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Un cercle de malédiction autour d'Antiochos IV Epiphane ?

7 Mars 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

Peter Green, historien universitaire et athée (donc myope) écrivait ceci dans "D'Alexandre à Actium" (eds Robert Laffont, coll. Bouquins 1997 p. 474) à propos d'une ambassade romaine au roi hellénistique Antiochos IV Epiphane en 168 av JC (un an après que, dans le cadre de ses guerres contre Ptolémée VI d'Egypte, il eut pris Jérusalem à la demande des fils de Tobie et y ait imposé des cultes païens - Flavius Josèphe - Guerre des Juifs, I, 32-35 et livre des Macchabées): "Un ordre officiel (senatus consultum) lui fut adressé, lui enjoignant d'évacuer non seulement l'Egypte, mais également Chypre où ses troupes se livraient à une débauche de pillages et de destructions. L'envoyé romain, Popillius Laenas (ou Popilius Laenas), rencontra le roi dans le faubourg alexandrin d'Eleusis (juillet 168) et attendit en silence qu'Antiochos eût fini de lire le message du Sénat. Lorsque Antiochos réclama un délai pour examiner cette requête, Popillius prit son bâton, et traça dans la poussière un cercle autour du roi ; puis, d'un ton sans réplique, il ordonna à celui-ci de lui répondre par oui ou par non avant de sortir du cercle". C'est ce qu'on appela la "journée d'Eleusis". Antiochos accepta puis eu une petite revanche symbolique en organisant les jeux de Daphné pour laver l'humiliation.

La source se trouve dans Polybe 29.27.1-10, Tite-Live 45, 12.3-8, Appien Les Guerres Syriennes 66, Justin 34.3.1-4.

Polybe dans ses Histoires à ce sujet a le même ton" positiviste" que Peter Green :

When Antiochus had advanced to attack Ptolemy in order to possess himself of Pelusium, he was met by the Roman commander Gaius Popilius Laenas. Upon the king greeting him from some distance, and holding out his right hand to him, Popilius answered by holding out the tablets which contained the decree of the Senate, and bade Antiochus read that first: not thinking it right, I suppose, to give the usual sign of friendship until he knew the mind of the recipient, whether he were to be regarded as a friend or foe. On the king, after reading the despatch, saying that he desired to consult with his friends on the situation, Popilius did a thing which was looked upon as exceedingly overbearing and insolent. Happening to have a vine stick in his hand, he drew a circle round Antiochus with it, and ordered him to give his answer to the letter before he stepped out of that circumference. The king was taken aback by this haughty proceeding. After a brief interval of embarrassed silence, he replied that he would do whatever the Romans demanded. Then Popilius and his colleagues shook him by the hand, and one and all greeted him with warmth. The contents of the despatch was an order to put an end to the war with Ptolemy at once. Accordingly a stated number of days was allowed him, within which he withdrew his army into Syria, in high dudgeon indeed, and groaning in spirit, but yielding to the necessities of the time.

Notez que Polybe précise que le bâton est un cep de vigne (vitis), ce bâton de 80 cm qui servait aux centurions pour frapper les légionnaires. N'oublions pas que la vigne dans la Bible est le symbole d'Israël, ce qui n'est pas sans intérêt par rapport à ce que nous verrons un peu plus loin.

Tite-Live dans "L'histoire de Rome" livre 45 présente un récit semblable :

"After crossing the river at Eleusis, about four miles from Alexandria, he (Antiochos) was met by the Roman commissioners, to whom he gave a friendly greeting and held out his hand to Popilius. Popilius, however, placed in his hand the tablets on which was written the decree of the senate and told him first of all to read that. After reading it through he said he would call his friends into council and consider what he ought to do. Popilius, stern and imperious as ever, drew a circle round the king with the stick he was carrying and said, "Before you step out of that circle give me a reply to lay before the senate." For a few moments he hesitated, astounded at such a peremptory order, and at last replied, "I will do what the senate thinks right." Not till then did Popilius extend his hand to the king as to a friend and ally."

Sous la plume d'Appien (Guerres syriennes chap 11) cela donne un récit plus empreint de mysticisme parce qu'il relie le geste de Popilius au sort funeste d'Antiochos juste après, ainsi qu'à un événement curieux autour d'un temple de Vénus :

" While he was encamped near Alexandria, Popilius came to him as Roman ambassador, bringing an order in writing that he should not attack the Ptolemies. When he had read it he replied that he would think about it. Popilius drew a circle around him with a stick and said, "Think about it here." He was terrified and withdrew from the country, and robbed the temple of Venus Elymais; then died of a wasting disease, leaving a son nine years of age, the Antiochus Eupator already mentioned. "

Même ambiance chez l'historien Justin dans le livre 34 de son Abrégé  des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.qui fait lui aussi le lien entre le cercle et la mort rapide du roi à son retour en Syrie, et qui précise au passage que tous ses courtisans étaient dans le cercle :

"On députa donc Popilius à la cour d’Antiochus, pour ordonner au roi de respecter l'Égypte, ou d'en partir, s'il s'y trouvait déjà. Popilius le trouva en Égypte, et le prince, qui, étant en otage à Rome, avait formé avec lui d'étroites liaisons, s'approchant pour l'embrasser, l'envoyé romain fait taire ses affections privées devant les ordres de sa patrie, et lui présente le décret du sénat. Le voyant hésiter et renvoyer à son conseil la décision de cette affaire, d'une baguette qu'il tenait à la main, il trace autour du roi un cercle assez vaste pour contenir aussi ses courtisans, lui défendant d'en sortir sans avoir répondu au sénat et déclaré s'il veut être en paix ou en guerre avec, Rome. Effrayé de cette fermeté, Antiochus promit d'obéir. De retour dans ses états, il mourut bientôt, laissant un fils en bas âge."

Avant de développer sur le cercle tracé par Popilius, un mot du temple de Vénus d'Élymaïs. Les premières références à un "royaume" d'Élymaïs sont par Néarque (ou Nearchus), l'Amiral d'Alexandre le Grand (336-323), dans un passage conservé par Strabon (Géographe Grec, v.63 av.J.C-v.23 ap.J.C - Livre 2.13.6). Il situe le "royaume" vers le Nord de la Susiane. Il rapporte que le "Elymaei".

Flavius Josèphe dit qu' Élymaïs est le nom d'une ville. Certains historiens en font la capitale du pays d'Elam d'autres  la situent en Perse (ce qui est aussi le témoignage que rend le livre I des Macchabées, lequel signale aussi que finalement Antiochos ne put pas piller la ville). L'histoire des Juifs et des Peuples de Mr Prideaux, doyen de Norwich dans sa traduction française de  1764 p. 81, précise que la ville passait pour avoir de grandes richesses en or et en argent, et surtout que dans un Temple de Diane ou de Vénus de cette Ville, il y avait des trésors immenses. Ce qui fit qu'elle fut pillée en 165 av JC par Antiochos IV après sa guerre contre les Arméniens et avant qu'il ne s'en prenne à la Judée en 164, année de sa mort.

Revenons en au cercle de Popilius. L'affaire fait penser à cette anecdote du gourou Gurdjieff à propos des Yézidis du Kurdistan. Avec son collègue Pogossian, il se retrouve entouré de chiens de bergers yezidis entre Lalish et Mossoul formant un cercle qui les empêche d'en sortir, (Rencontre avec des hommes remarquables - Meetings with Remarkable Men chap 5) tout comme en 1888 à l'âge de 16 ans il avait vu un petit garçon yézidi, pleurer, effectuer des mouvements étranges, lutter de toutes ses forces pour sortir d'un cercle tracé par d'autres garçons qui le persécutaient. Gurdjieff libéra le garçon en effaçant une partie du cercle et l'enfant put échapper à ses bourreaux.

"Le cercle magique, peut-on lire dans l'Echo du Merveilleux de juillet 1906, une idées pratiques les plus puissantes et les plus antiques de I'initiation, employé en Egypte, en Chaldée et en Grèce, — employé dans les solennités maçonniques et dans celles dé l'Eglise catholique,— était connu de quelques tribus, qui l'avaient apporté dès époques lointaines, qui sait même, des centres d'initiation delà Lémurie ou de l'Atlantide. " Dans le Roland amoureux  la magicienne Mélisse place Bradamante dans un cercle magique. Le Faust de Goethe s'enferme dans un cercle magique. Ce cercle sert à initier mais aussi à piéger et à maudire.

Il est très intéressant que Justin trace une causalité : cercle autour d'Antiochos-décès de celui-ci 4 ans plus tard-enfant en bas âge laissé derrière lui,et qu'Appien élargisse la chaîne causale de cette façon cercle autour d'Antiochos-pillage du temple de Vénus-décès de celui-ci 4 ans plus tard-enfant en bas âge.

Ces deux versions plaident clairement pour l'interprétation du cercle de Popilius comme étant un cercle de malédiction. Si nous croisons cela avec le livre des Macchabées et Flavius Josèphe nous avons la série causale suivante : profanation du temple de Jérusalem par Antiochos-cercle de malédiction avec un cep de vigne par Popilius-profanation d'un temple de Vénus-mort d'Antiochos-orphelin de 9 ans laissé derrière lui (donc une succession mal assurée). Ce qui pourrait donner la lecture parabiblique (car ça n'est pas stricto sensu dans la Bible) suivante : les lois de l'Au-delà fait que la rétribution de la profanation de Jérusalem devient, pour Antiochos, la malédiction par l'intermédiaire du cep de vigne (symbole d'Israël) d'un général romain qui trace un cercle magique (à un moment où d'ailleurs, comme le note Flavius Josèphe, Israël se rapproche diplomatiquement de Rome).

Pour un développement supplémentaire sur les cercles magiques voir cette vidéo.

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Quand Jean de Léry se comparait au prophète Elie

9 Décembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Anthropologie du corps

Je trouve plaisant ce passage du navigateur protestant Jean de Léry extrait du chapitre XVI de son Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil (1580) où, devant le culte que les amérindiens vouent aux maracas, il se compare et égratigne au passage les superstitions catholiques parisiennes. Il aurait pu s'appuyer aussi sur Ez 28:13 (voir la vidéo ici en minute 54, même si beaucoup de propos de ce conférencier sont souvent très contestables).

"Pour retourner à nos Caraïbes, ils furent non seulement ce jour-là bien receus de tous les autres sauvages, qui les traitterent magnifiquement des meilleures viandes qu’ils peurent trouver, sans selon leur coustume, oublier de les faire boire et caouiner d’autant : mais aussi mes deux compagnons François et moy qui, comme j’ay dit, nous estions inopinément trouvez à ceste confrairie des Bacchanales, à cause de cela, fismes bonne chere avec nos Moussacats, c’est à dire, bons peres de famille qui donnent à manger aux passans. Et au surplus de tout ce que dessus, apres que ces jours solennels (esquels, comme j’ay dit, toutes les singeries que vous avez entendues se font de trois en trois ou de quatre en quatre ans entre nos Toüoupinambaoults) sont passez et mesmes quelques-fois auparavant, les Caraïbes allans particulierement de village en village, font accoustrer des plus belles plumasseries qui se puissent trouver, en chacune famille trois ou quatre, ou selon qu’ils s’advisent plus ou moins, de ces hochets ou grosses sonnettes qu’ils nomment Maracas : lesquelles ainsi parées fichans le plus grand bout du baston qui est à travers dans terre, et les arrangeans tout le long et au milieu des maisons, ils commandent puis apres qu’on leur baille à boire et à manger. De façon que ces affronteurs faisans accroire aux autres povres idiots, que ces fruicts et especes de courges, ainsi creusez, parez et dediez, mangent et boivent la nuict : chasque chef d’hostel adjoustant foy à cela, ne faut point de mettre aupres des siens, non seulement de la farine avec de la chair et du poisson, mais aussi de leur bruvage dit Caouin. Voire les laissans ordinairement ainsi plantez en terre quinze jours ou trois semaines, tousjours servis de mesme, ils ont apres cest ensorcelement une opinion si estrange de ces Maracas, (lesquels ils ont presques tousjours en la main) que leur attribuant quelque saincteté, ils disent que souventesfois, en les sonnans un esprit parle à eux. Tellement qu’en estans ainsi embabouynez, si nous autres passans parmi leurs maisons et longues loges, voiyons quelques bonnes viandes presentées à ces Maracas : si nous les prenions et mangions (comme nous avons souvent fait) nos Ameriquains estimans que cela nous causeroit quelque malheur, n’en estoyent pas moins offensez que sont les supersticieux et successeurs des prestres de Baal, de voir prendre les offrandes qu’on porte à leurs marmosets, desquelles cependant au deshonneur de Dieu, ils se nourrissent grassement et oysivement avec leurs putains et bastards. Qui plus est, si prenans de là occasion de leur remonstrer leurs erreurs, nous leur disions que les Caraibes, leur faisant accroire que les Maracas mangeoyent et beuvoyent ne les trompoyent pas seulement en cela, mais aussi que ce n’estoit pas eux, comme ils se vantoyent faussement, qui faisoyent croistre leurs fruicts et leurs grosses racines, ains le Dieu en qui nous croyons et que nous leur annoncions : cela derechef estoit autant en leur endroit, que de parler par deça contre le Pape, ou de dire à Paris que la chasse de saincte Genevieve ne fait pas pleuvoir. Aussi ces pippeurs de Caraïbes, ne nous haissans pas moins que les faux prophetes de Jezabel (craignans perdre leurs gras morceaux) faisoyent le vray serviteur de Dieu Elie, lequel semblablement descouvroit leurs abus : commençans à se cacher de nous, craignoyent mesme de venir ou de coucher és villages où ils sçavoyent que nous estions."

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L'Etat comme religion : le cas du principe du contradictoire

9 Octobre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Sociologie des institutions

Un extrait de ma thèse "L'émergence et les conséquences de la spécialisation juridique dans le champ bureaucratique : le cas des administrations centrales de l'État " soutenue en 2006 (et que j'ai publiée en la réduisant sous le titre "Les services juridiques des administrations centrales" que je relisais tantôt. Ma petite étude sur le principe du contradictoire illustrait l'idée que l'Etat comme construction symbolique emprunte beaucoup de ses outils de légitimation au domaine religieux :

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- Les origines théologiques du principe du contradictoire et sa promotion par les corporations de juristes

 

L’idée qu’un ambassadeur, ou tout agent public puisse avoir accès à la consultation de son dossier administratif avant qu’une « mesure prise en considération de sa personne » (nomination, mutation, diminution individuelle de salaire etc, en dehors du cadre disciplinaire)[1] ne le frappe s’inscrit dans une tradition jurisprudentielle que l’on nomme l’application du principe du contradictoire[2] : il implique que l’Etat ne puisse prendre une mesure avant d’avoir entendu le point de vue de la personne qui sera concernée par cette décision.

 

Les manuels de droit français accessibles aux juristes d’administration comme le Chapus qui en retracent la généalogie s’arrêtent généralement au début du XX ème siècle. Mais son origine est bien plus ancienne.

 

Il a été forgé par les Britanniques sous le nom d’un adage latin : audi alteram partem - écoute l’autre partie.

 

Les ouvrages de droit anglais s’accordent pour estimer que sa première affirmation par une juridiction remonte à 1723[3] à l’occasion du procès de Richard Bentley contre l’université de Cambridge.

 

Richard Bentley, professeur célèbre de l’université de Cambridge vendait les titres de doctorats à ses étudiants pour quatre livres. L’université quand elle le découvrit déposséda l’intéressé de ses titres d’enseignant et Bentley entama un procès contre l’université.

 

A l’occasion de ce procès, un des juges aurait motivé le jugement en expliquant que même lorsqu’il décida de chasser Adam du Paradis terrestre, Dieu prit la peine d’entendre le point de vue du premier homme avant de mettre en œuvre sa sanction.

 

Ce détail montre assez l’univers théologique dans lequel le principe est posé.

 

Il a aussi son importance pour la compréhension de l’image de l’Etat ou de la puissance publique qu’à l’origine il engage. Il s’agissait à l’époque de légitimer l’analogie entre Dieu et l’Etat. Et, pour que l’Etat ressemble davantage à Dieu, il fallait qu’il entende les destinataires de ses décisions comme Dieu lui-même le faisait.

 

Le jugement fut rendu 33 années après la publication du Traité du Gouvernement civil de John Locke. Mais il n’est pas à proprement parler d’inspiration libérale car il ne cherche pas à faire prévaloir des droits individuels subjectifs. Sa philosophie s’inscrit encore dans le cadre d’une idéologie chrétienne médiévale – on pense ici aux thèses de Le Goff pour qui le Moyen Age dura jusqu’au XIX ème siècle – où l’Etat délégataire de la potestas divine, doit se livrer à une imitatio de son mandataire céleste.

 

A partir de là, le principe audi alteram partem fut appliqué à toutes les décisions de l’Etat impliquant des personnes en Grande-Bretagne, et devint structurant non seulement du champ bureaucratique britannique mais aussi du fonctionnement de son champ juridictionnel en métropole et dans les colonies. Sa traduction française – le « contradictoire » – se retrouve déjà dans une jurisprudence du Conseil d’Etat de 1808 mais connut surtout une impulsion à partir de 1944 (arrêt Dame Veuve Trompier-Gravier CE 5 mai 1944 pour les particuliers, arrêt Nègre CE 27 juin 1949 pour l’application aux agents publics[4]). Mais il semble que le Conseil en ait alors fait application dans le même esprit que la Cour britannique au XVIII ème siècle : renforcer les mesures de la puissance publique.

 

Le mouvement pour la défense des droits des administrés dans les années 1970 (qu’on a décrit plus haut) a contribué à l’infléchir dans un sens plus favorable aux individus et c’est dans ce sens qu’il est codifié dans le décret du 28 novembre 1983[5] adopté par le gouvernement socialiste.

 

Parallèlement s’est révélée décisive dans la généralisation du principe, l’élaboration de la convention européenne des droits de l’homme, dans les années 1948-1950 – dont il serait utile de faire une histoire sociale[6] -, à l’initiative d’intellectuels et de juristes de la mouvance chrétien-démocrate (Salvador de Madariaga, Denis de Rougemont, Pierre-Henri Teitgen, Paul Bastid, Henri Rolin, Charles Chaumont, Constantin Eustathiades, Willem Riphagen). Son article 6 prévoyant que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial. Même s’il ne s’applique en principe qu’au domaine juridictionnel, l’interprétation qu’en ont fait les juges de la Cour européenne, a contribué à la définition du contenu concret des droits des individus à se défendre et à faire entendre leur point de vue[7]. Et l’article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne que la Cour de justice des communautés est censée appliquer prévoit explicitement l’application du droit à être entendu aux relations avec l’administration[8].

 

Aujourd’hui, le principe du contradictoire est loué par les théoriciens du droit comme facteur d’émergence d’un Etat « postmoderne » dont le droit est centré sur la subjectivité des individus[9]. Il s’intègre dans un système de procédures qui pacifieraient l’espace social en faisant passer les conflits par des filtres rationnels[10].

 

Niklas Luhmann[11] notamment expose comment l’application d’un système procédural comme la mise en œuvre du principe du contradictoire prend en quelque sorte les individus et leur conflit au piège d’une rhétorique et de processus contrôlés par les spécialistes du droit.

 

La procédure opère une restructuration des attentes[12] dans un environnement complexe. C’est un processus d’apprentissage qui fait entrer
 les acteurs dans un rôle qui leur offre la chance de se doter d’une nouvelle personnalité et d’un nouveau passé. Dans cet espace de jeu,
 la complexité est réduite, mais les chances de gain et de perte restent ouvertes, de sorte que l’agent s’y laisse prendre 
– sans que cela accapare complètement pour autant ses autres rôles sociaux[13].
 

C’est ce jeu de rôle qui, selon Luhmann, garantirait l’efficace des procédures, et non pas la persuasion rationnelle, ni même les effets de violence symbolique[14]. Les acteurs sociaux sont suffisamment sceptiques à l’égard de la rhétorique des juristes et de leurs effets de manche : ce qui les contraint à accepter les décisions issues des processus juridiques, c’est précisément et uniquement le fait qu’ils ont accepté de jouer le jeu à un moment donné, et qu’ils ne peuvent plus qu’être isolés et stigmatisés comme mauvais joueurs s’ils contestent l’issue du jeu ouvert qu’ils ont accepté de jouer dans la procédure[15].

 

- L’effet de cléricalisation des pratiques bureaucratiques

 

Une procédure comme le principe du contradictoire ne fait pas que « piéger » - selon la conception fonctionnaliste de Luhmann - l’individu en faisant rentrer ses attentes dans une rationalité juridique. Elle transforme aussi l’administration, sa culture, et les caractéristiques de ses décisions.

 

Sur le plan matériel, elle requiert la mobilisation des scribes et des juristes. Un directeur des ressources humaines qui, sur ordre du ministre et du Président de la République, rappelle un ambassadeur à Paris, ou, de sa propre initiative, décide d’affecter une secrétaire en Russie plutôt qu’au Chili, se contentait, jusqu’à une époque récente, d’émettre un télégramme enjoignant à l’intéressé de changer de fonctions, des exécutants officialisant ensuite la décision sous forme d’arrêtés aux formes invariables.

 

Le principe du contradictoire aujourd’hui impose qu’une lettre soit adressée dans un premier temps à l’agent, l’informant de l’intention du ministère de modifier son affectation et du droit de l’intéressé à consulter son dossier administratif ainsi qu’à produire des observations écrites ou verbales avec l’assistance éventuelle d’un conseiller de son choix.

 

Cette procédure implique qu’on définisse des motifs à la décision pour que l’agent puisse les contester, motifs de droit et de fait que les gestionnaires sont rarement capables de formuler – sauf à retenir une motivation stéréotypée mal perçue par les juges – et le font généralement en concertation avec les rédacteurs du service juridique. A supposer que l’agent veuille consulter son dossier et produise ses observations, il faut organiser cette consultation, lui délivrer un procès verbal de réception, en veillant à ce qu’aucune des étapes du processus ne puisse donner lieu à contestation devant le juge.

 

Sur le plan symbolique, dans la logique du « audi alteram partem » l’administration doit admettre que ces procédures donnent 
lieu à de mini-procès dans son propre espace, se tenir prête à accueillir éventuellement en son sein des avocats qui viendront assister l’agent, accepter que
 l’entretien avec le directeur des ressources humaines, qui était autrefois une grâce accordée dans un esprit paternaliste à l’agent 
sur le point d’être affecté, devienne un face-à-face serré, obligatoire, derrière lequel peut toujours se profiler un procès. 
 

[1] Catherine Ribot, Les mesures prises en considération de la personne dans le contentieux de la Fonction publique, Revue du Droit public et de la Science politique en France et à l’étranger, 1-1996, p. 143-186.

[2] Hocine Zeghbib, Principe du contradictoire et procédure administrative non contentieuse, Revue du Droit public et de la Science politique en France et à l’étranger, 2-1998, p. 467-503.

 

[3] Voir par exemple l’allocution de John Kendall à la Construction Law Association de King’s College – John Kendall, Formality and due process in ADR, The Sweet and Maxwell fifth KCCLA annual lecture 21 novembre 2002 - http://www.kccla.org.uk/annual-lecture-2003.html

[4] Sur la base de l’article de la loi du 22 avril 1905, qui prévoit l’existence d’un dossier administratif, et la possibilité de l’agent de le consulter et de produire des observations après l’avoir consulté.

[5] Hocine Zeghbib, Principe du contradictoire et procédure administrative non contentieuse, op. cit.

[6] A la lumière notamment des travaux d’Antonin Cohen sur les déclarations des droits construites comme préfigurations d’une constitution européenne fédérale : Antonin Cohen, Anatomie d’une utopie juridique. Eléments pour une sociologie du fédéralisme européen : la Constitution, Sur la portée sociale du droit, Liora Israël, Guillaume Sacriste, Antoine Vauchez, Laurent Willemez, Centre universitaire de recherches administratives et politiques de Picardie (CURAPP) Paris, PUF, 2005.

[7] Voir par exemple les commentaires des arrêts du Conseil d’Etat Mme R et Société Polytech Silimed Europe du 29 juillet 2002 à l’AJDA du 9 décembre 2002 p. 1394 et suiv.

[8] Karine Michelet, La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la procédure administrative non contentieuse, AJDA 14 octobre 2002, p. 949-955.

[9] Jacques Chevallier, Vers un droit postmoderne ? Les transformations de la régulation juridique, Revue du Droit public et de la Science politique en France et à l’étranger, 3-1998, p. 660-690.

[10] Jean-François Burgelin, Jean-Marie Coulon et Marie-Anne Frison-Roche, L'office de la procédure, Mélanges Drai p.252

[11] Niklas Luhmann, La légitimation par la procédure - traduit par Lukas K.Sosoe et Stéphane Bouchard - ed Cerf/Presses universitaires de Laval 2001.

[12] Luhmann, op.cit. p. 28.

[13] Comme le note Luhmann, un homme ne se discrédite pas dans son rôle de mari aux yeux de son épouse s’il perd un procès concernant le montant de son loyer (p.41).

[14] Luhmann rejette violemment l’héritage durkheimien et freudien. Pour lui l’efficace du droit ne tient pas à des effets de rituel ou d’affect – sans quoi les sentences finales seraient plus individualisées et différenciées en fonction des publics destinataires.

[15] On notera toutefois que Luhmann s’opposait au développement des procédures contradictoires dans le champ bureaucratique et proposait que seuls les tribunaux y soient soumis (ibid p.205) au nom de l’argument très contestable selon lequel le champ bureaucratique est entièrement soumis aux exigences des gouvernants (politiques).

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NB : "audi alteram partem" était inscrit en lettres d'or dans la grande salle du Guildhall (hôtel de ville) de Londres

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Mon vieux livre sur Nietzsche cité dans deux mémoires

3 Octobre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Publications et commentaires

Ne le cachons pas : je m'amuse à voir mon mémoire de maîtrise de 1992 (soutenu à Paris IV-Sorbonne) légèrement augmenté pour prendre la forme d'un livre en 2004 être cité dans des mémoires universitaires. Je trouve que c'est lui faire beaucoup trop d'honneur, mais bon, si les étudiants l'utilisent comme une marchepied commode pour s'initier au nietzschéisme, pourquoi pas ? 

Il y a quelques années un étudiant congolais avait ouvert le bal en l'utilisant dans le cadre d'un travail sur les châtiments.  Puis en 2009, ça a été Esteban Sierra Montiel de l'université de Toluca au Mexique avec un mémoire de maîtrise El problema del sujeto en la obra de Nietzsche qui me cite assez abondamment et parfois en parallèle avec un livre de Marco Parmeggiani,dont le titre Perspectivismo y subjetividad en Nietzsche, évoque beaucoup le mien, paru à Malaga en 2002.

Puis en 2016, c'est Benoit Duval de l'université de Laval au Canada qui dans un mémoire de maîtrise Amor fati : entre stoïcisme et nietzschéisme me cite rapidement sur le thème de la souffrance pour apporter des nuances à mon propos.

Il faut accepter que les ouvrages qu'on publie ne nous appartiennent plus. Au moins, grâce à L'Harmattan, ces livres sont dans les universités et ils sont réimprimés par delà les décennies, ce qui n'est pas le cas des livres des grands éditeurs.

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Reportage sur les médiums sur M6

2 Octobre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums

Le 1er octobre 2017 sur M6 dans l'émission 66 minutes diffusée à 17 h 30, reportage "Ils parlent avec les morts", qui présente une séance de spiritisme sur photo d'une heure à 110 euros. "Ne pas confondre les médiums avec les voyants qui prétendent deviner votre avenir" dit le journaliste un peu arbitrairement (et à tort selon moi : le spiritisme est - souvent quoique pas toujours - distinct de la voyance mais les deux sont des formes de médiumnité). Puis il enchaîne avec une séance publique de médiumnité près de Caen d'Henry Vignaud (dont j'ai parlé dans mon livre) à laquelle se rendent des femmes qui ont perdu des enfants. Un mot sur Bruno le médium et ses prestations avec des célébrités comme Stéphane Bern ou ses vidéos de rue. Le reporter tente un test avec Aurélie, une de ses collaboratrices. Le reportage se termine sur une mise en garde contre les arnaqueurs qui abusent de la confiance des gens. Mais pas un mot sur la mise en garde des religions monothéistes contre l'invocation des morts et la convocation d' "esprits familiers"  à travers des pratiques. Donc encore une couverture médiatique trop partielle et partiale selon moi, comme en ce qui concerne le magazine Avantages cet été (voir mon billet).

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L'Aphrodite ouranienne nue et l'Aphrodite Pandemos habillée

30 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Anthropologie du corps, #Nudité-Pudeur en Europe, #Philosophie, #Spiritualités de l'amour

Dans un commentaire sous mon billet "Le néo-platonisme est-il chrétien ?", le lecteur Hyarion me demandait de préciser ma remarque sur l'Aphrodite ouranienne nue et l'Aphrodite Pandemos habillée qui selon lui pourraient être toutes deux indifféremment nues.

Dans la limite de mon faible temps de disponibilité ce matin, je vais donc détailler ce point tout en précisant que je ne suis pas érudit en matière d'art antique ou d'art de la Renaissance. J'ai seulement croisé la problématique de la nudité dans les arts visuels (dans mon livre "La nudité pratiques et significations") à travers les réflexions profondes de François Jullien dans son dialogue original (mais controversé) avec l'art chinois et à travers la problématique pythagoro-platonicienne de la mathématisation du beau, plus deux ou trois lectures comparatives sur la nudité des dieux dans des cultures périphériques au monde greco-latin, et une réflexion sur Andromède que j'ai postée sur ce blog, bref, assez pour me donner deux ou trois intuitions, mais insuffisamment pour avoir un recul véritable par rapport à ce que je vais exposer ici (sauf le recul de mon expérience auprès des médiums relatée dans mon dernier livre paru chez L'Harmattan et qui est lié à la problématique de la nudité).

Le savoir que j'expose ici, je le tire d'Edgar Wind, "Mystères païens de la Renaissance" chapitre VIII, un livre anglais de 1958 qui s'inscrit dans la même veine d'intelligence que le "Les Grecs et l'irrationnel" d'ER Dodds quoiqu'il porte sur une période différente.

Voici donc ce que nous apprend Edgar Wind et qui mérite sans doute d'être médité.

Je vais tenter de l'exposer en des termes compréhensibles par tout le monde, quoique le sujet soit censé en réalité être très complexe et source d'un savoir hermétique, occulte, dont un esprit de notre époque ne peut nécessairement entrevoir que la face émergée.

A la base donc, il y a deux Vénus, ou deux Aphrodites. La Vénus du peuple ou de tout le monde (Venere vulgare) ou Aphrodite Pandemos, qui est la fille du roi des dieux Jupiter/Zeus et la Venus céleste (Venere celeste) ou Aphrodite Ourania, fille du dieu du ciel Ouranos. L'une est née de l'accouplement de Zeus avec Dioné la déesse grecque de la beauté, l'autre de la castration d'Ouranos dont le sperme forme l'écume de la mer d'où sort Venus (Wind p. 153).

L'opposition entre les deux nait des spéculations orphiques (ce mouvement poétique et religieux venu de Thrace et peut-être du chamanisme qui irrigua la culture grecque à partir du VIe s av JC), sachant que la castration d'Ouranos est une des figures du démembrement de Dionysos (ou d'Osiris), c'est-à-dire le démantèlement de la pureté du divin dans la matière.

Les platoniciens de la Renaissance florentine Politien, Marsile Ficin et Pic de la Mirandole méditèrent sur cette opposition entre les deux Vénus. Et cela aboutit aux deux tableaux de Botticelli, disciple de Ficin, Le Printemps et la Naissance de Vénus, qui provenaient de la même villa, celle de Lorenzo di Pierfrancesco de' Medici (p. 146) et se comprenaient donc par un effet de miroir. Dans "Le Printemps" ci-dessus est représentée au centre la Venus vulgaire, habillée, et dans "La Naissance de Vénus" (ici à droite), c'est la Vénus céleste.

Pourquoi la Vénus de tout le monde, qui "dans un bocage qu'illuminent des fruits d'or, préside avec douceurs aux rites de la Primavera" (p. 153) est-elle vêtue alors que la Venus céleste est nue ? Parce que "dans l'échelle platonicienne des choses, il s'agit d'une descente, d'une vulgarisation ; car la richesse de couleurs et la diversité de formes qui ravissent l'oeil lorsqu'il perçoit la beauté ne sont qu'un voile derrière lequel se cache la splendeur de la beauté céleste pure".

Plus on est dans le dépouillement de la nudité, et plus on est dans le divin. C'est pourquoi dès l'Antiquité par exemple, en ce qui concerne les trois grâces qui sont une émanation de Vénus, on finit par les parer de voiles transparents, puis, dès l'époque romaine, à les représenter nues, car on préférait toujours l'absence de vêtements pour illustrer la pureté divine (ce qu'on avait déjà vu avec les spéculations de François Jullien sur le sujet).

J'ajouterai que, selon Wind, et contrairement à ce qu'a voulu nous faire croire un documentaire diffusé sur Arte il y a quelques années (méfiez vous des simplifications outrancières de la télé), ce mystère n'est pas incompatible avec le christianisme intégriste de Savonarole qui avait été disciple de Ficin, mais je referme là la parenthèse.

Wind insiste sur le fait que cela ne signifie pas que la Vénus vulgaire "est purement sensuelle et n'a point part à la gloire céleste" puisque chez Platon, rappelle Pic, la beauté terrestre a à la fois un versant bestial et un versant humain. L'instinct bestial veut nous faire jouir érotiquement de la beauté terrestre mais l'amant humain "reconnaîtra que la Vénus qui paraît habillée d'un vêtement est une image de la Vénus céleste" (comme la souligné Plotin en appelant Vénus l'âme plongée dans la matière).

On peut aussi remarquer que, dans le système de Pic de la Mirandole disciple (infidèle) de Ficin, la Vénus céleste quant à elle, est d'autant plus divine qu'elle médiatise en elle-même deux opposés (le sang de la castration et l'écume de la mer), comme les grâces dans sa dialectique presque pré-hegelienne (mais Hegel et Pic ont puisé aux mêmes sources platoniciennes), conformément à l'idéal de réunion des deux opposés dans un moyen terme tiers qu'incarnent les trois grâces.

Mais avec le système ternaire subtil de Pic, l'amour terrestre est aussi ternaire puisqu'il a deux composantes, céleste et animale, avec une troisième humaine qui en assure le moyen terme, de sorte qu'on pourra même parler d'un amour "céleste humain", qui apparente l'Aphrodite terrestre à son Idée céleste.

Botticelli (1445-1510) n'est pas le seul à avoir pris le parti de vêtir l'Aphrodite Pandemos en dénudant l'Aphrodite Ourania.

Silvestro Calandra (1450-1503) à Mantoue mentionne "deux Vénus, l'une drapée, l'autre nue" dans une lettre où il décrit une toile de Mantegna achevée par Costa, La Légende du Dieu Comus, qui se trouve maintenant au Louvre. Dans une note de bas de page qui renvoie à un autre de ses livres (Bellini's Feast of the Gods p. 47), Wind fait remarquer que "dans cette œuvre, la caractérisation des deux Vénus ne laisse aucun doute sur le fait que, quoique inférieure à la nue, la Vénus habillée est aussi la plus humble des deux", ce qui dans mon esprit renvoie au livre dirigé par Masquelier que je cite dans "La nudité, pratiques et significations", qui lie habillement et modestie (en anglais, modesty c'est aussi la pudeur). Sous des cieux chrétiens cela rendrait aussi la Vénus "inférieure" au moins visuellement plus vertueuse... bref, on peut nuancer et complexifier à loisir.

Le parti pris de ce courant néo-platonicien de dénuder la seule Aphrodite céleste (celle qui est la moins matérielle) est un cas isolé de l'histoire de l'art, mais il me semble rendre le plus justice à l'essence du platonisme, voire, dans la logique de François Jullien, à l'essence de la pensée grecque, même si c'est ce qui peut sembler le plus contre-intuitif à notre époque.

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La sorcellerie dans la presse : le magazine "Avantages"

13 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums

Dans son numéro 348 du 3 août 2017 en p. 44 et suivantes, le magazine féminin "Avantages" fait une bonne publicité aux médiums (et ce n'est pas la première fois - voir version en ligne ici).

Cela commence par l'article d'Isabelle Soing et Marie Le Marois (une "vieille connaissance" qui m'avait interviewé sur la nudité pour le magazine de Marie-France daté de septembre 2015) : "Comment la magie agit dans notre vie" qui affirme qu'une "nouvelle génération d'extralucides ringardise Mme Irma et sa boule de cristal". Les prestations de XavMaster et son HypnoTeam à l'émission "La France a d'incroyables talents" en 2016, Mentalist, Les revenants, X Files seraient la cause de ce succès. 10 millions de consommateurs de voyance en France selon le Salon parapsy, 15 000 à 20 000 visiteurs pour ce salon l'an prochain, un tiers des français qui croient à l'influence des astres sur l'amour (sondage TNS Sofres pour Meetic 2014). Des chiffres qui impressionnent.

Selon l'article il s'agirait d'un simple voyage dans l'inconscient qui a  besoin de se rassurer. Le psychologue Nicolas Roussiau et son dernier livre co-écrit avec Emmanuele Gardair de l'université de Reims sont convoqués pour nous prouver qu'il ne s'agit que se détendre un peu et se faire du bien. Donc vive les grigris (de la marque Litchi ou autres), ou la connexion au calendrier lunaire que prône la "sorcière new age" et "psychothérapeute" (bien sûr...) Katia Bougchiche ! "Glisser de la magie dans sa vie ce n'est pas sorcier" conclut l'article. D'ailleurs cette affaire remonte à la préhistoire (p. 47), ça a toujours été avec nous, c'est dans notre nature, ça va avec notre fantaisie, donc c'est forcément bien...

Encore un pas plus loin dans le paranormal, une décoratrice de 46 ans, "Ariane", nous le dit : on peut tous s'attirer des bonnes choses, et elle-même a des anges qui l'ont sauvée d'un accident de voiture (elle fut projetée hors de sa voiture en évitant la collision avec une Porsche et s'en tira avec une micro fracture au genou et un micro traumatisme crânien), et qui lui donnent des rêves prémonitoires. Sa grand mère décédée a soigné son inflammation cutanée en appliquant dessus dans son rêve nocturne un cataplasme d'argile.

On fait un petit détour (juste à côté d'un inventaire des superstitions) par le cabinet d'une chamane "kinésiologue" qui a son site therapies-evolutives.com, Emilie, 37 ans, qui purifie son cabinet par la fumigation comme un couple (celui qui l'a initiée et qui partagera son cabinet à la rentrée) le lui a appris au Mexique. Hantée par le mot "Marshall" est s'est initiée dans ces îles du Pacifique et revient avec des rêves prémonitoires, une intuition plus développée, et un goût plus prononcé pour les fétiches (p. 47).

Puis le dossier en vient à vanter les mérites (p. 48) des médiums spirites comme Franca dont le site constanzatherapie.fr est cité qui aurait aidé Maria, agent d'assurance 40 ans, à se débarrasser d'entités malfaisantes et communiquer avec son père. Désormais convertie à la compassion et distributrice d' "aimants-bijoux" depuis mars dernier, la dame dit aller mieux. Sans doute sera-t-elle elle aussi médium spirite bientôt, puisqu'elle a déjà eu "de nombreuses expériences avec les défunts".

Pour finir la caution "scientifique" de la psychothérepeute Béatrice Millêtre. Et une bibliographie "100 cartes pour vivre la magie au quotidien", "Le Tarot zen d'Osho" et "L'oracle des vies antérieures" de l'inévitable Doreen Virtue (je vous renvoie à mon livre sur les médiums à son sujet). Tout cela est bel et bon... Mais il manque juste le point de vue adverse : celui qui vous DECONSEILLERA le New Age et le chamanisme...

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Nicolas Maduro et Saï Baba

17 Août 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Spiritualités de l'amour, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Histoire des idées

En 2005 Nicolas Maduro a rendu visite avec son épouse à Sri Sathya Saï Baba (ce qui va peut-être avec son goût pour Led Zeppelin fan d'Aleister Crowley). A l'époque le ministre de l'éducation nationale vénézuélien était présenté comme disciple de Saï Baba.

Arlette Meyer, future traductrice en espagnol de Sai Baba, Man of Miracles et Mrs. Elizabeth Palmer rencontrèrent Saï Baba en décembre 1972 en Inde et la première ressentit une énergie qui la fit fondre en larmes quand le gourou déclara être celui dont Jésus avait annoncé le retour (il se disait aussi l'avatar de la triade hindoue). Le 22 août 1974 avec quelques personnes elle fonde à Caracas le premier centre Saï à Caracas. Puis ce courant religieux n'a cessé de se développer. Il revendique 200 000 disciples au Vénézuéla. Chavez aurait rendu visite au gourou trois fois.

Ce courant pratique la magie sexuelle, en oignant testicules et pubis avec de l'huile et en pratiquant des "caresses sacrées" (comme l'a reconnu Monica Socolowicz responsable baïste d'Argentine, ce qui a été confirmé par d'autres adeptes, un dossier existe ici sur ce sujet). Le gourou décédé en 2011 à l'âge de 85 ans avait aussi accusé d'abus sexuels mais le premier ministre indien et l'ex vice président américain Al Gore entre autres célébrités avaient condamné ces dénonciations. A sa mort le parlement vénézuélien a décrété un deuil national.

En 2006, Ahmedabad Newsline (journal du Gujarat) racontait un fait divers : un joailler et son neveu avaient plusieurs fois violé pendant trois ans la fille d'un opérateur mécanique à son domicile en faisant croire qu'ils libéraient ainsi la famille d'une malédiction. Le neveu se disait possédé par l'esprit de Sai Baba...

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