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Articles avec #christianisme tag

"On the Path of the Immortals" de Thomas Horn et Cris Putnam

4 Août 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Notes de lecture

Je voudrais dire un mot du livre de Putnam et Horn, publié en 2015 "On the Path of the Immortal" qui rend compte de leur enquête sur les portails censés ouvrir sur d'autres dimensions de l'espace-temps par où peuvent pénétrer des entités. Ce livre, qui n'a pas porté chance à Putnam décédé deux ans plus tard d'un arrêt cardiaque assez mystérieux à 51 ans, abordait cette question délicate d'un point de vue chrétien en capitalisant sur le succès de leurs deux ouvrages de 2012, Petrus Romanus, qui aurait prophétisé la démission de Benoît XVI, et Exo-Vaticana, sur l'implication du Vatican dans l'observatoire Lucifer en Arizona, censé préparer le "baptême" des entités extra-terrestres.

L'ouvrage constitue un apport intéressant à la réflexion sur ces thèmes controversés. Les  remarques angéologiques du premier chapitre par exemple permettent de fixer quelques concepts. En hébreux, notent les auteurs, ange (malak) est une fonction : messager. Le psaume 148 qui dit Louez-le, vous tous ses anges! Louez-le, vous toutes ses armées! parle des malakim (anges) et pour les armées (tsaba). Contrairement à ce qu'indiquent Kenneth Boa et Robert Bowman dans "Sense and nonsense about angels and demons" les anges peuvent être masculins (Daniel 10:5) féminins (Zacc 5:9) et contrairement à ce qu'écrit St Thomas d'Aquin sur la base de la physique aristotélicienne, ils ne sont pas aériens (certains mangent Genese 18:1-8). Venir d'une autre dimension ne signifie pas être aérien : voir le cas du corps de Jésus ressuscité, ou l'apparition d'un objet. La Bible ne donne pas assez d'informations pour qu'on puisse poser dogmatiquement que ces êtres immortels sont purement aériens. Isaïe 6:2 décrit aussi les séraphins, qui sont des serpents à plume. Daniel 4:17 parle des veillants, ceux qui veillent (watchers). Dans Jubilee 3:15 et 1 Enoch 1-36 ils séduisent les femmes humaines. Un manuscrit de la Mer morte décrit le père de Moïse voyant un Veillant reptilien. Les chérubins gardiens des trônes sont des chimères, équivalents des sphynx, selon la description d'Ezechiel 1:6.

Le Nachash (le "brillant" selon Michael Heiser et non le serpent) est un Cerub (chérubin) qui veut s'unir à la femme dans le jardin d'Eden (comme les deux cherubim dans le Zohar Hadash., puis il est réduit à manger la poussière Dans Isaie 14:11 il est descendu au sheol, dans Ezechiel 28 il est jeté au sol.

Les auteurs rappellent que Lewis Carroll a popularisé le portail vers d'autres dimensions à travers le miroir. Il se trouve dans la bible aussi. Jacob déclare que Bethel est la porte des cieux  (Genèse 28:17) et Jésus est la porte (Jean 10 9), ce qu'a matérialisé l'architecture des cathédrales médiévales. Babylone (Bab-Ilu) en akkadien c'est la porte de Dieu. Les vedas identifient des portails cosmiques (nakshatras) dans les constellations , la Mer du diable au Japon entre Iwo Jima et l'île Marcus, la forêt d'Aokigahara au pied du mont Fuji sont aussi des portes de l'Hadès. Sedona en Arizona est connue pour ses vortex. Le pasteur Larry Gray en 1966 vit un géant ailé de deux mètres qu'il identifia comme le diable ou un immortel à Point Pleasant (Virginie occidentale - voir le livre de John A Keel sur ce thème).  Putman a enquêté au musée de Point Pleasant. Il a vu (p. 19) que le Herald Dispatch du 16 mars 1967 a rendu compte d'une vague (flap) d'Ovnis, ce qui a pris fin avec l'effondrement du Silver Bridge (46 morts) . Keel estime que chaque Etat américain aurait deux à dix portails. La San Luis Valley dans le Colorado est aussi un site d'Ovnis, d'apparition de fantômes, est mutilations de troupeaux. Putman en recense quelques autres (le ranch Skinwalker, la réserve indienne Yakima, Big Thicket, le triangle de Bridgewater, le triangle de Bennington, le Great Serpent Mound.

Satan n'a pas été chassé du Ciel et ses troupes d'immortels combattront dans Armagueddon (Joel 2:5 et Amos 7:1), affirment les auteurs qui soulignent que Walter Martin a rapproché la venue des Ovnis de la prophétie de Jésus dans Luc 21:26 : "les hommes rendant l'âme de terreur dans l'attente de ce qui surviendra pour la terre"/"things which are coming on the earth" - cette idée de survenance sur la Terre renvoie à la notion d'une cause extraterrestre. Quand Apocalypse 9:2 parle du puits sans fond qui s'ouvrira à la 5e trompette qui pourrait aussi être un vortex de passage des extraterrestres.

Les apaches de la tribu San Carlos ont fait un procès à la Nasa et au Vatican pour empêcher la construction de l'observatoire Lucifer sur le Mont Graham (Zil Nchaa Si An). Ils ont dans leur mythologie un dieu créateur, un dragon trompeur, un déluge, et des géants détruits par Dieu. Pour eux le Mont Graham est un portail céleste. Après la publication de Exo-Vaticana en 2013, Putman a été incité à enquêter davantage auprès des Apaches. L'entreprise fut compromise à plusieurs reprises pour Putnam mais Horn a pu enquêter chez les Navajos des montagnes de La Plata (p. 42) Il y vit avec son équipe les ruines d'une forteresse des Anasazis dans le parc national de Mesa Verde et interrogea un homme médecine conteur navajo ouvert au christianisme, Don Mose Jr. Velui-ci dévia de son discours habituel pour touristes. Par exemple quand au lieu de dire que les Anasazis étaient devenus les actuels Pueblo comme cela se dit d'habitude, il admit qu'ils avaient disparu après être passés sous le "mind control" d'un serpent carnivore. Il approuva aussi Horn quand il évoqua le fait que les Apaches avaient parlé de géants cannibales détruits par le déluge. p. 56 Quant à Putnam, sa rencontre (retranscrite in extenso verbatim) avec une diplômée qui se disait "juive messianique" en réalité adepte du New Age,semblait bien connaître le patron de la NASA et prétendait pouvoir inviter des Ovnis sur commande, elle vaut son pesant d'or pour connaître les milieux occultistes qui gravitent autour de Sedona.

Pour Horn et Putnam par les portails sacrés des Indiens comme par ceux qu'essaie de créer le Centre européen d'études nucléaires passeront à la fin des temps, des démons, les Fils de Dieu, mais aussi leurs enfants les Géants.

Le livre toutefois suscite des réserves même dans les milieux religieux. Ainsi théologiquement il n'est pas très correct qu'il se réfère au livre d'Hénoch, au Zohar et autres hérésies, ce qui fait un peu désordre pour des analystes qui se disent chrétien. Comme le rappelle ici le pasteur Gene Kim, les anges féminins en Zaccharie 5 sont des démons et non des anges - la confusion sur de tels sujets n'est pas très bon signe.

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Présentation de mon dernier livre sur Les Philosophes.fr

24 Juillet 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires, #Christianisme

Puisque même des profs de Sciences Po le font, j'ai proposé une présentation de mon dernier livre sur le complotisme protestant au site Les Philosophes.fr. La voici

Au cours des vingt dernières années, la liberté de discussion qu’offre Internet, sur les sites, les blogs, puis les réseaux sociaux a facilité le développement de thèses alternatives aux version officielles de l’histoire et de l’actualité. Beaucoup d’entre elles sont de nature complotiste ou conspirationnistes, c’est-à-dire qu’elles supposent que des cercles de pensée clandestins, voire des sociétés secrètes pratiquant la magie noire et l’occultisme font avancer des projets politiques dans l’ombre, et manipulent l’opinion publique, à travers les médias, pour asservir l’humanité. Toutes sortes de sujets ont nourri ce genre d’hypothèse, des guerres états-uniennes dans le monde arabe à la conquête de l’espace, en passant par les campagnes de vaccination, la libéralisation de l’avortement, etc.


La plupart des gens passés par une formation intellectuelle « classique », spécialement parmi les plus diplômés, qui sont aussi ceux qui sont généralement des lecteurs assidus de la presse « mainstream » (comme disent les anglo-saxons), ont tendance a reléguer ce genre de spéculation dans le domaine pathologique de la paranoïa, et même, depuis quelques années, à le censurer 

La suite est ici

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L. A. Marzulli et les vestiges des Nephilim

10 Juillet 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète

Génèse 6-4 : "Les géants (Nephilim) étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu (des démons ou des descendants de Seth) furent venus vers les filles des hommes, et qu'elles leur eurent donné des enfants: ce sont ces héros qui furent fameux dans l'antiquité". C'est à cause de la méchanceté que cette race hybride répandait dans le coeur de l'homme que Dieu fit s'abattre le Déluge sur le monde. Selon les chrétiens fondamentalistes, le constructeur de la tour de Babel, Nimrod, arrière petit-fils de Noé par la lignée de Cham et de Kouch portait en lui un ADN des géants d’avant le déluge, ce qui explique qu’il aurait engendré, à Babylone, une civilisation particulièrement perverse, et ce d’autant plus qu’il épousa la prostituée Semiramis qui pourrait elle-même n’être qu’un démon incarné

Des géants survécurent et restèrent en pays de Canaan au temps où Moïse envoya des espions pour explorer le pays (Nombres 13 :1-2, 32-33). Il étaient de la lignée de Canaan, fils de Cham.

Og, roi de Basan, est le dernier géant mentionné, vivant à l’est du Jourdain (Josué 12 :4 ; 13 :12). Après la conquête du pays de Canaan par Josué (Josué 11 :21-22), quelques géants continuèrent à vivre dans les villes des Philistins, à Gaza, Gath et Asdod. Ces géants terrorisaient les Israélites depuis le moment où ils entrèrent dans le pays de Canaan, jusqu’à la fin du règne du roi David. L’un de ces géants s’appelait Goliath, et il fut tué par David. Le roi David, et ses « vaillants hommes » affrontèrent aussi d’autres géants (2 Samuel 21 :16-22 ; 1 Chroniques 20 :4-8).

L'américain L. A. Marzulli a analysé les crânes de squelettes géants du Pérou et les constructions mégalithiques de Huaytara sous l'église catholique Saint Jean le baptiste qui sont un ancien temple inca. Ces pierres, conductrices d'électricité, sont agencées au millimètre près alors que les Incas étaient censés ne pas avoir la roue. Les remarque à leur sujet font penser à celles de Robert Temple ou Jacques Grimault sur les pyramides d'Egypte. 

Marzulli évoque une connexion énergétique entre les divers sites mégalithiques comme le faisait Klaus Dona interviewé en 2009 à Vienne par Bill Ryan et Kerry Cassidy du Projet Camelot.

Celui-ci mettait en relation 1) la pyramide mégalithique découverte en 1984 au Japon à 25 mètres au dessous du niveau de la mer sur l’île Yonaguni (archipel des Ryukyu) où Pr Masaaki Kimura,géologue de l’université de Ryukyu a trouvé aussi une énorme tortue et des aigles de pierre ; 2) la Pyramide à l’œil à 13 degrés de La Maná munie d'un œil phosphorescent dans la lumière noire avec sur le font de la pyramide la constellation d’Orion et quatre signes incrustés en langue inconnue traduits par le Pr Kurt Schildmann (1909-2005) et d'artéfacts qui brillent dans le noir ; 3) l'Atlantide, 4) les découvertes du Pr Pitoni .

De même LA Marzulli estime que que Stonehenge ou son équivalent à Salem aux Etats-Unis sont liés aux Nephilim car les connaissances astronomiques qu'ils manifestent ne pouvaient être intégrées dans l'architecture sans une vision  aérienne. 

Il y a cent ans, alors que l'archéologie n'en était qu'à ses balbutiements, des vestiges colossaux et des squelettes de Nephilim auraient été découverts aux Etats-Unis puis détruits par le Smithsonian Museum au titre du dogme darwinien que ces découvertes contredisaient (voir aussi en France les travaux de Laurent Glauzy allant dans le même sens). Pour L A Marzulli aujourd'hui la tentative de faire passer les vestiges péruviens ou de l'île de Pâques pour l'oeuvre d'extra-terrestres et non des Nephilim fait partie de la "grande tromperie" annoncée par l'Apocalypse. Comme Steven Bancarz, il observe qu'il y a quelques décennies invoquer le nom de Jésus-Christ suffisait à interrompre un enlèvement d'extra-terrestres, ce qui prouve qu'encore aujourd'hui le phénomène est purement démoniaque (voir dans le même sens les analyses de Jacques Vallée et d’autres scientifiques dont John Keel, J. Allen Hynek  - et le rapport de Lynn Catoe en 1969 : "Beaucoup des signalements d'OVNI qu’on trouve aujourd’hui publiés dans la presse populaire font état de soi-disant incidents qui ressemblent étonnamment aux possessions démoniaques et aux phénomènes psychiques longtemps connus des théologiens et des parapsychologues").

Toutefois, à la différence du jeune ex-new ager converti, Marzulli qui a écrit "UFO Disclosure" sur le sujet, estime que depuis quelques années, cette invocation ne fonctionne plus guère (cf son interview par Josh Peck en mars 2019), ce qu'il impute au nombre annuel très élevé d'avortements qui sont des sacrifices à Moloch et qui, selon lui, auraient constitué une sorte de dôme métallique autour de la Terre qui fait que les prières retombent au sol et n'atteignent plus Dieu.

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"Le Christ autrement" du père François Brune

1 Juillet 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Notes de lecture, #Médiums

Le père François Brune était un prêtre catholique (converti dans ses vieux jours à l'orthodoxie) connu pour s'être intéressé aux phénomènes paranormaux et manifestations surnaturelles comme le spiritisme, les décorporations, le Suaire de Turin ou les apparitions mariales. J'avais notamment apprécié en 2016 la lecture de son livre sur Notre Dame de Guadalajara. Ayant appris son décès en janvier dernier, après une conversation avec un ancien camarade de Sciences Po converti à l'orthodoxie, j'ai décidé de parcourir l'ouvrage de cet auteur publié aux éditions du Temps Présent en 2010 "Le Christ autrement, Le vrai sens de sa passion".

Tout d'abord, disons le, l'humilité n'est pas la caractéristique première de ce livre. "L'Eglise pensait avoir trouvé la raison de la mort, a priori si déconcertante du Fils de Dieu parmi nous, écrit-il dans l'introduction. Elle avait développé à ce sujet toute une théorie à laquelle elle croyait et qu'elle enseignait depuis 2 000 ans. Depuis quelque temps elle s'est rendu compte que cette théorie n'était pas défendable. Mais, du coup, elle ne sait quel sens donner à la Passion du Christ, c'est bien pourquoi elle est en pleine crise. Je voudrais dans ce livre, vous montrer que l'Eglise d'Occident s'est trompée de clef, qu'elle n'a pas découvert la vraie raison de cette mort aussi étrange, mais qu'il n'y a pas de raison pour autant de remettre en question le témoignage des apôtres". Se placer d'emblée au dessus d'une tradition de 2 000  ans qui compte en son sein des esprits aussi brillants que Saint Augustin ou Saint Thomas d'Aquin (il ira même plus loin jusqu'à qualifier St Augustin de stupide), il fallait oser le faire... peut-être l'enthousiasme juvénile (d'un septuagénaire pourtant) du nouveau converti à l'orthodoxie... Mais bon, passons ce détail peut-être  imputable à un trop grand empressement à exposer la tradition "alternative" orientale à laquelle au moment où il écrivait le livre il était sur le point de se convertir ...

Aux réflexions de St Augustin sur les bébés morts sans baptême desquelles l'Eglise dériva que ceux-ci seraient voués aux limbes, un endroit qui ne serait ni paradis ni enfer, ce qui nourrit des millions d'angoisses pour ces nourrissons, Brune oppose la sagesse de l'orthodoxe Nicolas Cabasias et des coptes pour qui l'amour de Dieu pour ces petites créatures a remplacé le rituel baptismal. Devant la question épineuse de savoir qui sera voué à l'Enfer, l'auteur expose les variations de l'Eglise sur ce thème d'un siècle à l'autre.

S'appuyant sur cette fragilité des doctrines, Brune dénonce la conception de la Passion comme sacrifice expiatoire qui a prévalu en Occident après Tertullien. St Grégoire de Nazianze, rappelle-t-il, en Orient mettait en doute le fait qu'un sacrifice ait pu satisfaire le Père et rétablir ainsi un justice (p. 32). Il critique aussi la tendance contemporaine (par exemple chez F. Lenoir) à ne faire de Jésus qu'un modèle d'amour sans interroger ce qui s'est vraiment passé sur la Croix.

Pour tenter de comprendre, justement, ce qui s'est vraiment passé là, Brune (p. 71, il faut hélas attendre le chapitre 4 pour enfin entrer dans le vif du sujet) part de la théorie des champs morphiques de Sheldrake, à laquelle j'ai été pour ma part personnellement introduit par la voyante bouddhiste Maud Kristen en 2015. 

Il y a, rappelle le prêtre, cette théorie des particules non-séparables vue par Einstein des 1927 et qui implique l'existence de champs de forces invisibles. Rupert Sheldrake a développé sa théorie des champs morphiques sur les corps qui, placés dans des fréquences vibratoires proches, peuvent entrer en résonance, ce qui permet d'expliquer pas exemple qu'à un certain moment des mésanges dans divers pays d'Europe se soient mises à percer les opercules bouteilles de lait au même moment (voir aussi ce que j'ai dit du perroquet d'Aimée Morgana en juin 2015). François Brune se démarquait de la vision de Dieu panthéiste de Sheldrake, mais trouvait que sa théorie de l'information permettait de comprendre notamment comment on peut "capter" des vies que l'on croit antérieures.

Comme il l'a fait dans diverses interviews sur You Tube, le père Brune n'hésite pas à s'appuyer sur des paroles d'entités de l'au-delà perçues par des voies voisines du spiritisme. Ainsi Pierre Monnier, jeune officier tombé pendant la Grande Guerre, qui communiqua avec sa mère (une protestante fervente) par l'écriture automatique entre 1918 et 1937 qui lui parla des ondes émises par le regard et par la pensée et qui produisent des entités spirituelles, positives ou négatives. L'entité de Roland de Jouvenel, mort en 1946 à moins de 15 ans, délivra un message semblable (p. 84). L'ange qui parla par la voix de la jeune Hanna à Gitta Malasz et à son amie juive Lili en Hongrie en 1943 leur expliqua que les victimes des guerres absorbent les forces négatives, ce que dit aussi Roland Jouvenel dans un message de 1948. Le conflit local est l'abcès par où se déverse le sang qui permettra au reste de l'humanité de conserver la paix.

Pour les besoins de la démonstration, le père Brune esquisse à ce stade un détour par les analyses des ufologues. Jean Sider (dans Ovnis, Dossier diabolique, JMG 2003), avance que des entités se nourrissent de nos émotions. L'enquêtrice Barbara Bartholic, le jésuite Salvador Freixedo abondent aussi dans ce sens. L'auteur détaille les phénomènes de guérison à distance, de torsion de cueillères, de transmission transgénérationnelle de traumas, puis s'attarde sur les découvertes sur les théories quantiques sur les hologrammes holochrones (David Bohm, Olivier Costa de Beauregard, Jack Sarfatti), et l'idée que "tous les systèmes de conscience, indépendamment de leur localisation spatio-temporelle par rapport à l'appareillage expérimental, contribuent à l'ensemble du potentiel quantique ressenti par les photons ou les électrons individuels". La notion de système de conscience pouvant s'appliquer à chaque particule.

Passons rapidement sur les chapitres 5 et 6. Le premier, sur les forces des Ténèbres, est assez intéressants pour les gens qui ignorent tout du satanisme, avec notamment des éléments sur Staline et Hitler que moi-même je ne connaissais pas. Il a le tort selon moi de ne pas aborder la question du satanisme planétaire de nos élites, mais ce point aveugle du livre s'explique peut-être par les biais spirituels du père Brune, j'y reviendrai. Le chapitre 6 sur les anges, et notamment sur les anges gardiens et les expériences qu'ont eues avec eux diverses personnes est intéressant, quoiqu'insuffisamment critique selon moi à l'égard du Nouvel Age - il fait vaguement référence aux spéculations faites sur leur compte dans cette mouvance, mais il devrait selon moi pousser le soupçon aussi loin que la chantre de l'angéologie New Age le fit, à savoir Doreen Virtue, après sa conversion chrétienne, dans ses divers actes de repentance sur Internet. Là encore la tiédeur du père Brune, qui se pique de mépriser le fondamentalisme chrétien (trop littéraliste à son goût) autant que le matérialisme athée a peut-être sa racine dans un biais spirituel... Il y a eu des messages étonnants par le biais de médiums comme par exemple celui du jeune fils décédé d'un architecte italien qui dit avoir tenté de limiter les effets d'un projet de cambriolage de ses parents en s'introduisant dans l'esprit des voleurs, ce qui suggère une action des "chers trépassés" complémentaire de celle des anges.

Pour cerner ce qui s'est joué dans la Passion du Christ en ses chapitres 7 et 8 François Brune va s'attarder sur les expériences des mystiques à qui il a été demandé par leur souffrance de participer à cette Passion. "La sainteté ne consiste pas à dire de belles choses, elle ne consiste même pas à les penser, à les sentir, elle consiste à bien vouloir souffrir" (Ste Thérèse de Lisieux). Tout en regrettant que les saints aient adopté comme les théologiens occidentaux le langage juridique de la réparation et de l'expiation, Brune veut voir dans cette souffrance un phénomène quantique qui ne vise pas à restaurer l'honneur de Dieu sali par le péché originel mais renouveler à distance les âmes des autres, celles des morts et des vivants dans l'hologramme holochrone. Le phénomène des stigmates, dont Brune affirme qu'ils sont propres à l'Eglise d'Occident et tous postérieurs à St François d'Assise, intéresse notamment par le défi qu'il pose aux lois de la pesanteur (puisque le sang coule toujours dans le même sens, quelle que soit la position membres). A partir du cas de Marie de Jésus crucifié , l'auteur estime que la souffrance oblige l'individu à se sauver par l'amour plutôt que de sombrer dans la révolte ou le désespoir. Il y a aussi celles qui sont des victimes sacrificielles comme les 16 carmélites de Compiègne en 1794, la carmélite Edith Stein, les amies de Gitta Malasz, les 8 000 catholiques de Nagasaki.

Parce qu'il habite en nous, comme on habite en lui, Jésus a connu les effets du péché, même s'il n'en a pas lui-même commis, disait la mystique Adrienne von Speyr qui avait reçu le don d'éprouver le vécu des saints. Jésus sur la croix a rendu son esprit au Père pour ne plus être qu'obéissance, au point qu'il ne ressent même plus la validation du Père. Il est à fond dans l'humanité et Dieu l'y laisse pour réaliser jusqu'au bout l'Incarnation. Beaucoup de Saints ont aussi connu cette séparation (déréliction). Le père Brune les cite. Pour lui, cette gamme de souffrances par où est passé Jésus et qu'ont vécues les mystiques est ce qui fait du christianisme la religion qui va à l'essence la plus profonde du sens de la vie en s'adressant aussi bien au coeur qu'à l'esprit, là où toutes les autres s'en tiennent à des considérations purement intellectuelles. Il y a dans le christianisme une doctrine de la souffrance purificatrice, qui fait qu'on ne peut pas rechercher la souffrance pour elle-même, mais qu'il faut accepter celle que Dieu veut nous attribuer car elle correspond à ce que nous pouvons porter, et Christ viendra nous aider à la porter.

Le père Brune finalement conclut sur cette grandeur de l'amour né de la souffrance en communion et "interpénétration par hologramme" avec la figure du Christ, en condamnant au passage le bouddhisme qui, en refusant la souffrance, inhibe aussi l'amour.

Au bout du compte, le livre de Brune m'inspire assez peu de désaccord. A mon avis il pâtit de deux insuffisances seulement : tout d'abord une trop forte volonté de s'opposer à l'Establishment catholique, qui fait qu'il  ne prend pas seulement ses distances avec Augustin ou Thomas d'Aquin (dont il ose dire p. 242 qu'il "a été assez vite oublié", comme si le doctor angelicus n'avait pas fondé la scolastique !), il s'affranchit aussi du vocabulaire biblique : p. 261 par exemple il fait comme si l'expression "colère de Dieu" était du 18e siècle ! On comprend qu'il s'agit d'un effet malheureux du trop grand attachement de l'auteur à l'Eglise de Rome dont il a été prêtre pendant des décennies. Il me semble que l'indifférence à l'égard de la structure cléricale est meilleure conseillère, l'Eglise véritable étant une réalité mystique.

La deuxième insuffisance, plus problématique, et qui, là, pour le coup, constitue à mes yeux un véritable biais, est l'absence de référence à l'eschatologie. Il semble qu'il manque un livre à la Bible du père Brune, et c'est l'Apocalypse. Du coup il n'interroge pas suffisamment la nature antéchristique de notre époque, et donc il ne situe pas l'intérêt des "signes" que nous offrent les mystiques (voire parfois les adeptes de l'écriture automatique) par rapport à ce contexte luciférien. Or, parfois, cet intérêt est des plus suspects. Le Christ avait lui-même condamné très fermement une génération "avide de signes".

Le Nouveau Testament promet beaucoup de signes et de révélations à l'approche du règne de l'Antéchrist, mais uniquement pour autant que cela servira aux Chrétiens pour le combattre. Cela ne signifie pas qu'il faut aller les rechercher avec une curiosité malsaine (et toute la fascination à laquelle cela peut conduire au détriment du logos !).

N'y a t il pas eu de la part du père Brune une trop grande gourmandise à l'égard des signes, qui l'a fait un peu trop "courir" après le paranormal - là où, à l'opposé, l'Eglise officielle dans ses excès de routine terne versait dans le péché opposé du rationalisme ? Une soif qui l'a peut-être fait manquer le côté diabolique de beaucoup de signes, y compris parfois dans le discours des plus grands mystiques ? J'observe qu'à côté des mots "Apocalypse" et "fin des temps", l'autre terme qui manque au livre du père Brune est le mot "discernement" (par exemple l'expérience des anges de Gitta Mallasz évoque plus celle de l'astrologue Christian Duval que la notion d'ange gardien, voir ci dessous : c'est en fait du pur New Age !). Et c'est un reproche qui est aussi souvent adressé à l'Eglise orthodoxe qu'il admire.

Enfin reste une ultime question : est-ce qu'adopter le vocabulaire para-scientifique cher au New Age des quanta, des hologrammes, des énergies, apporte vraiment une plus value par rapport au vocabulaire traditionnel de l'expiation, de la sanctification, de la communion ? Y a-t-il plus de clarté à employer les termes du monde ? Ceux-ci ont le double inconvénient à mes yeux de rester imprécis, flous, tout en donnant l'illusion de mettre un peu à la portée de l'intelligence humaine ce qui, de toute façon, est censé la dépasser. Au pire cela vient cautionner la possibilité de dialogue avec des courants mystiques athées comme le néo-shivaïsme d'un Deepak Chopra, qui ont en fait aussi peu de rapports avec la spiritualité chrétienne qu'en avait, comme le disait en son temps St Augustin, le manichéisme. Et donc cela rabaisse, qu'on le veuille ou non, la force de la révélation chrétienne. L'apostasie sémantique se paie toujours car elle fait glisser sur la pente de l'hérésie. Quand on dit que le monde est un hologramme holochrone où toutes les époques se concentrent et se renvoient les unes aux autres, ne nie-t-on pas la possibilité d'une fin des temps comme on le disait plus haut ? Dieu est hors du temps (tout en étant dedans) c'est entendu, ne serait-ce que parce qu'étant dans tous les points de l'espace, il vit toutes les époques en même temps. Mais pas l'humain : il ne peut pas se "hisser" à la hauteur de cet étrange " hologramme" "sub specia aeternitatis"..

Le livre de François Brune comme le reste de son oeuvre a le mérite de faire voyager dans des pans mystiques du christianisme que le Vatican a eu le grand tort d'enterrer, mais cette démarche a ses limites si elle ne garde pas un fort ancrage scripturaire biblique, et ne s'accompagne pas d'une forte vigilance à l'égard des écarts lucifériens toujours possibles.

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Philippiens 3:10 : "Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort"

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Vient de paraître "Le Complotisme protestant contemporain" de Christophe Colera

20 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires, #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

Chez l'Harmattan. Un livre qui parle de la lecture que fait l'eschatologie (l'étude de la fin des temps) protestante des Mérovingien, des Templiers, et des Illuminati.

Vous pouvez le commander à l'éditeur ici.

 

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Fénelon et les visions de Mme Guyon

5 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

J'ai fait allusion en mars dernier au quiétisme dans un billet à propos d'un prédicateur protestant provençal.  Le quiétisme est une doctrine mystique consistant en un itinéraire spirituel de « cheminement vers Dieu » caractérisée par une grande passivité spirituelle vis-à-vis de Dieu. Née en Espagne, elle fut relancée par Mme Guyon, laquelle fut condamnée par Bossuet (évêque de Meaux et aumônier à la cour de Versailles) et le pape tandis qu'il était reproché (à partir de 1695) à son ami Fénelon (évêque de Cambrai et précepteur des fils du roi) de ne pas condamner assez fermement le quiétisme. Celui de Mme Guyon avait pour particularité de défendre que tout un chacun, et non pas des natures élues, pouvait par l'oraison du coeur (par la méditation chrétienne ou par la lecture) entrer en union avec Dieu (ce qui n'est pas très éloigné des croyances du yoga, et des sagesses orientales, mais on voit bien quel potentiel luciférien cela recèle).

Comme le résumait l'écrivain Paul Janet au XIXe siècle, dans la méthode de Mme Guyon pour atteindre Dieu : "Il faut que les chrétiens apprennent cette vérité fondamentale que le royaume de Dieu est au dedans de nous. Qu'ils disent leur Pater en pensant que Dieu est au dedans d'eux. Après avoir prononcé ce mot de Père, qu'ils demeurent quelques moments en silence avec beaucoup de respect. Ils ne doivent point se surcharger d'une quantité excessive de Pater et de prières vocales. C'est là le premier degré de l'oraison; le second est l'oraison de simplicité Ou de repos. Aussitôt qu'on a senti un petit goût de la présence de Dieu, il faut en demeurer là sans passer outre; il faut souffler doucement le feu et, lorsqu'il est allumé, cesser de souffler. Il faut y porter un amour pur et sans intérêt. Il ne faut pas se tourmenter des sécheresses. On croit marquer mieux son amour en cherchant Dieu avec sa tête et à force d'actions. Non; il faut qu'avec une patience amoureuse, un regard abaissé et humilié, un silence respectueux, nous attendions le retour du bien-aimé. C'est ici que commence l'abandon ou donation de soi-même à Dieu. Il faut renoncer à toutes les inclinations particulières, quelque bonnes qu'elles paraissent pour se mettre dans l'indifférence, soit pour l'âme, soit pour le corps, soit pour les biens temporels et éternels."

C'était une version édulcorée de ce que l'espagnol Molinos, fondateur du premier quiétisme, avait prôné : l'abandon de toute réflexion, de toute oeuvre et de toute recherche du salut dans la réception passive de la volonté de Dieu, au point qu'on peut laisser son corps au démon sans que l'âme puisse en être atteinte.

Je lisais tantôt justement la réponse de Fénelon à Bossuet sur ce sujet ("Réponse de M. l'archevêque de Cambray [Fénelon] à l'écrit de M. l'évêque de Meaux, intitulé : "Relation sur le quiétisme" "). Il y explique longuement que Mme de Guyon avait toujours déployé une spiritualité irréprochable, au point que Bossuet lui-même n'avait cessé de lui administrer les sacrements après avoir obtenu sa rétractation sur certains points, et que par contre il n'avait jamais connu le fond véritable des visions de cette mystique.

"Madame Guyon, écrit-il, m'avoit dit plusieurs fois qu'elle avoit de temps en temps certaines impressIons mommentanées , qui lui paraissoient dans le moment même des communications extraordinaires de Dieu, & dont il ne lui restoit aucune trace le moment d'après , mais qui lui paraissaient alors au contraire comme des songes. Elle ajoutoit qu'elle ne savoit si c'étoit ou imagination , ou illusion , ou , vérité, qu'elle n'en faisoit aucun cas , que suivant la régie du bienheureux Jean de la Croix elle demeuroit dans la voie obscure de la pure foi , ne s'arrêtant jamais volontairement à aucune de ces choses , qu'elle croyoit que Dieu permettoit qu'on y fut trompé, dès qu'on s'y arrêtoit, & qu'elle n'en avoit jamais parlé ni écrit que pour obéir à son Directeur. La bonne opinion que j'avois de sa sincerité me fit croire qu'elle me parloit sincerement , & je crûs qu'elle pouvoit être tres fidelle à la grâce au mi.lieu même d'une illusion involontaire , à laquelle elle m'assuroit qu'elle n'adheroit point. Loin d'être curieux sur le détail de ces choses, je crûs que le meilleur pour elle étoit de les laisser tomber , sans y faire aucune attention. "

Il compare les visions de Mme Guyon à celles que Satan procura à Ste Catherine de Boulogne pendant trois ans en se déguisant en Jésus et en Marie, selon le catéchisme du P. Burin, ce à quoi ledit catéchisme prônait pour remède l'obéissance à la Sainte Eglise, qui est exactement le parti que Mme Guyon disait avoir pris.

Fénelon témoigne qu'en 1696 il lui fut reproché de n'avoir pas déclaré que Mme Guyon "était ou folle ou méchante puisqu'elle se croyait la pierre angulaire, la femme de l'Apocalypse & l'Epouse au dessus de la mère de Jésus-Christ, & qu'elle croyait former une petite Eglise", et qu'il avait alors répondu que Mme Guyon avait dû mal d'exprimer ou être mal comprise. En réalité ce genre d'extravagance figurait bien dans les manuscrits de la visionnaire, mais Fénelon n'avait pas pris la peine de les lire, et il retournait l'accusation à nouveau contre Bossuet en demandant pourquoi lui qui les avait lus avait continué à donner les sacrements à la mystique.

Selon Fénelon, c'est lui est qui est visé par la polémique et non Mme Guyon : "Une femme ignorante & sans credit par elle meme ne pouvoit faire serieusement peur à personne. Il n'y avoit qu'à la faire taire & qu'à l'obliger de se retirer dans quelque solitude éloignée où elle ne se mêlât point de diriger. Il n'y avoit qu'à supprimer ses livres , & tout étoit fini. C'étoit l'expedient que j'avois d'abord proposé ; mais on le regarda comme un tour artificieux pour sauver cette femme, & pour éviter qu'on ne découvrit le fonds de sa pretendue secte. J'étois déjà suspect & je le fus encore d'avantage : après avoir proposé cet avis. Madame Guyon n'êtoit rien toute seule. Mais c'étoit moi que M. de Meaux (Bossuet) craignoit. "

Fénelon dit s'être reporté aux ascètes anciens -  St Clément d'Alexandrie, St Grégoire de Nazianze - et plus récents comme Jan Van Ruysbroeck, Harphius, Jean Tauler, Ste Thérèse d'Avila, St Jean de la Croix, Balthazar Alvarez, St François de ales ou Madame de Chantal pour montrer qu'il y a souvent des bizarreries dans les visions des mystiques sans que cela en fasse forcément des hérétiques aux yeux de l'Eglise.

Pour Fénelon, le fond du problème est la méfiance de Bossuet à l'égard de la recherche de la béatitude en général qui, du coup, le met en porte à faux aussi avec l'enseignement de St Paul, et de beaucoup d'autres saints. Et d'ailleurs Bossuet lui-même reconnaît dans la controverse que c'est le point décisif.

Concernant la réception passive de la béatitude, Fénelon précise qu'on a exagéré sa position : "Quoi que j'eusse nommé les actes faits dans l'état passif des actes inspirés, je declarois que je n'entendois par cette inspiration que celle de la grâce gratifiante qui est plus forte dans les ames parfaites & passives que dans les imparfaites & actives."    

Il ajoute p. 36 qu'il existe un sens du livre indépendant de ce que son auteur a mis en lui (la distinction d'Umberto Eco entre intentio auctoris et intentio operis). Là distinction est d'importance, car l'enjeu est de savoir si Mme Guyon était digne d'être physiquement brûlée comme Jeanne d'Arc ou pas (la question est posée en toutes lettres) et si Bossuet ou Fénelon ont méconnu leur office de prélats en ayant une attitude trop ferme ou trop modérée sur cette question. Fénelon estime qu'il a eu raison de continuer à Mme Guyon de bons sentiments indépendamment du caractère odieux de ses textes.

Fénelon n'est pas équivoque dans sa condamnation du livre, mais il semble que Bossuet lui ait fait le reproche d'en soutenir certaines hérésies. Le débat tourne alors moins autour de ce que Mme Guyon écrivait que sur certains thèmes généraux auxquels son propos de rattache. A commencer par la question des savoir s'il faut, par moment, ne point trop rechercher la vertu pour ne pas en tirer d'orgueil en la considérant comme un bien qu'on peut acquérir indépendamment de la grâce divine. C'est une idée que Fénelon défend en se réclamant de St François de Sales et d'Alvarez. De même Fénelon croit qu'il faut aimer Dieu "de pure bienveillance... indépendamment du motif de la béatitude" (la béatitude surnaturelle que Dieu ne nous doit pas). Cela n'implique pas qu'il ait été le "Montan d'une nouvelle Priscille", car l'amour gratuit de Dieu est pour lui propre à tous les saints, et n'implique pas un renoncement au salut comme chez les quiétistes.

Ce fascicule est intéressant parce qu'il montre la monstruosité des expériences qui sous-tendent des doctrines erronées (surtout à une époque où les gens avaient facilement des visions - voyez mon billet sur Jacqueline-Aimée Brohon, et l'écho trois siècles plus tôt chez Constance de Rabastens), monstruosité qui n'interdit pas par elle-même l'accès institutionnel à la sainteté catholique comme le montre ce cas étonnant de Ste Catherine de Bologne convaincue elle-même d'avoir été trompée pendant trois ans par le diable...

L'affaire est intéressante aussi sur le rapport de l'intellectuel au visionnaire, l'impact des visions sur le débat rationnel. C'est un point important qu'on retrouve dans divers milieux spirituels. Beaucoup se demandent évidemment ce qu'il faut "faire" des visions des voyant(e)s dans le milieu New Age, dans le bouddhisme, mais aussi au sein du christianisme : dans le protestantisme que valent les vision du mage Swedenborg, ou celles aujourd'hui d'un Allan Rich ou de Sadhu Sundar Selvaraj ? Quid en milieu catholique de Soeur Catherine Emmerich ou de Marthe Robin ? Par delà la question d' "éprouver les Esprits" comme dit Saint Paul, il y a celle de la place à accorder aux charismes comme les dons de vision, ou les dons de guérison, à côté du débat d'idée proprement dit bordé par la valeur dogmatique des Saintes Ecritures. C'est une problématique qui est aussi très présente chez Gougenot des Mousseaux au XIXe siècle dont j'ai parlé sur ce blog en 2015.

La question de savoir comment appréhender les visionnaire (ou ceux qui ont des inspirations "bizarres"),, jusqu'à quel point il faut dissocier le discours qu'ils produisent de leur personnalité intime est aussi d'actualité.

Fénelon se montre dans cette affaire plus souple de caractère que Bossuet. C'est peut-être plus affaire de psychologie que de doctrine. Voltaire eut l'occasion de souligner plaisamment l'effet de contraste à ce sujet en disant que si Bossuet était "l'aigle de Meaux", Fénelon était "le cygne de Cambrai".

Mme de Maintenon, la favorite de Louis XIV,  a estimé que Dieu avait voulu humilier Fénelon qui avait trop confiance en son génie en le soumettant à l'épreuve de la controverse autour de Mme Guyon. Comme le rappelle Janet, la polémique était pourtant partie sur une base assez saine, Fénelon ayant lui-même incité Mme de Guyon à envoyer son manuscrit à Bossuet pour validation. Bossuet connaissait mal les mystiques. Des évêques avaient tenu en 1696 des conférences à Issy, pour poser les principes de l'Eglise sur les sujets controversé, Mme Guyon les avait acceptés et toute la difficulté est venue, selon Janet, de ce que les commissaires s'étaient engagés à publier, chacun de leur côté, un commentaire des articles votés. "C'est de cette promesse que sortirent les deux livres qu'a produits cette controverse : L' Introduction sur les états d'oraison, de Bossuet, et l'Explication des Maximes des Saints, de Fénelon. De là vint le mal. On voulut s'expliquer, et dès lors on ne s'entendit plus".

Le noeud du refus de Fénelon d'approuver l'ouvrage de Bossuet tient au fait qu'il trouvait que Bossuet allait trop loin dans sa proscription de la mysticité (c'est ce qu'on a vu plus haut sur la question de la béatitude).  

La retenue plaintive qu'on sent dans le texte de Fénelon n'aura pas atténué le fiel qui finit par se répandre et lui coûta finalement son siège d'archevêque (alors pourtant qu'au départ le pape lui était plus favorable qu'au très gallican Bossuet). Janet pense que Fénelon n'a jamais vraiment été intéressé par le quiétisme et que cela se sent dans le côté terne de son "Explication des Maximes des Saints" qui tranche avec la beauté de ses autres livres et avec le côté coloré des textes de Mme Guyon. Il avait eu le tort de ne pas suffisamment prévenir les égarements imaginaires de son amie mystique, mais il avait  eu raison ensuite de vouloir défendre sa thèse selon laquelle on doit aimer Dieu indépendamment de la recherche du salut (d'ailleurs le collège papal sur son compte rendit un jugement mitigé). Mais il avait abordé la question d'un point de vue trop "pur", pas assez pratique...

Comme le dit Janet, il faut avoir beaucoup de théologie pour savoir qui avait vraiment raison dans cette controverse. En tout cas le style de ce débat fait réfléchir. Il manifeste à la fois un côté très affectif parfaitement assumé - l'un et l'autre dans leurs échanges n'ont pas hésité à décrire leurs sentiments au vu et au su de tous, comme si cela cautionnait leur sincérité - et en même temps une sorte d'obligation de douceur et de bienveillance qui fait que chacun doit afficher ses bonnes intentions à l'égard de l'autre, et de l'avenir de la communauté chrétienne (l'Eglise, le royaume de France), et montrer en toute humilité que c'est l'autre qui verse dans l'excès et l'injustice sans jamais se laisser aller soi même à l'invective. Il s'agit là d'un impératif lié au catholicisme qui donne à la controverse une tonalité très différente du côté hargneux des débats intellectuels à partir du siècle des Lumières et jusqu'à nos jours. Il est vrai que les prélats étaient très proches, évoluant dans les mêmes cercles de pouvoir, dans les mêmes lieux, auprès des mêmes personnes, et partageant une culture commune. Cette proximité rend le niveau d'argumentation d'autant plus intéressant : ce n'est pas un dialogue de sourds, mais l'équivalent d'un dialogue intérieur qu'un chrétien pourrait avoir avec lui-même. Sur la forme on sent quand même une tension permanente entre le devoir d'humilité et de douceur qu'impose le christianisme et la "libido dominandi" qui résulte de l'habitus intellectuel de prouver qu'on est dans le vrai, d'autant que l'enjeu en termes de statut social est énorme.

A titre personnel j'en retire plutôt l'impression que la notion de "débat intellectuel chrétien" est une contradiction dans les termes. Pourtant elle était imposée aux protagonistes (Bossuet et Fénelon) par les autorités épiscopales elles-mêmes puisque leur débat a été porté jusque devant le pape. L'Eglise a besoin des débats pour clarifier ses idées, et pourtant ces débats sont totalement destructeurs. La même chose se constate dans le giron protestant - je pense au constat du catholique anglais Hilaire Belloc au début du Xe siècle sur l'émiettement des églises protestantes sur les questions dogmatiques qui lui faisait pronostiquer la fin prochaine de ce courant... Le christianisme a besoin du "logos" pour ne pas sombrer dans les égarements charismatiques, celui de l'intellect, mais pas de l'intellectualisme...

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Saint Vincent de Paul et l'alchimiste

5 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Alchimie

Saint Vincent de Paul, enlevé par des pirates (comme l'avaient été avant lui Jules César et quelques d'autres), sur la mer entre Marseille et Narbonne, fut vendu comme esclave à Tunis d'abord à un pêcheur, ensuite à un médecin (de septembre 1605 à août 1606). Il précise dans une lettre de jeunesse conservée contre sa volonté (car elle mettait selon lui trop en avant son Ego) que ce médecin était un alchimiste  "spagirique, souverain tireur de quintessences, homme fort humain et traitable, lequel, à ce qu'il me disait, avait travaillé l'espace de cinquante ans à la recherche de la pierre philosophale, etc." Il précise : "Il m'aimait fort, et se plaisait de me discourir de l'alchimie, et puis de sa loi, à laquelle il faisait tous ses efforts de m'attirer, me promettant force richesses et tout son savoir. Dieu opéra toujours en moi une croyance de délivrance par les assidues prières que je lui faisais, et à la vierge Marie, par la seule intercession de laquelle je crois fermement avoir été délivré", de sorte que l'espérance de la délivrance (pour retrouver M. de Commet qui avait été son protecteur en Gascogne) le fit s'intéresser plus au moyen de guérir la gravelle, pour laquelle il préparait les ingrédients et les administrait.

Belle image du mépris de l'homme de Dieu pour la sorcellerie. Le film "Monsieur Vincent" de l'immédiat après-guerre déforme de façon mensongère cet épisode de la vie du saint quand il l'évoque.

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A propos des paroles d'une occultiste anglaise

23 Mai 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Alchimie, #Christianisme, #Les tubes des années 1980

Mon billet sur la conversion de la médium Doreen Virtue reste de loin le plus populaire de mon blog. Je pense que sur trois mois plus d'un millier de personnes ont dû le lire. Dans la mesure où j'ai essayé d'écouter des avis aussi bien de fondamentalistes chrétiens que de partisans de New Age - et même de sorciers - sur You Tube, ce site me propose maintenant automatiquement des vidéos sur ce sujet. Cette semaine donc j'écoutais celle de la médium chromathérapeute Amanda Ellis qui habite dans le Hampshire au sud de l'Angleterre (et qui a 14 000 abonnés, ce n'est pas rien...).

J'ai été intéressé par son témoignage sur le plan humain, car je me trouve bien des points communs comme elle j'ai grandi dans les années 1970 avec une propension certaine à la religiosité dans l'Eglise chrétienne (elle dans l'anglicanisme, moi dans le catholicisme). Comme elle j'adorais chanter, et comme elle je suis "tombé" à l'adolescence dans la vague de pop music qui a submergé l'Europe à ce moment-là. Evidemment il faut se défier des points communs que l'on peut avoir avec les gens. S'ils sont utiles pour nouer un dialogue, ils peuvent ensuite masquer des différences qui vouent le dialogue à l'échec. Or, à n'en pas douter, quand je vois cette dame canaliser des divinités et des morts, étaler des cartes de tarot sur une table, se vaporiser de je ne sais quel spray "magique", je me dis qu'un fossé nous sépare et je serais surtout enclin à prier pour son âme. D'ailleurs j'observe que son "guide" la fourvoie totalement quand dans une de ses vidéos elle dit que Michael Jackson dans les années 1980 dégageait une énergie "positive"- c'est oublier qu'en 1984 quand il travaillait avec Paul McCartney il avait enfilé la tenue du Sgt Pepper à la cérémonie des Grammy Awards en référence à la couverture de l'album des Beatles sur lequel se trouvait le portrait du mage sataniste Aleister Crowley. Qu'est-ce que cela peut bien avoir de "positif" ?

Ce point montre à lui seul à quel point elle est dans les Ténèbres. Il n'empêche que son témoignage sur ses expériences dans l'Eglise anglicane et celles de sa mère dans les milieux évangéliques méritait d'être entendu et posait des questions importantes. En quoi cela est-il si mal, demandait-elle notamment, d'aider des gens qui vivent des situations horribles ? C'était un point important. Certains médiums (pas tous) secourent des gens qui sont dans une misère terrible. Je repense à cette médium qui se disait chrétienne (elle travaillait avec de l'eau de Saint Benoît) qui avait aidé une femme violée qui restait poursuivie par son violeur - elle était parvenue à rompre le lien de persécution. Beaucoup de prédicateurs fondamentalistes qui affichent leur petit plaisir à tourner les pages de la Bible sur Internet et à menacer les gens des flammes de l'enfer ne seraient pas capables de donner un dixième de l'amour dont des occultistes sont capables. Même si du point de vue biblique cet amour est sans doute trompeur et représente un cadeau empoisonné, la faible capacité de beaucoup de fondamentalistes à entendre et secourir pose vraiment problème, me semble-t-il. L'autre problème que soulève cette occultiste est celui - récurrent - des entités intermédiaires. On ne peut pratiquement jamais toucher Dieu lui-même, dit-elle dans sa vidéo sur Doreen Virtue, et donc il faut passer par l'intermédiaire d'anges... (Elle-même se dit guidée par un archange du livre d'Hénoch). Et donc il est criminel de dire au gens de s'adresser directement à Dieu par Jésus-Christ comme le font les fondamentalistes évangéliques. C'est un argument que j'ai entendu souvent dans la bouche de médiums que j'ai interrogés pour mon livre. Je crois que le père Jean-Marie Verlinde se la pose aussi dans un de ses livres ou une de ses vidéos.

Je suis bien incapable de parler avec assurance de ce genre de sujet très délicat. Le devoir d'humilité m'interdit d'ailleurs de le faire. On peut se dire, d'un point de vue chrétien, qu'il existe une obligation d'avoir un coeur d'enfant : "si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. C'est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux" (Matt 18 : 3-4). Est-ce qu'un petit enfant à qui on proposerait le secours d'une entité intermédiaire refuserait de le faire si aucun signe visible ne l'en dissuadait ? Certes il est aussi écrit "Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit mais mettez les esprits à l'épreuve pour savoir s'ils sont de Dieu" (1 Jean 4:1). Mais si vous avez affaire à un médium qui se dit chrétien et à propos duquel aucune mise à l'épreuve sérieuse ne permet de douter qu'il marche sur le bon chemin, le seul fait qu'il recoure à des anges le disqualifie-t-il parce que "Satan lui-même se déguise en ange de lumière" (2 Cor 11:14) ?

J'aurais tendance à dissuader les gens d'aller vers des occultistes (surtout de ceux qui manquent de discernement comme cette Mme Ellis sur Michael Jackson). Mais si l'on est acculé à le faire comme je l'ai moi-même été en 2015, il y aurait un risque à "mettre Dieu dans une boîte" comme disent les anglo-saxons et à refuser avec obstination une voie qu'il vous propose. "Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies" (Esaïe 55:8). J'avoue que moi-même j'ai encore recours aux méthodes "peu orthodoxes" de l'église vieille catholique latine lorsque je suis attaqué et qu'aucune notre solution ne m'est proposée par l'Esprit saint. "Ce sont des hérétiques, m'avait dit une tertiaire franciscaine l'hiver dernier, n'allez pas vous faire nettoyer chez Satan". Certes il ne faut pas chasser des démons avec des démons, et, encore une fois, je déconseille au gens d'aller toucher à l'occulte s'ils n'y sont pas contraints. Mais quand aucune autre solution ne semble se dessiner, c'est pécher par excès d'orgueil et de dogmatisme que de s'interdire ce genre d'aide. C'est particulièrement le cas lorsqu'on fait l'objet de sortilèges, parce que l'on appartient à une famille maudite qui a ouvert des portes aux voies de la sorcellerie. L'abandon total au Christ, prôné par les fondamentalistes, n'est pas forcément donné à tout le monde comme voie de rédemption. Le passage par un médium "chrétien" peut être une voie intermédiaire, au moins à titre provisoire, si celui-ci n'est pas "visiblement" dans le double-discours.

Même si je suis méfiant à l'égard du quiétisme du prédicateur protestant Guillaume Argaud sur You Tube (parce que le quiétisme empêche de progresser - Philippiens 2:12-16 «travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement»), la base de l'Evangile reste la foi et le refus de la peur (Mt, 17, 72  - Jn, 6, 20),  et je garde à l'esprit ce que ce prédicateur justement me disait il y a peu à propos d'une membre de sa famille : s'étant vue proposer l'aide d'un guérisseur, elle s'en est remise au Christ pour savoir si elle devait recourir à ses soins (autrement dit, elle a agi selon la foi). Elle est allé chez le rebouteux (elle n'a donc pas eu peur), celui-ci a diagnostiqué sa pathologie (un kyste ou quelque chose dans ce genre) mais lui a dit ne pas avoir les autorisations célestes pour la soigner, et l'a envoyée vers un chirurgien classique pour se faire opérer (alors que des coupeurs de feu soignent par leurs fluide même des organes intérieurs, je vous renvoie à mon livre à ce sujet). Il s'agit là d'un engagement pragmatique qui mêle foi et sens pratique sans dogmatisme excessif et sans peur, tout en restant à la fois "simples comme des colombes, prudents comme des serpents" (Matth 10:16).

Bien sûr l'infidélité à la Bible peut conduire à toute sorte de gnosticisme et d'ouverture à des possessions. Je lisais encore récemment dans le livre de Barbara Stiegler que Nietzsche était fasciné par l'Evangile de Jean et y voyait quelque chose de dyonisiaque inspiré des mystères d'Eleusis. D'ailleurs Amanda Ellis aussi cite cet Evangile à propos des noces de Canaan. C'est le genre de lecture trop partielle qui peut ouvrir la porte à des phénomènes très dangereux. Mais soyons honnêtes : tout le monde fait des lectures partielles de la Bible. La plupart des prédicateurs fondamentalistes sur le Net ressortent toujours les mêmes versets pour en disséquer chaque virgule. Aucun ne va se poser des questions sur des petits détails qui pourraient être tout aussi significatifs mais ne rentrent pas dans le "cadre général" comme ce passage des Actes des Apôtres (qui personnellement m'intrigue) où il est écrit (actes 28:11) que le navire de Saint Paul porte pour enseigne les Dioscures - pour moi je me demande pourquoi à cet endroit le Nouveau Testament fait référence aux divins jumeaux - ou encore cet autre passage où Saint Paul reconnaît à Epiménide le chamane crétois le statut de prophète (Tite 1:12) - Don Richardson a écrit des choses profondes là dessus. Cette lecture trop sélective aussi pose problème et réduit artificiellement la complexité du sacré. Il faut vraiment beaucoup de prudence, au sens presque aristotélicien du terme, sur ce genre de sujet. Cela passe par un dialogue vivant et subtil avec l'Esprit au jour le jour, dans une volonté honnête et humble de "crucifier la chair" (l'Ego), sans crispation dogmatique peureuse ou arrogante.

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La portée eschatologique du Wesak des théosophes

18 Mai 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

Dans mon livre sur les médiums je m'étais demandé d'où venait la popularité en Occident de la lune de Wesak. En fait, l'origine est à chercher du côté de la Théosophie. Voyez ce qu'en disait dans la revue Astrosophie de mai 1936 (une revue basée à Nice), p. 216, Florence Yoder Wilson (une occultiste spécialiste de la broderie et du costume, on reviendra un jour sur le rapport entre vêtement, mode et sorcellerie).

"Le mot Wesak est le nom d'un des mois du calendrier Bouddhiste, et c'est à la pleine lune de ce mois — selon la Tradition — que le Bouddha donne sa bénédiction à Ses disciples et Ses serviteurs sur Terre. Depuis trois ans, un mouvement occidental a travaillé (1) pour rendre spécialement importants la bénédiction de Wesak". La note de bas de page renvoie au Lucis Trust basé au 26 rue Beauséjour à Lausanne, il s'agit de l'ex Lucifer Trust d'Alice Bailey, disciple d'H. Blavatsky, qui est encore actif au sein de l'ONU aujourd'hui. 

Wilson expliquait que la vallée de Wesak était près de Shigatse au Tibet, dominée par l'Everest et que des milliers de pèlerins s'y rendaient en rang serré pour la pleine lune de mai-juin pour méditer et voir l'apparition de l'ombre de Bouddha.

L'occultiste François Brousse (1913-1995) a évoqué dans une conférence à Paris le 24 juin 1987 celle du 7 mai 1939 qui s'était tenue au niveau international pour éviter la seconde guerre mondiale (cf le livre "François Brousse, enlumineur des mondes" eds Danicel Productions de Jean-Pierre Wenger de 2005). Selon lui, elle aurait contribué à ce qu'il y ait une "drôle de guerre" (une guerre larvée) pendant quelques mois, et n'est pas pour rien dans la capitulation allemande le 7 mai 1945 à Reims. Brousse a affirmé que cette fête "est en réalité doublée d'un rassemblement d'initiés maîtrisant le dédoublement", elle est "la grande nuit divine qui célèbre l'anniversaire" de Bouddha.

Dans les années 2000, un partisan du Wesak sur Internet expliquait plus en détail l'inspiration de Bailey autour de cette fête :

"À l’époque où elle militait encore dans les rangs de l’Église anglicane en tant qu’évangéliste et où le Bouddhisme n’était encore considéré par l’immense majorité des Occidentaux que comme un culte païen et idolâtre, la grande Alice Bailey révéla un jour à son entourage qu’à deux reprises, à sept ans d’intervalle, elle avait participé en rêve à une étrange cérémonie. Les événements enregistrés dans sa mémoire étaient si nets et si précis et les détails chaque fois tellement identiques qu’il lui était impossible de ne voir dans la répétition de ces deux rêves qu’une simple réminiscence de son imaginaire. 

En lisant, vingt années plus tard, une description de la Fête du Wesak, elle réalisa que c’était bien là, dans cette petite vallée tibétaine en forme de bouteille, surmontée au nord par une large roche plate et enchâssée dans un écrin de hautes montagnes, qu’elle s’était rendue, participant par deux fois activement à la cérémonie, mais sans en garder la conscience à l’état de veille, ce qui veut dire qu’elle avait voyagé en état de dédoublement. 

Par la suite, il lui fut donné de rencontrer différentes personnes qui avaient fait exactement le même rêve, au cours duquel elles s’étaient elles-mêmes rendu dans la même vallée, y avaient rencontré les mêmes Êtres nimbés de Lumière et y avaient assisté à leur côté au même rituel à la fin duquel le Seigneur Bouddha se manifestait puis se matérialisait avant de transmettre sa bénédiction à tous les participants et bien au-delà, à l’ensemble des habitants de notre planète. On ne pouvait dès lors plus parler de « hasard » ni de « coïncidence ». Il y avait certainement là matière à témoigner de la réalité d’un fait, même si celui-ci s’était produit sur un autre plan de conscience. 

Et on connaît la suite… La cérémonie du Wesak est peu à peu devenue l’un des piliers de l’enseignement théosophique et par-delà, une grande Fête reconnue et célébrée par de très nombreux mouvements spirituels sur toute la surface de notre planète. "

Le premier Wesak occidental en public a été organisé à Turin en 1981 par Antonio Amerio, et la tradition se perpétue depuis lors dans cette ville.

Apparemment de nos jours c'est aussi une grande fête au Sri Lanka, comme dans les autres pays bouddhistes. Dans cette île certains bouddhistes locaux tentent même de convaincre les chrétiens d'y participer pour fusionner Bouddha et Jésus comme dans la théosophie.  En juin 2016, le cardinal Jean Louis Tauran alors président du conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux adressait pour la fête d'Wesak un message du Vatican (le pape venait de se rallier à la Cop21 avec les encouragements de divers grands financiers internationaux) aux bouddhistes du monde entier qui précisait : "Il est urgent que les adeptes de toutes les religions transcendent leurs frontières et s'unissent pour bâtir un ordre social écologiquement responsable fondé sur des valeurs partagées. Dans les pays où bouddhistes et chrétiens vivent et travaillent côte à côte, nous pouvons la durabilité de la planète par le biais de programmes éducatifs communs visant à sensibiliser davantage à l’environnement et à promouvoir des initiatives communes "

Selon un chrétien qui y aurait assisté, le directeur de la Maison de la Théosophie Bill Lambert dans un séminaire prophétique "Possible and probable events in the future" à Boston du 18 août 1991 (notes retranscrites en français ici) avait annoncé  que la combinaison de la fête de Wesak, de la fête de la Bonne volonté  et de Pâques permettrait de faire advenir le "nouvel ordre mondial", et admis que le pape catholique serait qualifié pour recevoir les "énergies christiques" de ce Nouvel ordre, ce qui, pour les adeptes d'une lecture littérale de la Bible, associe ces trois fêtes et le pape à la venue de l'Antéchrist.  Le Lucis Trust sur cette page  insiste en tout cas effectivement sur la combinaison de ces trois fêtes : Pâques (pleine lune du Bélier), la Fête de Wesak (à la pleine lune du Taureau) et la Fête de la Bonne Volonté (à la pleine lune des Gémeaux). Le 15 décembre 1999, lors de la 54ème conférence de l'Assemblée générale des Nations Unies, après avoir examiné l'ordre du jour 174 du programme, celle-ci, à l'initiative du Sri Lanka, a reconnu la  journée du Vesak/Wesak et prévu sa célébration annuelle à New York et dans ses bureaux régionaux. L'idée serait venue (mais comment est-elle née ?) du ministre des affaires étrangères srilankais de l'époque, Lakshman Kadirgamar. Celui-ci, avocat "progressiste", né dans une famille tamoule chrétienne selon Wikipedia (il fut assassiné par les Tigres de l'Elan Tamoul en 2005) avait été directeur du Bureau pour l'Asie et le Pacifique à l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI/WIPO) qui lui a récemment rendu hommage à Genève. En 2003 il avait été candidat au secrétariat général du Commonwealth. Son initiative est expliquée par son universalisme...

Cette année la Journée de Vesak/Wesak des Nations Unies (ONU) a débuté dans la province de Ha Nam, dans le nord du Vietnam, avec la participation de plus de 1 650 délégués internationaux venus de plus de 100 pays et régions.C'est la troisième fois que la commémoration de Vesak par l'ONU a lieu dans ce pays.

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Un mot sur "Les stars racontent l'étrange" (1994)

11 Mai 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme

Lu "Les stars racontent l'étrange" Elisabeth et Jean-Claude Zana (Eds  Filipacchi 1994). Au stade où j'en suis, ce livre n'apporte pas de grandes révélations sur quoi que ce soit. L'histoire de la médium japonaise qui en 1983 à Tokyo, venue de nulle part, vient libérer le créateur de mode Jean-Charles de Castelbajac m'a rappelé ces voyants qui parlèrent spontanément de moi à ma secrétaire et à mon amie ivoirienne quand j'étais sous le coup de difficultés surnaturelles en 2015 comme je le raconte dans mon livre "Les Médiums". Cela tend à prouver qu'il y a une action spécifique du Seigneur à travers les médiums lorsque se profile une situation de malédiction, du moins pour les gens comme de Catelbajac (et ce fut aussi mon cas) qui sont profondément bien intentionnés.

Mais ces interventions spectaculaire apparemment ne valent qu'en temps de crise paranormale, et pas en temps ordinaire où chacun est renvoyé à son dur labeur quotidien.

Pour le reste le livre confirme que beaucoup de gens croient être réincarnés ou protégés par un ancêtre ou un ami morts, mais cela, selon moi, ne correspond pas au degré le plus élevé de la révélation pour l'action éthique.

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Le docteur Bruce Lipton et les serpents

4 Mai 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Christianisme

Le Dr Bruce Lipton déclarait dans une conférence "Your body is an illusion" (votre corps est une illusion) qu'il existe dans le Sud des Etats-Unis un groupe appelé les "Fondamentalistes baptistes" qui pratique l'extase mystique qui pratiquent leur foi au milieu des serpents venimeux comme des crotales et ne sont pas atteints par leur morsure. Certains peuvent même absorber de la strychnine en grande quantité sans être atteint.

"Alors pourquoi s'inquiéter tant des toxines de la nourriture ?" demandait ce médecin. La réponse finale qu'il donne : parce que nous manquons de foi.

Il citait aussi dans sa vidéo, un article du Psychiatric Quaterly de 1960 (1960 34:405-429) intitulé "Ordeal by serpents, fire and Strychnine, A study of somme provocative psychosomatic phenomena") dont l'abstract indiquait que dans l'Eglise de la sainteté libre pentecôtiste (Free Pentecostal Holiness Church) on manipulait, comme dans l'actuelle Eglise fondamentaliste baptiste actuelle, des crotales et ingérait leur strychnine à dose toxique.

Bruce Lipton enseigne la  biologie cellulaire à la faculté de médecine de l’université du Wisconsin, il se consacre à des recherches sur les cellules souches et la membrane cellulaire qui ont joué un rôle précurseur dans le développement de l’épigénétique, la discipline scientifique qui explore l’influence de l’environnement sur l’ADN.

Il a été interviewé en français par les journalistes Maxence Layet et Miriam Gablier dans une vidéo en vente sur le Net. Le réalisateur Jean-Yves Bilien lui fait aussi de la publicité sur son site, ainsi que le docteur Roger Lecurieux Clerville, spécialiste en Médecin physique et de réadaptation à Marseille.

La résistance au serpents est-elle purement psychosomatique ou a-t-elle une origine transcendante ? Pour un chrétien, sans doute, l'expérience n'est valide qu'en fonction d'une prophétie biblique et non du fait d'une "énergie mentale".

Certains historiens estiment que la manipulation de serpents existait déjà chez des chrétiens aux Etats-Unis avant lui, mais pour beaucoup le tournant dans cette pratique vint de George Went Hensley, pasteur de l'Église de Dieu , qui fonda le groupe religieux pentecôtiste en 1909 aujourd'hui appelé Église de Dieu suivie de signes (Church of God with Signs Following). Les membres adultes pratiquent parfois ce qu'ils appellent "prêcher les signes" : boire de la strychnine ou un autre poison et s'exposer à la morsure par des serpents venimeux. Ils ont confiance aux défenses naturelles sur le fondement du passage biblique: Marc 16: 16-18 : "Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. 17  Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; 18 ils saisiront des serpents; s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris." Même si certains théologiens estiment que le verset sur les serpents n'était pas dans la version originale de Marc, d'autres au contraire estiment que le fait que dans les Actes des Apôtres Paul ait été mordu par un serpent sans être blessé valide l'hypothèse d'une résistance du chrétien à l'égard du serpent.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, ces pratiques s'étaient généralisées dans toute l' Église de Dieu , même si elles n'étaient pratiquées que par une petite minorité de ses membres. Toutefois l' Assemblée de l'Église de Dieu en 1928 condamna cette pratique car il y eut des morts. Cependant, certaines congrégations ont quitté la dénomination et ont poursuivi leurs pratiques de manipulation des serpents.

L'État du Tennessee a interdit la pratique et supprimé le groupe après le décès de son membre Lewis Ford en 1945. Hensley lui-même est décédé des suites d'une morsure de serpent en Floride en 1955, à plus de 70 ans. Après deux décès supplémentaires dûs à la consommation d'alcool et à des décès proches, des procès ont abouti à une décision de la Cour suprême du Tennessee de maintenir l'interdiction de l'État. Des congrégations indépendantes de "gens des signes" existent encore de la Floride à la Virginie occidentale et à l'ouest de l'Ohio. JG Melton estime qu'il existe entre 50 et 100 congrégations "des signes" comptant plusieurs milliers de membres. Environ 5 personnes par décennies meurent de ces pratiques ce qui constitue une infime minorité par rapport au nombre de pratiquants.

Une autre église, l’ église pentecôtiste de Dieu originelle, croit également à l’expérimentation de serpents venimeux. Cependant, ils ne veulent pas " tenter Dieu " en mettant des serpents à leur service et préfèrent les rencontrer dans la nature.

La manipulation de serpents en effet méconnaît le commandement de ne pas tester Dieu, mais beaucoup de ses adeptes estiment que c'est une manière de réaliser la prophétie, donc c'est le résultat d'une prescription.

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La philosophie grecque du point de vue de l'eschatologie biblique

10 Avril 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Philosophie, #Histoire des idées

Je m'interrogeais dans un billet d'hier sur l'intérêt du combat de St Jean de la Croix du point de vue de la science de la fin des temps.

On peut formuler la même question à propos de la philosophie grecque.

Beaucoup d'hérétiques en ce moment comme Jean-Marc Thobois ou Jacques Colant en France (ou les adventistes du 7e jour aux Etats-Unis) se plaisent à retraduire l'Evangile en hébreux (par là je ne veux pas dire que tout l'évangélisme est hérétique, mais celui qui opère cette régression hébraïsante à l'évidence l'est, d'autant qu'elle se place explicitement au service du projet antéchristique de construction du troisième temple). C'est un contre-sens. Si le Nouveau Testament est révélé en grec, cela faisait partie à l'évidence du plan de Dieu. On ne peut pas troquer une langue sacrée pour une autre sans déformer délibérément la nature-même de la révélation (ce qui est évidemment très grave).

J'approuve le philosophe américain E. Michael Jones quand il dit qu'il faut prendre très au sérieux le fait que St Jean présente le Christ comme le Logos de Dieu - Au principe était le Logos/verbe, et le Logos/verbe s'est fait chair - avec toute la charge philosophique que comprend ce terme (le logos est savoir, science et ordre).

L'héritage du geste de la philosophie grecque est explicitement assumé par St Paul dans les Actes des apôtres au moment de sa célèbre comparution devant un Aréopage d'Athènes pétri du souffle socratique (Actes 17:16-34). Le point le plus précis de cette acceptation de l'héritage se repère dans l'éloge que l'apôtre fait du culte rendu par les Athéniens au Dieu inconnu. On lit dans Plutarque et dans Dion Cassius que ce dieu a été introduit à Athènes par le crétois Epiménide, un des sept sages de la tradition hellénique, qui sauva Athènes de la peste à l'instigation de la Pythie de Delphes. Or Paul montre sa connaissance parfaite d'Epiménide dans l'Epitre à Tite où il cite l'aphorisme de ce sage "Tous les Crétois sont des menteurs" en présentant Epiménide comme un prophète (en usant exactement du même mot que pour les prophètes d'Israël). Epiménide est un prophète parce qu'il a annoncé le Dieu inconnu qui, révèle Paul, était en fait le Dieu d'Israël. Le missionnaire protestant Don Richardson a écrit des lignes inspirées à ce sujet.

Paul connaissait les philosophies grecques et l'on ne peut considérer comme un hasard le fait que Dieu ait choisi pour fonder l'Eglise chez les Gentils un Pharisien de la diaspora instruit et très au faite de la culture païenne puisqu'il a grandi dans une ville commerçante, Tarse, où de brillantes écoles philosophiques s'étaient développées.

Comme l'Eglise chrétienne l'a très tôt admis, cela ne pouvait faire prévaloir la philosophie grecque sur la révélation, mais incitait à y voir un avant-goût de cette révélation voire une source d'éclaircissement sur certains points obscurs.

Point toute la philosophie grecque du reste - c'est pourquoi j'ai parlé de son "geste". Il me semble que le stoïcisme a peu à voir avec le christianisme. Son idéal de maîtrise de soi ne lui est pas propre - il traverse peu ou prou toute la philosophie sauf chez les matérialistes, les sensualistes et les cyniques. En revanche sa foi en une sympathie universelle dans la recherche de l'unité naturelle ouvre la porte, comme le bouddhisme, à la communion avec les forces démoniaques. De même l'épicurisme qui, comme l'a montré Renée Koch-Piettre visait à créer aux marges de la société une sorte d'église nourrie du fantasme de la divinisation de soi-même, ce qui est, par essence, luciférien.

A n'en pas douter ce qui dans le geste philosophique annonce le mieux le christianisme c'est le platonisme. St Augustin disait que par Platon il a compris ce qu'était le monde spirituel, beaucoup mieux que par le manichéisme qui avait été sa passion initiale mais qui d'après lui ne permettait pas de saisir ce qu'est l'Esprit. Il est vrai qu'avec sa définition des Idées, le platonisme ouvre la voie à une recherche de la transcendance radicale, articulée à une raison compatible avec l'incarnation du Christ - l'événement de l'incarnation du Verbe vient valider a posteriori, sous certaines conditions (notamment celle de la soumission à ses commandements, et donc celle de l'humilité) la prétention de l'être humain à participer d'une raison divine.

Cela n'ôte rien à la validité de la prophétie d'Esaïe 55:8 "Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies" (car même en sa rationalité Dieu nous reste au moins en partie complètement inaccessible) mais interdit en tout cas, comme l'a noté E Michael Jones notamment, d'imaginer un Dieu qui n'obéirait pas à ses propres règles (sans en être cependant esclave) et un règne de la volonté qui vouerait le monde au chaos.

Reste la question de l'aristotélisme qui fait descendre la perfection du ciel des idées vers la finalité même des choses. Il y a sans doute des arguments théologiques pour s'en inspirer, mais je me méfie quand même quand on voit, comme le soulignait récemment un auteur, que les prémices de la scolastique musulmane ont jugé utile d'importer l'aristotélisme musulman à cause de ses succès dans des domaines aussi suspects que l'astrologie judiciaire...

En revanche je crois que de la philosophie moderne le christianisme, dans son positionnement devant les temps de la fin, n'a rien à retirer. Descartes est "inutile et incertain" comme disait Pascal. La subjectivisation de la réalité du monde par les empiristes et par Berkeley ou Kant est une hérésie. De même le panthéisme de Spinoza, l'immanentisme de Hegel qui reconnaissait lui-même sa dette à l'égard du médium Jakob Bohme, et toutes les philosophies de la volonté à partir du romantisme allemand et de Schopenhauer qui sont en réalité des formes de nihilisme. L'existentialisme est un luciférisme. Quant à la phénoménologie, quand je lisais il y a peu qu'un prélat avait dit que le pape Jean Paul II croyait en Medjugorje parce qu'il était phénoménologue, je me dis que dans ces conditions il vaut mieux ne jamais avoir lu Husserl...

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Saint Jean-de-la-Croix au cachot

9 Avril 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Les guerres d'extermination sont épouvantables. Dans un autre registre, les luttes fratricides le sont aussi, et même peut-être davantage. Les premières traduisent un refus de l'altérité, les secondes une passion de l'identité. Il faut que l'autre soit en tout point identique à soi-même, sans quoi il deviendra suspect. Et la haine prendra racine dans les plus infimes différences. En me penchant aujourd'hui sur l'histoire de Saint Jean-de-la-Croix, je découvrais cette histoire invraisemblable du mystique emprisonné pour neuf mois à Tolède, à partir de décembre 1577, non par des ennemis, mais par des rivaux : parce que lui était un carme déchaussé (il avait initié avec Ste Thérèse d'Avila cette réforme), et les carmes "mitigés" adeptes d'une règle moins rigoureuse, voulaient le faire rentrer dans leur rang, lui, et ses disciples d'Avila.

Ernest Razy au XIXe siècle décrivait en ces termes ses conditions de détention :

"Située à côté d'un lieu infect, la prison de Jean de la Croix était une étroite cellule dans laquelle il pouvait à peine faire quelques pas. Elle ne recevait qu'indirectement la lumière par un trou large de trois doigts, pratiqué tout en haut du mur et quiprenait le jour dans un corridor voisin, assez obscur lui-même. Pour dire son office, le prisonnier était obligé d'attendre qu'un rayon de soleil vînt un peu percer les ténèbres que la clarté ordinaire du jour était impuissante à dissiper. Lorsqu'il apercevait ce rayon si impatiemment attendu et qui lui semblait un sourire de Dieu, il montait bien vite sur un mauvais banc, qui composait tout son mobilier avec un lit formé de trois planches, et, grâce à ce marche-pied, il lui était possible d'entrevoir les caractères de son livre. Mais le soleil était-il caché par les nuages, il ne pouvait remplir ce pieux devoir.

Son geôlier, homme dur et sévère, lui donnait à peine de quoi manger et ne le faisait sortir que le vendredi, pour le conduire au réfectoire, à l'heure du repas des religieux. Là, on obligeait le patienta s'asseoir par terre, et lorsqu'il avait pris quelques bouchées de pain, trempé dans un peu d'eau, chaque frère lui donnait, successivement, la discipline, avec une telle violence, que longtemps après Jean de la Croix en portait encore les marques sur les épaules. Mais lui, adorant les desseins de Dieu, ne murmurait jamais et se consolait en pensant que le Sauveur du monde avait été aussi flagellé et qu'avant de mourir il avait subi des humiliations et des tourments de toute sorte."

On imagine que la peine est d'autant plus dure que le délit est inexistant, le saint n'ayant réformé le Carmel que dans l'espoir de plaire à Dieu. Et la cruauté de la sanction frappe d'autant plus qu'elle est infligée entre "frères chrétiens", et même des frères de la meilleure réputation, tous pétris des valeurs d'amour du prochain, tous convaincus de servir le même but. L'amateur de sciences humaines peut y trouver matière à méditation sur la folie de notre espèce. L'interrogateur de l'eschatologie que je suis récemment devenu peut s'interroger sur le sens de cet épisode.

A quoi cela a-t-il pu servir que ce saint fût enfermé dans ce cachot ? Et d'ailleurs à quoi cela a-t-il servi qu'il y eût cette scission parmi les carmes, et même qu'il y ait eu des carmes tout court car quelle est aujourd'hui, au seuil des temps de la fin, leur fonction en ce monde ? C'est sans doute la voix de mon ignorance qui parle ici. L'ignorance est injuste, mais elle a sa fraîcheur et donc sans doute son utilité.

Je n'ai pas une très haute estime de Sainte Thérèse de Lisieux depuis que j'ai vu une ancienne adepte de l'occultisme accompagnatrice de pèlerins à Medjugorje (cette imposture de Medjugorje) entretenir un commerce quasi-spirite avec elle (ou avec un démon qui l'imitait, il en va de même d'ailleurs du médium Henry Vignaud). Bien sûr ça ne veut rien dire, et certains médiums voient aussi Jésus, mais bon... A Lisieux il y a un hommage à certaines "fleurs du Carmel" comme Edith Stein morte en déportation, mais ces âmes nobles ne se seraient-elles pas tout autant épanouies dans un autre ordre religieux ? Concernant plus spécifiquement les carmes "déchaussés" enfants spirituels de St Jean de la Croix, on peut aussi penser au navigateur normand Pierre Berthelot alias Denis de la Nativité qui périt sous le glaive du sultan d'Achem, à Sumatra, en 1638 : lui aussi n'eût-il point eu un destin aussi glorieux dans un autre ordre ?

On dira que l'enfermement de St Jean-de-la-Croix lui permit d'écrire ses plus beaux poèmes mystiques. Mais à quoi nous servent ces belles envolées de l'âme si aujourd'hui elles sont citées comme de simples exemples de dépassement personnel de soi comparables à ceux des moines bouddhistes au yeux des jungiens, des "new-agers", des kabbalistes à la Arouna Lipschitz, bref toutes sortes de gens amis de la sorcellerie en qui le mystique castillan eût, du fin fond de son XVIe siècle, sans hésiter reconnu les pires ennemis de sa foi ?

Peut-être l'ardeur de St Jean-de-la Croix, comme celle de Ste Thérèse, eût-elle son utilité en son temps pour sauver beaucoup de couvents d'un grave corruption morale, et, par capillarité, beaucoup d'âmes dans les sociétés latines - en Espagne, en France, en Italie - ? Ce sont là des mystères que les historiens ne peuvent pas sonder.

Mais on est frappé de voir tout de même quelle absurdité entoure, du point de vue de notre époque, ce combat du saint castillan. Le militantisme d'Athanase d'Alexandrie contre l'arianisme près de 1 700 ans après fait encore sens aux yeux de beaucoup de lecteurs de notre époque, même pour des protestants qui lui reconnaissent d'avoir sauvé le christianisme de l'hérésie. De quoi le combat de St Jean-de-la-Croix au fond de son cachot a-t-il sauvé le christianisme ? S'il n'avait point défendu si âprement sa vision des choses, le monachisme catholique eût-il versé davantage dans les tendances idôlatres du petit peuple auprès desquelles les carmes "mitigés"persécuteurs du mystique se tenaient chaque jour ? L'univers de la papauté eût-il été alors moins bien armé dans la Contre-Réforme et les pays du Sud en eussent-ils glissé plus facilement vers le protestantisme ?

Mon goût pour l'histoire hypothétique ressurgit peut-être un peu trop facilement ici. Peut-être vient-il susciter inutilement la curiosité d'un intellect humain qui n'a de toute façon rien de pertinent à dire sur ce genre d'énigme. Agiter des idées autour de ce genre de sujet (qui est d'ailleurs un sujet fort grave car il touche aux plans ultimes du Créateur) est peut-être parfaitement imprudent et vain. Prenons donc alors les brèves considérations que je viens d'exposer comme de simples ballons d'essai, peut-être sans lendemain, nous verrons bien...

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Bossuet : Sermon sur la passion de notre Seigneur

5 Avril 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Il est fou de se dire que ce genre de propos était tenue devant la cour de Louis XIV, avec ses fastes, sa vanité et ses différents vices. Mais la société française à l'époque permettait que ce genre de choses soient dites au roi, et d'ailleurs la cour chrétienne de Louis XIV était sans doute plus disposée à les entendre que notre époque. Elle n'avait pas poussé le vice aussi loin que nos propres élites politiques aujourd'hui. Quand même il y a du mérite à lui avoir dit avec sincérité et inspiration ces choses, là, et dans une langue qui pour nous nous aide à voir sous d'autres lumières le message évangélique.

Quelques extraits d'un sermon que vous pouvez lire entier gratuitement ici.

"N'est ce pas que notre Sauveur savait que notre salut était dans son sang et que, pressé d'une ardeur immense de sauver nos âmes, il ne peut plus retenir ce sang, qui contient en soi notre vie bien plus que la sienne ?"

"C'est un prodige inouï qu'un Dieu persécute un Dieu, qu'un Dieu abandonne un Dieu ; qu'un Dieu délaissé se plaigne, et qu'un Dieu délaissant soit inexorable... Jetons nous donc, Chrétien, dans les horreurs salutaires du délaissement de Jésus ; comprenons ce que c'est que de délaisser Dieu et d'être délaissé de Dieu. Nos coeurs sont attachés à la créature ; elle y règne, elle en exclut Dieu ; c'est pour cela que cet outrage est extrême, puisque c'est pour le réparer que Jésus s'expose à porter pour nous le délaissement et le dédain de son propre Père".

"Tout se tourne en croix ; et premièrement les amis. Ou ils se détachent par intérêt, ou ils nous perdent par leurs tromperies, ou ils nous quittent par faiblesse, ou ils nous secourent à contretemps, selon leur humeur et non pas selon nos besoins ; et toujours ils nous accablent".

"Le perfide Judas nous fait voir la malignité de l'intérêt... C'est toujours l'intérêt qui fait les flatteurs ; et c'st pourquoi ce même Judas, que le démon de l'intérêt possède, s'abandonne pour la même raison à clui de la flatterie. Il salut Jésus, et il le trahit ; il l'appelle son maître, et il le vend ; il le baise, et il le livre à ses ennemis. C'est l'image parfaite du flatteur, qui n'applaudit à toute heure à celui qu'il nomme son ma^tre et son patron, que pour trafiquer de lui". 

"Pierre entreprend d'assister son maître, et il défend par le carnage celui qui ne voulait être défendu que par sa propre innocence. O Pierre ! voulez-vous soulager votre divin Maître, vous le pouvez par la douceur et par la soumission, par votre fidélité persévérante. O Pierre! vous ne le faites pas, Parce que ce secours n'est pas selon votre humeur; vous vous abandonnez au transport aveugle d'un zèle inconsidéré, vous frappez les ministres de la justice, et vous chargez de nouveaux soupçons ce Maître innocent qu'on traite déjà de séditieux. C'est ce que fait faire l'amitié du monde; elle veut se contenter elle-même et nous donner le secours qui est conforme à son humeur , et cependant elle nous dénie celui que demanderaient nos besoins."

"Je voulais encore vous représenter ce que font les indifférents ; et je vous dirai en un mot qu'entraînés par la fureur, qui est toujours la plus violente, ils prennent le parti des ennemis. Ainsi les Romains, que les promesses du Messie ne regardaient pas encore, à qui sa venue et son Evangile étaient alors indifférents, épousent la querelle des Juifs passionnés ; et c'est l'un des effets les plus remarquables de la malignité de l'esprit humain, qui, dans le temps où il est pour ainsi parler le plus balancé par l'indifférence, se laisse toujours gagner plus facilement par le penchant de la haine. Je n'ai pas assez de temps pour peser cette circonstance; mais je ne puis omettre en ce lieu ce que souffre le divin Sauveur par l'ambition et la politique du monde, pour expier les péchés que fait faire la politique. Toujours, si l'on n'y prend garde, elle condamne la vérité, elle affaiblit et corrompt malheureusement les meilleures intentions. Pilate nous le fait bien voir, en se laissant lâchement surprendre aux pièges que tendent les Juifs à son ambition tremblante.

Ces malheureux savent joindre si adroitement à leurs passions les intérêts de l'Etat, le nom et la majesté de César qui n'y pensait pas, que Pilate reconnaissant l'innocence et toujours prêt à l'absoudre, ne laisse pas néanmoins de la condamner. Oh! que la passion est hardie, quand elle peut prendre le prétexte du bien de l'Etat ! Oh ! que le nom du prince fait souvent des injustices et des violences qui feraient horreur à ses mains, et dont néanmoins quelquefois elles sont souillées, parce qu'elles les appuient ou du moins qu'elles négligent de les réprimer ! Dieu préserve de tels péchés le plus juste de tous les rois..."

"Admirons ici, chrétiens, en Pilate la honteuse et misérable faiblesse d'une vertu mondaine et politique. Pilate avait quelque probité et quelque justice. Il avait même quelque force et quelque vigueur. Il était capable de résister aux persuasions des pontifes et aux cris d'un peuple mutiné. Combien s'admire la vertu mondaine, quand elle peut se soutenir en de semblables rencontres ! Mais voyez que la vertu même, quelque forte qu'elle nous paroisse, n'est pas digne de porter ce nom, jusqu'à ce qu'elle soit capable de toute sorte d'épreuves. C'était beaucoup, ce semble, à Pilate d'avoir résisté à un tel concours et à une telle obstination de toute la nation judaïque, et d'avoir pénétré leur envie cachée malgré tous leurs beaux prétextes; mais parce qu'il n'est pas capable de soutenir le nom de César qui n'y pense pas et qu'on oppose mal à propos au devoir de sa conscience, tout l'amour de la justice lui est inutile; sa faiblesse a le même effet qu'aurait la malice ; elle lui fait flageller, elle lui fait condamner, elle lui fait crucifier l'innocence même ; ce qu'aurait pu faire de pis une iniquité déclarée, la crainte le fait entreprendre à un homme qui paraît juste. Telles sont les vertus du monde; elles se soutiennent vigoureusement jusqu'à ce qu'il s'agisse d'un grand intérêt, mais elles ne craignent point de se relâcher pour faire un coup d'importance. O vertus indignes d'un nom si auguste! ô vertus qui n'avez rien par-dessus les vices, qu'une faible et misérable apparence!

Qu'il me serait aisé, chrétiens, de vous faire voir en ce lieu que la plupart des vertus du monde sont des vertus de Pilate, c'est-à-dire un amour imparfait de la vérité et de la justice! On les estime, on en parle, on en veut savoir les devoirs, mais faiblement et nonchalamment. On demande à la façon de Pilate : « Qu'est-ce que la vérité?  » et aussitôt on se lève sans avoir reçu la réponse. C'est assez qu'on s'en soit enquis en passant et seulement pour la forme. Mais on ne veut pas pénétrer le fond. Ainsi l'on ignore la vérité, ou l'on ne la sait qu'à demi; et la savoir à demi, c'est pis que de l'ignorer tout entière, parce que cette connaissance imparfaite fait qu'on pense avoir accompli ce qui souvent n'est pas commencé."

"C'est, Messieurs, ce qu'il nous ordonne, et c'est la dernière partie de son testament. Quiconque veut avoir part à la grâce de ses douleurs, il doit en ressentir quelque impression. Car ne croyez pas qu'il ait tant souffert pour nous faire aller au ciel à notre aise et sans goûter l'amertume de sa passion. Il est vrai qu'il a soutenu le plus grand effort; mais il nous a laissé de moindres épreuves, et toutefois nécessaires pour entrer en conformité de son esprit et être honorés de sa ressemblance." (Philippiens 3:10)

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"Astrologie et religion au Moyen-Age" de Denis Labouré

22 Mars 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Christianisme, #Alchimie, #Notes de lecture

Un certain fondamentalisme chrétien, qui a eu des antécédents dans l’histoire, tend de nos jours à diaboliser l’astrologie comme pratique divinatoire occultiste. C’est une opinion que combat Denis Labouré, astrologue chrétien, titulaire d’un master de théologie qui, dans un récent essai historique très approfondi, propose une interrogation nouvelle sur l’articulation entre la «science» de la lecture des astres et la foi en la toute puissance divine.

Pour les Pères de l’Eglise, nous dit Denis Labouré, «le monde est un miroir dans lequel Dieu se fait contempler (…) chaque chose est un signe où Dieu se fait connaître à nous». Certes Ignace d’Antioche, Justin, Tertullien et Saint Augustin ont milité contre la divination par les astres, mais Isidore de Séville, en s’appuyant sur le précédent biblique des rois mages, a ouvert la voie à une astrologie qui, sans voir dans la position des étoiles et des planètes une cause de l’histoire humaine, l’analyse comme une série de signes que Dieu envoie aux hommes pour les éclairer sur leur condition.

Rien de mieux, pour convaincre le lecteur, que d’examiner dans une perspective historique, la période faste de l’astrologie chrétienne que l’auteur situe au Moyen-Age, plus précisément entre le XIIe et le XIVe siècles. Denis Labouré retrace précisément la généalogie de cette astrologie occidentale, à travers les auteurs indiens, babyloniens et perses. Il montre comment l’arabe Albumasar (787-886) synthétisa ces traditions et, par ses seuls travaux sur les astres, initia à l’aristotélisme de grands penseurs français ultérieurs comme Thierry de Chartres ou Guillaume de Conches.

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