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"Astrologie et religion au Moyen-Age" de Denis Labouré

Sapiens dominabitur astris
Un certain fondamentalisme chrétien, qui a eu des antécédents dans l’histoire, tend de nos jours à diaboliser l’astrologie comme pratique divinatoire occultiste. C’est une opinion que combat Denis Labouré, astrologue chrétien, titulaire d’un master de théologie qui, dans un récent essai historique très approfondi, propose une interrogation nouvelle sur l’articulation entre la «science» de la lecture des astres et la foi en la toute puissance divine.
Pour les Pères de l’Eglise, nous dit Denis Labouré, «le monde est un miroir dans lequel Dieu se fait contempler (…) chaque chose est un signe où Dieu se fait connaître à nous». Certes Ignace d’Antioche, Justin, Tertullien et Saint Augustin ont milité contre la divination par les astres, mais Isidore de Séville, en s’appuyant sur le précédent biblique des rois mages, a ouvert la voie à une astrologie qui, sans voir dans la position des étoiles et des planètes une cause de l’histoire humaine, l’analyse comme une série de signes que Dieu envoie aux hommes pour les éclairer sur leur condition.
Rien de mieux, pour convaincre le lecteur, que d’examiner dans une perspective historique, la période faste de l’astrologie chrétienne que l’auteur situe au Moyen-Age, plus précisément entre le XIIe et le XIVe siècles. Denis Labouré retrace précisément la généalogie de cette astrologie occidentale, à travers les auteurs indiens, babyloniens et perses. Il montre comment l’arabe Albumasar (787-886) synthétisa ces traditions et, par ses seuls travaux sur les astres, initia à l’aristotélisme de grands penseurs français ultérieurs comme Thierry de Chartres ou Guillaume de Conches.Pour atténuer la détermination du monde sublunaire par le monde supralunaire, Albert Le Grand (1193-1280), quant à lui, rattacha directement l’âme humaine à la cause première (Dieu) de sorte que les astres n’agissent que sur les corps (y compris les humeurs) ou comme signe du moment opportun, ce qui permit de résister à ceux qui accusent l’astrologie d’asservir l’homme aux démons de la nature, une voie de compromis que suivra Roger Bacon (1214-1294) en mettant l’accent sur l’influence qu’exerce l’astrologie sur les mouvements des foules.
Puis Denis Labouré se concentre sur les recherches d’un astrologue français dont les travaux firent date, Pierre d’Ailly (1351-1420) qui fut en son temps chancelier de l’université de Paris et aumônier du roi Charles VI. L’auteur montre comment le savant s’est positionné à l’égard de ses prédécesseurs sur les grands problèmes intellectuels médiévaux comme la datation de l’univers et la théorie des grandes conjonctions d’Albumasar (la mort des empires en fonction de la conjonction Saturne-Jupiter-Mars). Au terme de ces analyses, Pierre d’Ailly en viendra à voir dans le Grand schisme d’Occident (la dualité des papes), non pas un signe de la fin des temps mais une simple crise incitant à la réforme morale. Il en tirera aussi une vision prémonitoire de 1789 comme tournant de l’histoire du monde… Par ailleurs, en annexe du livre, le lecteur trouvera une intéressante traduction par le professeur Giuseppe Nastri assisté par Denis Labouré du traité du cardinal d’Ailly «Sur la concordance entre l’astronomie et la vérité des récits historiques» qui peut nourrir bien des travaux herméneutiques complémentaires sur la correspondance entre l’histoire humaine et les constellations.
On ne peut manquer d’être impressionné par la somme d’érudition mobilisée par Denis Labouré, féru de calculs astraux, lorsqu’il expose par exemple à propos des conjonctions de Jupiter et de Saturne, schémas à l’appui, que «les conjonctions de Jupiter avec Saturne sont éloignées de 20 ans environ, lorsque Saturne a parcouru les deux tiers de sa révolution (…). Or la longueur de l’arc séparant une conjonction et la suivante (mesurée en sens antihoraire) est légèrement supérieure à 240°. (…) Initiée dans Bélier, un signe de feu, la conjonction de Jupiter avec Saturne se reproduit ensuite dans les deux autres signes du même élément. Puis elle se produit ensuite dans le Bélier». L’aridité de ce genre de démonstration (qui en garantit aussi le sérieux) est toutefois heureusement tempérée par les résumés didactiques que Denis Labouré place à la tête de chaque chapitre et sous-chapitre, faisant de son livre un manuel d’une grande clarté, accessible aux étudiants et à tous les curieux qui, au-delà des modes actuelles - qui abandonnent l’astrologie au néo-paganisme ou aux «sagesses» asiatiques -, veulent comprendre la place que cette discipline a pu avoir, par le passé, dans l’intelligentsia européenne. Il ouvre aussi un champ de réflexion aussi passionnant que complexe sur la valeur que le chrétien accorde au monde créé pour l’éclairer dans son cheminement d’accomplissement spirituel sans rien sacrifier ni de son libre-arbitre ni de l’obéissance à son Créateur.
Un cercle de malédiction autour d'Antiochos IV Epiphane ?
Peter Green, historien universitaire et athée (donc myope) écrivait ceci dans "D'Alexandre à Actium" (eds Robert Laffont, coll. Bouquins 1997 p. 474) à propos d'une ambassade romaine au roi hellénistique Antiochos IV Epiphane en 168 av JC (un an après que, dans le cadre de ses guerres contre Ptolémée VI d'Egypte, il eut pris Jérusalem à la demande des fils de Tobie et y ait imposé des cultes païens - Flavius Josèphe - Guerre des Juifs, I, 32-35 et livre des Macchabées): "Un ordre officiel (senatus consultum) lui fut adressé, lui enjoignant d'évacuer non seulement l'Egypte, mais également Chypre où ses troupes se livraient à une débauche de pillages et de destructions. L'envoyé romain, Popillius Laenas (ou Popilius Laenas), rencontra le roi dans le faubourg alexandrin d'Eleusis (juillet 168) et attendit en silence qu'Antiochos eût fini de lire le message du Sénat. Lorsque Antiochos réclama un délai pour examiner cette requête, Popillius prit son bâton, et traça dans la poussière un cercle autour du roi ; puis, d'un ton sans réplique, il ordonna à celui-ci de lui répondre par oui ou par non avant de sortir du cercle". C'est ce qu'on appela la "journée d'Eleusis". Antiochos accepta puis eu une petite revanche symbolique en organisant les jeux de Daphné pour laver l'humiliation.

La source se trouve dans Polybe 29.27.1-10, Tite-Live 45, 12.3-8, Appien Les Guerres Syriennes 66, Justin 34.3.1-4.
Polybe dans ses Histoires à ce sujet a le même ton" positiviste" que Peter Green :
When Antiochus had advanced to attack Ptolemy in order to possess himself of Pelusium, he was met by the Roman commander Gaius Popilius Laenas. Upon the king greeting him from some distance, and holding out his right hand to him, Popilius answered by holding out the tablets which contained the decree of the Senate, and bade Antiochus read that first: not thinking it right, I suppose, to give the usual sign of friendship until he knew the mind of the recipient, whether he were to be regarded as a friend or foe. On the king, after reading the despatch, saying that he desired to consult with his friends on the situation, Popilius did a thing which was looked upon as exceedingly overbearing and insolent. Happening to have a vine stick in his hand, he drew a circle round Antiochus with it, and ordered him to give his answer to the letter before he stepped out of that circumference. The king was taken aback by this haughty proceeding. After a brief interval of embarrassed silence, he replied that he would do whatever the Romans demanded. Then Popilius and his colleagues shook him by the hand, and one and all greeted him with warmth. The contents of the despatch was an order to put an end to the war with Ptolemy at once. Accordingly a stated number of days was allowed him, within which he withdrew his army into Syria, in high dudgeon indeed, and groaning in spirit, but yielding to the necessities of the time.
Notez que Polybe précise que le bâton est un cep de vigne (vitis), ce bâton de 80 cm qui servait aux centurions pour frapper les légionnaires. N'oublions pas que la vigne dans la Bible est le symbole d'Israël, ce qui n'est pas sans intérêt par rapport à ce que nous verrons un peu plus loin.
Tite-Live dans "L'histoire de Rome" livre 45 présente un récit semblable :
"After crossing the river at Eleusis, about four miles from Alexandria, he (Antiochos) was met by the Roman commissioners, to whom he gave a friendly greeting and held out his hand to Popilius. Popilius, however, placed in his hand the tablets on which was written the decree of the senate and told him first of all to read that. After reading it through he said he would call his friends into council and consider what he ought to do. Popilius, stern and imperious as ever, drew a circle round the king with the stick he was carrying and said, "Before you step out of that circle give me a reply to lay before the senate." For a few moments he hesitated, astounded at such a peremptory order, and at last replied, "I will do what the senate thinks right." Not till then did Popilius extend his hand to the king as to a friend and ally."
Sous la plume d'Appien (Guerres syriennes chap 11) cela donne un récit plus empreint de mysticisme parce qu'il relie le geste de Popilius au sort funeste d'Antiochos juste après, ainsi qu'à un événement curieux autour d'un temple de Vénus :
" While he was encamped near Alexandria, Popilius came to him as Roman ambassador, bringing an order in writing that he should not attack the Ptolemies. When he had read it he replied that he would think about it. Popilius drew a circle around him with a stick and said, "Think about it here." He was terrified and withdrew from the country, and robbed the temple of Venus Elymais; then died of a wasting disease, leaving a son nine years of age, the Antiochus Eupator already mentioned. "
Même ambiance chez l'historien Justin dans le livre 34 de son Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.qui fait lui aussi le lien entre le cercle et la mort rapide du roi à son retour en Syrie, et qui précise au passage que tous ses courtisans étaient dans le cercle :
"On députa donc Popilius à la cour d’Antiochus, pour ordonner au roi de respecter l'Égypte, ou d'en partir, s'il s'y trouvait déjà. Popilius le trouva en Égypte, et le prince, qui, étant en otage à Rome, avait formé avec lui d'étroites liaisons, s'approchant pour l'embrasser, l'envoyé romain fait taire ses affections privées devant les ordres de sa patrie, et lui présente le décret du sénat. Le voyant hésiter et renvoyer à son conseil la décision de cette affaire, d'une baguette qu'il tenait à la main, il trace autour du roi un cercle assez vaste pour contenir aussi ses courtisans, lui défendant d'en sortir sans avoir répondu au sénat et déclaré s'il veut être en paix ou en guerre avec, Rome. Effrayé de cette fermeté, Antiochus promit d'obéir. De retour dans ses états, il mourut bientôt, laissant un fils en bas âge."
Avant de développer sur le cercle tracé par Popilius, un mot du temple de Vénus d'Élymaïs. Les premières références à un "royaume" d'Élymaïs sont par Néarque (ou Nearchus), l'Amiral d'Alexandre le Grand (336-323), dans un passage conservé par Strabon (Géographe Grec, v.63 av.J.C-v.23 ap.J.C - Livre 2.13.6). Il situe le "royaume" vers le Nord de la Susiane. Il rapporte que le "Elymaei".
Flavius Josèphe dit qu' Élymaïs est le nom d'une ville. Certains historiens en font la capitale du pays d'Elam d'autres la situent en Perse (ce qui est aussi le témoignage que rend le livre I des Macchabées, lequel signale aussi que finalement Antiochos ne put pas piller la ville). L'histoire des Juifs et des Peuples de Mr Prideaux, doyen de Norwich dans sa traduction française de 1764 p. 81, précise que la ville passait pour avoir de grandes richesses en or et en argent, et surtout que dans un Temple de Diane ou de Vénus de cette Ville, il y avait des trésors immenses. Ce qui fit qu'elle fut pillée en 165 av JC par Antiochos IV après sa guerre contre les Arméniens et avant qu'il ne s'en prenne à la Judée en 164, année de sa mort.
Revenons en au cercle de Popilius. L'affaire fait penser à cette anecdote du gourou Gurdjieff à propos des Yézidis du Kurdistan. Avec son collègue Pogossian, il se retrouve entouré de chiens de bergers yezidis entre Lalish et Mossoul formant un cercle qui les empêche d'en sortir, (Rencontre avec des hommes remarquables - Meetings with Remarkable Men chap 5) tout comme en 1888 à l'âge de 16 ans il avait vu un petit garçon yézidi, pleurer, effectuer des mouvements étranges, lutter de toutes ses forces pour sortir d'un cercle tracé par d'autres garçons qui le persécutaient. Gurdjieff libéra le garçon en effaçant une partie du cercle et l'enfant put échapper à ses bourreaux.
"Le cercle magique, peut-on lire dans l'Echo du Merveilleux de juillet 1906, une idées pratiques les plus puissantes et les plus antiques de I'initiation, employé en Egypte, en Chaldée et en Grèce, — employé dans les solennités maçonniques et dans celles dé l'Eglise catholique,— était connu de quelques tribus, qui l'avaient apporté dès époques lointaines, qui sait même, des centres d'initiation delà Lémurie ou de l'Atlantide. " Dans le Roland amoureux la magicienne Mélisse place Bradamante dans un cercle magique. Le Faust de Goethe s'enferme dans un cercle magique. Ce cercle sert à initier mais aussi à piéger et à maudire.
Il est très intéressant que Justin trace une causalité : cercle autour d'Antiochos-décès de celui-ci 4 ans plus tard-enfant en bas âge laissé derrière lui,et qu'Appien élargisse la chaîne causale de cette façon cercle autour d'Antiochos-pillage du temple de Vénus-décès de celui-ci 4 ans plus tard-enfant en bas âge.
Ces deux versions plaident clairement pour l'interprétation du cercle de Popilius comme étant un cercle de malédiction. Si nous croisons cela avec le livre des Macchabées et Flavius Josèphe nous avons la série causale suivante : profanation du temple de Jérusalem par Antiochos-cercle de malédiction avec un cep de vigne par Popilius-profanation d'un temple de Vénus-mort d'Antiochos-orphelin de 9 ans laissé derrière lui (donc une succession mal assurée). Ce qui pourrait donner la lecture parabiblique (car ça n'est pas stricto sensu dans la Bible) suivante : les lois de l'Au-delà fait que la rétribution de la profanation de Jérusalem devient, pour Antiochos, la malédiction par l'intermédiaire du cep de vigne (symbole d'Israël) d'un général romain qui trace un cercle magique (à un moment où d'ailleurs, comme le note Flavius Josèphe, Israël se rapproche diplomatiquement de Rome).
Pour un développement supplémentaire sur les cercles magiques voir cette vidéo.
La religion des Yézidis

La religion Yazidi (yézidie, on adoptera les deux orthographes) professe la croyance en un dieu singulier «suprême» [semblable au dieu biblique] qui se manifeste sous la forme de «Sept Grands Anges", dont le chef est un paon nommé Tawsi Melek. Le paon roi Tawsi Melek est descendu sur terre pour donner vie à l'Adam biblique dans le jardin d'Eden. Par la suite, Eve a été créé. Les Yézidis croient que Adam a réussi à produire une descendance spontanément sans Eve. Adam avait un fils par génération spontanée nommée Shehid bin Jer qui est devenu l'ancêtre de la race Yazidi. Tous les autres peuples sont soupçonnés d'être les descendants de l'accouplement d'Adam et Eve, tandis que les Yézidis sont les descendants d'Adam seul. Selon la légende, l'ange-paon Tawsi Melek (qui est un mélange de Jésus et de Lucifer) a transmis ses connaissances au fils d'Adam Shehid bin Jer qui est devenu le fondement de la religion Yazidi de sa progéniture.
Les Yézidis croient que le jardin biblique de l' Eden était un âge d' or de la sagesse et de la prospérité. Selon eux, le déclin moral a commencé il y a 6000 ans quand le dieu Yazidi a envoyé un déluge pour nettoyer la terre. Ce point est presque identique à l'inondation de l' histoire de Noé dans la Bible. Après le déluge, les Yazidis ont été dispersés en Inde, en Afghanistan et en Afrique du Nord. Il y a 4000 ans, selon la légende, les Yazidis ont commencé à revenir dans le Nord de l' Irak. Dans le XI ème siècle, la culture Yazidi a été réformée par un sage soufi nommé Cheikh Adi. Le cheik Adi a également mis en forme le système moderne des castes yézidies.
Ce système est strictement héréditaire (à la différence des Hindous) et certains disent qu'il a été emprunté à l'Inde. Il existe trois principales castes des Yézidis. Les Cheiks sont la plus haute caste, c'est un mot arabe qui signifie «chef ». Les cheiks sont en outre divisés en sous-castes: Faqirs, Qewels et Kochecks (on mentionne aussi les noms de Samsani, Adani et Qatani défenseurs de la foi). Les Faqirs ou Fakirs (un mot pour soufi) sont les plus élevés des cheiks, ce sont prêtres qui sont souvent pris en charge par les autres castes à travers un système de dîme. Les Qewels sont des bardes ou chanteurs qui assistent à des cérémonies. Kochecks (au féminin Fagras) sont les voyants et médiums qui servent dans les lieux saints de Lalish (dans la province de Dohuk, tout au nord de l'Irak), ils peuvent venir de toute caste. La deuxième plus haute caste sont les Pir, un groupe héréditaire qui prétend descendre d'un saint homme nommé Peer Alae. Les Pir sont soupçonnés d'avoir des pouvoirs mystiques. Les Pir sont présents à toutes les cérémonies de mariage, d'enterrement et de naissance et aident les Sheik. Ils sont également des conseillers. Chaque Yazidi de chaque caste est tenu de prendre un Pir et un Sheik comme guide pour la vie. Enfin, il y a la caste Murid héréditaire qui sont les «roturiers» qui sont les «roturiers» ou les "disciples" .
Les Yézidis ont également deux positions officielles fondées sur la caste et l'hérédité. Le «Mir» est le prince des Yézidis. Il est le chef temporel et religieux du peuple Yazidi et parle en leur nom au niveau national et international. C'est aussi le chef de l'Etat théocratique Yazidi, il occupe une position héréditaire et les membres sont issus de familles Sheikh spécifiques appelées «familles Col». Après le Mir vient le Baba Cheikh, appelé le «pape» de Yazdinism. Baba signifie «père» et le Baba Cheikh est le chef spirituel de la communauté Yazidi, mais ce Cheikh est subordonné au Mir dans tous les domaines temporel et spirituel.
Les fêtes des Yézidis.
La nouvelle année Yazidi ressemble à Pâques. Elle est célébrée le mercredi et commémore le moment où Tawsi Melek est descendu sur terre pour apaiser un tremblement de terre et de répandre ses couleurs de paon. Ce jour-là, les Yézidis peignent des oeufs (tout comme certains chrétiens orthodoxes le jour de Pâques). Il y a aussi un banquet tenu dans les cimetières pour honorer les morts. La Parade des Sanjaks est marquée par la procession du paon sacré à travers les villages (il est normalement logé dans la résidence du Mir). Le paon est dit avoir été amené de l' Inde par la diaspora yézidie. Le jeûne du Sacrifice est de 40 jours de jeûne. Il est observé par les hommes saints de Lalish à la mi-Février. Il commémore le jour où l'Abraham biblique a tenté de sacrifier son fils Ismaël (c'est le nom musulman qui est retenu). La fête des sept jours fête a lieu au début Octobre et est un moment où Yazidi faire un pèlerinage à leur saint sanctuaire de Lalish. Durant cette fête un boeuf est chassé et lorsqu'il a été capturé, il est abattu et cuit. La viande est distribuée parmi les participants au sacrifice, ce que certains rapprochent de la fête juive de Korban. Le jeûne de trois jours du lever au coucher du soleil de Décembre ressemble à la fête islamique du Ramadan. Les Yézidis doivent prier 5 fois par jour (comme pour les musulmans). Les Yézidis ne doivent pas effectuer leurs prières en présence d'étrangers. Le samedi est considéré comme un jour de repos (comme le sabbat juif).
Les Yézidis croient en la réincarnation comme les hindous, mais ils ne sont pas incinérés comme eux. Ils disent qu'à leur mort, leur âme rencontre dans l'au-delà le soufi Sheik Adi qui les interroge sur leurs pratiques sexuelles passées. Les rapports sexuels avec des non-yézidis ou des personnes d'autres castes pourrait interdire à un Yézidi d'entrer dans le paradis. Certains Yazidi croient en enfer, d'autres croient que les flammes de l'enfer ont été éteintes par les larmes de Tawsi Melek. Les Yézidis croient qu'ils se réincarnent jusqu'à ce qu'ils atteignent un niveau de pureté qui leur permet de monter au ciel pour l'éternité. Les Yézidis impurs sont punis en se réincarnant dans le corps d'un non-Yazidi, ce qui est la pire punition possible.
Jésus joue un rôle important dans cette religion.
Ils considèrent les chrétiens comme leurs amis les plus proches. Les Yézidis ont hébergé chrétiens pendant le génocide arménien et des chrétiens ont aidé des Yézidis à fuir vers l' Europe et l' Amérique sous la dictature de Saddam Hussein en Irag. Jésus est reconnu comme un grand prophète de Tawsi Melek et son nom est invoqué dans les prières des Yazidis. Ils prétend que le charpentier yézidi nommé Yosef Nagar (comme Joseph dans l'Evangile) habitait à Jérusalem lorsque Jésus était un jeune garçon et a enseigné au futur «prophète» les pratiques et l' art de la guérison par les herbes. Les livres saints des Yézidis affirment que Tawsi Melek était un guide et qu'il aidait Jésus. Le dieu Yazidi est dit avoir envoyé Tawsi Melek pour déplacer la pierre qui bloquait la tombe de Jésus et qu'il était un ange protecteur qui est resté à proximité. Le réformateur Sheike Adi est réputé avoir été un sectateur de Jésus. Son maître sufi al-Hasan al-Barsi avait proclamé qu'il n'y a pas de messie "madhi" mais que Jésus était ce madhi.
Il existe aujourd'hui des tentatives d' "inculturation", c'est à dire d'introduction du catholicisme dans le yézidisme. Selon le site hindou Hindugeopolitics, le chrétien templier basé en Arizona Mark Pinkham (Mark "Amaru" Pinkham) essaie de fusionner catholicisme, yézidisme et hindouisme, dans le concept de hidzianité à travers le dieu de la guerre hindou au paon Murugan, Melek Taus et Jésus. Il dirige un Ordre International des Templiers Gnostiques (International Order of Gnostic Templars ™ - IOGT) et son dernier livre “Guardians of the Holy Grail: The Knights Templar, John the Baptist and the Water of Life" tente de placer le Jardin d'Eden et la lignée des prophètes du «Saint Graal» tels que Jésus et Jean-Baptiste dans le prolongement de l'hindouisme du Sri Lanka. Ce gnosticisme est aussi très tourné vers la déesse mère comme le Da Vinci Code. La revue en ligne Covertwires en septembre 2014, juste après le génocide de Sinjar, a interviewé ce gourou de secte sur son livre de 2002 The Truth Behind the Christ Myth: The Redemption of the Peacock Angel. En 2007 sur Vancouver Coop radio il expliquait que les yézidis auraient fondé leur religion en Inde il y a 6 000 ans...Ce personnage est présenté comme le gourou d'une secte sexuelle crowleysienne dans le livre "Confession of an Illuminati" de Leo Lyon Zagami en 2015.
Mark Amaru Pinkham dirige aussi le site YazidiTruth.org . Déjà en 2007 il faisait campagne contre le "génocide" des yézidis en soutenant le témoignage du fakir Kawwal Khoudeida Hasan qui dirigeait une communauté d'une cinquantaine de familles yézidies dans le Nebraska.
"Constance de Rabastens, mystique de Dieu ou de Gaston Fébus ?"

Il y a près d'un an je vous ai parlé de la visionnaire Jacqueline-Aimée Brohon (1731-1178) voir le billet ici que j'ai transformé ensuite en article pour la revue "Connaissance de l’Eure" n° 178 (4e trimestre 2015). Changeons de siècle, et intéressons nous à une autre visionnaire fascinante : Constance de Rabastens, et à son approche du chevalier Gaston Phébus (1331-1391). Je me suis demandé si cette visionnaire pouvait nous aider à saisir la signification occulte, ésotérique, de cette époque-là (et l'on a vu avec mon précédent billet sur le général Butt Naked combien cette dimension de l'histoire était incontournable, aujourd'hui comme au Moyen-Age).
Comme l'indique l'historienne Régine Pernoud dans sa préface au livre de référence à son sujet est paru en 1984 aux éditions Privat (Toulouse), Constance de Rabastens (née en 1340 ?) fut la visionnaire par excellence sur Gaston Phébus, comme un siècle plus tôt Sainte Douceline de Digne (1214-1274) le fut sur Charles d'Anjou (frère de Saint Louis et roi de Naples, le père du découvreur des reliques de Ste Baume). L'historienne les qualifie de "mystères" et les compare toutes deux à la voyante Sainte Hildegarde de Bingen (déclarée docteur de l'Eglise par Benoît XVI en 2012) dont le Livre des œuvres divines ne fut traduit en français par Bernard Gorceix que deux ans avant la publication du livre sur Constance de Rabastens (on notera d'ailleurs que Régine Pernoud se demande si Constance ne mérite pas le titre de sainte, un débat qui valut aussi pour d'autres visionnaires comme l'espagnole Marie d'Agreda au XVIIe siècle et l'allemande Anne-Catherine Emmerich au XIXe et qui, en effet, mérite de rester ouvert).
Avant Hiver-Bérenguer, Constance de Rabastens n'était pas inconnue de l'historiographie. Noël Valois (185-1915), dans La France et le grand schisme d'Occident. 1896 T. 2 écrit (p. 327) "Le puissant Gaston Phoebus passait pour urbaniste (partisan du pape Urbain) : une voyante albigeoise, Constance de Rabastens, le désignait même comme le sauveur appelé à restaurer l'autorité du pape italien". P. 368 il développe à propos de cette Constance : "Trois ans durant (1384-1386), cette femme se figura entendre des voix célestes prononcer la condamnation du pape et des cardinaux d'Avignon ou annoncer le triomphe définitif du pape de Rome, celui qu'elle appelait « l'homme juste. » Elle crut apercevoir en enfer trois cardinaux, et parmi eux Pierre de Barrière, dit le cardinal d'Autun : c'était celui que les démons persécutaient le plus. Clément VII lui apparut tantôt sous les traits d'un lépreux qui communiquait sa lèpre aux gens de son entourage, tantôt sous ceux d'un navigateur qui s'abîmait dans les flots avec le vaisseau sur lequel il venait de s'embarquer, ou bien encore environné de fumée et de ténèbres, tandis qu'au dessus de sa tête un ange brandissait une épée nue sanguinolente. Le comte de Foix Gaston Phoebus jouait dans ces visions le rôle d'un sauveur appelé à rétablir l'autorité d'Urbain, comme aussi à prendre sur Charles VI un ascendant heureux. Par contre, il n'était pas d'anathème que la voyante ne lançât contre les Armagnacs, traîtres au roi et vendus au démon. Telles sont les prétendues révélations que Constance ne se lassait pas de communiquer à son fils, religieux du couvent de la Daurade, à son confesseur, voire même à l'inquisiteur de Toulouse. Sans se faire illusion sur les suites probables de sa témérité, elle allait bravement au-devant de l'épreuve, se croyant appelée à restaurer la foi. Longtemps elle paraît avoir vécu en paix, jouissant même dans la contrée d'une certaine considération. Mais un mot d'un témoin de ses hallucinations nous renseigne sur son sort : certains détails, dit-il, furent donnés par son fils, quant ella fo encarcerada. Rien ne permet, d'ailleurs, d'évaluer la durée de l'emprisonnement qui, s'il ne termina pas, interrompit du moins la mission de la voyante urbaniste de Rabastens". Valois dit tenir cela d'Amédée Pagès (1865-1952) qui, lorsque le premier écrit son livre sur le schisme, s'apprête dit-il en note de bas de page à publier "un curieux mémoire en langue catalane" à son sujet. Pagès le lui a fait lire (il s'agit du texte publié dans les Annales du Midi 8, 1896, p. 241-27 sur lequel Hiver-Bérenguier allait travailler). Le moins que l'on puisse dire à la lecture de ces lignes est que Valois n'a pas une très haute opinion de la visionnaire (ce qui explique peut-être qu'Hiver-Bérenguier n'y fît pas référence en 1984).
L'histoire du livre d'Hiver-Bérenguier de 1984 mérite un petit développement à titre préalable, car, comme c'est souvent le cas des grandes découvertes, Constance de Rabastens n'a été redécouverte que du fait du "hasard" (qui n'existe pas), et non dans le cadre de programmes de recherches universitaires bien établis. Dans son édition du 6 janvier 1980 (deux ans après la diffusion de la série à succès "Gaston Fébus ou le Lion des Pyrénées" sur Antenne 2), le journal Le Monde publie une longue étude de l'historien de l'université de Rouen André Vauchez intitulée "Les sœurs de Jeanne", résumé de sa conférence d'octobre 1979 au colloque d'histoire médiévale d'Orléans (c'était du temps où Le Monde, d'un plus haut niveau qu'aujourd'hui, diffusait des résumés de conférences universitaires), qui cite des visionnaires : Jeanne-Marie de Maillé, Marie Robine (Marie de Gascogne) et Constance de Rabastens du Tarn. Jean-Pierre Hiver-Bérenguier, docteur en chirurgie dentaire (mais oui !), enseignant à l'université Paris VII mais originaire de ce village se rend compte qu'il n'a jamais entendu parler de cette mystique et écrit au professeur Vauchez pour lui proposer de défricher le sujet. Vauchez lui transmet sa source : les Annales du Midi de la fin du XIXe sècle où se trouvait le transcrit en catalan des Révélations de Constance de Rabastens. Pendant deux ans, avec le soutien de Vauchez, de Régine Pernoud, de Dom Grammont, père de l'abbaye Notre-Dame du Bec Hellouin, et du médiéviste Philippe Wolff, Jean-Pierre Hiver-Bérenguier avale "plus d'une centaine de livres" et pond en deux ans ce livre que la préfacière couvre d'éloges. Voilà une histoire peu commune pour un livre, mais celle de la visionnaire l'est encore moins.
Le dimanche 29 juin 1386, fête de la Saint-Paul, en l'église Notre Dame à la messe de l'aurore dans la chapelle Saint Jean, la très pieuse dame Constance, 45 ans, s'est remise à prophétiser, ce qu'elle fait déjà depuis cinq ans. Au début il y avait les visions la nuit, puis à n'importe quel moment de la journée et surtout quand elle prie aux offices de l'église ou du couvent des Cordeliers. Elle prophétisait sur les papes d'Avignon et de Rome, sur les malheurs du jeune roi de France en guerre contre les Anglais. Elle annonce la fin du monde, la victoire des Sarrasins disciples de l'Antéchrist, mais aussi une victoire de Gaston Phébus, comte de Foix et vicomte de Béarn, qui ramènera la paix. Au moment de la lecture de la deuxième Epître à Timothée "fais œuvre de prédicateur..." Constance entre en transe, les yeux fixés sur le Christ en Majesté sur la voûte, le corps raide insensible et répète "Des signes, oui, des signes..." et puis : "Le soleil... la lune... les étoiles sur toutes les terres !" (p. 17).
Le soir même son confesseur Raimond de Sabanac consigna ce qu'elle dit avoir vu, au paragraphe 55 des Révélations (sur 63). Tout le livre des Révélations est ainsi composé. En l'occurrence, lors de cette extase elle entendra Jésus lui dire que le vrai pape de Rome est le soleil, la lune les cardinaux qui ne veulent pas recevoir sa lumière du soleil, les étoiles les théologiens qui se taisent, les princes sont la Terre, Constance est sa flêche, le soleil s'imposera. Hiver-Bérenguier en s'appuyant sur un livre de Salembier de 1902 sur le grand schisme rapprochera (p. 95) cette vision de celle de Pierre d'Ailly, disciple de Joachim de Flore, qui, en s'aidant de l'astrologie, prédit dès 1414 la Révolution de 1789. D'Ailly en 1385 aurait annoncé l'Anté-Christ en ces termes : "Il y aura des signes dans le ciel, dans le soleil, la lune et les étoiles. Le soleil, ce sont les prélats ; la lune, ce sont les princes : le rayon de leur justice s'obscurcit ; les étoiles ce sont leurs membres inférieurs : la grâce disparaît en eux tous." (Sermo III, De advetu domini).
Clémence a des visions importantes sur les partisans de Clément VII pape d'Avignon et leur mort. Le 6 novembre 1384, alors qu'elle pense à la cruelle reine Jeanne Ière de Sicile assassinée en 1382, la Voix lui dit que "la mesure avec laquelle la reine avait mesuré a servi de mesure pour elle-même". La visionnaire annonça même en 1384 à un seigneur venu la consulter la mort de Louis d'Anjou, roi de Naples qui, après qu'il eut manqué le trône de France, avait mené une expédition militaire contre Rome à la demande de Clément VII : "Tu diras que mort est celui qui portait le signe de la Bête, c'est à dire le duc d'Anjou." Elle lui révèlera aussi en mars 1384 la trahison du comte d'Armagnac à l'égard du roi de France Charles VI, qui n'allait être connue que deux mois plus tard. La Voix lui parle aussi de Ninive alors qu'elle n'en a jamais entendu parler.
En 1384 ou 1385, la Voix qui lui a parlé des Flandres lui dit 20 fois que dans 7 ans le royaume de France "viendra à grand bouleversement, c'est-à-dire abattement" du fait du soutien aux papes d'Avignon et en effet en 1392 le roi sombra dans la folie.
Ses prédictions d'Apocalypse rejoignent celles de St Vincent Ferrier peu de temps après, l'image des ailes qui la libèreront sera aussi donnée à Jeanne d'Arc et se trouve dans l'Apocalypse ch 22 (la Vierge s'envole au désert pour échapper au Dragon).
Gaston Fébus est un personnage central des visions de dame Constance. Né sous le signe du taureau en 1331 (signe de la terre, il a le taureau et la vache sur son blason), il a un côté paysan têtu ombrageux mais aussi vénus en dominante, un côté artiste, séducteur. Il est entouré d'une légende à cause de ses victoires militaires, de sa richesse, et on lui prête un don de devin pour connaître ce qu'il se passe sur ses terres. Il a tué son fils en 1382.
Selon le notaire Michel du Bernis, archiviste de Fébus (dont la version selon Cabié en 1879 serai la plus fiable), le dimanche avant la Madeleine de 1381, à Rabastens Fébus livra bataille à des hommes de son rival duc de Berry, comte d'Armagnac qui venaient de piller le Lauragais et en emprisonna certains, massacra les autres. Cette victoire chevaleresque marque les Rabastinois qui en ont été témoins sous leurs remparts.
On ne sait rien de Constance, sauf qu'elle est veuve, qu'elle a une fille et un fils moine. Elle assistait à tous les offices, un baron bordelais et un seigneur clerc l'ont consultée. Elle a été jugée par l'Inquisition sur un faux témoignage et innocentée.
Son confesseur et secrétaire (comme pour Hildegarde) dont Hiver-Bérenguier dit qu'il pourrait être un homme de Fébus a introduit le livre par une mise en garde contre les visions, comme Gerson 30 ans plus tard. Il les a notées dans le désordre. Il les a écrites de 1384 à 1386, et à propos d'une vision du 4 octobre 1384 dit que Constance en avait depuis plus de deux ans.
Vers 1881 donc (peut-être après la bataille de Rabastens, mais Cabié lui situera l'événement fondateur des visions en 1374, cf Madeleine Jeay) elle voit une montagne de cadavres et une voix lui dit qu'il y aura des cadavres mais que ce qu'elle entendra sera a vérité. Elle pense que cela vient de Jésus. A la mort de son mari peu après, la voix lui annonce qu'elle quittera le monde comme une moniale. Elle se rendra souvent au couvent des cordeliers. Jésus lui apparut une fois comme un homme habillé de satin, une autre comme un seigneur sur son trône, puis nu couvert d'un manteau blanc portant une grande croix à la main et en colère, une autre dans sa vision Jésus dans l'église se détache de sa croix puis, après qu'elle lui ait baisé les mains, frappe des gens avec un bâton et demande qu'on le remette en croix (p. 87). Elle vit aussi la Trinité. Beaucoup de ses visions sont aussi des paraboles : arbre vert, cygnes, brebis remparts, navires qui sont des métaphores de villes, de la papauté etc.
A propos de Fébus, le mardi 9 mais 1384, la Voix lui dit "Alors se dressera la Grue à la tête vermeille, c'est à dire le comte de Foix, qui redressera l'Homme juste, c'est-à-dire le pape de Rome et le replacera sur son Siège. Et de la même façon que vint Vespasien pour détruire Pilate, viendra le comte de Foix pour détruire Armagnac. Alors il dominera le royaume tellement, et il y aura telle grande union entre le Roi de France et le comte de Foix, que le Roi en de nombreuses choses obéira au comte. Et après, le comte prendra le commandement du Saint Passage !" (§26).
Un petit cousin de Fébus en 1445, Gaston IV, nomma son cheval de parade la Grue. Fébus dans un de ses poèmes se décrit comme "prince illustre à la tête couronnée de flammes". Pline parle de la grue symbole de vigilance qui dans l'eau tient dans sa patte une pierre pour qu'elle l'entende tomber si elle s'assoupit. La mère de Constance le lui avait enseigné. Hiver-Bérenguier renvoie aussi au conte persan de Faride Ouddin Attar, sur le voyage initiatique des oiseaux. "La Vache sera à l'ombre de la Fleur". Vache du Béarn, Fleur de Lys de France, le Saint Passage c'est la Croisade. Catherine de Sienne, elle, tenta de pousser un condottiere à la Croisade.
Le thème du dernier monarque avant la fin des temps qui sauvera la France remonte à St Césaire, évêque d'Arles au VIe siècle (révélées en 1524 par Jean de Vatiguero). Merlin le Gallois annonça le schisme, le rôle d'une jeune Lorraine et du grand monarque, ce que révéla Jeoffroy de Monmouth en 1152. Nostradamus le développa aussi. Eric Muraire dans son Histoire et Légende du Grand Monarque (Albin Michel, 1975) le retrouve chez 76 voyants (dont 30 femmes) dont 44 français, jusqu'à Garabandal.
Constance se plaignit que cette prophétie lui incombât (elle fut souvent passive à l'égard des messages qu'elle recevait, n'était pas une mystique souffrante ou stigmatisée comme le furent tat d'autres), mais la Voix (§ 53) lui rappela le rôle de la femme dans la révélation des derniers sceaux de l'Apocalypse. Hiver-Bérenguier note que Fabre d'Olivet dans Histoire Philosophique du genre humain insiste sur le rôle prophétique des femmes du fait de leur sensibilité nerveuse depuis la Protohistoire. Naturellement le fait que beaucoup ne se soient pas réalisées (notamment celle sur l'Apocalypse prochaine) ne compte guère, les prophéties étant le plus souvent conditionnelles.
Pour avoir une approche un peu plus complète de ce que les visions de Constance de Rabastens peuvent nous dire de leur époque, il faudrait peut-être les comparer à celles de sa contemporaine Marie Robine (Marie de Gascogne) qui, elle, défendait Clément VII d'Avignon. Pour savoir si les visions de cette Constance venaient de Dieu ou du diable, il faudrait une analyse aussi limpide que celle d'Augustin Viatte à propos de celles de Jacqueline-Aimée Brohon (qu'il reliait intelligemment aux hérésies de Rousseau et du romantisme)
Hiver-Bérenguier détaille la mystique de Constance de Rabastens, note par exemple l'absence des Saints, notamment de Marie, et le peu d'importance qu'elle accorde au péché (elle estime, comme Fébus dans ses Oraisons, que Dieu ne peut pas condamner sa propre créature). Le dernier point a des relents d'hérésie qui donne une couleur un peu démoniaque aux visions (de même aussi son utilisation de Ninive oubliant que dans Jonas Dieu a pardonné à cette ville d'Assyrie) quoique l'Inquisition ait innocenté la mystique (mais certains sousentendent qu'elle ait pu agir sous la pression de Fébus). Un théologien serait mieux à même que nous d'en juger ...
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Voir aussi
R. CABIÉ, Une mystique? Réflexions sur Constance de Rabastens, in Cahiers de Fanjeaux, 23 (1988), pp. Cahiers de Fanjeaux, 23 (1988),37-55;
R. Cabié, Révélations de Constance de Rabastens. Édition, traduction et commentaire, Barcelone, facultat de theologia de Catalunya-Institut catholique de Toulouse, 1995, p. 40.
H. CHARPENTIER, La fin des temps dans le Livre des Oraisons de Gaston Fébus et les Révélations de Constance de Rabastens, in Fin des temps et temps de la fin dans l’univers médiéval, in Cahiers de Senefiance, 33 (1993), pp. 147-62
Renate Blumenfeld-Kosinski, « Constance de Rabastens: politics and visionary experience in the time of the Great Schism », Mystics Quarterly, 25, 1999, p. 147-168.
M. Jeay, « Marie Robine et Constance de Rabastens : humbles femmes du peuple, guides de princes et de papes», Le petit peuple dans l’Occident médiéval, éd. P. Boglioni et C.Gauvard, Paris, Presses de l’Université de la Sorbonne, 2002, p. 579-594.
Madeleine Jeay, La transmission du savoir théologique, Le cas des femmes mystiques illettrées, CRMH p. 223-241
Celle-ci travaille surtout sur la comparaison entre les visions de Constance et le discours ou les images théologiques dans lesquelles elle baignait, ses interactions avec son entourage, une approche en vogue dans les sciences humaines actuelles mais qui ne m'intéresse guère, exemple :
"Le troisième canal par lequel les fidèles ont eu accès à ce savoir, comme nous l’a indiqué l’exemple de Constance de Rabastens, est celui de l’image, en conjonction avec les pratiques dévotionnelles et liturgiques, par l’intermédiaire du livre et de la lecture ou bien des programmes iconographiques des églises. Ses révélations illustrent clairement le lien étroit entre le contenu de ses visions et celui des chapitres du Livre des Révélations dont on lui fait la lecture. On sait la part qu’occupe l’illustration dans les apocalypses pour accompagner le texte, notamment celles en français, ce qui en faisait de remarquables outils pédagogiques.
Parallèlement aux scènes de l’Apocalypse, Constance a été marquée par les peintures qui recouvraient l’église Notre-Dame du Bourg, en particulier par celle qui figurait dans la chapelle Saint-Martin. L’apparition qu’elle reçoit aux environs de 1374, d’un arbre chargé de fruits surmonté d’un nuage où siègent vingt-quatre vieillards, combine les chapitres 2 et 22 de l’Apocalypse avec la peinture de l’Arbre de Vie de la chapelle. Le lignum vitae et l’image de l’arbre évoquent saint Bonaventure et l’ouvrage par lequel il a diffusé sa doctrine théologique, où elle lui sert d’outil pédagogique pour favoriser la compréhension et la mémorisation."
Une histoire secrète des Goths ?

Je ne prétends pas pouvoir dire quoi que ce soit de pertinent sur les Goths. Et je ne suis pas sûr que les universitaires puissent en dire grand chose non plus. Quand j'ai interrogé un spécialiste du sujet membre du CNRS, sur la question de savoir si les Goths peuvent être apparentés aux Gètes, comme beaucoup de sources médiévales l'ont suggéré, il m'a sèchement répondu il y a quatre mois "les Gètes sont les Thraces et donc ne sont pas les parents des Goths". Sauf que ça n'explique pas du tout pourquoi tant d'auteurs les rapprochent. Et puis il y a l'éternel problème : comment peut-on être catégorique sur une période où les sources documentaires font tant défaut.
Second point, je voudrais préciser que je suis méfiant à l'égard des travaux du journaliste belge Gérard de Sède, connu notamment pour ses enquêtes sur le mystère de Rennes-le-Château.
Ceci étant posé, ce n'est pas parce qu'on ne sait rien, et qu'on se méfie aussi bien de certaines sources universitaires que de certains journalistes qu'il faut s'interdire d'essayer d'avancer sur certains sujets.
Attaquons nous donc aux Goths. On sait qu'ils ont mauvaise presse dans l'univers catholique, parce qu'ils véhiculaient une hérésie religieuse, l'arianisme, qui était particulièrement brutale dans ses effets (on sait par exemple quelle violence Sébastien l'Arien, surnommé par Athanase "Sébastien le Manichéen" imposa en Egypte. Les catholiques du XIXe siècle comme Antoine-Frédéric Ozanam imputait cette violence à leur déisme (puisqu'en bon ariens ils déniaient à Jésus la nature divine, et donc refusaient d'admettre qu'un Dieu d'amour se soit incarné et soit mort sur la croix, Jésus n'est pour eux qu'une sorte de "maître ascensionné" comme dans la théosophie). Il faut rappeler cela aujourd'hui où le catholicisme a assoupli sa catéchèse et où la culture classique sur les religions s'est érodée.
Les Goths n'ont-ils fait que véhiculer l'arianisme ? Partons de cette question, et abordons là d'abord à travers De Sède, quelle que soit la méfiance qu'il nous inspire. Nous pourrons toujours corriger le tire ultérieurement.
De Sède dans "Le Mystère gothique" (Robert Lafont, 1976) nous explique d'abord qu'on ne sait pas bien d'où viennent les Goths. Jordandès, notaire goth qui se fit moine et finit évêque de Ravenne sous le règne de son compatriote Totila, dans son livre "De origine actibusque getorum" écrit vers 555 en complément d'un livre aujourd'hui disparu de Cassiodore, conseiller de Théodoric le Grand nous aurait enseigné que les Goths venaient de Scandinavie, mais, nous dit De Sève, on l'aurait mal interprété. Rien ne prouve que "l'île Scanzia" dont parle Jordandès serait cette péninsule, pas même la toponymie qui y évoque les Goths (car elle les évoque ailleurs aussi), ni les tombes muettes semblables à tant autres ailleurs que des gens comme Eric Oxternstiern ont commentées en 1948.
En relisant le passage de Jordanès, nous dit De Sède, on voit bien que Scanzia est l'endroit où ils arrivent et non d'où ils partent, et ils la nomme Gothiscanzia. Jordandès parle du goth Dicineus, philosophe harpiste, qui vivait du temps où Sylla dominait Rome. C'est lui qui aurait enseigné aux Goths les noms des étoiles, le zodiaque, l'évolution de la lune. De Sède en profite pour signale qu'Ostrogoths et Wisigoths pourraient signifier Goths brillants et Goths sages.
Puis, en partant de la Jewish encyclopedy tome VII, il note que pour les Pères de l'Eglise dans la Bible Gog (le roi de Magog) ce sont les Goths. Et, puisque Cassiodore et Jordanès nomment les Goths "Gètes", il remonte aux Massagètes des bords de la Caspienne cités par Hérodote, voit dans leur nom via le sanskrit le mot "mère des Gètes" et l'origine du mot Mesech, sur les bords de la Mer Noire où, selon Ezechiel, était le royaume de Gog,tandis que Tubal, où régnait aussi Gog, en Asie mineure, peut être le royaume des Amazones auxquelles les Gètes s'unirent selon Strabon et Jordandès pour conquérir la région du Danube.
Tout cela est un peu tiré par les cheveux vu qu'Hérodote et Strabon n'ont pas une rigueur scientifique, ni Ezechiel, mais c'est un élément versé au débat.
De la religion initiale des Goths on ne connait que les Eddas ("grands mères") dont il existe deux versions tardives : un Edda poétique islandais recueilli au 11e siècle et un prosaïque, Edda de Snorri, du 13e siècle.
Les Eddas nous parlent de dieux réunis en deux clans : Ases et Vanes. Ils finirent par se réconcilier après la guerre. L'Ase suprême, Wotan (Odin) possède les runes (écritures magiques). De Wotan se détache Thor, l'Ase au marteau, dieu du tonnerre, et Freyr, l'Ase de la fécondité au sanglier d'or. Godh signifie dieu, qui peut s'écrire Goth. Les Goths se nomment aussi Gutan, c'est-à-dire Wotan, avait noté Pierre Borel au 18e siècle. Et les Jettes (les géants de la mythologie), cela peut s'écrire Gète. Dumézil a remarqué l'analogie entre Eddas et Mahabharata, notamment sur la mort de Baldur fils de Wotan, ce qui pourrait indiquer une origine dans le Pamir.
En 251 les Goths conquièrent la ville de Philippopoli en Macédoine. Au IVe siècle Hermanaric, surnommé par les Romains l'Alexandre des Goths quitte les rives du Dniepr et fonde un empire de la Baltique à la mer noire. Il meurt à 40 ans en 375 après être passé sous la vassalité des Huns. Son petit fils Theodoric, né juste après la mort d'Attila et élevé à Byzance, avec 250 000 hommes remonte le Danube, passe les Alpes, vainc le roi Hérule Odoacre et devient roi d'Italie en 493.
De Sède nous présente un Theodoric raffiné, religieusement tolérant et protecteur des arts (passant sous silence l'assassinat de Boèce) et accuse les chrétiens orthodoxes d'avoir accaparé son tombeau (devenu Ste Marie de la Rotonde) et d'avoir laissé son cadavre dans un cimetière voisin (ce serait le squelette casqué d'or retrouvé en 1854).
Dans la même veine enthousiaste il vante la prise de Rome par Alaric le wisigoth en 410, l'amour fou de son successeur Ataulf pour la sœur de l'empereur fantoche Honorius, Placidia, qu'il épouse en 414 à Narbonne, le royaume de Toulouse ville prospère quand Paris n'est qu'un bourg, la mort courageuse de Theodoric aux champs catalaunique contre Attila, le Missorium (un joyau) qu'Aetius offre à son fils Thorismond. Sur la base de Sidoine Apollinaire de Sède décrit une Toulouse grouillante de peuples variés (y compris les ambassadeurs de Perse) entre le Palais Narbonnais (actuel palais de justice) et l'église la Daurade couverte d'or (édifice décagonal à coupole ouverte sur le ciel). Tous les citoyens sont en armes quand le royaume est attaqué y compris les prêtres ariens qui troquent les chapes de fourrure contre des cuirasses. Les rois jurent fidélité aux coutumes du peuple. Pour de Sède, c'est l'ancêtre des fors.
Alaric II est vaincu en 507 à Vouillé par Clovis. Toulouse est envahie. Carcassonne fortifiée est sauvée avec son trésor par l'aide des ostrogoths de Théodoric le Grand. La Septimanie reste gothe, l'Espagne aussi. Sur l'Espagne gothe, De Sède reprend les idéalisations de Desdevies du Dézert de 1891.Il fait l'éloge de la simplicité de ses lois, de la pureté de ses moeurs quoique la femme y soit très libre. Les serfs disposent par testament de la moitié de leurs biens sept siècles avant que cela ne se fasse en France, la non hérédité des charges. Toujours partial De Sède ne dit rien de la fille de Clovis battue jusqu'au sang par son mari roi wisigoth d'Espagne. "En 589, croyant désarmer l'hostilité de l'Eglise catholique, le roi Reccared renoncera à l'arianisme, le royaume tombera peu à peu sous la tutelle des évêques à Rome, ce qui précipitera sa chute cent vingt huit ans plus tard" écrit de Sède dans sa veine anti-cléricale. Il accuse le clergé catholique espagnol d'avoir été si inculte qu'il aurait cru qu'Ildefonse avait reçu l'apparition de la Vierge. Il reproche aux catholiques d'avoir persécuté déjà à cette époque les Juifs que Titus avait installés en Espagne, ce qui les fit s'allier aux musulmans.
En 710 l'armée de Roderic (Rodrigue) renverse le roi Wititza dont les deux fils vont chercher l'aide du khalife Moussa en Afrique. En 711, à la bataille de Jerez une partie de l'armée gothe derrière le comte Julian passe aux Musulmans. C'est la fin du royaume wisigoth.
Les Goth depuis le début sont une confédération de peuples qui se déplacent en chariot et suivent les étoiles. On les surnomme amaxoluoï en grec, hommes du chariot mais aussi de la petite et de la grande ourse (amaxa, constellations du chariot). L'ours est leur emblème, bär, qui veut aussi dire "né" et donc noble. on peut dater leur religion du Ve s av JC parce qu'ils font naître les Ases sur le bord du fleuve Don. La rune pour ase désigne aussi lestuaire (donc le Don). Quand les Goths sont en Scandinavie, Thor dieu au marteau surclasse Odin. Puis c'est la conversion à l'arianisme.
Le message culturel des Goths aurait été transmis par leur orfèvrerie. A côté du Trésor royal (les recettes fiscales), le Trésor ancien (l'ancien butin) était magique et inaliénable. Il comprenait la Table d'Emeraude (Roderic de Tolède dit qu'elle était soutenue par 365 pieds d'or massif) et le Missorium, un vaisseau (vase ou plat) d'or massif enrichi de pierreries de 50 livres. Ce trésor était gardé par le Comte des Secrets (selon l'Histoire générale de l'Espagne de Menendez Pidal). Le chroniqueur marocain Aben Adhari parle de 64 serrures protégeant ce butin. Dagobert en 625 aurait poussé jusqu'à Saragosse pour le prendre à Swinthilla. Son successeur Sisenand, protégé des Francs, livre le Missorium à Dagobert, mais selon la Chronique de Frédégaire 23 des Wisigoths indignés attaquent le convoi et ramènent le Missorium à Tolède. Tariq ramena le Trésor à Damas au khalife Walid.
Un trésor gothique fut trouvé à Petroasa en Roumanie en 1837 qui allait connaître une histoire rocambolesque. Il pourrait s'agir du trésor du wisigoth païen Athanaric, poursuivi par les Huns, qui l'enfouit en 380 tandis que, selon Ammien Marcellin, le prince goth chrétien Fritigern allait se fixer au sud du Danube comme vassal de Constantinople.
A Toulouse et en Espagne il y eut au total 33 rois goths. Selon le chroniqueur arabe Al Kazarazdji 25 couronnes sont dans le trésor de Tolède en 711, une par roi avec son nom. 8 ont donc dû être cachées nous dit De Sède (p. 87). En 1859 un trésor est trouvé par des paysans à la Fuente de Guarrazar. Selon de Lasteyrie, le ministre des beaux arts de Napoléon III put mettre la main dessus rapidement pour son installation au musée de Cluny. Il s'y trouvait sept grosses couronnes, quatorze moindres, une colombe d'or, des vases etc. La plus grande couronne était du roi Receswinthe (653-672) 28ème roi qui réunit en un seul code les rois gothiques et romaines. Un recéleur en avait fait fondre une partie. Un autre avait restauré les couronnes. Un officier d'artillerie français lui racheté son butin. Mais une partie du trésor restait enfouie. S'y trouvait la couronne de Swinthilla (620-626) qu'un paysan allait redonner à la reine d'Espagne tandis que Pétain donna celle de Receswinthe à Franco en 1940.
Il y a aussi le trésor issu du sac de Rome par Alaric, dont l'Arche d'Alliance. El Maxin voit la table des pains d'oblation du temple de Salomon dans le trésor ramené à Damas en 711 mais la confond avec la Table d'Emeraude. Wallia, troisième roi wisigoth (415-419) a caché un temps le Trésor ancien à Carcassonne. Peut-être la partie héébraïque y est-elle restée. C'est l'avis d'Abadl de las Vinhyas et de Gaston Jourdanne. Les fouilles n'ont rien donné de ce côté là. De Sède pense qu'Amalric enterra le trésor sur le littoral languedocien. A Narbonne en 531 les Francs ne trouvèrent rien. Reste la forteresse de Rhedae, Rennes-le-Château...
Wotan fut pendu à l'arbre Ygdrasil qui est l'axe du monde. Il y resta pendant neuf nuits, puis le jour se leva, il regarda la terre, vit les runes. Aussitôt il fut dépendu et se mit à grandir, il acquit le don d'ubiquité, celui de prendre la forme des animaux, de paralyser de terreur l'ennemi, racontent les Eddas. C'est un récit gnostique (p. 115).
Les runes sont des caractères magiques. Il y a des runes amères et des runes secourables, victorieuses, médicinales etc. Le magicien Egin guérit une fille folles après que des rues aient été mal écrites par un paysan sur des ouïes de poisson pour la guérir. "Que personne ne prene sur soi de tracer des runes s'il ne sait pas les disposer" dit-il. Le paysan avait en fait placé des runes d'amour (Mannrune) mal écrites dans le lit de la belle. on pouvait prédire l'avenir en agitant avec art et dans le bon sens des bâtons sur lesquels étaient gravés des runes (ce serait les ancêtres des baguettes magiques). Tacite l'affirme. Ces baguettes magiques "scythales" étaient peut-être des baguettes de déchiffrement. Runa veut dire secret. C'est une écriture hiéroglyphique que les Goths auraient pu recevoir des Egyptiens via les Sémites selon de Sède.
Bryljufsen les déchiffra en 1823 et Grimm écrivit sur elles. La première lettre faihu désigne le bérail et la dernière othal la propriété foncière (et Wotan). Cet alphabet a été simplifié au IXe s. La rune Othal fut supprimée et la rune maléfique pour grêle fut remplacée par poisson d'eau douce et qui forme aussi le monogramme du Christ apparu à Constantin. Et la rune de ase devient celle de frêne. Homme est remplacé par tombe pour rappeler le caractère mortel de l'homme, arc par calice (p. 126). Le collier d'or de Petroasa porte en runique l'inscription "du temple des goths sacrés je suis".
Le chanoine de Bayeux du 12e s Robert note que Wotan c'est Mercure-Hermès. H. Léo en 1822 nota qu'il était ignoré des Alamans, des Francs, des Burgondes. Les Goths le leur ont apporté avec les runes. James W Marchand en 1959 nota que les Goths ne parlaient plus runique au Ve s. De Sève pensent que les runes ont été cachées après la christianisation, mais Moreri en 1789 et un mémoire de Perpignan de la même époque font état d'écritures hiéroglyphiques sur écorce d'arbre dans les archives de Carcassonne (brûlées en l'an II de la République).
La bible de Wulfila est lieu de l'invention d'une synthèse de runique, grec et latin, ancêtre de l'alphabet gothique. Chaque lettre de l'alphabet wulfilien a une valeur numérique comme en grec et en hébreux, mais pas forcément la même. Son ordre diffère aussi des autres alphabets. Peut être s'est il agi de garder une possibilité d'interprétation kabbalistique à travers cet alphabet. Deux signes qui ne sont pas des lettres conservent la rune de l'Ase Wotan et celle de l'Ase Tyr (dieu de la guerre).
Le nom de Wulfila, le louveteau, et ses origines d'Asie Mineure (selon Pilostorge) font penser à la Lycie et à Lycaon premier roi d'Arcadie (où se trouve la cité d'Asea). Le loup (symbole de l'hiver) cosmique Fenfir fut vaincu par les Ases qui l'enchaînèrent. Il attent le Ragnarokr ("crépuscule des dieux" dans Wagner). Pour de Sède, Wulfila assume le rôle du loup Fenfir qui engendrera un nouveau Wotan (Vidar) en tuant le premier (d'où le fait que son logos lui survive sous forme de rune), ce qui fait de l'arianisme un renouvellement de la vieille religion et non une rupture.
Certes les Goths n'ont rien à voir avec les ogives gothiques du 12e siècle, mais la sculpture romane doit tout aux barbares comme l'a montré Véronique Schiltz à propos de l'exposition "l'or des scythes" de 1975, et les symboles asiatiques de nos cathédrales furent peut-être apportés par les Goths (qui d'ailleurs n'étaient pas barbares - de Sède s'oppose explicitement à Fulcanelli et Leduc Viollet là dessus). Les fibules franques digitées trouvées dans les tombes mérovingiennes mais aussi gothiques ont suivi le parcours des Goths dans le Caucase, en Hongrie etc et ne sont pas franques mais gothiques, tout comme bien d'autres bijoux.
Le Gothique vient des Goths par l'influence méridionale transmise des église espagnoles au roman, et par les Vikings adorateurs de Wotan.Tous les évêques architectes des cathédrales ont des noms à consonnance scandinave et même des noms d'initiés odinistes (p. 157) : Runfar de Carcassonne, Aetternwald d'Evreux, Frodomond de Coutances, Chrodegand de Sées etc (entre 526 et 1133). En 1431, au concile de Bâle, évêques scandinaves et espagnols se disputent la préséance au nom de leur ascendance gothique, vantant la foi des rois goths.
St Jean dans son Apocalypse mentionne les Goths sous les noms de Gog et Magog (XX, IX) pour une régénérescence cosmique identique au Ragnarokr.
Puis De Sède poursuite son enquête sur le gothique, va retrouver des runes dans les cathédrales (y compris Chartres), va chercher les origines de la langue des oiseaux du côté des Cagots (qui seraient une tribu qui aurait suivi les Goths) ou Gavots des Pyrénées-Atlantiques (en Béarn) et des langues sifflées des bergers, dans des villages comme Aas et Assat qui évoquent les Ases. Le Wisigoth Wititza (750-821), devenu St Benoît d'Aniane, évêque dans l'Hérault, initia le pèlerinage à St Jacques de Compostelle et fusionna l'ordre de Colomban avec les bénédictins. De cette synthèse est né "l'art roman du soleil" : à l'époque carolingienne des confréries d'artisans se développèrent autour de ces monastères, ancêtres du compagnonnage. L'emblème qui résume toute la tradition compagnonnique porte le nom de "Pendule à Salomon" ou "Chemin de Compostelle". Il comprend 32 lettres inspirées des runes. Il vient des goths par l'intermédiaire des Cagots. St Savin naquit à Barcelone au VI e siècle et se fit ermite près de Poitiers. St Sava le Goth se noya en Serbie dans le fleuve la Sava qui prit son nom. Il y a une Ste Savine à Ravennes, capitale des Ostrogoths. Savin veut dire sage en occitan. Savin est une synthèse de tout cela. Le compagnonnage resta clandestin jusqu'en 1789. Il avait été condamné au concile de Lavaur en 1368 pour son ésotérisme, puis par la Sorbonne en 1655. Etonnant que l'Eglise ait fait appel à eux pour construire ses cathédrales, nous dit de Sède, mais c'est parce qu'il avait le monopole de la main d'oeuvre qualifiée. Il cite beaucoup de points communs entre les Ases et l'alphabet des compagnons de la pendule à Salomon et révèle que l'emblème maçonnique X X (équerre et compas) engendre une série d'othal X X X X qu'on trouve dans des églises de l'aire wisigothique : Le Puy, Saintes, Lorigac, en Espagne et en Suède. Les animaux dans les cathédrales gothiques aussi sont des Ases, y compris l'âne à cause du jeu de mots Asinus-Asinius (âne-ase) mais aussi parce que pour les premiers chrétiens Jésus était un dieu-âne (d'où l'âne dans la fresque de la cathédrale de Lescar). il s'agit de créer des ponts entre les astrologies des cultures païennes et le protestantisme. Les Fêtes des Fous à l'issue des messes de l'âne furent longtemps célébrées selon Rouillard, notamment à Chartres. Les réminiscences des rites ondinistes y sont évidentes nous dit de Sède.
Voilà qui donne un peu le vertige...
Lysis de Tarente et le premier pythagorisme
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L'abbé provençal Barthélémy dans Voyage du jeune Anacharsis en Grèce tome 4 (1788) rappelle le souvenir (p. 185) de Lysis de Tarente qui, rescapé de la persécution des pythagoriciens, se réfugia à Thèbes où il fut accueilli par Polymnis et fut l'éducateur d'Epaminondas, fils de Polymnis, selon Diogène Laërce. A sa mort, Epaminondas le fit enterrer dans le rituel pythagoricien à Thèbes de sorte que Théanor venu d'Italie du Sud faire rechercher son corps put se réjouir du fait que tout avait été fait dans les règles. Il évoque aussi l'anecdote d'Euryphémus de Syracuse, autre pythagoricien, qui l'avait laissé en prière au temple d'Héra et l'y retrouva le lendemain matin (cité aussi par "La vie de Pythagore" de Dacier en 1706) . Un faux intitulé Lettre de Lysis à Hippase, cité par Jamblique, qui fait l'éloge de la purification, affirme que Lysis fut dans la maison de Pythagore incendiée (Pythagore est mort vers 495, et Lysis vers 390, Epaminondas en 362).
L'auteur dit avoir écrit ce livre pendant trente ans à partir de 1757. C'est lui qui l'a fait entrer à l'Académie française.
L'Allemand Christoph Meiners dans "Histoire de l'origine des progrès et de la décadence des sciences dans la Grèce" (traduit en France en 1798) précise que selon Plutarque "Théanor croyoit à la réalité des songes, savoit distinguer les apparitions des hommes morts de celles des hommes vivans" (Meiners méprise ce pythagorisme irrationnel auquel il rattache aussi Vatinius et Figulus à l'époque de Cicéron - il trouve l'anecdote dans un essai de Plutarque qu'il ne cite pas, en fait "Sur le démon de Socrate" mais dont il reconnaît avoir mis en cause l'authenticité dans le passé - pour lui toutes ces légendes sur le pythagorisme sont contemporaines de la décadence de cette philosophie à l'époque d'Apollonios de Tyane).
Pour ma part je trouve dans la dévotion de Lysis à la terre-mère comme dans les dons de médium de Theonor quelque chose de très proche du chamanisme pythagoricien décrit par Kingsley. Par effet de contraste la lecture de Meiners (qui méprisait tout ce qui était "barbare" y compris dans le pythagorisme, et qui fut un des pères du racisme scientifique) illustre tous les dangers qu'entraine l'enfermement de la philosophie dans un rationalisme et un culte du progrès étroits. Il faut refaire revivre ces premières figures du pythagorisme dans toute leur richesse et diversité mentale, ou peut-être spirituelle, pour avoir une vision plus exacte des origines de la philosophie, et de ce monde particulier qui se déployait, en Italie du Sud, entre Elée, Syracuse, Tarente et Métaponte.




