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Ovnis à Valdeltormo

29 Juillet 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

Le mois dernier, mon cousin germain Hervé Colera (conseiller municipal à Jurançon, en Béarn), m'indiquait que son frère, ses aïeux et ses deux neveux il y a dix ans ont eu une expérience de passages d'OVNIs au dessus de leur terrasse (à l'endroit même où fut prise la photo de gauche en 2017), à Valdeltormo (Espagne), le village natal de mon père dans la comarque du Matarraña dont j'ai déjà parlé au début de ce blog. Ces engins avaient évolué pendant plusieurs heures le soir dans la direction allant entre Maella et Gandesa et cela avait terrorisé sa nièce (ma petite cousine).  

Sur le programme de l'émission Cuarto Melenio de la chaîne Cuatro intitulé "Los Ovnis en Espana", diffusé le 29 janvier 2006, Iker Jiménez interviewait (en 25e minute) un spécialiste qui expliquait que les trois grandes zones d'observation d'Ovnis en Espagne sont la Catalogne (près du Bas Aragon, le golfe de Cadix et les îles Canaries). Pour en savoir plus sur les vortex et lignes énergétiques dans cette zone voir ceci, qui reprend un article de Jesús Avila Granados dans Más Allá de la Ciencia n°253.

Se peut-il que mes cousins aient pris pour des Ovnis de simples aéronefs chargées de l'épandage comme, en 1999, les Belgradois tiraient à la carabine sur les avionnettes chargées de déverser de l'insecticide sur le Danube et la Save en croyant que c'étaient des bombardiers de l'OTAN ? La culture officielle continue de penser que les Ovnis n'existent pas, tandis qu'une certaine culture chrétienne, qui s'appuie sur l'analyse du discours des sociétés secrètes (par exemple tout le mouvement rosicrucien de la fin du 19e siècle, les sectes qui travaillaient sur l'énergie Vril ou Aleister Crowley) estime qu'il s'agirait d'entités démoniaques issues d'autres dimensions appelées à servir la mise en place du régime de l'Antéchrist sur Terre à la fin des temps.

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Mon livre sur les médiums cité dans Madame Figaro aujourd'hui

27 Juillet 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Publications et commentaires

Je suis cité à propos des médiums (p. 43 à 45) suite à une interview du 16 juin dernier. Hélas l'article ne mentionne pas mes mises en garde contre les dangers des médiums et de la magie.  L'article est en ligne ici.

 

 

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Fénelon et les visions de Mme Guyon

5 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

J'ai fait allusion en mars dernier au quiétisme dans un billet à propos d'un prédicateur protestant provençal.  Le quiétisme est une doctrine mystique consistant en un itinéraire spirituel de « cheminement vers Dieu » caractérisée par une grande passivité spirituelle vis-à-vis de Dieu. Née en Espagne, elle fut relancée par Mme Guyon, laquelle fut condamnée par Bossuet (évêque de Meaux et aumônier à la cour de Versailles) et le pape tandis qu'il était reproché (à partir de 1695) à son ami Fénelon (évêque de Cambrai et précepteur des fils du roi) de ne pas condamner assez fermement le quiétisme. Celui de Mme Guyon avait pour particularité de défendre que tout un chacun, et non pas des natures élues, pouvait par l'oraison du coeur (par la méditation chrétienne ou par la lecture) entrer en union avec Dieu (ce qui n'est pas très éloigné des croyances du yoga, et des sagesses orientales, mais on voit bien quel potentiel luciférien cela recèle).

Comme le résumait l'écrivain Paul Janet au XIXe siècle, dans la méthode de Mme Guyon pour atteindre Dieu : "Il faut que les chrétiens apprennent cette vérité fondamentale que le royaume de Dieu est au dedans de nous. Qu'ils disent leur Pater en pensant que Dieu est au dedans d'eux. Après avoir prononcé ce mot de Père, qu'ils demeurent quelques moments en silence avec beaucoup de respect. Ils ne doivent point se surcharger d'une quantité excessive de Pater et de prières vocales. C'est là le premier degré de l'oraison; le second est l'oraison de simplicité Ou de repos. Aussitôt qu'on a senti un petit goût de la présence de Dieu, il faut en demeurer là sans passer outre; il faut souffler doucement le feu et, lorsqu'il est allumé, cesser de souffler. Il faut y porter un amour pur et sans intérêt. Il ne faut pas se tourmenter des sécheresses. On croit marquer mieux son amour en cherchant Dieu avec sa tête et à force d'actions. Non; il faut qu'avec une patience amoureuse, un regard abaissé et humilié, un silence respectueux, nous attendions le retour du bien-aimé. C'est ici que commence l'abandon ou donation de soi-même à Dieu. Il faut renoncer à toutes les inclinations particulières, quelque bonnes qu'elles paraissent pour se mettre dans l'indifférence, soit pour l'âme, soit pour le corps, soit pour les biens temporels et éternels."

C'était une version édulcorée de ce que l'espagnol Molinos, fondateur du premier quiétisme, avait prôné : l'abandon de toute réflexion, de toute oeuvre et de toute recherche du salut dans la réception passive de la volonté de Dieu, au point qu'on peut laisser son corps au démon sans que l'âme puisse en être atteinte.

Je lisais tantôt justement la réponse de Fénelon à Bossuet sur ce sujet ("Réponse de M. l'archevêque de Cambray [Fénelon] à l'écrit de M. l'évêque de Meaux, intitulé : "Relation sur le quiétisme" "). Il y explique longuement que Mme de Guyon avait toujours déployé une spiritualité irréprochable, au point que Bossuet lui-même n'avait cessé de lui administrer les sacrements après avoir obtenu sa rétractation sur certains points, et que par contre il n'avait jamais connu le fond véritable des visions de cette mystique.

"Madame Guyon, écrit-il, m'avoit dit plusieurs fois qu'elle avoit de temps en temps certaines impressIons mommentanées , qui lui paraissoient dans le moment même des communications extraordinaires de Dieu, & dont il ne lui restoit aucune trace le moment d'après , mais qui lui paraissaient alors au contraire comme des songes. Elle ajoutoit qu'elle ne savoit si c'étoit ou imagination , ou illusion , ou , vérité, qu'elle n'en faisoit aucun cas , que suivant la régie du bienheureux Jean de la Croix elle demeuroit dans la voie obscure de la pure foi , ne s'arrêtant jamais volontairement à aucune de ces choses , qu'elle croyoit que Dieu permettoit qu'on y fut trompé, dès qu'on s'y arrêtoit, & qu'elle n'en avoit jamais parlé ni écrit que pour obéir à son Directeur. La bonne opinion que j'avois de sa sincerité me fit croire qu'elle me parloit sincerement , & je crûs qu'elle pouvoit être tres fidelle à la grâce au mi.lieu même d'une illusion involontaire , à laquelle elle m'assuroit qu'elle n'adheroit point. Loin d'être curieux sur le détail de ces choses, je crûs que le meilleur pour elle étoit de les laisser tomber , sans y faire aucune attention. "

Il compare les visions de Mme Guyon à celles que Satan procura à Ste Catherine de Boulogne pendant trois ans en se déguisant en Jésus et en Marie, selon le catéchisme du P. Burin, ce à quoi ledit catéchisme prônait pour remède l'obéissance à la Sainte Eglise, qui est exactement le parti que Mme Guyon disait avoir pris.

Fénelon témoigne qu'en 1696 il lui fut reproché de n'avoir pas déclaré que Mme Guyon "était ou folle ou méchante puisqu'elle se croyait la pierre angulaire, la femme de l'Apocalypse & l'Epouse au dessus de la mère de Jésus-Christ, & qu'elle croyait former une petite Eglise", et qu'il avait alors répondu que Mme Guyon avait dû mal d'exprimer ou être mal comprise. En réalité ce genre d'extravagance figurait bien dans les manuscrits de la visionnaire, mais Fénelon n'avait pas pris la peine de les lire, et il retournait l'accusation à nouveau contre Bossuet en demandant pourquoi lui qui les avait lus avait continué à donner les sacrements à la mystique.

Selon Fénelon, c'est lui est qui est visé par la polémique et non Mme Guyon : "Une femme ignorante & sans credit par elle meme ne pouvoit faire serieusement peur à personne. Il n'y avoit qu'à la faire taire & qu'à l'obliger de se retirer dans quelque solitude éloignée où elle ne se mêlât point de diriger. Il n'y avoit qu'à supprimer ses livres , & tout étoit fini. C'étoit l'expedient que j'avois d'abord proposé ; mais on le regarda comme un tour artificieux pour sauver cette femme, & pour éviter qu'on ne découvrit le fonds de sa pretendue secte. J'étois déjà suspect & je le fus encore d'avantage : après avoir proposé cet avis. Madame Guyon n'êtoit rien toute seule. Mais c'étoit moi que M. de Meaux (Bossuet) craignoit. "

Fénelon dit s'être reporté aux ascètes anciens -  St Clément d'Alexandrie, St Grégoire de Nazianze - et plus récents comme Jan Van Ruysbroeck, Harphius, Jean Tauler, Ste Thérèse d'Avila, St Jean de la Croix, Balthazar Alvarez, St François de ales ou Madame de Chantal pour montrer qu'il y a souvent des bizarreries dans les visions des mystiques sans que cela en fasse forcément des hérétiques aux yeux de l'Eglise.

Pour Fénelon, le fond du problème est la méfiance de Bossuet à l'égard de la recherche de la béatitude en général qui, du coup, le met en porte à faux aussi avec l'enseignement de St Paul, et de beaucoup d'autres saints. Et d'ailleurs Bossuet lui-même reconnaît dans la controverse que c'est le point décisif.

Concernant la réception passive de la béatitude, Fénelon précise qu'on a exagéré sa position : "Quoi que j'eusse nommé les actes faits dans l'état passif des actes inspirés, je declarois que je n'entendois par cette inspiration que celle de la grâce gratifiante qui est plus forte dans les ames parfaites & passives que dans les imparfaites & actives."    

Il ajoute p. 36 qu'il existe un sens du livre indépendant de ce que son auteur a mis en lui (la distinction d'Umberto Eco entre intentio auctoris et intentio operis). Là distinction est d'importance, car l'enjeu est de savoir si Mme Guyon était digne d'être physiquement brûlée comme Jeanne d'Arc ou pas (la question est posée en toutes lettres) et si Bossuet ou Fénelon ont méconnu leur office de prélats en ayant une attitude trop ferme ou trop modérée sur cette question. Fénelon estime qu'il a eu raison de continuer à Mme Guyon de bons sentiments indépendamment du caractère odieux de ses textes.

Fénelon n'est pas équivoque dans sa condamnation du livre, mais il semble que Bossuet lui ait fait le reproche d'en soutenir certaines hérésies. Le débat tourne alors moins autour de ce que Mme Guyon écrivait que sur certains thèmes généraux auxquels son propos de rattache. A commencer par la question des savoir s'il faut, par moment, ne point trop rechercher la vertu pour ne pas en tirer d'orgueil en la considérant comme un bien qu'on peut acquérir indépendamment de la grâce divine. C'est une idée que Fénelon défend en se réclamant de St François de Sales et d'Alvarez. De même Fénelon croit qu'il faut aimer Dieu "de pure bienveillance... indépendamment du motif de la béatitude" (la béatitude surnaturelle que Dieu ne nous doit pas). Cela n'implique pas qu'il ait été le "Montan d'une nouvelle Priscille", car l'amour gratuit de Dieu est pour lui propre à tous les saints, et n'implique pas un renoncement au salut comme chez les quiétistes.

Ce fascicule est intéressant parce qu'il montre la monstruosité des expériences qui sous-tendent des doctrines erronées (surtout à une époque où les gens avaient facilement des visions - voyez mon billet sur Jacqueline-Aimée Brohon, et l'écho trois siècles plus tôt chez Constance de Rabastens), monstruosité qui n'interdit pas par elle-même l'accès institutionnel à la sainteté catholique comme le montre ce cas étonnant de Ste Catherine de Bologne convaincue elle-même d'avoir été trompée pendant trois ans par le diable...

L'affaire est intéressante aussi sur le rapport de l'intellectuel au visionnaire, l'impact des visions sur le débat rationnel. C'est un point important qu'on retrouve dans divers milieux spirituels. Beaucoup se demandent évidemment ce qu'il faut "faire" des visions des voyant(e)s dans le milieu New Age, dans le bouddhisme, mais aussi au sein du christianisme : dans le protestantisme que valent les vision du mage Swedenborg, ou celles aujourd'hui d'un Allan Rich ou de Sadhu Sundar Selvaraj ? Quid en milieu catholique de Soeur Catherine Emmerich ou de Marthe Robin ? Par delà la question d' "éprouver les Esprits" comme dit Saint Paul, il y a celle de la place à accorder aux charismes comme les dons de vision, ou les dons de guérison, à côté du débat d'idée proprement dit bordé par la valeur dogmatique des Saintes Ecritures. C'est une problématique qui est aussi très présente chez Gougenot des Mousseaux au XIXe siècle dont j'ai parlé sur ce blog en 2015.

La question de savoir comment appréhender les visionnaire (ou ceux qui ont des inspirations "bizarres"),, jusqu'à quel point il faut dissocier le discours qu'ils produisent de leur personnalité intime est aussi d'actualité.

Fénelon se montre dans cette affaire plus souple de caractère que Bossuet. C'est peut-être plus affaire de psychologie que de doctrine. Voltaire eut l'occasion de souligner plaisamment l'effet de contraste à ce sujet en disant que si Bossuet était "l'aigle de Meaux", Fénelon était "le cygne de Cambrai".

Mme de Maintenon, la favorite de Louis XIV,  a estimé que Dieu avait voulu humilier Fénelon qui avait trop confiance en son génie en le soumettant à l'épreuve de la controverse autour de Mme Guyon. Comme le rappelle Janet, la polémique était pourtant partie sur une base assez saine, Fénelon ayant lui-même incité Mme de Guyon à envoyer son manuscrit à Bossuet pour validation. Bossuet connaissait mal les mystiques. Des évêques avaient tenu en 1696 des conférences à Issy, pour poser les principes de l'Eglise sur les sujets controversé, Mme Guyon les avait acceptés et toute la difficulté est venue, selon Janet, de ce que les commissaires s'étaient engagés à publier, chacun de leur côté, un commentaire des articles votés. "C'est de cette promesse que sortirent les deux livres qu'a produits cette controverse : L' Introduction sur les états d'oraison, de Bossuet, et l'Explication des Maximes des Saints, de Fénelon. De là vint le mal. On voulut s'expliquer, et dès lors on ne s'entendit plus".

Le noeud du refus de Fénelon d'approuver l'ouvrage de Bossuet tient au fait qu'il trouvait que Bossuet allait trop loin dans sa proscription de la mysticité (c'est ce qu'on a vu plus haut sur la question de la béatitude).  

La retenue plaintive qu'on sent dans le texte de Fénelon n'aura pas atténué le fiel qui finit par se répandre et lui coûta finalement son siège d'archevêque (alors pourtant qu'au départ le pape lui était plus favorable qu'au très gallican Bossuet). Janet pense que Fénelon n'a jamais vraiment été intéressé par le quiétisme et que cela se sent dans le côté terne de son "Explication des Maximes des Saints" qui tranche avec la beauté de ses autres livres et avec le côté coloré des textes de Mme Guyon. Il avait eu le tort de ne pas suffisamment prévenir les égarements imaginaires de son amie mystique, mais il avait  eu raison ensuite de vouloir défendre sa thèse selon laquelle on doit aimer Dieu indépendamment de la recherche du salut (d'ailleurs le collège papal sur son compte rendit un jugement mitigé). Mais il avait abordé la question d'un point de vue trop "pur", pas assez pratique...

Comme le dit Janet, il faut avoir beaucoup de théologie pour savoir qui avait vraiment raison dans cette controverse. En tout cas le style de ce débat fait réfléchir. Il manifeste à la fois un côté très affectif parfaitement assumé - l'un et l'autre dans leurs échanges n'ont pas hésité à décrire leurs sentiments au vu et au su de tous, comme si cela cautionnait leur sincérité - et en même temps une sorte d'obligation de douceur et de bienveillance qui fait que chacun doit afficher ses bonnes intentions à l'égard de l'autre, et de l'avenir de la communauté chrétienne (l'Eglise, le royaume de France), et montrer en toute humilité que c'est l'autre qui verse dans l'excès et l'injustice sans jamais se laisser aller soi même à l'invective. Il s'agit là d'un impératif lié au catholicisme qui donne à la controverse une tonalité très différente du côté hargneux des débats intellectuels à partir du siècle des Lumières et jusqu'à nos jours. Il est vrai que les prélats étaient très proches, évoluant dans les mêmes cercles de pouvoir, dans les mêmes lieux, auprès des mêmes personnes, et partageant une culture commune. Cette proximité rend le niveau d'argumentation d'autant plus intéressant : ce n'est pas un dialogue de sourds, mais l'équivalent d'un dialogue intérieur qu'un chrétien pourrait avoir avec lui-même. Sur la forme on sent quand même une tension permanente entre le devoir d'humilité et de douceur qu'impose le christianisme et la "libido dominandi" qui résulte de l'habitus intellectuel de prouver qu'on est dans le vrai, d'autant que l'enjeu en termes de statut social est énorme.

A titre personnel j'en retire plutôt l'impression que la notion de "débat intellectuel chrétien" est une contradiction dans les termes. Pourtant elle était imposée aux protagonistes (Bossuet et Fénelon) par les autorités épiscopales elles-mêmes puisque leur débat a été porté jusque devant le pape. L'Eglise a besoin des débats pour clarifier ses idées, et pourtant ces débats sont totalement destructeurs. La même chose se constate dans le giron protestant - je pense au constat du catholique anglais Hilaire Belloc au début du Xe siècle sur l'émiettement des églises protestantes sur les questions dogmatiques qui lui faisait pronostiquer la fin prochaine de ce courant... Le christianisme a besoin du "logos" pour ne pas sombrer dans les égarements charismatiques, celui de l'intellect, mais pas de l'intellectualisme...

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La nudité en France équinoxiale

2 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur

Pendant trois ans, de 1612 à 1615, il exista sur l'Ile de Maragnan autour de la ville de Saint Louis une "France équinoxale". Elle a fait suite à la tout aussi éphémère "France antarctique", colonie huguenote située à Rio de Janeiro (1555-1560) sur lequel écrivit Jean de Léry  qui s'y rendit en 1557.

Le capucin Claude d'Abbeville s'y rend en 1612 et rédigea un compte rendu de sa mission.

En p. 269, le P. d'Abbeville fait cette réflexion sur la nudité des Indiens Topinamba (chap XLVI).

Il ne se trouve guère de nation tant puisse-elle être barbare qu'elle n'aie recherché de tout temps l'usage des vêtements ou de quelque chose pour couvrir au moins leur nudité : en qui les Indiens Topinamba sont d'autant plus étranges non seulement qu'ils vont ordinairement tout nus comme s'ils sortaient du ventre de leur mère, mais encore de ce qu'ils ne font paraître aucunement qu'ils aient tant soit peu honte ou vergogne de leur nudité.

Si tôt que nos premiers parents eurent mangé du fruit défendu, leurs yeux furent ouverts (dit l'Ecriture) et connaissant qu'ils étaient nus, ils prirent des feuilles de figuier et cachèrent leur nudité pour honte et vergogne qu'ils en avaient.

D'où vient donc que nos Topinamba ayant été faits participants de la coulpe d'Adam et héritiers de son péché, n'ont-ils pas aussi hérité la honte et vergogne (qui est un effet du péché) ainsi qu'ont fat toutes les autres nations du monde ?

On pourrait alléguer pour réponse la très ancienne coutume de ces peuples lesquels de tout temps ont été nus comme ils font, et que pour celui-ci ils n'ont point de honte ni de vergogne de leur nudité, ne s'étonnant non plus de voir le corps tout découvert que faisons ne voyant la main ou la face d'une personne.

Mais je dirai davantage que nos premiers parents ne cachèrent pas leur nudité et ne ressentirent aucune honte ou vergogne d'icelle jusques à ce que leurs yeux furent ouvertes, c'est à dire jusques à ce qu'ils eurent connaissance de leur péché, et qu'ils se virent nus et dépouillés de ce beau manteau de la justice originelle. car la honte ne provient que par la connaissance de la défectuosité du vice ou du péché, et la connaissance du péché ne provient que par la connaissance de la loi, Peccatum non cognovi (di St Paul) nisi par legem. Puis donc que les Maragnans n'ont jamais eu la connaissance de la Loi, ils ne peuvent aussi avoir la connaissance de la défectuosité du vice et du péché, ayant toujours les yeux fermés aux plus profondes ténèbres du paganisme. Et de là vient qu'ils n'ont honte ni vergogne d'aller tout nus sans aucune espèce d'habit ou autre couverture pour cacher seulement leur nudité.

Plusieurs croient que c'est une chose bien monstrueuse de voir ce peuple tout nu et qu'il y a bien du danger de fréquenter parmi les femme set les filles indiennes étant nues comme elles sont, parce qu'il ne se peut faire que cette nudité ne soit un objet bien fort pour attirer ceux qui s'y arrêtent et les faire tomber en quelque précipice de péché.

Il est ainsi que cette coutume de marcher nu est merveilleusement difforme et déshonnête, ressentant infiniment sa brutalité. Aussi le danger semble-il bien grand en apparence, mais en effet je puis dire qu'il a sans comparaison beaucoup moins de danger à voir la nudité des Indiennes que la curiosité des attraits lubriques des Dames mondaines de la France. Car ces Indiennes sont si modestes et retenue en leur nudité que l'on ne voit en elles ni mouvement, ni geste,ni parole, ni action, ni chose quelconque qui puisse offenser les yeux de ceux qui les regardent ; ains êtant fort soigneuses de l'honnêteté en ce qui es même de leur mariage, elles ne feront jamais rien publiquement qui puisse causer scandale ou quelque admiration. Joint que la difformité ordinaire ne donne pas peu d'adversion, la nudité de soi n'était peut-être si dangereuse ni attrayante que sont les attifects lubriques avec les effrénées mignardises et nouvelles inventions des Dames de par deçà, qui causent plus de péchés mortels et ruinent plus d'âmes que ne font les femmes et les filles indiennes avec leur nudité brutale et odieuse.

Et ce qui rend ordinairement les Indiens, soit hommes, soit femmes, d'autant plus désagréables qu'ils s'imaginent beaux, est qu'ils se peignent le visage et tout le corps de diverses couleurs. Vous leur voyez quelquefois la face toute bigarrée de rouge et de noir, quelquefois ils n'en peignent qu'un côté et la moitié du front avec la joue qui est à l'opposite, laissant le reste en son naturel : Ainsi vouez vous leur corps plein de diverses figures devant et derrière, depuis la tête jusques aux genoux, comme s'ils étaient vêtus de pantalon fait d'un satin noir figuré et découpé, ayant les mains et les jambes toutes noires de suc de junipap.

Ce n'est pas toutefois qu'ils soient toujours peints et figurés, cela est quand bon leur semble : et s'il y en a de plus coutumiers les uns que les autres à s'y plaie, ce sont principalement les jeunes filles qui prennent plaisir à se bigarrer et figurer ainsi tout le corps en diverses façons, chacune selon sa fantaisie.

lls ne se peignent pas toujours eux-mêmes, mais ils s'entreparent et figurent ainsi les uns les autres : les filles êtant les plus addrextrées et celles qui sont les plus ordinaires à ce métier. Et bien qu'elles 'aient jamais appris à pendre, vous seriez néanmoins étonnés de voir la diversité des belles figures qu'elles font sur les corps.

Vous verrez quelquefois un jeune homme tout deout les deux mains aux côtés et auprès une fille à genoux ou assise sur un talon avec un couy (espèce de vaisseau fait de la moitié d'un fruit) dedans lequel est une peinture, tenant en sa main un petit bout de pindo qui sert de pinceau dont elle tire les traits sur le corps d'icelui aussi droits que si elle avait une règle, et aussi dextrement que pourrait faire un peintre : si bien que faisant de telles figures qui lui plait vous n'y verriez pas un point passer l'autre.

Néanmoins il s'y trouve quelquefois des femmes lesquelles tenant un miroir en main gauche et en l'autre un petit pinceau de pindo, se peignent elles mêmes la face avec autant de curiosité que les Dames mondaines se fardent par deçà, faisant des petits traits de junipap au lieu des sourcils qu'elles ont arraché : c'est en cela qu'elles passent une bonne partie du temps, s'estimant bien braves d'être ainsi bigarrées.

Pour le regard des plus valeureux et grands guerriers, ils ont coutume, à ce qu'ils soient plus estimés entre ceux de leur nation et redoutés de leurs ennemis, de prendre un os de la jambe de quelques certains oiseaux, qu'ils assillent comme rasoirs, avec lequel ils se gravent et figurent le corps de diverses façons.

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"Astrologie et religion au Moyen-Age" de Denis Labouré

22 Mars 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Christianisme, #Alchimie, #Notes de lecture

Sapiens dominabitur astris

Un certain fondamentalisme chrétien, qui a eu des antécédents dans l’histoire, tend de nos jours à diaboliser l’astrologie comme pratique divinatoire occultiste. C’est une opinion que combat Denis Labouré, astrologue chrétien, titulaire d’un master de théologie qui, dans un récent essai historique très approfondi, propose une interrogation nouvelle sur l’articulation entre la «science» de la lecture des astres et la foi en la toute puissance divine.

Pour les Pères de l’Eglise, nous dit Denis Labouré, «le monde est un miroir dans lequel Dieu se fait contempler (…) chaque chose est un signe où Dieu se fait connaître à nous». Certes Ignace d’Antioche, Justin, Tertullien et Saint Augustin ont milité contre la divination par les astres, mais Isidore de Séville, en s’appuyant sur le précédent biblique des rois mages, a ouvert la voie à une astrologie qui, sans voir dans la position des étoiles et des planètes une cause de l’histoire humaine, l’analyse comme une série de signes que Dieu envoie aux hommes pour les éclairer sur leur condition.

Rien de mieux, pour convaincre le lecteur, que d’examiner dans une perspective historique, la période faste de l’astrologie chrétienne que l’auteur situe au Moyen-Age, plus précisément entre le XIIe et le XIVe siècles. Denis Labouré retrace précisément la généalogie de cette astrologie occidentale, à travers les auteurs indiens, babyloniens et perses. Il montre comment l’arabe Albumasar (787-886) synthétisa ces traditions et, par ses seuls travaux sur les astres, initia à l’aristotélisme de grands penseurs français ultérieurs comme Thierry de Chartres ou Guillaume de Conches.Pour atténuer la détermination du monde sublunaire par le monde supralunaire, Albert Le Grand (1193-1280), quant à lui, rattacha directement l’âme humaine à la cause première (Dieu) de sorte que les astres n’agissent que sur les corps (y compris les humeurs) ou comme signe du moment opportun, ce qui permit de résister à ceux qui accusent l’astrologie d’asservir l’homme aux démons de la nature, une voie de compromis que suivra Roger Bacon (1214-1294) en mettant l’accent sur l’influence qu’exerce l’astrologie sur les mouvements des foules.

Puis Denis Labouré se concentre sur les recherches d’un astrologue français dont les travaux firent date, Pierre d’Ailly (1351-1420) qui fut en son temps chancelier de l’université de Paris et aumônier du roi Charles VI. L’auteur montre comment le savant s’est positionné à l’égard de ses prédécesseurs sur les grands problèmes intellectuels médiévaux comme la datation de l’univers et la théorie des grandes conjonctions d’Albumasar (la mort des empires en fonction de la conjonction Saturne-Jupiter-Mars). Au terme de ces analyses, Pierre d’Ailly en viendra à voir dans le Grand schisme d’Occident (la dualité des papes), non pas un signe de la fin des temps mais une simple crise incitant à la réforme morale. Il en tirera aussi une vision prémonitoire de 1789 comme tournant de l’histoire du monde… Par ailleurs, en annexe du livre, le lecteur trouvera une intéressante traduction par le professeur Giuseppe Nastri assisté par Denis Labouré du traité du cardinal d’Ailly «Sur la concordance entre l’astronomie et la vérité des récits historiques» qui peut nourrir bien des travaux herméneutiques complémentaires sur la correspondance entre l’histoire humaine et les constellations.

On ne peut manquer d’être impressionné par la somme d’érudition mobilisée par Denis Labouré, féru de calculs astraux, lorsqu’il expose par exemple à propos des conjonctions de Jupiter et de Saturne, schémas à l’appui, que «les conjonctions de Jupiter avec Saturne sont éloignées de 20 ans environ, lorsque Saturne a parcouru les deux tiers de sa révolution (…). Or la longueur de l’arc séparant une conjonction et la suivante (mesurée en sens antihoraire) est légèrement supérieure à 240°. (…) Initiée dans Bélier, un signe de feu, la conjonction de Jupiter avec Saturne se reproduit ensuite dans les deux autres signes du même élément. Puis elle se produit ensuite dans le Bélier». L’aridité de ce genre de démonstration (qui en garantit aussi le sérieux) est toutefois heureusement tempérée par les résumés didactiques que Denis Labouré place à la tête de chaque chapitre et sous-chapitre, faisant de son livre un manuel d’une grande clarté, accessible aux étudiants et à tous les curieux qui, au-delà des modes actuelles - qui abandonnent l’astrologie au néo-paganisme ou aux «sagesses» asiatiques -, veulent comprendre la place que cette discipline a pu avoir, par le passé, dans l’intelligentsia européenne. Il ouvre aussi un champ de réflexion aussi passionnant que complexe sur la valeur que le chrétien accorde au monde créé pour l’éclairer dans son cheminement d’accomplissement spirituel sans rien sacrifier ni de son libre-arbitre ni de l’obéissance à son Créateur.

L'article est aussi ici.

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Entretien avec une réflexologue normande le 8 juillet 2016

28 Février 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps, #Christianisme

C'est une quadragénaire, assez connue dans sa région (même une radio catholique lui a fait de la pub - vu le niveau de perte de repères de l'Eglise catholique en ce moment, nul ne s'en étonnera). A travers elle, j'ai découvert combien les réflexologues, comme les masseuses (que j'ai interrogées par ailleurs), pouvaient être profondément liées au spiritisme.

Nous avons discuté, un soir, le 8 juillet 2016. Elle m'a avoué croire à la réincarnation, aux vies antérieures. Elle reconnaît qu'à son contact les patients ont souvent des révélations sur ces soi-disant "vies antérieures" : "Un de mes clients a eu le sentiment d’être mon fils quand il était entre mes mains, il y a des gens qui ont la sensation j’ai été leur mère ou leur fille par le passé ", dit-elle.

Elle même a un passé lié à la sorcellerie. Selon elle, "tout le monde avait une grand mère ou une tante rebouteuse ou coupeuse de feu" (beaucoup de chrétiens expliquent que les dons de sorcellerie s'héritent de génération en génération, comme une malédiction). Comme les médiums, elle sent les lieux chargés d'histoire. Petite, elle avait des rêves prémonitoires, mais avait du mal à l'accepter (le genre de "don" que le deuxième ciel impose contre le gré de la personne, comme les visions de Maria Valtorta, ou le don de médium pour Patricia Darré) . Elle a étudié le premier stade du reiki (une pratique très liée au paranormal) mais s’est arrêtée car trouvait cela trop rituel : elle n'aimait pas les prescriptions du genre «  ne pas boire pendant 3 semaines » « ne pas avoir de rapports pendant trois semaines ». Mais elle reste en contact avec des médiums avec lesquels elle entretient un rapport de rivalité et de défi mêlé de complicité. Elle leur a demandé des éléments sur sa propre vie en faisant faire son thème astral et son analyse du point de vue de la numérologie kabbaliste dont les conclusions l'ont bluffée (être "bluffé" par un voyant est la première étape du pacte qui unit à leur prédiction).

C'est d'ailleurs à travers un médium voyant qu'elle a entamé sa reconversion du travail de juriste à celui de réflexologue en 2009 : le déclic de sa reconversion lui serait venu d'une interview du président Sarkozy (qu'elle n'aimait pas), à la radio (ça c'est un point obscur à mes yeux du processus), mais un ami médium, qui avait deviné bien des choses sur sa vie privée, lui avait prédit (car il était capable de prédictions à six mois) chaque étape de sa reconversion, et ces étapes se sont réalisées (autant dire qu'elle a obéi au "daimon" qui inspirait le médium, comme le font les gens qui réalisent les prédictions des tarots). Elle avait été portée à effectuer ce virage par ses dispositions de toujours à l'empathie (très marquées chez tous les magnétiseurs et personnes en contact avec le monde invisible), son goût pour les médecines douces (car elle était très sujette aux allergies) et le décès subit par AVC d'une collègue à 35 ans. 

Aujourd'hui dans les séances de réflexologie, elle sent parfois des morts de la famille du patient, et les morts de sa propre famille. Elle ressent  une chair de poule ou ses poils qui se dressent « un peu comme vous savez quelqu'un est derrière vous-même si vous ne le voyez pas ». Des morts (ou des démons se faisant passer pour des morts) lui ont parlé dans ses rêves. Sa propre famille est très marquée par la mort : trois de ses frères et soeurs sont décédés - notez que la masseuse que j'ai rencontrée en Béarn en décembre avait aussi perdu trois frères... (à rapprocher par contraste de Matth 22:32 qui explique l'hostilité des chrétiens à l'occultisme : "Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants").

Les anges ou guides lui font sentir des choses par synchronicité. Elle s'intéresse aux pierres, se sent reliée aux énergies froides et chaudes de la terre, ressent des nausées devant les gens toxiques ou trop stressés, et entretient un rapport "magnétique" positif ou négatif aux gens. Toutefois elle n'ose pas s'aventurer sur le terrain des canalisations et refuse de recevoir des messages trop explicites des entités invisibles. Elle aime Frédéric Lenoir et tout ce qui est "non intégriste" dans les religions (elle joue le jeu de la religion mondiale que le pape est parfois accusé de promouvoir et qui est compatible avec l'occultisme). Elle pense que le monde arrive à un nouveau plan de conscience (comme le New Age). Elle aime l'interview du président uruguayen José Mujica (l'homme qui a négocié en septembre 2013 la légalisation avec George Soros et David Rockefeller du cannabis dans son pays) par Yann Arthus-Bertrand : son plaidoyer pour la frugalité, le rêve et le respect de la planète (un thème luciférien aux yeux de certains analystes, voir par exemple l'engagement au sein de l'ONU du Lucis Trust initialement appelé Lucifer Trust fondé par la théosophe spirite Alice Bailey pour l'Agenda 21).

Attention donc : quand vous mettez "les pieds" - c'est le cas de le dire - chez une réflexologue de ce genre, vous entrez, sans le savoir (car elle ne vous en dira rien), dans le domaine dangereux de l'occultisme... et pourtant cette dame est certifiée par une école de réflexologie.

-- PS : cette réflexologue a finalement été interviewée par une radio chrétienne (une journaliste qui n'aimait pas la vérité, il y en a tant... et le label chrétien ne leur vaudra pas l'absolution automatique contrairement à ce que croient ces gens - cf Matth 7:21-23)

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Mon livre sur les médiums présenté dans la revue des Archives de Sciences Sociales des Religions

11 Février 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires, #Médiums

Vient de paraître, dans le  Bulletin bibliographique de la revue des Archives de Sciences Sociales des Religions n°184 d'octobre-décembre 2018, une recension de mon dernier livre consacré aux médiums signée par Régis Dericquebourg, professeur associé à la Faculté des études comparatives des religions et de l'humanisme de l’université d’Anvers (Belgique) et membre du groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS-Paris). En voici le texte (également publié ici) :

Christophe Colera. Les Médiums. Une forme de chamanisme contemporain. Paris. L’Harmattan. 2017. 171 pages. 

La courte étude sociologique de Christophe Colera sur des médiums mérite d’être signalée car les travaux sur ce milieu ne sont pas légion. Celle-ci est dans la lignée de la thèse de Marc Antoine Berthod (Doutes, croyances et divination. Une anthropologie de l’inspiration des devins et de la voyance. Lausanne. Ed. Anthropos. 2007) que nous avons recensée dans le numéro 144 (oct.-déc. 2008) des ASSR et de l’étude de Christine Bergé (La voix des esprits, Paris. Métaillé. 1990). L’étude repose sur une observation participante jointe à une recherche documentaire et à l’administration de 8 entretiens semi-directifs réalisés entre 2014 et 2016 avec des « médiums de faible notoriété » et des personnes qui avouent avoir des intuitions médiumniques classée dans la catégorie : paramédiumnité (p .15). L’auteur se situe donc dans une sociologie qualitative qu’il relie à « l’anthropologie de l’étrange » (du nom de l’anthropologie du du « wonder » proposée par Michel W. Scott (p.14). L’implication de l’auteur dans son enquête est forte. En effet, en exposant le Sitz Im Leben dans celle-ci, l’auteur confesse que sa recherche a débuté en 2014 à l’occasion d’une dépression qui l’a conduit vers la thérapie médiumnique. L’élément déclencheur fut une voyance « exacte » qui enclencha ce qu’en psychanalyse, on appellerait un transfert à la thérapie médiumnique. A partir de cet évènement inducteur de transfert, CC établit une relation double avec les médiums : celle du patient, celle du sociologue et celle du philosophe qui analyse les pratiques spirites et les discours qui les légitimisent.

Le traitement des données recueillies visent à voir comment la médiumnité devient une religiosité clandestine, un « chamanisme underground », voire une philosophie de l’humanité et de l’histoire dans laquelle leur doctrine serait un « hégélianisme corporel » tel qu’il le développe dans son intéressant chapitre 5. Pour ce faire, le dépouillement des entretiens comporte trois rubriques : 1) les parcours de vie, 2) les pratiques et les rituels, 3) les visions du monde.

En dehors de l’inscription de la médiumnité dans une thèse philosophique, CG décrit un champ social avec ses réseaux de sociabilité, son imaginaire (mis en évidence grâce aux références livresques des acteurs sociaux et des objets dont ils s’entourent ou qu’ils utilisent comme outil de leur art), ses affinités avec des théories et des pratiques du développement personnel (la prise en charge suivie d’une personne par un médium qui devient une sorte de thérapeute et de mentor s’apparente à du développement personnel). D’autre part, l’auteur découvre une morale de base de la médiumnité. Il la trouve peu suivie par les praticiens puisqu’elle serait contrée par une « amoralité narcissique », un fantasme de toute puissance qui serait la conséquence de leur don et une volonté de prendre autorité sur les clients. Ces écarts (l’auteur ne parle pas d’éthique, ni de déontologie) seraient facilités par l’absence de théorie de la culpabilité dans cette morale. Certains médiums conscients de ces déviances utiliseraient des techniques que l’auteur ne détaille pas pour les éviter. Sur le plan de la relation à la société, l’opinion des médiums sur la société se limite à une thèse du complot. La politique est reléguée au « bas astral » bien que certains se fassent parfois « conseiller du prince ». Ils sont loin du spiritisme de la fin du 19 me siècle qui avait des affinités avec le socialisme et le mouvement ouvrier. Sur le plan religieux, les pratiques médiumniques étant condamnées par la plupart des Eglises établies et des groupes religieux minoritaires, les médiums se tournent donc les Eglises du courant Vieux-catholique. Ce choix nous avait été confirmé autrefois par un membre de l’Eglise libérale de Lille qui recevaient des médiums du Cercle spirite de cette ville. L’auteur examine aussi la « carrière des médiums » notamment la vocation (filiation, rencontres, expérience de « near death experience », « appel » d’un esprit).

CC rattache le phénomène qu’il observe au Nouvel âge que Séguy appelait « réseaux sapienzo-gnostiques ». Cela mériterait un débat car le spiritisme a une histoire antérieure (principalement depuis le 19 me siècle en occident) ainsi qu’une dynamique propre. Il se peut simplement que les spirites contemporains empruntent des éléments du discours du Nouvel Age (comme les « vibrations ») et s’approprient des conceptions occidentalisées et erronées du bouddhisme, du karma… communes dans cette mouvance sans y fondre. Nous nous demandons ce que l’auteur entend par psychanalyse comme « pensée magique » (p.96). La pensée magique est un mode de pensée décrit par la psychanalyse elle-même comme symptôme. Veut-il dire qu’elle n’est pas une science comme la psychologie académique qui est elle-même une « fausse science » (Cf Didier Deleule, La psychologie mythe scientifique, Paris, Laffont, 1969). De même nous nous demandons pourquoi il évoque la thèse de madame Tessier (p. 95) qui donna lieu en 2001 à une polémique lancée par des journalistes qui ne l’avait pas lue. Ces remarques n’entachent pas l’intérêt du livre qui a aussi le mérite de la clarté.

Régis Dericquebourg

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Encore une petite apologie de la sorcellerie dans les médias

8 Janvier 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums

On a déjà épinglé Carla Bruni, M6, le Journal des enfants, le magazine Avantages, le jeu Dobble, au tour de Grazia n°474 du 21 décembre au 10 janvier 2019 pris en flagrant délit de normalisation et même d'apologie de l'occultisme et de la sorcellerie.

Bon je passe sur l'apologie à peine subliminale avec le portrait de Penelope Cruz en "un" (vous savez, l'actrice qui aime bien cacher un oeil et s'affiche avec des perroquets aux ailes de papillons monarques - "what did you expect ?" hein ?).  Je passe sur le macaron "Astro 2019" et sur les pubs pour des parfums où les mannequins on des bracelets en forme de serpents. Ca c'est juste pour le conditionnement inconscient. Le magazine s'attaque plus ouvertement à la conscience quand il publie dans sa rubrique "Culture", en p.128 une critique du livre "Paris occulte" de Bertrand Matot. Apologie du Paris "magique et babylonien" du Sar Peladan, de Satie, de Knopff entre 1850 et 193. "Bertrand Matot, raconte chaque pic de cette fièvre ténébreuse qui enveloppa la ville. Désormais, on peut le dire : Paris s'ennuie". Oh oui, qu'est-ce qu'on s'ennuie quand il n'y a pas des jeteur de sorts aux coins des rues et des sacrifices à la pleine Lune, hein ?

Trente pages avant on avait une interview de Mona Chollet, chef d'édition au Monde Diplomatique, qui, au nom du féminisme, veut réhabiliter la sorcellerie. Un refrain qu'on connaît bien. L'alibi : la tolérance, le respect de la "rationalité" spécifique des femmes, le droit à la différence et même... l'amour de la nature et de notre pôôôvre planète en danger (le réchauffement climatique, tout ci tout ça). Elle est juste un peu embêtée que le capitalisme récupère un art si noble dans une logique de marché. "Ca m'agace un peu, dit elle en p. 92. Quand un magazine décrit la "sorcière parfaite", cela revient à rhabiller vaguement les comportements traditionnels et à nous faire acheter des bougies, des huiles essentielles et des cristaux". Puis elle ajoute (très loin de la neutralité sociologie) : "Mais je dois avouer que je n'y suis pas complètement hermétique. La fascination pour les fioles, ça marche aussi pour moi !". Pas totalement hermétique... really ? Mona je vais vous aider à remettre les choses dans votre tête : ce n'est pas parce que vous défendez les droits des femmes que vous voulez réhabiliter les sorcières. C'est parce que "quelque chose" en vous vous pousse à aimer les fioles et la sorcellerie que vous venez écrire "Sorcières, la puissance invaincue des femmes" et, dans un second temps, vous rationalisez tout ça sous un vernis de revendication féministe. Vous êtes exactement sur la même pente qu'Asia Argento et Rose MgGowan, figures de proue de  #MeToo.

Bien sûr n'allez pas chercher Mona Chollet le jour où votre fille aura attrapé une possession à force de suivre les modes de Grazia et d'Avantages... Meuh non, allez, les possessions c'est une croyance médiévale, ça n'existe pas, juste une petit problème à soigner avec des antidépresseurs, hein ?

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