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L'assassinat de Pretextat

8 Mars 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #Christianisme, #Histoire secrète

Les Britanniques ont la mort de Saint Thomas Beckett à la cathédrale de Cantorbéry, assassiné sur ordre du roi, à l'origine de la Magna Carta. Les Francs ont celle de Saint Prétextat à la cathédrale de Rouen le 14 avril 586 sur ordre de la reine mérovingienne Frédégonde (Rouen avait été capitale de province romaine au Bas-Empire et à la pointe de la christianisation deux cents ans plus tôt comme on l'a vu dans les échanges épistolaires entre Victice et Polin de Nole).

En 1866, un prêtre rouennais anonyme, A. D., écrivit une petite synthèse édifiante sur la vie de Prétextat avec des passages du genre : "Sa conversation était agréable, sa parole forte et féconde; sa doctrine, toujours empreinte de pieux sentiments de modération, de piété et de vertu, ravissait tous les cœurs, sans charger les esprits de mille questions inutiles. A l'exemple de notre Seigneur Jésus-Christ, son divin maître, il était rempli de douceur et d'humilité; il prenait un soin particulier des pauvres malades, rendait une prompte justice à tous ceux qui étaient victimes d'une injuste violence, visitait avec une tendre sollicitude les affligés et tous ceux qui avaient des infirmités et des peine".

Le roi Chilpéric de Soissons (un des 4 héritiers de Clotaire) en fit le parrain de son fils ainé Mérovée. Puis il fut pris dans la querelle entre Chilpéric et Sigebert animée par la rivalité entre la belle princesse wisigothe Brunehaut épouse du second, et la jolie roturière franque Frédégonde deuxième femme du premier, qui avait fait étrangler la soeur de Brunehaut, première femme de Chilpéric. Ce dernier poussé par Frédégonde ravagea les terres de son frère et se comporta en Dioclétien.

Une étape importante de la guerre civile fut l'assassinat de Sigebert en 575 et l'arrestation de Brunehaut et de son fils de 5 ans. Elle fut emmenée en captivité à Rouen. Mérovée premier fils de Chilpéric, amoureux de sa tante Brunehaut captive, l'épousa dans la future capitale normande. L'union fut célébrée par Prétextat son parrain.

Chilpéric marcha sur Rouen dont s'échappa Brunehaut pour ensuite aller régner sur l'Austrasie au nom de son fils, rejointe par Mérovée qui y périt assassiné. Chilpéric ensuite retourna son ressentiment contre Prétextat qu'il fit juger par 45 évêques réunis en concile à Paris. Malgré la défense de Grégoire de Tours, Prétextat crut habile d'avouer les charges pesant sur lui après les avoir d'abord révoquées en espérant que cela lui éviterait la mort, Il fut banni à Jersey dans le diocèse de Coutances, tandis que Dieu punissait Frédégonde, "le Néron de la France"(titre aussi attribué à Chilpéric), de ses péchés en faisant mourir de ses fils du feu Saint Antoine.  Celle-ci trouvait encore la force de faire périr le dernier fils de Brunehaut, Clovis. En 584 Chilpéric de retour de la chasse mourrait près de Chelles (à l'instigation de sa femme ?).

Prétextat put demander au nouveau roi Gontran son retour à Rouen tandis que l'évêque de Paris plaidait que son exil de 7 ans n'avait été qu'une pénitence. Gontran y fit droit. Ayant repris ses fonctions Prétextat siégea au concile de Mâcon en Bourgogne pour y acter une remise en ordre des églises locales. Frédégonde se retira au château de Vaudreuil/Val de Reuil (dans l'Eure) d'où elle pilotait encore à distance des assassinats. En compagnie de Mélaine-Mélantius-Mélance, qui avait remplacé Prétextat sur son trône épiscopal pendant 7 ans, elle paya un meurtrier.

A la messe de Pâques 586, Prétextat "demeura constamment appuyé sur une forme ou prie-Dieu; et tel était son recueillement dans la prière, qu'il ne s'aperçut pas qu'un homme qui était entré avec précipitation dans l'église cherchait à pénétrer et à s'avancer, malgré les flots pressés de la foule silencieuse et recueillie, jusque sur les degrés de l'autel, où il se tenait agenouillé, le regard attaché sur le tabernacle où repose la personne adorable du Sauveur. Cet esclave, qui a pu s'approcher ainsi du saint évêque, brandit tout à coup un poignard qu'il tenait caché sous son manteau, et, avec la rapidité de l'éclair, le plonge dans le sein du- pontife, et prend la fuite".

Pour dissimuler son crime Frédégonde vint lui rendre visite sur son lit d'agonisant. Le prélat eut encore la force de dénoncer son forfait puis expira après avoir reçu l'extrême onction de l'évêque de Coutances.

Le tableau la Mort de Prétextat d'Edouard Cibot (1799-1877), composé en 1832, est au musée des beaux arts de Rouen.

Le hollandais Lawrence Alma Tadema a peint Frédégonde visitant Prétextat sur son lit de mort.  Il existe aussi une gravure sur le même thème dans un livre de Gustave Demoulin.

En 1896 et 1897 on joua à Paris au Théâtre français Frédégonde drame historique en cinq actes et en vers d'Alfred Dubout, achevé en 1885. Paul Mounet, 49 ans, y jouait Prétextat. Un des décors était la cathédrale de Rouen, pour son assassinat. C'était une pièce mélodramatique assez grossière d'après les critiques qui mettait en scène diverses parties imaginaires dont une confession de Frédégonde à Prétextat. La franco-belge Adeline Dudlay jouait Frédégonde.

Dans le style d'une histoire un peu romancée on peut aussi se reporter au Récit des temps mérovingiens qu'Augustin Thierry dans les années 1840  consacrait à Prétextat (Pretextatus). On y trouve un détail intéressant sur le lieu et les circonstances du procès de l'archevêque. Il y explique aussi les raisons psychologiques de la persistance de la haine de Frédégonde contre le pontife de Rouen quand elle se rendait dans sa ville (Thierry reprend fidèlement Grégoire de Tours à ce sujet). Il situe le meurtre au dimanche 24 février, qui est l'ancienne date de la Saint Prétextat, déplacée depuis lors au 14 avril.

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Un symposium sur l'IA et les "intelligences non-humaines" de la scolastique médiévale

28 Février 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Un écho à ce qu'on disait récemment sur les enjeux spirituels de l'intelligence artificielle (et le rapport avec le thème de la possession) :

Un symposium universitaire international d'une journée coordonné par Dr. Denisa Reshef Kera "Design & Policy Lab" Maître de conférences Programme Science, technologie et société à l'Université Bar Ilan, Israël, aura lieu à Enschede aux Pays-Bas le 1er juillet 2025.

Titre du symposium : "Agents IA : intelligence artificielle, angélique ou antagoniste ?" Avec pour illustration de l'invitation, une scène d'exorcisme extraite du Rituale Romanum.

Présentation du symposium (traduction française) : "Les agents IA contemporains illustrent-ils ou réinterprètent-ils les débats oubliés sur les fonctions ontologiques et éthiques des intellects angéliques, des adversaires démoniaques et des phantasmata (machines) ? Ce symposium présente l’intelligence artificielle (IA) comme un catalyseur qui relance les discussions fondamentales sur l’agence, l’ontologie, l’épistémologie et l’éthique. Les débats sur les formes radicalement externalisées, affectives, distribuées, simulées ou émergentes de l’agence sont après tout enracinés dans les recherches scolastiques médiévales sur les intelligences non humaines. Revisiter ces paradigmes historiques nous permet de nous demander si l’IA fait revivre les ontologies prémodernes ou force leur reconfiguration radicale dans les conditions technologiques, éthiques et philosophiques contemporaines.

Nous accueillons avec plaisir des articles qui abordent de manière approfondie et créative la philosophie classique, la théologie et la recherche contemporaine en IA dans les sciences sociales et les disciplines connexes. Les soumissions doivent aller au-delà des dialogues simplistes avec l'IA pour offrir des engagements théoriques rigoureux sur l'agence, l'intelligence et l'éthique non humaines. Nous encourageons les contributions de domaines tels que les études médiévales, la philosophie de l'esprit, l'éthique de l'IA et les études sur la science, la technologie et la société (STS), entre autres. De plus, nous invitons les informaticiens et les chercheurs dans des domaines techniques qui souhaitent explorer ces questions interdisciplinaires.


En replaçant l’IA dans les traditions historiques et philosophiques, ce symposium vise à éclairer la manière dont l’agence, l’intelligence et la responsabilité morale sont redéfinies. Nous invitons les chercheurs à contribuer à cette conversation critique en examinant l’IA non seulement comme une extension de la cognition humaine, mais aussi comme un défi aux hypothèses fondamentales sur la connaissance, l’autonomie et l’existence partagée. Les articles doivent analyser de manière critique le statut ontologique et épistémique de l’IA, ses implications éthiques et son rôle dans la refonte des conceptions historiques et contemporaines de l’agence et de l’intelligence."

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Neptune et la fin de l'ère du poisson

23 Février 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

Je crois que certaines personnes qui suivent le présent blog ont compris que je ne fais pas ici seulement de la sociologie des religions, ni même de l'histoire de la spiritualité. Je crois que les domaines de l'expérience humaine ne sont pas séparables entre eux, même si certaines activités sont plus orientées vers la rationalité et d'autres davantage vers l'art etc. Il ne faut pas perdre de vue l'unité de l'expérience humaine, qui nous est elle-même donnée dans un continuum biographique, celui de notre quotidien, qui est en soi signifiant et à prendre au sérieux tant dans les moments de grandes révélations (par exemple pour moi cette période 2014-2015 dont j'ai témoigné dans mon livre sur les médiums) que dans les périodes désertiques d'ennui profond.

Je suis convaincu que tous les thèmes qui ont été mis sous mon nez ces derniers temps par delà leur apparence hétéroclite(l'église de Laruns, le Sertorius de Corneille etc, voyez mes billets es plus récents) ont quelque chose qui les relie, et participent d'une unité dont la clé apparaîtra progressivement de façon dynamique. Et, comme il est donné à plusieurs personnes d'une même époque (et à travers l'histoire), de recevoir chacune un fragment de l'unité à laquelle elles-mêmes participent (voyez par exemple mes remarques sur la théorie des champs morphogénétiques ou sur la "mode" de Marie-Madeleine au XIXe siècle), il n'est pas étonnant que soient mis sur notre route des recherches de gens utiles : ces fragments du puzzle arrivent toujours de la meilleure manière et au meilleur moment, même si l'on n'en est pas forcément conscient.

Ainsi, je pense que participe de cette unité première le fait que ce matin il m'ait été donné d'écouter la récente vidéo (cf ci-dessous) de l'ufologue néopaïen D. Coilhac sur Neptune et l'ère du Verseau. Je ne prétends pas que ce que j'ai entendu dans cette conférence soit d'une importance capitale (pas plus qu'aucune de mes découvertes depuis ma naissance), mais puisque ce blog qui compte moins de trente abonnés n'est pour moi qu'un aide-mémoire, il me faut quand même signaler ici ce que j'y ai appris sous l'angle spécifique des morceaux de puzzle qui me sont donnés depuis dix ans.

Je n'adhère pas à tous les aspects de la recherche de Coilhac, il s'en manque. Par exemple sa croyance en ma réincarnation ou ses théories sur l'alignement des châteaux me laissent de marbre. Mais quand il dit une vérité, comme lorsqu'un Musulman ou un Bouddhiste en énoncent une, je ne peux pas ne pas prêter l'oreille (pour moi c'est un peu comme avec Ariel Cohen Alloro : sa gematria sur les lignées messianiques me paraissent inutiles et fausses, mais quand il parle de Nathanael dans l'Evangile ou des deux visages, je suis tout ouïe.

Pour moi Coilhac a atteint le sommet de son art quand il a parlé de l'Atlantide à Versailles en 2023. Et sa vidéo de ce mois-ci sur Neptune qui détruit les poissons (ses propres créatures) s'inscrit dans le prolongement de cette découverte. On peut retourner la question dans tous les sens, on ne peut pas s'empêcher de penser que le chercheur touche là à quelque chose de profond : oui dans les fontaines de Neptune, de Rome à la Lorraine, et dans les tableaux, on retrouve souvent le thème de Neptune tuant des poissons, du Neptune au drap (au linceul) porteur de destruction, avec en plus des personnages qui versent de l'eau (verse-eau) à proximité. Et l'on ne peut pas ignorer que ces représentations au XVIIe siècle sont associées au parrainage à la fois de l'ordre de Saint Michel et de l'Ordre sur Saint-Esprit, donc probablement à des initiations de sociétés secrètes.

Neptune-Poséidon construit l'Atlantide, et la détruit. Il détruit le poisson et son ère, au moment où sur le plan des astres arrive l'ère du Verseau (découverte de Paul le Cour dont Coilhac se dit disciple). Et toute l'imagerie autour de tout cela, note l'ésotériste, est sombre (d'où la présence du linceul que l'on peut aussi parfois identifier comme une écharpe mais alors cela renvoie au verbe écharper).

L'Atlantide (tout comme l'âge d'Or) est très présente aujourd'hui dans les esprits. Le vice-roi d'Amérique (et du projet mondialiste) Elon Musk, qui veut mettre à bas le monde ancien, l'a mise en scène récemment dans un clip.

D'une façon qui n'est pas anecdotique malgré les apparences, ce matin Coilhac a apporté une réponse à une question qui me turlupine depuis sept ou huit ans. Beaucoup d'amateurs de musique des années 1980 savent qu'  Eurythmics est un groupe archi-initié dans l'ordre de l'occultisme. Tous leurs clips le montrent, et vous savez que c'est le cas d'à peu près tous les artistes à succès. Je m'étais amusé à écrire en 2017 un bréviaire du symbolisme occulte de la pop culture. Hé bien dans leur morceau "Sweet dreams" qui met en scène le gouvernement mondial dystopique que les adorateurs de Saturne veulent nous exposer (une musique hélas très présente dans mon Béarn natal, aussi bien dans le troquet où je déjeunais le 24 décembre dernier, qu'à la descente de la retraite aux flambeaux des enfants de l'école de ski de Gourette le jeudi 20 février dernier...) on peut bien sûr remarquer, comme dans beaucoup d'autres productions culturelles, de l'oeil omnivoyant maçonnique. Je m'étais seulement demandé longtemps : pourquoi s'agit-il dans ce clip de l'oeil d'un cheval, filmé en gros plan ? Coilhc me permet de comprendre : le cheval est associé à l'Atlantide et à Neptune. L'Atlantide était "fertile en chevaux" disait Platon (qui lui-même avait une passion pour les chevaux). Poseidon fut le premier à dompter le cheval, ce qui explique que les habitants de Troie, ville construite par lui, aient été eux aussi de fameux dompteurs de chevaux" selon Homère, ce qui rend d'autant plus tragique la ruse d'Ulysse (le cheval de bois) pour la détruire.

Neptune est toujours sur un attelage de chevaux surgissant des flots. Au XIXe siècle, dans un champ près de Dinan au milieu d'objets romains on avait retrouvé une pierre basaltique sur laquelle était représenté Neptune domptant un cheval. "C'est de l'Atlantide que parle ce bas-relief" écrivait en 1912 un certain M. Dault à la Société d'Anthropologie de Paris.

On n'est pas loin là de l'univers du géant Antée fils de Poseidon dont Sertorius aurait retrouvé la tombe parmi des mégalithes. Christian II de Saxe au tournant des années 1600 n'avait-il pas fait représenter la mort d'Antée sur l'armure de son cheval ?

Bizarrement Coilhac me donne aussi une clé pour creuser un peu plus la confrontation de la sirène et du sagittaire dans le bénitier de Laruns. Dans la fontaine de Neptune (min 2h06) à Berlin de 1891, il y a un atlante centaure sous la férule de Neptune, mi-homme mi-cheval qui est peut-être pris au filet, et (min 2'14) la seule image gaie de cette fontaine: sur une jarre d'un personnage féminin versant de l'eau un centaure donnant la main à une sirène (que bizarrement Coilhac appelle "femme triton", mais les tritons sont des sirènes mâles), scène antédiluvienne.

Vous noterez au passage que les sirènes-mâles, les tritons, sont aussi représentés parfois avec des pattes de chevaux...

Le bénitier de Laruns qu'on date de la fin du XIVe siècle malgré le côté un peu roman de ses sculptures, reprend une thématique ancienne de centaures pointant des sirènes (cf ici) à laquelle on cherche d'ordinaire des explications morales.

Mais n'y a-t-il pas aussi une approche initiée eschatologique à retenir sous l'angle de la chute de l'Atlantide et de sa répétition, en quelque sorte, dans le proche avènement de l'ère du Verseau après l'anéantissement des poissons par Neptune (avènement qui, d'un point de vue chrétien, loin de marquer le début d'un nouveau cycle correspondrait tout simplement au règne de l'Antéchrist avant le retour définitif du Sauveur).

A Laruns la sirène tient un poisson qui est hors de l'eau, comme beaucoup de représentations de la victoire de Neptune. Les poissons sont morts... 

L'auteur de la fontaine de Berlin, Reinhold Begas, l'homme qui embrassa Bismarck sur la bouche (Le Messin 19 juillet 1906) et fabriqua son sarcophage (ce qui ne l'empêcha pas de devenir grand officier de la Légion d'honneur en France) en savait peut-être plus que nos historiens sur la connexion Sirène-Centaure Atlantide sous l'angle eschatologique...

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Tantrisme et pouvoir politique

22 Janvier 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme, #Histoire secrète

J'ai un peu écrit naguère sur le tantrisme comme "technique du corps" comme dirait l'autre, notamment dans son rapport aux déesses mères, mais j'ai négligé son lien historique avec la politique et la chose militaire.

Quelques lignes m'ont fait prendre conscience de mon erreur ce matin, des lignes sur le moine indien qui le premier a rendu le tantra "à la mode" en Chine : Amoghavajra  (705-774), disciple de Vajrabodhi. Il fit un gros travail de collection de textes tantriques en Inde, à Ceylan, en Indochine.

Il fut celui qui consacra le 11ème empereur chinois Tang Suzong en 759 (l'année où, en Gaule, Pépin le Bref reprenait Narbonne aux Musulmans), après que ses sortilèges aient permis de vaincre l'armée du rebelle An Lushan. Auparavant il avait aussi initié (cf les rituels ici) l'empereur tang Xuanzong.

Son rôle dans les victoires militaires est souvent sousestimé par les universitaires, mais il ne faut pas oublier que le tantrisme est chargé de rituels magiques. Souvenons nous de ce que Jonathan Black écrivait sur le rôle de Sainte Geneviève face à Attila (et peut-être de Roumi face aux Mongols) : l'enjeu était là une victoire sur une magie chamanique.

L'usage du tantrisme dans un cadre politique et guerrier se retrouve au XIIIe siècle avec Koubilay Khan, le petit-fils de Gengis Khan. Les chefs mongols étaient bouddhistes depuis 1246, après la mission du Tibétain Sakya Pandita. Koubilay fut notamment influencé par Phagpa, qui travailla à l'élimination du taoïsme de sa cour. Du succès de Phagpa la magie militaire n'est pas non plus absente.

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Christianisme et société en 1971 et aujourd'hui : la question de la verticalité

15 Janvier 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme, #Philosophie

Je lis dans la revue communiste la Pensée de 1971 un article d'Antoine Casanova (1935-2017) à propos de Vatican II explique :

"Au premier chef, on assiste à une modification du visage de Dieu et des rapports des croyants avec Dieu. Chez les hommes qui transforment quotidiennement le monde naturel par une mise en œuvre rationnellement organisée des forces scientifiques et techniques, qui sont devenus conscients de la valeur universelle de leurs aspirations de travailleurs et des possibilités de l'action collectivement organisée, la catégorie idéologique de Dépendance est de moins en moins opératoire. Dieu n'est plus maître supérieur des phénomènes naturels, seigneur des hiérarchies sociales. Le croyant s'éprouve au contraire comme coresponsable de son œuvre et de son destin et « appelé à une relation personnelle qui le fait participer à la responsabilité de l'œuvre de création » et « on peut trouver là directement le fondement religieux des attitudes de base que réclame dans la société industrielle le travail communautaire des hommes dans le sens d'une association » 49. Dieu est de plus en plus vécu comme Dieu frère plutôt que comme Seigneur Père, Dieu partenaire engagé en un rapport de coopération et qui ne peut être saisi qu'au travers de la présence d'une communauté humaine, y compris dans l'Eucharistie définie comme « une célébration communautaire ou un partage de la parole et du pain » ce qui « est une expression minimaliste qui fait beaucoup plus penser à une agape fraternelle (partager le pain et le sel) qu'à la Sainte Cène du Christ »  . La puissance du courant qui se rattache à cette nouvelle symbolisation a été maintes fois évoquée (et dénoncée) par les autorités romaines

Corrélativement est de plus en plus mis sur tous les signes qui représentent le salut comme affaire terrestre à dimension essentiellement communautaire. Nous retrouvons ici un autre aspect de la forte valorisation de l'aspect « repas » communautaire de la messe qui grandit tandis que « quittent l'avant-scène de la liturgie » des dévotions (l'adoration du Sacré-Cœur, du Saint-Sacrement) dont le symbolisme représentait une eschatologie individualiste.

Le symbolisme qu'élaborent les masses tend en même temps à signifier leur volonté de libération des contraintes sociales d'exploitation. Les niveaux de signification sont ici complexes. Au premier chef et de façon générale, Dieu ne peut être imaginé qu'avec les attributs qui signifient l'éternelle stabilité de l'ordre des classes dirigeantes. L'or et les fastes ont de moins en moins leur place dans la symbolique religieuse populaire. L'expression du sacré par les symboles de l'accumulation des richesses s'est muée en « contre signe ». Il en a longuement été question à la première session du Concile dans les interventions des prélats réalistes attentifs à ne pas laisser s'accroître l'écart entre les aspirations religieuses spécifiquement populaires et l'image que propose la hiérarchie"

On trouve dans le même numéro un article sur les théories de Monod, mais laissons cela pour plus tard.

Aujourd'hui le projet de Vatican II apparaît au sein de l'Eglise usé et porté par une génération d'octogénaires (comme le pape actuel) dépassés par un renouveau conservateur (de plus en plus de prêtres en soutane, le succès du pèlerinage conservateur de Chartres cette année). Beaucoup en dénoncent les aspects marxisants ou à tout le moins progressiste de type maçonnique avec cette "démocratisation" de la hiérarchie (le "peuple de Dieu" censé jouer un rôle actif sans recevoir passivement les directives du clergé). Et c'est en même temps la "protestantisation" qui est dénoncée avec ce Dieu "frère" qui nous invite à son "repas".

J'ai été moi-même, paradoxalement sous l'influence des évangéliques, sensible à cette critique de la "réduction de Dieu" qu'opérait le modernisme dans l'Eglise.

Cependant la réhabilitation de la tradition et de la solennité de ses rituels (notamment dans la messe latine) porte aussi en germe des dangers comparables à ceux de la fascination actuelle de certains milieux de droite pour le trumpisme : la recherche d'une figure d'autorité salvatrice dont le chef charismatique est l'incarnation dans l'ordre politique et le Dieu "à l'ancienne" la sublimation religieuse.

Dans l'ordre des Ecritures saintes (la Bible) ont trouve autant d'arguments pour l'image paternelle royale de Dieu (l'Ancien Testament, l'Apocalypse), que pour celle d'un Dieu frère par le Christ (toutes les images de Jésus frère et ami dans l'Evangile).

Sur le plan philosophique Dieu est peut-être aux deux extrêmes du spectre (infiniment puissant et infiniment dépendant de la collaboration de l'homme, un paradoxe kabbalistique et dialectique qu'on ne peut pas totalement évacuer puisque Dieu est tout). Il n'est pas impossible que la re-transcendantisation de Dieu et du fait religieux, ne soit qu'un "moment" comme le retour de la pudeur, du moralisme etc. Mouvement de balancier dont on ne comprend pas vraiment la nécessité historique mais qui s'est souvent constaté dans le passé.

Faut-il complètement y adhérer ? N'y a-t-il pas dans le retour de la verticalité une inquiétante abdication de notre mission humaine ?

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Le Grand Monarque chez les ésotéristes

5 Janvier 2025 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

L'expression "Grand Monarque" apparaît pour la première fois sur ce blog en 2017, mais je m'y suis plus intéressé à partir de juillet 2020 au moment de l'opération "roi des gilets jaunes".

Un échange avec un spécialiste de Rennes-le-Château (RLC) récemment me rappelle à quel point ce thème est présent dans l'univers mental du célèbre Abbé Saunière.

Il m'envoyait hier une interview par un autre spécialiste de RLC Tony Baillargeat d'un ésotériste qui se fait appeler Arphaÿs, du nom de la fontaine Saint Dagobert (je vous renvoie à mon livre "Le complotisme protestant" pour situer cette thématique des Mérovingiens dans l'univers ésotériste) à partir duquel on pourrait presque dresser un tableau sociologique des débats actuels autour du Grand Monarque à travers le prisme de Rennes-le-Chateau.

Arphaÿs, auteur de "Le code Arsène Lupin – Maurice Leblanc et le savoir perdu", né à Bar-le-Duc en 1966 (une région très mérovingienne puis associée au Duc de Guise) a été initié dès ses dix ans par n érudit franc-maçon. Il a ensuite écrit plusieurs articles pour la revue Atlantis de Paul Le Cour dont on a déjà parlé  dans notre article sur le Hiéron du Val d'Or.

Après avoir lu le travail de Patrick Ferté sur le lien qu'on peut repérer entre les romans d'Arsène Lupin et Rennes-le-Chateau,il a creusé dans une direction un peu différente en partant du fait que Leblanc faisait naître Arsène Lupin à Blois, la "ville aux loups", symbole de l'Apollon celte Belen, et cité dont l'emblème (un loup et un porc épic soutenant le Lys) peut évoquer le"roy perdu", le Grand Monarque, selon Jean Robin, qui est appelé "roi de blois" par Nostradamus. Paul le Cour et René Guénon sont aussi natifs de cette ville.

En 1993, Arphaÿs, intégra une société initiatique qui s'intéressait à "L'Or de Jérusalem" de Roger Facon auteur qu'on a cité ici.

Il est convaincu que Maurice Leblanc avait été initié à la Tradition. Il en veut pour preuve par exemple le nombre de marches (357) dans l'Aiguille Creuse et lit Leblanc à travers une gématrie.

Dans une interview d'octobre 2024 sur un blog il précise que Fulcanelli, Dujols et Le Cour faisaient partie du même cercle dont le Hiéron n'était qu'une façade. Fulcanelli a inspiré deux courants : celui de Pierre-Vincenti Piobb et celui de Francis Warrain et Georges Beltékhine.

Arphaÿs est aussi attaché à l'idée d'un schéma commun à Arsène Lupin et aux romans de chevalerie arthuriens qui partent du principe que le roi n'est pas mort et se réveillera à la fin ds temps (d'aillleurs les membres du Hiéron se disaient chevaliers du Graal). Il estime que Rennes-le-Château a un rôle aussi important à jouer que Paray-le-Monial dans l'avènement du Grand Monarque mais qu'elle a été entravée par le mythe de son Trésor qui la tire vers une dimension trop matérielle. Or si Trésor il y a, il ne doit servir qu'au Grand Monarque.

On voit bien que l'intérêt se resserre autour de Paray-le-Monial et du Hiéron du Val d'Or. L'alchimiste montmartrois Richard Khaitzine avait déjà insisté en 1997 sur le lien Hiéron-Montmartre en rapport avec une vieille tradition gnostique inspirée par le culte de la déesse-mère et l'Egypte. Un récent roman de Morris Leblanc en plus des conférences de Christian Doumergue et de Gino Sandri vont aussi dans ce sens.

Arphaÿs  remarque aussi en suivant Paul Le Cour qu'en reconstituant l'hexagone français comme un arbre kabbalistique Bourges correspond à la Sephira Tipheret (le coeur, la beauté)... Suivant cette construction il y aurait une ligne horizontale entre le Pays de Caux et l'Argonne importante pour comprendre le prochain avènement du Grand Monarque, avec un triangle qui descend jusqu'à Rennes le Chateau.

Mon correspondant pour sa part ne croit au lien Arsène Lupin-Rennes-le-Château forgé par Plantard avec le Prieuré de Sion.

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Amour-passion soufi et accès à Dieu par l'immanence

24 Décembre 2024 , Rédigé par CC Publié dans #Spiritualités de l'amour, #Sainte-Baume, #Christianisme

Une excellente conférence de Michael Barry, professeur à Princeton, spécialiste de très haut vol de la miniature persane. J'attire notamment votre attention sur ce conte étonnant extrait de la Conférence des Oiseaux (Barry l'appelle le Cantique des Oiseaux - le titre renvoie au langage des oiseaux du Coran transposé peut être dans l’ésotérisme où  l'expression existe aussi, c'est une sourate qui parle de Salomon, auteur du Cantique des Cantiques) écrit en 1177 par le sage soufi iranien Farid al-Din Attar, le parfumeur.

Barry le commente à partir d'une illustration d'Herat (Afghanistan) de 1527 par un cheikh soufi employé par la dynastie chiite séfévide qui venait de s'emparer de la ville, illustration qui de la version turque. Le conte raconte qu'un cheikh sunnite de La Mecque très légaliste, célèbre pour son rigorisme, reçoit de Dieu le message qu'il n'a rien compris. Le Créateur lui donne l'ordre de se mettre en route pour Constantinople. Là-bas il aperçoit une très belle princesse chrétienne dont il tombe follement amoureux. Celle-ci va tester son amour jusqu'à lui imposer de se faire chrétien et de garder ses porcs.

Dans la miniature de 1527 qu'il examine le spécialiste identifie un arbre automnal qui indique l'approche de la perfection. Le cerisier en fleur, c'est la beauté de la princesse. Une illustration ouzbèke sunnite de 1553 qui coûtait une fortune (peinte avec de la poudre de pierre précieuse) montre la pâmoison mystique du cheikh et la niche de lumière dans laquelle la princesse apparaît comme dans la maison de prière. Dans une version peinte à Ispahan dans les années 1600 (art sacré offert à la mosquée d'Ardabil), la princesse est vêtue de rouge (celle pour laquelle le coeur doit saigner, l'homme doit s'humilier comme Lancelot et St François d'Assise).

A la fin la princesse meurt sur les genoux de son amant, et lui, redevient musulman et rentre à la Mecque ayant enfin compris le mystère divin.

Je précise que cette conférence ne m'intéresse pas au titre de la "culture générale" ou de l'anthropologie, de l'esthétique, pour admirer la "beauté d'une civilisation", mais du point de vue de ma recherche spirituelle, c'est-à-dire de tout ce qui engage la transformation de l'âme, son élévation, et le salut de l'humanité.

Barry dans sa conférence (qui fait très vaguement écho à mes souvenirs de jeunesse du fameux livre de Denis de Rougemont) explique non seulement que la spiritualité soufie autour de l'amour-passion a enfanté aussi bien les cours d'amour des chevalier courtois chrétiens que Dante, Pétrarque, et Saint François d'Assise, mais surtout que cette approche de l'amour de la femme par l'homme (et de l'homme par la femme) est réellement perçue comme une voie de sanctification très élevée. C'est le chemin par lequel le cheikh du conte va comprendre la dimension immanente de Dieu qui apparaît dans le visage de la princesse chrétienne, qui lui est donnée par ce visage.

On se souvient que Simone Weil disait qu'en spiritualité il faut tenir ensemble immanence et transcendance. Dans mon livre sur Lacordaire j'avais rappelé l'effort du XIXe siècle pour repenser un accès à Dieu à travers l'amour de la femme par Marie-Madeleine. Je ne suis pas du tout sûr que cette voie puisse être licite, parce qu'elle est une voie de l'anéantissement de l'individu dans le Tout propre au soufisme (on retrouve l'antéprédication du mana que j'évoquais récemment) qui n'est pas orthodoxe sous les cieux chrétiens (du moins est-ce ainsi que je comprends les choses, sous réserve de nuances que je suis prêt à entendre si quelqu'un m'en propose). En même temps, à défaut d'anéantissement, on ne peut pas nier que dans le christianisme il faut du dépouillement, et il faut peut-être réellement interroger le dépouillement qui se vit dans la passion avant de la révoquer comme forme d'idolâtrie et de perversion morbide et fétichiste.

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L'évangélisation de la Gaule

15 Septembre 2024 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme

Une conférence d'Arnaud Boüan du Chef du Bos, de la congrégation des Petits frères du Sacré-Cœur, qui pose beaucoup de questions. Son site est ici.

En gros Arnaud Boüan, inspiré par les Petits Bollandistes, reprend toute l'histoire soi-disant légendaire de l'évangélisation des Gaules au Ier siècle à laquelle on a cru pendant longtemps (alors que les universitaires reportent maintenant cette évangélisation au IIIe siècle) et essaie de voir comment elle fait système et jusqu'à quel point dans sa logique intrinsèque elle peut être crédible.

On auraît parmi les premiers évangélisateurs du Nord au Sud : Saint Lucien à Beauvais, Drennalus à Morlaix, Exupère à Bayeux, Nicaise à Rouen, Denis à Paris, Memmius à Châlons en Champagne, Sixte à Reims, Cléments à Metz, Materne à Cologne, Euchère en Germanie inférieure, Clair à Nantes, Julien au Mans, Gatien à Tours, Aubin à Orléans, Ursin à Bourges, Andoche à Autun, Bénigne à Dijon, Lin à Besançon, Eutrope à Saintes, Martial à Limoges, Austremoine à Clermont, Pothin à Lyon, Amadour à Bordeaux, Front à Périgueux, Saturnin à Toulouse, Trophime à Nîmes, Ste Marthe à Tarascon, St Maximin à Avignon, St Lazare et Marie Madeleine à Marseille, Aphrodisius à Béziers, St Paul dans les Pyrénées.

St Pierre a envoyé 7 apôtres : Trophime, Saturnin, Maximin, Austremoine, Martial, Gatien, Materne. Ce premier envoi est raconté par Grégoire de Tours dans la Gloire des Martyrs, on est sous le règle de Claude, ce sont des disciples directs du Sauveur. Et il y eut ensuite un second envoi par Clément de disciples des apôtres.

Ces envoyés ont à nouveau leur filiation. Certains de ces saints ne sont pas connus. D'autres selon la tradition sont cryptés dans l'Evangile. par exemple Martial est le petit garçon qui apporte cinq pains au Sauveur (Matt 18:3). On le surnomme "l'apôtre des apôtres". Certains sont arrivés dès 72 ap JC, et il y a aussi des apparitions mariales dès le Ier siècle (ND du Puy, ND des Champs, ND de Bethléem - apparue à Saint Savinien à Sens - ).

La conversion des élites romaines est importante aussi. Par exemple Silanus, bourreau de Sainte Valérie, convertie par St Martial à Limoges. Valérie était la petite fille de Lucius Capreolus, héros de la guerre de Cantabrie, et la fille de Léocade et de Suzanne (nom d'inspiration judéenne), la fille de Manilius Armillus, ex-lieutenant du proconsul des Gaules dans le Berry (que bizarrement en minute 7'22, Arnaud Boüan qualifie Suzanne de "duchesse d'Aquitaine de l'époque", ce qui est un anachronisme). Junius Silanus, cousin de Claude, proconsul d'Aquitaine en 42, avait été proconsul d'Aquitaine et aurait participé à la campagne de Bretagne. A son retour, il découvre que sa promise, Valérie, est devenue une vierge consacrée. Il la fait décapiter en 46 (c'est une sainte céphalophore). Silanus s'est ensuite converti. Cela a fait un gouverneur romain converti.

Les éléments convergent dit Arnaud Boüan. Les évangélisateurs sont des très proches des apôtres. Crescent, premier évêque de Vienne est un proche de Paul (mentionné dans Tim 4), Sergius Paulus, proconsul à Chypre, premier évêque de Narbonne (il aurait accompagné Paul à Narbonne, puis revenu à Chypre, il reçoit après la persécution de 66 sous Néron l'apparition posthume de Paul qui lui dit de s'occuper de Narbonne tandis que Barnabé s'occupera de Chypre). L'Eglise de Lyon est liée à Jean.

Véronique (Bérénice) née à Bazas (Cossium) en Aquitaine, servante chez un centurion romain suivit celui-ci et son épouse à Jérusalem quand le soldat y fut nommé. Quand ses maîtres retournent en Aquitaine pour fuir des persécutions (car Véronique les a convertis), Elle accompagne Saint Martial dans son travail d'évangélisation. En 1140, Garcias, évêque de Bazas dans son Baptista Salvatoris a expliqué que Véronique avait recueilli le sang de Jean le Baptiste avant que la hache ne s'abatte sur son cou. Michel Bourrières, professeur au collège des Petits Carmes à Cahors et spécialiste de Rocamadour allait avancer en 1895 que Véronique avait sûrement des origines juives.

St Philippe a aussi évangélisé la Gaule selon Isidore de Séville dans l'expédition de 63, En 69, Saint Clair (l'abbé Travers disait que c'était un Romain venu à Nantes par l'Aquitaine) a été converti par Saint-Pierre. Bouan tient de soeur Maryvonne historienne au Carmel de Morlaix que Drennalus  envoyé par Joseph d'Arimathie (d'origine britannique car il faisait du commerce entre cette île et la Judée, ce qui faisait sa fortune, ce qui explique qu'il évangélisât Gastonbury) avait le premier évangélisé à Morlaix. St Maximin évêque d'Aix-en-Provence pendant 40 ans a été envoyé avec Joseph d'Arimathie par Saint Pierre en 63 (il faisait partie des 12 disciples envoyés). Il se serait arrêté à Rennes (Condate) avec Saint Luc et Suffrenus pour fonder l'évêché de Rennes.

Sainte Marthe a été enterrée par Saint Front (qui lui avait rendu visite à Tarascon quelques années plus tôt). Front, israélite du Mont Carmel,peut-être ancien soldat d'Hérode, qui fut un des 72 disciples présents à la Pentecôte accompagna Pierre à Rome. Evêque de Périgueux(Vésone), il participa aux funérailles de Marthe par bilocation.

Léon Dubois (1873-1959) le raconte ainsi :

"Le corps de la Sainte était exposé dans l’église qu elle même avait fait construire. Tout était prêt pour la sépulture, lorsque le Pontife allait célébrer, à Vésone, le Saint Sacrifice. En attendant le peuple, il se tenait recueilli à sa place. Tout à coup Jésus lui apparaît et lui dit : « Mon « fils, venez et accomplissez la promesse que vous avez a faite d’assister aux obsèques de Marthe, mon hôtesse. » Il dit, et tous les deux, en un clin d’œil, sont transportés à Tarascon auprès du cadavre de la Vierge de Béthanie qu’ils mettent dans le tombeau, au grand étonnement de la foule".

Arnaud Boüan retient aussi cette bilocation (prouvée par le gant et l'anneau de St Front que les gens de Périgueux ont pu aller récupérer à Tarascon). (minute 14')

Pour lui le fait qu'on ait retrouvé en 1943 une statue de déesse romaine brisée près de ND de la Délivrande en Normandie prouve que le récit de la tradition sur le remplacement du culte de Démeter par Regnobert était authentique.

Le nom des cathédrale Saint Etienne, premier martyr mort en 35, est lé au fait que les premiers évangélisateurs de la Gaule, Saint Martial, Saint Front, Sainte Véronique ont assisté à sa lapidation.

Dans un sermon St Augustin dit qu'en Afrique du Nord il y a une pierre qui a servi à lapider le martyr à son coude droit. On trouve des églises qui disent avoir ce genre de pierre dans le Médoc et à Limoges. Les cathédrales de Limoges, Metz, Auxerre, Sens, Bourges, Toulouse, Châlons, Toul, Agen, Cahors, Saint-Brieuc sont dédiées à St Etienne.

Au moment du martyr de Saint André, Saint Martial est à Bordeaux en 62, il reçoit l'apparition de Saint Pierre qui lui dit que son frère André vient d'être crucifié et de la lui dédier (source le dominicain Bernard de la Guionie/Bernardus Guidonis, ou Bernard Guy, dominicain évêque de Lodève vers 1300, qui dit aussi que Martial avait amené en Gaule du sang d'Etienne).

Pour la cathédrale Saint Pierre, à Poitiers, Jean Bouchet,  dans ses Annales d'Aquitaine de 1557, rapporte qu'un jour que Saint Martial distribuait au peuple de Poitiers la parole de Dieu, la voix du Sauveur se serait fait entendre tout à coup, et en lui annonçant le martyre de saint Pierre (en 64), consommé à l'heure même dans la ville de Rome, elle lui aurait ordonné de "faire cy une église" en son honneur; ce que Martial aurait entrepris aussitôt.

Saint Amadour, envoyé à Rome 2 ans avant cela pour rendre compte de la situation en Aquitaine assiste au martyre et revient ensuite à Limoges avec des reliques, notamment a ceinture de St Pierre au moment de sa mort, des cheveux et un des clous (19ème minute). Des cathédrales St Pierre viennent ensuite en second (à Nantes, Beauvais, Rennes, Troyes, Angoulême) correspondent à la 2ème évangélisation.

Une fresque du palais papal d'Avignon montre la prédication du Sauveur devant Martial (né en 15), enfant de la multiplication des pains, son père et sa mère. Ils font partie de la tribu de Benjamin comme Etienne. On voit aussi son baptême. Il y a des représentations de l’apposition de la main sur son crâne. Le reliquaire de Limoges du chef de Saint Martial porte la trace de cette main.

Les témoins de la passion comme Martial et Véronique n'ont pas subi le martyre. Martial eut Alpinien et Austriclinien comme co-adjuteurs.

Ste Bénédicte à Bordeaux est la femme d'un gouverneur (Sigisbert) qui persécuta en 44 St Front et qui alla trouver St Martial pour guérir son mari tombé malade. Martial (30ème minute), convertie selon les Actes d'Amadour aussi sous l'influence de Véronique et Amadour devenus ermites à Soulac (comme Marthe l'était à Tarascon). Elle reçut le bâton d'évêque de Martial avec lequel elle réalisa des miracles (ce bâton allait en permettre jusqu'à la Révolution).

Arnaud Bouan admet que la conversion de gouverneurs permettait l'entrée des autorités chrétiennes dans les villes (auparavant des prieurés étaient construits hors de la ville tant que des autorités païennes gouvernaient la province).

Le tombeau de Ste Véronique est à Bordeaux (le corps a été enlevé de Soulac au moment des raids vikings). A Bazas la décollation de Jean-Baptiste fait partie des armes de la ville.  Des vitraux à Bordeaux du XIXe siècle racontent toutes ces histoires.

Zachée, le publicain des Evangiles, est identifié à Amadour ("Amateur du Roc") par les traditions locales, et fut compagnon de Martial en Gaule. Le corps d'Amadour fut retrouvé intact en 1166 au seuil de la chapelle ND de Rocamadour. Arnaud Bouan fait siennes toutes les légendes, même celle consignée par le carme Bonaventure de Saint Amable des lettres de Martial à Zachée retrouvées sur le corps d'Amadour. Pour lui tout comme la déesse mère de St Aubin authentifie l'histoire traditionnelle de ND de la Délivrande en Normandie, une stèle au musée de Bordeaux disant "Arula a fait ce présent à Jupiter ; Saint Martial l'a consacré avec le temple et le vestibule" serait la preuve de l'apostolat de Marial."

A noter que Bonaventure de Saint Amable dit aussi qu'après avoir converti le gouverneur de Bordeaux Saint Martial réduit le paganisme au Pays Basque et en Béarn sous le règne de Néron en étant passé par Agen, puis obtient la conversion d'Austris, fille du cruel gouverneur de Toulouse Marcel qui avait avait supplicié l'évêque Saint Saturnin. Arnaud Bouan ne va pas jusqu'à suivre les traditions jusque là.

Je ne pense pas que ce conférencier rende vraiment service aux traditions en tentant d'évincer tout regard universitaire laïque sur elles, mais il a le mérite de faire connaître les discussions qui ont duré pendant des siècles sur l'action des disciples directs de Jésus et des douze apôtres en Gaule, discussions qui ne reposaient pas forcément que sur du vent. Et surtout, sa conférence peut être le point de départ d'une puissante méditation sur la notion de "militia dei".

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