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Les archers surnaturels de la bataille de Mons
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Le théosophe initié de la Golden Dawn Arthur Machen (dont le béarnais Jean-Paul Toulet traduisit le célèbre ouvrage "Le Grand Dieu Pan" et dont les visions du Mal à l'arrière-plan du monde fascinèrent Jacques Bergier) était revenu au "christianisme celtique" pas très loin du catholicisme et de la quête du Graal lorsqu'il publia dans le journal The Evening News un texte, au début de la Première Guerre mondiale, qui allait marquer l'opinion publique : "Les Archers" (The Bowmen).
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Dans Le Monde Illustré du 11 mars 1916, Louis Léon Théodore Gosselin dit G. Lenotre raconte ainsi la réception du texte de Machen :
"Nos lecteurs connaissent la prudence, je me flatterais presque de dire « la discrétion » avec laquelle nous avons parfois abordé ici les questions de prophéties, d'apparitions ou de miracles. On risque toujours, en effleurant ces sujets, de froisser la respectable crédulité des uns et le scepticisme, non moins susceptible, des autres. Il reste donc entendu que le Monde Illustré n'étant, ni une revue scientifique, ni une feuille de polémique, doit et veut s'abstenir de toute discussion ; mais son rôle de spectateur lui commande de « bien regarder » et parmi tant d'objets divers qui sollicitent, en ces heures épiques, l'attention, il en est de si étranges, — disons de si invraisemblables, — qu'on se refuserait à en faire mention, si l'exemple ne nous était donné par l'une des publications les plus sérieuses et les plus indépendantes de Paris. Ces précautions prises, voici les faits exposés sans commentaires.
Une gazette anglaise, l'Evening News, publiait, le 29 septembre 1914, un conte intitulé The Bowmen (les Archers). Le thème de cette légende était celui-ci : à la bataille de Charleroi, une troupe anglo-française, cernée par l'ennemi dans les environs de Mons, avait été sauvée par l'apparition d'un corps d'archers célestes, à la tête desquels combattait saint Georges.
Nombre de lecteurs, frappés par ce récit, écrivirent à son auteur, M. Arthur Machen, pour lui demander où il avait puisé son affabulation.
M. Machen, ne pouvant répondre individuellement à chacun de ses correspondants, inséra, dans l'Evening news, une note par laquelle il déclarait que son récit était inventé de toutes pièces et qu'il s'agissait là d'une simple fiction.
Or voilà que, de tous côtés, s'élèvent des protestations. De ces nouvelles communications il ressort que rien n'autorise à mettre en doute la parole de l'auteur des Bowmen, mais qu'il n'en est pas moins certain et établi que, avant la publication de ce conte de pure imagination.
Le bruit avait circulé, dans l'armée anglaise, que saint Georges et ses anges étaient apparus aux combattants au cours de la bataille, et que l'assistance des milices célestes avait contribua à assurer la retraite en bon ordre des corps de nos alliés.
Grand émoi au camp des occultistes, — et des autres. Les premiers assuraient la chose possible, et s'appuyaient, pour soutenir cette opinion, sur des précédents vénérables et bibliques ; les seconds se contentaient de ricaner et de hausser les épaules. Un duel de brochures et d'articles, pour ou contre, s'engagea ; protestants, catholiques, théosophes, spirites, sceptiques, se jetèrent dans la mêlée ; les journaux quotidiens eux-mêmes prirent parti ; bref, de ces polémiques résulta une enquête, entreprise par des curieux impartiaux qui purent recueillir des témoignages d'autant plus saisissants qu'ils émanaient de personnes isolées, n'ayant pu concerter entre elles nulle entente préalable.
C'est d'abord celui de miss Phylis Campbell, attachée, en qualité d'infirmière, à un hôpital voisin du front. Un jour qu'elle pansait un fusilier du Lancashire, celui-ci la pria de lui procurer une image ou une médaille de saint Georges. Miss Campbell lui demanda s'il était catholique : le blessé répondit que non ; « qu'il était Méthodiste Wesleyen ; mais qu'il désirait une médaille ou une image de saint Georges parce qu'il avait vu celui-ci conduire sur un cheval blanc les Anglais à Vitry-le-François, quand les alliés se retirèrent ». L'infirmière crut à une divagation, effet de la fièvre ou de l'épuisement : mais un autre blessé, anglais lui aussi, ayant saisi le geste de surprise de miss Campbell, intervint : — « Ce qu'il dit est vrai, sœur, fit-il, nous l'avons tous vu. Il y eut d'abord une sorte de brouillard jaune, comme un rideau, devant les Allemands, alors qu'ils arrivaient au sommet de la colline. je m'empressai de déguerpir...tellement ils étaient nombreux. mais un instant après apparut un nuage lumineux et nous vîmes, en cet endroit même, un homme de haute taille, avec une chevelure blonde, en armure d'or sur un cheval blanc ; il élevait son épée et avait la bouche ouverte. Bref, avant que nous ayons pu tomber sur eux, les Allemands avaient tourné les talons. »
Miss Campbell ne fut pas la seule à récolter des dépositions de ce genre : la directrice de l'hôpital, Mlle d'A., étonnée de ce qu'elle entendait, pour sa part, au chevet de ses blessés, invita les six dames de la Croix-Rouge qui l'assistaient à noter ces confidences. Le soir venu, les six ambulancières se réunirent et comparèrent leurs camets : sauf l'une d'elles qui n'avait dans son service que des Allemands, lesquels ne racontaient rien, toutes les autres rapportaient des témoignages concordants provenant d'une grande diversité de blessés : il y avait, parmi ceux-ci, des officiers d'un grade élevé, un prêtre catholique, des Français, des Anglais, des Belges et même trois fusiliers de la garde hollandaise.
La plupart avaient vu le personnage céleste, portant une armure d'or, ayant la tête découverte et monté sur un cheval blanc. Ce cheval blanc revenait dans tous les lécits : sur l'identité du cavalier les avis dîneraient : les Anglais avaient en lui reconnu saint Georges ; les Français disaient que c'était Jeanne d'Arc — ou saint Michel. Notez que ces témoins arrivaient des points les plus différents du champde bataille, et tous s'accordaient à affirmer que la vision avait opéré en eux une transformation complète, leur désespoir et leur découragement ayant subitement fait place "à un état d'exaltation étrange et de confiance dans la victoire".
Le R. Fielding Ould, vicaire de St-Stephen, reçoit, de son côté, les confidences d'un sergent anglais qui, dans la tranchée avec ses hommes, — où ? — quand ? ces précisions ne sont point données, — voyant-approcher une charge allemande, se tourna vers ses soldats, et leur cria : — « Rappelez-vous saint Georges, pour l'Angleterre ! » Les rangs ennemis, très denses, abordaient à cet instant même le parapet ; tout à coup ils hésitèrent, s'arrêtèrent et prirent la fuite, en laissant quelques prisonniers qui paraissaient stupéfaits et comme « éblouis ». L'un de ceux-ci, ayant repris ses esprits, demanda : -t( Quels sont donc ces cavaliers cuirassésqui ont mené la charge ? Ce ne peuvent être des Belges, ils ne sont pas habillés de cette façon. » Or les Anglais, eux, n'avaient reçu l'aide d'aucuns cavaliers, dont le concours, au surplus, alliait été inadmissible sur ce terrain impraticable.
Un clergyman de Weymouth. le Rev. Lancaster, produit, et lit en chaire, une lettre de soldat relatant que son régiment, poursuivi par un corps important de cavalerie allemande, se réfugia dans une carrière, où l'ennemi le découvrit bientôt. « — A ce moment critique, affirme l'auteur de la dite lettre, sur toute la bordure de la carrière apparut une ligne d'anges qui furent aperçus aussi bien par nous, Anglais, que par les Allemands. Ceux-ci s'arrêtèrent aussitôt, tournèrent bride et se retirèrent au galop ».
C'est encore le témoignage que deux officiers anglais déposèrent entre les mains de miss Marzable. Pendant la retraite, alors qu'ils se replient avec leur compagnie, ils entendent derrière eux le galop des cavaliers allemands qui, en un instant, les enveloppent : les Anglais font face, décidés à résister jusqu'à la mort ; mais, à leur grande stupeur, ils voient, entre eux et l'ennemi, toute une troupe d'anges : les chevaux des Allemands se cabrent et font volte-face.
Un autre précise une date : c'est un brigadier anglais, blessé et transporté dans un hôpital : il atteste « qu'il n'est pas un croyant à ces choses», mais il certifie avoir vu, dans la nuit du 28 août 1914, et tous ses camarades ont vu comme lui, une lueur éclatante dans le ciel où l'on distinguait nettement des formes « munies de quelque chose comme d'ailes ouvertes et qui paraissaient enveloppées de longues draperies tombantes ».
Et voici maintenant un officier supérieur, — anglais toujours, — dont l'Evening news ne peut publier le nom en raison de sa notoriété même. Cet officier, dans la nuit du 27 août, en pleine retraite, après la sanglante bataille du Cateau, suivait, à la tête de sa troupe exténuée, et en compagnie de ses lieutenants, la route conduisant vers Saint-Quentin et Noyon, quand il s'avisa qu'un corps nombreux de cavaliers s'avançait à travers champs et marchait dans la même direction que la colonne, comme pour la protéger dans son repli et écarter d'elle toute attaque ennemie. « La nuit n'était pas très sombre ; je ne dis rien, mais j'observai durant une vingtaine de minutes. Les officiers s'étaient arrêtés. enfin l'un d'eux me demanda si je n'apercevais rien dans les champs. A la halte suivante, un détachement partit en reconnaissance ; mais on ne découvrit rien quoique le même phénomène eût été constaté par plusieurs de nos hommes.
Je suis absolument convaincu d'avoir vu ces cavaliers ; je me sens sûr qu'ils n'existaient pas uniquement dans mon imagination. Je ne tâche pas d'expliquer le mystère, — je me borne à rapporter les faits ».
Je crois inutile de poursuivre la citation de ces témoignages ; tous sont relevés dans une très curieuse et intéressante étude que publie M. C. de Vesme, sous ce titre Armées, flottes et combats fantomatiques, dans les Annales des Sciences psychiques (fascicules de décembre 1915 et janvier 1916). Nos lecteurs n'ignorent pas que le directeur de cette savante publication est M. le professeur Charles Richet, dont le nom est une garantie de bonne foi, de sérieux et de conscience. J'ai reproduit ces divers récits, en les abrégeant quelque peu, mais sans y rien modifier de ce qui fait leur valeur naïve, exempte de tout souci littéraire. Je ne les ai coupés d'aucun commentaire, mais je crois qu'il m'est permis maintenant, sans entamer de discussion de principe, sur le plus ou moins de réalité des faits extraordinaires qui y sont relatés, d'en dire, en fin de compte, ce que j'en pense.
Eh bien, en toute sincérité, je ne puis rien y démêler. On aura remarqué un désaccord frappant entre ces diverses affirmations. L'un des visionnaires aperçoit une troupe d'anges ; un autre constate la présence, parmi la bataille, d'un chevalier céleste, cuirassé d'or et coiffé de cheveux blonds ; plusieurs voient un cheval blanc: certains attestent que ces fantômes prenaient part au combat, mêlés aux mortels combattants, tandis que, ailleurs, ils développaient leurs phalanges dans le ciel. Sur les lieux et les dates des apparitions, mêmes divergences : tantôt le phénomène s'est révélé le 27 août. puis le 28. puis à Vitry-le-François, ville où l'armée des alliés en retraite ne parvint que vers le 5 ou 6 septembre. Il y a là un flottement qui, aux yeux d'un critique sévère, pourrait infirmer toutes ces dépositions.
D'autre part on ne peut, sans témérité, inculper de mensonge tous ces braves soldats, ni d'imposture les personnes honorables, pasteurs ou ambulancières, par l'intermédiaire desquelles nous sont parvenues ces confidences. On ne comprendrait pas dans quel but tant de gens se seraient ligués pour en imposer à la crédulité publique. Si nous étions au moyen âge, en un siècle de foi ardente et sans critique, il serait permis peut-être de supposer qu'on a cherché ainsi à entretenir le courage des troupes, en leur insinuant que Dieu combat avec elles. Mais nous vivons au XXe siècle, en un temps où les croyances ne sont plus naïves, et où le ridicule, même, surtout en ces sortes de matières, risquerait de compromettre la plus noble des causes. Et puis, ceux qui ont vu, et qui ne mentent pas, ne sont pas des paysans bretons, nourris de légendes et férus de superstitions : ce sont des protestants anglais, c'est-à-dire les croyants les plus « raisonneurs » du monde et les moins disposés à admettre les miracles et les fantasmagories.
Faut-il croire à une hallucination collective, causée par la fatigue extrême, la fièvre du combat, l'horreur des spectacles côtoyés chaque jour ? Ceci n'explique pas grand'chose : et d'ailleurs comment accepter une hallucination similaire fourvoyant tant de sujets si différents d'éducation et de rang social et en des endroits si distants l'un de l'autre ? — Alors ?
Alors, comme on ne peut nier un fait, par le seul motif qu'il nous paraît invraisemblable ; comme nous ignorons ce qui est possible et ce qui ne l'est pas ; je conclus que ces choses mystérieuses ne doivent susciter en nous qu'un sentiment : et c'est une admiration sans bornes et recrudescente pour nos défenseurs et nos alliés, pour les braves poilus de tant de nations qui tiennent tête au monstre depuis dix-neuf mois, admiration justifiée de toutes façons, soit que, à force de tension nerveuse, ils en soient arrivés à vivre, tout éveillés, un perpétuel et fiévreux cauchemar, soit qu'ils se montrent si braves que le ciel ait réellement décidé de leur dépêcher un renfort d'archanges et de chérubins pour les soutenir dans le péril et les aider à la victoire."
Dans cette affaire des archers surnaturels de Mons, Machen qui était un ardent défenseur du surnaturel, s'est trouvé dans la position du professeur de prudence devant l'afflux de témoignages, contre par exemple l'Occult Review d'octobre 1915 qui affirmait qu'un lieutenant-colonel bien réel mais qui tenait à garder l'anonymat a bien vu à la bataille du Cateau le 27 août, après celle de Mons, des cavaliers mystérieux qui formaient une partie de la vision de Machen . César de Vesme, auquel G. Lenotre fait référence dans son article, était lui aussi assez prudent. Dans son article de janvier 1916 il observait : "M. Machen publia un opuscule pour appuyer ses vues : parmi ses adversaires, M. Harold Begbie lui répondit par une brochure assez importante intitulée : On the Side of the Angels (« Du côté des Anges ») ; une autre brochure analogue eut pour auteur Miss Phyllis Campbell, qui fut dame de la Croix-Rouge en France, durant les premiers mois de la guerre : Ralph Shirley, directeur de l'Occult Review publia : The Angel Warriors at Mons, exposé assez impartial de la question : les revues spirites et occultistes, les journaux quotidiens même devinrent les palestres où se débattaient ces polémiques et où on apportait les faits nouveaux.
Pour mieux faire comprendre la difficulté qu'il y a à obtenir des témoignages valables dans une pareille affaire, si passionnante, bien qu'il n'y eût pour les témoins aucun intérêt matériel à tromper la bonne foi des enquêteurs, il nous suffira de citer cet épisode caractéristique. Un soldat appelé Robert Cleaver, du 1er Cheshires, déclara devant M. G. S. Hazelhurst, magistrat du comté de Flint, qu'ayant pris part à la bataille de Mons, il avait lui-même fort bien vu les anges qui s'étaient interposés entre la cavalerie allemande el les troupes anglaises, au moment où celles-ci allaient être annihilées. Or on sut ensuite par le major du régiment de Cleaver, quee celui-ci n'avait, été envoyé en France qu'après la bataille de Mons et la retraite qui la suivit.
Je sais bien qu'il y a toujours eu des milites gloriosi s'étant faussement vantés d'avoir pris part à tel ou tel épisode d'une campagne — et que. cela ne signifi.e aucunement que nous n'ayons pas à croire à la réalité de l'épisode en question. Mais on comprend l'effet désastreux que de pareils incidents exercent sur l'esprit de personnes plus accessibles aux impressions qu'aux raisonnements. "
Cependant de Vesmes comme G. Lenotre accorda du crédit aux témoignages recueillis par l'infirmière Phyllis Campbell et aux autres témoignages que cite Lenotre. Il distingue les visions précises (notamment dans les prédictions des voyants) des hallucinations possibles des soldats épuisés par les marches et les combats, puis livre un intéressant dossier sur les apparitions des êtres surnaturelles dans les guerres qui mérite aujourd'hui encore d'être lu.
Dans la brochure de 24 pages de Ralph Shirley on trouve aussi des informations intéressantes. Selon Miss Campbell, un Français originaire de Domrémy qui était à Mons a vu Jeanne d'Arc l'adjurer de se battre quand il voulait s'enfuir (p. 6). L'article de Phyllis Campbell se retrouve dans l'Occult Review d'août 1915 (p. 75 - index ici). Elle y résume ce qu'elle avait écrit à l'éditeur de la revue dès août 1914.
Il y a aussi (p. 8) une histoire qui ravirait les ufologues : un Canadien, après la 2ème bataille d'Ypres de mai 1915, qui a confié au révérand Alexander A. Boddy de Monkwearmouth avoir vu une boule de feu qui devint un ange aux ailes déployées qui se battait pour les Anglais. Les anges ont toujours eu le cote en milieu protestant, qu'on se souvienne des choeurs d'anges d'Orthez (Béarn) en 1686. Un autre combattant vit un ange empêcher les Allemands d'avancer, et un colonel à qui une soignante racontait l'épisode signale qu'il avait vu un phénomène similaire à la Légation britannique à Pékin au moment de la révolte des Boxers : les assaillants chinoi.s avaient été dissuadés d'attaquer car ils voyaient des êtres en blanc aux côtés des Anglais (cela dit, à titre personnel cela ne m'étonne pas : un ambulancier - celui dont je parlais en mai 2025 - en septembre dernier me parlait des Taiwanais qu'il avait connus et précisait qu'ils voyait facilement des présences de morts auprès des qu'ils cotoyaient. On y apprend (p. 9) que Miss Alice Callow, secrétaire du Higher Thought Center à South Kensington, et mère du New Thought Movement (théosophique), avait transmis un témoignage au Weekly Dispatch (18 avril 1915) d'un colonel qui avait vu Saint Georges.
Sur les front de l'Est, au début de la première guerre mondiale les visions avaient été nombreuses : des sentinelles russes avaient vu le général Skobelev conquérant de l'Asie centrale, à la bataille d'Augustovo, en octobre 1914 la Vierge à l'Enfant apparut aux soldats et russes et leur montra l'Ouest etc. Les Britanniques avaient été surpris par les succès de l'armée russe en 1914 (Occult Review septembre 1914).
Le Massage taoïste de Michèle Larue
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Vous vous souvenez qu"en 2015 j'ai publié une petite enquête de terrain sur les salons de massage chinois.
C'est un domaine de recherche assez méprisé à la différence de celui des massages pour femmes qu'aborde Ivan Jablonka par exemple. Les petits salons de massages chinois s'adressent à une clientèle moins bourgeoise, et plus masculine sur laquelle par définition (compte tenu du contexte idéologique actuel) le soupçon des élites actuelles pèse lourdement. Qui plus est c'est un sujet difficile à étudier parce que les employées de ce secteur parlent peu.
Mon goût pour les marges et les périphéries m'a porté vers ce sujet, car j'ai toujours considéré que les marges apportaient des vérités nouvelles, peut-être plus profondes, plus instructives sur la condition humaine que les études sur le sommet de la pyramide. Par exemple j'ai l'intuition que ces petits salons transportent "quelque chose" du taoïsme, peut-être à l'insu même des masseuses qui y exercent, et qu'il serait possible de mettre cela en lumière à partir d'une phénoménologie précise des gestes (d'ailleurs ce n'est pas le seul vecteur du taoïsme sous nos latitudes - la kinésiologie, la réflexologie, certaines formes d'ostéopathie, toutes els thérapies qui travaillent avec les méridiens participent de cette démarche.
Pour le montrer, on pourrait prendre appui sur le livre de la journaliste (qui bizarrement revendique aussi, suivant les ouvrages qu'elle publie, les titres de sinologue, archéologue etc) Michèle Larue "Le massage taoïste sensuel" paru très récemment (il y a deux mois). C'est un ouvrage qui, comme le livre de Jablonka, parle du haut de la pyramide sociale. Cependant la base des gestes est la même : "La personne massée se sent à la fois aimée et aimante. Alors que les gestes yang l'enveloppent et la sécurisent, le toucher yin l'amène peu à peu vers une douceur qui lui est familière : elle retrouve des sensations qu'elle a connues enfant" (p. 15)
On pourrait par exemple faire une phénoménologie comparée des premiers gestes du massage "ordinaire" (avec le premier contact des mains sur les épaules) avec les préliminaires plus sophistiqués que propose Larue à base de massage des tempes (p. 80). Il y a des différences importances dans le fait qu'elle commence par les pectoraux et le ventre et non le dos, dans les pauses d'une minute etc.
L'autrice insiste sur les points communs avec le tantrisme, dans la mise en commun des souffles, mais aussi dans la fonction sexuelle de certains gestes qui peut paraître par moments assez contre-intuitive. Par exemple p. 116 quand elle explique que "détendre les doigts et les mains libère des tensions accumulées par les pulsions de contrôle qui peuvent amener un refoulement des pulsions sexuelles". La principale différence est qu'on s'y intéresse aux point énergétiques et non aux chakras et qu'on joue sur la dualité yin-yang, dans les moindres détails (par exemple quand on masse les cuisses n "monte en yin par l'intérieur et l'on descend en yang par l'extérieur - cf p. 102).
En écho à mon livre d'il y a presque vingt ans sur la nudité on pourra s'intéresser aux remarques de Michèle Larue sur la nudité dans le massage taoïste. Pour ma part, je suis aussi intrigué par ses remarques sur les parfums diffusés dans la pièce car j'ai l'intuition que le massage chinois, même exercé selon ses règles les plus rudimentaires, fonctionne toujours comme un rituel, et donc suppose une mise en scène (je voudrais d'ailleurs creuser le rapport du taoïsme à la dramaturgie, un sujet assez compliqué mais incontournable).
On voit bien que ce type de massage n'est pas très éloigné du tantrisme (les salons de massage proposent d'ailleurs à la fois massage chinois et massage tantrique). Michèle Larue qui a écrit sur les deux sujets insiste sur l'érotisation totale de chaque partie du corps qui caractérise les deux pratiques, érotisation qui par ailleurs suppose toujours de "détourner l'attention (...) des organes génitaux" et entretenir ce qu'elle appelle une "transe légère et diffuse". (p. 30). Le retour aux parties intimes ne s'effectue que par le Karsai Nei Tsang, purement thérapeutique.
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Ceux qui (parmi mes lecteurs chrétiens notamment) s'interrogent sur le statut théologique de cette pratique pourront se reporter avec profit aux travaux de l'abbé Dupuche, avocat du tantrisme chrétien, que j'ai un peu évoqués ici en 2021, mais dont le contenu suscite toujours en moi beaucoup d'interrogations, et à toute l'imagerie de la sexualité de Marie-Madeleine (par exemple son fameux "Manuscrit", qui se vendait à la librairie de la Sainte Baume en 2015, mais qui aujourd'hui n'y est plus), qui joua un rôle très important dans mon parcours de 2014, mais dont je me demande toujours s'il est possible de l'extraire de sa gangue New-Age.
Michèle Larue comme la plupart des défenseurs du tantrisme (et comme Dupuche) se prévaut du primat de l'amour pour légitimer le taoïsme (et le tantrisme) dans une civilisation européenne encore très marquée par le christianisme. Je crois qu'on peut prendre appui sur la généalogie de son art pour comprendre l'histoire du transport de la pratique de la Chine vers l'Europe. Si, suivant l'intuition de Nietzsche, on utilise les généalogie pour nous aider à séparer le bon grain de l'ivraie, celle que propose ici la journaliste pourrait peut-être nous permettre de discerner l'arrière-plan théologique.
Elle évoque (p. 11) "deux adeptes occidentaux du taoïsme, l'Anglais Stephen Russell et l'Allemand Jürgen Kolb, formés à la médecine chinoise et à l'acupuncture à l'époque du New Age en Angleterre" et Coline Jorand "qui la première a utilisé et enseigné en France le massage tao de nos deux compères anglais et allemands" (p. 11), comme elle cite Osho sur le taoïsme. Ce panthéon paraît faire consensus dans ce courant de pensée (cf ici). Hélas je ne trouve pas pour l'instant de travaux universitaires qui me permettraient d'y voir plus clair sur le background spirituel et intellectuel de ces personnes.
Pour ma part je reste assez sceptique sur la possibilité pour des Occidentales de pratiquer des massages chinois. L'exercice est solidaire d'une expressivité orientale qui lui confère toute son intensité. C'est peut-être aussi à travers cette inexpressivité et cette sobriété que la pratique se sauve peut-être d'une contamination New-Age. Cette hypothèse serait un peu longue à expliciter ici, mais je la crois très pertinente.
Concernant l'impact spirituel de ces pratiques, j'ai été longtemps assez hésitant et le suis toujours, en présence de débats très vifs dans la sphère monothéiste à leur sujet. Les apports de la médecine chinoise ont été soutenus par le New Age pendant des décennies, et sont de ce fait solidaires d'un certain panthéisme (avec tout ce que cela implique d'ouverture à l'occultisme). Edward Slingerland dans un livre paru en 2019 "Mind and Body in early China" (Presses universitaires d'Oxford) a montré que le soi-disant "immanentisme" chinois a été longtemps instrumentalisé par les athées européens, mais que, au fond, la culture chinoise est aussi encline à la transcendance que toutes les autres, du fait que le vécu humain n'est pas seulement tributaire de ses déterminations linguistiques, et que l'approche de la transcendance (dans le rapport aux défunts par exemple ou au surnaturel) est universelle. Beaucoup des méfaits que certains chrétiens imputent aux thérapies chinoises pourraient être liés à cette instrumentalisation panthéiste ou athée (sans oublier le problème du rapport au corps éthérique de l'autre que j'évoquais ici). Une thématique qui nous invite à réinterroger en cette veille de Pâques non seulement l'anthropologie du corps, mais aussi la "théologie du corps" chère à feu le pape Jean-Paul II.
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La théologie de l'amour d'Anders Nygren
Comme je le disais il y a peu, l'opposition entre Eros et Agapé qui a inspiré Denis de Rougemont est discutée aujourd'hui par des gens comme Jean-Luc Marion (ici min 29). Dans l'Expérience érotique, Marion écrivait : "Il faut avoir une bonne dose de naïveté ou d'aveuglement, ou plutôt ne rien connaître à l'amour et à la logique érotique, pour ne pas voir que l'agapè possède et consume autant que l'éros renonce et abandonne".
A côté de l'étude historique de Rougemont, il y a la théorie du théologien suédois Anders Nygren (1890-1978). Il l'a construite à partir d'une problématique de l'inspiration de l'amour "par le haut" ou "par le bas". A la différence de Rougemont, Nygren voit dans l'Eros, mouvement ascensionnel de l'homme vers Dieu (opposé à l'agapè) un héritage grec et non une perversion cathare. Si Rougemont voit dans l'Eros une source de fatalisme et d'abandon, Nygren y voit une source d'égocentrisme et d'hypertrophie du Moi. Les deux sont cependant d'accord pour le condamner.
Avant Marion, l'anglican CS Lewis (1898-1962) avait critiqué les catégories de Nygren, quoique sans affronter directement leur auteur (seulement à demi-mot dans Surprised by Joy). Lewis considérait le mal comme un parasitage du bien, mais dans un processus où le bien l'emporte malgré les avanies provoquées par la chute d'Adam et Eve. C'est pourquoi il croit au pouvoir de laraison et ne pense pas un surnaturel coupé du naturel : le miracle est naturel du point de vue d'une logique supérieure, celle de Dieu. Et la capacité de l'homme à aimer est une réponse à l'amour divin qu'il reçoit, comme imago dei. Créé par l'Amour, l'homme a besoin d'aimer, mais il le fait avec désordre. Il faut donc le corriger. L'eros, qui chez Lewis correspond seulement au fait de tomber amoureux, doit être corrigé par l'agapè. L'Eros s'il est trop honoré devient un démon car il prend un pouvoir religieux sur nous (cf son livre Four loves). Néanmoins cet amour le plus bas est nécessaire à l'amour plus élevé en vertu du principe de Thomas à Kempis : le plus haut ne tient pas sans le plus bas.
L'amour-besoin (Need-Love), que Lewis au début voulait opposer à l'amour-don (Gift-Love) comme forme inférieure traverse l'humain de part en part. Dans tous les cas il est en partie égoïste, même dans le rapport à Dieu, mais on ne qualifierait jamais d'égoïste une enfant qui se blottit contre sa mère. Contre Lewis qui voit dans le moindre plaisir un signe de pollution de l'agapè par l'eros, Lewis pense que le plaisir n'est pas en soi une marque d'orgueil et d'égoïsme. Le Sehnsucht, l'ardeur, que Lewis assimile à la Joi (Joy) mêle dans la poésie scandinave médiévale mélancolie et émerveillement extatique. Chaque expérience de joie se révèle insaisissable. C'est la quête d'une fusion avec la beauté absolue ou la bonté absolue qu'il expérimentait lui-même. Chez lui, à la différence de Nygren, l'homme n'est pas qu'un canal de diffusion de l'amour. Il répond activement à Dieu, et son attente (longing) dans la recherche de la Joie est sa façon de prendre la main que Dieu lui tend. Cela transcende l'opposition eros/agapè.
Un autre critique de Nygren avait été le jésuite anglais Martin d'Arcy (1888-1976). René Girard dont les théories sur la violence dans l'amour sont inspirées de Rougemont reconnaissait aussi avoir aussi lu d'Arcy. Celui-ci avait réfuté l'opposition entre l'eros (le lion) et l'agapè (la licorne). Les deux suivent la loi de l'univers : l'un reçoit, l'autre donne. L'un et l'autre à leurs extrêmes sont mortifères. Après avoir condamné de Rougemont pour son ouverture exclusive à l'agapè (qui d'ailleurs lui faisait rejeter même les mystiques), il s'intéresse à Nyger, mais finalement prônera une troisième voie entre sadisme et masochisme qui laisse une place à la fois à l'eros et à l'agape.
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Lors d'un séminaire en Grèce en 2015 ("Love ancient Pespectives"), Torstein Theodor Tollefsen est revenu sur le sujet, critiquant l'opposition de Nygren entre Eros et Agapè comme des motifs fondamentaux n'ayant rien en commun, avec un monde grec d'un côté et un apport christique de l'autre, tout cela sur fond d'un vide complet de l'humain réduit au rôle de simple canal (on retrouve là la critique de Lewis).
Dans le même séminaire le Norvégien John Kaufman fournit une critique des "motifs fondamentaux" de Nygren autour du cas qu'il mobilise de la prédication d'Irénée de Lyon, On pourra lire aussi avec intérêt l'exposé d'Andrew Louth de l'université de Durham sur l'amour (à la fois eros et agapè) comme manifestation et réponse à la Beauté chez Denys l'Aréopagite, et la théorie de Maxime le Confesseur présentant l'eros comme un perfectionnement du désir de l'âme et l'agapè comme perfectionnement du thumos de l'âme, c'est-à-dire de son énergie psychique.
Sainte Hildegarde et les pierres
J'ai acheté récemment une pierre de tourmaline, mais j'ai dû m'en défaire. Pour autant je ne nie point le pouvoir bénéfique de certaines pierres lié aux stoicheia. J'ai pu l'éprouver en 2014. Sainte Hildegarde de Bingen a développé ce thème dans ses écrits.
Je crois que c'est un sujet important. Par exemple si l'on reprend la procession des apôtres sur l'horloge de Prague (voyez ici) à la lumière des écrits de cette sainte pour chaque pierre qui y est symbolisée, on ferait sans doute des découvertes étonnantes.
Dans la vidéo ci-dessous (en espagnol) de la chaîne équatorienne des Chevaliers de la Vierge, le Père Ricardo Hucke, de la confrérie des Hérauts de l'Evangile nous offre une bonne introduction avec ce sujet. J'en retiens en particulier une bonne citation de Sainte Hildegarde sur le diamant, pierre de Lucifer dont la mission était de refléter pleinement la lumière de Dieu (ce qui explique son utilisation dans les sociétés secrètes et les productions culturelles qu'elles inspirent, notamment depuis Marilyn Monroe).
J'ai vu aussi qu'en Colombie la Dre. Katiuska Villasmil fait une vidéo sur le sujet, mais j'ignore si elle bénéficie du même blanc-seing ecclésiastique que les Hérauts de l'Evangile.
Coupeurs de feu dans les hôpitaux
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Dans l'ambulance qui me conduisait à Toulouse hier le jeune chauffeur me racontait : "Au centre hospitalier de Pau, en pédiatrie, ils emploient un hypnotiseur pour remplacer l'usage du gaz hilarant chez les enfants ; il est aussi coupeur de feu ; il a fait des prodiges sur la main brûlée de mon fils"
Je lui ai appris que les coupeurs de feu devaient leur "don" à une formule. Je ne suis pas allé jusqu'à lui dire qu'il y avait une prière à Judas dans cette formule...
17h17 et Imamiah
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Dans mon livre sur les médiums j'ai raconté comment une fanatique des heures miroirs à la fois m'a aidé à sortir d'un abîme, en 2014 (voyez notamment ce qu'elle me dit de l'heure qui s'affichait quand un voyant parlait de mon passé), et, en même temps, se fourvoyait dans cette forme de religiosité. Toute l'ambivalence de cette attention aux affichages de nos appareils électroniques est à mes yeux réunie dans ce souvenir (mine de rien tous mes développements de ce blog sur Doreen Virtue, l'ex décrypteuse New Age des heures mirois a quelque chose à voir avec cela).
Le mois dernier quand j'étais à Gourette (Béarn), je voyais souvent 17h17, j'en ai même fait la remarque à quelqu'un de mon entourage, et, à peine le lui avais-je fait remarquer que mon cousin, venu me rendre viste, posait sur la table d'un café de la station un téléphone portable bien lumineux qui affichait en grand "17h17". A l'évidence "on" voulait me montrer quelque chose.
La personne de mon entourage a décrypté en lisant ChatGPT le message positif qu'était censé délivrer cette heure. Et j'avoue que depuis lors ces prédictions positives ont plutôt tendance à se réaliser (même si je reste médiant à l'égard des promesses des "entités" ayant été gavé de messages erronnés - ou mal compris -en 2015 notamment).
Cet après-midi un commentateur rappelait que c'est manquer de respect aux anges que de dénigrer les bienfaits qu'ils veulent nous offrir. Je suppose qu'un monothéiste rigoureux que j'essaie d'être peut transposer le raisonnement en remplaçant le mot "anges" par Dieu (qui est leur chef).
J'ai tenté de comprendre un peu mieux. 17h17. Les commentaires sur le Net le rattachent à l'ange de la kabbale Imamiah (qui signifie "Dieu élevé au dessus de toute chose"), 52ème - des 72 anges gardiens (ou génies, porteurs du nom de Dieu, schemhamphoras ou Shem HaMephorash), ange de résilience et de clairvoyance, ange libérateur, associé au Sagittaire, à la quête de la vérité.
Cornelius Agrippa en son temps expliquait comment les noms des ces anges étaient composés avec des versets bibliques.
On part d'Exode 14:19-21
"10. L'ange de Dieu, qui allait devant le camp d'Israël, partit et alla derrière eux; et la colonne de nuée qui les précédait, partit et se tint derrière eux.
20 Elle se plaça entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël. Cette nuée était ténébreuse d'un côté, et de l'autre elle éclairait la nuit. Et les deux camps n'approchèrent point l'un de l'autre pendant toute la nuit.
21 Moïse étendit sa main sur la mer. Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent."
On les lit en boustrophédon c'est-à-dire comme une écriture dont le sens alterne d'une ligne à l'autre, à la manière du bœuf marquant les sillons dans un champ, allant de droite à gauche puis de gauche à droite, pour produire 72 noms de trois lettres, ainsi que l'a montré par exemple Rachi de Troyes.
Soixante-douze, comme les degrés sur l'échelle de Jacob. Soixante-douze, comme le nombre moyen de pulsations du coeur humain à la minute.
Le Liber Semamphoras qui existait déjà à l'époque de Roger Bacon qui en parle (13e siècle) synthétisait le Sefer HaRazim (livre de secrets) hébreu censé avoir été donné par un ange à Noé puis transmis à Salomon. Les 72 noms deviennent des supports d'alliance mystique avec Dieu et de magie.
Le kabbaliste chrétien du XVe siècle Reuchlin explique (résumé par le philologue allemand Bernd Roling) ainsi la signification métaphysique des noms : " Une fois que l'adepte est aux commandes d'un canon de termes traditionnel et fixe (les 72 noms), c'est son intonation spirituelle pure qui lui permet d'éviter les séductions sensuelles et qui alimente sa compréhension, jusqu'à finalement l'unification de ses hommes avec le monde angélique. Les noms des anges sont des produits de la volonté de Dieu. Ils sont essentiellement basés sur le tétragramme, et grâce à cette connexion, ils illuminent et améliorent l'esprit de l'homme - retour réel à Dieu. Naturellement, comme on pouvait s'y attendre, cette relation est essentiellement ontologique. Avec l'insertion de noms divins tels que « El » ou « Yah », les noms angéliques deviennent prononçables, et Dieu lui-même (étant la nature) est la base. de l'individuation angélique. Comme on l'a dit de l'être humain parfait, Dieu se rapporte aux anges comme l'unité se rapporte à la dualité, l'unité de Dieu étant exprimée une fois de plus dans la totalité des 72 noms angéliques. Le macrocosme angélique dans son ensemble peut être vu comme une manifestation corporelle de Dieu. Lorsqu'on le lit dans le contexte de l'ouvrage de Reuchlin mentionné précédemment, cet aspect extérieur de Dieu peut être compris comme l'âme messianique, c'est-à-dire la nature humaine du Christ, dont la participation implique l'accomplissement de la mens humana.(...)
Le travail de Reuchlin se termine par une discussion sur l'influence angélique sur le monde sublunaire et avec la question des actions magiques. Comme le confirme le système aristotélicien, les intelligences se voient attribuer des planètes à travers lesquelles les anges détiennent une influence sur les choses sublunaires. Par conséquent, dans certaines limites fixées par Dieu, on peut à juste titre dire que des intelligences individuelles exercent une influence, en ce qui concerne l'application des talismans et des amulettes, comme la pratique des kabbalistes le montre."
"La pureté de l'intention" signifie qu'il ne faut rien vouloir pour soi même quand on a affaire à ces messages (les vidéos de YouTube sur les heures miroir) et je déconseillerais à quiconque de chercher à canaliser ou invoquer les entités qui se manifestent à travers eux.
En outre ajoutons une dernière remarque : beaucoup de YouTubeurs New Age traitent cet ange en fait comme un démon : ils recommandent en effet aux auditeurs de savoir saisir la chance que donne cet ange, sans quoi cette chance se retournerait en malchance. Cette ambivalence de l'action de l'ange est typique de l'action des divinités de l'Antiquité qui pouvaient aussi bien aider que punir. Or ces divinités ont été identifiées par le catholicisme comme des démons. Le propre d'un ange de Dieu est de n'apporter que du bien et de façon inconditionnelle. Il ne peut pas le retourner en mal. Les kabbalistes new agers en menaçant leur public d'un possible retournement négatif montrent ainsi que l'entité qu'ils identifient (au terme d'une canalisation par exemple) comme venant de Dieu ne provient pas du tout de là.
Thérapies occultistes : l'affaire Ece Güren en Turquie
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Un étrange fait divers a agité les réseaux sociaux turcs le weekend dernier. La semaine dernière, une architecte paysagiste de 36 ans, Ece Güren, qui se sent maltraitée dans son boulot où on la traite comme une boniche et qui se dispute avec sa famille, poste sur le Net un message annonçant qu'elle s'exile dans la forêt de Belgrade, une étendue boisée sur plusieurs kilomètres près d'Istanbul. Elle précise même qu'elle va vers "le barrage". On ne sait pas si c'est un symbole ou pas. Certains comprennent aussi qu'elle va y réaliser une "thérapie par le cri" ou on ne sait trop quoi.
On la retrouve au bout de 4 jours (le 7 mars), en hypothermie. Elle meurt au bout de quelques heures à l’hôpital.
Pour pimenter les choses une "thérapeute" quinquagénaire Hale Nur Özen, déclare sur YouTube qu'Ece a été son élève en ligne, et qu'elle a suivi un module de cours de sorcellerie depuis septembre (mais elle connaissait sa prof depuis deux ans : "Elle a commencé par suivre des cours de lancer de plomb, de tarot et de chamanisme"). Özen vit à Bursa et est l'auteure du livre Witchcraft, Breaking the Rules. Elle se présente comme la fondatrice d'une science de « l'astronomie » et partage du contenu astrologique sur les réseaux sociaux.
Il n'en faut pas plus pour lancer des débats sur le Net turc à propos des nouvelles thérapies, de l'envoûtement etc. On fantasme sur les pouvoirs paranormaux de la forêt de Belgrade.
Les autorités arrêtent Özen et l'interrogent sous le chef de « contredire la vérité concernant la sécurité intérieure et extérieure du pays, l'ordre public et la santé générale, et de fraude qualifiée , dans le seul but de créer l'anxiété, la peur ou la panique parmi la population ». Devant la police elle déclare que ce qu'on nomme "witchcraft" dans son enseignement est purement psychologique et logique, basé sur l'étude des émotions, et qu'Ece était pleine d'obsessions tristes. Elle reste sous contrôle judiciaire. Özen, qui signe des autographes deux fois par semaine, n'a plus le droit de voyager à l'étranger.
On découvre aussi qu'Ece Gürel avait participé à un concours télévisé intitulé « Super Puzzle » il y a 10 ans. Gürel a déclaré dans l'émission que même si elle voulait devenir architecte paysagiste, elle avait étudié dans une "troisième université" en raison des difficultés qu'elle rencontrait dans le secteur, a également déclaré qu'elle était très intéressée par l'astrologie et que son plus grand rêve était d'aller en Australie.
Le père d'Ecce, lui, se défend contre l'accusation de sorcellerie portée contre sa fille : elle était terre à terre, et surtout elle pratiquait le jeûne du Ramadan, donc elle ne pouvait pas être sorcière. Cependant sa fille a bel et bien laissé sur le Net des traces de sa passion pour l'astrologie et les tarots et son suivi des cours de sorcellerie est avéré.
Une amie d'enfance d'Ece qui a grandi près de chez elle, Güfte Keskin, précise : " Mon amie était une personne très accomplie et saine. Son frère aîné était mon ami de collège. Nous avons grandi dans le même quartier. Pendant qu'elle allait à l'école, j'allais au travail. Nous revenions ensemble. C'était une personne très positive et joyeuse qui ne pensait pas à la négativité. D'après ce que j'ai entendu dans les médias, elle avait des problèmes au travail. Elle s'est intéressée aux tarots et j'en ai même plaisanté avec elle. Elle a reçu une formation à ce sujet . C'était une personne pleine de vie et il n'a jamais rien dit de négatif. " D'autres amis le confirment... comme quoi on peut être occultiste et joyeux, au moins pendant un temps.
L'écrivaine new age Sibel Uzun, y va de son hypothèse : la jeune femme sous l'influence des tarots avait peut-être fait "un tour astral" et avait disparu "en réinitialisant son énergie".
La prof de sorcellerie, Özen, pour sa part, a livré à la presse quelques infos sur les hypothèses avancées pour expliquer l'accident :
Sur la méditation "Lorsque nous méditons, nous mettons de la musique relaxante à côté d'elle. Si elle méditait, le téléphone portable d'Ece serait dehors, pas dans son sac. J'ai regardé la vidéo. Le téléphone était dans son sac."
Sur la possible consommation d'ayahuasca : "L'Ayahuasca est devenue populaire en 2014. Tout le monde se posait la question. Le prix d’une tasse était alors de 1 500 dollars. Ils disent qu'elle a fait une retraite. Les salles de retraite sont également construites à des prix très élevés. Ece et son mari n’avaient pas de tels moyens financiers. Ece n’est même pas quelqu’un qui peut allouer un budget pour cela. Il ne lui donnera pas non plus autant d'argent. Une fille jeûnante et fidèle. L'idée de « planer, d'utiliser quelque chose de différent » n'était pas du tout quelque chose qui convient à Ece"
Il y a fort à parier qu'on ne connaîtra jamais le fin mot de cette sombre histoire. A supposer même que la police découvre un jour que l'architecte aurait été entraînée dans la forêt par un être de chair et d'os qui avait de mauvaises intentions à son égard, cela ne dira rien des causes spirituelles de ce qui lui est arrivé. Il est intéressant en tout cas que beaucoup de commentateurs le relie aux dangers de la pratique des tarots. On relève aussi que les réactions en pays musulmans sont les mêmes que chez les Chrétiens : si elle pratique le ramadan elle ne peut pas être sorcière, quand on pratique mieux la religion on ne va pas au devant de ce genre de mésaventure, etc.