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Articles avec #christianisme tag

Quand la Vierge Marie bénissait les dominicains

21 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume, #Christianisme, #Histoire secrète

Extrait de "La Sainte Baume en Provence, ou Histoire de sainte Marie-Magdeleine : suivie d'un exposé sur la sainte grotte et les diverses particularités de ce désert / par M. l'abbé Maille" (1860) : "Au commencement de l'ordre Dominicain, l'antienne Salve Regina, se disait seulement à genoux dans le couvent de saint Romain de Toulouse, d'après la prescription de saint Dominique lui-même, les frères de Rome suivirent ensuite cet exemple, et en 1220 , on la récitait également à Bologne, lorsqu'arriva le miracle de l'apparition de la sainte Vierge à saint Dominique.

Voici dans quelles circonstances la bonne mère voulut manifester sa tendresse maternelle pour cet ordre privilégié :Un soir que Dominique était resté dans l'église à prier, il en sortit à l'heure de minuit ; il entra dans le corridor où les frères avaient leurs cellules et dormaient.

Lorsqu'il eut achevé ce qu'il était venu faire, il se mit à prier à l'une des extrémités du corridor, et regardant par hasard à l'autre bout, il vit s'avancer trois femmes, dont l'une , qui était au milieu , paraissait la plus belle et là plus vénérable. Ses compagnes portaient, l'une un vase magnifique, l'autre un aspersoir qu'elle présentait à sa maîtresse. Celle-ci aspergeait les frères et faisait sur eux le signe de la croix. Dominique alla au-devant de la femme qui bénissait et qui était déjà au milieu du corridor, près de la lampe suspendue à cet endroit, il se prosterne à ses pieds , et, quoiqu'il l'eût déjà reconnue, il la supplia de lui dire qui elle était. La femme qui bénissait répondit au bienheureux Dominique : je suis celle que vous invoquez tous les soirs, et lorsque vous dites : Eia ergô advocata nostra, je me prosterne devant mon fils pour la conservation de cet ordre. Alors le bienheureux Dominique s'informa qui étaient les deux jeunes filles dont elle était accompagnée. A quoi la bienheureuse Vierge répondit : l'une est Cécile et l'autre Catherine.

Ce miracle ayant été rapporté au chapitre général de 1228, il fut ordonné qu'on chanterait le Salve Regina, après complies, dans tous les couvents de l'ordre. Cette sainte pratique, qui a depuis passé à toute l'Eglise, est encore pieusement observée de nos jours partout où se trouvent des enfants de saint Dominique, par conséquent à Saint-Maximin.

Il y a indulgence de deux cents jours pour les religieux et les fidèles qui assistent au chant du Salve, soit à Saint-Maximin , soit dans une autre église de l'ordre."

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Les Géants selon soeur Catherine Emmerich

16 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

Voici un élément qui complète de façon intrigante le livre sur les Nephilim que j'ai publié l'an dernier.

"Catherine Emmerich, dans la Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, t. V, p. 49, rapporte; que « Jésus raconta à des philosophes païens l'histoire de la création d'Adam et d'Eve, de leur chute, de Caïn et d'Abel, des enfants de Noé, de la tour de Babel et de la séparation des méchants, de leurs progrès dans le mal. Il leur montra comment, pour rétablir leurs rapports avec la divinité de laquelle ils s'étaient violemment séparés, ils avaient imaginé des dieux de toute nature, et comment l'esprit du mal les avait en cela fait tomber dans les erreurs les plus grossières. Cependant la promesse du divin rejeton de la Femme qui devait écraser la tête du Serpent se retrouvait au fond de toutes leurs inventions, de leurs pratiques, de leurs opérations magiques.»

« Dercédo, sa fille et Semiramis, sa petite-fille, étaient d'une force et d'une grandeur prodigieuses; leur beauté produirait aujourd'hui je ne sais quelle impression de terreur.»

« Tous ces gens-là étaient violents, hardis, audacieux, et ils agissaient en toute chose avec une assurance dont on peut à peine se faire une idée; outre leurs visions (diaboliques), ils connaissaient leur force et savaient qu'ils pouvaient compter sur la protection de l'enfer. Ils se considéraient comme les dieux de l'humanité. On eut aussi en eux la reproduction de ces terribles géants, race superbe et puissante par ses sortilèges, établie sur les hautes montagnes, et qui fut ensevelie sous les eaux du déluge (p. 57). »

C'est l'abbé L. Joseph-Célestin Cloquet, chanoine honoraire, directeur du journal "Le Libérateur des âmes du purgatoire" (publié chez Bertin, 38 rue de Vaugirard, à Paris, à partir de 1868), qui le rapporte dans un de ses ouvrages.

On est bien ici sur la tradition de Justin le Martyr (100-166, dans 1 Apologie 5-2), concernant d'éventuels "Veilleurs féminins", qu'a reprise récemment le baptiste américain Marty A. Cauley. La blonde Semiramis (selon Alexander Hislop 1807-1865) était la mère de Nemrod. Etait-elle une "veilleuse" (un ange déchu) ou une "géante" comme le laisserait entendre soeur Emmerich ?

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Quand St Thomas d'Aquin chantait le Psaume 12

8 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Philosophie

Hier était le jour de la Saint Thomas d'Aquin, un philosophe que j'ai plusieurs fois croisé dans ma vie. Dans mes études de philosophie bien sûr à la Sorbonne, puis dans l'attente des résultats du concours de l'ENA quand j'étais allé dans son église dans le VIIe arrondissement de Paris en décembre 1992, et encore à Toulouse le 12 février 1999 quand j'ai découvert par hasard que le maître de la scolastique y avait son tombeau. "Le berceau de Saint Dominique et le tombeau de Saint Thomas" comme a dit Lacordaire je crois. Dans l'attente de l'attribution de son magistère à Paris peut-être vers 1248 St Thomas lui aussi s'était isolé pour prier, et il avait chanté ceci : "Salva me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminutae sunt veritatesa filiis hominum" (Ps 12:2). C'est Guillaume de Tocco qui le raconte. "Il se rendit au lieu où il avait coutume de prier et, prosterné contre terre, il pria Dieu, en pleurant, de lui accorder sa grâce et la science nécessaire." Il s'endormit après avoir pleuré et dans son sommeil un frère dominicain décédé vint lui souffler le sujet de sa leçon inaugurale : le verset 13 du Psaume 104.

On ne s'étonnera pas que l'angoisse qu'exprime le saint au moment de son entrée dans la carrière universitaire concerne la parole vraie qui est le sujet du Psaume 12. Ses biographes racontent une anecdote selon laquelle ses condisciples durant son enfance voulurent lui faire croire que des cochons volants passaient à la fenêtre, ce à quoi il dit préférer croire en l'existence des cochons volants qu'en la possibilité que ses frères lui mentent. Le problème de la parole vraie était central à l'époque comme aujourd'hui, alors que les hérésies comme la théorie d'Averroes sur l'unité de l'entendement (source de relativisme) et celle du nouvel esprit de liberté et du troisième âge du monde de Joaquim de Fiore (qui préfigure le marxisme et le New Age) égaraient beaucoup d'âmes.

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Albert le Grand et la Sainte Vierge

4 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

Quiconque connaît un peu l'histoire du Quartier Latin et de l'université française, notamment à travers les travaux de Jacques le Goff, sait quel rôle éminent joua Albert le Grand (qui donna son nom à la place Maubert) dans la diffusion de la scolastique (l'aristotélisme chrétien) à Paris. En lisant la vie de son élève, Thomas d'Aquin, écrite par Guillaume de Tocco (ch 14), je tombe sur cette anecdote intéressante à son sujet : "Après son entrée dans l'ordre (dominicain) alors qu'il s'était voué au culte de la glorieuse Vierge Marie, une nuit qu'il la priait avec dévotion, il lui sembla que son corps était plongé dans un bain brûlant, de la même façon que son âme brûlait de ferveur. Alors la glorieuse mère de Dieu lui apparut et de ses mains très saintes essuya d'un linge son visage en feu. A son réveil, il s'aperçut que son esprit était subtil, son entendement si lucide et sa mémoire si fidèle qu'il comprenait tous les livres qu'il lisait et retenait tout ce qu'il avait saisi. Son élève disait de lui qu'il ne croyait pas qu'il y eût au monde un homme qui eût appris et compris autant de choses fondamentales que lui. Il était donc digne, lui dont les mains de la Vierge Marie avaient essuyé le visage, d'avoir l'esprit illuminé par la sagesse de Dieu, que la Vierge elle-même avait portée dans ses mains."

On a là une information inattendue sur la présence mariale au coeur même du processus de développement de la scolastique en Europe, présence qui peut-être ne surprendra pas ceux qui connaissent la place du rosaire dans le développement de l'ordre dominicain, mais qui en tout cas positionne la Sainte Vierge dans un plan auquel les représentations (et les apparitions) du XIXe siècle ne nous avaient pas habitué, puisque celles-ci se situent plutôt dans le registre de l'émotion (douce ou sévère) et pas de l'intellect. L'interprétation de de Tocco qui relie la compétence de la dispensatrice de toutes les grâces au fait qu'elle avait aussi tenu la sagesse de Dieu dans ses mains en portant l'Enfant-roi est aussi intéressante. Le geste d'essuyer le visage, comme Sainte Véronique, paraît énigmatique. Presque autant que la lactation de Saint Bernard. J'ignore si elle peut se rattacher ou comparer à quelque autre vision ou songe dans l'histoire catholique.

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Gaston IV le Croisé et Mifaget en Béarn

24 Février 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Otium cum dignitate, #Christianisme

Je profite de mon séjour à Mifaget en Béarn, dans le quartier du Verger, pour me renseigner sur la saga de Gaston IV le Croisé, Vicomte de Béarn, qui fut coordinateur des armées chrétiennes lors de la prise de Jérusalem (ce qui lui a valu de devenir le héros d'un opéra de Verdi), puis qui mena une première Reconquista héroïque aux côtés d'Alfonse Ier d'Aragon qui le conduisit jusqu'aux portes de Grenade... Une "superstar de son temps" comme on dit... Mifaget est une commanderie qu'il a créée, comme celle de Lacommande, à quelques années d'intervalle. Dans les écoles depuis des décennies on ne nous enseigne plus ce qu'étaient les commanderies, mais, pour faire simple, disons que c'étaient des complexes économiques organisés autour d'un monastère de moines-soldats destinés à protéger les pèlerins - ici il s'agissait des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, au milieu d'une grande forêt de hêtres (un faget) particulièrement dangereuse.

Puisque les chiens en liberté des petits bourgeois du village empêchent le jogging et même les promenades sereines, je suis aussi allé me recueillir au dernier vestige de la commanderie : l'église Saint Michel qui comporte encore quelques chapiteaux de l'époque romane et une crypte. Les pèlerins remplissent un livre d'or qui félicite la paroisse de laisser l'église ouverte.

Gaston IV (mort en 1131) aurait été (je suis prudent car le site qui l'affirme semble reconstituer l'histoire à l'image de Pierre Plantard jadis avec son Prieuré de Sion) le premier Grand Maître de l’Ordre équestre du Saint Sauveur du Mont réal (OESSM), ex ordre du Chêne fondé par les rois de Navarre. J'ai évoqué dans mon ouvrage sur le complotisme protestant les spéculations qui existent sur les activités occultes des libérateurs de Jérusalem. J'y trouve un écho dans ce texte du "chevalier Vicomte Mourey de Marboz" qui invite à enquêter sur le compagnonnage propre à l'OESSM et sur le savoir secret qu'il a développé parallèlement à celui des Templiers. Mifaget n'en porte pas la trace en surface. Je ne pense pas non plus qu'il y en ait dans son sous-sol, mais allez donc savoir...

 

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Un mot sur le père Bernard Vignot

19 Février 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

Hier j'ai eu à connaître incidemment d'une "église parallèle" de guérison qui se trouve dans ma ville. J'ai pensé interroger à ce sujet M. Bernard Vignot, ancien recteur pour la France des vieux-catholiques d’Utrecht, et chanoine de la cathédrale anglicane de Paris, auteur du livre "Le phénomène des Églises parallèles". Je viens d'apprendre son décès, à l'âge de 83 ans, le 12 septembre 2019 après lui avoir envoyé un courriel qui m'est revenu. Ne pouvant donc poursuivre le dialogue avec lui, je publie ici le mail qu'il m'avait adressé, le 10 décembre 2018, à propos de mon livre "Les médiums", paru chez L'Harmattan en 2017. Je suis largement en désaccord avec son approche qui est liée à l'orientation moderniste de l'Eglise qu'il servait, et qui fait selon moi, la part trop belle aux sciences humaines au détriment de la spiritualité, mais, comme il y parle d'un "prêtre-guérisseur" (le "père Mathieu" - pseudonyme) que j'évoque dans le livre, je me suis dit que son point de vue pouvait intéresser certains de mes lecteurs. En outre, même si j'étais en désaccord avec beaucoup de ses rationalisations, je dois préciser que sa distance critique et son recul historique par rapport au phénomène des églises crypto-catholiques me fut à certains égards utile ne serait-ce que comme stimulant de mon sens de l'investigation. Et donc voici ce qu'il m'écrivait :

"Je comprends votre souhait de  connaître mon avis…C’est un grand honneur que vous me faites. En suis-je capable ? On va essayer.
D’abord j’ai voulu lire soigneusement votre livre. C’était nouveau pour moi. Je connais bien sûr le sujet mais la manière dont vous décrivez est nouvelle pour moi. Il est difficile de tirer le vrai du faux, car dans ce monde, il y a beaucoup de « faux semblants » et de tromperies. C’est pourquoi les médiums relèvent parfois de la supercherie. Vous allez penser tout de suite que je rejoins les gens incrédules qui portent peu d’intérêt à cette vision des choses, ce n’est pas exact. Je suis prudent voilà tout et j’ai une bonne expérience derrière moi. Tout être humain  cherche au-delà de sa vie à retrouver la vérité… Alors on voit parfois les doctrines les plus farfelues surgir un peu partout. Chacun essaie de donner un sens à sa vie… La médiumnité n’est pas plus mauvaise que d’autres expériences. Après tout Victor Hugo et Camille Flammarion faisaient tourne des tables ! C’est très respectable mais c’est tout.
Vous savez que je suis chrétien et que ma foi s’enracine à la fois dans l’expérience et dans l’étude.  Vous désirez savoir, et je ne demande à personne de suivre mon expérience. Chaque expérience est unique. Vous voulez savoir quels furent mes rapports avec "le père Mathieu". C’est certainement un brave homme. J’ai été quelquefois dans sa chapelle. Rien de bien transcendant. Il fait du culte, un culte populaire qui convient aux gens simples qui gravitent autour de lui. Lorsqu’il rencontre des gens tels que vous, il adapte son discours et il est possible  qu’il essaie de trouver des idées qui correspondent aux vôtres. J’ai passé une grande partie de ma vie à étudier ces "petites Eglises" (qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec les vieux-catholiques – cela fait plus sérieux de s’affubler de ce titre). C’est d’un point de vue sociologique que j’ai toujours vu ces groupes.. ;
Voilà une faible participation à votre travail. Bien sûr on peut se rencontrer pour mieux en parler".

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"Mystique et Magie" de Jean-Gaston Bardet

24 Janvier 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Alchimie, #Spiritualités de l'amour, #Sainte-Baume, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Anthropologie du corps, #Philosophie, #Histoire des idées

"Ne t'arrête pas de hurler sur le cadavre du genre humain que tu vois s'en aller vers des malheurs si grands que la langue ne peut les décrire" (Ste Catherine de Sienne, Le Livre des dialogues, CVII)

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Un lecteur de ce blog que j'interrogeais il y a peu à propos de la numérologie et des heures miroirs m'a conseillé la lecture de Jean-Gaston Bardet (1907-1989), architecte urbaniste qui étudia avec le docteur Alphonse Gay (un clinicien enseignant à la Faculté catholique) le fonctionnement des mystiques chrétiens mais aussi publia divers ouvrages sur la spiritualité (ce qui lui valut de devenir un conseiller du pape Jean XXIII). Je me suis procuré Mystique et magies, paru chez Trédaniel, 1972 puis réédité deux fois, et me suis décidé à le commenter sur ce site, particulièrement parce que cet ouvrage s'intéresse de très près à la problématique du double spirituel, que j'ai un peu abordée dans mon essai sur les médiums de 2017 et qui a pris une importance certaine dans mon expérience personnelle depuis lors. J'essaierai de présenter ici pas à pas le contenu de ce livre, tout en m'excusant auprès des lecteurs pour mes maladresses, mes approximations, et mon ingénuité, car je suis tout à fait Béotien dans les sujets que je vais exposer ici.

Le livre commence, en introduction, par cette problématique du dédoublement. Il en est de deux sortes, nous dit l'auteur : il y a la sortie du corps naturelle dans l'espace et le temps, auquel on peut parvenir dans des rites initiatiques ou par la consommation d'enthéogènes - ça, cela relève de la magie ; et puis il y a l'extase surnaturelle hors du continuum espace-temps, et cela, ça relève de l'expérience mystique.

D'emblée il annonce qu'il ne pourra pas examiner ces deux aspects de la sortie du corps sans avoir examiné la problématique de l'alphabet hébraïque, parce que "chacun sait, écrit-il p. 20, que la plupart des formules ou pantacles magiques (même si on les donne sous couvert de celtisme) renferment des expressions et des lettres hébraïques".

Qu'il me soit permis d'ouvrir une parenthèse ici. Je me souviens que Maurice Caillet, franc-maçon repenti converti au catholicisme, avait un jour dans une conférence témoigné qu'une femme avait été prise d'un malaise dans le cadre d'un cours lorsque l'orateur avait écrit des lettres hébraïques au tableau, ce dont ce dernier s'était excusé ensuite car il s'agissait effectivement des lettres d'un mot magique. Depuis lors, je suis tout à fait convaincu de la puissance des lettres hébraïques, et cette vidéo dans laquelle le rav Menahem Berros (dont on a déjà croisé le nom sur ce blog) raconte comment il a pu réaliser un exorcisme à partir d'une spéculation sur les lettres hébraïques finira, je pense, de vous en persuader...

Suit dans cette introduction une thèse un peu compliquée sur le fait que l'alphabet hébraïque n'est pas purement consonantique (sans quoi le tétragramme YHWH serait imprononçable), ce dont les Juifs eux-mêmes ont perdu le sens à partir de la codification d'Esdras (au IVe s av JC), avec notamment la perte du fait que dans le tétragramme, le vav porte aussi le "o" qui ouvre la voie à l'incarnation de Dieu. "La signification de l'Ecriture esdraïque étant perdue, deux grands courants se formèrent : le courant talmudique, moraliste et le courant kabbalistique ésotérique et mixturé de gnose alexandrine" (p. 28), le Talmud ayant oublié d'utiliser dans la Torah les lettres anormales et les kabbalistes (pour la gematria) les 5 lettres finales qui s'ajoutent aux 22 lettres. A partir d'une analyse serrée du bras de fer entre Moïse et les magiciens du Pharaon (autour de la question des divines proportions) et des compétences de Joseph et Daniel en matière d'interprétation des rêves, Bardet pose (p. 45) que les "Hébreux n'avaient rien à apprendre des Egyptiens ni des Chaldéens en matière de science divine" (ce qui est effectivement normalement le postulat de tout chrétien attaché à la Bible), ce qui lui permet de révoquer toute la numéralogie pythagoricienne prisée par l'ésotérisme français (Claude de Saint Martin, Papus), que Bardet considère comme fausse ("le pythagorisme est une véritable caricature de la Torah", écrit-il).

A la racine de l'erreur de la magie, nous dit Bardet, il y a l'acte de rébellion d'Eve qui, faisant confiance au serpent, croit qu'elle deviendra "comme Elohim", et, ce faisant, agit aussi sans référer à Adam qui est normalement sa tête (ce qu'a redit Paul dans sa première lettre aux Corinthiens). "C'est l'amorce du matriarcat, nous dit Bardet, période la plus funeste des sociétés humaines. La femme, physiquement plus faible cherchera ses pouvoirs dans le psychique, d'où les 'mille sorcières pour un sorcier' de Michelet" (p. 46).

J'ouvre ici une parenthèse pour noter que Bardet à la différence des Chrétiens d'inspiration hénochienne de nos jours (voir mon dernier livre là-dessus) identifie bien la faute d'Eve comme origine de la magie, et non pas l'union des Fils de Dieu/Veilleurs avec les Filles des hommes (Genèse 6:1-4).

L'opposition entre magie et mysticisme se découvre , nous dit Bardet, dans la différence entre le moment où Moïse extrait de l'eau en frappant un rocher de son bâton (Exode 17:5) avec un geste technique qui est celui du sourcier du cas où, dans Nombres 20:7, il est censé faire surgir de l'eau d'une seule parole sur ordre de Dieu (mais il commet ensuite l'erreur de frapper deux fois le rocher de son bâton de peur que cela ne marche pas...).

Venons en maintenant à la question de dédoublement, de la dualité, abordée dans le chapitre II, qui a déjà son principe dans la dualité entre le monde d'en haut et celui d'en bas ("sur la Terre comme au Ciel"). L'humain comprend le rouach (l'esprit, pneuma, la lettre pi, qui vient du he hébraïque), et le nefesh (l'âme vitale, psyché, psi, qui vient du shin hébraïque). Le rouach, pneuma, commande tout. Il est non localisé par essence. Le nefesh-psyché coordonne les plans de vie. "Grâce à elle peuvent s'exprimer instrumentalement les actes intellectuels et libres de notre pneuma...Elle assure, à l'étage végétatif, la continuité nécessaire à la chair. Enfin, elle peut, hors du corps, continuer à assurer la vie. Soit dans le cas des âmes séparées après la mort ; soit dans le cas du dédoublement." (p. 70,

Au passage Bardet condamne Descartes qui coupe l'âme-psyché-nefesh du corps, mais aussi CG Jung qui appelle "âme" (Seele) aussi bien le rouach que le nefesh. On pourrait au passage reprocher à Bardet dans son obsession de tout dédoubler d'oublier au passage qu'il existe aussi dans le judaïsme un troisième élément, la neshama, dont il ne parle jamais.

Attaché à la démarche empirique, justement à cause du dédoublement (qui pour Bardet n'est pas démoniaque mais très ordinaire), il s'intéresse à des cas comme Léo Ferrer, adepte du yoga, ou du réalisateur (qu'il présente comme un peintre) Guy Casaril , auteur dans la collection "Maîtres Spirituels" (Editions du Seuil) de "Rabbi Siméon Bar Yochaï et la Kabbale", qui faisait des sorties du corps par la tête. Il évoque la vision du double dans un brouillard bleuté, transparent, blanc ou blanc violet, l'élévation du double au dessus du charnel. Ce n'est pas une bilocation précise-t-il sauf que ce corps ne peut être touché sans quoi il serait blessé en réintégrant le corps (il rapproche cela du corps de Jésus ressuscité qu'on ne peut toucher en Jean 20:17).

Il ne faut pas que ce soit un dédoublement volontaire comme le font les gourous indiens. Genese 15:10 est mal traduit selon Bardet : c'est Abram lui même qui se divise. A juste titre il critique les expériences de projection dans l'astral des rosicruciens (AMORC) qui peuvent faire perdre la raison (d'ailleurs au 9ème degré de l'AMORC on ne se dédouble qu'à 30 cm). Avec un oeuf de 80 cm qu'ils font tourner les rosicruciens projettent dans cette forme leur double pour y rencontrer des larves astrales.

Puis Bardet évoque les âmes du purgatoire (qui est un état et non un lieu) qui vont rencontrer les vivants comme l'autrichienne Maria Simma. Celle-ci souffrait pour elles et ajoutait que les âmes catholiques souffraient plus mais moins longtemps que les protestantes. Elles ne peuvent rien faire pour elles-mêmes, seules les prières des vivants peuvent les sauver. Ensuite c'est au tour des anges de trouver place dans le livre avec des souvenirs de l'auteur sur son expérience de guerre en 1940 et sa visite au Padre Pio en 1952 à l'invitation de Raoul Villedieu (un ange matérialisé dans un corps le guida comme dans Tobie 12:19). Sur les anges déchus il renvoie à Giovanni Papini - son livre sur les démons dans l'art contemporain (p. 104). On trouvera ensuite dans l'ouvrage de Bardet une critique de la "bêtise" des entités spirites qui rappelle celle (plus inspirée) que fait Guénon, et une analyse expérimentale d'une canalisation de Lola Montès par une certaine Mme Laval de Montauban en 1932 et de celle de Suzon Clairac.

En venant aux exorcismes, JG Bardet estime qu'ils ne doivent être accomplis que par des prêtres irréprochables et que l'Eglise catholique les minimise trop maintenant du fait d'une surévaluation du rôle des démons qu'il y eut auparavant pendant la contre-réforme. Il cite longuement des exorcisme figurant dans un ouvrage de Mgr Léon Cristiani paru en 1959, ce qui est peut être une façon, me semble-t-il, de leur faire un peu trop de publicité. Une petite anecdote "Le brave Père Lamy, curé de La Courneuve, voyait souvent Satan dans un coin de son église et il l'apostrophait : 'va t en sale Bête !'. Alors Marie présente intervenait : 'Souviens toi que c'est un Prince' ". Le Père Lamy a sa fiche Wikipedia aujourd'hui. Je ne suis pas sûr que cette anecdote serve sa cause. Bardet aurait mieux fait de citer Bérule

Au total le chapitre II "La structure humaine" apparaît assez banal et sans grande envergure. Le chapitre suivant sur la magie (que l'auteur situe dans la sphère du paranormal, entre le surnaturel et le naturel, et dans laquelle il voit surtout un facteur de déséquilibre cosmique), est très marqué par la figure de Papus que l'auteur a lu lorsqu'il était lieutenant dans le Génie à Metz. Il insiste sur la nécessité de s'y livrer dans un cercle protecteur (circulus) après avoir été exorcisé selon le rite romain par les quatre éléments, avec sur soi un pantacle et de faire preuve d'ascétisme.

Faisons une mention de ses remarques sur le rapport de la magie à l'eucharistie car c'est un élément important du débat actuel (comme ça l'a toujours été) avec les protestants. Il rapporte l'expérience de Papus qui avait amené un sujet hypnotisé à la messe et avait vu une lumière sortir du coeur de fidèles pour aller entourer le prêtre au moment de la communion. Ce qui recoupe le propos du théosophe Arthur E Powell (que Bardet orthographie par erreur "AF Powel" il y a quelques coquilles de ce genre dans son livre...).... tout en ajoutant : "Mais ce que Powel ne précise pas, c'est qu'il n'y a aucune manifestation dans le cas des pseudo-évêques théosophes". La même expérience a montré aussi une condensation de lumière en provenance des fidèles sur les hosties protestantes (mais pas sur le pasteur), et le voyant orthodoxe a vérifié la même choses sur les hosties orthodoxes lors de la communion. Bardet dit (p. 144) refuser volontairement de rapporter les expériences de voyants catholiques pour qu'il n'y ait pas de soupçon de partialité. Et comme beaucoup de catholiques l'auteur rappelle que l'utilisation des hosties consacrées par les satanistes qui les détournent (c'est encore arrivé récemment au Canada) suffit à en prouver le pouvoir. Bardet évoque aussi des expériences pendulaires sur du pain béni. Selon lui, la force de l'eucharistie aurait dû dispenser Papus et les autres de pratiquer la magie.

"Au lieu de s'adresser à des esprits qui réclameront un lourd paiement différé, l'ami de Dieu - par la prière, par l'oraison, par le secret des pères du désert, s'adresse directement à l'Essence créatrice. Il renoue le contact perdu" et l'attitude apparemment passive du mystique est "la plus haute forme d'action" disait Bergson...

La magie s'est frayé un chemin au Moyen-Age sous couvert d'hébraïsme avec notamment Rachi de Troyes qui tirait profit de l'influence des foires de Champagne (Louis Chochod). Les chrétiens débattaient avec les rabbins, mais une fois découverte la kabbale, le concile de Latran IV impose l'étoile jaune en 1215, Saint Louis fait brûler le Talmud et l'Angleterre expulse les Juifs en 1290. En 1516 Venise crée un ghetto. Mais l'hébraïsme a déjà envahi l'Europe avec l'astrologie et l'alchimie "jusque dans les boucles d'oreille - à l'imitation des Maures et des Tsiganes - que portaient les Compagnons du Devoir".

Plus grave encore aux yeux de Bardet, les hérésies comme le catharisme dont le "consolamentum" provoque des décorporations sataniques calquées sur le Corpus Hermeticus (Jean Guiraud).

Bardet examine ensuite le Graal dont j'ai montré dans mon livre sur Barbara Aho qu'un courant évangélique (entre autres) lui prête une nature luciférienne. Pour Bardet il s'agit du Christ à double nature : shin (vert - Luc 23:31) et waw (rouge).

Selon Bardet, les Compagnons du Devoir détiennent un secret sur le Graal... Je pourrais développer le sujet dans un billet séparé. Mais cela me prendrait trop de temps et d'énergie, donc je préfère traiter la chose en quelques lignes ici même si cela risque de rendre le billet fort long. Disons que divers événements biographiques m'ont sensibilisé aux thématiques de Bardet sur le sujet. Concernant le Graal, j'ai vécu six mois à Troyes en 1994 (salut Valérie Gruyer et Héry Ramilijoana !) ce qui m'a sensibilisé à l'intérêt littéraire (sinon mystique). Et j'ai  connu les compagnons du devoir par le biais de la provençale New Age possédée dont je parle dans mon livre sur les médiums, j'ai même effectué une ascension initiatique de la Sainte Baume avec eux.

Jean-Gaston Bardet mentionne un "dit" (une tradition orale) des Compagnons du Devoir : "Le Saint Graal a été porté par trois tables, une ronde, une carrée et une bicarrée. Toutes les trois ont une même surface et leur Nombre est 21".

Bardet rappelle que les Compagnons sont nés dans la mouvance bénédictine et qu'une partie s'est compromise avec les Templier : les "Enfants du Père Soubise, de Nogent-sur-Aube ou Nogent-en-Othe, composé exclusivement de charpentiers ("Bons-Drilles" ou "Passants") contre les "Enfants de Maître Jacques", qui ont été interpénétrés avec les Tziganes et les Francs-maçons, se réfèrent à la kabbale et effectuent leur Tour de France en sens inverse de celui des congrégations religieuses (pour mémoire il y a une statue de "Maître Jacques" de Molay, à la Ste Baume).

Le Compagnonnage bénédictin savait que la valeur du Shin est 21 (et non 300 comme dans la Kabbale et le tarot). Le Shin (corps du Christ) qui a la forme d'un vase utilise d'ailleurs les trois formes : ronde (le point sur l'axe), carrée (les têtes des Wawin), rectangulaire (la base). On renverra au livre (p. 162-163) pour la polémique mathématique que Bardet engage avec Raoul Vergez (dit "Béarnais") et Louis Charpentier sur l'exploitation du Shin dans les cathédrales.

Pour Bardet, le sens du Shin présent dans l'architecture de la cathédrale de Chartres (construite entre 1194 et 1220) s'est perdu ensuite dans l'art gothique par la "pénétration gnostique" substituant l'étoile magique au Tétragramme sacré.

Selon lui, la vérité originelle du Graal est dans ce savoir maçonnique bénédictin champenois autour du nombre, de la figure et du poids, que l'hermétisme spéculatif va défigurer en en faisant un objet de voyage alchimique, comme la Toison d'or, tandis que seule la Table ronde est conservée (sans les autres formes), "symbole d'égalité-fraternité", puis on ira même au XIII ème siècle jusqu'à y introduire de la magie celtique (Merlin) et même Alexandre le Grand, symbole du syncrétisme.

Shin est la lettre centrale dans le nom de Jésus au milieu du tétragramme : Y H Sh W H, et 21, sa valeur est la seule lame au tarot non numérotée au fronteau et le Shin y est surnommé "le Fou" à titre blasphématoire (Chochod). Tout homme normal a un shin à l'endroit au vertex et un shin inversé au pied et c'est l'inverse chez les satanistes (on renvoie à la p. 167 du livre pour une approche pendulaire des diverses dispositions de Shin chez des personnalités des années 1970).

Pour rapprocher le travail de Bardet de celui de l'évangélique Barbara Aho auquel j'ai consacré mon avant dernier livre, je dirais qu'ils partagent une même aversion pour le talmudisme, mais une même fidélité à l'hébraïsme originel revivifié par le sacrifice de Jésus-Christ. Cependant Bardet a un regard plus nuancé que la prédicatrice texane sue les Templiers dont il souligne l'utilité initiale. Toutefois il reconnaît des problèmes initiaux de symbolisme dans cet ordre (la croix renversée sur l'épaule gauche), le danger qu'il y avait à laisser une "armée coloniale" de ce type, même pourvue d'une règle de fer, évoluer "en vase clos", et le placement dans ces ordre, à titre de redressement, disciplinaire, de dignitaires cathares repentis. L'orgueil des Templiers à qui on put faire avaler qu'ils auraient des savoirs orientaux secrets sans en payer le prix, la compromission de Gérard de Ridefort, jusqu'à l'adhésion à la Sourate IV du Coran (Jésus n'est pas mort sur la croix), firent le reste ce qui explique que les Templiers aient ensuite volé à Constantinople en 1207 et caché le St Suaire (preuve de la crucifixion de Jésus) réapparu seulement en 1353 (46 ans après la dissolution de l'Ordre).

Pour Bardet, toutes ces magies prolongées par la rose-croix et la franc-maçonnerie recherchent le dédoublement psychique, le contact avec des entités, la promotion (comme les chrétiens sociaux) d'un Christ humain, dans la lignée de l'arianisme, au coeur même d'une France qui, placée sous le même archange (Michel) qu'Israël, est appelée à sauver le monde (p. 185). Papus avait déjà vu qu'en franc-maçonnerie, "les mystères du dédoublement conscient de l'être humain, ce qu'on a appelé la sortie consciente du corps astral... ont été développés pour constituer les degrés écossais, ajoutés par le Suprême Conseil de Charleston (en Caroline du Sud) vers 1802"... "et ces grades conduisant au dédoublement sont précisément, couronnés... par des grades Templiers" Cette maçonnerie "écossaise" était en fait américaine, et hébraïque avec la fondation du B'nai B'rith en 1843.

Tout cela n'est que supercherie pour Bardet car les dédoublements volontaires (magiques) ne font rencontrer que des "larves astrales". Le psychisme ne sort pas de lui-même (idem dans les exercices ignaciens des jésuites p. 305).

Le vrai dédoublement s'obtient par la voie ascétique (celle de la mortification) et la voie mystique (la mort spirituelle), qui est le renoncement à la volonté personnelle (St Jean de la Croix, Eze 1:12). Là la chair s'aligne sur l'esprit, mais l'esprit a encore à progresser et s'affranchir de ses propres frasques, et il doit continuer à progresser vers les demeures les plus intérieures de son château (Ste Thérèse d'Avila). La grâce de l'entrée dans la 5eme demeure peut advenir au moment le moins attendu par l'extase des Ténèbres comme ce fut le cas pour J de J qui n'était jamais passé par l'étape de l'oraison. Elle arrivait à tout moment à Anne Marie Taïgi (p. 334).

Une petite parenthèse à ce stade : un lecteur de ce blog qui a bien connu Gaston Bardet, me précise : "Gaston Bardet avait  demandé au docteur  Charles Villandre  un crucifix  reproduit d'après les  travaux du Docteur Pierre Barbet au sujet du  Linceul de Turin. Il me semble que ce crucifix était grandeur nature et comportait les détails anatomiques les plus précis révélés par  les photos en négatif de la Sainte relique. Gaston Bardet entendait  battre le cœur de Jésus à l'intérieur de cette très fidèle reproduction . C'est à partir de ce moment qu'il  ajouta  le prénom de" Jean" au sien propre: "Gaston". Dans ses livres, il parle de J de J. Il s'agit de lui-même soit "Jean de la Joie" Il avait en effet reçu les "grâces de jubilation" si bien décrites par Sainte Thérèse d'Avila."

On oublie trop souvent, nous dit Jean-Gaston Bardet p. 336, que l'intelligence puissante de St Thomas d'Aquin s'enracinait dans une propension très forte pour l'oraison. Il pouvait, sur cette base, se provoquer des extases à volonté comme beaucoup d'autres saints selon Richard de Saint Victor. Son biographe (Vita Sancti Tomae), Guillaume de Toccoprocureur du couvent des frères Prêcheurs à Bénévent représenté  en bas à gauche du tableau de Zurbaran ici , très sensible à la douleur, il se provoquait des extases en lieu et place de nos anesthésies, lorsqu'un chirurgien devait effectuer sur lui une opération chirurgicale. Bardet précise dans une note de fin de chapitre que lui-même a tenté d'entrer en extase pour une opération mais que cette initiative combinée aux effets de l'anesthésie l'a plongé dans une syncope bleue. Il pense que St Thomas était un homme à la peau fine comme les sélectionnait Swami Vivekananda pour en faire ses disciples.

P. 338 Gaston Bardet s'essaie à des observations médicales sur les effets de l'oraison. Il relève notamment l'apaisement des névroses, des angoisses, lié à un ralentissement de la vie végétative (ce dont, note-t-il, les taoïstes et les "yoguins" abusent). Il étudie aussi les maladies de l'Esprit que peuvent occasionner les extases mais aussi l'effet étrange de la communion spirituelle sur ces maladies comme une bronchite qu'il avait lui-même contractée dans une extase mais qui fut ensuite stabilisée pendant trois semaines au point que son médecin lorsqu'il l'examina pensa qu'elle n'avait que trois jours. Il condamne au passage le mot de "faiblesse" forgé par Ste Hildegarde pour les léthargies extatiques, y voyant les premiers effets funestes d'un humanisme naissant (le bébé qui s'endort contre le sein de sa mère vivrait-il dans la faiblesse ? demande-t-il).

Ces effets de l'oraison lui paraissent diamétralement opposés à ceux des "états hypnoïdes" (pratiqués en sophrologie, chez certains médiums etc) qui "consistent en un clivage de plus en plus accentués du cerveau antérieur (hémisphères cérébraux et cerveau intermédiaire ou diencéphale) et du névraxe : moelle et cerveau postérieur. Ce clivage  entraîne une dissociation de plus en plus grave de l'intelligence et de l'imagination, de la volonté et de la sensibilité, de la mémoire des concepts et de la mémoire des images, une suppression de la sensibilité, puis, progressivement, des cinq sens ainsi que de la motricité". Dans le sujet animal coupé de son cerveau antérieur, l'hypnotiseur peut insérer une image, une suggestion, comme fait le démon dans la tentation qui agit par l'imagination (cela une voyante me l'avait déjà dit...). Joseph Breuer sur cette base introduisait des images inconscientes dans le cerveau animal qu'il pouvait ensuite refaire surgir et manipuler. L'AMORC (le rosicrucisme américain) l'utilise pour plonger les adeptes dans des états qui les font rencontrer des entités.

Le magnétisme plonge aussi dans un sommeil comme l'hypnose mais sur un mode plus progressif. Bardet en décrit les étapes et témoigne qu'il a pu faire parler en anglais un sujet en état de cataleptie magnétique (p. 350) ce qu'il rapproche des cas de possession décrits par Mgr Saudreau, cité par L. Christiani (et cela est à rapprocher aussi du programme MK Ultra de la CIA). Cela conduit à des états de somnambulisme, perception à distance etc.

Au delà, c'est la dissociation du corps subtil (le "ka" égyptien) chers aux adeptes du yoga, et obtenu électriquement par le colonel de Rochas à l'aide d'une machine Wimhurst. Hector Durville les photographia. Le journaliste anglais adepte du yoga Paul Brunton (Raphael Hurst), a raconté son expérience dans la Grande Pyramide de Khéops de déboublement dans les années 1930, qu'il vécut comme un début de mort, avec une remontée de l'âme vers la poitrine et le cerveau et la sensation de basculer dans l'infini. Bardet explique en note de fin de chapitre que "son dédoublement inopiné provient sans doute des radiations dangereuses qui baignent le tiers inférieur de la Pyramide" (nb : sur les pyramides et l'électricité voir notre billet ici) et observe qu'ensuite Brunton n'aura que des expériences décevantes en Inde. Pour lui, c'est une expérience de psyché (nephesh), pas de pneuma (rouach). La part du nefesh qui sort est un ectoplasme froid, reptilien, sans intelligence, physique et donc affecté par le chaud et le froid (je vous renvoie à mon billet de 2018 dans lequel je relevais cette anecdote racontée dans la revue Smash Hits de 1988 par la chanteuse californienne bouddhiste ex-cocaïnomane Belinda Carlisle, de son contact en 1977 - à 19 ans - à Londres avec un ectoplasme froid).

Bardet revient ensuite sur les bilocations, celles du Padre Pio dont on a beaucoup parlé sur ce blog, celles de Mère Yvonne-Aimée de Jésus (aussi citée sur ce blog) celles du dominicain péruvien Martin de Porres, bilocations liées à une union supérieure avec le Dieu trinitaire. La même méthode d'opposition du mysticisme chrétien à la magie païenne et juive revient dans le chapitre VII sur la kabbale où il invoque l'autorité de St Bonaventure (et même des qaraïtes p. 406) contre Gershom Sholem et les tarologues.

Ceux qui se confrontent couramment au yoga, au New Age, à tous les coachs de "développement personnel" très en vogue en ce moment et de bien être pourront lire avec profit le chapitre VIII. « Approché par la Route de l’Est (identification), avait écrit en août 1948 Teilhard de Chardin dans "Comment je vois", l’Ineffable n’est pas Aimable. Atteint par la Route de l’Ouest (union), Il est dans la direction prolongée de l’Amour. Ce critère très simple permet de distinguer et de séparer comme antithétiques des expressions verbales presque identiques chez un chrétien et un indou » . Le penseur, nous dit JG Bardet, après s'être égaré dans une "synthèse philosophico-scientifique" et une aberration comme le "rôle cosmique de la sexualité" retrouvait ainsi la voie de la Trinité : aucun salut ne vient de l'Orient. La France après l'Allemagne (où la syllabe "oum" servait à conjurer depuis le XVIe siècle) est devenue en 1945 une terre de mission pour le yoga. L'opération nous dit Bardet était coordonnée par les francs-maçons qui savaient que la théosophie n'avait pas suffi à garantir l'importation du culte de la déesse mère sous nos latitudes (il s'appuie à ce sujet sur le livre de Jacques Lantier "L'extraordinaire aventure de la théosophie" paru en 1970). Le celtisme en Bretagne et au Canada n'est qu'un auxiliaire de cette tendance : "ce dernier pue l'hitlérisme sous couvert d'aryanisme", note l'auteur p. 420 qui cite un extrait non daté de la "Revue du Québec Libre" celtisante lequel disait : "Pourquoi parler des camps de concentration dans l'Allemagne national socialiste où, d'ailleurs, aucune chambre à gaz n'a jamais existé ?"...

Pas toujours ordonné dans ses démonstrations (c'est le moins qu'on puisse dire), JG Bardet fait un détour par la vie affective désastreuse des piliers du mouvement théosophiques que furent Helena Blavatsky, Annie Besant et Anne Kingsford. Puis il se confronte à la civilisation indienne : "Ce pays de mathématiciens, d'idéalistes - et non de mystiques, c'est à dire de réalistes - a dévié la notion d'éternité : Eternel Présent" (p. 422), tandis que les Indiens s'interdisaient justement de penser l'éternité en ajoutant des zéros (leur invention) aux années, ce qui entraîna un désespoir collectif devant le réel représenté par la doctrine de la réincarnation des bouddhistes et des jaïnistes.

Le Hatha-Yoga, nous dit Bardet, ne conduit pas à "servir" Dieu "mais à se transmuer en dieu par la violence de son énergie sexuelle, et le Jnana-Yoga n'est qu'un enfermement orgueilleux dans la connaissance de soi. Seul le Bakhti-marga comme recherche de l'unité avec le Bien-aimé trouve grâce à ses yeux. Il évoque au passage un échange qu'il avait eu avec le Swami Siddheswarananda qu'il avait rencontré dans les années 1950 pour lui dire qu'il se trompait sur St Jean de la Croix et qui mourut ensuite "très vite d'un cancer consécutif à ses pratiques" (p. 424).

Pour JG Bardet, le Hatha-Yoga consiste à "transmuer l'énergie due à la respiration et l'énergie sexuelle en énergie dite cérébrale", et il se livre à une analyse de l'énergie de nature électrique (qui est aussi celle des magnétiseurs) dont on constate la circulation avec l'acupuncture chinoise et d'énergies purement spirituelles dont le "gayographe" avec lequel il a travaillé pourraient enregistrer les variations. De ces énergies invisibles l'hindouisme dégage la notion de corps subtil mais qui n'est qu'une partie du corps glorieux chrétien et qui, bien qu'il survive au corps "lourd" après la mort physique, est voué à terme à la dissolution. Le Hatha-Yoga, union du soleil (ha) et de la lune (tha), est un travail sur la Kundalini-Shakti, le Serpente originelle (Alain Daniélou, Yoga, méthode de réintégration, L'Arche, 1951). "Aujourd'hui, le yoga qui nous est transmis n'est pas le yoga initial, le mode d'union de la Révélation primitive, mais le Yoga sexualisé de l'ancien matriarcat, c'est à dire la pire dégradation satanique de la Révélation de la Vierge Marie" (condamnée par le Concile d'Ephèse de 431 qui en la proclamant theotokos rompt toute confusion possible avec la déesse mère). La contraction du périnée (yoni) à la base des postures (asanas) n'est pour JG Bardet qu'une activation d'une vulve en tout un chacun, et un massage des parties sexuelles qui active une énergie laquelle conduit à des vibrations de l'hypophyse analogues à celle que provoquent le chant et la psalmodie - à ce stade on peut émettre une réserve : toute séance de yoga n'implique pas des contractions du périnée.

En bout de chaîne, aux yeux de Bardet, il y a le tantrisme, dernière invention indienne (selon Mircea Eliade, mais ce point est controversé) sous l'influence du taoïsme (je précise que cela est confirmé par Van Gulik). Pour JG Bardet qui s'inspire toujours des travaux de Daniélou qu'on a cités sur ce blog il y a 13 ans, il y aurait là une sorte de revanche du shivaïsme dravidien sur les vedas aryennes : "le sang noir l'a emporté (comme chez les Soufis) pour pousser à l'orgie" (sic). Cham qui s'est moqué de l'ivresse (mystique) authentique de son père, Noé, a bien mérité d'être maudit" (p. 434). Ce passage révèle une connaissance très superficielle du tantrisme, avec des clichés raciaux dignes de Benoist-Méchin, et du style de pensée très années 40 de l'administration vichyssoise. Sans doute le pire passage du livre.

Il y aurait selon Bardet une catalepsie yogique qui accélère le pouls là où les catalepsies de magnétiseurs fonctionneraient plutôt sur des ralentissements du pouls (mais là encore cette remarque ne correspond guère aux pratiques actuelles en Occident pour ce que je peux en savoir).

Pour terminer JG Bardet fait l'éloge de l'hésychasme, au moins dans sa version originelle car selon lui au Mont Athos, en Grèce, il est dénaturé par une volonté de "faire descendre la prière dans le coeur"... Il y a peu, comme je lui parlais de Bardet, un de mes lecteurs m'a adressé le "scan" d'une dédicace du livre de l'indianiste béarnais Jean Biès sur le Mont Athos (Editions Albin Michel) ainsi rédigée : "A Monsieur Gaston Bardet, qui me révéla, entre autres, dans son huitième chapitre de "Je Dors", le secret de la prière perpétuelle, je suis heureux de faire don de ce premier livre mien, - un essai sur nos frères séparés, une description d'un des derniers promontoires dominant encore l'An 2000. Jean Biès. Arros de Nay, 6 novembre 1963".

Jésus-Christ disait qu'on reconnaissait un arbre à ses fruits. Jean Biès, guénonien, s'est suicidé en janvier 2014, à l'âge de 81 ans, n'ayant pas supporté le décès de sa femme Rolande, qui était une admiratrice de la très jungienne Marie Louise von Franz... Disons le tout net : je ne suis pas très adepte de l'hésychasme (même si je défends évidemment la prière permanente mais sous d'autres formes), et cette affaire de suicide ne révèle pas une présence spirituelle très positive dans la maison de Jean Biès. Si Jean Biès est le "fruit" de l' "arbre" Gaston Bardet, il y a matière à s'inquiéter.

Un de mes amis orthodoxes me disait il y a quelques années qu'il y a danger à pratiquer la "prière du coeur" sans l'encadrement d'un Staretz. Je le crois volontiers. Gaston Bardet, lui, suggère de se préparer à l'extase mystique par la simple répétition mentale perpétuelle "d'une phrase mariale" (p. 480). "Une paix, purement psycho-somatique, commence à se faire sentir. Quand vient le soir, il ne faut plus rien faire qui puisse empêcher l'invasion de l'Esprit. Pour faciliter cette plongée, il faut se garder de faire oraison à genoux ou dans toute position nécessitant le contrôle de l'équilibre". S'asseoir dans un fauteuil, dans le silence, réciter avec un rythme lent, pendulaire, des litanies. "Ne rien chercher, aucun exercice touchant de près, ou de loin, à l'hésychasme et au yoga" (sans doute vise t il l'hésychasme "dégénéré" qu'il n'avait pas encore bien identifié en 1963 quand Jean Biès lui dédicaçait son livre). Pour finir il décrit les effets de cet abandon, et même les observations qu'il a pu en tirer au "gayographe"...La démarche même de se mettre dans un fauteuil le soir pour se rapprocher de Dieu parce qu'on l'a lu dans le livre de Gaston Bardet ne serait-elle pas en soi contraire au principe même d'abandon à la volonté du Créateur qui exclut par principe toute initiative ou tout "plan" personnels ? Nous terminerons ici la lecture sur cette question.

Voilà, en résumé (un résumé fort long j'en conviens mais je m'en servirai comme d'un aide-mémoire), le contenu du livre que je voulais vous exposer. A l'heure d'émettre une appréciation globale, il est difficile de juger l'expérience et le savoir exposés par Jean-Gaston Bardet. Beaucoup sont prompts à catégoriser "c'est de Dieu" "c'est du diable"... Au niveau théorique, on ne sait ce que vaut son travail sur le "shin" et sur le tétragramme. La volonté de travailler sur une langue réputée venir directement de Dieu, l'hébreu, en la soustrayant aux erreurs de la sorcellerie kabbalistique (et maçonnique) est louable. Je suis bien incapable de dire si elle est réussie (j'espère seulement que la connaissance de la kabbale par l'auteur n'est pas aussi biaisée que celle du tantrisme...). Au niveau pratique, les extases sont réelles. Sont-elles de Dieu ? On ne sait ce qu'il faut déduire du fait que Bardet mente à leur sujet en les imputant à un certain J. de J. alors que c'est lui qui les a vécues. Ce geste, en tout cas, lui, n'est pas de Dieu. De même on peut s'interroger sur l'impact de tout cela sur sa vie, son remariage avec une jeune femme, dont il eut une fille qui aujourd'hui étale ses états d'âme dans les médias du système 666, exactement dans le langage que ceux-ci veulent entendre. On sait que Ste Marguerite de Cortonne avait abandonné son fils en entrant au couvent : Mauriac reconnaissait que c'était l'ombre principale au tableau de sa sainteté. Est-ce que le sort donné à la progéniture est le critère de vérité d'une doctrine ? Question délicate de l'articulation entre théorie et pratique... Il est possible que Bardet ait été encore trop tributaire de Papus et des expérimentateurs de tout poil auxquels il ne faisait que tenter d'opposer un christianisme pur, puisque son christianisme lui-même se faisait expérimental et spéculatif, avec un pendule à la main. Le statut de sa recherche renvoie à celui de la recherche empirique. Y a t il une "science chrétienne" ? Faut-il fuir le travail mi-rationnel mi-inspiré autour du surnaturel ? On sait quel tribut la protestante Doreen Virtue paya au fait d'avoir grandi dans une famille adepte d'un mouvement américain qui se baptisait lui-même "science chrétienne" (elle attribue à cela son errance dans le "New Age"). Mais condamner l'observation expérimentale, n'est ce point également condamner St Thomas d'Aquin et même St Augustin qui lui aussi s'était interrogé sur les fantômes et les bilocations (voir ici) ?

Peut-être Augustin eut-il au moins la sagesse de ne pas consacrer des livres entiers à cela, et, après avoir vaguement soulevé les questions, laisser l'entière réponse à Dieu. Le livre de Bardet a en tout cas le mérite de présenter un état des connaissances assez érudit sur le parapsychisme et le surnaturel à la date du début des années 1970, avec une volonté sincère de ne pas céder aux sirènes de l'orientalisme, de la sorcellerie ou du New Age. A ce titre, il mérite une place dans nos bibliothèques.

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Le voile des cheveux et les anges

10 Janvier 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps, #Histoire des idées

Il y a quelques années (2013), un spécialiste des textes sacrés, James D. Tabor, de l'université d'Etat de Pennsylvanie dans "Paul and Jesus" (p. 162), examinait la première lettre de St Paul aux Corinthiens et expliquait que dans cette lettre quand l'apôtre écrit (1 Cor 11-15) que la femme ne doit pas avoir les cheveux longs par respect pour son mari, car ses cheveux sont son voile, il condamne la mode romaine de relever les cheveux pour exposer le cou et les boucles d'oreille. Voir aussi 1 Tim 2:9 qu'elles "ne se parent ni de tresses, ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux", les tresses "braided hair" renvoient à cette mode et 1 Pierre 3:3. On sait jusqu'où allait l'exhibitionnisme des aristocrates gréco-romaines dans le monde méditerranéen antique : voyez au Ve siècle le cas de Sainte Pélagie, qui avant de se convertir, passait  dans les rues d’Antioche - « ne portant sur elle que de l’or, des perles et des pierres préciseuses, même ses pieds nus étaient couverts d’or et de perles » (adornata ita, ut nihil videretur super ea nisi aurum et margaritae et lapides pretiosi; nuditas vero pedum ejus ex auro et margaritis erat cooperta), ce qui émut l’évêque Nonnos. L'importation de la soie translucide notamment avait terriblement contribué à cette dérive.

Le pouvoir que la femme doit garder sur sa tête est une protection contre les anges déchus de Genèse 6:1-4 qui, croyait Paul, étaient présents dans toutes les assemblées (notamment quand des gens qui avaient participé aux sacrifices païens venaient à la table chrétienne) ou pouvaient s'introduire dans les groupes exerçant des dons charismatiques. Il existe une autre hypothèse. Les manuscrits de la Mer Morte ont montré que diverses sectes juives pensaient que les anges saints pouvaient être présents dans les assemblées. Le théologien catholique Joseph A. Fritzmyer (1920-2016) dans "A Feature of Qumrân Angelology and the Angels of I Cor. xi. 10," a avancé que la recommandation pouvait valoir seulement pour ne pas faire fuir les anges purs qui n'auraient pas supporté l'impudeur. Tabor précise que les règles de soumission des femmes ne sont valables que sous l'ancienne loi lié au péché originel d'Adam et Eve dans l'attente que l'homme retrouve son androgynéité première en Christ (cf nos remarques sur Antoinette Bourignon).

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Tantrisme et christianisme

8 Janvier 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme, #Christianisme, #Anthropologie du corps

Il y a quelques années, j'étais tombé sur les travaux du théologien catholique John Dupuche sur le tantra chrétien. J'y avais fait allusion en 2019.

L'expérience chez les médiums que j'ai évoquée dans mon livre de 2017, m'ayant convaincu de l'existence des entités invisibles et des démons, je suis maintenant très prudent sur les questions sexuelles, qui sont un terrain d'appropriation privilégié de ces entités. Saint Paul est très clair à ce sujet quand il évoque l'unité de chair avec la prostituée ou l'impudicité, et l'on ne peut pas se prévaloir trop commodément du "tout est pur pour ceux qui sont purs" de Tite 1:15 (comme le firent quelques possédés du genre de Frithjof Schuon)... Mais c'est vrai qu'il reste des interrogations : pourquoi le Christ, que le chrétien doit imiter, se laisse-t-il caresser le pied par une prostituée ? et pourquoi dit-il que les prostituées (qui d'après la logique de Paul ne devraient pas avoir leur place dans le Royaume) seront-elles selon lui sauvées avec les publicain plus vite que les prêtres ? Y a t il là un propos purement rhétorique.

Mes derniers travaux sur la nudité et le sacré m'ont fait repérer des ponts inattendus entre le rapport des premiers franciscains à la dénudation et sont pendant chez les mystiques néo-shivaïtes féminines indiennes comme Akka Mahadevi ou Lalla Yogiswari... Est-ce que le pont serait concevable aussi dans la sexualité à travers le tantrisme ?

Je ne pense pas que John Dupuche aille aussi loin. Pour lui, c'est plus le travail sur le souffle et le détachement du tantrisme qui l'intéresse. Pas la sexualité, donc pas le tantrisme "de la main gauche", comme on l'a parfois appelé... J'ai un peu échangé naguère avec une tantrika qui avait pratiqué ce dernier intensément dans des ashram. Mais je n'en ai pas retiré l'impression qu'elle en avait obtenu des "énergies" vraiment supérieures et pures, bien au contraire.

Au total, sur la question de la sexualité, je suis convaincu que tout ce qui relève de l'image (le fantasme, les images érotiques) est mauvais, donc tout ce qui est onanisme, et a fortiori échange avec les succubes dans le sommeil aussi. C'est une économie de jeux de miroirs et de sorcellerie. Et tout ce qui est dans la logique de la "décharge" hormonale aussi (et qui est pourtant valorisé par notre époque), car cela relève de l'addiction comme une drogue destructrice. A peine l'a-t-on fait que quelques heures plus tard il faut recommencer.

Y a t il un troisième aspect, quelque chose de plus puissant, de plus pur, dans un érotisme retenu entre deux partenaires particulièrement initiés à cet "art" ? Je ne sais (n'ayant pas conduit l'expérience avec des partenaires qui auraient une visée mystique).

La question de fond me semble être celle-ci : si le corps est appelé à être le temple de l'Esprit saint, comment peut-on y parvenir ? La répression des instincts sexuels est souvent nécessaire, faute de mieux, mais ce n'est pas une fin en soi. Car puisque le corps ne se limite pas à la chair (condamnée par le christianisme), la sexualité n'est peut-être non plus purement charnelle et tournée vers la mort (et je ne parle pas ici seulement de sexualité dans le cadre conjugal).

Dans son dernier livre paru en 2020, J. Dupuche met en valeur cette citation de Tertullien "La Chair est le gond du salut", caro salutis cardo est. Beaucoup de gens se méfient avec raison de l'aspect luciférien de l'ouverture des chakras (et de la méditation ou du yoga qui conduisent). Si une illumination est possible à travers eux, il me semble que ce doit être dans une visée de total désintéressement. Dupuche fidèle à l'héritage du catholique Sir John Woodroffe (1865-1936), juge à la cour suprême de Calcutta étudie dans son dernier livre les chakras à travers le Ṣaṭ Cakra Nirūpaṇa. L'introduction de son livre qui veut éviter le pélagianisme autant que le gnosticisme, paraît assez prometteuse. Je vous en dirai plus quand j'aurai lu l'ouvrage en entier.

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Les Nephilim et les pyramides mayas : deux hypothèses chrétiennes

1 Janvier 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète

Dans mon livre sur les Nephilim (cf ici) j'ai évoqué les travaux de LA Marzulli sur les pyramides. Cette veine d'interprétation chrétienne part du principe que les géants issus de la descendance des Fils de Dieu mentionnés en Genèse 6:1-4 ont construit les pyramides et divers autres mégalithes en Egypte, en Amérique centrale et ailleurs. En général, les chrétiens qui suivent ce schéma d'interprétation contournent le fait que les historiens laïques attribuent aux pyramides une naissance très postérieure aux temps qu'est censée évoquer la Genèse par le fait qu'il n'y a pas de datation possible au carbone 14 pour les pierres de sorte que l'agencement de celles-ci serait antérieur aux civilisations auxquelles on l'attribue.

Il existe une autre voie exégétique chrétienne possible que mentionne ici le prédicateur protestant Gene Kim (cf ci-dessous). Il explique que, puisqu'on a retrouvé des pièces phéniciennes en Amérique latine, on peut concevoir que des géants cananéen survivants de la lignée enfantée en Genèse 6:1-4 mentionnés en Nombres 13.1-33 ont pu naviguer à travers l'Atlantique, par les airs ou par la mer, et y installer les pyramides à l'époque de Moïse voire ultérieurement pour qu'ensuite Satan puisse prendre appui sur cette civilisation "nephilimique" pour contrer l'influence christique en Europe à travers la figure de Quetzalcoatl.

Une petite originalité...

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25 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #down.under

J'ai évoqué dans mon livre sur les Médiums (paru chez l'Harmattan en 2017) l'expérience de ma découverte du monde invisible, puis je l'ai racontée d'une façon plus détaillée ici. Mais, devant l'indifférence avec laquelle a été accueillie cette expérience dans mon entourage et chez les lecteurs de mes blogs, j'en suis venu à la conclusion qu'au fond les enseignements que j'ai reçus, à chaque étape, au cours des cinq dernières années, n'étaient valables que pour moi, et que je n'avais pas à chercher à les transmettre. Dès avant ma conversion d'ailleurs je savais que je n'étais pas fait pour devenir un pédagogue, et cela s'est confirmé depuis lors, Je n'ai rien à enseigner dans le domaine spirituel, je suppose. Mes tentatives de comprendre les textes sacrés des religions monothéistes n'ont du reste pas été très fructueuses. Certes, elles m'ont aidé personnellement à situer mes propres expériences par rapport à telle ou telle théologie, et à comparer les discours des uns et des autres en les rattachant à telle ou telle tradition exégétique, ou telle ou telle "hérésie". Mais je ressors de tout cela finalement assez sceptique sur le contenu de ces textes sacrés, dont on voit bien au terme de quelles vicissitudes historiques ils ont été écrits, et quelles contradictions internes ils recèlent tous.

Je pense qu'il y a beaucoup de choses très vraies dans la Bible, au delà même de sa trame générale que je crois juste (sans quoi je ne serais pas chrétien), et même que la profondeur de certaines de ses vérités, sur certains points cruciaux, reste à découvrir. Mais il y a beaucoup de passages aussi à ne pas saisir à la lettre, et beaucoup de "zones grises" à cheval avec le paganisme, voire avec l'astrologie, la numérologie etc, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, dont, au fond, on ne sait pas trop quoi faire.

Somme toute, je ne suis pas sûr qu'en 2021 je développerai autant dans ce blog des sujets religieux que je l'ai fait cette année (tel n'est peut-être pas mon rôle, finalement...). En tout cas, si je le fais, je pense que ce sera avec beaucoup de prudence et d'humilité. Peut-être même avec un brin de réticence.

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Ce 16 décembre, le miracle de Saint Janvier n'a pas eu lieu à Naples

20 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

Saint Janvier (San Gennaro en italien), fut évêque de Naples au troisième siècle. Mort martyr en 305 pendant la persécution de l’empereur romain Dioclétien, ses os et son sang sont conservés dans la cathédrale. A Naples le sang du saint patron de la ville, saint janvier, se liquéfie trois fois par an depuis 1389, le 19 septembre, jour de sa fête, le samedi précédant le premier dimanche de mai (anniversaire du transfert du corps du saint du cimetière Pouzzoles, où il avait affronté les bêtes du cirque, à Naples) et le 16 décembre, anniversaire de l'éruption du Vésuve en 1631 (qu'il apaisa cette année là mais aussi en 1698 et 1707 comme il vainquit la peste en 1527), un phénomène de liquéfaction qui n'a pas pu être étudié scientifiquement et donne seulement lieu à des spéculations. L'analyse spectrale effectuée le 26 septembre 1802 par l'abbé Sperindeo semble bien avoir prouvé en tout cas qu'il s'agit effectivement de sang et non d'un autre liquide, l'abbé ayant aussi prouvé que la masse du liquide augmente dans l'ampoule pendant le miracle d'après ce qu'en a rapporté dans un bulletin paroissial breton de novembre 1917 le professeur Léon Cavène (mais il ne cite pas la source de son information).

"Pendant le miracle, explique cette année Vatican News, la masse séchée de couleur rouge confinée au fond du reliquaire devient du sang liquide qui recouvre la totalité du verre. Selon la tradition locale, si le miracle ne se produit pas, c’est le signe d’une catastrophe à venir pour la région. "

Dans "La tres curieuse et chevaleresque histoire de la conqueste de Naples" qui se rapporte au 1er mai de l'année 1495, on  peut lire :

"Dimanche Ille jour de may le roi ouyt messe a Sainct Genny a Naples qui est la feste de la grant église cathedrale ou il y eut grant assemblee de prelats tant cardinaulx evesques et autres preslats constitues en dignités. Et en icelle eglise fut montre au roy lechief de sainct Genuy qui est une moult riche chose a veoir, digne et saincte. Quand le roy fut devant le grant autel, on alla querir de son precieux sang en une grant ampole de voirre et fut monstre au roy, et on luy bailla une petite verge dargent pour toucher ledict sang qui estoit dedans l'ampole dur comme pierre a ce que le roy le touchast de la verge dargent, la quelle fut mise sur lautel devant le glorieux sainct, incontinent commenca a eschauffer et a amolir comme le sang dung homme bouillant et frémissant qui est ung des grans miracles que on puisse veoir a present, dont tout le peuple français tant nobles que autres se donnoient grant merveille. Et disoient les seigneurs de Naples tant deglise que de la ville que par ce precieux chief et sang avoient cognoissance de beaucoup de requestes envers Dieu, car quant ils faisoient leurs prieres si elles estoient bonnes le sang amolissoit, et si elles nestoieut de juste requeste il demeuroit dur. Aussi par ce sang avoient la cognoissance de leur prince sil devoit estre leur seigneur ou non. " Charles VIII saisit cette occasion de montrer au peuple napolitain que les rois de France avaient aussi le pouvoir de faire des miracles Il toucha les malades des écrouelles pour les guérir.

L'auteur fantastique Alfred Driou alias Alfonse d'Augerot dans "Naples, les magnificences de son golfe" en 1877 précise que  le sang du martyr ayant été renfermé dans trois fioles , par les fidèles de Ravenne, l’une de ces fioles fut portée en Espagne, par le roi Charles III (qui régna de 1759 à 1788). Or, on dit encore que le miracle du sang s’accomplit également en Espagne, au moment où il s’opère à Naples. Un ordre royal de Saint Janvier avait été créé par la maison des Bourbon des deux Siciles en 1738. Le successeur de Charles III, Charles IV est représenté à cheval avec la médaille de l'Ordre de St Janvier sur un tableau de 1801.

D'Augerot, mais aussi Louis Joseph Lefort, étudient en droit mort à 24 ans, dans un récit de voyage paru en 1857, ont témoigné que les femmes du peuple de Naples avaient un rapport très familier au miracle les jours où il devait avoir lieu quand le buste était mené en procession. "Allons San Gennaro, écoute tes amis, fais le miracle, ne nous fais pas attendre", lui disaient-elles.

De façon analogue Pierre Saintyves président de la Société du folklore français note dans "Les reliques et les Images légendaires" (1912) que jusqu'à la fin du XVIIe siècle il y avait à l'église des Frères Prêcheurs de St Maximin en Provence des petites pierres teintes du sang de Jésus ramenées par Marie Madeleine, et ces pierres devenaient plus rouges le Vendredi saint de midi à 13h mais l'auteur doute de la véracité de l'anecdote. On montrait aussi une relique de sang de Jésus qui se liquéfiait à la Sainte Madeleine aux ecclésiastiques qui visitaient la collégiale de Neuvy-Saint-Sepulchre dans l'Indre, mais l'abbé de Marolles (1600-1681) ne vit rien se liquéfier quand on la lui présenta. Tous les 3 mai à Billom (Auvergne) on portait en procession un flacon qu'on disait être du sang du Christ et dont on montrait qu'il était encore liquide, mais Saintyves estime qu'il s'agissait d'une supercherie et de Marolles dans l'Indre avait rappelé que sur le plan théologique Jésus est censé avoir ramené tout son sang dans le Ciel après son ascension, "de sorte qu'il n'en est resté tout au plus des marques sur la terre" ce sur quoi la cardinal jésuite toscan Bellarmin (1542-1621) avait écrit diverses choses. En Belgique, on disait que Thierry d'Alsace avait rapporté de Terre Sainte à l'abbaye St Basile les Brues du sang de Jésus qui se liquéfiait tous les vendredis de l'aube à 15 h entre 1148 et 1310, et plus jamais par la suite. Du sang de St Patrick et St Wit ferait de même en Hollande, et le sang d'un moine martyrisé par les vikings de St Armand en Flandres tous les ans à la troisième fête de la Pentecôte. Le sang de Jacques de Compostelle à Rome dans la basilique des Douze Apôtres est toujours liquide. Le sang de St Laurent se liquéfiait à la cathédrale de Tivoli et dans une église d'Amaseno tous les 9 août, et il en allait de même une fois par an du sang du même saint à St Laurent-hors-les-Murs à Rome.

Saintyves relève bien d'autres cas de liquéfaction en Italie. Concernant le sang de St Janvier à Naples il observe qu'il se liquéfie aussi "solitairement dans sa niche en dehors des dates cultuelles consacrées à la vénération de la relique", ce qui tout de même pose un petit problème théologique. Et il cite Cavène qu'on évoquait plus haut, selon lequel dans ce cas là on ne peut considérer qu'il y ait miracle. Les cas d'inventions de matières rouges susceptibles de se liquéfier sont fréquents depuis celle du docteur berlinois Newmann en 1734. Pour autant cela ne permet pas de liquéfaction à date fixe. Et le liquide obtenu alors n'a pas forcément la même ressemblance avec du sang.

En mars 2015, le miracle de Saint Janvier s’était produit en présence du Pape François en déplacement à Naples. Il rencontrait les prêtres et religieux de la ville en la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption, et venait de bénir les reliques de saint Janvier, lorsque le sang de ce dernier s’est liquéfié dans l’ampoule en verre."

Cette année, le 16 décembre, le miracle n'a pas eu lieu.

"Grand saint Janvier ! Lorsqu'on était croyant

Ton sang se liquéfiait sans peine :

Mais aujourd'hui, le Français clairvoyant

A pour toujours glacé ta veine".

A écrit le prêtre défroqué statisticien Sébastien Bottin - 1764-1853 -  (l'inventeur de l'annuaire) dans une brochure de 8 pages qui dort sur les étagères de la Bibliothèque nationale de France. On se demande cette année ce qui a empêché le miracle d'avoir lieu, et quel malheur cela annonce.

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Les travaux de Joseph Davidovits sur le patriarche Joseph

19 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme, #Histoire secrète

En réponse à mon billet sur les travaux Douglas Petrovich qui identifient le patriarche Joseph au vizir Sobekemhat, le blogueur JiDé de "Des Trésors cachés dans le Sable", me fait remarquer que Joseph Davidovits l'identifie pour sa part au scribe Amenhotep (ce qui se prononce Amenophis) fils de Hapou  mort vers 1350 av JC, c'est à dire 500 ans après Sobekemhat.

J'ai tenté de creuser un peu le sujet. J. Davidovits, né en 1935, inventeur du concept de géopolymère, spécialiste des bétons romains, se présente comme un égyptologue francophone. Son fils Frédéric Davidovits a découvert, en 2003, à la bibliothèque universitaire de l'UFR de lettres de Caen un livre "Le Temple du scribe royal Amenhotep, fils de Hapou (Fouilles de l'Institut français d'archéologie orientale du Caire) " (1936) d'Alexandre Varille (1909-1951). Ce livre permet à Joseph Davidovits de compléter  sa recherche menée depuis vingt ans pour identifier le patriarche Joseph. Le livre de Varille, occulté par l'égyptologie officielle, comprend une fresque de 3 m X 4 m dont on ignore où elle se trouve alors qu'elle devrait être la plus grande découverte archéologique du XXe siècle, affirme le Pr Davidovits dans cette vidéo du 17 juillet 2013. Est-elle délibérément cachée ? S'agit-il d'une volonté du gouvernement égyptien d'occulter l'histoire d'Amenhotep III (1386-1353 av JC le pharaon représenté en colosse de Memnon) et d'Akhenaton (1365-1338) dont l'administration locale empêche l'accès aux document ?

La fresque démontre l'historicité d'Amenophis fils de Hapou (1437-1356 av JC), de son origine sémitique. Joseph Davidovits a retrouvé trois frères ce cet Amenophis. Descendant d'un de ses frères Hévy (et non Lévy) comme l'indique le Bible, Moïse aurait été administrateur du temple mémorial d'Amenophis (dans la nécropole de Thèbes, près de la Vallée des Rois) qui aurait été une sorte de "grande abbaye" où l'on stockait la sagesse de l'époque. Après des troubles sociaux des hébreux (artisans égyptiens, selon Davidovits, enrôlés dans la construction de la ville hérétique d'Amarna par Akhenaton) , Moïse se serait réfugié dans la région de Madian, zone minière autour du golfe d'Aqaba liée au temple d'Aménophis (qui l'approvisionnait en cuivre). Moïse aurait été accueilli à Madian par les "ouroub", artisans de la même famille que les hébreux (oubrous), exilés à Madian, et qui seraient les ancêtres des Arabes. L'Exode aurait eu lieu vers 1060 av. JC (200 ans après la date retenue par les historiens bibliques).

Joseph Davidovits veut pour preuve de ses allégations le fait que le texte de cette fresque trouvée par Varille est repris mot pour mot dans la Bible, Genèse 41:41  : "vois je te mets à la tête de toute l’Egypte. ", puis en 42 "Pharaon ôta son anneau de la main, et le mit à la main de Joseph; il le revêtit d'habits de fin lin, et lui mit un collier d'or au cou" : Au bas de la fresque il est écrit "Il reçut des ornements en or et en toutes sortes de minerais précieux. Son corps fut habillé d'étoffe délicate et de lin de première qualité. Un collier en or pur et en toutes sortes de matières a été passé à son cou". Genèse 41:46 dit encore : "Joseph était âgé de trente ans lorsqu'il se présenta devant Pharaon, roi d'Egypte". Le texte de la fresque dit"An 30, le grand scribe royal Amenophis, s'est incliné devant sa Majesté". Pharaon y nomme Joseph (Gen 41:45) : çaphenat-paneah (sapnath-panéakh), un nom qui ne signifie rien en hebreux, mais qui doit être d’origine égyptienne. Or selon l’auteur çaphenat-paneah est le nom égyptien Amenophis Fils de Hapou. Si on l'écrit en hébreu de droite à gauche : hnap snphts  cela donne en rajoutant voyelles Hanapu Senophits ou Hanapu Amenophits. Le détail surprenant de la fresque est que, précisément, le nom d’Amenophis est aussi écrit en hiéroglyphe de gauche à droite. Il y a donc concordance entre le texte de la fresque et celui de la Bible. 

Ce texte de 1 100 ou 1 400 av JC serait le plus ancien document égyptien copié dans la Bible.

Il faudrait organiser un dialogue entre le Pr Davidovits et le Dr Douglas Petrovich...

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Miracles eucharistiques : Un cardiologue rend viste à Jésus

10 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Christianisme

Nous nous sommes déjà penchés sur les découvertes que les moyens scientifiques les plus récents permettent de faire sur les "miracles eucharistiques" à travers le monde. J'avais cité les travaux du Dr Ricardo Castañón Gomez, chercheur en neurosciences et ceux de Pietro Pescetelli, chirurgien intermédiaire, spécialiste en cardiologie et médecine interne, directeur émérite des unités opératoires de gériatrie et de soins de longue durée de l'hôpital d'Agnone. Ces gens montrent que plus on avance dans les découvertes scientifiques, plus les miracles eucharistiques, spécialement celui des maculations d'hosties par du sang humain (il existe d'autres miracles eucharistiques comme des phénomènes de lévitation surnaturelle d'hosties - comme à la messe du Lourdes du 7 novembre 1999 à l'assemblée épiscopale, mais le label de "miracle" est contesté sur cet événement, ou l'histoire survenue en 1959 au couvent de ND des Grâces de San Giovanni Rotondo que raconte le frère Alessio Parente dans "Mandami il tuo angelo custode, Padre Pio" (voir min 8'03 de cette vidéo).

Je vous conseille aussi la lecture du livre "Un cardiologo visita Gesu" de Franco Serafini, livre qui, malheureusement, n'a pas été traduit en français. Il passe en revue les miracles eucharistiques de Lanciano (VIIIe siècle, mais consigné en 1631), de Buenos Aires (1992), de Tixtla (2006), Sokolka (2008), Legnica (2013), le suaire de Turin et celui d'Oviedo, la tunique d'Argenteuil (tous avec du sang de groupe AB). Il fait aussi le point sur les découvertes d'ADN sur ces reliques et les hosties.

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Les traces de la présence de Jacob et Joseph en Egypte selon Douglas Petrovich

6 Décembre 2020 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Otium cum dignitate, #Christianisme

Si vous avez lu mon livre sur les Nephilim, vous avez remarqué qu'on y parle, entre autre, d'archéologie, principalement babylonienne, mais on y parlait un peu aussi de l'Egypte, et j'y mettais en valeur les travaux impressionnants de l'américain Michael S. Heiser. L'heure est venue maintenant de présenter les recherches d'un autre historien Douglas Petrovich (Doug Petrovich). Je précise que mon propos n'est pas de dire s'il a raison ou s'il a tort, ou s'il faut partager toutes ses convictions (par exemple sur le créationnisme) ou seulement une partie. Je vous présente simplement ses travaux, ou ce que, pauvre Béotien, j'en comprends, et je réserve tout jugement pour plus tard (pour dans quelques années).

Un des intérêts immédiats pour moi est de m'aider à concevoir sur un mode plus concret, plus matériel, le rapport possible entre la culture proto-israélite et la culture égyptienne, même si un jour il pourra s'avérer que les interprétations de Petrovich à ce sujet étaient complètement fausse (cela dit il n' y a peut-être jamais de démenti définitif en matière d'archéologie, même laïque, lorsqu'il s'agit de périodes très reculées). C'est comme une béquille à l'imagination, non pas une béquille subjective qui peut partir dans tous les sens comme celle de ces ésotéristes qui finissent par nous faire arriver chez les "civilisations extra-terrestres", mais une béquille armée d'objectivité, puisque Petrovich, pourvu d'une formation de théologie a, comme Heiser, fait l'effort d'obtenir un doctorat d'histoire ancienne dans une université "laïque" et aujourd'hui fait l'effort d'intégrer des instruments rationnels à la confrontation avec les textes sacrés inspirés.

Je vais ici résumer le contenu des deux conférences ci-dessous qui portent sur la présence des patriarches de l'Ancien testament en Egypte : Jacob, Joseph, Manassé (Genèse 41:50) et Ephraim. Lorsque le sujet mérite quelques éclaircissements, je procèderai à quelques ajouts.

Jacob est mort en Egypte. Selon D. Petrovich il est arrivé à Avaris (Tell El-Dab'a, à l'entrée du delta du Nil en venant de Canaan) en 1876 av JC selon la chronologie biblique à l'époque de la grande famine de 7 ans. Il y est resté jusqu'en 1859, soit 17 ans (Genèse 47:11). En 1859, on est dans la phase de transition où le pharaon de la XIIe dynastie Sesostris III Khakaourê qui régnait depuis 1878 porte son fils Amenemhat III au statut de co-régent.

Dans les fouilles du site d'Avaris, la phase H (strate D2) est celle qui correspond à la XIIe dynastie. Elle est celle de la première occupation de peuples en provenance du Levant (Palestine-Phénicie).

Au nord d'Avaris (cf carte ci dessous) se trouve le temple d'Amenamhat Ier, fondateur de la dynastie, où les Hébreux construisirent une digue comme cela est indiqué dans la Bible.

Tandis que les Hébreux vivaient au sud-ouest (cf les zones explorées en noir).

Les tombes dans cette zone sont des superstructures élevées car la nappe phréatique relativement  superficielle empêchait d'enterrer les morts en profondeur. On a trouvé une maison d'architecture typiquement lévantine. C'est une maison tripartite avec quatre pièces qu'on retrouvera en Israël à partir de 950 av. JC - voir ici. D. Petrovich n'a aucun doute sur le fait qu'il s'agit de la maison du patriarche Jacob. Ce style architectural aurait été conservé pendant mille ans. L'historien envisage même d'explorer le véritable site de Béthel (il semble que les archéologues hésitent entre plusieurs sites) et espère y découvrir une maison de même plan, celle où vivait Jacob avant de venir en Egypte, ce qui pourrait tendre à prouver selon lui que les fondations retrouvées à Avaris sont bien celles de la nouvelle maison de Jacob.

Joseph a pris pour nom en Egypte Sasobek, "fils du dieu qui procure la prospérité du Nil" et aussi "Hohemhat Junior" ("Le roi des dieux est au premier rang" - ce qui correspond à la parole de Joseph dans Genèse 41:16 "ce n'est pas en moi"). Les deux noms auraient été contractés : Sobekemhat.

Le nom de Sobekemhat est connu par une mastaba trouvée à Dahchour (dans la vallée du Nil) où se trouvent plusieurs tombes de la XIIe dynastie, juste à côté de la pyramide de Sesostris III. Joseph a grandi en pays de Canaan au moment où régnait le pharaon de l'abondance Sesostris II (1897-1878) et sa fonction de vizir décrite dans la Bible peut avoir correspondu à la totalité du règne de Sesostris III.

On trouve sur la tombe de Sobekemhat le titre qui ne revient nulle part ailleurs dans les vestiges égyptiens de "contrôleur/commandant de tout le pays", ce qui est le titre que le pharaon donne à Joseph dans Genèse 41:41. Ce titre (encadré en vert ci dessous) n'a jamais été donné à aucune autorité égyptienne, c'est pourquoi les égyptologues se sont carrément abstenus de le traduire quand ils reproduisent toute la formule, en estimant que c'est une erreur de scribe. Le titre dans le rectangle rouge aussi correspond mot pour mot à ce que dit la Bible de l'autorité de Joseph.

Les Français qui ont découvert cette mastaba au début du XXe siècle, ont indiqué que le sarcophage a été enlevé. Or selon la Bible, son corps fut ramené en Canaan en 1446 av JC. Il a donc pu être enterré là à sa mort (en 1805 selon certaines datations) et amené près 350 ans plus tard en Terre Promise (min 36 de la première vidéo).

A la mort de Jacob, quand son fils Joseph lui amène ses deux fils Manassé et Ephraim (fils d'une mère égyptienne) pour les faire bénir par son père, Jacob dit dans la Bible que Dieu lui était apparu à Luz et lui avait dit que ces deux enfants nés en Egypte (de mère égyptienne) seraient à lui (Genèse 48-5), ce qui signifiait qu'il fallait égyptianiser la culture hébraïque.

Selon D. Petrovich,  les deux chambres retrouvées au dessus de la maison tripartite peuvent être celles de Manassé et Ephraim, qui se sont installés dans la maison de leur grand père à Avaris puis l'ont agrandie jusqu'à lui donner une dimension palatiale : la forme en rouge ci-dessous représente la maison tripartite originelle, les traits noirs ceux de l’agrandissement palatial (20 mn de la seconde vidéo).

Une autre preuve de l'implantation d'une culture proto-israélite à Avaris est, pour Doug Petrovich, le fait qu'on y ait retrouvé une hache à bec de canard (duckbill axe) typiquement cananéenne de cette période. On y a aussi trouvé (F/1-p/19 tombe  1) la sculpture d'une tête, dont la coiffure est typique du Levant de cette époque. Dans la même tombe un morceau de la statue d'un homme correspondant à l'épaule droite avec des restes de pigmentation rouge, noir et blanc, ce qui, selon la reconstitution d'un artiste, pouvait correspondre aux motifs ci-dessous et peut donner une idée de la tenue d'apparat des hommes de la famille de Joseph.

Sur le fragment de piédestal de la statuer figure le mot qui signifie en égyptien "encens" ce qui indique qu'elle a été faite en l'honneur d'un mort. L'égyptologue Dorothea Arnold a montré que le style de cette statue correspond exactement à celui des productions statuaires du règne d'Amenemhat III contemporain de Joseph (qui est mort après le règne de ce pharaon). Cela plaide dans le sens que la statue représente Jacob (mort en 1859 av JC) et non Joseph.

Ont été retrouvées dans le Sinaï (à Sarabit al-Khadim près d'une mine de turquoise) les premières lettres d'un alphabet qui est sémitique et conçu à partir des hiéroglyphes. Dans les années 1920, un égyptologue allemand a affirmé que c'était de l'hébreu. Il a été méprisé pour cela. Il est vrai que certaines de ses interprétations étaient fausses. D. Petrovich a examiné divers mots non élucidés jusqu'à comprendre toutes les lettres et les images qu'il y avait derrière. Fin 2016 il a publié "The World's oldest alphabet", qui lui a valu avant même sa publication, avant même d'avoir pu lire son argumentaire, une dénonciation par trois pontes (tout cela est cité dans le site Patterns of Evidence et le film du même nom). Une des inscriptions tardives de la série (Sinaï 361) mentionne Moïse (Mem-shin). Une de ces inscription sur des stèles, Sinaï 115 (qu'on date de 1842 av JC, année 18 du règne d'Amanemhat III), renvoie à la deuxième phase d'occupation cananéenne d'Avaris. On repère en haut à gauche une plume (cf ci dessous), à gauche de la plume une bouche, et au milieu une boîte non identifiée. Il y a aussi une sorte de sablier. Il a interrogé un spécialiste des langues sémitiques retraités, il a estimé que le sablier était un syllabique cananéen bien connu correspondant au son "oui". La boite est appartient au plus ancien alphabet. Le mot avec la plume est  "Itchenoui", mot par lequel les Lévantin se désignent (équivalent de Rétjénou quand il est vu par les Egyptiens). Un autre terme peut se traduire par "maison du dieu de la terre" soit Bethel, qui a pu marquer ces Lévantins qui s'identifiaient à cette ville. Cela ferait une référence à Israel plus ancienne que le mot "Israel" trouvé sur la stèle de Merenptah de 1219 av JC ou celui du piédestal de Berlin de 1446 av JC (la période de l'exode).

Si l'on regarde cette deuxième phase d'occupation asiatique d'Avaris (d/1), elle correspond à la vie de Manassé et Ephraim. Dans la nécropole au sud du complexe palatial (ou de la villa, puisqu'il n'y a pas de salle du trône) correspondant à cette période (F/1-m/18), plus précisément dans la tombe 3 la plus grande de celle de la zone, où furent découverts aussi des restes de moutons, chèvres et ânes, se trouvait la trace du principal occupant de la tombe, dont sa hache à lame étroite, qui est aussi cananéenne et non égyptienne, contre son fémur. La tombe comprend un bracelet en or, un bracelet en argent, un récipient en albâtre. Autant de signes de richesse. et surtout une bague dorée avec un scarabée en améthyste qui servait de sceau. Il est écrit dessus "the ruler of Retjenu Di-Sobek-em.hat", "le dirigeant de Rétjénou Di-Sobekemhat". Rétjénou est la région du Levant. L'inscription pourrait se lire comme le dirigeant "qui vient du Levant". Di-Sobekemhat veut dire qu'il a été nommé par Sobekemhat. Ce peut donc être la tombe d'Ephraim.

Si l'on se reporte à l'inscription égyptienne sur la stèle 112 du Sinaï (cf ci dessous), on y voit une scène représentant deux personnages, un intendant avec, sur un âne, son maître, "frère du chef de Rétjénou, Hebeded, qui est un participe passé:  "celui qui a été défavorisé".

Dans Genèse 48 quand Jacob bénit les deux fils de Joseph, il pose sa main droite sur le plus jeune Ephraim et lui accorde donc la priorité dans l'héritage. La même représentation sur la stèle 405 où les personnages portent un kilt qui évoque un lien avec la culture cananéenne fait figurer pour l'homme devant l'âne à la lance sur l'épaule (un personnage qui grandit d'une stèle à l'autre, comme un enfant), le nom de "Skm", qui se lit Shekam, mot qui figure dans Josué 17:2 en hébreu sous la forme de francisé de Sichem (Sekem en anglais), désignant un des fils de Manassé, ce qui est une raison de plus de penser que le "défavorisé" sur l'âne, qui fut chargé de gouverner cette petite ville du Sinaï est Manassé, et l'homme à la lance son fils.

 

Identifying Joseph and Early Hebrew. November 12, 2019

Conférence de 2017 : "Is There Evidence for Manessah and Ephraim in Egypt? "

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