Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #anthropologie du corps tag

La québécoise

17 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Massages, #Anthropologie du corps, #Médiums

Rencontré une autre masseuse, "masseuse sophrologue" cette fois, jeudi dernier... Quadra, québécoise, très sympathique et cordiale. Mais au fond toujours le même arrière-plan spirituel : catholique d'origine, "tombée en amour" des représentations du Bouddha "symbole de l'équilibre", et, quand je lui demande "est-ce que vous n'êtes pas un peu médium ? est-ce que vous ne ressentez pas des présences ?", elle dit : "je refuse de répondre". Quand je précise "j'ai connu des masseuses médiums", elle hausse les épaules : "elles n'auraient pas dû vous le dire, ça peut faire flipper les gens - le magnétisme, la médiumnité, on l'a tous un peu en soi, on décide de le développer ou pas, c'est juste de la sensibilité". Preuve qu'elle en est un peu. Hélas cette idée "tarte à la crème" - "on l'a tous un peu, comme l'oreille musicale" - sent toujours par trop le piège et le soufre, pour mes narines délicates... D'ailleurs ces massages soi-disant relaxants au bout de 10 ou 12 heures font plus de mal que de bien. Ils éveillent des désirs, des incertitudes, quand ils ne plongent pas les gens dans de grosses fatigues. Une voie sans issue, comme notre époque en propose tant.

Lire la suite

La chamane Corine Sombrun

3 Novembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps

Vous vous en doutez : je ne suis pas du tout fan du discours transhumaniste de la chamane française formée en Mongolie qui s'exprime ci-dessous sous un angle utilitariste. Elle fait référence à des expériences sous LSD des années 1960 dont on sait qu'elles intéressaient de très près la CIA, puis dans l'autre vidéo à l'ayahuasca qui intéresse beaucoup la famille Bronfman dont on a parlé autour du scandale NXIVM, et on sent bien derrière cette volonté de réduire le spirituel à du scientifique un risque de se prostituer aux firmes pharmaceutiques. Pas sûr que les "esprits" qui ont choisi cette dame pour l'initier au chamanisme voulaient cela, ou alors ce sont les mêmes esprits que captent nos financiers internationaux dans leurs rituels nocturnes d'Halloween, au sein de leurs sociétés secrètes. Rien de bien recommandable (pas étonnant d'ailleurs que la dame se soit exprimée en 2012 aux conférences de TED l'organisation de la Fondation Chris Anderson, tout comme la sataniste Marina Abramovic). Néanmoins, par delà cette utilisation potentiellement très dangereuse de ses dons, le propos de cette dame est intéressant pour comprendre un peu ce qu'il se passe quand le "troisième oeil" est ouvert, ou lorsque quelque chose de comparable se passe (la transe, qui ressemble à une ouverture provisoire du troisième oeil) dans le corps et l'esprit d'un être choisi par des forces dont on ne sait si elles sont du deuxième ciel ou du troisième.

Lire la suite

Saint Paul, les "stoicheia", l'astrologie et la Déesse-Mère

26 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps

Il y a quelques mois, on avait parlé ici de l'astrologie "chrétienne"(à supposer que ce ne soit pas un oxymore...) médiévale et contemporaine à propos d'un livre de Denis Labouré. Il me faut maintenant vous parler d'un texte de 2008 d'un certain Kevin von Duuglas-Ittu, un publiciste qui se présente aujourd'hui sur les réseaux sociaux comme un "écrivain spinoziste". Ce texte, très dense, à la fois évoque la question de l'astrologie, mais aussi ouvre intelligemment des pistes de réflexions sur le rapport du message christique à la sorcellerie de l'époque romaine, et de notre époque (qui paraît très pressée de retourner aux ombres d'il y a 2000 ans...).

Le texte, publié ici en anglais, s'intitule "The Condensation of Specificity: Paul’s Use of “stoicheia”" (la condensation de la spécificité, l'usage par Paul de 'stoicheia'). Je vais vous en exposer le contenu en ajoutant mes remarques personnelles et quelques ponts avec d'autres lectures.

Commençons tout d'abord par préciser que ce monsieur von Duuglas-Ittu, "spinoziste" n'est pas chrétien, ou, en tout cas, ce n'est pas en tant que chrétien qu'il a écrit sur Paul. Tout comme l'historienne française Renée Koch-Pètre dont j'ai souvent cité l'article d'il y a quinze ans sur Paul devant les philosophes de l'aréopage, l'auteur admire Paul l'intellectuel pharisien (celui qui a connu les écoles philosophiques de Tarse), et ses "stratégies discursives". Evidemment nous autres chrétiens savons que tout don intellectuel vient de Dieu, il a été façonné par lui avant notre naissance, parfois lui-même nous a encouragé à la cultiver, ou le diable s'en est emparé à certains moments de nos vies, mais, dans le cas de Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas et son abandon total à Dieu et à Jésus-Christ dont il persécutait les disciples, par son intelligence l'Esprit saint lui-même parle, du moins la plupart du temps (il est des moments précis dans les épîtres où il annonce que les intuitions qu'il formule ne viennent pas de Dieu mais de lui-même, mais ce sont des cas très rares), et donc les "belles réussites" rhétoriques de Paul sont autant des accomplissements de l'Esprit saint en lui, que le résultat de la mise en oeuvre de dispositions antérieures à ses conversion. Ce sont des réussites "inspirées", qui sont donc riches d'enseignements pour les situations que nous mêmes devons affronter (puisqu'elles sont en tant que telles intemporelles) autant que pour comprendre en quoi l'apôtre a pu rapidement convertir les masses dans le bassin méditerranéen en son temps.

En prenant les choses seulement sous l'angle humain (avec tout le décodage que nous mêmes devons appliquer sur le volet surnaturel), la démonstration de von Duuglas-Ittu s'attache surtout à montrer que sur un mot, l'apôtre parvient à cristalliser de nombreuses significations et couvrir un panel sémantique très large, qui touche plusieurs publics à la fois, et plusieurs plans existentiels dans la vie des gens (de son époque - et, ajouterons nous, de la nôtre). Les deux termes grecs qui l'intéressent ici sont Nomos (la Loi) et Stoicheia (les Eléments naturels).

Le texte où se déploie l'assimilation entre les deux termes est le chapitre 4 de la lettre aux Galates, qui fait immédiatement suite au passage "il n'y a ni Juif ni Grec", ce qui interdit de n'y voir qu'un texte destiné à des Juifs. Il commence comme ça :

"01 Je m’explique. Tant que l’héritier est un petit enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, alors qu’il est le maître de toute la maison ;

02 mais il est soumis aux gérants et aux intendants jusqu’à la date fixée par le père.

03 De même nous aussi, quand nous étions des petits enfants, nous étions en situation d’esclaves, soumis aux forces qui régissent le monde (ou les principes élémentaires du monde - stoicheia).

04 Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi (nomos) de Moïse,

05 afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi (nomos) et pour que nous soyons adoptés comme fils.

06 Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

07 Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c’est l’œuvre de Dieu.

08 Jadis, quand vous ne connaissiez pas Dieu, vous étiez esclaves de ces dieux qui, en réalité, n’en sont pas.

09 Mais maintenant que vous avez connu Dieu – ou plutôt que vous avez été connus par lui – comment pouvez-vous de nouveau vous tourner vers ces forces inconsistantes et misérables, dont vous voulez de nouveau être esclaves comme autrefois ?

10 Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années !

11 J’ai bien peur de m’être donné, en vain, de la peine pour vous.

12 Frères, je vous en prie, devenez comme moi, car moi je suis devenu comme vous."

Ce texte fait suite à la tentation qu'ont eue certaines églises galates d'Asie mineure de rétablir en leur sein la circoncision. Comme le résume Kevin von Duuglas-Ittu, "en cherchant à se circoncire, les Galates risquent de retomber dans leur enfance sous le joug des stoicheia, des gardiens et domestiques du domaine"." Mais quels sont, ou qui sont les 'stoicheia' de Galatie ?" ajoute l'auteur qui ainsi va ouvrir une réponse assez vertigineuse.

Le terme a été controversé nous dit-il. Le théologien Eduard Schweizer (1913-2006), au vu de l'utilisation du vocable par la philosophie grecque et romaine, d'Empédocle à Plutarque en passant par Philon d'Alexandrie estime qu'il s'agit des éléments du monde naturel (par exemple, le feu, l'eau, la terre et l'air) et, ce ne seraient donc que des puissances «craintes mais non vénérées», bien distinctes d'un «groupe de démons» ou d'esprits susceptibles de gouverner le monde. Clinton Arnold, de l'université d'Aberdeen, a pour sa part repéré le sens très spécifique de stoicheia dans la magie et l'occultisme gréco-romains. Il se fonde notamment sur les Papirii magiques grecs (PGM IV .40-41), dans lesquels ce mot désigne les démons (mais oui !) qui régnaient sur chacun des 36 décans astraux du zodiaque et auxquels correspondaient une lettre (*)...  Cette signification technique du terme était répandue dans les textes occultes de l'empire romain et se retrouve même dans le texte de magie juive "Le Testament de Salomon.comme se référant aux mêmes «36 décans également appelés« démons »".

Personnellement je me suis déjà un peu arrêté à la lecture de ce passage, parce qu'il ne m'était même pas venu à l'esprit qu'on puisse appeler les décans du zodiaque des "démons", même si on laisse à ce terme le sens un peu neutre qu'il avait dans l'Antiquité (comme le démon de Socrate ou celui de Marc-Antoine). Même les prédicateurs les plus hostiles à l'astrologie sur You Tube se hasardent à assimiler les décans à des démons. Pour ma part j'ai découvert le mot stoicheia à travers une conférence du prédicateur suisse évangélique Pierre Amey, dans un contexte où il parlait d'astrologie (nombreux sont donc ceux qui rattachent les stoicheia au zodiaque), mais je ne l'avais pas du tout compris au sens de "démons".

Von Duuglas-Ittu propose de ne pas séparer ces deux niveaux de compréhension du terme. Pour un esprit antique, le feu peut être lié à un démon astrologique qui l'anime, et donc le terme stoicheia vaut pour l'élément naturel comme pour sa cause spirituelle.

Il encourage aussi à avoir une conception large de la Loi et des traditions auxquelles Paul rattache ces stoicheia. Comme on l'a souligné plus haut, le texte fait suite à une exhortation à ne plus distinguer Juifs et Grecs, il serait donc peu approprié de n'entendre la loi que comme celle de la Torah juive imposant la circoncision. En Galatie, observe von Duuglas-Ittu,  région peuplée de Celtes hellénisés, à l'époque de Paul le culte dominant est, depuis mille ans, celui d'Agdistis, que les Romains appellent Cybèle, la Grande Déesse Mère, qui inspira l'Artèmis d'Ephèse, et (voyez mon livre sur la Nudité) la première représentation d'une déesse nue par Praxitèle (dont on a reparlé ici en 2016), ce qui n'est pas sans importance pour notre compréhension de l'importance du nu féminin à la Renaissance et jusqu'à la pornographie contemporaine, bref, pour la compréhension de l'esthétique moderne : il faut remonter à Cybèle, et même à la nudité terrifiante d'Ishtar/Inanna qui régnait sur Israël à l'époque des prophètes. Comme l'écrivait en 1999 Susan Elliott (dans une étude biblique spécifique sur la Lettre aux Galates "Choose Your Mother, Choose Your Master: Galatians 4:21-5:1 in the Shadow of the Anatolian Mother of the Gods,"), «la région de Phrygie et de Galatie »(Actes 16: 6, 18:33) était dense en représentations locales de la Mère des Dieux. La liste des lieux de Phrygie qui attestent de la dévotion à la Mère des Dieux couvre de fait toute la carte »(673) (η). Toute référence à la loi, à la coutume et aux pouvoirs renvoie nécessairement, observe von Duuglas-Ittu, à cette divinité omniprésente : le public de Paul ne pouvait pas ne pas avoir cela à l'esprit.

Cybèle, la déesse mère, était très associée à la conservation de l'autorité civique. Elliott a expliqué que son temple (le Metroion - la "maison de la mère", je rappelle au passage qu'on nommait ainsi également la maison de Pythagore à Cortone, car tous ces aspects de l'occultisme se tiennent) était souvent le lieu de stockage des lois (et notamment les lois de propriété, les testaments, ce qui "colle" parfaitement au propos de Paul sur l'hériter, propriétaire de la ferme), notamment à Athènes...

Pour les Galates, un enfant esclave dans une maison dominée par la loi est forcément sous l'emprise de la Cybèle.

Or, dans le temple de la déesse mère à Pessinonte, le centre national du culte de la déesse où l'on vénérait une pierre de foudre de la déesse, écrit Elliott, des adorateurs, après avoir revêtu une robe qui les féminisait, sous l'empire de la possession de la déesse, se castraient, et devenaient hiérodules, c'est à dires esclaves de la divinité. 

Lorsque Paul écrit au chapitre 5 verset 12 de la même lettre" Quant aux agitateurs, qu'ils s'émasculent eux-mêmes" (c'est ainsi qu'Elliott traduit la version très édulcorée de nos Bibles), les lecteurs galates de la lettre de Paul comprennent parfaitement ce que signifie l'équivalence tracée entre loi de circoncision et castration, qui renvoient au domaine des esclaves de Cybèle émasculés, travaillant pour des Temples où l'on archive les lois.

A titre personnel, je verrais tout autant le lien entre cet univers circoncision-déesse mère-loi, et le monde de l'astrologie. "Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années !" Qui ne voit pas qu'il s'agit là d'une référence aux cycles cosmiques et à la lecture des astres qui règlent l'organisation quotidienne de la cité et le travail de chacun ? Vous savez ce que dans le monde romain notamment - voir le livre de Schiavone sur l'invention du droit romain, et nos remarques sur la voyance étrusque chez Lucain).

Très justement von Duuglas Ittu en conclut que le propos de Saint Paul n'est pas de dire si les stoicheia, ces démons qui gouvernent les décans du zodiaques, et les éléments naturels, sont réels ou pas. Ce n'est pas une question d'ontologie. C'est une question d'éthique. On choisit d'être l'esclave de la loi et des stoicheia (et donc du système démoniaque de la déesse mère) ou celui de Jésus-Christ, et il n'y a pas de troisième option possible. C'est un choix entre deux univers dont toutes les connotations sont remarquablement condensées par la rhétorique paulinienne mais à laquelle nous qui ne connaissons pas la Galatie du Ier siècle de notre ère ne comprenons que très partiellement.

J'avoue que je ne m'attendais pas à trouver à cet endroit de la Bible un texte qui parle d'astrologie (c'est davantage l'Ancien testament qui la condamne en des termes non équivoques). Il le fait dans une résonance étrange avec le culte de la déesse-mère, avec le dispositif des lois gréco-romaines, et... avec la circoncision et la Torah... Cela me fait un peu penser à ce livre rempli de coquilles mais intriguant "Le quatrième royaume de Daniel selon l'Evangile" de l'anonyme Fidelis Verax qui voit dans la prophétie de Daniel l'annonce de l'alliance entre le Sanhédrin juif et la puissance romaine. Voilà un autre lien étrange qui se joue ici entre circoncision et loi impériale. La thèse de Barbara Aho que j'évoque dans mon dernier livre sur la dette de la kabbale juive à l'égard de la déesse-mère (et Lilith...) trouve aussi dans ce texte de Paul "raffraîchi" par Susan Elliott et par Kevin von Duuglas-Ittu un écho intéressant.

Il y a quelque chose de très édifiant dans cette féminisation de la Loi, qui n'est pas le "Non dupe erre" façon Lacan (ici au contraire de la psychanalyse le père donne l'Esprit et non la loi), mais une férule féminine. On n'est qu'à moitié surpris par les liens symboliques qui unissent astrologie, occultisme féminin (j'ai parlé de ses prolongements dans le féminisme de "Je suis Cute" en 2018) et par l'andogynisme auquel l'esclavage de la loi conduit (à rapprocher  de l'agenda "transgenre", "gender neutral" de l'ordre antéchristique actuel). Tout l'enjeu est de devenir fils du père (et cela vaut aussi pour les femmes puisque Paul a dit plus haut qu'il n'y avait pas d'hommes et de femmes en Christ) pour pouvoir régner sur la ferme ou sur le "ranch", et non pas soumis à la loi maternelle : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

Il faut crier au père et non à la mère, et c'est le plus dur pour ces "baby christians" galates saturés d'effigies de la déesse-mère (leurs voisins d'Ephèse bientôt dans un concile resté célèbre dans les anales catholiques allaient proclamer Marie "mère de Dieu"). Sortir du zodiaque et de ses petits démons ensorceleurs, de ces dames qui vous font votre horoscope, des temples de la loi dédiés à Mère nature, et à ses cycles saisonniers funestes (et pour notre époque de l'obsession écologique pessimiste), pour devenir fils de Dieu maître en sa demeure, c'est à dire futur administrateur du royaume céleste qui vient, de la "Jérusalem d'en haut qui est libre" comme Paul le dit un peu plus loin dans la même lettre aux Galates (Gal 4-26)...

Un peu plus loin Paul (Gal 4:21 et suiv) dira aux Galates que s'ils veulent vraiment une loi (sous-entendu une mère), ils n'ont qu'à se mettre dans la filiation de celle qui enfante pour la liberté, non pas l'esclave d'Abraham, Agar ("le mont Sinaï en Arabie, elle correspond à la Jérusalem actuelle" sic) mais la Jérusalem céleste promise à la liberté. Je ne développe pas davantage sur cette Jérusalem actuelle assimilée à Agar (comme les musulmans !... lesquels eux aussi vénèrent leur bétyle à la Mecque...). Cette lettre aux Galates est une mine de réflexion !

---

(*) On comprend mieux l'application du mot "stoicheia" à la succession des lettres des décans du zodiaque quand on lit dans le Grand Dictionnaire Larousse du XIXe siècle à la rubrique "élément" :

" Le mot élément vient directement du latin elementum, dont la signification propre et primitive était probablement lettre de l'alphabet. On a supposé, mais nous doutons fort qu'on l'ait fait sérieusement, que ce mot a une origine purement alphabétique et qu'il était formé de trois lettres l.m.n, comme le mot alphabe,- o alphabêtos,– ou comme nous disons l'ABC. Dans tous les cas, ta signification étymologique d'elementum n'est rien moins que claire, et l'on n'a pas encore donné une explication satisfaisante du grec stoicheion, qui en latin est rendu par elementum. On nous dit que stoicheion est un diminutif de stoichos, petite verge ou tige dressée, spécialement le style du cadran solaire ou l'ombre qu'il projette. Sous stoichos, nous trouvons la signification de rangée, d'enceinte de toiles de chasseurs, et on nous dit que le mot est identique avec stichos, ligne, et avec stochos, but. Comment la voyelle radicale a pu se changer d'i en o et en oi, c'est ce qu'on n'explique pas. On peut se demander, du reste, pourquoi ce nom de stoicheia a été donné par es Grecs aux éléments ou parties primordiales et constitutives des choses. C'est un mot qui a eu une longue histoire. De la Grèce il a passé dans presque toutes les parties du monde civilisé, et il mérite, par conséquent, que l'étymologiste s'arrête pour en retracer la généalogie, d'autant plus que l'origine de ce mot pourra nous servir à retrouver plus facilement celle de son analogue elementum. Le grec stoichos d'où vient stoicheion, signifie une file ou rangée, comme stix et stichos dans Homère. Le suffixe eios est le même que le latin eius, et signifie ce qui appartient à quelque chose ou en a la qualité. Stoichos signifiant rangée, stoicheion signifierait donc ce qui appartient à une rangée ou constitue une rangée. Est-il possible de rattacher ces mots à stochos, but, soit pour -la forme, soit pour le sens? Assurément non. Les racines formées de i peuvent subir le changement régulier de cet i en oi ou ei, mais non pas en o. Ainsi, la racine lip, que nous voyons dans elipon, prend les formes leipô et leloipa, et la même échelle de changements de voyelles peut être observée dans liph, aleiphô, êloipha, et dans pith, peilhâ, pepoitha. Stoichos présuppose donc une racine stich, et cette racine expliquerait en grec les dérivés suivants stix, stichos, rangée, ligne de soldats; stichos, rangée, ligne, et distichon un distique steichô estichon marcher en ordre, pas à pas, monter; stoichos, rangée, file; stoichein, marcher en ligne. En allemand, cette même racine donne steigen marcher, monter, et en sanscrit nous trouvons stigh, monter. Tout autre doit être la racine de stochos. Comme tomos présuppose une racine tam,temno, etamon, ou bolos une racine bal, belos, ebalon, ainsi stochos présuppose une -racine stach. Cette racine n'existe pas en grec sous forme de verbe, et n'a laissé après elle, dans la langue classique, que ce seul dérivé stochos, marque, point, but que l'on vise; d'où sont venus stochadzomai je vise, et antres dérivés analogues. Une racine semblable se trouve dans le gothique stiggan, l'anglais to sting, piquer. Une troisième racine étroitement apparentée à stach, dont elle est cependant distincte, a été plus féconde dans les langues classiques, c'est stig, piquer. Elle a donné en grec slizô, estigmai je pique, et ses dérivés en latin in-stigare stimulus et stilus pour stiglus; en gothique stikan, piquer; l'allemand stechen; l'anglais to stick. Le résultat auquel nous arrivons de cette manière est que stoicheion n'a aucune connexion avec stochos, et par suite qu'il n'a jamais pu avoir, ainsi que le prétendent les dictionnaires, la signification primitive de petite verge ou tige dressée ou de style du cadran solaire. Quand stoicheion est employé en parlant du cadran solaire, comme dans l'expression dekapoun stoicheion, c'est-à-dire midi, il signifie les lignes de l'ombre qui se suivent en succession régulière, ou, pour nous exprimer autrement, les rayons qui composent la série complète des heures décrites par le mouvement diurne du soleil. Ceci nous explique comment stoicheion est venu à signifier élément. Stoicheia sont les degrés qui conduisent d'une extrémité à une autre les parties constitutives d'un tout qui forment une série complète, ces parties étant soit les heures, soit les lettres, soit les nombres, soit les parties du discours, soit les éléments physiques, pourvu toujours qu'un ordre systématique unisse ces éléments les uns aux autres. C'est là le seul sens dans lequel Aristote et ses prédécesseurs ont pu se servir de ce mot dans le langage ordinaire et dans le langage technique. Nous appelons élément, stoicheion, disait Aristote ce qui compose quelque chose et qui en est la première substance, cette substance étant indivisible quant à la forme; par exemple, les éléments du langage, les lettres, dont le langage se compose, et dans lesquelles, comme étant ses dernières parties constitutives, il est possible de le résoudre, tandis qu'on ne peut pas résoudre les lettres en sons qui diffèrent par la forme mais si on les résout, les parties que l'on obtient sont homogènes, comme une particule d'eau est de l'eau; il n'en est pas ainsi des parties d'une syllabe. Ce sens s'accorde bien, du reste, avec l'explication de stoicheion, qui nous est fournie par la respectable autorité de Denis le Thrace. Voici cette étymologie telle que nous la lisons dans l'auteur de la première grammaire grecque Ta de auta kai stoicheia kaleitai aia to echein stoichon tina kai taxin; ces mêmes caractères sont aussi appelés stoicheia, parce qu'ils ont un certain ordre et arrangement. Pour quel motif les Romains, à qui l'idée d'élément fut sans doute révélée pour la première fois par leur commerce avec les philosophes et les grammairiens de la Grèce, ont-ils traduit stoicheia par elementa? C'est ce qu'il est plus difficile de déterminer. "

Lire la suite

L'erreur tantrique

19 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme, #Spiritualités de l'amour, #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Philosophie

J'écoutais tantôt sur mon téléphone portable, une émission très "grand public" du 6 septembre 2016 animée par la présentatrice Flavie Flamant (ici) sur le tantrisme. Cette présentation en faisait un "remède" pour grand malade (au sens où Nietzsche disait qu'un nihiliste prend toujours le remède entre guillemets qui va aggraver son état de santé). Cela semblait être destina aux gens inquiets (au sens où 90 % de nos contemporains le sont), intoxiqués par notre monde, incapables de vivre au jour le jour, aux mâles qui ne perçoivent le sexe qu'à travers le porno, aux femmes qui manquent de confiance en elles, aux gens qui ne sont pas ouverts à eux-mêmes et aux autres, aux âmes sans Dieu, desséchées.
 
Encore une fois cela fait beaucoup de monde, et cependant on se dit : certes ces gens peuvent gagner quelque chose sur le plan psychologique à expérimenter ce genre de pratique, mais combien ils risquent d'y perdre spirituellement aussi s'ils y voient l'alpha et l'omega de leur vie comme cette dame qui téléphonait pour dire que le tantra avait sauvé son couple. On se dit qu'il serait mieux pour tous ces gens, à la base, de ne pas se laisser intoxiquer, c'est à dire de laisser leurs téléphones portables, laisser de côté le bruit et les modes du monde, oublier leur Moi, leurs peurs, s'en remettre complètement avec confiance à Dieu. Ils n'auraient pas ensuite besoin de ce remède un peu... biaisé...
 
Car par delà cette présentation grand public, il y a aussi la version "savante" (par exemple ici la conférence de Véronique Kohn) qui est sans doute plus proche de l'essence profonde de cette pratique, et qui en dit encore plus les dangers. Dans cette version savante, le tantra, comme le yoga, a moins à voir avec l'acceptation de soi même et du corps de l'autre que la dissolution de l'âme dans l'Unité du monde. C'est l'opposé de ce que le christianisme a construit pour l'Occident depuis 2000 ans (mais il est vrai que nous sommes si conditionnés maintenant à haïr l'Occident et ce qu'ont fait nos aïeux...) c'est surtout l'opposé du message du Christ sur Terre, tel que la Bible l'a consigné, et qui n'est point de dissoudre l'âme dans l'Univers, mais de la restaurer dans sa pureté pour la préparer pour le Royaume qui vient, lequel n'aura pas de fin : la passer par le feu, lui enseigner l'obéissance et la confiance, mais pas la fondre dans un Tout indifférencié, dans une nuit où toutes les vaches sont grises, qu'on appelle à tort Lumière, Eveil, Illumination, et qui n'est qu'un autre nom pour le Chute.
 
On sent bien que pour enseigner à l'âme à prendre "joug" de son Créateur fait homme et mort pour elle, afin de labourer (humblement mais dans la joie) avec lui chaque arpent de terre que sa journée lui donnera, il faut que cette âme puisse être plus à l'aise avec son propre corps et le corps des autres, que ce que certaines théologies du passé, fondées sur la peur, lui ont enseigné. Mais, pour ma part, je serais prêt à parier qu'une voie chrétienne de la réconciliation avec les corps est possible. Une voie qui ne soit pas tantrique. Un ancien jésuite qui vit en Australie, Jean-Robert Dupuche, a récemment défendu un tantra catholique (voir ici). Je ne suis pas certain que la notion même de tantra mérite d'être conservée. On en reparlera.
Lire la suite

Les Etrusques, la liberté des femmes et les sacrifices humains

2 Octobre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Histoire des idées, #Nudité-Pudeur en Europe, #Philosophie

Il m'est arrivé de citer Larissa Bonfante sur les Etrusques - par exemple ici en 2007. Je ne saurais trop vous conseiller, donc, si vous vous intéressez à l'Antiquité, de jeter un coup d'oeil à son dernier article récemment téléchargé sur Academia.edu, "The Greeks in Etruria". Les comparaisons entre les civilisations sont toujours intéressantes pour comprendre les divers choix humains. Comme à son habitude Bonfante s'attarde beaucoup sur les représentations du corps. Elle s'interroge, comme nous l'avions fait dans nos écrits sur Praxitèle, sur l'obstination grecque à refuser la nudité féminine dans la statuaire, quand au contraire les Etrusques refusaient la nudité masculine. Par là ceux-ci signent leur appartenance au Moyen-Orient (d'où ils proviennent probablement) riche en représentation des déesses-mères nues.

Tout en insistant sur les bonnes relations entre Grecs et Etrusques (et l'adoption par les seconds du panthéon des premiers), Bonfante souligne aussi les incompatibilités entre eux : les Etrusques admettent la présence des femmes à la tête des banquets aux côtés de leurs maris (à l'occasion ils vont même jusqu'à représenter un couple d'aristocrates nu dans son lit, ce qui pour les Grecs eût évoqué la prostitution). Plus bienveillants que les Grecs envers le corps de ce qu'autrefois on appelait le "beau sexe", les Etrusques représentent la femme allaitant son enfant, et même Héra donnant le sein à son fils Héraklès complètement divinisé et totalement adulte, dans un geste rituel en présence des Olympiens.

Les Grecs et les Romains ont très tôt abandonné les sacrifices humains. Pas les Etrusques qui tuent pour donner du sang aux morts et se plaisent encore au IVe siècle av JC à représenter le sacrifice de Troyens à la Patrocle.

Les Etrusques (surtout leurs femmes) ont dans l'Antiquité une réputation de luxure, et ils sacrifient les humains comme les Germains et les Celtes (qui eux aussi accordent bien des libertés à leurs épouses). Sur ces deux points les Grecs leurs sont opposés. Y a-t-il un lien structural dans ce rapport à Eros et Thanatos ? Voire quelque chose qui, ici, nous aiderait à comprendre, par contraste, le "Miracle grec" et l'apparition du Logos ?

Lire la suite

EMI chrétiennes - EMI lucifériennes

10 Septembre 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme, #Anthropologie du corps

Il y a des expériences de mort imminente (EMI) chrétiennes qui "collent" avec le texte biblique comme celle de la colombienne Paulina (ci dessous), et puis il y a les EMI un peu "New Age" dont les conclusions sont anti-bibliques comme celle de Frédéric Medina (plus bas sous le témoignage de Paulina).

Il y en a d'autres types aussi (juives, musulmanes, hindouistes etc). Difficile de comprendre pleinement et de hiérarchiser entre eux ces témoignages. Bancarz, l'ex-gourou New Age repenti dit dans son livre "Second Coming of the New Age" que certes chaque culture produit son propre type d'EMI - les musulmans rencontrent Alla, les hindouistes rencontrent Ganesh ou Vishnu dans l'au-delà - mais dans certains cas des musulmans ou des hindouistes voient Jésus alors que jamais un chrétien ne verra Mahomet ou Vishnu dans une EMI. Cela prouve à ses yeux la vérité métaphysique du christianisme. Il faudrait vérifier la base factuelle de sa démonstration.

En tout cas, pour ce qui concerne les deux témoignages ci-dessous, le premier, disais-je, est très biblique à une ou deux nuances près (Paulina dit qu'aucun manquement aux commandements n'est toléré, mais la parabole du Bon Samaritain n'est-elle pas justement là pour dire qu'il est impossible qu'un croyant satisfasse à tous les commandements en même temps, puisque celui qui respecte le sabbat ne peut pas aider un malade sur le bord de la route). C'est à tel point même qu'on peut se demander si elle n'a pas un peu "réécrit" son histoire à la lumière de ce que la Bible lui a ensuite enseigné.

Au contraire le témoignage de Medina (qui ressemble à beaucoup d'autres, dont un que j'ai cité dans mon livre sur les médiums d'une femme devenue magnétiseuse après son EMI) est très anti-biblique. Le Christ en est absent, et la morale qu'en tire Medina est que c'est notre âme qui détermine notre vie (ce que disent aussi la médium Patricia Darré et bien d'autres). Ici pas question d'obéissance à des commandements. On se repent de n'avoir pas fait de bonnes actions, mais pas par amour de Dieu ni de son fils mort pour nos péchés ; uniquement pour être "en paix avec l'univers", fusionner avec lui, se sentir comme une herbe des champs etc. De retour sur Terre on fuit le conflit, on s'efface, on est dans la tolérance (valeur luciférienne de notre époque qui conduit à tout laisser passer et à perdre toute colonne vertébrale morale). J'observe que ces "retours d'EMI" ne sont pas apaisés : Medina évoque les envies de suicide de certains, leur nostalgie du monde lumineux qu'ils ont côtoyé, leur incapacité à "digérer" cette expérience forte. Il recommande la méditation pour faire "passer" en quelque sorte la pilule, et même la consultation de magnétiseurs.

Alors qu'au contraire ceux qui ont vu Jésus (voir notamment les témoignages américains à ce sujet sur You Tube) en reviennent "boostés", militants, résolus à remplir leur mission sur Terre dans le respect de la Bible. Le témoignage de Médina non seulement encourage à aller voir des médiums manipulateurs d' "énergies" spirituellement très suspectes, mais aussi à rechercher le contact avec les "morts" et les "entités". D'un point de vue biblique (qui interdit ce genre de contact avec l'au-delà, voyez l'épisode de Saül et Samuel), l'EMI de Frédéric Médina (et de beaucoup d'autres personnes), sous des dehors apparemment philanthropiques, se rattache aux prodiges que Satan/Lucifer est censé réaliser à la fin des temps pour favoriser le règne de l'Antéchrist. A la faveur d'un accident, le diable "joue" avec le corps éthérique de la personne en état de mort clinique ; il la fait se décorporer, traverser les murs, voir ses proches, puis des êtres chers disparus, pour, ensuite, témoigner d'un au-delà prétendument sans Jésus-Christ, et convaincre les gens de rechercher le contact avec leurs propres chers disparus, au mépris de l'interdit biblique. Jésus Christ ayant annoncé qu'à la fin des temps il en sera comme au temps de Noé, quand les "Fils de Dieu" (les démons) se sont accouplés avec les femmes humaines, d'un point de vue chrétien on dira que ce genre d'EMI luciférienne qui fait rechercher le contact avec des entités dans le spirtitisme prépare en fait ce retour de l'époque sombre de Nimrod où ces "entités" des ténèbres (du deuxième ciel) pourront à nouveau prendre possession des humains.

A noter aussi que beaucoup de prédicateurs révoquent comme non bibliques tous les récits d'EMI, même ceux qui paraissent chrétiens. Notamment à cause du passage de Luc 16:31 que cite par exemple Lex Meyer (ici min 3'32) qui laisse entendre que Dieu ne cherchera pas à convaincre les hommes de la réalité du Ciel en renvoyant un mort vers eux. Jean 3:13 dit que Jésus seul est monté au Ciel.

Lire la suite

Culte solaire et éloge de la possession

9 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur, #Nudité-Pudeur en Europe

Dans "La Saison des apparences, naissance des corps d'été" (eds Anamosa), le sociologue Christophe Granger cible bien la dimension de possession par des entités que revêt le corps estival au contact du soleil aux yeux des auteurs de l'entre-deux guerres.

Il note p. 105-106 que Pierre Laurier dans un article intitulé "Soleil" de la luxueuse "Revue Ford des Sports du monde" (juin 1935, p. 38-39) écrit qu'au soleil "nous devenons parsis, ou, si vous préférez, disciples de Zoroastre, nous adorons le soleil" (pour mémoire c'était là la religion du chanteur Freddy Mercury, de Queen, qui déclarait sur scène avoir passé un pacte avec le diable). Laurier y vante la "douce anesthésie" du cerveau. Roger Ribérac dans Amours de Plage (Gribiche aux bains de mer, 1934, p. 29-30) décrit le fait que  "Le soleil brûle, pénètre la peau, le sang ; on dirait une vie nouvelle qui s'infiltre". Alice Ducaen dans la même veine "Quand il fait bien chaud, quand le soleil tape fort vous fatigue et vous exalte à la fois (....) comme ces choses là vous remuent, vous agitent délicieusement, sans qu'on sache au juste pourquoi,lorsque le soleil vous monte à la tête".

DH Lawrence chantre de l'adultère, en 1926 dans "Soleil" : « Elle sentait le soleil qui pénétrait jusqu’à la moelle de ses os, plus loin encore jusqu’à ses émotions et ses pensées. La sombre tension de ses sentiments se relâcha, les caillots sombres et froids de ses pensées commencèrent à se fondre. Elle sentait enfin la chaleur envahir son être. Elle se retourna pour laisser ses épaules, ses reins, ses cuisses et même ses talons se dissoudre au soleil. Et elle demeurait stupéfaite de la transformation qui s’opérait en elle. Son cœur las et glacé se fondait et s’évaporait au soleil. » La chaleur abolit la lucidité, ajoute le poête Philippe Huc alias Tristan Derème (écrivain d'origine béarnaise) dans Marianne du 10 août 1938, sous le titre "La sirène des vacances" (jetez un oeil aux témoignages sur les esprits de sirènes sur Youtube...)

Lire la suite

Les tatouages ne sont pas "sexy"

2 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Certains chrétiens fondamentalistes disent que les tatouages sont des pactes de sang avec des entités. Et j'ai eu des témoignages de gens sur la signification occultiste de leurs tatouages.

Au niveau statistique, selon l'IFOP 11 % des Français étaient tatoués et 9 % des Françaises (20 % chez les 25-34 ans). En 2016 le taux était passé à 16 % chez les femmes et 10 % chez les hommes (soit 14 % au total).

Et pourtant le tatouage ne fait pas fantasmer. Dans le documentaire "A poil mais stylé" d'Olivier Ghis diffusé par Paris Première hier soir, à la minute 39 le réalisateur de films X Fred Coppula explique, au vu des statistiques d'Internet : "Aux Etats-Unis une nana qui n'a pas de tatouages fais 6 à 7 fois plus clics qu'une nana qui a des tatouages". Voilà un argument profane inattendu contre les tatouages...

Lire la suite

La nudité en France équinoxiale

2 Juin 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur

Pendant trois ans, de 1612 à 1615, il exista sur l'Ile de Maragnan autour de la ville de Saint Louis une "France équinoxale". Elle a fait suite à la tout aussi éphémère "France antarctique", colonie huguenote située à Rio de Janeiro (1555-1560) sur lequel écrivit Jean de Léry  qui s'y rendit en 1557.

Le capucin Claude d'Abbeville s'y rend en 1612 et rédigea un compte rendu de sa mission.

En p. 269, le P. d'Abbeville fait cette réflexion su la nudité des Indiens Topinamba (chap XLVI).

Il ne se trouve guère de nation tant puisse-elle être barbare qu'elle n'aie recherché de tout temps l'usage des vêtements ou de quelque chose pour couvrir au moins leur nudité : en qui les Indiens Topinamba sont d'autant plus étranges non seulement qu'ils vont ordinairement tout nus comme s'ils sortaient du ventre de leur mère, mais encore de ce qu'ils ne font paraître aucunement qu'ils aient tant soit peu honte ou vergogne de leur nudité.

Si tôt que nos premiers parents eurent mangé du fruit défendu, leurs yeux furent ouverts (dit l'Ecriture) et connaissant qu'ils étaient nus, ils prirent des feuilles de figuier et cachèrent leur nudité pour honte et vergogne qu'ils en avaient.

D'où vient donc que nos Topinamba ayant été faits participants de la coulpe d'Adam et héritiers de son péché, n'ont-ils pas aussi hérité la honte et vergogne (qui est un effet du péché) ainsi qu'ont fat toutes les autres nations du monde ?

On pourrait alléguer pour réponse la très ancienne coutume de ces peuples lesquels de tout temps ont été nus comme ils font, et que pour celui-ci ils n'ont point de honte ni de vergogne de leur nudité, ne s'étonnant non plus de voir le corps tout découvert que faisons ne voyant la main ou la face d'une personne.

Mais je dirai davantage que nos premiers parents ne cachèrent pas leur nudité et ne ressentirent aucune honte ou vergogne d'icelle jusques à ce que leurs yeux furent ouvertes, c'est à dire jusques à ce qu'ils eurent connaissance de leur péché, et qu'ils se virent nus et dépouillés de ce beau manteau de la justice originelle. car la honte ne provient que par la connaissance de la défectuosité du vice ou du péché, et la connaissance du péché ne provient que par la connaissance de la loi, Peccatum non cognovi (di St Paul) nisi par legem. Puis donc que les Maragnans n'ont jamais eu la connaissance de la Loi, ils ne peuvent aussi avoir la connaissance de la défectuosité du vice et du péché, ayant toujours les yeux fermés aux plus profondes ténèbres du paganisme. Et de là vient qu'ils n'ont honte ni vergogne d'aller tout nus sans aucune espèce d'habit ou autre couverture pour cacher seulement leur nudité.

Plusieurs croient que c'est une chose bien monstrueuse de voir ce peuple tout nu et qu'il y a bien du danger de fréquenter parmi les femme set les filles indiennes étant nues comme elles sont, parce qu'il ne se peut faire que cette nudité ne soit un objet bien fort pour attirer ceux qui s'y arrêtent et les faire tomber en quelque précipice de péché.

Il est ainsi que cette coutume de marcher nu est merveilleusement difforme et déshonnête, ressentant infiniment sa brutalité. Aussi le danger semble-il bien grand en apparence, mais en effet je puis dire qu'il a sans comparaison beaucoup moins de danger à voir la nudité des Indiennes que la curiosité des attraits lubriques des Dames mondaines de la France. Car ces Indiennes sont si modestes et retenue en leur nudité que l'on ne voit en elles ni mouvement, ni geste,ni parole, ni action, ni chose quelconque qui puisse offenser les yeux de ceux qui les regardent ; ains êtant fort soigneuses de l'honnêteté en ce qui es même de leur mariage, elles ne feront jamais rien publiquement qui puisse causer scandale ou quelque admiration. Joint que la difformité ordinaire ne donne pas peu d'adversion, la nudité de soi n'était peut-être si dangereuse ni attrayante que sont les attifects lubriques avec les effrénées mignardises et nouvelles inventions des Dames de par deçà, qui causent plus de péchés mortels et ruinent plus d'âmes que ne font les femmes et les filles indiennes avec leur nudité brutale et odieuse.

Et ce qui rend ordinairement les Indiens, soit hommes, soit femmes, d'autant plus désagréables qu'ils s'imaginent beaux, est qu'ils se peignent le visage et tout le corps de diverses couleurs. Vous leur voyez quelquefois la face toute bigarrée de rouge et de noir, quelquefois ils n'en peignent qu'un côté et la moitié du front avec la joue qui est à l'opposite, laissant le reste en son naturel : Ainsi vouez vous leur corps plein de diverses figures devant et derrière, depuis la tête jusques aux genoux, comme s'ils étaient vêtus de pantalon fait d'un satin noir figuré et découpé, ayant les mains et les jambes toutes noires de suc de junipap.

Ce n'est pas toutefois qu'ils soient toujours peints et figurés, cela est quand bon leur semble : et s'il y en a de plus coutumiers les uns que les autres à s'y plaie, ce sont principalement les jeunes filles qui prennent plaisir à se bigarrer et figurer ainsi tout le corps en diverses façons, chacune selon sa fantaisie.

lls ne se peignent pas toujours eux-mêmes, mais ils s'entreparent et figurent ainsi les uns les autres : les filles êtant les plus addrextrées et celles qui sont les plus ordinaires à ce métier. Et bien qu'elles 'aient jamais appris à pendre, vous seriez néanmoins étonnés de voir la diversité des belles figures qu'elles font sur les corps.

Vous verrez quelquefois un jeune homme tout deout les deux mains aux côtés et auprès une fille à genoux ou assise sur un talon avec un couy (espèce de vaisseau fait de la moitié d'un fruit) dedans lequel est une peinture, tenant en sa main un petit bout de pindo qui sert de pinceau dont elle tire les traits sur le corps d'icelui aussi droits que si elle avait une règle, et aussi dextrement que pourrait faire un peintre : si bien que faisant de telles figures qui lui plait vous n'y verriez pas un point passer l'autre.

Néanmoins il s'y trouve quelquefois des femmes lesquelles tenant un miroir en main gauche et en l'autre un petit pinceau de pindo, se peignent elles mêmes la face avec autant de curiosité que les Dames mondaines se fardent par deçà, faisant des petits traits de junipap au lieu des sourcils qu'elles ont arraché : c'est en cela qu'elles passent une bonne partie du temps, s'estimant bien braves d'être ainsi bigarrées.

Pour le regard des plus valeureux et grands guerriers, ils ont coutume, à ce qu'ils soient plus estimés entre ceux de leur nation et redoutés de leurs ennemis, de prendre un os de la jambe de quelques certains oiseaux, qu'ils assillent comme rasoirs, avec lequel ils se gravent et figurent le corps de diverses façons.

Lire la suite

Le docteur Bruce Lipton et les serpents

4 Mai 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Christianisme

Le Dr Bruce Lipton déclarait dans une conférence "Your body is an illusion" (votre corps est une illusion) qu'il existe dans le Sud des Etats-Unis un groupe appelé les "Fondamentalistes baptistes" qui pratique l'extase mystique qui pratiquent leur foi au milieu des serpents venimeux comme des crotales et ne sont pas atteints par leur morsure. Certains peuvent même absorber de la strychnine en grande quantité sans être atteint.

"Alors pourquoi s'inquiéter tant des toxines de la nourriture ?" demandait ce médecin. La réponse finale qu'il donne : parce que nous manquons de foi.

Il citait aussi dans sa vidéo, un article du Psychiatric Quaterly de 1960 (1960 34:405-429) intitulé "Ordeal by serpents, fire and Strychnine, A study of somme provocative psychosomatic phenomena") dont l'abstract indiquait que dans l'Eglise de la sainteté libre pentecôtiste (Free Pentecostal Holiness Church) on manipulait, comme dans l'actuelle Eglise fondamentaliste baptiste actuelle, des crotales et ingérait leur strychnine à dose toxique.

Bruce Lipton enseigne la  biologie cellulaire à la faculté de médecine de l’université du Wisconsin, il se consacre à des recherches sur les cellules souches et la membrane cellulaire qui ont joué un rôle précurseur dans le développement de l’épigénétique, la discipline scientifique qui explore l’influence de l’environnement sur l’ADN.

Il a été interviewé en français par les journalistes Maxence Layet et Miriam Gablier dans une vidéo en vente sur le Net. Le réalisateur Jean-Yves Bilien lui fait aussi de la publicité sur son site, ainsi que le docteur Roger Lecurieux Clerville, spécialiste en Médecin physique et de réadaptation à Marseille.

La résistance au serpents est-elle purement psychosomatique ou a-t-elle une origine transcendante ? Pour un chrétien, sans doute, l'expérience n'est valide qu'en fonction d'une prophétie biblique et non du fait d'une "énergie mentale".

Certains historiens estiment que la manipulation de serpents existait déjà chez des chrétiens aux Etats-Unis avant lui, mais pour beaucoup le tournant dans cette pratique vint de George Went Hensley, pasteur de l'Église de Dieu , qui fonda le groupe religieux pentecôtiste en 1909 aujourd'hui appelé Église de Dieu suivie de signes (Church of God with Signs Following). Les membres adultes pratiquent parfois ce qu'ils appellent "prêcher les signes" : boire de la strychnine ou un autre poison et s'exposer à la morsure par des serpents venimeux. Ils ont confiance aux défenses naturelles sur le fondement du passage biblique: Marc 16: 16-18 : "Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. 17  Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; 18 ils saisiront des serpents; s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris." Même si certains théologiens estiment que le verset sur les serpents n'était pas dans la version originale de Marc, d'autres au contraire estiment que le fait que dans les Actes des Apôtres Paul ait été mordu par un serpent sans être blessé valide l'hypothèse d'une résistance du chrétien à l'égard du serpent.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, ces pratiques s'étaient généralisées dans toute l' Église de Dieu , même si elles n'étaient pratiquées que par une petite minorité de ses membres. Toutefois l' Assemblée de l'Église de Dieu en 1928 condamna cette pratique car il y eut des morts. Cependant, certaines congrégations ont quitté la dénomination et ont poursuivi leurs pratiques de manipulation des serpents.

L'État du Tennessee a interdit la pratique et supprimé le groupe après le décès de son membre Lewis Ford en 1945. Hensley lui-même est décédé des suites d'une morsure de serpent en Floride en 1955, à plus de 70 ans. Après deux décès supplémentaires dûs à la consommation d'alcool et à des décès proches, des procès ont abouti à une décision de la Cour suprême du Tennessee de maintenir l'interdiction de l'État. Des congrégations indépendantes de "gens des signes" existent encore de la Floride à la Virginie occidentale et à l'ouest de l'Ohio. JG Melton estime qu'il existe entre 50 et 100 congrégations "des signes" comptant plusieurs milliers de membres. Environ 5 personnes par décennies meurent de ces pratiques ce qui constitue une infime minorité par rapport au nombre de pratiquants.

Une autre église, l’ église pentecôtiste de Dieu originelle, croit également à l’expérimentation de serpents venimeux. Cependant, ils ne veulent pas " tenter Dieu " en mettant des serpents à leur service et préfèrent les rencontrer dans la nature.

La manipulation de serpents en effet méconnaît le commandement de ne pas tester Dieu, mais beaucoup de ses adeptes estiment que c'est une manière de réaliser la prophétie, donc c'est le résultat d'une prescription.

Lire la suite

Une interview pour le Figaro qui passe à la trappe

29 Mars 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Généralités Nudité et Pudeur, #Anthropologie du corps, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Nudité-Pudeur en Europe

Le 26 mars dernier, une journaliste du Figaro (Emilie Faure)  m'écrivait :

"Bonjour, 
je prépare un papier sur les 50 ans du Festival de Woodstock et sur les similitudes entre la jeunesse de 1969 (ses attentes, son apparence...) et celle de 2019. Le point qui diffère le plus est la nudité, et j'aurais aimé avoir votre éclairage sur la question, si le sujet vous tente!"

J'ai répondu :

"Il faut bien voir que dans les années 60 la nudité passait pour un signal subversive de libération des corps face à une morale judéo-chrétienne répressive encore prédominante qui censurait les élans pulsionnels. Ce culte de la nudité était aussi lié à l'engouement pour les sagesse orientales qui nourrissait le festival de Woodstock : n'oublions pas qu'une des principales figures de Woodstock était le sitariste Ravi Shankar qui a contribué à l'initiation spirituelle des Beatles (on comprend ensuite que la carrière de Lennon ait été marqué par une photo de lui nu avec Yoko Ono) et le festival s'était ouvert par une invocation de Swami Satchidananda dont vous trouverez le texte ici et les 500 000 participants ont chanté à l'ouverture "Hari Om" ce qui conférait au festival un côté clairement rituel et mystique. La nudité joue un rôle important dans les rituels hindous, notamment certaines branches du yoga, et tout le monde a entendu parler des ascètes nus indiens, les sadhus. C'est cet esprit là qui soufflait sur Woodstock et auquel participait la nudité publique pour créer une unification sexuelle du monde par l'élévation "vibratoire".

Aujourd'hui la nudité a intégré complètement la culture dominante dans les productions hollywoodiennes, les publicités etc - parfois d'ailleurs dans une perspective tout aussi rituelle, n'oublions pas que beaucoup de chanteuses qui se sont exhibées nues dans des clips comme Madonna, Miley Cyrus, Niki Minaj des actrices comme Rose McGowan, Asia Argento ne cachent pas leurs liens avec des spiritualités "alternatives", ou les salons de massage et bien être. Admise au niveau de la culture dominante sur les écrans et dans les revues, la nudité n'a plus à être pratiquée par le public lui-même. Le prêtre-sorcier montre sa nudité, ou y fait allusion dans ses propos, et le public n'a plus qu'à y communier symboliquement sans se dévêtir lui-même. Il la pratique aussi dans des lieux "réservés" (comme les espaces naturistes) ou des occasions festives comme les marches cyclonudistes, parce que la nudité a maintenant ses espaces institutionnels. La révolution par la nudité n'a plus lieu d'être."

Mais plus de nouvelles depuis lors. La journaliste a disparu dans la nature sans laisser d'adresse. Je vous laisse spéculer à loisir sur les raison de l'avortement de cette interview.

Lire la suite

Une dame dont le propos m'intrigue

17 Mars 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Alchimie, #Pythagore-Isis, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Spiritualités de l'amour, #Christianisme

Cette dame, Arouna Lipschitz, dit dans cette vidéo ici dit que la kabbale explique que "les anges se nourrissent des parfums des amants pendant l'acte sexuel si l'acte sexuel est à un certain taux vibratoire". Et dans la vidéo suivante, elle évoque ses sources d'inspiration. Pour le reste j'avais bien aimé sur le Net sa remarque sur le fait que les gens qui se réalisent à travers la méditation ont du mal ensuite à garder la même pleine plénitude dans la relation à autrui et de s'ouvrir au discours d'autrui. Comme c'est le genre de femme à entendre par ouverture à l'altérité l'ouverture à l'altérité sexuelle, je lui ai demandé par mail ce qu'elle pensait de l'avortement. Elle n'a jamais répondu. Et pour cause : voilà une altérité, celle de l'embryon, dont on n'hésite pas à se débarrasser, qu'on flingue littéralement, pour garder sa petite "plénitude", sa "paix intérieure" à deux balles... Preuve de l'échec de ces pensées "orientales" énergétiques complètement égocentré, et même de leur côté criminél car elles rendent complices d'abominations.

Lire la suite

Le sacrifice humain chez les Egyptiens

13 Mars 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps, #Pythagore-Isis

Il y a onze ans, j'ai évoqué sur ce blog le Roman de Leucippé et Clitophon, roman alexandrin du IIe siècle.

Je voudrais revenir sur ce texte païen, plus précisément sur un de ses passages qui, étrangement, évoque des rituels aztèques, alors que l'action se passe en Egypte. Il s'agit du passage au Livre III ch XV qui décrit le sacrifice de Leucippe en ces termes :

"Après avoir versé des libations sur sa tête, ils la promenèrent autour de l'autel, au son de la flûte ; le prêtre chantait selon toute vraisemblance un chant égyptien : la forme de sa bouche et la contraction des traits de son visage indiquaient en effet qu'il chantait. Puis, sur un signal convenu, tous se retièrent loin de l'autel ; et l'un des deux jeunes gens ayant mis la jeune fille sur le dos, l’attacha à des pieux fixés sur le sol, comme le font les fabricants de figurines représentant Marsyas attaché à son arbre. Ensuite, ayant pris un glaive, il le plongea dans le cœur, le tira, puis déchira la jeune fille jusqu’au bas-ventre. Aussitôt les entrailles s'échappèrent, et les deux hommes, après les avoir retirées à pleines mains, les placèrent sur l'autel, et lorsqu'elles furent cuites, après les avoir découpées en morceaux, tous ensemble les brigands les mangèrent. Voyant cela, les soldats et le stratège poussaient des cris à chacune de ces actions (…). Lorsque l'affaire, comme je le pensais, touchait à sa fin, après avoir mis le corps dans le cercueil, ils l'abandonnèrent, après y avoir posé un couvercle ; ayant démoli l'autel, ils s'enfuirent sans se retourner. C'est ainsi en effet que le prêtre, qui avait consulté l'oracle, leur avait demandé d'agir".

Un peu plus loin (ch XIX, 3 et suiv) il est précisé que l'oracle avait commandé de "manger le foie" pour purifier l'armée des brigands mais que Leucippé devait garder sa robe, de sorte que les brigands avaient utilisé des entrailles de mouton pour simuler le sacrifice. Il est aussi précisé au livre IV qu'Artémis était apparu en rêve juste avant le sacrifice pour lui annoncer qu'elle la sauverait mais à condition qu'elle ne fasse pas l'amour avec Clithophon jusqu'à son mariage avec lui (tandis que Clithophon faisait le rêve qu'il était interdit d'accès au temple d'Aphrodite tandis qu'une femme lui expliquait qu'il était interdit d'accès au sanctuaire mais serait un jour prêtre de la déesse. Précisons aussi que lorsque Clithophon regardait le sacrifice, la scène était éclairée par la lune et qu'après le départ des brigands il croit à un moment être embrassé par le cadavre dépourvu d'entrailles, puis son compagnon Ménélas qu'il soupçonne d'être sorcier ("mon cher Ménélas es-tu sorcier ?" demande-t-il L III, ch XVIIII, 5 - le terme grec est diakonos qui veut plutôt dire "serviteur") lui dit que Leucippe lui sera rendue sans blessures et lui demande de se voiler la face pendant qu'il invoque Hécate (ibidch XVIII, 3).

On doit préciser cela à la fois pour montrer que, bien que l'existence réelle soit démentie comme relevant de la pure mise en scène, le démenti ne fonctionne que par l'intervention d'Hécate (la déesse lunaire qui a éclairé la scène), et en réalité à travers le jeu de trois déesses, et pour bien faire voir qu'il s'agit d'une triade grecque (mais cela ne veut pas dire grand chose quand on sait que L'Ane d'Or d'Apulée à peu près au même moment ramène toutes ces déesses à l'égyptienne Isis, et en fait c'est bien de la lune qu'il s'agit d'un bout à l'autre).

L'existence des sacrifices humains en Egypte antique fait débat. Eric Crubézy et Béatrix Midant-Reynes (Auteur) rappelaient en 2000 dans la revue Archéo-Nil n°10 repris ici p. 58 que les travaux de l'égyptologue Jean Yoyotte ne permettent plus de douter qu'ils aient eu lieu (de même qu'en Grèce selon Stella Georgoudi) mais qu'il s'agissait d'événements exceptionnels pour apaiser la colère des dieux. John G. Griffiths en 1948 avait justement vu dans le passage précité du Roman de Leucippe et Clithophon la preuve de l'existence des sacrifices humains en Egypte à l'époque romaine. Yoyotte en 1980 avait objecté que le récit d'Achille Tatius se fonde uniquement sur des racontars grecs qui en 171 avaient laissé croire de la même manière que des révoltés égyptiennes dirigés par un prêtre avaient scellé leur conjuration en mangeant les entrailles d'un soldat romain. Il soulignait que ces pratiques ne renvoyaient à aucun rituel pharaonique connu et que Gruffiths se trompait sur le réalisme de la scène de Tatius quand il voyait dans les grimaces du visage du prêtre une scène représentée sur un bas relief. Yoyotte au vu d'un texte de Manéthon attribue plutôt les sacrifices humaines à la période antérieure au moyen empire égyptien.

On voit bien que la question est délicate, et l'on connaît l'ampleur des fantasmes qu'elle peut nourrir (voir ci-joint la vidéo américaine posant d'une façon assez gratuite que les sacrifices humains existaient dans la religion égyptienne et se sont perpétués dans les sociétés secrètes qui s'en réclament jusqu'à nos jours). Cependant, à l'inverse, il ne faut pas sousestimer le poids du déni qui a entouré cette question taboue depuis l'antiquité : le processus de civilisation impliquant la prohibition du meurtre, celui-ci n'a pu garder qu'une dimension rituelle secrètes lorsqu'il se produisait (et c'est parce qu'il est tabou qu'il recèle une efficacité rituelle). A la lecture du roman de Tatius, on a plutôt le sentiment que le sacrifice humain est toujours montré au lecteur en même temps que dénié. Et s'il est dénié, c'est pour laisser place au doute, à la confusion, mais toute la trame du récit en permanence montre qu'il y a bien meurtre et que le meurtre n'est réparé qu'à la faveur d'un dispositif instauré entre les trois déesses Artémis-Hécate et Aphrodite. On ne peut pas déduire du simple fait que la scène est vue de loin son irréalité, et l'on ne peut pas non plus y voir l'expression d'une simple caricature diffamatoire des pratiques égyptiennes : renvoyer aux récits de la révolte de 171 ne résout rien, car qui peut prouver que ce récit lui-même serait purement fictif ? Aucun rituel pharaonique n'évoquerait la soustraction des entrailles humaines, soit. Mais s'il s'agit de pratiques secrètes quelles traces ces rituels pourraient-ils en avoir gardé pour les archéologues ? Est-ce que ce rituel existe pour les animaux ? La réponse à cette question permettrait de savoir s'il a pu être transposé à l'homme.

La réduction du sacrifice de Leucippé par l'université laïque à une simple stratégie rhétorique littéraire pour impressionner le lecteur fait penser à ceux qui réduisent l'Ane d'Or d'Apulée à une farce : trop facilement les historiens démentent le sérieux des références à la sorcellerie que fait Apulée, alors que lui-même dans sa vie fut accusé de l'avoir pratiquée et traîné en justice de ce fait. Or il est anachronique de penser les romans de l'époque gréco-romaine comme de simples fictions comme ils l'ont été en Europe à partir de Cervantès. Dans le roman de Tatius le jeu entre fiction et réalité est permanent, et l'on voit bien que l'exposition d'artefacts comme celui selon lequel Leucippe n'est pas "vraiment morte" n'est justifiée par l'auteur lui-même que par des interventions divines. On a donc avant tout sous les yeux une scène de meurtre rituel, et n'y voir qu'une stratégie pour "épater le bourgeois" - expression qu'utilise aussi l'historien Peter Green pour justifier l'apologie du cannibalisme par certains courants philosophique - relève du pur parti pris laïciste (rationaliste) qu'aucune évidence factuelle ne vient avec assurance cautionner.

Lire la suite

Entretien avec une réflexologue normande le 8 juillet 2016

28 Février 2019 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Anthropologie du corps, #Christianisme

C'est une quadragénaire, assez connue dans sa région (même une radio catholique lui a fait de la pub - vu le niveau de perte de repères de l'Eglise catholique en ce moment, nul ne s'en étonnera). A travers elle, j'ai découvert combien les réflexologues, comme les masseuses (que j'ai interrogées par ailleurs), pouvaient être profondément liées au spiritisme.

Nous avons discuté, un soir, le 8 juillet 2016. Elle m'a avoué croire à la réincarnation, aux vies antérieures. Elle reconnaît qu'à son contact les patients ont souvent des révélations sur ces soi-disant "vies antérieures" : "Un de mes clients a eu le sentiment d’être mon fils quand il était entre mes mains, il y a des gens qui ont la sensation j’ai été leur mère ou leur fille par le passé ", dit-elle.

Elle même a un passé lié à la sorcellerie. Selon elle, "tout le monde avait une grand mère ou une tante rebouteuse ou coupeuse de feu" (beaucoup de chrétiens expliquent que les dons de sorcellerie s'héritent de génération en génération, comme une malédiction). Comme les médiums, elle sent les lieux chargés d'histoire. Petite, elle avait des rêves prémonitoires, mais avait du mal à l'accepter (le genre de "don" que le deuxième ciel impose contre le gré de la personne, comme les visions de Maria Valtorta, ou le don de médium pour Patricia Darré) . Elle a étudié le premier stade du reiki (une pratique très liée au paranormal) mais s’est arrêtée car trouvait cela trop rituel : elle n'aimait pas les prescriptions du genre «  ne pas boire pendant 3 semaines » « ne pas avoir de rapports pendant trois semaines ». Mais elle reste en contact avec des médiums avec lesquels elle entretient un rapport de rivalité et de défi mêlé de complicité. Elle leur a demandé des éléments sur sa propre vie en faisant faire son thème astral et son analyse du point de vue de la numérologie kabbaliste dont les conclusions l'ont bluffée (être "bluffé" par un voyant est la première étape du pacte qui unit à leur prédiction).

C'est d'ailleurs à travers un médium voyant qu'elle a entamé sa reconversion du travail de juriste à celui de réflexologue en 2009 : le déclic de sa reconversion lui serait venu d'une interview du président Sarkozy (qu'elle n'aimait pas), à la radio (ça c'est un point obscur à mes yeux du processus), mais un ami médium, qui avait deviné bien des choses sur sa vie privée, lui avait prédit (car il était capable de prédictions à six mois) chaque étape de sa reconversion, et ces étapes se sont réalisées (autant dire qu'elle a obéi au "daimon" qui inspirait le médium, comme le font les gens qui réalisent les prédictions des tarots). Elle avait été portée à effectuer ce virage par ses dispositions de toujours à l'empathie (très marquées chez tous les magnétiseurs et personnes en contact avec le monde invisible), son goût pour les médecines douces (car elle était très sujette aux allergies) et le décès subit par AVC d'une collègue à 35 ans. 

Aujourd'hui dans les séances de réflexologie, elle sent parfois des morts de la famille du patient, et les morts de sa propre famille. Elle ressent  une chair de poule ou ses poils qui se dressent « un peu comme vous savez quelqu'un est derrière vous-même si vous ne le voyez pas ». Des morts (ou des démons se faisant passer pour des morts) lui ont parlé dans ses rêves. Sa propre famille est très marquée par la mort : trois de ses frères et soeurs sont décédés - notez que la masseuse que j'ai rencontrée en Béarn en décembre avait aussi perdu trois frères... (à rapprocher par contraste de Matth 22:32 qui explique l'hostilité des chrétiens à l'occultisme : "Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants").

Les anges ou guides lui font sentir des choses par synchronicité. Elle s'intéresse aux pierres, se sent reliée aux énergies froides et chaudes de la terre, ressent des nausées devant les gens toxiques ou trop stressés, et entretient un rapport "magnétique" positif ou négatif aux gens. Toutefois elle n'ose pas s'aventurer sur le terrain des canalisations et refuse de recevoir des messages trop explicites des entités invisibles. Elle aime Frédéric Lenoir et tout ce qui est "non intégriste" dans les religions (elle joue le jeu de la religion mondiale que le pape est parfois accusé de promouvoir et qui est compatible avec l'occultisme). Elle pense que le monde arrive à un nouveau plan de conscience (comme le New Age). Elle aime l'interview du président uruguayen José Mujica (l'homme qui a négocié en septembre 2013 la légalisation avec George Soros et David Rockefeller du cannabis dans son pays) par Yann Arthus-Bertrand : son plaidoyer pour la frugalité, le rêve et le respect de la planète (un thème luciférien aux yeux de certains analystes, voir par exemple l'engagement au sein de l'ONU du Lucis Trust initialement appelé Lucifer Trust fondé par la théosophe spirite Alice Bailey pour l'Agenda 21).

Attention donc : quand vous mettez "les pieds" - c'est le cas de le dire - chez une réflexologue de ce genre, vous entrez, sans le savoir (car elle ne vous en dira rien), dans le domaine dangereux de l'occultisme... et pourtant cette dame est certifiée par une école de réflexologie.

-- PS : cette réflexologue a finalement été interviewée par une radio chrétienne (une journaliste qui n'aimait pas la vérité, il y en a tant... et le label chrétien ne leur vaudra pas l'absolution automatique contrairement à ce que croient ces gens - cf Matth 7:21-23)

Lire la suite

Nudisme et eschatologie

17 Décembre 2018 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Amérique, #Anthropologie du corps, #Nudité-Pudeur en Europe, #Pythagore-Isis, #Christianisme

Comme je l'ai déjà souligné ici, le nudisme naturiste est très lié à la franc-maçonnerie à ses origines à travers des figures comme Crawford ou Gardner (fondateur de la Wicca). Pas étonnant que Daladier par exemple l'ait pratiqué. Et je n'ai pas étonné d'apprendre que les Femen pouvaient être liées au financier Soros dont le fils fréquente les soirées de charité organisées par les occultistes Lady Gaga et Marina Abramovic, tout comme la chantre des concerts nus Miley Cyrus.

Des gens de la mouvance naturiste comme Francine Barthe-Deloizy aiment à souligner que les manifestations de femmes nues existaient déjà dans l'Afrique coloniale, mais c'était alors des pratiques de sorcellerie traditionnelle puisqu'il s'agissait de manières de jeter des sorts. Ca n'a été repris de façon "moderniste" (ou "post-modernise") que, comme je l'explique dans mon livre "La Nudité, pratiques et significations" à la veille de la guerre d'Irak en 2002 par l’artiste californienne Donna Sheehan (décédée le 30 avril 2015) et son groupe « Baring Witness » (Donna Sheehan, ancienne agent du contre-espionnage américain - ça ça intéressera les chercheurs qui relient le mouvement hippie aux militaires - et disciple de la secte Synanon, allait ensuite créer la fondation "Global orgasm" qui tous les ans au moins de 2006 à 2013 (mais il semble que cette "institution" perdure encore même si on en parle moins) allait tenter de "modifier le champ d'énergie de la Terre " de provoquer des orgasmes simultanés tous les 21 décembre - fête occultiste du solstice d'hiver chez les néo-païens - ou parfois les 22 décembre en fonction de l'alignement astrologique entre Jupiter et Aries).

Indépendamment de cette "récupération" de la sorcellerie africaine,  l'origine véritable de l'utilisation de la nudité féminine à des fins politiques dans les pays développés remonte  à l’initiative de la pédiatre australienne Helen Caldicott, ancienne icône du combat anti-nucléaire aux Etats-Unis dans les années 1980 qui souhaitait faire un come back à la fin des années 1990 pour protester contre le maintien à un niveau élevé du budget des armements nucléaires, notamment aux Etats-Unis, malgré l’effondrement de l’URSS. En octobre 1999, profitant des craintes que suscitait le bug de l’an 2000 (on redoutait alors une apocalypse nucléaire provoquée par un incident informatique), elle organisa une marche nue avec le docteur Patch Adams dans les rues de San Francisco. Elle a souvent déclaré que l'idée leur est venue pour attirer l'attention des médias en lançant le sloge "nude not nuke".

Je repensais à cette affaire en écoutant ce matin le chrétien conspirationniste Fritz Springmeier qui rappelait dans cette vidéo "Demons, aliens, underground basis" à la minute 16, que dans les années 90 beaucoup de chrétiens croyaient à l'arrivée de l'Antéchrist en 2000, ce qui avait été aussi annoncé deux cents ans auparavant, mais que les "illuminati" ont reporté la date. Il est étrange que les amis du Dr Caldicott (sur laquelle on  ne sait pas grand chose) aient pensé à utiliser la nudité publique juste dans ce contexte là. Cela m'a fait songer à des sectes  millénaristes comme les Doukhobors qui se dévêtissaient volontiers en groupe et aussi au film "Les derniers jours du monde" de 2012 où la nudité avait une place importante.

Cela forme d'étranges convergences autour de l'Apocalypse... Et je ne comprends toujours pas pourquoi dans l'Evangile de Marc (Mc 14, 51-52) il y a un homme nu à l'arrestation de Jésus...

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 > >>