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Articles avec #anthropologie du corps tag

Les guérisseurs des rues (streethealers) chrétiens aujourd'hui

27 Novembre 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps

Dans mon livre "Les médiums" paru chez L'Harmattan, j'ai parlé de ces magnétiseurs qui vous guérissent en mobilisant des "entités" qui, ensuite, peuvent vous attirer de sérieux problèmes. J'ai aussi évoqué une des "églises parallèles" issues des ordinations de l'Eglise vieille catholique latine que liste Bernard Vignot dans le livre qu'il consacre à ce sujet (éditions du Cerf).

Dans ce blog j'ai déjà évoqué de grands guérisseurs anglo-saxons qui jadis ont suivi la voie strictement biblique comme John G. Lake, et j'aurais pu aussi citer John Alexander Dowie (inspirateur de Lake) voir notre bref historique de cette mouvance ici.

Dave Hayes, alias "Praying Medic", dans son livre auto-édité "Divine Healing made simple", attire l'attention sur un phénomène récent dans cette mouvance biblique : les guérisseurs de rue (street healers).

Il écrit dans son introduction :

"A Great Bend, au Kansas, Pete Cabrera Jr organise des soupes populaires. Les malades et les infirmes qui s'y rendent en ressortent en pleine forme. Des centaines ont été guéris par cet homme ordinaire dont la passion est de voir un malade se rétablir.

A Perth, en Australie, Jessie Campbell libère la puissance de Dieu sur des gens du coin chaque jour sur le chemin qui le mène au marché. Les gens sont libérés des oppressions démoniaques. Les malades sont miraculeusement guéri et l'amour de Dieu est déployés aux yeux de tout le monde.

A Atlantic City, au New Jersey, mon ami Tom Fischer arpente la promenade à guérir les malades, chassant les démons et poussant les inconnus vers la relation avec Dieu.  Quand une personne guérie se retrouve là dans un émerveillement hébété, à tenter de comprendre ce qui s'est passé, Tom lui demande "c'est dingue, hein ?".

Au Danemark, Helle Stock, une convertie récente, parcourt les rues avec un ami, à soigner les épaules déboitées et les dos blessés. Elle n'est chrétienne que depuis 22 jours. Elle n'a jamais lu la Bible ou reçu des cours pour un ministère biblique.

A San José, en Californe, José Coelho et ses amis visitent les salles d'attente des urgences de l'hôpital. Ils annoncent que Jésus guérira quiconque souhaite l'être. Ceux qui le demandent sont guéris et quittent l'hôpital.

A Tacoma, Washington, aux urgences un diagnostic est posé sur un patient : hémorragie interne, le pronostic vital est en jeu.  Six unités de sang sont transfusées, on appelle une ambulance pour le transférer à un autre hôpital pour une opération. L'assistant paramédical prie avec lui pendant le transport. A l'arrivée à l'hôpital, plus aucun signe d'hémorragie, l'homme est renvoyé chez lui".

Dave Hayes lui-même est un agent paramédical d'un service d'ambulances converti alors qu'il fut longtemps athée et qui guérit des centaines de gens à l'arrière des ambulances pendant les transferts à l'hôpital.

Nous aurons sans doute l'occasion de revenir prochainement sur ce phénomène des guérisons de rue.

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Philosophie et cannibalisme

3 Octobre 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Anthropologie du corps, #Histoire des idées, #Christianisme, #Médiums

Le célèbre historien Peter Green note dans son "D'Alexandre à Actium" (p. 673) que Diogène prêchait, entre autres, la communauté des femmes et des enfants, la légitimité de l'inceste, et... le cannibalisme. Green avec sa désinvolture anglaise habituelle ajoute : à propos de cette idée qu'il pourrait s'agir d' "une Modeste proposition* avant l'heure" en référence à un pamphlet de Swift. Un peu plus loin p. 703 Peter Green note qu'on trouve la même chose chez  Chrysippe et les stoïciens.

Le système académique relativise ce genre de chose, le tourne en dérision. Mais tout chrétien sait ou doit savoir que la pulsion cannibale et celle qui conduit au sacrifice humain est réelle dans le paganisme, même chez les plus fins lettrés et qu'elle est mue par un démon (à propos des démons, voyez mon expérience dans le livre publié chez L'Harmattan "Les médiums").

Pourquoi croyez vous donc que le philosophe athée Richard Dawkins du jour au lendemain en mars 2018, se met à publier un tweet dans lequel il dit qu'il a hâte que l'humanité dépasse le tabou du cannibalisme ? Beaucoup ont remarqué que sa remarque ne correspondait à aucune nécessité rationnelle de la réflexion sur l'évolution darwinienne. Elle était purement pulsionnelle, purement démoniaque, comme tant de partis pris de philosophes soi-disant rationalistes.

C'est une stratégie des forces des ténèbres que de nous faire croire qu'il ne s'agit là que d'humour, de provocation, de fantasmes innocent. Il s'agit d'en banaliser progressivement l'idée avant que d'en banaliser la pratique. Et le rationalisme athée est le meilleur moyen de laisser ces forces avancer masquées dans l'indifférence générale. Ainsi elles feront du cannibalisme un attribut du règne de l'Antéchrist au même titre que la magie, le spiritisme, la divination, et tout ce qui est décrit comme une abomination par la Bible (toutes ces choses d'ailleurs son liées, et le cannibalisme rituel produit des effets magiques lucifériens sur les rapports entre les gens, tout comme il produit la maladie de kuru). Et la philosophie aura servi de paravent à cela, comme la pop culture et tant d'autres créations moins "nobles" en apparence.

On nous ment sur le rationalisme et le paganisme. Quand le professeur au Collège de France, Paul Veyne, lui aussi athée, disait que la morale païenne et celle des chrétiens avaient fini par se ressembler au temps des Antonins à Rome, pourquoi ne nous parle-t-il pas de ce passage du roman alexandrin à succès de l'époque, Leucippé et Clitophon, où l'on voit des prêtres égyptiens arracher le cœur de l'héroïne pour le manger ? Est-ce un signe du rapprochement avec la morale chrétienne ?

Si rapprochement il y a eu, le chrétien a des raisons de croire que c'est à cause de l'influence du message évangélique que les néo-platoniciens avaient intérêt à imiter pour ne pas tout à fait perdre de contrôle les masses de plus en plus séduites par la rigueur du message christique. Quand Jésus-Christ a été crucifié, l'empereur au pouvoir Tibère, était, si l'on en croit Suétone, un pédophile qui donnait son pénis à "têter" à des enfants, et dont la cruauté était digne de la brutalité des jeux du cirque, même si des historiens comme Catherine Salles pour plaire au système où elle évolue a pondu un livre édulcorant les vices de ce tyran - car bien sûr dans l'historiographie athée contemporaine il faut toujours réhabiliter tout ce que le christianisme a diabolisé. Faire de l'histoire hypothétique est toujours risqué, mais le chrétien a le droit de croire que sans la résurrection de Jésus l'empire romain aurait versé à la longue dans le même cannibalisme terroriste que l'Empire aztèque, et, de toute façon, il n'en était déjà pas loin puisque les rituels que décrit le roman Leucippé et Clitophon se pratiquaient à l'abri des regards dans les religions à mystères. Sans le christianisme, la philosophie païenne par elle-même n'aurait pas eu les moyens de s'y opposer, puisque le néo-platonisme était rempli de fascination pour le mysticisme égyptien (voyez par exemple cela chez Porphyre).

N'en doutons pas : maintenant que le monde se déchristianise à tout va (même si les statistiques à ce sujet dissimulent l'ampleur du phénomène du fait de l'influence des églises apostates), on ne va pas tarder à voir le cannibalisme (déjà présent dans les sociétés secrètes comme il l'était à l'époque romaine) refaire surface au grand jour dans la philosophie comme dans la culture populaire. Les déclarations de Richard Dawkins sur ce thème ne sont qu'un signe avant-coureur.

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#JeSuisCute et la sorcellerie

3 Août 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Nudité-Pudeur en Europe, #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Histoire secrète, #Généralités Nudité et Pudeur

Une certaine Laetitia Reboulleau qui travaille pour la multinationale Yahoo a trouvé récemment une doctorante, Ludivine Demol de Paris VIII, pour dire du bien du dernier hashtag à la mode #JeSuisCute (Je suis mignonne) sous lequel des jeunes femmes s'affichent en tenue légère pour défendre l' "empowerment" féminin contre les harceleurs. Le média américain pro-Clinton Huffington Post dans sa version française dans la même veine apologétique préfère n'interviewer que des militantes.

Pour ma part je vois ce mouvement un peu différemment de ces médias. J'essaie d'en comprendre l'inspiration spirituelle en examinant son imaginaire et celui des témoins qui y participent.

Quand le cuisinier occultiste Antony Bourdain est mort en Alsace, en juin dernier, Amber Tamblyn, contributrice du New-York Times postait, en défense de sa petite amie Asia Argento, fille d'un réalisateur de films d'épouvante satanistes, sur Twitter  : "Sorcières, s'il vous plaît préparez les plus forts sortilèges de protection pour notre soeur Asia Argento. S'il vous plaît portez la avec tout l'amour et toute la lumière que votre force de conjuration est capable de projeter #AnthonyBourdain" ( “Witches: please prepare the strongest protection spell you have for our sister Asia Argento today. Please lift her up with all the love and light your conjuring is capable of casting. #AnthonyBourdain.") Tout un programme (en harmonie avec les posts d'Argento qui par exemple en 2013 promouvait sur son compte le grimoire rosicrucien Magia Rossa - Magie rouge - et se qualifiait elle-même de "sorcière rouge"). Rose Mc Gowan leader du #MeToo  prenait aussi la défense d'Argento. Une petite recherche sur Rose McGowan permettait de rattacher celle-ci aussi à l'univers de la sorcellerie. Elle avait écrit sur son compte Instagram du 16 octobre 2017 : "Je suis une sorcière, et je veux hanter les malfaisants. A Hollywood, au gouvernement, dans les affaires. Arrêtez de nous faire du mal ou il y aura des conséquences" ( "I'm a witch. And I will hunt wrongdoers. In Hollywood, in government, in business. Stop hurting us or there will be consequences"). Rose McGowan a joué la sorcière dans Conan le Barbare et dans Charmed, tout comme Asia Argento a joué des rôles de femmes possédées (comme dans Mothers of Tears en 2008). Elle a été la petite amie du sataniste Marilyn Manson de 1997 à 2000 aux côtés de qui elle a tourné dans un film de 2004. Voilà qui plaçait le mouvement "Me Too", co-dirigé par Argento et McGowan sous les auspices étranges de la sorcellerie...

On retrouve la même tonalité sous le hashtag français  #JeSuisCute lancé par la modèle nue militante Manny Koshka. Dans l'article de Reboulleau (au demeurant illustré par un modèle dont le tatouage au bras représente la divinité indienne Ganesh avec le troisième oeil frontal ouvert, celui qui voit les démons), figure, parmi les soutiens au mouvement une performeuse de burlesque... Tout le burlesque des années 2000 est sous le haut patronage moral de Dita Von Teese, qui a épousé Marilyn Manson en 2005 (on n'épouse pas un prêtre autoproclamé de la Church of Satan par hasard, et on ne se montre pas par hasard sur des photos en cachant un oeil...). Cette auvergnate sur Twitter avec ses multiples tatouages, adepte de la religion sorcière wiccane (une religion néo-païenne influencée par le satanisme du mage Aleister Crowley) qui parle publiquement de sa cérémonie de handfasting le 1er juillet, a un accident avec la nouvelle moto qu'elle a achetée et se coince le cou après avoir fait l'apologie du yoga (ah ! l'ouverture des chakras !).

Pour faire l'apologie de ce hashtag, on trouve aussi sur Twitter des féministes aux pseudos qui flirtent (soi disant sur un mode humoristique, c'est toujours l'alibi) avec l'occultisme comme l'employée de librairie "Succube", laquelle affiche à longueur de journées (on peut donc le reprendre puisqu'elle le rend public), sa révolte intérieure, son imaginaire Disney-DeMolay, raconte comment elle s'est cognée avec son propre téléphone (je ne sais pas ce que cela signifie dans le monde des esprits) et  poste - là encore c'est peut-être censé être de l'humour, mais ça révèle un certain état d'esprit -, le 27 juillet deux jours après avoir été larguée par son copain : "J’envisage un rituel vaudou, pour que le problème se règle tout seul dans la nuit ", ou encore une militante au nom de dieu égyptien, anarcho-communiste qui retweetait le 31 juillet des messages critiquant les "shitstorms sur la sorcellerie" hostiles aux guérisseurs dans les villages...

Je ne mets pas en cause tous ces gens qui, sous pseudo, dévoilent à tous leur vie privée, dans le but de leur nuire, mais je les cite seulement suivant la méthode classique en sociologie comme des exemples pour montrer aux lecteurs à quels courants culturels (et donc d'une certaine façon cultuels, même si eux-mêmes n'en sont pas forcément conscients) leur engagement se rattache (pour en savoir plus voir mon live "Les Médiums" publié chez L'Harmattan en 2017).

Sur un plan spirituel le nouveau hashtag est donc très lié lui aussi à la sorcellerie, laquelle, dans la religion wiccane, mais aussi sous d'autres aspects, utilise la nudité...

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La presse au service de Pan

31 Juillet 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

L'engagement en faveur de la masturbation féminine du journal Le Monde se confirme. Le 2 octobre 2016 ce journal qui autrefois était un média de référence sous la plume d'une certaine Maïa Mazaurette avait publié un article dont le seul titre en disait long "Et si on prenait enfin la masturbation au sérieux ?". Aujourd'hui dans un grand magasin de presse de Niort (79), je tombe sur un "Sens et santé" appartenant au groupe "Le Monde", encourage à "découvrir les secrets du clitoris". Quand on sait quelles forces spirituelles se cachent derrière tout cela, ça fait froid dans le dos...

Cette boutique bien achalandée mettait aussi en valeur la revue de la Nouvelle Droite "Eléments" qui faisait sa "une" sur l'érotisme, au milieu de l'Huma dimanche, et du Monde Diplomatique. Inhabituel ... Bien sûr aucune revue religieuse.

La presse m'a beaucoup cité ce mois-ci (voir le blog de mon livre sur la nudité) : les Inrockuptibles, Planet.fr, Têtu. Pas toujours dans l'esprit de ce que j'ai dit. Mais who cares..

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Olivia Gazalé sur Europe 1

22 Juillet 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Histoire des idées

Olivia Gazalé chez Raphael Enthoven en rediffusion aujourd'hui sur Europe 1. Une contrevérité toutes les deux minutes. "Aristophane fait dire ça à Platon dans une de ses comédies, c'est donc bien la preuve que c'est ce que les Grecs pensaient". Bah non Mme Gazalé, Aristophane écrivait des comédies burlesques, donc les propos qu'il prête à Platon sont juste là pour amuser le public. "Les relations entre hommes n'étaient pas considérés comme une pathologie chez les Grecs". Mais alors Mme Gazalé pourquoi Hérodote appelle-t-il cela "la maladie des garçons" et en fait-il remonter l'origine à la guerre de Troie ? Vous savez messieurs et mesdames des médias, parfois cela fait beaucoup de bien de laisser l'idéologie de côté.

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Existe-t-il des massages chrétiens ?

8 Avril 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Massages, #Anthropologie du corps, #Christianisme

Mes recherches en sociologie du corps (notamment mon livre sur les massages chinois) et en sociologie des religions (notamment mon livre sur les médiums), me font aujourd'hui croiser une question : des massages chrétiens sont-ils envisageables compte tenu du rapport à la "chair" particulier qu'implique le message christique.

Tout d'abord il convient bien sûr de préciser que la chair dans le christianisme n'est pas le corps, mais une notion plus vaste qui englobe toutes les intentions et volitions purement personnelles qui ne sont pas parfaitement en ligne avec la volonté divine. De là on peut déduire que le corps peut malgré tout oeuvrer à son bien-être pourvu que cela ne soit mis au service de l'Ego (de la chair), mais d'une capacité à mieux servir le créateur. C'est ce que certaines tendances "hérétiques" du christianisme (et notamment certaines branches new-age souvent influencées par les philosophies orientales et/ou les évangiles apocryphes), mais aussi des courants qui se veulent très "scripturaires", fidèles aux Ecritures canoniques.

C'est le cas d'un réseau de masseurs "Christian Massage" que j'ai trouvé récemment, situé dans l'Indiana, et qui comprend des masseurs américains, australiens et britanniques. Il appuie ses principes sur Matthieu 22:37 "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée."

Pour autant on peut douter du fait que ce réseau suive une ligne "orthodoxe"... Dans son glossaire, il reprend à son compte des notions de médecine orientale (Chi, Ki, Prana) qui pour la plupart sont initialement indexée à des systèmes de pensée païens que le christianisme "classique" associe à un travail avec les démons. L'ancien médecin franc-maçon converti au catholicisme Maurice Caillet déclarait dans ses conférences que tout travail énergétique exposait à la manipulation de forces spirituelles dangereuses. Le réseau Christian Massage, lui, ne questionne pas les dangers possibles de ces traditions pour les chrétiens, et essaie seulement de les resituer (dans son glossaire) dans une perspective biblique, pour préciser que " la bible déclare que l'humanité a été imbibée d'une force de Dieu, le Saint-Esprit et que de cette force toutes les choses coulent. Dans toute la Bible, de nombreux exemples de guérison mentale, physique et émotionnelle sont documentés impliquant Jésus ainsi que d'autres dont la Foi (concentration mentale) et, dans la plupart des cas, l'imposition de mains (toucher physique), combinée avec les énergies innées du patient a pu aboutir à des résultats vraiment miraculeux."

L'explication "énergétique" des miracles a l'air très New age, de même que la référence aux synchronicités (la fameuse formule : on pense à un ami et il nous appelle parce qu'on est connecté à son énergie à travers l'univers). Puis le glossaire glisse vers une justification plus rationaliste des massages : les muscles retiennent le flux sanguin, les toxines ne sont pas éliminées etc. Il insiste sur la nécessité de restaurer des interactions humaines par le toucher qui restaure des équilibres. Il conclut sur une apologie de la réflexologie inventée par Murray Leinster alias William Fizgerald...

Sauf que ce Murray Leinster, par ailleurs auteur de romans de science fiction, n'était pas vraiment un chrétien très "recommandable"...

Leur forum de discussion mérite un coup d'oeil http://mindbodyspiritforum.info/user/Discussions.aspx?id=133761

Voilà qui rejoint les problématiques autour de Ste Hildegarde  http://www.chemins-sainte-hildegarde.fr/massage-non-medical/

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Quand Jean de Léry se comparait au prophète Elie

9 Décembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Anthropologie du corps

Je trouve plaisant ce passage du navigateur protestant Jean de Léry extrait du chapitre XVI de son Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil (1580) où, devant le culte que les amérindiens vouent aux maracas, il se compare et égratigne au passage les superstitions catholiques parisiennes. Il aurait pu s'appuyer aussi sur Ez 28:13 (voir la vidéo ici en minute 54, même si beaucoup de propos de ce conférencier sont souvent très contestables).

"Pour retourner à nos Caraïbes, ils furent non seulement ce jour-là bien receus de tous les autres sauvages, qui les traitterent magnifiquement des meilleures viandes qu’ils peurent trouver, sans selon leur coustume, oublier de les faire boire et caouiner d’autant : mais aussi mes deux compagnons François et moy qui, comme j’ay dit, nous estions inopinément trouvez à ceste confrairie des Bacchanales, à cause de cela, fismes bonne chere avec nos Moussacats, c’est à dire, bons peres de famille qui donnent à manger aux passans. Et au surplus de tout ce que dessus, apres que ces jours solennels (esquels, comme j’ay dit, toutes les singeries que vous avez entendues se font de trois en trois ou de quatre en quatre ans entre nos Toüoupinambaoults) sont passez et mesmes quelques-fois auparavant, les Caraïbes allans particulierement de village en village, font accoustrer des plus belles plumasseries qui se puissent trouver, en chacune famille trois ou quatre, ou selon qu’ils s’advisent plus ou moins, de ces hochets ou grosses sonnettes qu’ils nomment Maracas : lesquelles ainsi parées fichans le plus grand bout du baston qui est à travers dans terre, et les arrangeans tout le long et au milieu des maisons, ils commandent puis apres qu’on leur baille à boire et à manger. De façon que ces affronteurs faisans accroire aux autres povres idiots, que ces fruicts et especes de courges, ainsi creusez, parez et dediez, mangent et boivent la nuict : chasque chef d’hostel adjoustant foy à cela, ne faut point de mettre aupres des siens, non seulement de la farine avec de la chair et du poisson, mais aussi de leur bruvage dit Caouin. Voire les laissans ordinairement ainsi plantez en terre quinze jours ou trois semaines, tousjours servis de mesme, ils ont apres cest ensorcelement une opinion si estrange de ces Maracas, (lesquels ils ont presques tousjours en la main) que leur attribuant quelque saincteté, ils disent que souventesfois, en les sonnans un esprit parle à eux. Tellement qu’en estans ainsi embabouynez, si nous autres passans parmi leurs maisons et longues loges, voiyons quelques bonnes viandes presentées à ces Maracas : si nous les prenions et mangions (comme nous avons souvent fait) nos Ameriquains estimans que cela nous causeroit quelque malheur, n’en estoyent pas moins offensez que sont les supersticieux et successeurs des prestres de Baal, de voir prendre les offrandes qu’on porte à leurs marmosets, desquelles cependant au deshonneur de Dieu, ils se nourrissent grassement et oysivement avec leurs putains et bastards. Qui plus est, si prenans de là occasion de leur remonstrer leurs erreurs, nous leur disions que les Caraibes, leur faisant accroire que les Maracas mangeoyent et beuvoyent ne les trompoyent pas seulement en cela, mais aussi que ce n’estoit pas eux, comme ils se vantoyent faussement, qui faisoyent croistre leurs fruicts et leurs grosses racines, ains le Dieu en qui nous croyons et que nous leur annoncions : cela derechef estoit autant en leur endroit, que de parler par deça contre le Pape, ou de dire à Paris que la chasse de saincte Genevieve ne fait pas pleuvoir. Aussi ces pippeurs de Caraïbes, ne nous haissans pas moins que les faux prophetes de Jezabel (craignans perdre leurs gras morceaux) faisoyent le vray serviteur de Dieu Elie, lequel semblablement descouvroit leurs abus : commençans à se cacher de nous, craignoyent mesme de venir ou de coucher és villages où ils sçavoyent que nous estions."

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Les seins au Grand siècle

9 Novembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Des journalistes, sous l'influence d'un certain féminisme, me demandent parfois si les seins sont des organes sexuels.

Pour éclairer la question, un petit détour par le Grand Siècle français :

La Princesse Palatine (et non pas Saint-Simon comme l'écrit par erreur Aimé Richardt dans son livre sur Bossuet en p. 150), n'hésitait pas à traiter Mlle Choin (Marie-Thérèse Emilie Joly de Choin dite "la Chouin"), favorite du Grand Dauphin dans les années 1690 de "vieille guenipe" dans une lettre à la princesse de Galles, et, dans une lettre à la princesse Louise, elle ajoute  « Elle était petite elle avait de petites jambes, un visage rond, un nez court et relevé, une grande bouche remplie de dents pourries qui avaient une puanteur telle qu'on pouvait la sentir à l'autre bout de la chambre. Elle avait une gorge horriblement grosse, cela charmait Monseigneur, car il frappait dessus comme sur des timbales. » Les timbales étaient des tambours à caisse d'airain, pour l'usage de la cavalerie, attachés de chaque côté de la selle du timbalier. Les régiments, dit Furetière, n'ont droit d'avoir des timbales que quand ils les ont conquises, ou tant qu'ils les conservent... Les gros seins plaisaient donc au Grand Dauphin.

Et dans le "Médecin malgré lui" de Molière au début de la scène IV de l'acte II, Sganarelle s'exclame devant la nourrice Jacqueline: "Ah ! nourrice ! charmante nourrice, ma médecine est la très humble esclave de votre nourricerie ; et je voudrais bien être le petit poupon fortuné qui tétât le lait de vos bonnes grâces" et il lui porte la main sur le sein. Donc, pas de doute, on voit bien à quoi les seins servaient à l'époque de Louis XIV...

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L'Aphrodite ouranienne nue et l'Aphrodite Pandemos habillée

30 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Anthropologie du corps, #Nudité-Pudeur en Europe, #Philosophie, #Spiritualités de l'amour

Dans un commentaire sous mon billet "Le néo-platonisme est-il chrétien ?", le lecteur Hyarion me demandait de préciser ma remarque sur l'Aphrodite ouranienne nue et l'Aphrodite Pandemos habillée qui selon lui pourraient être toutes deux indifféremment nues.

Dans la limite de mon faible temps de disponibilité ce matin, je vais donc détailler ce point tout en précisant que je ne suis pas érudit en matière d'art antique ou d'art de la Renaissance. J'ai seulement croisé la problématique de la nudité dans les arts visuels (dans mon livre "La nudité pratiques et significations") à travers les réflexions profondes de François Jullien dans son dialogue original (mais controversé) avec l'art chinois et à travers la problématique pythagoro-platonicienne de la mathématisation du beau, plus deux ou trois lectures comparatives sur la nudité des dieux dans des cultures périphériques au monde greco-latin, et une réflexion sur Andromède que j'ai postée sur ce blog, bref, assez pour me donner deux ou trois intuitions, mais insuffisamment pour avoir un recul véritable par rapport à ce que je vais exposer ici (sauf le recul de mon expérience auprès des médiums relatée dans mon dernier livre paru chez L'Harmattan et qui est lié à la problématique de la nudité).

Le savoir que j'expose ici, je le tire d'Edgar Wind, "Mystères païens de la Renaissance" chapitre VIII, un livre anglais de 1958 qui s'inscrit dans la même veine d'intelligence que le "Les Grecs et l'irrationnel" d'ER Dodds quoiqu'il porte sur une période différente.

Voici donc ce que nous apprend Edgar Wind et qui mérite sans doute d'être médité.

Je vais tenter de l'exposer en des termes compréhensibles par tout le monde, quoique le sujet soit censé en réalité être très complexe et source d'un savoir hermétique, occulte, dont un esprit de notre époque ne peut nécessairement entrevoir que la face émergée.

A la base donc, il y a deux Vénus, ou deux Aphrodites. La Vénus du peuple ou de tout le monde (Venere vulgare) ou Aphrodite Pandemos, qui est la fille du roi des dieux Jupiter/Zeus et la Venus céleste (Venere celeste) ou Aphrodite Ourania, fille du dieu du ciel Ouranos. L'une est née de l'accouplement de Zeus avec Dioné la déesse grecque de la beauté, l'autre de la castration d'Ouranos dont le sperme forme l'écume de la mer d'où sort Venus (Wind p. 153).

L'opposition entre les deux nait des spéculations orphiques (ce mouvement poétique et religieux venu de Thrace et peut-être du chamanisme qui irrigua la culture grecque à partir du VIe s av JC), sachant que la castration d'Ouranos est une des figures du démembrement de Dionysos (ou d'Osiris), c'est-à-dire le démantèlement de la pureté du divin dans la matière.

Les platoniciens de la Renaissance florentine Politien, Marsile Ficin et Pic de la Mirandole méditèrent sur cette opposition entre les deux Vénus. Et cela aboutit aux deux tableaux de Botticelli, disciple de Ficin, Le Printemps et la Naissance de Vénus, qui provenaient de la même villa, celle de Lorenzo di Pierfrancesco de' Medici (p. 146) et se comprenaient donc par un effet de miroir. Dans "Le Printemps" ci-dessus est représentée au centre la Venus vulgaire, habillée, et dans "La Naissance de Vénus" (ici à droite), c'est la Vénus céleste.

Pourquoi la Vénus de tout le monde, qui "dans un bocage qu'illuminent des fruits d'or, préside avec douceurs aux rites de la Primavera" (p. 153) est-elle vêtue alors que la Venus céleste est nue ? Parce que "dans l'échelle platonicienne des choses, il s'agit d'une descente, d'une vulgarisation ; car la richesse de couleurs et la diversité de formes qui ravissent l'oeil lorsqu'il perçoit la beauté ne sont qu'un voile derrière lequel se cache la splendeur de la beauté céleste pure".

Plus on est dans le dépouillement de la nudité, et plus on est dans le divin. C'est pourquoi dès l'Antiquité par exemple, en ce qui concerne les trois grâces qui sont une émanation de Vénus, on finit par les parer de voiles transparents, puis, dès l'époque romaine, à les représenter nues, car le on préférait toujours l'absence de vêtements pour illustrer la pureté divine (ce qu'on avait déjà vu avec les spéculations de François Jullien sur le sujet).

J'ajouterai que, selon Wind, et contrairement à ce qu'a voulu nous faire croire un documentaire diffusé sur Arte il y a quelques années (méfiez vous des simplifications outrancières de la télé), ce mystère n'est pas incompatible avec le christianisme intégriste de Savonarole qui avait été disciple de Ficin, mais je referme là la parenthèse.

Wind insiste sur le fait que cela ne signifie pas que la Vénus vulgaire "est purement sensuelle et n'a point part à la gloire céleste" puisque chez Platon, rappelle Pic, la beauté terrestre a à la fois un versant bestial et un versant humain. L'instinct bestial veut nous faire jouir érotiquement de la beauté terrestre mais l'amant humain "reconnaîtra que la Vénus qui paraît habillée d'un vêtement est une image de la Vénus céleste" (comme la souligné Plotin en appelant Vénus l'âme plongée dans la matière.

On peut aussi remarquer aussi que, dans le système de Pic de la Mirandole disciple (infidèle) de Ficin, la Vénus céleste quant à elle, est d'autant plus divine qu'elle médiatise en elle-même deux opposés (le sang de la castration et l'écume de la mer), comme les grâces dans sa dialectique presque pré-hegelienne (mais Hegel et Pic ont puisé aux mêmes sources platoniciennes), conformément à l'idéal de réunion dans deux opposés dans un moyen terme tiers qu'incarnent les trois grâces.

Mais avec le système ternaire subtil de Pic, l'amour terrestre est aussi ternaire puisqu'il a deux composantes, céleste et animale, avec une troisième humaine qui en assure le moyen terme, de sorte qu'on pourra même parler d'un amour "céleste humain", qui apparente l'Aphrodite terrestre à son Idée céleste.

Botticelli (1445-1510) n'est pas le seul à avoir pris le parti de vêtir l'Aphrodite Pandemos en dénudant la l'Aphrodite Ourania.

Silvestro Calandra (1450-1503) à Mantoue mentionne "deux Vénus, l'une drapée, l'autre nue" dans une lettre où il détruit une toile de Mantegna achevée par Costa, La Légende du Dieu Comus, qui se trouve maintenant au Louvre. Dans une note de bas de page qui renvoie à un autre de ses livres (Bellini's Feast of the Gods p. 47), Wind fait remarquer que "dans cette oeuvre, la caractérisation des deux Vénus ne laisse aucun doute sur le fait que, quoique inférieur à la nue, la Vénus habillée est aussi la plus humble des deux", ce qui dans mon esprit renvoie au livre dirigé par Masquelier que je cite dans "La nudité, pratiques et significations", qui lie habillement et modestie (en anglais, modesty c'est aussi la pudeur). Sous des cieux chrétiens cela rendrait aussi la Vénus "inférieure" au moins visuellement plus vertueuse... bref, on peut nuancer et complexifier à loisir.

Le parti pris de ce courant néo-platonicien ^de dénuder la seule Aphrodite céleste (celle qui est la moins matérielle) est un cas isolé de l'histoire de l'art, mais il me semble rendre le plus justice à l'essence du platonisme, voire, dans la logique de François Jullien, à l'essence de la pensée grecque, même si c'est ce qui peut sembler le plus contre-intuitif à notre époque.

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Un culte isiaque qui finit en prison

17 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps, #Nudité-Pudeur au P.O. et au Maghreb

La modèle belge Maria Papen se fait de la publicité en se dénudant devant les pyramides, ce qui l'a conduite le 1er septembre dernier aux portes de la prison. "Je pense que vous avons créé quelque chose dont Cléopâtre aurait été fière" conclut-elle dans sa narration. Cléopâtre (qui se faisait appeler Nouvelle Isis) et Isis elle-même qui figure sur son blog... Pour mémoire dans le prestigieux magasin Les Drapeaux de France au Palais Royal la figurine la plus chère (à plus de 600 euros) est une princesse égyptienne nue. Certes pour les puristes (et pour un Plutarque par exemple) ces dénudations intempestives ne sont que des formes abâtardies d'isiacisme, mais elles se rattachent tout de même aux énergies de ces cultes anciens d'une manière détournée et certains gourous inspirés par les forces égyptiennes comme Aleister Crowley ne les eussent sans doute point désavouées.

Divers médias parlent en tout cas ces derniers temps de cette incarcération de la célébrité, de Lenta.ru en Russie à Fox News aux USA en passant par le Times of India en Inde. Beaucoup en font un argument contre le régime d'Al-Sissi, et tracent un lien idéologique (contestable) entre le sort de l'actrice occidentale et les sévices qu'endurent les femmes autochtones brutalisées dans ce pays.

Elue plus belle femme en 2016, elle avait été interdite d'Instagram pour ses photos trop explicites.

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"Du sport à la scène - Le naturisme de Georges Hébert" de Pierre Philippe-Meden

10 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Utile aux travaux sur l'histoire sociale du corps au XX e siècle :

Du sport à la scène - Le naturisme de Georges Hébert (1875-1957)
de Pierre Philippe-Meden - Presses Universitaires Bordeaux, juin 2017

Alors que la Méthode Naturelle d'éducation physique, virile et morale du lieutenant de vaisseau Georges Hébert (1875-1957) semblait rejetée depuis les années 1960 dans les oubliettes de l'histoire du sport, un intérêt nouveau émerge autour d'elle au début du XXIe siècle pour les experts en entraînement physique militaire et sportif, autant que pour les athlètes alternatifs du "parkour", du "freerunning", du "paléo-fitness" et d'autres sports à l'état vif.


Or, l'oeuvre d'Hébert n'est pas réductible a la Méthode Naturelle. L'hébertisme est un modèle d'enseignement holiste composé d'un entraînement complet, d'un apprentissage des métiers manuels courants, d'une culture mentale et morale, d'une culture intellectuelle, d'une culture esthétique et d'une initiative naturiste. D'où l'intérêt qu'elle suscita dans les milieux les plus divers depuis la vie ouvrière à la danse et au théâtre en passant par le scoutisme, l'ésotérisme chrétien, les sciences...


Ce livre repose sur une analyse descriptive approfondie du principal organe de propagande hébertiste : la revue L'Education Physique. Il revient sur les fondements épistémologiques de l'hébertisme au moment de la redécouverte du corps à la fin du XIXe siècle et à l'époque des totalitarismes dans l'entre-deux-guerres.

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Encore un incident de baignade

4 Août 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Anthropologie du corps

C'est Breizh-info.com qui le rapporte hier : "La première quinzaine de juillet a été chaude à La Baule, notamment sur la plage. Ainsi, un peu avant le quatorze juillet, deux femmes, des « Gauloises » qui bronzaient seins nus sur la plage – une pratique courante dans nos pays encore libres – se sont faites agresser par d’autres femmes, d’origine maghrébine." L'article ajoute "Ces dernières, qui ne portaient pourtant par ailleurs aucun signe distinctif pouvant laisser penser à une appartenance à un islam rigoriste, vinrent ainsi les voir pour leur intimer de couvrir leur poitrine, prétextant que « cela ne se faisait pas ». Manque de chance, elles tombèrent pour le coup sur des femmes de caractère, qui les ont purement et simplement envoyées paître." et précise que, suite à une mobilisation des gens autour des "Gauloises" topless, les "forces de l'ordre" "embarquèrent illico ces représentant(e)s de la police de la poitrine." Et l'article de rapprocher la dimension communautaire de l'incident de celle de l'incident de Sisco en Corse que le sociologue JC Kaufmann décortique dans son dernier livre.

Rappelons aussi qu'il existe des incidents autour du topless qui sont sans rapport avec le communautarisme : voir celui de Châteauneuf-sur-Charente il y a un an.

Pendant ce temps des Algériennes organisent des opérations "bikini" sur les plages de leur pays contre les machistes (Le Monde a précisé que ce n'était pas politique).

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"Les sociétés secrètes érotiques" de Gisèle Laurent

29 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Nudité-Pudeur en Europe, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Anthropologie du corps, #Histoire secrète

Un livre étrange d'une auteure dont Internet ne dit rien (on sait juste que Christophe Bourseiller l'a citée dans "Les forcenés du désir" en 2000). Publié en 1961 aux éditions Éditions De La Pensée Moderne, en 1961 en Algérie. En voici un résumé.

L'auteure détaille sur la base d'un témoignage autochtone et de celui d'Evola les rituels sexuels des Khlystis dont Raspoutine fut un initié errant (stranniki), les rituels de Raspoutine décrits par Vera Alexandrovna Choukovskaïa dans ses Mémoires, leur transposition en 1936-37 rue de Vavin à Paris par la comtesse de Naglowska disciple du staretz Tsarkoïe-Selo (c'est sans doute une erreur de plume de l'auteure car c'est là le nom de la résidence des tsars) ointe par les mariavites polonais(*) (la Messe d'Or, la "pendaison sacrée" aux origines sibériennes qui toutefois n'aurait été réellement mise en oeuvre que par Gustav Meyrinck à Prague), les rituels du groupe Kymris du belge Clément de Saint-Marcq au 27 rue Bleue, ceux du frère Michael à Sèvres disciple du Bogomile naturiste bulgare Peter Deunov (de l'ermitage d'Izgrev) (**). Puis elle fait un flash back sur le XVIIIe siècle : les messes noires de Lauzun, la tentative de conception d'un homoncule par Casanova avec la marquise d'Urfé (Mémoires T. VI ch VII), les messes noires de convulsionnaires ou "béguins" sur la tombe du diacre janséniste Pâris au cimetière St Médard jusqu'aux années 1850. Les orgies de la secte des Ansarieh près de Lattaquié en Syrie dans les années 1920, les rituels shivaïtes de Kanda-Swany décrits par Louis Jacolliot à la fin de 19e s, l'hiérodulie des sanctuaires de Kamashka et Shiroba dans l'enclave de Goa, le tantrisme "de la main gauche" des yogi, l'initiation des mao-mao via la sorcellerie sexuelle au Kenya dans les années 50, les pratiques sexuelles rosicruciennes du 17e siècle révélées dans "Le comte de Gabalis" par Nicolas Montfaucon de Villars. L'excision, la ganza africine, le vaudou et le macumba sont aussi abordés dans le livre.

Gisèle Laurent cite aussi l'Eulis Brotherhood fondée par le "mage mulâtre" Paschal Beverley Randolph, ami d'Alexandre Dumas, formé dans les hauts grades de la Hermetic Botherhood of Luxor et auteur d'une "Magia sexualis" en 1872, trois ans avant sa mort violente et mystérieuse. Elle termine son livre sur les sorcières de Salem et le sabbat des sorcières vu par Margaret Murray comme un simple culte de la fécondité et ses survivances sur l'île de Man et dans les Highlands (pour elle, elles s'accompagneraient de pratiques plus choquantes que e qu'en dit Gardner).

Le livre est assez superficiel. On dirait un petit reportage pour épicer l'imagination du lectorat bourgeois de l'époque. Mais c'est sans doute une photographie exacte des "topoi", des points incontournables des références habituelles dans les années 1960 sur le mysticisme sexuel.

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(*) Les mariavites,condamnés par le Vatican en 1904 mais soutenus par l'occupant russe, étaient une secte quiétiste vouée à la mortification, dirigée par la visionnaire Falicia (Félicité) Kozlowska, tertiaire franciscaine à Plozk, violente à l'égard des prêtres catholiques mais tolérante envers les autres religions dans les écoles qu'ils administraient. Ils communiaient avec des petits papiers à l'effigie de Marie et prônaient la chasteté comme les manichéens. Ils ordonnaient des femmes, et, après la mort de Felicia Kozlowska en 1921, ils vénérèrent sa présence réelle dans l'hostie. L'archevêque Jean Kowalski qui avait pris l'ascendant sur la visionnaire de son vivant et, après sa mort, imposa le mariage mystique entre religieux arrangé par les chefs, et, au profit des hauts dignitaires, une polygamie, transformant le monastère de Plozk en harem personnel. Cela leur valut de rompre avec les vieux catholiques en 1924 après une rencontre entre Kennick et Kowalski à Berne. Les effectifs de la secte fondirent de quelques centaines de milliers avant guerre à moins de cent mille, et Kowalski fut condamné pour atteinte aux bonnes moeurs sur des mineures en 1928 (il ne purgea que 2 ans et 8 mois puis fut amnistié).

(**) Voir le reportage que lui consacre Paris-Soir en 1943.

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"Burkini" de JC Kaufmann

24 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Anthropologie du corps

Jean Claude Kaufmann n'a qu'un bon livre à son actif "Corps de femmes regards d'hommes" paru en 1995 qu'il a souvent plagié depuis lors.

Au fil des ans, le sociologue a tenté de jouer les théoriciens (par exemple avec son ouvrage "Ego") et du coup le péché d'orgueil l'a saisi. Par ce péché, le dernier livre de Kaufmann est très marqué (par exemple quand il claironne en p. 20 qu'à l'été 2016 les médias se sont bousculés pour l'interviewer sur le burkini et lui demander d' "énoncer le sens du bien et du mal" devant une "société sans repères", mais que lui, esprit supérieur, a refusé de répondre préférant pondre un livre sur le sujet (et quel livre hautement médité dont il a accouché en moins de six mois !). On attribuera sans doute à cette immodestie le côté intellectuellement très superficiel du livre, et aussi ses incroyables approximations factuelles : voyez par exemple en page 29 comment il traite l'incident de Châteauneuf-sur-Charentes "une jeune femme se baigne seins nus" écrit-il alors qu'elle jouait au ping pong (voir mon billet il y a un an), ce qui change toute la problématique contextuelle : un sein qui remue dans une activité sportive n'a rien à voir sur le plan des normes de pudeur avec le sein d'une baigneuse (on se demande comment un sociologue parvient à raisonner sur la base de faits inexacts... quand on fait de la sociologie journalistique, le minimum est de coller au réel...).

Comme toujours le style du sociologue est une resucée de la doxa contemporaine, même pas consciente de ressortir des clichés, étalée au mépris de la neutralité scientifique. Ainsi sans justification il écarte comme trop simpliste (p. 48) la thématique du néo-colonialisme avancée par certains intellectuels anglo-saxons pour expliquer l'hostilité française au burkini. Un coup à gauche contre les anti-impérialistes, un coup à droite contre les sarkozystes (p. 16), histoire de rester dans le camp d'une bien-pensance centriste. Encore un petit clin d'oeil aux clichés consensuels p.50  "Vues de Sydney, les plages étaient devenues assimilables à une sorte de Corée du Nord, soumises à des règles tout aussi incompréhensibles, grotesques et scandaleuses que celles qui prévalent dans le régime de Kim Jong-un" ("incompréhensibles, grotesques et scandaleuses", il faut y aller avec de gros sabots pour le lecteur bourgeois urbain, pour le cas où il n'aurait pas compris que la Corée du Nord est un pays ubuesque comme la grande presse le lui répète à longueur d'année).

L'auteur révèle ses lacunes historiques quand il juge "improbable" l'union entre le laïcisme de centre-gauche d'E. Valls et l'extrême droite (il ignore les connivences entre ces deux tendances dans le colonialisme du XIXe siècle ou au temps de la politique anti-voile du gouverneur général d'Algérie Lacoste en 1956-58) et l'on cherchera en vain des analyses sophistiquées dans son livre. Mais il a au moins le mérite de montrer que le burkini n'est pas un vêtement islamique intégriste, qu'il résulte d'un compromis entre religiosité et désir de vivre les plaisir de la mer. Il résume assez bien la thèse de Khaoula Matri sur le port du voile (p. 143), fournit des statistiques intéressantes sur les rapports des femmes musulmanes au voile (p. 112) et enseigne aux Français un épisode étouffé par les médias australiens en décembre 2005 : les rixes de la plage de Cronulla à l'origine de l'invention du burkini. Ce n'est déjà pas si mal.

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Fantasmes sur la nudité des puissants : le Bohemian Club

17 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Amérique, #Anthropologie du corps, #Pythagore-Isis, #Christianisme

Le chancelier Helmut Kohl est mort. En 2015 un autre Helmut chancelier était décédé, Helmut Schmidt, son prédécesseur immédiat. A son décès des traditionalistes n'avaient pas hésité à le qualifier de "sataniste" sur la base d'un seul élément : ce leader social-démocrate s'était exprimé une fois (une photo en faisait foi ainsi qu'une ligne dans ses mémoires) en Californie, tout comme d'ailleurs en 1989 son camarade de l'Internationale socialiste Michel Rocard mort l'an dernier, devant les membres du Bohemian Club ou Bohemian Grove (le Bosquet bohémien).

L'accusation reflétait un débat virulent qui existe aux Etats-Unis depuis des années sur le statut et les pratiques de ce que le Huffington Post en 2008 présente comme une "colonie de vacances" d'hommes politiques et hommes d'affaire (2235 à l'époque) en général plutôt classé à droite voire très à droite (Nixon, Reagan, Kissinger, Colin Powell, Cheney, les Bush en ont fait partie).

Dans l'identité de ce club d'élite créé en 1872 où aucune femme n'est admise, la nudité occupe une place de choix : interrogé à ce sujet par un provocateur, l'ex-président démocrate Bill Clinton avait répondu devant les caméras de CNN en riant : "Le Bohemian Club ? C'est là où ces riches républicains vont et se tiennent nus contre des séquoias, n'est-ce pas ? Je n'y ai jamais été mais vous devriez y aller ça vous ferait du bien c'est de l'air pur" (That’s where all those rich Republicans go up and stand naked against redwood trees, right?"). Selon le Washington Times du 11 juin 1993, David Gergen, conseiller de Clinton avait démissionné du Bohemian Club trois jours après avoir déclaré qu'il n'irait pas "courir nu" à la réunion annuelle du Bohemian Grove (il avait aussi démissionné par la même occasion de 17 autres groupes d'intérêt dont la Commission Trilatérale et la Very Special Arts Foundation".

Depuis une quinzaine d'années à l'imagerie bucolique d'une nudité virile en pleine nature qui était associée à ce club s'est ajoutée celle des sacrifices humains à cause d'une cérémonie bizarre qui y est célébrée de nuit l'été, la "Cremation of care" (la crémation des préoccupations).

Alex Jones a infiltré le club en juillet 2000 et a assisté au rituel de "Cremation of Care" célébré par trente prêtres en robe noire devant une statue de 15 mètres à tête de chouette. Il atteste (avec une vidéo à l'appui mais dans laquelle on ne voit pas grand chose à part les commentaires qui sont imposés au spectateur, en tout cas pour la partie accessible sur le Net) qu'au moment de la crémation de l'effigie d'un corps (avec un doute, selon Jones, sur le fait que c'est une effigie !), il y a des incantations aux morts "ceux qui sont morts à Grove dans le passé que leurs esprits réapparaissent et soient ramenés ici" et des odes à Tyr et à Babylone. Pour Jones c'est un culte au dieu-chouette cananéen Molech.

Toute une littérature conspirationniste s'est emparée du sujet pour accuser les politiciens et hommes d'affaire de se livrer à des messes noires lucifériennes. Des photos ont été retrouvées qui sont censées montrées (mais se rapportent-elles bien au Bohemian Club ?) que le club en 1909 et 1915 mettait en scène des parodies de sacrifices humains.

Pour l'analyste de gauche Alexander Cockburn ce n'était qu'un rituel local de renouveau remis au goût du jour dans les années 1900 par George Sterling, poète californien et membre du cercle, auteur du "Triomphe de la Bohême" (la Bohême parisienne avait du succès aux Etats-Unis à l'époque). Avant Alex Jones, en 1989, Philip Weiss de Spy magazine avait infiltré le club. Sa vision de la "Cremation of care" était à ce moment-là bien moins alarmiste que celle qui s'est imposée dans les années 2000. Il s'agissait pour lui seulement d'un divertissement pour mettre les membres du club à l'aise et se destresser. Il notait à l'époque que la principale critique que cette cérémonie suscitait était qu'elle pouvait signifier qu'on brûlait toute forme de "care" (de souci) pour le monde extérieur. Dans la narration de Weiss les prêtres n'avaient pas des robes noires (peut-être le rituel a--il changé depuis lors). Aucune référence à Babylone ou Tyr qui auraient mis sur le la piste d'un dieu cananéen. Weiss identifiait plutôt des réminiscences "de rituels druidiques, de liturgie médiévale, de Livre de la Prière commune (Book of Common Prayer), de théâtre shakespearien et de rites des loges américaines du 19e siècle". On est assez loin du satanisme, même si d'un point de vue chrétien littéraliste tout cela peut revenir au même...

Le chroniqueur de droite Rush Limbaugh qui a aussi parlé chez eux, aujourd'hui encore assure qu'il s'agit simplement d'un "truc social" (social thing) où les gens vivent de façon rustique au bord de la "Russian river" qui n'a rien à voir avec des cérémonies occultes. Alors rituels purement récréatifs ou incantations lucifériennes ? Le débat sur ce point reste en tout cas vif, sur Internet notamment, avec souvent des surenchères dans les accusations (par exemple sur les meurtres d'enfants). Des polémiques très révélatrices de notre époque, et qui entrent en résonance avec beaucoup d'autres semblables (comme celles du "Spirit cooking" d'Hillary Clinton avec l'artiste serbe Marina Abramovic elle aussi très liée au thème de la nudité, des rapports de la monarchie anglaise ou de Hollywood avec les Illuminati etc)...

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