa fille a bel et bien laissé sur le Net des traces de sa passion pour l'astrologie et les tarots et son suivi des cours de sorcellerie est avéré.

Une amie d'enfance d'Ece qui a grandi près de chez elle, Güfte Keskin, précise : " Mon amie était une personne très accomplie et saine. Son frère aîné était mon ami de collège. Nous avons grandi dans le même quartier. Pendant qu'elle allait à l'école, j'allais au travail. Nous revenions ensemble. C'était une personne très positive et joyeuse qui ne pensait pas à la négativité. D'après ce que j'ai entendu dans les médias, elle avait des problèmes au travail. Elle s'est intéressée aux tarots et j'en ai même plaisanté avec elle. Elle a reçu une formation à ce sujet . C'était une personne pleine de vie et il n'a jamais rien dit de négatif. " D'autres amis le confirment... comme quoi on peut être occultiste et joyeux, au moins pendant un temps.

L'écrivaine new age Sibel Uzun, y va de son hypothèse : la jeune femme sous l'influence des tarots avait peut-être fait "un tour astral" et avait disparu "en réinitialisant son énergie".

La prof de sorcellerie, Özen, pour sa part, a livré à la presse quelques infos sur les hypothèses avancées pour expliquer l'accident :

Sur la méditation "Lorsque nous méditons, nous mettons de la musique relaxante à côté d'elle. Si elle méditait, le téléphone portable d'Ece serait dehors, pas dans son sac. J'ai regardé la vidéo. Le téléphone était dans son sac."

Sur la possible consommation d'ayahuasca : "L'Ayahuasca est devenue populaire en 2014. Tout le monde se posait la question. Le prix d’une tasse était alors de 1 500 dollars. Ils disent qu'elle a fait une retraite. Les salles de retraite sont également construites à des prix très élevés. Ece et son mari n’avaient pas de tels moyens financiers. Ece n’est même pas quelqu’un qui peut allouer un budget pour cela. Il ne lui donnera pas non plus autant d'argent. Une fille jeûnante et fidèle. L'idée de « planer, d'utiliser quelque chose de différent » n'était pas du tout quelque chose qui convient à Ece"

Il y a fort à parier qu'on ne connaîtra jamais le fin mot de cette sombre histoire. A supposer même que la police découvre un jour que l'architecte aurait été entraînée dans la forêt par un être de chair et d'os qui avait de mauvaises intentions à son égard, cela ne dira rien des causes spirituelles de ce qui lui est arrivé. Il est intéressant en tout cas que beaucoup de commentateurs le relie aux dangers de la pratique des tarots. On relève aussi que les réactions en pays musulmans sont les mêmes que chez les Chrétiens : si elle pratique le ramadan elle ne peut pas être sorcière, quand on pratique mieux la religion on ne va pas au devant de ce genre de mésaventure, etc.

 

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Un symposium sur l'IA et les "intelligences non-humaines" de la scolastique médiévale

28 Février 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Un écho à ce qu'on disait récemment sur les enjeux spirituels de l'intelligence artificielle (et le rapport avec le thème de la possession) :

Un symposium universitaire international d'une journée coordonné par Dr. Denisa Reshef Kera "Design & Policy Lab" Maître de conférences Programme Science, technologie et société à l'Université Bar Ilan, Israël, aura lieu à Enschede aux Pays-Bas le 1er juillet 2025.

Titre du symposium : "Agents IA : intelligence artificielle, angélique ou antagoniste ?" Avec pour illustration de l'invitation, une scène d'exorcisme extraite du Rituale Romanum.

Présentation du symposium (traduction française) : "Les agents IA contemporains illustrent-ils ou réinterprètent-ils les débats oubliés sur les fonctions ontologiques et éthiques des intellects angéliques, des adversaires démoniaques et des phantasmata (machines) ? Ce symposium présente l’intelligence artificielle (IA) comme un catalyseur qui relance les discussions fondamentales sur l’agence, l’ontologie, l’épistémologie et l’éthique. Les débats sur les formes radicalement externalisées, affectives, distribuées, simulées ou émergentes de l’agence sont après tout enracinés dans les recherches scolastiques médiévales sur les intelligences non humaines. Revisiter ces paradigmes historiques nous permet de nous demander si l’IA fait revivre les ontologies prémodernes ou force leur reconfiguration radicale dans les conditions technologiques, éthiques et philosophiques contemporaines.

Nous accueillons avec plaisir des articles qui abordent de manière approfondie et créative la philosophie classique, la théologie et la recherche contemporaine en IA dans les sciences sociales et les disciplines connexes. Les soumissions doivent aller au-delà des dialogues simplistes avec l'IA pour offrir des engagements théoriques rigoureux sur l'agence, l'intelligence et l'éthique non humaines. Nous encourageons les contributions de domaines tels que les études médiévales, la philosophie de l'esprit, l'éthique de l'IA et les études sur la science, la technologie et la société (STS), entre autres. De plus, nous invitons les informaticiens et les chercheurs dans des domaines techniques qui souhaitent explorer ces questions interdisciplinaires.


En replaçant l’IA dans les traditions historiques et philosophiques, ce symposium vise à éclairer la manière dont l’agence, l’intelligence et la responsabilité morale sont redéfinies. Nous invitons les chercheurs à contribuer à cette conversation critique en examinant l’IA non seulement comme une extension de la cognition humaine, mais aussi comme un défi aux hypothèses fondamentales sur la connaissance, l’autonomie et l’existence partagée. Les articles doivent analyser de manière critique le statut ontologique et épistémique de l’IA, ses implications éthiques et son rôle dans la refonte des conceptions historiques et contemporaines de l’agence et de l’intelligence."

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Christianisme et société en 1971 et aujourd'hui : la question de la verticalité

15 Janvier 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme, #Philosophie

Je lis dans la revue communiste la Pensée de 1971 un article d'Antoine Casanova (1935-2017) à propos de Vatican II explique :

"Au premier chef, on assiste à une modification du visage de Dieu et des rapports des croyants avec Dieu. Chez les hommes qui transforment quotidiennement le monde naturel par une mise en œuvre rationnellement organisée des forces scientifiques et techniques, qui sont devenus conscients de la valeur universelle de leurs aspirations de travailleurs et des possibilités de l'action collectivement organisée, la catégorie idéologique de Dépendance est de moins en moins opératoire. Dieu n'est plus maître supérieur des phénomènes naturels, seigneur des hiérarchies sociales. Le croyant s'éprouve au contraire comme coresponsable de son œuvre et de son destin et « appelé à une relation personnelle qui le fait participer à la responsabilité de l'œuvre de création » et « on peut trouver là directement le fondement religieux des attitudes de base que réclame dans la société industrielle le travail communautaire des hommes dans le sens d'une association » 49. Dieu est de plus en plus vécu comme Dieu frère plutôt que comme Seigneur Père, Dieu partenaire engagé en un rapport de coopération et qui ne peut être saisi qu'au travers de la présence d'une communauté humaine, y compris dans l'Eucharistie définie comme « une célébration communautaire ou un partage de la parole et du pain » ce qui « est une expression minimaliste qui fait beaucoup plus penser à une agape fraternelle (partager le pain et le sel) qu'à la Sainte Cène du Christ »  . La puissance du courant qui se rattache à cette nouvelle symbolisation a été maintes fois évoquée (et dénoncée) par les autorités romaines

Corrélativement est de plus en plus mis sur tous les signes qui représentent le salut comme affaire terrestre à dimension essentiellement communautaire. Nous retrouvons ici un autre aspect de la forte valorisation de l'aspect « repas » communautaire de la messe qui grandit tandis que « quittent l'avant-scène de la liturgie » des dévotions (l'adoration du Sacré-Cœur, du Saint-Sacrement) dont le symbolisme représentait une eschatologie individualiste.

Le symbolisme qu'élaborent les masses tend en même temps à signifier leur volonté de libération des contraintes sociales d'exploitation. Les niveaux de signification sont ici complexes. Au premier chef et de façon générale, Dieu ne peut être imaginé qu'avec les attributs qui signifient l'éternelle stabilité de l'ordre des classes dirigeantes. L'or et les fastes ont de moins en moins leur place dans la symbolique religieuse populaire. L'expression du sacré par les symboles de l'accumulation des richesses s'est muée en « contre signe ». Il en a longuement été question à la première session du Concile dans les interventions des prélats réalistes attentifs à ne pas laisser s'accroître l'écart entre les aspirations religieuses spécifiquement populaires et l'image que propose la hiérarchie"

On trouve dans le même numéro un article sur les théories de Monod, mais laissons cela pour plus tard.

Aujourd'hui le projet de Vatican II apparaît au sein de l'Eglise usé et porté par une génération d'octogénaires (comme le pape actuel) dépassés par un renouveau conservateur (de plus en plus de prêtres en soutane, le succès du pèlerinage conservateur de Chartres cette année). Beaucoup en dénoncent les aspects marxisants ou à tout le moins progressiste de type maçonnique avec cette "démocratisation" de la hiérarchie (le "peuple de Dieu" censé jouer un rôle actif sans recevoir passivement les directives du clergé). Et c'est en même temps la "protestantisation" qui est dénoncée avec ce Dieu "frère" qui nous invite à son "repas".

J'ai été moi-même, paradoxalement sous l'influence des évangéliques, sensible à cette critique de la "réduction de Dieu" qu'opérait le modernisme dans l'Eglise.

Cependant la réhabilitation de la tradition et de la solennité de ses rituels (notamment dans la messe latine) porte aussi en germe des dangers comparables à ceux de la fascination actuelle de certains milieux de droite pour le trumpisme : la recherche d'une figure d'autorité salvatrice dont le chef charismatique est l'incarnation dans l'ordre politique et le Dieu "à l'ancienne" la sublimation religieuse.

Dans l'ordre des Ecritures saintes (la Bible) ont trouve autant d'arguments pour l'image paternelle royale de Dieu (l'Ancien Testament, l'Apocalypse), que pour celle d'un Dieu frère par le Christ (toutes les images de Jésus frère et ami dans l'Evangile).

Sur le plan philosophique Dieu est peut-être aux deux extrêmes du spectre (infiniment puissant et infiniment dépendant de la collaboration de l'homme, un paradoxe kabbalistique et dialectique qu'on ne peut pas totalement évacuer puisque Dieu est tout). Il n'est pas impossible que la re-transcendantisation de Dieu et du fait religieux, ne soit qu'un "moment" comme le retour de la pudeur, du moralisme etc. Mouvement de balancier dont on ne comprend pas vraiment la nécessité historique mais qui s'est souvent constaté dans le passé.

Faut-il complètement y adhérer ? N'y a-t-il pas dans le retour de la verticalité une inquiétante abdication de notre mission humaine ?

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Le voyage sur la lune selon Kepler

20 Juillet 2024 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

Les débats actuels sur la réalité de l'alunissage de 1969 nous le font peut-être oublier, mais la question du voyage sur la Lune a eu beaucoup d'importance sur le plan ésotérique, et a coûté fort cher à l'astronome J. Kepler dont on a déjà parlé ici.

Revenons sur ce sujet plus en détail.

A l'été 1609, Kepler a l'idée d'un alunissage en appendice à son travail de 1593 sur la perception des phénomènes célestes depuis la Lune (qui dérive d'une comparaison de la Lune avec la Terre, laquelle renvoie à Pythagore pour qui la Terre est une Lune, voyez Pierre Borel à ce sujet). Il en fait part à Galilée en disant qu'il a fait une géographie lunaire pour faire plaisir à Johannes Matthaeus Wackher von Wackhenfels, conseiller ecclésiastique de Rodolphe II.

Mais alors en 1611, des exemplaires de son Songe (un conte sur ce sujet) circulent jusqu'à Tübingen où des gens y voient une source de mise en cause de sa mère, Katharina qui vit à Weil-der-Stadt. Les archives auxquelles ont eu accès divers auteurs expliquent qu'une certaine Ursula Rheinhold a eu recours à ses services pour avorter avec une potion qui l'a rendue malade.  Le frère d'Ursula, barbier, qui a lu le Songe, s'est épanché auprès du juge de Léonberg. Katharina a commis l'erreur de lancer un procès en diffamation, et alors les langues se sont déliées contre elle. Le 7 août 1620, à 74 ans, elle est emprisonnée à Léonberg pour sorcellerie. Elle sera libérée un an plus tard après que Kepler eut trouvé des causes naturelles aux sortilèges qu'on lui reprochait.

Ce qui a alerté le barbier c'est, dans le Songe, que le héros, du nom de Duracotus l'islandais venu de Thule, raconte comment sa mère Fioxhilde morte récemment a convoqué des esprit pour faire un "voyage astral" jusqu'à la Lune...

Cet événement donna envie à Kepler de préciser sous forme de notes ce qu'il avait voulu expliquer dans le Songe : le code de ce roman renvoyait à la magie naturelle (au sens de Pomponace) et non à la magie noire - par exemple que le daimon dont il s'agit est un ensemble de savants dont il a consulté les ouvrages).

Dans ce Songe, Kepler raconte qu'en 1608, au moment des conflits entre Rodolphe II et l'empereur Matthias, les gens en Bohème recherchaient des précédents à leur histoire, et lui-même, Kepler était tombé sur l'histoire de Libussa (Libussae viraginis), la mère légendaire du peuple tchèque, célèbre pour sa magie. Un jour il s'endort et il lui semble lire dans son sommeil un livre acheté à la foire de Francfort. Mais alors le vent et la pluie dans son sommeil viennent détruire la fin du livre. En fait dans son rêve il y avait la magicienne Fioxhilde (un mot que dans ses notes il dira inspiré par le fait qu'il avait vu le mot "Flox" sur une vieille carte de la maison que le recteur de l'université Charles lui louait à Prague au niveau de l'Islande, île qu'il relie à plusieurs références livresques), et son fils Duracotus (celui qui s'exprime dans le livre) et ils se sont couverts la tête pour mieux entendre un daimon. A la croisée d'un chemin ils prononcent une formule magique pour que neuf chefs d'esprits les fassent voyager jusqu'à Levania, allégorie de la Lune, ce qui est l'occasion pour Kepler d'utiliser ses travaux de 1593 dans ses descriptions.

L'histoire de l'aventure de Duracotus et de sa mère sorcière aurait été, selon l'historienne de l'Art Catherine de Buzon (Cahiers de Fontenay 1975) entièrement réduite à des explications naturelles par les notes de bas de page écrites pour disculper sa mère à Leonberg.  Michel Ducos ici, en 1985, y voyait un pur divertissement. Il relève cependant que beaucoup de notes explicatives de Kepler renvoient au "Sur le visage qui apparaît dans le disque de la lune" de Plutarque. Or Plutarque, lui, ne plaisantait pas du tout quand il écrivait que l'une des taches de la Lune, appelée le "golfe d'Hécate" est le lieu "où les âmes subissent la peine et obtiennent vengeance de ce que, une fois devenues démons, elles ont fait ou souffert" (Plutarque, 944, c).

J'ajoute aussi que dans les années 1970 l'anthropologue Maurice Godelier qui enquêtait sur les Baruya, une des dernières tribus coupées des Blancs en Nouvelle Guinée fut interpellé par leur chamane qui lui dit : "la lune est le séjour des morts - donne nous la formule magique qui a permis aux Blancs d y aller ".

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Les lévitations de Saint Joseph de Cupertino

4 Avril 2024 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète

Il y a peu un correspondant me parlait d'une fanatique des films d'horreurs qu'il connaissait et qui l'avait effrayé quand il avait vu qu'elle était capable de léviter à plus d'un mètre du sol. Assurément la lévitation est souvent diabolique comme dans le cas de Magdeleine de la Croix de Cordoue au siècle d'Or espagnol ou des possédées de Louviers sous Mazarin. L'ufologue soi-disant catholique, qui se vante du fait que ses recherches lui ont attiré l'intérêt de représentants de l'industrie aéronautique, fait preuve de moins de discernement quand dans "American Cosmic" elle se penche indistinctement sur tous les religieux lévitants en expliquant qu'elle cherche ainsi à mieux comprendre les personnes contactées par les extra-terrestres qui ont aussi lévité (comme si toutes les lévitations procédaient des mêmes mécanismes spirituels).

Elle a étudié notamment St Joseph de Cupertino.

Saint Joseph de Cupertino était un franciscain italien né en 1603. Il est connu pour ses talents extraordinaires en matière de lévitation (qui le conduisait haut dans le ciel) et de mystique. Il a également été considéré comme un saint pour son humilité et sa dévotion à Dieu.

Pasulka a eu accès au rapport de l'avocat dans le procès en canonisation du début du 18e siècle, qui fut impuissant à démentir les plus de mille témoignages sur les lévitations de ce saint, ce qui lui a valu de devenir le saint patron des aviateurs... Ste Thérèse d'Avila (comme l'indien Yogananda en son temps l'a rappelé), la carmélite Ste Marie-Madeleine de Pazzi, St Philippe de Néri, Pierre d'Alcantara, le Padre Pio, Maria de Agrada ou Mariam Baouardy (150 au total selon Herbert Thurston dans "The Physical phenomena of Mysticism", il y en a probablement plus).

L'ufologue raconte aussi que lors de son séjour à Rome pour étudier la canonisation de St Joseph de Cupertino, elle fut frappée par le nombre d'images à l'église de Ste Sabine sur l'élévation physique vers le ciel du Christ, d'Elie, d'Habakkuk.

Michael Grosso qui a aussi examiné le cas de ce saint pendant deux ans, et qui pense que le don de lévitation a sûrement un côté très naturel, précise que ce St Joseph au départ inspirait de la méfiance car il lévitait en allant vers l'arrière. Mais il le justifia en disant que ce mouvement lui était inspiré par l'humilité. Il avait aussi une forte disposition à l'extase notamment en lien avec la musique (il avait d'ailleurs un rapport si privilégié à la musique qu'il pouvait envoyer à des clarisses un oiseau au chant merveilleux pour les inviter à chanter, mais il s'agit peut-être d'une broderie poétique inventée par un biographe).

Tout cela est évoqué bien sûr au XIXe siècle par le P. Godefroy de Paris (1886-1950) qui cite aussi les ennuis que cela lui a valu, quand on l'a soupçonné d'être possédé ou de provoquer ses extases par des herbes.

L'auteur de sa biographie raconte même (p. 68) que le frère Joseph eut une lévitation involontaire quand il fut examiné par le pape : "Infortuné fra Giuseppe! Voilà maintenant que le pape, lui-même, se mettait en tête de l'examiner ! Toujours humble, toujours obéissant, le saint, accompagnant son général, se rend à l’audience pontificale qui lui avait été spécialement réservée. Il s’apprête, en silence, à subir ce quinzième examen d’appareil si solennel. Urbain VIII siégeait sur son trône. Nombre de cardinaux l’entouraient. Le Pape se disposait à l’interroger lorsque au moment où il baisait la mule du Pontife, le Saint volant fut ravi en extase et s’en alla planer près du plafond. "

Dans Vie de Saint Joseph de Cupertin de l'ordre des Frères mineurs du Fr. Bernini (1657-1723, le fils du célèbre sculpteur), on peut lire que "durant les seize années de séjour de Joseph à la Grottella, ses ravissements furent presque continuels. On le voit, dans l’église, s’élancer d'un bond sur la plate-forrne de l’autel, et, le jour du jeudi saint, voler du pavé de l’église au tombeau de Notre-Seigneur. Le jour de la fête de saint François, on le voit voler sur l’autel du saint patriarche, et, le jour de la fête de Notre-Dame du Carmel, sur le principal autel de la Madone. On l’a vu, dans sa cellule, si quelque parole venait embraser sa dévotion, voler dans l’espace en état de contemplation ; et, quelquefois, dans cette ascension, tenir un charbon ardent, sans que sa main en fût offensée. Au réfectoire, au milieu de ses frères glacés d’un saint effroi, on l’a vu se soulever sur son siège, et voler dans l’espace, enlevant avec lui un hérisson de mer. Enfin , dans les campagnes voisines de Cupertin, on l’a vu s’élever en volant, une fois sur un olivier, et une autre fois sur une grande croix qu’il avait miraculeusement plantée au lieu où elle se trouvait."

A chaque fois il s'agissait d'expériences que le saint ne maîtrisait pas et qui lui coûtaient. Michael Grosso, chercheur indépendant non religieux, mobilise le cas de St Joseph de Cupertin au service d'un panpsychisme à la Rupert Sheldrake.

En 1933, la revue "Science et monde" (numéro du 15 juin) qui jugeait irréfutables les témoignages sur les lévitations de St Joseph, concluait seulement, sur la base d'un livre du professeur Olivier Leroy :

"La lévitation consiste en une élévation verticale, suivie d’une position d’équilibre. La translation est plus rare. Le corps est généralement porté à une faible hauteur, et garde la position qu’il avait au moment où il a été enlevé, à genoux, debout, couché. Le lévité enfin dispose vis-à-vis des tiers d’une force ascensionnelle, parfois considérable. Il paraît bien établi que l’origine de la lévitation est à chercher dans une légèreté soudaine du corps. On a vu des corps en lévitation, dans des cas bien contrôlés, osciller au souffle du vent. Des personnes les ayant saisis ont été frappées de leur pesanteur infime. Ils les comparent à des plumes. C’est le cas d’un extatique cité par de Rochas et contrôlé par un professeur de la Faculté de Grenoble et un ingénieur, ancien polytechnicien. La redescente est progressive et l’atterrissage est sans heurt. Les plus longues lévitations (le moins bien assurées) auraient duré jusqu’à trois jours (Louis de Mantoue). Les cas les mieux avérés se réfèrent à des lévitations de quelques minutes. Pourtant on en cite une de Joseph de Copertino qui dura deux heures dans d’excellentes conditions de visibilité. Plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, la lévitation n’a pas de rapport avec la santé. On a vu des mourants être ravis tout comme des gens très bien portants. Souvent le lévité n’a pas conscience de ce qui lui arrive. Dans l’état actuel de la science, aucune explication ne peut être fournie."

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