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Passage chez les Antoinistes

27 Mai 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Otium cum dignitate, #Spiritualités de l'amour

Le médium Reynald Roussel ayant dit sur YouTube récemment qu’il allait de temps en temps se recueillir chez les antoinistes (une "Eglise parallèle" de guérisseurs), cela m’a rappelé que Régis Dericquebourg, le préfacier de mon avant-dernier livre, avait enquêté sur leur compte. J’ai alors songé que pourrais peut-être moi aussi, leur rendre visite, et par exemple, puisque c’est une Eglise de guérison, leur soumettre une vieille tendinite que je traîne depuis des années. Je sais après mes expériences chez les médiums que ce genre d’aventure n’est jamais complètement « gratuit », il peut avoir des conséquences graves parfois, mais je n’aime pas vivre dans la peur, et puis j’ai tenté après tout des choses tout aussi périlleuses en février dernier lorsque je suis retourné voir en Béarn une magnétiseuse étrange qui avait été initiée chez les Tziganes…

J’ai donc saisi l’occasion de ma pause déjeuner pour me rendre en bus à l’église antoiniste de ma ville, qui se trouve dans un quartier un peu excentré.

Au bout d’une demi-heure, j’étais aux abords d’un bâtisse des années 1930 ou 50. L’affiche à l’entrée indiquait généreusement que l’église était ouverte tout le temps. Je pousse la porte, elle est fermée à clé. Un mot écrit en petit indique de sonner si tel est le cas. Je sonne. Au bout de deux minutes une voix féminine me répond : « C’est pourquoi ? » « Pour une guérison », dis-je. « Vous êtes qui vous ? » ajouta la voix désagréable comme une employée de la Sécurité sociale. « Je croyais que l’Eglise est ouverte à tout le monde » dis-je. « - Oui, c’est vrai mais je ne vous vois pas bien à la caméra. Pouvez-vous reculer svp ?

Bon, je vous ouvre, mais ça va prendre 5 minutes le temps que j’arrive. »

Enfin la voix ouvrit. C’était une petite dame sexagénaire, au cheveux assez courts frisés. Plus aimable qu’à travers l’interphone, elle me dit « entrez frère », puis commença à m’expliquer : « J’habite dans la partie arrière du temple. Je suis officiante avec mon mari. On peut dire bonne sœur. Vous venez pour quoi ? une prière ? Attendez je vais mettre ma tenue d’officiante. Entrez là en attendant, voici un dépliant que vous pouvez lire. C’est la première fois que vous venez ? La salle de prière est là à gauche. Et là à droite il y a les deux pièces où l’on reçoit les gens ». J’entre donc seul dans la partie gauche où je suis censé me recueillir. Cela ressemble à un temple protestant. En style dépouillé. Il y a au mur un portrait du père Antoine, le fondateur du mouvement dans les années 1900, portrait un peu gauche, et un de sa femme, ainsi que des écriteaux dont j’ai oublié le contenu. Au bout de quelques minutes, la dame ouvre la porte. Elle est vêtue de noir avec une coiffe sombre. Elle me présente son mari qui revient des courses, du même âge qu’elle, enrobé, qui me dit deux mots de leur « culte ». Il me dit qu’ils acceptent toutes les religions. « Nous ne sommes pas une secte » ajoute-t-il. « Oui, dis-je, c’est bien spécifié sur Wikipedia, la Mivilude ne vous classe pas parmi les sectes ». « Oui, surenchérit-il, tout le monde est libre de faire ce qu’il veut ici, on ne demande rien. Mais attention à Internet, il y a à boire et à manger sur ce qu’ils disent sur nous. Donc, oui, on accepte tout le monde. On reconnaît que chaque prophète a été utile à son époque : Moïse, Jésus, Antoine pour notre époque ». « - Il était médium, non ? » « Oui, au début » insiste-t-il comme pour laisser entendre que son envergure avait dépassé celle d’un médium par la suite. « Vous croyez que Jésus est ressuscité ? » demandé-je à tout hasard. L’homme est embarrassé. « Qu’il est ressuscité… heum… non, enfin chacun croit ce qu’il veut, mais nous pensons que c’est un prophète" "- Vous pensez que c'est un prophète comme les Musulmans" fis-je. Il ne relève pas et reprend "Un prophète qui a aidé l’humanité à avancer à son époque, comme Moïse avant lui. D’ailleurs il n’a pas renié Moïse n’est ce pas. Après chaque époque a cru sur lui ce qui lui était nécessaire. Et puis tout le monde évolue. L’Eglise catholique elle-même aussi non ? » « Oui, et pas toujours en bien » dis-je (évidemment je situais parfaitement le propos de  mon interlocuteur qui du point de vue chrétien est antéchristique, puisque selon a Bible est Antéchrist quiconque ne croit pas que Jésus est ressuscité, et cela rappelle l’évolutionnisme du Dr Rozier (voyez mon billet de 2017 là dessus).

La dame parut embarrassée de nous voir disserter de la sorte : "Oh ! moi pour un premier échange je ne dis jamais tout ça. Je suis plus terre à terre, plus pratique. Venez dans la pièce d'accueil (je ne sais plus comment elle appelait cette pièce) vous verrez les questions théoriques plus tard." On se retrouve dans une petite pièce avec là encore des portraits, des écriteaux. La dame fait préciser ce que je veux soigner. Je lui demande si je peux demander pour deux choses. Elle me répond "oh tout ce que vous voulez, vous pouvez même demander de gagner au loto. De toute façon le Père Antoine vous a pris dans son amour à partir du moment où vous avez franchi cette porte, maintenant vous allez voir il va se produire des choses étonnantes vous allez vois. Il y a une dame récemment qui est venue pour un cancer. Dans la foulée tout s'est combiné pour que ses rendez vous médicaux soient annulés et que tout s'arrange." Elle m'explique : "Je vais prier à voix haute. Mon mari, le frère officiant lui ne parle pas, mais moi je parle.

L'Eglise tient à l'anonymat pour que tout le monde se sente libre. Elle me demande quand même comment je les ai connus, ce qui me conduit à parler de mon livre sur les médiums.

Cela ne la fait pas réagir plus que cela. Elle me demande si je viens loin. Je dis le nom de mon quartier. Elle ne le connaît pas. Cela ne fait pas longtemps que le couple vit dans ma ville. Et l'église n'est ouverte en permanence que depuis juillet. Avant la dame a vécu à Auxerre, à Paris, à Valras, et même, toute  petite, à Eaux Bonnes en Béarn. Elle a été comptable pour le magazine l'Express. "Vous avez été catholique ?" allais-je lui demander. "Oui ?" "- Vous avez donc quitté cette Eglise ?" "Non je ne l'ai pas quittée, je le  suis encore différemment" allait-elle répondre. Chez les antoinistes on assume toujours le passé tout en le dépassant.

Mais pour l'heure elle fait la prière. Elle a dû briser un morceau d'anonymat en me demandant mon prénom. Donc devant la photo du fondateur elle dit "Voilà Christophe, qui n'est pas venu par hasard puisqu'il a cherché cette Eglise". Elle expose mon problème de tendinite. Puis termine sa prière avec "qu'il lui soit donné selon sa foi et son mérite". A la fin elle se tourne vers moi elle me dit : "Vous devriez aller voir une posturologue, pas une podologue, une posturologue. Comme on ne se connaît pas je ne peux pas vous en conseiller mais parmi les gens qui fréquentent le temple il y en a qui ont eu recours à ça". "C'est un message intérieur que vous avez reçu ?" demandé-je. "Je ne sais pas si l'on peut appeler ça comme ça, fait-elle, disons que ça m'est venu pendant la prière". Et comme elle a été aussi intuitive en songeant que j'avais peut être une jambe un peu plus courte que l'autre, elle ajoute "oh mais ici il n'est pas question de voyance, j'ai pensé à ça c'est tout".

Puis elle va me dire un mot sur leur Eglise devant une photo où l'on voit tous les temples de France (une trentaine peut-être). Leurs cérémonies, leurs prières. Il y a sept ou huit personnes qui y viennent régulièrement. Cela sent la religion sur le déclin. La dame, qui s'appelle Gabrielle je crois, dit qu'il n'y a pas assez de célébrants pour maintenir les temples ouverts. Comme j'ai demandé sur quoi portaient leurs lectures le dimanche, elle me montre deux livres noirs et un vert. Le vert est en vente. C'est la biographie "romancée" (précise-t-elle) du fondateur (ce culte de la personnalité fait vraiment penser au Cercle de Bruno Gröning. Les deux noirs sont les écrits du Père Antoine. Ils ne se vendent pas, mais les gens peuvent les avoir chez eux quand ils "montent" spirituellement en s'étant bien imprégné de l'esprit de leur Eglise. Voilà, elle me conseille de passer encore deux minutes en recueillement dans leur grande salle pour augmenter les chances de  guérison. Elle insiste beaucoup sur leurs prochaines réunion de lecture, il y en a une ce soir si je veux. Trois ou quatre fois elle aura fait remarquer qu'on pouvait faire des dons mais que ce n'était pas obligatoire, qu'on était libre, même si enfin il fallait bien que l'Eglise vive, mais bon, de toute façon ils ne veulent rien savoir, tout est anonyme, donc soit on glisse dans la boîte aux lettres, mais ce n'est pas obligatoire. 

Je suis parti en glissant discrètement 10 euros. Pas sûr que j'y retourne, sauf si ma curiosité de sociologue me poussait à vouloir en savoir plus sur les gens qui assistent aux lectures et aux "opérations" comme ils appellent leurs cérémonies dominicales. La tendinite est toujours sensible. Mais personne ne m'avait promis que je pourrais "gambader tout de suite comme un lapin" pour reprendre les mots de la dame.

 

 

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"Ne jamais accepter de boissons ni des mouchoirs.. des stylos..."

10 Mai 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Anthropologie du corps

Une dame originaire de la Martinique m'écrit ce matin : "Oh ! la la ! Les filles des Iles sont vindicatives...et très portées sur tout ce qui est magie. En Martinique, Guadeloupe..Haïti.. bref.. elles sont fortes...avec une mèche de cheveux, des vêtements...n'importe quels articles qui nous appartiennent....
A ma fille je disais de ne jamais accepter de boissons ni des mouchoirs.. des stylos...rien qui ne lui appartenait pas, de tout refuser ..mais vous savez les jeunes n'écoutent pas les parents...elles sont rebelles"

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Les prophéties de Saint Païssios l'Athonite

29 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Histoire des idées

Il y a quelque temps j'ai consacré deux ou trois billets aux prophéties sur Donald Trump, dont beaucoup ne se sont pas réalisées, ce qui a jeté un certain discrédit sur certaines formes de christianisme charismatique. C'est que les prophéties ont un statut ambigu au regard même de la Bible. Dans 1 Thessaloniciens 5:20-21 il est écrit : "Ne méprisez pas les prophéties. Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon", ce qui est un appel au discernement. Il arrive souvent que l'on repère plutôt des veines prophétiques, comme celles qui concernent le Grand monarque, qui peuvent entrer en contradiction avec d'autres, voire comporter des contradictions intrinsèques.

En ces temps de Covid, les prophéties sur les pandémies ont eu du succès dans toutes les religions. Par exemple la il y a peu la naturopathe New Age Irène Grosjean a attiré l'attention sur une prophétie de 1919 du chef amérindien Pte-San-Hunka, Joseph White Bull - Bison Blanc - (1849-1947), neveu de Taureau Assis concernant l'isolement des êtres, la manipulation des cerveaux et ce qui pourrait faire penser au transhumanisme et à une possible union des résistances.

Dans la mouvance chrétienne orthodoxe des chaînes américaines YouTube ces derniers temps se réfèrent à une prophétie qui vient tout droit du Mont Athos en Grèce. Cette prophétie qui anticipe sur la vaccination obligatoire après une pandémie se trouve sur ce site https://christianos777com.wpcomstaging.com/2020/04/17/άγιος-παΐσιος-♦-η-αρρώστιαπανδημία-ο/

"Maintenant, une maladie est réapparue, pour laquelle ils ont trouvé un vaccin qui sera obligatoire et, pour ce faire, ils vont le marquer du sceau... Plus tard, quiconque ne sera pas tamponné avec le numéro 666 ne pourra ni vendre, ni acheter, ni emprunter, ni être nommé, etc." "Le calcul me dit que l'Antéchrist avec ce système voulait attraper le monde entier et, quiconque n'est pas dans ce système, ne pourra pas travailler, ou autre. "Il sera imposé avec un système économique qui contrôlera l'économie mondiale, et seuls ceux qui auront accepté le sceau, le numéro 666, pourront faire du commerce." "Mais qu'arrivera-t-il aux gens qui seront marqués du sceau ?" "Ceux qui ne sont pas scellés feront mieux que les autres, parce que le Christ aidera ceux qui ne sont pas marqués du sceau." «Les événements nous attendent, mais ils ne dureront pas longtemps. "Autant que l'orthodoxie a été éliminée par le communisme, d'autres choses seront éliminées maintenant." 

On notera aussi (voir vidéo ci dessous) que de son vivant Saint Païssios condamnait aussi l'usage de la carte de crédit comme une préfiguration de la marque de la Bête.

Ancien charpentier Saint Païssios l'Athonite est né Arsenios Eznepidis en juillet 1924, à Farasa en Cappadoce (Turquie actuelle). Il est s'est installé sur le mont Athos pour y devenir moine en 1949, à 25 ans, juste après sa démobilisation militaire (à l'issue de la Guerre civile). Il fit aussi un séjour au Sinaï dans les années 1960, et est signalé sur You Tube pour avoir eu une très belle vision intérieure de Jésus Christ. Décédé en juillet 1994, il a été canonisé le 13 janvier 2015.

Dans les années 1980-90, il avait frappé ses auditeurs par ses prophéties politiques alors qu'il disait ne pas dire les journaux. Oikonomou Alexandros, vice-amiral d'Athènes a témoigné (voir ici) avoir rencontré en mars 1994, le frère Païssios au monastère de Souroti. "J'ai été ému, se souvient-il, lorsqu'il m'a pris la main, et malgré la gravité de son état, il m'a dit ce qui suit: Vous ne devriez pas être triste et effrayé pour la Turquie. La Turquie va se désintégrer et, en fait, elle se désintégrera d'elle-même par les alliés. En Bosnie, elle deviendra un État musulman (il n'y en avait pas à l'époque), mais cela se  retourné contre eux, car en conséquence un État kurde apparaîtra plus tard au cœur même de la Turquie ¨. L'Ancien, parce qu'il me voyait troublé d'entendre ces choses, me dit à nouveau: «Comme vous le savez, je ne lis pas les journaux, mais j'apprends ceux-ci d'ailleurs…» Témoignages de pèlerins Ancien Païssios Agioreitis 1924-1994, 2e édition, page: 412

C'était l'époque de la guerre de Yougoslavie. A ce sujet, le saint orthodoxe disait : c'est un produit du Vatican, ce sont les «bénédictions» du Pape, du «grand chrétien». Tout cela est déterminé par le sionisme international, le marché boursier international appelé Amérique. L'Amérique n'existe pas. Les sionistes sont l'Amérique, donc après avoir reçu les messages sataniques, ils les transmettent au Vatican, qui les transforme en plans et appelle ensuite l'Islam à les mettre en œuvre. C'est ainsi que fonctionnent les conceptions sataniques aujourd'hui. Ils ont réussi et capturé nos dirigeants. Notre seul espoir est en Dieu. Vous aussi, vous devriez vivre une vie chrétienne, car je vous le dis de manière responsable - et vous le verrez -. Ce qui brûle actuellement dans les Balkans continuera. Ce sera le point de départ par lequel Dieu, à sa manière, libérera les chrétiens et les ramènera à leur ligne. Et Byzance reviendra. Et savez-vous pourquoi? Parce que les peuples européens seront réunis. Qui les guidera? Personne ne le sait. Seulement nous gardons la foi orthodoxe. Témoignages de pèlerins Ancien Païssios le Mont Athos 1924-1994 , volume 1, page 66

Pour mémoire à l'époque on expliquait comment des agences comme Ruder Finn dans la destruction de l'image des Serbes auprès de l'opinion publique juive américaine (voir l'enquête du journaliste français Jacques Merlino).

Le Frère Païssios était convaincu d'une victoire à terme des puissances orthodoxes : un agrandissement de la Grèce à l'Epire à la Macédoine, la récupération de Byzance et même de la Cappadoce. "Y aura-t-il une guerre mondiale? L'OTAN frappera-t-elle les Polonais, les Tchécoslovaques et les Biélorusses et les Allemands avec les Russes? », lui demandait-on. Il répondit: «Tout le monde quittera les Russes et partira avec les Juifs d'Amérique. Les Russes les brûleront » (Prophéties et enseignements du moine Païssios, Page: 443)

Sur la récupération de Constantinople et de l'Asie Mineure, se référant à la la prophétie de Saint Cosmas d'Etolie (1714-1779) : les Russes - la race blonde - redonneraient la ville aux Grecs. Dès le début des années 1980, Saint Païssios évoquait la fin de l'URSS qui n'avait que 70 ans de vie pour elle (Témoignages de pèlerins Ancien Païssios du Mont Athos 1924-1994 , volume 1, page 140).

Les prophéties de Saint Païssios avaient aussi attiré l'attention au moment du Brexit, car 20 ans plus tôt , de son vivant, le moine avait déclaré que l'Union européenne serait détruite par les Britanniques et les Américains, «car ils sont une seule nation et travaillent ensemble. "Ils disent : que se passe-t-il ici? Hitler lève-t-il encore la tête? Et c'est comme ça qu'ils vont le dissoudre ." »

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Le quiz du mois

21 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Médiums, #Généralités Nudité et Pudeur, #Christianisme

(1) Depuis la Christelle Laffin, de Madame Figaro, aucun journaliste ne m'a jamais plus interviewé sur les médiums. Pourquoi ?

(2) M. Prolongeau écrit sur la nudité, puis sur les chamanes (et le spiritisme) ; la rabbine Horvilleur écrit sur la nudité, puis sur nos rapports avec les morts ; Christophe Colera écrit sur la nudité puis sur les médiums - pourquoi ce schéma commun à ces trois auteurs ?

(3) Pourquoi le possédé dans l'Evangile (Marc 5,1-20) qui ne supporte pas les vêtements vit-il dans les cimetières ?

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Madame Swetchine selon Sainte Beuve

16 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Christianisme

Je le disais il y a quelques jours : je travaille sur la vie de Lacordaire. J'en suis à l'année 1832, ce qui me conduit tout naturellement à croiser le nom de Mme Swetchine, qui devint à ce moment là sa confidente. Bien qu'ayant lu, comme tous les quinquagénaires français de notre époque, dans ma jeunesse Hugo, Balzac et Musset, j'avoue que trente ans au contact de la barbarie de notre époque m'ont rendu si étranger au XIXe siècle que je le trouve maintenant aussi exotique dans son style et dans ses émotions qu'une tribu de papou à l'autre bout du monde. Voilà pourquoi je dois procéder avec prudence dans ma façon de l'aborder. Mais j'ai heureusement la liberté de pouvoir m'y prendre comme je veux, en empruntant n'importe quel truchement, n'importe quelle porte d'entrée : personne ne me lit, mais personne ne me fait non plus grief de rien. Donc agissons comme bon nous semble.

Le commerce avec Lacordaire m'autorise donc à faire un détour par le salon de Mme Swetchine qui se trouvait rue Saint Dominique (et non rue de Bellechasse comme le prétend sa fiche Wikipedia, il est étonnant qu'il y ait tant de petites erreurs dans cette soi-disant encyclopédie de référence), au numéro 71 dont vous voyez la photo ici à gauche. Comment visiter ce salon ? Avant d'en faire le tour, je préfère m'intéresser à celle qui l'organisait. Et pourquoi, pour ce faire, ne pas commencer par le point de vue sur elle de celui qui est réputé avoir porté le regard le plus méchant à son sujet ? D'après l'éditeur de ses oeuvres, le comte de Falloux, le plus incisif sur son compte fut le célèbre critique Sainte-Beuve (ce qui n'est pas la première fois). J'ouvre donc ses Nouveaux Lundis sur Gallica.

Il y a eu une mode pour Mme Swetchine, précise Sainte-Beuve, lancée en 1860 par les éditeurs Vaton (rue du Bac) et Didier (quai des Augustins). Avant d'en dire ce qu'il en pense, il sacrifie au rituel biographique. Mme Swetchine avait, nous dit-il grandi en Russie dans le goût de la culture française et le commerce du célèbre aristocrate exilé Joseph de Maistre et de ses idées. Sous son influence elle quitta "la communion grecque que nous appelons schismatique". Cette conversion la poussa à 34 ans à s'installer à Paris, en 1816.

Sainte-Beuve la décrit ainsi "elle n'avait pas de beauté : petite, les yeux légèrement discordants, la pointe du nez kalmouke, mais avec cela une, physionomie qui exprimait la force de la vie et la pénétration de l'intelligence. Son mari, de vingt-cinq ans plus âgé, le général Swetchine, vivait à côté d'elle, complètement étranger à sa sphère d'activité. Elle n'avait jamais eu d'enfant. Son esprit vif, aiguisé, subtil, sa fermeté et son élévation de caractère, un certain art suivi de serrer les liens et de rattacher sans cesse les relations de société à des convictions et à des espérances d'un ordre supérieur, créèrent son ascendant sur tout ce qui l'entourait et l'approchait : son influence peu à peu s'organisa. Cela dura quarante ans."

Le critique précise que son salon se distinguait des autres en Europe par son orientation très "théologique" catholique, et il ajoute qu'ayant commencé à le fréquenter en 1831 il n'aurait pas cru qu'il serait aussi célèbre qu'il devint.

J'avoue que j'apprécie beaucoup chez Sainte-Beuve le côté tranchant de ses vues, même si comme Saint Simon sous Louis XIV il manque de charité. Quand il s'interroge sur la vie amoureuse de Mme Swetchine, il répudie la version officielle du comte de Falloux qui a  "l'élégance vague, celle du beau monde et des salons", il révèle une clé profonde de sa conversion : "Mme Swetchine a eu un orage de jeunesse : elle avait inspiré une grande passion au comte de Strogonof, un des hommes les plus aimables de la Russie, et elle l'avait ressentie elle-même." Son mariage avec le général Swetchine était un mariage forcé. Falloux le dissimula, comme il cacha les plagiats de Mme Swetchine dans ses oeuvres.

Les lettres de Mme Swetchine éditées par Falloux, nous dit Sainte-Beuve, révèlent une âme ardente. Il compare son caractère à celui de sa correspondante grecque demoiselle d'honneur du tzar, Mlle Roxandre. Pour lui Mme Swetchine a quelque chose de moins policé, de plus sauvage, qu'il rattache aux steppes barbares.

Ayant épousé la religion avec passion à 19 ans, elle y transposa son ardeur. Du coup, se souvient-il quand il la rencontra en 1831 (il avait 27 ans) "Les premiers mots qu'elle vous disait, et par lesquels elle croyait vous honorer, concernaient votre croyance et l'état de votre âme". Il dit qu'il entendit souvent sa vieille amie, Rowandre devenue comtesse Edling se plaindre de ce qu'elle était devenue plus froide avec les années. du fait de leurs différences religieuses. Selon Sainte-Beuve, il y avait dans le salon de Mme Swetchine une rigidité spirituelle qui ne permettait pas de s'y sentir à l'aise. Dans un salon, selon lui, il faut qu'il puisse y avoir des jeux de l'esprit, donc des petites divergences, pour pouvoir plaire à telle ou telle dame. Il n'appréciait pas être dans une ambiance où la maîtresse des lieux condescendait à vous accueillir, à deux pas de sa petite chapelle où elle avait placé son saint sacrement et où elle allait s'édifier après vous avoir reçu. Ce salon où les dames passaient avant de se rendre au bal "sous l'aile de maris exemplaires, et qui viennent y recevoir comme une absolution provisoire qui, plus tard, opèrera", n'était pour lui qu'un "cercle religieux, une succursale de l'église, un vestibule du paradis, une maison de charité à l'usage des gens du monde", pas un salon français (p. 250).

Tout en reconnaissant qu'il n'est jamais parvenu à l'aimer (p. 253) il y reconnaît "une nature de femme très-rare et très distinguée, qui fait le plus grand honneur au monde aristocratique où elle a vécu"

Si on voulait construire un "champ" des salons littéraires français de l'époque, on pourrait s'inspirer de la comparaison que Sainte-Beuve propose avec le salon de Mme Récamier, que Mme Swetchine avait rencontrée à Rome en 1824. Elle était à l'Abbaye au Bois où les religieuses louaient des appartements, avait cinq ans de plus qu'elle. M. Ballanche était dépêché par le salon de Mme Récamier auprès de celui de Mme Swetchine en début de soirée pour y prendre des nouvelles. Chateaubriand régnait sur le premier salon et de Maistre sur le second. Il y avait plus de coquetterie chez Mme Récamier qui avait été plus jolie que Mme Swetchine. Chez Mme Récamier on "était exposé tout au plus, par politesse et bonne grâce, après quelque matinée délicieuse de lecture, à faire un article sur Chateaubriand ; chez Mme Swetchine, avec de l'assiduité, on pouvait être conduit un jour ou l'autre à un acte de foi et de dévotion ; on courait risque d'être d'un sermon prié ou d'une abjuration, ou de quelque agape mystérieuse à la chapelle" (p. 230)

Le salon de Mme Swetchine connut un renouveau en 1848. Car comme l'a remarqué Bacon "les grands coups de tonnerre en politique ramènent les hommes au pied des autels". Sainte-Beuve loue la hauteur de vue et la justesse que le christianisme lui permirent d'avoir pendant cette révolution. Il les compare à la force de caractère avec laquelle elle fut prête en 1834 à suivre son mari dans un exil intérieur en Sibérie sur ordre du tsar (un ordre qui ne fut pas maintenu). Il regrette cependant son défaut de jugement quand elle approuve l'idée de Lacordaire selon laquelle le bref du pape aux évêques de Pologne peut être comparé par sa modération aux suppliques de Priam pour récupérer le corps d'Hector ou quand elle compare Lamennais à Clorinde.

Sainte-Beuve sans admettre qu'elle puisse être un classique reconnaît à Mme Swetchine une distinction d'écrivain. Son traité sur la vieillesse, "est la gageure chrétienne la plus poussée que j'aie vue contre la nature" écrit-il p. 244 Elle y fait l'éloge de toutes les tares des vieux. Certaines trouvailles sont ingénieuses mais cela va trop loin.

"Ces femmes d'une éducation si parfaite, d'une culture si élaborée, ont beau avoir tout l'esprit possible ; il y a un moment où elles forcent le ton, et la vendeuse d'herbes du marché aux fleurs leur dirait plus sûrement qu'à Théophraste : "Vous n'êtes pas d'ici." Il trouve son propos sur la vieillesse plus juste dans son traité inachevé sur la Résignation où elle distingue la résignation chrétienne du fatalisme musulman et du quiétisme hindou. En introduisant du surnaturel dans cette vertu, elle se fait "fille aînée de M. de Maistre et fille cadette de St Augustin". Pour finir, même s'il redit l'avoir admirée sans l'aimer, il reconnaît en elle "une nature de femme très-rare et très-distinguée, qui fait le plus grand honneur au monde aristocratique où elle a vécu".

En post scriptum, Sainte-Beuve parce que son avis nuancé sur Mme Swetchine lui avait attiré les foudres d'un certain Roger de Sezeval dans la revue catholique "Le Monde" du 20 avril 1862 a ajouté une anecdote triste montrant un Monsieur Swetchine devenu idiot et faisant sonner sa montre tout le temps, et son épouse le lui confisquant "à titre de mortification" de sorte que le vieil homme passait son temps à la rechercher. Falloux a contesté la véracité du fait après contre-enquête auprès du valet. Mais Sainte-Beuve réfute le valet.

Le regard de Sainte-Beuve est un peu distant, mais semble-t-il assez équilibré, je crois que c'est une bonne première approche du personnage, qui permet de cerner son salon catholique, et comprendre son influence pour Lacordaire, qui pourtant n'était pas un homme de salon.

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"Birthright" de Timothy Alberino

12 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Christianisme, #Histoire secrète

Timothy Alberino est un personnage étrange. Autodidacte, il a quitté son Ohio natal pour explorer la jungle amazonienne. A son retour, il a écrit l'ouvrage que l'on va présenter cerné d'augures négatifs (maladie, décès de son père etc), qui pourraient laisser penser à d'autres chrétiens que son entreprise n'était pas vraiment validée par Dieu, mais telle ne semble pas être la lecture qu'il a faite de son vécu personnel puisqu'il a persévéré (nous verrons à la fin s'il semble avoir eu raison ou pas).

J'ai choisi de parler de ce livre, publié en octobre 2020 : "Birthright, The coming posthuman apocalypse and the usurpation of Adam's dominion on planet earth" (Droit de naissance, l'apocalypse posthumaine qui vient et l'usurpation de la domination d'Adam sur la planète Terre) parce qu'il prolonge ma réflexion sur les Nephilim (publiée l'an dernier chez L'Harmattan) à partir de prémices assez voisines, entre angéologie et démonologie.

Le point de départ est celui-ci : l'être humain n'est pas la seule créature dans l'univers. Il est la cerise sur le gâteau de la création divine, mais le gâteau n'a pas été créé pour la cerise. Le monde a été créé par et pour Jésus, fils du Père, qui est l'alpha et l'omega (Apoc 22:13).

Avant l'apparition de l'homme il y avait des créatures célestes que l'on appelle des étoiles du matin (Job 38:4-7), ou encore Fils de Dieu (Daniel 3:25, Gen 5:1-4), par affiliation au Christ.

Christ, main droite de Dieu, dans l'Ancien Testament est un homme de guerre (Exode 14, Ps 24:8, Isaie 42:13). Dans Matt 11:12 il dit que le Royaume a subi la violence. L'expression Yahweh Tsebaoth (seigneur des armées) revient 240 fois dans l'Ancien Testament.

Ses anges existent, mangent et boivent (avec Abraham et Lot, mais aussi au ciel avec la manne Ps 78:23-25) comme Jésus dans le Royaume (Matt 8:11), mais apparaissent peu aux hommes par crainte d'être adorés (Apoc 19-10). Angelos/Mal'ak signifie seulement messager, c'est une fonction qui peut s'appliquer à divers êtres, y compris des hommes (point souvent souligné en exégèse biblique notamment par M. Heiser que j'ai beaucoup utilisé dans mon livre sur les Nephilim).  Les êtres célestes sont fils de Dieu en ce qu'ils ne sont pas nés de la chair. Les hommes sont appelés à devenir fils de Dieu par la résurrection (Luc 20:34-36).

Dans la parabole de l'enfant prodigue, le "héros" est l'humanité qui dilapide l'héritage et se soumet à Satan (le gardien des porcs). Le frère ainé de ce fils dans la parabole, c'est une étoile du matin. Pour lui, ces étoiles du matin sont une sorte de "race ainée" ("the elders" chez Tolkien), une civilisation "extraterrestre" capable de composer des chants (selon le livre de Job) qui nous a précédés. Il reprend l'analyse de Heiser sur le fait que le "nous de majesté" dans "faisons l'homme à notre image" ne peut pas "techniquement" désigner la Trinité mais un Dieu qui parle à son conseil de dieux (conseil dont parlent Michael Heiser et Gerald McDermott sur la base des psaumes 86, 96, 135 etc)

Les découvertes scientifiques du XXe siècle, nous dit Alberino, sur le vide des atomes, la physique quantique, le temps, montrent que du monde nous ne percevons qu'une ombre, comme dans la caverne de Platon. Il est lui-même partisan de la théorie du Big Bang. Mais pour lui, avant l'humanité, il y a eu des guerres de Dieu contre certains êtres supérieurs rebelles dont portent la trace la thématique de la guerre contre Edom (le dragon rouge), Meroz, qui est dans le judaïsme une planète en Juges 5:23 et Rahab (Job 26:11).

Après ces guerres, Dieu (qui se méfie de certains de ses anges selon le livre de Job) en son conseil décide de créer une race nouvelle (l'humanité) à laquelle il va confier son image (son sceau) - pour Alberino l'image ne peut être une ressemblance qui s'illustrerait par exemple dans une créativité ou une sensibilité de l'humanité, car les "étoiles du matin" elles aussi sont créatrices au point de composer des chants, et sensibles au point d'être attirées par les filles des hommes en Genèse 6:1-4. L'humanité est créée à un niveau à peine inférieur aux anges (ps 8:3-8) qu'elle est appelée à juger un jour (1 cor 6:3).

Il y a eu, nous dit Alberino (p. 80), un vaste débat sur la question de savoir si Satan dirigeait le monde. Mais le fait est que depuis la chute d'Adam les pays du monde ont toujours été gouvernés par des hommes, bons ou mauvais, ce qui prouve que c'est bien la descendance d'Adam qui garde la juridiction sur le monde depuis lors. Satan ne peut gouverner que par l'intermédiaire d'hommes mauvais (notamment lorsque ceux-ci se laissent inspirer par l'idolâtrie, les rituels d'invocation des anges déchus, la voyance), mais Dieu peut toujours intervenir pour mettre un terme à leur despotisme.

Alberino, même s'il pense que l'univers a plusieurs millions d'années, ne croit pas à la théorie de l'évolution. Partout, nous dit-il, le temps est source de corruption des êtres et de chaos (théorie de l'entropie). Il n'a pas pu produire ce génome humain ultracomplexe dont le séquençage représenterait 3 gigabytes sur un ordinateur (p. 106). Si l'on suit Paul selon lequel seul Dieu (et pas les anges, ni aucune autre créature vivante) a une immortalité intrinsèque  (1 Tim 6:15-16) et dans Genèse 3:22 "Empêchons (Adam) maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement" après qu'il eut goûté du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Cela signifie que l'homme n'avait pas l'éternité en lui, mais était éternel par une cause extérieure, comme la consommation du fruit de l'arbre de vie au jardin d'Eden qui la lui donnait.

La version de la Bible de Darby ajoute qu'il ne prenne "aussi" de l'arbre de vie, ce qui est aussi le cas en anglais dans la King James Version. Comme Dieu s'adresse à son conseil d'êtres spirituels supérieures (de Fils de Dieu) lorsqu'il dit cela, cela signifie que l'humain "aussi" comme les anges, puisait son éternité à l'arbre de vie. Et il est possible les anges déchus rebelles, aient eux aussi perdu l'accès à l'arbre de vie et à l'éternité car dans le Psaume 82:6 il est écrit : "J'avais dit: Vous êtes des dieux, Vous êtes tous des fils du Très-Haut. Cependant vous mourrez comme des hommes, Vous tomberez comme un prince quelconque". En plaçant ses chérubins à l'épée flamboyante devant le jardin d'Eden Dieu n'en interdit pas seulement l'accès aux hommes, mais aussi aux anges rebelles... Ce qui pourrait expliquer que Dieu annonce au serpent qu'il rampera sur la terre pour se nourrir de poussière et le fait que les anges déchus aient toujours besoin de sacrifices sanglants dont ils se nourrissent.

Peut-être peut-on laisser de côté l'hypothèse assez gratuite (car peu étayée bibliquement) d'Alberino selon laquelle il faudrait prendre à l'envers le darwinisme en estimant que l'espèce dégénère et ne progresse pas (idée d'autant plus stupide qu'aucun darwinien aujourd'hui ne prétend que l'espèce progresse puisque la sélection naturelle ne fonctionne plus depuis l'invention de l'agriculture, même stupidité chez Alberino quand il s'essaie à disserter sur l'entropie).

Plus intéressant pour nous est son chapitre 7 ("The Golden Age") et les suivants, qui prolonge très directement mon livre sur les Nephilim. Il y a eu un Age d'Or, rapportent les sources païennes (du mythe de Prométhée à celui de l'Atlantide par exemple, en passant par Mme Blavatsky). Genèse 6:1-4 nous donne le regard hébraïque brièvement et "avec nonchalance" sur cet Age d'Or... Mais heureusement, nous dit Alberino, l'écossais James Bruce d'avoir ramené d'Abyssinie en 1773 le livre d'Hénoch, authentifié ensuite par les manuscrits de la Mer morte. Pour Alberino, ce livre est d'autant plus vrai qu'il annonce Jésus et le décrit comme "Fils de l'Homme". Alberino souscrit entièrement à l'authenticité du Livre d'Hénoch qui, d'après lui, a été écarté à tort du corpus canonique à l'époque de Tertullien, pour une mauvaise raison : parce que les Juifs eux-mêmes l'avaient déclaré hérétique du fait de ses "fausses généalogies" qui conduisent  à l'avènement de Jésus...

Alberino a lu Heiser (dont il cite "Unseen Realm" sur d'autres points) mais alors qu'Heiser n'adhère qu'à certains passage du livre d'Hénoch, l'auteur de Birthright lui va au delà de cette nuance. En outre, son argument en faveur d'Hénoch est assez léger (alors qu'il aurait pu en trouver de meilleurs du côté de l'épître de Jude et de celle de Pierre). Pour lui, c'est une chance que ce livre puisse être maintenant à la portée des Internautes, ce qui empêche que le débat sur Genèse 6:1-4 (sur les Nephilim) soit limité aux cercles de théologiens savants comme ce fut le cas pendant des siècles. Et, comme je l'ai fait dans mon livre, il examine toutes les conséquences de l'assertion selon laquelle des anges rebelles ont pu coucher avec des femmes humaines et avoir une descendance avec elles.

Pour lui, puisqu'ils ont décidé de les épouser, il s'agissait d'une stratégie pour usurper le pouvoir humain sur la Terre avec une descendance (les Géants) qui était à la fois angélique et humaine. Le fait que selon Hénoch ces Géants aient pratiqué la zoophilie participe aussi de cette stratégie de même que le don des arts occultes aux femmes. Il s'agissait de constituer cette civilisation rivale de celle de l'humanité, et qui se ferait vénérer par elle - cette civilisation de Géants qui a construit les sanctuaires mégalithiques.

"Hénoch" veut dire "initié", nous dit Alberino. Pendant que les Fils de de Dieu (Gardiens) initiaient les fils de Cain avec leurs arts occultes pervers, Hénoch formait la descendance de Seth. "Toutes les branches de l'occultisme qui ont émergé dans l'histoire ont leurs racines dans les prêtres du dragon issus de Cain, qui adirent 'Lucifer' et ont été initiés aux secrets par les Gardiens" (p. 155), tandis que l'Evangile se rattache à Hénoch qui a marché avec Dieu et fut initié à la révélation du Christ "qui devait être la lumière des Gentils" (1 Hénoch 48:4-7). Hénoch explique comment l'ange Uriel charge Noé de construire l'arche parce qu'il va nettoyer la Terre de la civilisation des Nephilim, tandis que Raphael ligotera Azazel le chef des Gardiens (dont le nom revient dans Lévitique 16:6-10). Il peut paraître contradictoire, remarque Alberino que dans Hénoch Dieu demande à Raphael de soigner la peste qui a envahi la Terre alors qu'il s'apprête à noyer celle-ci sous le Déluge, mais sans doute s'agit-il d'une maladie à la fois spirituelle et physique qui attaquait l'ADN humain et, pour cette raison, barrait tout accès à la Rédemption pour l'humanité.

Puis Alberino développe le point que j'ai aussi exposé dans mon livre sur le fait que Noé est supposé lui être génétiquement pur (exempt de la corruption de l'ADN par les Nephilim), ce qui peut se déduire du vocabulaire qu'emploie le livre de la Genèse lui-même. Si Noé était "parfait dans sa génération" (dans sa généalogie), il fallait à ses fils des épouses génétiquement capables aussi d'assurer une descendance non corrompue, et c'est pourquoi Raphael fut chargé de nettoyer la peste génétique...

Pendant que Noé construit son arche, Gabriel pousse les Nephilim à s'entretuer, tandis que Michael qui a attaché Semjaza le force à contempler ces guerres. Hénoch mentionne que les Gardiens n'obtiennent pas le pardon de Dieu (c'est Hénoch lui-même qui transmit leur demande au Ciel, mais ils furent voués au Tartare) et le droit de leur descendance à avoir une longue vie. Alberino estime que cela explique qu'ensuite les Nephilim ne soient pas seulement condamnés à mourir mais aussi que leurs âmes soient vouées à errer sur la Terre (c'est là un point assez difficile qui nourrit beaucoup de spéculations ces derniers temps, il faudra y revenir). Le fait que l'esprit des Nephilim leur a survécu et a continué ensuite à hanter la Terre et attaquer les femmes humaines et leur descendance parce qu'ils sont issus d'elles figure en toutes lettres dans 1 Hénoch 15:8 et 1 Hénoch 16:1. "Ils ne prennent pas de nourriture et cependant ont faime et soif et causent des offenses" dit le patriarche. C'est ce type d'esprit, sous la forme d'un démon (daimon en grec) qui parle dans l'Evangile en Matth 8:29 et en Marc 1:23.

Le Déluge n'est pas intervenu avant la mort du fils d'Hénoch, Mathusalem, à 969 ans, alors que les Gardiens étaient descendus sur le mont Hermon à l'époque de Jared, 1 000 après la fermeture du jardin d'Eden, cela ferait 1 300 ans de civilisation des Nephilim, d' "Age d'Or" selon les païens, âge sombre du point de vue des Juifs. Le déni de l'existence du Déluge (qui au XVIIIe siècle faisait encore consensus chez les scientifiques) remonte au livre de Charles Lyell "Principles of Geology" paru en 1830 dont les créationnistes Whitcomb et Morris en 1951 dans "Genesis Flood" ont mis en lumière les présupposés. Darwin n'aurait pas été possible sans l'anti-catastrophisme de Lyell.

Malgré le Déluge, l'Atlantide aurait conservé une partie du savoir des Nephilim. Le franc-maçon Manly P. Hall rappelle que le Critias de Platon, présente l'île comme régie par les dix jumeaux fils de Poseidon, d'autres sources parlent de sept îles. Dans Apoc 13:1, la Bête sort de l'eau avec sept têtes et 10 cornes, un diadème par corne. L'ange en Apocalypse 17 dit que la bête fut et n'est pas et reviendra de l'abime. Par ailleurs (p. 176), il y a cette armée de sauterelles annoncée en Apoc 9:11 qui sortira de l'abime avec la Bête et qui est personnifiée par Apollyon (le "destructeur", c'est la traduction d'Abaddon en hébreu, le nom du dieu du puits sans fond) jeu de mot avec Apollon (apollyo = détruire en grec). Apollon est un dieu des sauterelles (Parnopion) depuis qu'il les a chassées de l'Attique, dit Pausanias.

Les sauterelles sortent en Apoc 9:11. J'ai rappelé dans mon livre qu'au vu d'Amos 7:1 et de Proverbes 30:27 feu- Cris Putnam avait estimé que les sauterelles étaient une allégorie des Immortels (tout en parlant aussi de sauterelles transgéniques).

Paul dans 2 Thess 2:1-4 explique que Jésus viendra après que le Fils de la Destruction et sa rebellion (mot traduit à tort par apostasie). La bête, c'est l'Antéchrist et sa coalition de rois, et Apollon, fils de Satan, hérite du trône, et les deux cohortes, terrestre et céleste, seront également punies (Isaie 24:21-22). Il y aura une unité politique mondiale du type de celle que Rome avait mise en place au temps de Jésus (une nouvelle manifestation de Rome - Daniel 2:41) dans laquelle les nations confédérées derrière l'Antéchrist, en pleine connaissance de cause, offriront leur trône à Satan (le dragon) en la personne d'Apollon dans le cadre d'un culte solaire, et ce sera là la grande rébellion de l'humanité contre Dieu.

Le livre de Daniel annonce une nouvelle union des démons avec les hommes (Daniel 2:43) dans l'expression selon laquelle "ils s'uniront avec la semence des hommes", comme au temps de Genèse 6:1-4 et dans les Eclogues IV, Virgile annonce le règne d'Apollon : c'est là qu'apparaît la phrase novus ordo seclorum, nouvel ordre mondial, slogan illuminati qui figure eu verso du sceau des Etats-Unis d'Amérique (Alberino emprunte ceci à Zenith 2016, de Thomas Horn, un auteur que l'on a déjà cité dans ce blog de même que son acolyte Putnam). La Sybille y dit clairement que les dieux et les héros (ceux de Genèse 6:1-4) au moment de ce Nouvel âge d'Or auront à nouveau leur place parmi les hommes.

L'image du cercueil d'Osiris flottant sur le Nil jusqu'à Byblos en Phénicie (les Phéniciens sont d'ascendance cananéenne précise Alberino, ce qui n'est pas sans lien avec les Nephilim comme on l'a vu dans notre livre) est aussi pour les occultistes, comme l'Atlantide, une image du savoir premier des Nephilim et de l'Age d'Or qui survit au Déluge. La Phénicie est le pays du roi Hiram de Tyr (Hiram Abiff) qui fournira les cèdres, le métal et le bois pour le temple du roi David, ce qui lui vaudra la vénération des francs-maçons. L'Oeuvre maçonnique autour du cercueil d'Hiram sur lequel ils mettent une branche d'acacia est en fait liée au cercueil d'Osiris qui se retrouva dans un acacia en Phénicie. Alberino revient ensuite sur toute l'architecture théurgique maçonnique dont j'ai parlé dans mon livre sur le complotisme protestant avec les obélisques phallus d'Osiris et les dômes matrice d'Isis, tandis qu'Horus leur progéniture est explicitement identifiée par Hérodote à Apollon.

On renverra à la p. 192 du livre (mais aussi à notre livre sur le complotisme protestant) pour le détail de la manière dont la franc-maçonnerie luciférienne et son annexe théosophique (avec le Lucifer Trust d'Alice Bailey) ont mis au jour aux XIXe et XXe siècle le projet jusque là caché des sociétés secrètes de préparer une nouvelle union des dieux des anciens temps (les Fils de Dieu/Gardiens de Genèse 6:1-4) et des humains pour restaurer l'Age d'Or contre Dieu.

Je passerai rapidement sur le chapitre 10 consacré à le religion unique mondiale (le rôle de Nietzsche et d'Aleister Crowley dans son émergence). Le 11 sur les extra-terrestres est étonnant car à la différence de beaucoup de chrétiens "bibliques", Alberino ne pense pas qu'ils soient des démons. Il pense par exemple que les "gris" viennent d'autres dimensions et que les gouvernements négocient avec eux... Il les croit même responsables de l'essor du spiritisme au XIXe siècle du fait que le thème des soucoupes volantes est apparu à ce moment-là.

Les témoignages des enlevés nous dit-il sont très convergents y compris sur la couleur et le matériau des soucoupes. Alberino nous dit avoir échangé lui-même avec des Aymara et des Quechua dans les Andes. Ils décrivent des extraterrestres nordiques ou pléiadiens, blonds aux yeux bleus de 2 mètres. D'après lui, les deux hommes en Genèse 19 que Lot croise avant la chute de Sodome pourraient correspondre à la description car Lot les reconnaît comme des anges, ce qui prouve qu'ils n'avaient pas le type sémitique des gens de la région. Et d'ailleurs c'est sans doute pourquoi, dit Alberino, les Sodomites veulent coucher avec eux quand ils sont chez Lot.

Bill Cooper dans Behold a Pale Horse affirme que sous Eisenhower, des Nordiques ont prévenu le gouvernement américain de la présence de Gris au niveau de l'Equateur et que le gouvernement a refusé de renoncer à l'arme nucléaire en échange de leur aide.

Selon Dr David Jacobs, de Temple University, sur la base des témoignages de gens abductés, les Gris, affiliés au "insectalines" veulent créer des hybrides pour se mêler à l'humanité. Alberino demande p. 256 : sont-ils aux ordres du Dragon (de Satan) ? sont-ils seulement alliés à lui ? Ou poursuivent-ils leurs propres objectifs sur un mode autonome ? Dans cette dernière hypothèse, le Dragon pourrait simplement utiliser leur menace pour unifier les humains sous la coupe d'Apollon.

Le 26 juin 2000, Clinton célébrait publiquement la première cartographie complète du génome humain. La voie de l'eugénisme est ouverte (cf Thomas Horn). En choisissant la voie du transhumanisme, l'humanité est en train de céder au diable l'héritage qu'elle tenait d'Adam, car elle va cesser d'être elle-même pour devenir partiellement voire largement robotisée. La loi de "l'impératif technologique" fera que la société ne pourra pas s'opposer aux innovations transhumanistes. Le transhumanisme est un sas vers le posthumanisme.

A deux étapes de la Bible, remarque Alberino, la lignée légitime aux yeux de Dieu a failli être usurpée : avec Ismael et avec Esaü. Esaü par son tempérament excessif et son hypertricose (Gen 27:11) est peut être le fruit d'une manipulation :génétique (p. 281). Et maintenant le Dragon demande à l'humanité issue de Jacob et de la lignée messianique qui passe par le Christ de vendre son droit de royauté pour un bol de lentilles comme Esaü l'a fait. L'ange Michel est celui qui retient (le katachon de 2 Thess 2:5-12) à la tete de ses armées. Avec la venue d'Apollon-Apollyon comme faux sauveur et homme de perdition (par exemple pour nous sauver des Gris), l'humanité renoncera à ses droits sur le monde acquis par l'image de Dieu (le sceau de Dieu) puisqu'elle ne sera même plus humaine, et adoptera la marque de la Bête. C'est en ce sens qu'il faut entendre  Matth 24:22 "Et si ces jours là n'eussent été abrégés, nulle chair n'eut été sauvée; mais, à cause des élus, ces jours là seront abrégés." Si aucune chair n'est sauvée, c'est parce qu'il n'y a plus aucune chair vraiment humaine. L'étrange prophétie biblique selon laquelle certains chercheront désespérément à mourir (Apoc 9:6) mais ne le pourront pas pourrait bien se réaliser dans la fait que les gens seront si dotés de dispositifs d'autoréparation avec leur personnalité téléchargée sur des ordinateurs dans des corps synthétiques que la mort ne sera plus pour eux qu'un luxe hors d'atteinte (p. 289). Apollon chef de cette armée et figure du roi rebelle de Daniel 8:25 sera le nouvel Antiochos Epiphane. Mais Dieu rira de cette rebellion (Psaume 2:4-9), l'Agneau ouvrira le manuscrit (Apoc 5) et engagera la guerre finale (Apoc 19:11)

Il obtiendra la victoire (Apoc 11, 1 Hénoch 62), grâce au sacrifice de Jésus il y a 2000 ans. Là dessus s'achève le livre d'Alberino.

A la différence de Michael Heiser sur lequel je me suis beaucoup appuyé dans mon livre sur les Nephilim et qui est très diplômé en recherche biblique (il en a tiré une grande rigueur intellectuelle), Tim Alberino est plus approximatif. Cela se vérifie aisément sur de petits détails, par exemple quand il écrit p. 84 qu'Antipater (le père d'Hérode) a finalement été nommé par Jules César procurateur de Judée ("Antipater would eventually be appointed procurator of Judea by Julius Caesar) alors qu'il ne fut que gouverneur de Galilée et que c'est son frère ainé qui dirigea Jérusalem. Il y a donc des chances qu'il se trompe sur certaines de ses approches scientifiques quand il se fonde sur des articles parus dans la presse, mais si cela va avec le côté "autodidacte" du personnage, n'invalide pas forcément l'ensemble de sa perspective. Plus gênante est l'adoption qu'il fait de l'ensemble du corpus d'Hénoch, mais au fond il ne l'utilise que pour autant qu'elle corrobore la Bible canonique, donc c'est aussi grosso modo sans influence sur sa vision d'ensemble. Quant à sa croyance aux "Gris" et l'hypothèse de l'existence des "nordiques" pour les contrebalancer, elle ne change pas grand chose à l'approche prophétique globale, si ce n'est de lui donner une portée plus "intergalactique" et "interdimensionnelle". L'idée sur cet aspect là est quand même que les extraterrestres servent les mensonges d'Apollon, donc l'approche de d'Alberino ne va pas dans le sens d'une "ufolâtrie".

On peut dire que son exploitation du sujet du transhumanisme et du thème d'Apollon, qu'il n'est pas le seul à déployer (j'en avais un peu parlé dans mon livre, et le youtubeur EnterTheStars sur sa chaine depuis des années, sans Alberino, a déjà bien creusé le sujet aussi), est assez cohérente pour donner une image plus concrète de ce que pourrait être le système de l'Antéchrist dans les années à venir. Certains commencent à citer explicitement ; c'est le cas en ce moment sur Celeste Solum qui a par exemple remarqué le nom du Programme Apollon pour la Biodéfense (Apollo Program for Biodefense), document qui a été publié en janvier 2021 par la Commission bipartisane de biodéfense, un think tank américain qui prône le développement de vaccins de thérapie multi-pathogène (qui permettra d'introduire plusieurs composantes nouvelles dans les vaccins), avec des tests systématiques quotidiens, et une information permanente des organes médicaux et des compagnies nationales sur l'état de santé. L'inspiration "apollinienne" est donc bien d'actualité dans les cercles dirigeants.

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L'ingratitude des enfants

9 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate, #Christianisme

 Je lis dans un hommage de Mgr Fougerat, évêque de Grenoble, à Mgr Blanchet (dont il fut le vice-recteur à l'Institut catholique de Paris), que celui-ci  s'adressant aux "Enseignants chrétiens" vers 1959-1960 avait dit : "Il est bon que chacun retrouve dans ses fils la part d'ingratitude qu'il a  lui-même témoignée à ses pères, pour communier enfin au parfait désintéressement de Dieu" (Nouvelles de l'institut catholique de Paris, 1er janvier 1967 p. 6)

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Les dons de vision des jeunes filles : le cas de George Sand

7 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps

Dans un ouvrage récent "Marian Apparitions : Natural Phenomena?", le britannique catholique James Patrick Hynes interroge la capacité de visualisation assez surnaturelle qu'ont souvent les jeunes filles pré-pubères. Cette dimension n'épuise évidemment la totalité de la problématique des mariophanies, qui est éminemment complexe, mais elle est à prendre en compte.

Je relisais il y a peu ce passage des mémoires de George Sand. Cette écrivaine n'est pas un personnage "spirituellement neutre", et des auteurs comme Léon Bloy n'étaient pas loin de voir en elle une sorcière (d'ailleurs son rapport aux oiseaux, aux cadavres etc, plaide dans ce sens : une sorcière qui s'ignorait comme il y en a tant...), mais il est intéressant qu'elle ait situé l'épisode qui suit en 1815, quand elle avait 15 ans, ce qui rejoint les remarques de James Patrick Hynes...

"Une fois je songeai que j'emportais [l'Empereur Napoléon] à travers l'espace et que je le déposais sur la coupole des Tuileries. Là j'avais un long entretien avec lui, je lui faisais mille questions, et je lui disais : « Si tu me prouves par tes réponses que tu es, comme on le dit, un monstre, un ambitieux, un buveur de sang, je vais te précipiter en bas et te briser sur le seuil de ton palais; mais si tu te justifies, si tu es ce que j'ai cru, le bon, le grand, le juste empereur, le père des Français, je te reporterai sur ton trône, et avec mon épée de feu je te défendrai de tes ennemis. » Il m'ouvrit alors son cœur et m'avoua qu'il avait commis beaucoup de fautes par un trop grand amour de la gloire, mais il me jura qu'il aimait la France, et que désormais il ne songerait plus qu 'à faire le bonheur du peuple, sur quoi je le touchai de mon épée de feu qui devait le rendre invulnérable.

Il est fort étrange que je fisse ces rêves tout éveillée, et souvent en apprenant machinalement des vers de Corneille ou de Racine que je devais réciter à ma leçon. C'était une espèce d'hallucination, et j'ai remarqué depuis que beaucoup de petites filles, lorsqu'elles approchent d'une certaine crise de développement physique, sont sujettes à des extases ou à des visions encore plus bizarres. Je ne me rappellerais probablement pas les miennes si elles n'avaient pris obstinément la même forme pendant quelques années consécutives, et si elles ne s'étaient pas fixées sur l'empereur et sur la grande armée, il me serait impossible d'expliquer pourquoi. Certes j'avais des préoccupations plus personnelles et plus vives, et mon imagination eût dû ne me présenter que le fantôme de ma mère dans l'espèce d'Éden qu'elle m'avait fait envisager un instant, et auquel j'aspirais sans cesse. Il n'en fut rien pourtant, je pensais à elle à toute heure et je ne la voyais jamais; au lieu que cette pâle figure de l'empereur que je n'avais vue qu'un instant se dessinait toujours devant moi et devenait vivante et parlante aussitôt que j'entendais prononcer son nom.

Pour n'y plus revenir, je dirai que, lorsque le Bellérophon l'emporta à Sainte-Hélène, je fis chavirer le navire en le poussant avec mon épée de feu; je noyai tous les Anglais qui s'y trouvaient, et j'emportai une fois encore l'empereur aux Tuileries, après lui avoir bien fait promettre qu'il ne ferait plus la guerre pour son plaisir. Ce qu'il y a de particulier dans ces visions, c'est que je n'y étais point moi-même, mais une sorte de génie tout-puissant, l'ange du Seigneur, la destinée, la fée de la France, tout ce qu'on voudra, excepté la petite fille de onze ans, qui étudiait sa leçon ou arrosait son petit jardin pendant les promenades aériennes de son moi fantastique.

Je n'ai rapporté ceci que comme un fait physiologique. Ce n'était pas le résultat d'une exaltation de l'âme ni d'un engouement politique, car cela se produisait en moi dans mes pires moments de langueur, de froideur et d ennui, et souvent après avoir écouté sans intérêt et comme malgré moi ce qui se disait à propos de la politique. Je n'ajoutais aucune foi, aucune superstition à mon rêve, je ne le pris jamais au sérieux, je n'en parlai jamais à personne. Il me fatiguait, et je ne le cherchais pas. Il s'emparait de moi par un travail de mon cerveau tout à fait imprévu et indépendant de ma volonté."

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Lacordaire

6 Avril 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Sainte-Baume

Je travaille sur la vie du P. Henri Lacordaire, un des hommes qui, sous la Monarchie de Juillet et sous la Deuxième République, essayèrent de réconcilier l'Eglise avec l'idée de Liberté et la faire retourner dans les catacombes pour s'y regénérer (comme allait aussi le proposer Pasolini dans les années 1960). Aussi, accessoirement (mais c'est peut-être tout aussi important, voire plus, je ne sais pas encore), le restaurateur de l'Ordre Dominicain en France, notamment au sanctuaire de la Sainte-Baume (à Saint-Maximin)...

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Une recension de mon livre "Les Nephilim"

28 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires, #Christianisme, #Histoire secrète, #Histoire des idées

- Mes plus vifs remerciements à Christian Saves, écrivain, politologue, pour cette recension sur le site de l'Institut Jean Lecanuet.

Articles de la revue France Forum

Avec ce nouvel essai, Christophe Colera livre un texte aussi intéressant qu’original, aux frontières de la philosophie, de la sociologie et de la théologie ou, plus exactement, du religieux.

L’auteur est d’ailleurs, tout à la fois, sociologue et philosophe de formation, donc à l’aise dans les deux disciplines. France Forum avait déjà rendu compte, pour ses lecteurs, d’un précédent ouvrage de l’intéressé : Individualité et subjectivité chez Nietzsche (L’Harmattan, 2004). Le présent livre ne s’inscrit pas, à proprement parler, dans une veine qui est celle de la sociologie des religions. C’est plutôt, comme le souligne très bien son sous-titre, une lecture biblique de l’histoire des Géants, c’est-à-dire une tentative d’interprétation, de mise en perspective historique. L’auteur mène à bien ce travail avec beaucoup de conviction et de talent : le résultat est probant.

Si l’existence des Nephilim, êtres surnaturels bibliques et hybrides nés de l’union entre les « Fils de Dieu » et des femmes humaines, a été souvent contestée, aujourd’hui encore des chrétiens prennent leur existence au sérieux. L’essai présente les thèses de ces derniers, leur credo et la manière dont ils projettent cette croyance dans leur lecture du monde actuel. Dans un univers caractérisé par un fort retour du religieux, y compris sous des formes parfois inattendues et surprenantes, le biblique et le divin tendent à revenir au premier rang des réflexions, tout au moins dans certains milieux. Il est vrai que l’homme a horreur (et peur ?) du vide contemporain, ce qui peut contribuer à expliquer son retour vers Dieu, le divin et tout ce qui l’accompagne.

Il y a, très probablement, derrière ce type de posture, une forme de détresse, de désarroi très actuel. L’auteur le suggère d’ailleurs fort habilement et ce n’est pas le moindre de ses mérites. L’autre grande qualité de ce livre vient de ses résonnances bien contemporaines : aujourd’hui, les tenants des thèses apocalyptiques et les adeptes du « complotisme » (comme l’on peut s’en rendre compte au travers de la crise sanitaire mondiale liée à l’épidémie de Covid-19 et à ses avatars) prédisent/promettent, si ce n’est la fin du monde, au moins la fin d’un monde : le nôtre… donc notre propre fin. L’idée d’un châtiment divin pour les péchés commis n’est jamais très loin…

Dans des sociétés qui se déstructurent et perdent graduellement leurs repères, l’heure est à la culpabilité et à l’expiation, pour avoir été trop longtemps oublieuses de Dieu. Ce livre est stimulant car il aide justement à repenser un peu le rapport que chacun peut entretenir à Dieu et au divin, hors des sentiers battus…

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A propos d"une déclaration des Bananarama après leur tournage du clip "Venus"

24 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Les tubes des années 1980, #Christianisme, #Médiums

Dans mon livre sur les Nephilim, j'ai un peu évoqué la thématique des artistes de la pop et du rock qui avaient vendu leur âme à des entités ou pratiqué l'occultisme. C'était un peu ma façon de me racheter des erreurs de mon précédent livre "Les Tubes des années 1980" dans lesquels j'avais pris sans suffisamment de recul les enjeux spirituels de ce genre musical. Je l'ai aussi fait sur ce blog à propos de l'Italodance, ou de Belinda Carlisle.

Je me penche ce matin, en parcourant la revue britannique Smash Hits du 18 juin 1986 (p. 14) les déclarations des Bananarama après la sortie de leur single "Venus" :

Slobhan Maire Fahey (déguisée en diable dans le clip) déclare à propos du personnage qu'elle joue : "c'était une image classique d'un certain type de femme que l'on retrouve toujours dans les contes de fées, comme la méchante sorcière. En fait à 11 ans j'ai vraiment été la méchante socière dans La Belle au Bois Dormant. Le problème est que je me suis laissée emporter par le mal et que j'ai juré devant le professeur" ( "it was a classic image of a certain kind of woman that you always get in fairy stories, like the old wicked witch. In fact when I was 11 I was the wicked witch in Sleeping Beauty. The trouble is I got carried away with being evil and swore in front of the teacher"). Il est étonnant qu'elle relie son rôle de 1972 à un penchant pour le mal qu'elle aurait ensuite développé.

Sarah Dallen (déguisée en ange, ou en ange déchu...) précise : "L'une des tenues était comme Morticia de la famille Addams ... j'ai aimé être Morticia " ("One of the outfits was like Morticia of the Addams Family... I enjoyed being Morticia").

Keren Jane Woodward (déguisée en vampire française dans le clip) explique que le cercueil dans lequel on la voit dans le clip a une histoire chargée : "En fait, le cercueil dans lequel j'étais couchée a été utilisé dans l'un des films de Christopher Lee" ("Actually the coffin which I laid in was used in one of Christopher Lee's films").

Il est curieux que les milieux artistiques réutilisent sans cesse les mêmes objets comme des fétiches. Par exemple les membres du groupe Queen enregistrèrent le célèbre morceau Bohemian Rhapsody (un morceau qui a été créé par canalisation et qui comprend du contenu occultiste) sur le piano de Paul McCartney (qui a un passé maçonnique et ésotérique très chargé).

Dans le cas de Christopher Lee, l'utilisation d'un cercueil qui a servi au tournage d'un de ses films d'horreur n'est pas forcément anodine. Celui-ci a expliqué dans une interview de 1975 alors qu'il jouait "Dracula père et fils" que dans un film il joue un prêtre qui préside une cérémonie blasphématoire. "Ces cérémonies (de baptême sataniste) doivent être blasphématoires pour être efficaces" explique-t-il, après avoir précisé que selon lui la magie noire est réelle. "Je les préside au nom du seigneur obscur dans une église véritable. Je suis un acteur, je joue un rôle de même que les autres personnes devant la caméra font partie de la cérémonie avec moi. Je demande aux parents du vrai bébé que je baptise, dans une véritable église, sur un mode blasphématoire, si ça ne les inquiète pas ". Il admettait ainsi que le tournage de scènes dans lesquelles des incantations blasphématoires n'ont rien d'inoffensif : des effets spirituels se produisaient sur les scènes de tournage. Utiliser un cercueil qui a servi dans ce genre de cadre pouvait être pour le moins risqué...

Shocking Blue, le groupe psychédélique néerlandais, qui avait chanté pour la première fois "Venus" repris par les Bananarama avait interprété par ailleurs une chanson, Devil's Suite, dont les paroles  laissent entendre un possible investissement dans l'occulte : "It hurts me so to be/Under your spell/Ain't no heaven for me, but a hell/But after all, I can't let you go/Cause I love you so, demon lover". La source de "Venus" remonte aux Beatles : "En 1988, Cor van der Beek a avoué que «Venus» «avait été volée aux Beatles»." (car il est en partie inspiré de "Get Back"). Ce groupe dont la chanteuse était gitane a aussi fait l'éloge du vaudou, de la magie du nombre 7, de la danse des scorpions... Rien de très sain sur le plan métaphysique, et les Bananarama ont hérité de ça... pour le transmettre à leur public, soi-disant sur un mode humoristique et au second degré...

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Quand la Vierge Marie bénissait les dominicains

21 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume, #Christianisme, #Histoire secrète

Extrait de "La Sainte Baume en Provence, ou Histoire de sainte Marie-Magdeleine : suivie d'un exposé sur la sainte grotte et les diverses particularités de ce désert / par M. l'abbé Maille" (1860) : "Au commencement de l'ordre Dominicain, l'antienne Salve Regina, se disait seulement à genoux dans le couvent de saint Romain de Toulouse, d'après la prescription de saint Dominique lui-même, les frères de Rome suivirent ensuite cet exemple, et en 1220 , on la récitait également à Bologne, lorsqu'arriva le miracle de l'apparition de la sainte Vierge à saint Dominique.

Voici dans quelles circonstances la bonne mère voulut manifester sa tendresse maternelle pour cet ordre privilégié :Un soir que Dominique était resté dans l'église à prier, il en sortit à l'heure de minuit ; il entra dans le corridor où les frères avaient leurs cellules et dormaient.

Lorsqu'il eut achevé ce qu'il était venu faire, il se mit à prier à l'une des extrémités du corridor, et regardant par hasard à l'autre bout, il vit s'avancer trois femmes, dont l'une , qui était au milieu , paraissait la plus belle et là plus vénérable. Ses compagnes portaient, l'une un vase magnifique, l'autre un aspersoir qu'elle présentait à sa maîtresse. Celle-ci aspergeait les frères et faisait sur eux le signe de la croix. Dominique alla au-devant de la femme qui bénissait et qui était déjà au milieu du corridor, près de la lampe suspendue à cet endroit, il se prosterne à ses pieds , et, quoiqu'il l'eût déjà reconnue, il la supplia de lui dire qui elle était. La femme qui bénissait répondit au bienheureux Dominique : je suis celle que vous invoquez tous les soirs, et lorsque vous dites : Eia ergô advocata nostra, je me prosterne devant mon fils pour la conservation de cet ordre. Alors le bienheureux Dominique s'informa qui étaient les deux jeunes filles dont elle était accompagnée. A quoi la bienheureuse Vierge répondit : l'une est Cécile et l'autre Catherine.

Ce miracle ayant été rapporté au chapitre général de 1228, il fut ordonné qu'on chanterait le Salve Regina, après complies, dans tous les couvents de l'ordre. Cette sainte pratique, qui a depuis passé à toute l'Eglise, est encore pieusement observée de nos jours partout où se trouvent des enfants de saint Dominique, par conséquent à Saint-Maximin.

Il y a indulgence de deux cents jours pour les religieux et les fidèles qui assistent au chant du Salve, soit à Saint-Maximin , soit dans une autre église de l'ordre."

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Les Géants selon soeur Catherine Emmerich

16 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

Voici un élément qui complète de façon intrigante le livre sur les Nephilim que j'ai publié l'an dernier.

"Catherine Emmerich, dans la Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, t. V, p. 49, rapporte; que « Jésus raconta à des philosophes païens l'histoire de la création d'Adam et d'Eve, de leur chute, de Caïn et d'Abel, des enfants de Noé, de la tour de Babel et de la séparation des méchants, de leurs progrès dans le mal. Il leur montra comment, pour rétablir leurs rapports avec la divinité de laquelle ils s'étaient violemment séparés, ils avaient imaginé des dieux de toute nature, et comment l'esprit du mal les avait en cela fait tomber dans les erreurs les plus grossières. Cependant la promesse du divin rejeton de la Femme qui devait écraser la tête du Serpent se retrouvait au fond de toutes leurs inventions, de leurs pratiques, de leurs opérations magiques.»

« Dercédo, sa fille et Semiramis, sa petite-fille, étaient d'une force et d'une grandeur prodigieuses; leur beauté produirait aujourd'hui je ne sais quelle impression de terreur.»

« Tous ces gens-là étaient violents, hardis, audacieux, et ils agissaient en toute chose avec une assurance dont on peut à peine se faire une idée; outre leurs visions (diaboliques), ils connaissaient leur force et savaient qu'ils pouvaient compter sur la protection de l'enfer. Ils se considéraient comme les dieux de l'humanité. On eut aussi en eux la reproduction de ces terribles géants, race superbe et puissante par ses sortilèges, établie sur les hautes montagnes, et qui fut ensevelie sous les eaux du déluge (p. 57). »

C'est l'abbé L. Joseph-Célestin Cloquet, chanoine honoraire, directeur du journal "Le Libérateur des âmes du purgatoire" (publié chez Bertin, 38 rue de Vaugirard, à Paris, à partir de 1868), qui le rapporte dans un de ses ouvrages.

On est bien ici sur la tradition de Justin le Martyr (100-166, dans 1 Apologie 5-2), concernant d'éventuels "Veilleurs féminins", qu'a reprise récemment le baptiste américain Marty A. Cauley. La blonde Semiramis (selon Alexander Hislop 1807-1865) était la mère de Nemrod. Etait-elle une "veilleuse" (un ange déchu) ou une "géante" comme le laisserait entendre soeur Emmerich ?

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Je ne donne plus d'interviews sur la nudité

16 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Généralités Nudité et Pudeur

Il y a quelques jours, une actrice s'est dénudée lors d'une cérémonie de remise de prix organisée par les professions cinématographiques françaises, pour protester contre la situation des intermittents du spectacle (qui est une cause juste).

Cette personne, engagée à gauche, ancienne toxicomane et ancienne prostituée, semble inscrire sa démarche dans le prolongement de l' "imaginaire" féministe rebelle des FEMEN (utilisation du corps pour protester, écriture de slogans sur l'épiderme), et de l'artiste occultiste Lady Gaga (aspersion de faux sang sur la peau). C'est un univers spirituel dont on connaît bien les sources d'inspiration et l'histoire (voir par exemple Evangile de Luc 8:27), et l'on notera que cette dame s'est d'ailleurs vue décerner en février un «César de la stupidité raciste et anti-chrétienne » par un publiciste conservateur, qui répondait à sa charge contre la valorisation des "héros blancs catholiques de droite" dans le cinéma (ce qui révèle aussi les motivations qui la poussent).

Son geste lors de la cérémonie a provoqué, comme souvent dans ce genre de cas, des réactions assez contrastées entre ceux qui ont salué son "courage" et ceux qui ont jugé la démarche de mauvais goût ou égocentrique car visant seulement à faire du "buzz" (voir l'émission "Balance ton Post" hier soir).

Un journaliste pigiste hier m'a proposé une interview sur le sujet (puisque j'ai publié il y a longtemps un livre "La Nudité" qui semble-t-il fait maintenant autorité), mais j'ai refusé, car je n'ai pas la maîtrise des propos que l'auteur du futur article retiendra de ce que je lui dirai. Ce format d'expression a souvent conduit à une déformation de ce que j'avais à communiquer. Par conséquent désormais je laisse le soin au système médiatique d'interroger d'autres personnes que moi sur ce genre de sujet.

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Quand St Thomas d'Aquin chantait le Psaume 12

8 Mars 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Philosophie

Hier était le jour de la Saint Thomas d'Aquin, un philosophe que j'ai plusieurs fois croisé dans ma vie. Dans mes études de philosophie bien sûr à la Sorbonne, puis dans l'attente des résultats du concours de l'ENA quand j'étais allé dans son église dans le VIIe arrondissement de Paris en décembre 1992, et encore à Toulouse le 12 février 1999 quand j'ai découvert par hasard que le maître de la scolastique y avait son tombeau. "Le berceau de Saint Dominique et le tombeau de Saint Thomas" comme a dit Lacordaire je crois. Dans l'attente de l'attribution de son magistère à Paris peut-être vers 1248 St Thomas lui aussi s'était isolé pour prier, et il avait chanté ceci : "Salva me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminutae sunt veritatesa filiis hominum" (Ps 12:2). C'est Guillaume de Tocco qui le raconte. "Il se rendit au lieu où il avait coutume de prier et, prosterné contre terre, il pria Dieu, en pleurant, de lui accorder sa grâce et la science nécessaire." Il s'endormit après avoir pleuré et dans son sommeil un frère dominicain décédé vint lui souffler le sujet de sa leçon inaugurale : le verset 13 du Psaume 104.

On ne s'étonnera pas que l'angoisse qu'exprime le saint au moment de son entrée dans la carrière universitaire concerne la parole vraie qui est le sujet du Psaume 12. Ses biographes racontent une anecdote selon laquelle ses condisciples durant son enfance voulurent lui faire croire que des cochons volants passaient à la fenêtre, ce à quoi il dit préférer croire en l'existence des cochons volants qu'en la possibilité que ses frères lui mentent. Le problème de la parole vraie était central à l'époque comme aujourd'hui, alors que les hérésies comme la théorie d'Averroes sur l'unité de l'entendement (source de relativisme) et celle du nouvel esprit de liberté et du troisième âge du monde de Joaquim de Fiore (qui préfigure le marxisme et le New Age) égaraient beaucoup d'âmes.

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