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Articles récents

Les Dieux masqués - Chamanisme dans l'Egypte pharaonique

15 Mars 2008 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Copie-de-Lachaud.jpgJe viens de transmettre à Parutions.com une recension (publiée sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=4&ida=9124) du dernier livre de René Lachaud, Les Dieux masqués, Chamanisme dans l'Egypte pharaonique (Signatura 2007), un ouvrage qui présente quelques défauts - dans le registre de l'anti-rationalisme - mais qui a le mérite de s'opposer à l'égyptologie universitaire classique et de nous faire comprendre, sur un ton très inspiré, que l'on ne peut aborder les civilisations antiques sans sortir d'une façon abstraite d'appréhender le savoir, que nous a inculquée la culture occidentale, et sans s'affranchir de tout un héritage chrétien et postchrétien sur le rapport au divin, au corps (j'en parlerai prochainement dans un de mes livres), à la nature, qui n'est pas adéquat à la compréhension d'univers étrangers au nôtre. Evidemment notre propre point de vue tend à s'universaliser par la destruction effective (via la colonisation notamment) des cultures des autres, mais notre compréhension, elle, n'est pas universelle tant qu'elle prend pour point de départ l'Occident actuel. Lachaud a raison, pour sa part, de partir du chamanisme, de ce que l'anthropologie depuis près d'un siècle nous en fait connaître. c'est en effet une clé d'interprétation fondamentale de l'Egypte ancienne (même si ce n'est probablement pas la seule.

Je note que d'autres auteurs s'efforcent de saisir d'autres cultures à travers le prisme chamanique, notamment certains aspects négligés de la Grèce antique. A vrai dire, il ne faudrait pas qu'après des décennies d'oubli de ce versant de l'Antiquité, dû au rationalisme académique, on commette un autre réductionnisme en ne valorisant que cet aspect là de la Grèce, mais dans les limites de cette réserve, tous les travaux sur ce sujet me semblent utiles.

Je note que Nietzsche fut un des premiers à s'intéresser à cette sorte de chamanisme grec qu'on trouve depuis les cultes dionysiaques jusqu'aux poêmes des présocratiques. Si, comme le défend Lachaud, il existe un fil rouge du chamanisme qui va des sorciers sibériens jusqu'à l'hermétisme en plein coeur de la Renaissance européenne, on pourrait se demander si le chamanisme contemporain en Occident ne serait pas aujourd'hui le nietzschéisme, notamment à travers des figures comme Gilles Deleuze. Certaines de ses thématiques me le font penser, mais il faudrait plus de temps pour écrire à ce sujet.

On pourrait aussi s'interroger sur la pertinence profonde de ce concept de chamanisme, qui finit par recouvrir tous les traits que Mircea Eliade identifiait aux formes de sacralité pré-chrétiennes ou non-chrétiennes. Mais là encore cette question mériterait un long développement.

Si l'on revient à l'Egypte, j'avais de plus en plus, à la lecture de Lachaud, l'intime conviction qu'on devrait, à chaque instant où l'on parle de cette culture, si l'on voulait faire preuve d'intelligence, en garder une seconde à l'esprit : celle de la Chine. D'une certaine façon, on ne peut penser l'Egypte sans la Chine, ni la Chine sans l'Egypte. A cause de la culture des idéogrammes, à cause de ce système politique autour du pharaon médiateur céleste. Peut-être même faudrait-il compléter le binôme par un troisième pôle, celui des empires amérindiens.

Encore un mot, pour terminer, sur cette importante intuition de Lachaud sur l'écriture comme exercice rituel. A la manière du yoga. Dans ces vieilles civilisations où le savoir est une connaissance par corps, et où la connaissance est aussi une pratique du monde, puisque rien n'est séparé de rien, l'écriture est une activation des forces qui régissent le monde, une mise en résonnance. De ce point de vue, l'alphabet phénicien, qui est une conquête démocratique, comme l'alphabet démotique, une conquête de marchands, en même temps qu'une façon d'arracher l'écriture aux prêtres, est une abomination de l'esprit, le premier saut dans l'abstraction, dont les Grecs furent les héritiers. Dommage pour les marchands phéniciens qui étaient pourtant probablement les esprits les moins abstraits de la Méditerranée - sauf à considérer un cahier de comptes comme une abstraction, peut-être la première abstraction, tout comme la première transaction capitaliste, le premier échange pour l'argent, est un geste inaugural de mise en abstraction d'autrui, je renvoie ici aux travaux de David Graeber que je citerai dans le livre que j'écris en ce moment. Il y a de toute façon quelque chose qui m'intrigue beaucoup : un lien entre les marchands du Proche-Orient et de Grèce, qu'il faudrait démêler.

Plus abominable encore est notre usage du clavier. Ceux qui s'adonnent à la calligraphie, ou même à l'écriture manuscrite ordinaire, sont moins asservis que les autres. Peut-être aussi ceux qui utilisent des logiciels de reconnaissance vocale, qui renouent avec un sens du souffle, de la voix, et utilisent l'ordinateur comme secrétaire-esclave. Qui sait ceux-là retrouvent peut-être quelque chose de l'enseignement oral, et finiront si ça se trouve un jour par renoncer aux livres. Mais cette digression m'égare.
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Leucippé et Clitophon

21 Février 2008 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture, #Histoire des idées

Pour apprécier ces fragments de réalité humaine (et même de "sur-réalité", de réalité condensée dans la fiction) que sont les oeuvres littéraires, il faut n'être ni sociologue, ni philologue. Ou plutôt il faut être un peu des deux et que dans le regard qu'on porte sur l'oeuvre, le sociologue neutralise (ou compense) le philologue, et qu'à l'inverse le philologue neutralise (ou compense) le sociologue, et que, par dessus tout, l'humanité en nous l'emporte sur l'académisme. daphn-e.jpg

Car ce qui s'offre à nous n'est pas académique. L'académisme le voile, le stérilise.

Je lis aujourd'hui Le roman de Leucippé et Clitophon, une de ces oeuvres qui se vendent dans une collection bilingue, chère, pour érudit. Une collection faite pour faire fuir les néophytes.

Comment parler de ce roman sans tomber nécessairement à côté de ce qu'il faut en dire ?

Si je commence par vous dire que c'est un roman alexandrin du II ème siècle (au moins dans sa version originelle) après Jésus-Christ, déjà je le trahis. Déjà je tombe dans le cliché académique. On apprend tout petit ce que désigne l’adjectif « alexandrin » dans « élégie alexandrine », « roman alexandrin » : une période dévalorisée par rapport au classicisme grec, l’Orient sous l’occupation romaine, l’Orient tardif.

Bien sûr même les universitaires reviennent de ce préjugé-là depuis vingt ans. La civilisation hellénistique est « réhabilitée », et sa définition étendue jusqu’au milieu de la période impériale romaine.

Mais tout cela ce ne sont que des mots, des casiers pour ranger les livres. Le label « alexandrin » ne m’intéresse pas – même s’il se trouve que l’auteur, Achille Tatius, est né à Alexandrie. D’ailleurs que signifie être d’Alexandrie à cette époque là, sinon déployer son imaginaire sur quatre ou cinq métropoles grecques ? Comme le Décaméron de Boccace douze siècle plus tard étendra son imaginaire de Paris à Istanbul et au sud de la Tunisie sur une Mare nostrum qui est encore celle des Romains, le roman de Leucippé et Clitophone s’étire de Byzance à Sidon. Cela raconte aussi beaucoup, comme le Décaméron, des histoires de voyages en mer. Comme dans l’Indomptable Angélique du feuilleton de notre enfance, il y a une jolie jeune femme qu’on enlève, et des pirates qui la torturent.

Je ne veux pas vraiment savoir si le roman est intéressant ou non du point de vue formel, ni même s’il est vivant ou ennuyeux, si ses contemporains l’appréciaient et comment (cela on ne le saura jamais), ni même s’il peut encore parler à notre époque – à la différence de Péguy dont je parlais il y a quelques jours, je ne pense pas qu'Achille Tatius parle d’un univers qui puisse encore en quelque manière être le nôtre et qu’il faudrait tenter une dernière fois de retenir en soi.

Je suis tout prêt à admettre par avance que cela ne nous parlera pas, comme Veyne admet que les élégies romaines, avec toutes leurs convention, et leur refus de l’intensité, sont vouées à nous endormir.

Non vraiment je ne m’attends pas à vibrer à la lecture d’un tel roman. Mais je sais qu’il peut me surprendre, et de fait je suis comblé. Car tout y est étonnant, pour peu qu’on regarde le détail, pour peu que, comme je le disais plus haut, le regard du sociologue ou de l’anthropologue vienne gratter le vernis d’érudition dans lequel le traducteur – avec ses notes de bas de page – est venu enrober le texte.

Un détail par exemple : Mélité quand elle veut montrer à Clitophon combien elle l’aime prend sa main et la met sur ses yeux et son cœur. Pourquoi ses yeux d'abord ? en quoi le toucher des yeux peut-il prouver un sentiment ? Un autre détail : un homme qui retrouve Clitophon après une aventure où il était censé périr le couvre de baisers. Geste inimaginable entre hommes de nos jours. Je ne sais plus quel anthropologue disait que le baiser était une spécialité romaine, transmise à l'Occident par ces fiers conquérants. Apparemment les Grecs n'étaient pas en reste (or n'oubliez pas que le baiser est inconnu de nombreuses cultures). Voilà. Je ne veux pas savoir qui est ce personnage dont j'ai à peine lu le nom. Je ne veux pas rentrer davantage dans l’histoire. Je sais qu’elle est à dormir debout : avec cette héroïne qui meurt et ressuscite plusieurs fois, et tout le lot d’invraisemblances qui explique que jamais personne n’en conseille la lecture de nos jours. Deleuze revendiquait le droit d’ouvrir un livre, une œuvre par le milieu. Je fais de même. Je prends le roman par son milieu, j’observe les personnages, ce qu’Achille Talius en dit. Et je laisse une époque me parler.

Je laisse par exemple la Méditerrannée orientale du II ème siècle après-Jésus-Christ m’expliquer ce qu’est la beauté. La beauté d’une femme. A quel niveau de son anatomie elle se situe, et de quelle manière. Achille Tatius le fait. Il le fait même abondamment quand il nous montre Leucippé esclave à la merci d’un maître (le mari de Mélité) qui va tomber amoureux d’elle. Il nous le dit : tout se passe dans les yeux. Et il parle des yeux de Leucippé sur deux pages, peut-être même trois. Ses pupilles, ses larmes. Pourquoi elles émeuvent, pourquoi elles font pleurer, pourquoi se tient-on à l’affût du moment où Leucippé dans sa geôle lèvera à nouveau les yeux…fayoum14.jpg

Evidemment on pense aux portraits du Fayoum. A ces grands yeux qui vous regardent d’outre-tombe (ils sont contemporains d’Achille Tatius), et toutes ces théories sur l'âme qui vit dans le regard et qui auraient inspiré le christianisme. Bien sûr jamais les beautés de cette époque ne nous parleront. Même si nous imaginions les yeux de l’Indomptable Angélique, ou d’une beauté plus récente (et donc plus émouvante encore pour nous) en lieu et place de Leucippé quelque chose serait perdu, de toute façon. Mais tout de même il y a quelque chose de très fort dans cette humanité qui, à dix-huit siècles de distance, nous fait partager sa conception de la beauté. Et en un sens, cette humanité nous promène à travers ses rêveries. Elle nous dit comment elle concevait les histoires d’amour. D’une certaine façon c’est toujours beaucoup plus proche de nous qu’on ne le croirait. C’est du Feydeau. Always the same story. Les élans du cœur, si constants et absurdes à travers les millénaires. Les ethnologues ont beau nous mettre en garde contre la « fausse familiarité » de l’objet étudié, ce qui est décrit, et la façon dont ça l’est paraissent parfois insoutenablement contemporains. Je ne lis pas le grec, mais des mots de base sont aisément reconnaissables dans les pages de droite. Par moment ont se dit « le traducteur tire le texte vers une forme d’ethnocentrisme », puis on jette un coup d’œil à droite, et non : les mots sont bien ce qu’ils désignent. Par exemple quand l’auteur parle de « feu mystique » à propos de l’amour, c’est bien le mot qu’emploie Achille Tatius à l'origine en grec aussi. Ces mots pourtant semblent tout droit tirés du vocabulaire d’une lectrice de romans à l’eau de rose de notre époque. ang-lique.jpg

Ces histoires nous ressemblent, et pourtant elles sont colorées de mots et de sens qui s’éloignent de nos horizons : l’amour y est toujours affaire des mystères d’Eros, des sortilèges d’Aphrodite, quelque chose qui relève du pouvoir de divinités auxquelles notre époque ne peut rien comprendre – car si tout le monde croit connaître Aphrodite ou Eros, absolument personne ne peut avoir la moindre idée de la façon dont le monde méditerranéen, lui, les percevait il y a dix-huit siècles. Non seulement les mots des personnages, mais encore les gestes que leur attribue l’auteur, leurs réactions à tel ou tel moment (par exemple quand Clitophon se laisse rouer de coups par le mari de Mélité jusqu’à ce que celui-ci s’en lasse) présentent toujours un petit quelque chose d’étrange, d’inattendu. Toutes ces attitudes humaines sont à la fois inexplicablement proches de notre monde à nous, et très mystérieusement éloignées, sur des points très inattendus. C’est comme un jeu indécidable entre les « constantes anthropologiques » (quelque chose qui a sûrement à voir avec nos instincts, qui font l'unité de notre espèce) et les différences culturelles. On sort du roman avec la bouleversante impression d’avoir visité le cœur, l’imaginaire, des hommes de cet univers-là, de l’avoir touché de très très près, de l’avoir embrassé même... et cependant d’être passé à côté. Comme l’étreinte d’un fantôme – l’histoire de Jawdar des Mille et une nuits. Voilà un expérience terriblement troublante.

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Péguy (II)

17 Février 2008 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Je parlerai sans doute à nouveau de Péguy à de nombreuses reprises sur ce blog. Il faut le faire, comme de Nietzsche, comme de Gide, comme de Marx, comme de tant d’autres, et des très éloignés de nous s’ils peuvent encore nous parler : les Platon, les Lucrèce, les Confucius, même d’un mot, d’un murmure. marchande-jouet.jpg

Péguy, c’est un monde qui n’est déjà plus le nôtre. Un temps où l’on nettoyait le linge au ruisseau, où les paysans amenaient encore leurs vaches aux portes de Paris. Un temps où il existait encore un sol, un arrière-plan sombre, un monde paysan mystérieux, partiellement impénétrable. Le temps d’avant la télévision, d’avant le remembrement rural, d’avant les éoliennes, d’avant la FNSEA et Monsanto. Un temps où la ville n’était pas livrée au téléphone portable, aux illusions du « village-monde ». Je me souviens du passage où Gide dans Si le grain ne meurt, parle de ce canari, qui, tandis qu’il passait dans la rue (je crois que c’était rue de Vaugirard) s’est posé sur son épaule, la joie qu’il en a éprouvé. L’anecdote en dit long sur la sensibilité de Gide, qui était un homme pétri de délicatesse, qui avait toujours mille mots pour décrire les plantes du Congo, et pouvait s’émouvoir d’un bouquet de fleurs chez Barrès. Mais ce n’est pas (seulement) affaire de sensibilité individuelle. C’est une question d’époque. Il y avait à ce moment-là, comme une fraîcheur dans le fond de l’air.

Une fraîcheur chargée d’inquiétude pourtant : parce que tous ces gens – aussi bien Gide, que Péguy, que Nietzsche, se sentaient à la charnière de deux temps : le Moyen-Age des campagnes, la modernité des fumées d’usines.

Leur inquiétude parle à notre époque. Encore que notre époque soit encore au-delà de leur souci, puisque nous, nous sommes au stade de la modernité sans les fumées d’usine. Une modernité qui a si profondément transformé nos corps et nos esprits, que notre grande inquiétude à nous, c’est même de ne plus jamais pouvoir comprendre l’inquiétude de Péguy.

J’ai été contacté en septembre dernier par Stéphane Beau de la revue Le Grognard. Il est spécialiste de Georges Palente, un individualiste du début du XX ème siècle redécouvert dit-on par Onfray (mais je ne suis pas sûr qu’Onfray ait fait tout seul cette « redécouverte »). Toute sa revue semble regarder vers ce début du XX ème siècle, et d’autres font de même (la revue L’En-dehors notamment). On dira qu’une certaine culture bobo se ressource à l’anarchisme de cette époque. Mais pourquoi cette époque précisément ? Qu’est-ce qui se jouait dans cette France-là, qui n’avait pas encore à se définir par rapport à une globalisation capitaliste (ou du moins n’en était-elle pas encore conscience), mais qui déjà devait faire face à des questions qui sont aussi, encore et toujours, les nôtres : le nationalisme (l’Affaire Dreyfus), la guerre, le colonialisme ? Que cherchons-nous dans leur regard à eux ? Nous savons (nous découvrons) rétrospectivement que cette époque fut un des sommets de la littérature française, de sa philosophie, de sa culture. Le pénultième, avant la dernière vague des Malraux-Mauriac-Camus (faut-il ajouter Sartre ?). Je suppose que nous cherchons autant dans leur style que dans leurs idées (tout cela est strictement indissociable) quelque possibilité pour nos propres vies, individuelles et collectives.

Et pourtant tant de choses nous échappent déjà. Prenez cette admiration de Péguy pour Hugo. Les vers qu’il cite d’Hugo. Ils ne nous font aucun effet. Encore appartenons nous à une génération qui apprenait encore par cœur à l’école primaire « Ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte ». Qu’en comprendra la génération suivante, nos enfants, à qui l’école n’enseigne plus que le Victor Hugo des Misérables (et encore, non pas un Victor Hugo digne d’intérêt pour lui-même, mais seulement précurseur de notre époque à nous, notre époque parfaite, notre époque de commisération, et de générosité pharisienne, « victimologique »).
Le danger est déjà d’aborder Péguy, Gide, Mirbeau, sous un angle sociologique. Comme des « témoins d’un temps», comme on le fait du Livre des Morts des Egyptiens, ou des chants traditionnels mongols. Regarder le tableau des problèmes qu’ils se posaient sans entrer dans leur style, sans entrer dans leurs questionnements. Ne plus rien saisir de leur monde comme quelque chose qui appartient au nôtre. Ou pire : une approche anthropologique. Péguy, Gide, Mirbeau, Nietzsche, comme des exemples de « productions culturelles », d’interrogations que tous les grands singes de notre espèce, du premier Homo Sapiens au dernier étudiant en informatique de Californie ont enfantées…

Il faut fournir un ultime effort – et peut-être sommes-nous encore parmi les derniers à pouvoir le faire – pour encore une fois voir dans le Paris, le Dieu, la vallée de la Loire, les vendanges de Péguy, quelque chose qui nous appartient aussi. Dans son style quelque chose qui peut obscurément irriguer encore notre vie, notre approche du monde, notre propre expressivité (je songe ici à Pasolini), par delà la sociologie.

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Péguy (I)

16 Février 2008 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Je lis Péguy. Pour la première fois. Tardivement. Je n’avais pas eu de raison de le lire avant. Peut-être parce que je n’ai jamais été normalien. Peut-être parce que j’étais laïque. Peut-être parce que Finkielkraut en disait du bien. Ou tout simplement parce qu’on ne le trouve plus dans les librairies. J’ai toujours tout lu tardivement, à part Montaigne et Nabokov. J’ai lu Céline à 32 ans. Je lis Péguy à 38. Charles_peguy.jpg

Cela tombe bien, je commence par Victor Marie Comte Hugo, acheté chez un bouquiniste cet après-midi. Il y parle de la quarantaine. La quarantaine de 1910. Ce n’est pas celle de 2010.

Que dire ? Péguy le style. D’abord le style. Indissociable du reste. Péguy qui sonnerait faux s’il n’y avait pas le style. Le style qui atteste, qui certifie la véracité du propos, son intelligence. Un certificat de fiabilité. Signe qu’on peut suivre cette route. Qu’on n’y perdra rien.

Deleuze disait que Péguy prenait la phrase « par le milieu » pour la faire éclater.

Je suis le bonhomme. Comme avec Céline. J’écoute. Son éloge des paysans, de la vallée de la Loire, cette recherche d’une terre, d’un corps. Un corps qui n’est pas le nôtre, un corps devant Dieu, et déjà atteint par la vieillesse. Un corps qui n’est pas bardé de prothèses modernes, prothèses éclatantes, comme le nôtre. Péguy qui cherche un sol. Péguy qui se pose en laboureur, modeste, face à la bourgeoisie, à l’Université, à Mauss. Cette recherche de la place, du ton juste, de ce point dans lequel l’humanité se dit le plus justement.

Je dis peut-être des banalités. Je n’ai jamais lu de commentateurs de Péguy, je n’en lirai pas. J’écoute juste le bonhomme, attentif, pas pressé de sauter aux conclusions, ni aux grandes interprétations.

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Paul Valéry à propos de Nietzsche

25 Janvier 2008 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Paul_Valery.jpgLettre à Gide - 13 janvier 1899 (18 mois avant la mort de Nietzsche, mais 10 ans après sa chute)

"Quant à Nietzsche, diable ! Il me semble (si j'ai saisi, ce qui n'est pas encore sûr) que tu te presses un peu de l'unifier. Pour moi, il est avant tout contradictoire. Par exemple, il éreinte A par méthode B, et puis il démolit B ; et conserve les deux éreintements tout de même. 

Donc, dans son ensemble, il y a des choses admirables ou naïves ou inutiles ; donc, il faut choisir ce qui convient et revenir soit à Stendhal soit à Descartes, car il n'y a guère de milieu possible. Souvent des chapitres entiers sont, comme dirait ton garçon de café, d'une gratuité terrible. Son grand tort à mes yeux est de vouloir faire une philosophie de la violence. Le résultat, c'est Mauclair - c'est clair !

(...) Le plus amusant chez lui, c'est l'air convaincu et la préoccupation éthique - chose qui me fait toujours rigoler - car en somme c'est une affaire de cuisine. Il veut travailler dans la morale, et il ne voit pas que le fond moderne de cela, c'est l'indifférence bien présentée. D'ailleurs, as-tu remarqué le truc merveilleux que constitue le Superuomo ? Cela permet à la fois d'être optimiste et pessimiste, d'où pages diverses; etc., d'être romantique et classique, etc. ad libitum. (...)

Nietzsche, qui est beaucoup plus métaphysicien que moi, - car je crois l'être aussi peu que cela est décent, a refait son Dieu, sa Cause, sa Force, sa Vie,etc, et il a pris le bon chemin traditionnel : la contradiction. Seulement, chez lui, elle n'est pas tant dans les termes, in terminis, que dans les choses (...) "

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Des nouvelles de mon village pyrénéen

19 Janvier 2008 , Rédigé par CC Publié dans #Otium cum dignitate

Une fois n'est pas coutume, voici quelques nouvelles de la commune où j'ai grandi et où je suis encore électeur, Jurançon. Celle-ci va accueillir un centre de stockage de CO2 - quelle chance !

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Généalogies du sujet - De Saint Anselme à Malebranche

22 Novembre 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Pour continuer dans la veine philosophique des dernières semaines, je vous signale la publication sur Parutions.com d'un CR sur Généalogies du sujet - De Saint Anselme à Malebranche, un ouvrage collectif dirigé par Olivier Boulnois -  http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=76&srid=0&ida=8745. boulnois.jpg
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Retour à la philosophie

13 Octobre 2007 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

Les hasards des livraisons de Parutions.com me conduisent à revenir à l'activité humaine que je place depuis mon adolescence au dessus de toutes les autres, car elle est à la fois la plus subtile, la plus dérisoire, la plus vaine, et la plus a-temporelle (pour ne pas dire intempestive) de toutes : la philosophie.

Comme on le sait, j'ai publié il y a quelques années un travail sur la subjectivité chez Nietzsche. Une recherche qui m'avait occupé à vingt-deux ans. Non point ce que l'on fait de plus haut ni de plus difficile dans l'ordre de la pensée (car à ce moment-là comme aujourd'hui, je devais concilier la philosophie avec d'autres préoccupations plus terre-à-terre), mais il semble que ce livre ait malgré tout rendu quelques menus services à des esprits curieux intéressés par Nietzsche, notamment si j'en juge par la petite recension obtenue dans une revue canadienne, et même par un courrier récent que m'a adressé le responsable d'une revue en ligne française. Cet ouvrage n'eut que le petit mérite de mettre en regard les notions d'individualité et de subjectivité, qu'on n'avait guère coutume de faire dialoguer quand on parlait de Nietzsche. Cela allait si peu de soi à l'époque que mon directeur de maîtrise avait mis en doute la pertinence du choix : "Je ne suis pas sûr, avait-il dit, que l'on puisse parler de subjectivité à propos de Nietzsche". Je pense avoir pu montrer que l'individualité chez lui pouvait être pensée comme une machine de guerre contre la subjectivité. 

L'autre mérite de l'ouvrage était de mobiliser autour de cette problématique des ressources interprétatives variées qui allaient du nietzschéisme "de gauche" français (Deleuze, Derrida) ou anglosaxon (Stauth et Turner) jusqu'à Heidegger en passant par des lectures plus canoniques. 

Les faiblesses du livre étaient cependant aussi criantes hélas que ses vertus : elles tiennent tout entières, me semble-t-il, dans le manque de temps qui m'empêcha d'aller plus loin dans le "décorticage" du corpus nietzschéen, et dans l'explicitation des mises-en-perspectives que j'esquisse. Avec le bouddhisme par exemple : d'autant que le livre de Conche est longtemps resté épuisé - j'ai vu qu'il est réédité depuis février dernier et vais me précipiter dessus,car j'ai entendu récemment de très belles choses sur le bouddhisme, qui remettent en cause ce que je croyais en avoir compris.

Les lacunes de l'ouvrage apparaissent notamment si on le compare à une cathédrale comme Nietzsche et la critique de la chair de Barbara Stiegler (paru en 2005), mais dans un sens je me réjouis de n'avoir pas écrit un livre comme celui-là, qui presque trop subtil, et qui en outre tire Nietzsche vers beaucoup de rigorisme (tout comme d'ailleurs on tire de plus en plus Deleuze vers ces rivages aussi, presque dans un esprit de revanche à l'égard de mai 68, peut-être finira-t-on par faire de ces penseurs de véritables maîtres du zen). nietzsche-stiegler.jpg

Pendant plusieurs années, je n'ai jamais su trop quoi faire de cet ouvrage, Individualité et subjectivité chez Nietzsche, qui avait été un pharmakon de ma jeunesse puisqu'il m'avait tout à la fois aidé à affronter un complexe d'enfermement en moi-même et conduit à d'autres formes d'impasses. J'ai pensé à des comparaisons avec l'Islam (le mysticisme soufi par exemple), mais je ne suis pas sûr que le jeu en vaille la chandelle.

Or j'ai vu passer chez Vrin le livre collectif d'Olivier Boulnois, la Généalogie du sujet, sur les origines de la subjectivité moderne, et je me dis que ce peut être un complément utile à mes lectures nietzschéennes. Je me consacre donc à sa lecture.

Boulnois précise dans son introduction que la notion cartésienne de sujet que nous apprenons dans les livres d'histoire est en fait une invention de Kant. A bien se rémémorer la Critique de la Raison pure et les Méditations métaphysiques (que notre prof de philo, grâce lui en soit rendu, nous fit lire en début d'année de Terminale). On ne peut que lui donner raison.

Une fois ceci posé, reste à refaire l'histoire de cette identification du sujet au moi et à l'homme, et de toutes ces problématiques autour de la connaissance de soi, de la connaissance de Dieu, des actes, de la volonté, qui ont tant influencé la pensée moderne (y compris les sciences sociales, je pense aux passages de Philippe Raynaud sur l'histoire de la doctrine du verum factum aux origines de la sociologie compréhensive....).

Je commence avec Saint Anselme de Cantorbéry, le moine du Bec-Hélouin - ceux qui connaissent cette abbaye normande auront tout de suite mille sensations, et mille intuitions à l'évocation de ce terme. Anselme le noble inventeur de la "preuve ontologique" de l'existence de Dieu, dont les rationalistes tendirent à abuser. saintanselme.jpg

A se replonger dans les définitions de la substance chez Anselme, les nuances qu'elle présente par rapport à ce qu'en dirent Boèce, Augustin ou Plotin, on redécouvre un monde enchanté où l'on valorisait par dessus tout ce qui est stable et ce qui résiste. Nietzsche, le chantre du devenir, l'avait finalement bien vu quand il place sa critique du sujet sous cette thématique, en créant l'amalgame entre sujet et âme. Il était au plus près de cette généalogie, dont  l'ouvrage de Boulnois veut rendre compte.

Je me suis précipité sur mon libraire en ligne, ce soir, quand j'ai découvert la réédition du livre de Conche. Car je sais que les bouddhistes ont des choses intelligentes à dire sur cette problématique du devenir. Or la thématique de la subjectivité, ne peut pas être pensée sans elle. Affaire à suivre...
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L'Espagne républicaine. Mémoires de mon aïeul (I)

30 Août 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Guerre civile espagnole

Je traduis en ce moment les mémoires de mon grand-père José-Maria Colera. Ce texte nous fait replonger dans les inégalités sociales des années 1930, et révèle la manière dont le nouveau régime républicain, vu à travers un de ses gendarmes "de base", pouvait représenter un espoir très concret de changement. Il permet de comprendre pourquoi les organisations ouvrières et paysannes allaient le soutenir en 1936, mais aussi quelle était sa fragilité devant le pouvoir des riches et le conformisme ambiant, ce qui fait en retour réfléchir sur la psychologie de l'auteur et les raisons de son progressisme. Voici donc le texte, annoté par mes soins. Il éclaire aussi le rôle essentiel d'une partie de l'appareil d'Etat républicain (certaines tendances de la Garde civile notamment) dans la sauvegarde de la République en des points clés comme Barcelone, un rôle sousestimé de nos jours au profit de celui des milices ouvrières, lesquelles n'auraient pourtant pu, à elles seules, remporter la victoire. 

CC

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          TOUTE UNE VIE DE GUERRE
 

Je suis né dans un village de la province de Teruel (Mazaleón) le 13 juillet 1905. Un mois après ma naissance, ma mère[1] et mon grand-père[2] m’amènent à cheval sur une mule au village où mon père fut affecté après sa réintégration dans la Garde Civile.

 

 Pendant les premières années de mon enfance dans ma famille on ne parlait pas d’autre chose que des guerres et leurs calamités, mon père[3] de ses huit ans de guerre passés à Cuba. Cette guerre selon mon père fut une vente du Gouvernement aux Américains, et pour occulter cette vente au peuple, Washington fomenta un soulèvement national des Cubains. Quand plus tard l’Espagne fut fatiguée de cette guerre le Gouvernement américain chercha un prétexte en coulant un vieux bateau dans le port de la Havane ayant pour conséquence la déclaration de guerre à l’Espagne, guerre au cours de laquelle l’Espagne perdit toute son Escadre. Le Gouvernement de l’époque faisant la déclaration suivante (Mieux vaut l’honneur sans les bateaux que les bateaux sans l’honneur[4]). Cette guerre coûta à mon père huit ans de calvaire : sept ans de guerre et un an comme prisonnier des Américains.

A son retour en Espagne, il fut amené à s’arrêter dans son village natal où il connut ma mère et se maria un an tard[5] ; A la suite de cette guerre il eut une maladie qui selon les Médecins était une séquelle des calamités endurées durant les huit ans passés à Cuba, à cause de cela il se vit obligé d’hypothéquer toutes les propriétés qu’il avait, cette maladie le maintint un an au lit. Une fois remis de sa maladie, pour récupérer les terres qu’il avait hypothéquées il ne lui resta plus d’autre solution que de réintégrer la garde civile, puisqu’à Cuba il se trouva avoir fait partie de cette institution. Il n’ignorait pas qu’en réintégrant cette Institution tous les quatre ans il recevait une prime de réengagement et avec cette prime il pouvait déshypothéquer les propriétés qu’il avait hypothéquées. C’est tout ce qu’il avait tiré de cette guerre où il vit des milliers de ses compagnons mourir, quelques-uns dans les bateaux avant d’arriver à Cuba à cause des mauvaises conditions de transport, et d’autres qui mouraient à cause du climat à Cuba et des calamités, selon ce qu’il me disait, l’année où il fut prisonnier des Américains ils lui donnèrent un bon traitement.

Maintenant, je parlerai d’une autre guerre de laquelle mon grand père maternel me parla beaucoup durant mon enfance. Il était connu à Mazaleón comme « el tio Manolo ». Pendant la guerre carliste[6], il avait 14 ans. Un jour se présente au village un agent recruteur qui offrait un réal par jour et une paire d’espadrilles à qui voulait aller se battre. Il parvint à recruter dans le village quelques jeunes de 12 à 14 ans, parmi lesquels se trouva mon grand-père. Ces jeunes firent partie de la Colonne Doña Blanca, dont l’âge moyen était très bas.

Selon mon aïeul, jamais ils ne virent ni le real ni les espadrilles. Mais ils ne pouvaient pas s’enfuir à cause du peloton d’exécution qui attendait les déserteurs, et aussi par peur des lames de couteau des bandes adverses qu’on trouvait dans tous les villages. Lors de l’attaque d’Alcaniz, la Colone Doña Blanca ne put entrer dans la ville. L’ennemi pour contrer l’attaque avait inondé toutes les huertas. Mon aïeul attrapa des rhumatismes et fut renvoyé chez lui en attendant la guérison.

La nuit suivant son retour, les milices armées se présentent chez lui. Ils demandent à sa mère où se trouve son fils, sachant qu’il venait d’arriver. Sa mère répond qu’il n’est pas là. La maison est fouillée dans l’espoir de trouver mon grand-père et de le tuer sur place. En vain. Celui-ci s’était caché derrière un de ces bancs qu’on place devant les cheminées espagnoles. La nuit d’après, son frère cadet le conduisit hors du village dans une cachette et dut ensuite venir lui apporter de la nourriture toutes les nuits. La guerre se termina et les combattants furent amnistiés et mon aïeul put se présenter à nouveau à visage découvert au village. De cet épisode, mon grand-père tira une leçon qu’il me répétait souvent : « Mon petit, nous faisons des guerres qui ne sont pas les nôtres. Pendant la guerre, la vie humaine vaut moins encore que celle d’un chien. »

A l’âge de neuf ans[7], alors que nous nous étions installés à Alcañiz, mon père m’inscrivit chez les Escolapios[8]. Cette année là la guerre éclata en Europe. Certains frères étaient germanophiles comme le père Clemente qui à chaque avancée des Allemands leur consacrait un cours. D’autres étaient francophiles comme le père Romaldo qui dédiait son cours aux Français. La guerre, toujours la guerre. En Espagne, pour ne pas nous distinguer de l’Europe, nous eûmes notre guerre, celle du Rif. A Alcañiz, chef lieu de district, on distribuait les soldes. La seule chose qui comptait. Les régiments d’Afrique n’avaient rien à attendre de la guerre, que des avanies. La guerre leur importait peu, ils n’avaient rien à y gagner. Ils n’avaient pas d’actions dans les mines du Rif, eux, à la différence du Comte de Romanones[9] et d’autres grands d’Espagne.

Je suis resté à Alcañiz jusqu’à l’âge de douze ans[10] quand j’entame ma première année du bachillerato. Un jour, mon père est attablé au casino à jouer aux cartes. Son capitaine entre. Mais mon père, absorbé par le jeu, oublie de le saluer. De retour à la caserne, le sergent le convoque et lui déclare de la part du capitaine qu’il pouvait demander un poste dans une autre compagnie puisqu’il avait oublié le salut militaire au casino. Pour cette raison mon père fut affecté à Barcelone, à Olesa de Monserrat. Comme il n’y avait pas d’école dans ce village, je me vis obligé de travailler à l’âge de 12 ans dans l’usine de Bapor Cremat, où nous étions une douzaine de gosses de dix à douze ans à travailler douze heures par jour avec les hommes adultes. La première semaine on me paya deux pesetas par semaine, encore était-ce un traitement de faveur car les autres ont été pris à l’essai et n’ont rien reçu. J’y ai travaillé un an. A la fin je gagnais douze pesetas par semaine.

D’Olesa de Monserrat mon père fut affecté à Tarrasa[11]. Je suis alors entré à l’usine de Ram de l’Aigua où nous fîmes une grève de 14 semaines[12]. Grève que nous avons gagnée et où nous obtînmes la journée de 9 heures et le salaire de six pesetas par semaine. Peu de temps après le patron provoqua le lock out de l’usine ce qui nous coûta trois mois de chômage. Au terme du lock out, nous pûmes passer au bureau de l’usine pour établir un nouveau contrat. A cette date le patron nous offrit la journée de huit heures sans que les ouvriers n’aient rien réclamé.

A Tarrasa, les moyens éducatifs étaient plus nombreux. Je passais le jour à l’usine et le soir je suivais des cours de comptable à l’Ecole des arts et métiers. Et qui plus est je prenais des cours par correspondance au Centre libre d’enseignement général de Torre Hermosa de Badajoz. J’obtins ainsi le titre de comptable à 17 ans.

Ayant atteint l’âge requis, mon père prit sa retraite de la Garde civile.  Il se retira dans son village natal (Mazaleón). N’ayant pas encore atteint la majorité, je dus le suivre et m’installer dans cette commune où j’étais né et où j’avais passé 6 ou 7 vacances à raison de 6 ou 7 jours de congés à chaque fois.

Quelques jours après notre arrivée, la mairie vint à manquer d’un adjoint pour établir la liste de répartition des dépenses et des contributions (consumos y contribuciones). L’adjoint (ayudante) responsable du secrétariat de la mairie, un ancien maître d’école, M. Roya, s’était saoulé un soir et, dans ce moment d’ivresse, avait renversé son encrier sur les registres fiscaux alors que son travail touchait à sa fin. Il fallait recommencer à zéro cette tâche. Les gens de la mairie pensèrent que j’étais le seul à pouvoir le faire. Devant l’impérieuse nécessité[13] mon père accepta.

Quand j’eus fini, la mairie me demanda de continuer à ce poste jusqu’à ce qu’on trouve un nouveau secrétaire (ayudante).

En 1921 les troupes espagnoles dans le Rif subirent le plus grand désastre de leur histoire. Abdelkrim à Monte Arruit nous infligea de rudes pertes – plus de 20 000 hommes – faisant prisonniers les généraux Navarro et Fernandez Silvestre, assiégeant les forces du Général Sanjurjo à Nador[14]. Par ses articles, la presse espagnole souleva un grand élan patriotique au sein de la jeunesse. Avec d’autres jeunes de mon âge nous nous serions bien portés volontaires pour aller nous battre dans le Rif. Mais les régiments n’acceptaient pas les volontaires.

En 1923, ma vie se déroulait sans peines ni gloires au secrétariat de la commune. La guerre du Rif se poursuivait. La revue Blanco y Negro publiait dans chaque édition les photographies d’officiers de 20 ou 21 ans, morts au combat. On ne voyait pas la fin de la guerre.

Pour cette raison, dès que l’armée vint à manquer d’hommes, je demandai à mon père de me laisser m’engager comme volontaire. J’avais 18 ans. J’étais presque un homme. Mon père m’accorda l’autorisation.

Je me présentai à divers régiments de Saragosse. Aucun d’eux n’admettait de volontaires. Finalement, je me présentai au Régiment du Génie (Pontoneros) où l’on n’admettait seulement des volontaires pour la fanfare militaire (banda de trompetas) où je signai un contrat de quatre ans. Un ancien du recrutement de 1921 me prit en charge. On devint bons amis. Il avait toujours à la bouche cette devise : « Soldats pour vous la patrie est sacrée ; pour moi, c’est la solde qui est sacrée ! »

Il avait deux ans d’armée derrière lui. Il avait été à Larache[15], il connaissait les horreurs de la guerre. Il avait lu en particulier El último pirata del Mediterráneo de Manuel Benavides[16], il savait qui la guerre avantageait. Il voulait terminer son service et rentrer chez lui ensuite. A l’époque, le service militaire durait trois ans[17].

Enfin vint le débarquement d’Alhucemas, les derniers combats du Rif en 1926[18]. Les gens de mon recrutement rentrent au bercail, le service militaire est rabaissé à un an. Fatigué après  trois ans d’armée, je demande à être libéré de mes obligations, ce que j’obtins le 26 août 1926 et je rentrai chez moi.

J’avais mon titre de comptable dans un village à côté de Mazaleon. A l’époque se construisait le chemin de fer entre Val de Zafran et San Carlos de Pepita.  Les travaux étaient dirigés par la firme Portolés y Compañía de Saragosse. Mon père me conseilla d’aller travailler dans leurs bureaux à Valdeltormo.

Je me présentai là-bas  pour demander s’ils n’avaient pas besoin d’un employé. Là je rencontre un directeur nommé Don Julian Aramandia. Dès que mon père lui eut dit qu’il était retraité de la Garde Civil , Don Julian lui répond « Moi aussi j’ai appartenu à la Garde civile. J’ai été sergent pendant la guerre carliste. » En tant que carliste il avait fait partie des perdants de la guerre civile. Il avait dû se reconvertir dans les constructions de routes après la guerre. Il me donna un papier pour que je me présente à Saragosse en son nom au siège de la Compagnie. Je fus accueilli par Don Carlos Portolés lui-même. Il m’expliqua que je pouvais commencer quand je voudrais comme pointeur (listero), responsable des comptes d’un millier de personnes qui travaillaient au tracé et à la construction du chemin de fer de la Compagnie.

J’y ai travaillé jusqu’en 1932[19].

En 1931 la République d’Espagne avait été proclamée. Le Grand capital espagnol, pour saboter le nouveau régime, mit fin à la construction de la ligne à laquelle je participais comme comptable.  Je dus partir.

Mes trois années d’armée m’avaient rendu antimilitariste. Ma candidature à l’entrée dans la Garde civile en 1924 avait été refusée. Le fait que j’aie rompu mon contrat de 4 ans avec l’armée dans les années 20 m’avait valu une place de choix dans la liste noire des militaires.

Pendant 5 ans, de 1926 à 1932, j’avais connu différents disciples de Marcelino Domingo[20], lesquels me prêtèrent quelques livres parmi lesquels « La religion al alcance de todos »[21] et « El ultimo pirata del Mediterraneo »[22]. Je ne m’étais jusqu’alors jamais mêlé à la politique, mais ces gens me proposèrent de faire partie d’un de ces Comités républicains qu’à l’époque on appelait  « Comités révolutionnaires ». Nous n’avions rien de révolutionnaire mais nous avions étudié l’Histoire d’Espagne et nous étions antimonarchistes. L’Histoire nous montrait que la monarchie n’avait qu’entraîné une série de guerres et que le perdant c’était toujours le peuple. C’était ça notre révolution : restaurer dans notre patrie un régime qui renoncerait à la guerre comme mode de relation entre les peuples civilisés. L’année 1930 j’ai participé à la création de l’Union Générale des Travailleurs dans le district de Pinell de Bray (Tarragona). Comme l’UGT n’existait pas dans cette zone, je suis entré en contact avec Wenceslao Carrillo[23].

En 1931 les travaux de Portolés y Compañía s’arrêtent. Je songeai à nouveau à postuler à la Garde civile. Je demandai à M. Portolés ce qu’il en pensait. Il me dit qu’il ne savait pas si les travaux reprendraient et me conseilla de prendre un poste de garde civil, quitte à ce que la compagnie me réembauche le jour où les travaux reprendraient.

J’intégrai donc la garde civile[24]. Je fus affecté au 23 ème régiment (tercio) à Jaén (Andalousie) au poste de Porcuna, dans lequel j’allais me faire connaître assez vite. Quand je partais en tournée, le chef de ligne Alferz (sic) Madrigal me disait : « Ne rentre pas à la caserne sans avoir collé un PV ». Je collais des contraventions aux riches, alors que mes collègues en donnaient aux pauvres. On m’appelait « le jeunot de la garde » ou « le garde communiste ». Avant d’intégrer la garde civile j’avais appartenu au parti radical-socialiste dont j’avais fondé une section dans le district de Valderrobles, dans le Bas-Aragon, dont le chef-lieu est Valdeltormo.

Le barbier qui venait à la caserne pour raser les gardes était socialiste. Un jour, celui-ci me dit : « Monsieur, vous êtes socialiste ? Je réponds « Non, je suis garde civil ». « Non, reprend-il. Le maire, Monsieur Montilla, qui est socialiste, a demandé si le PS à Madrid vous connaît et ils ont répondu qu’ils vous font entièrement confiance. Vous avez fondé la première section UGT dans la province de Tarragone. »               (A suivre)


La suite de ce texte paraîtra en décembre 2008 aux éditions du Cygne sous le titre José Colera, La guerre d'Espagne vue de Barcelone (1936-1939), Mémoires d'un garde civil républicain


----- Photo 1 : Mazaleon, Photo 2 : José-Maria Colera (17 ans) avec ses parents, son frère et sa soeur
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[1] Teresa Vidal-Andrés née à Fabara en 1884, elle a donc 21 ans à l’époque. Elle aura, une fille Conchita, en 1909 puis un fils Vicente en 1921. Elle allait se réfugier en France avec sa fille Conchita en 1939. Elles sont retournées en Espagne en 1941 après avoir appris la libération du mari de Conchita Gregorio (1908-2004), qui s’était battu dans le camp républicain.

[2] Manuel Vidal-Llorens né à Mazaleon en 1858, 47 ans.

[3] Nicolás-Isidro Colera-Monserrat, né à Mazaleón fils de Teodoro Colera, mort alors que son fils était en bas âge.

[4] "Vale más honra sin barcos que barcos sin honra" déclarations de l’amiral Casto Méndez Núñez après sa dernière bataille contre la flotte étatsunienne.

[5] Vers 1899, elle avait seulement 14 ans, son mari en avait 28.

[6] Guerre de succession dynastique qui opposa conservateurs et libéraux en Espagne au XIX ème siècle. Il s’agit ici de la seconde guerre carliste (1872–1876)

[7] En 1914.

[8] L’ordre des Escolapios fut fondé à la fin du XVI ème siècle par San José de Calasanz sur la base de la connaissance de soi et d’une pédagogie auprès des classes populaires. L’Aragon fut la première province instituée par l’ordre des Escolapios. La Fondation pieuse d’Alcaniz fut créée en 1638. Le système éducatif des Escolapios (Comunidad de San Valero) fut mis en place dans cette ville en 1729. L’école accueillit en moyenne 300 élèves par an tout au long du 19 ème siècle. Elle fut rasée en 1936 et 9 frères furent assassinés.

[9] D. Alvaro de Figueroa y Torres (Madrid 1863- Madrid 1950) fils d’Ignacio de Figueroa y Mendieta et d’Ana de Torres y Romo, marquise de Villamejor, nommé comte de Romanones près de Guadalajara en 1893. Député de Cuba en 1888, membre du parti libéral, maire de Madrid, célèbre pour son handicap physique - il boitait suite à une chute de cheval –. Il fut dix-sept trois fois ministre et trois fois président du conseil (1912-1913, 1914 à 1917 et 1931). Il était actionnaire, comme le roi Alfonse XIII de la CEMR-Compañia Española de las Minas del Rif.

[10] 1917.

[11] Province de Barcelone.

[12] Avec son usine textile, Tarrasa, tout comme Sabadell, est à l’époque un fief du « syndicat unique » anarchiste (CNT). Selon son fils Jean, José-Maria Colera y aurait connu de futurs leaders anarchistes de la guerre civile comme « El Moreno ». Il se peut qu’il faille voir dans cette  grève un élément de la grève de solidarité avec les ouvriers de La Canadiense , la compagnie d’électricité de Barcelone qui eut lieu du 5 février au 19 mars 1919. La grève s’inscrit dans un contexte européen insurrectionnel avec la révolte spartakiste allemande de janvier 1919, la République des soviets de Bavière et la révolution hongroise. Les grévistes obtinrent effectivement le 3 avril 1919 la journée de huit heures et la semaine de 48 heures (accordée aussi au même moment en France par Clemenceau). Refusant de reconnaître les syndicats et la journée légale de huit heures, les employeurs décident le lock-out en Catalogne du 1er décembre 1919 au 26 janvier 1920. Plus de 200 000 travailleurs sont réduits à la misère. Cf César M. Lorenzo, Le Mouvement anarchiste en Espagne, Pouvoir et Révolution sociale, Toulouse, Les éditions libertaires, 2006, p. 60-61.

[13] Le projet initial du père de José-Maria Colera était que son fils reste au village sans rien faire sauf chasser.

[14] L’historiographie retient plutôt 13 000-14 000 à l’issue de la défaite d’Anoual le 23 juillet 1921. Monte Arruit tombe le 9 août 1921. L’offensive espagnole est arrêtée le 18 septembre 1921.

[15] Mehal-la, dans le Rif.

[16] Il s’agit là d’un anachronisme. Manuel Benavides, romancier et rédacteur de l’hebdomadaire populaire La Estampa , militant du PSOE, publia son best seller El último pirata del Mediterráneo en 1934, dans lequel il dénonçait l’empire financier constitué en Espagne et en Afrique du Nord par Juan March qui subventionnait divers politiciens de gauche et de droite. Commissaire de la flotte républicaine, il mourra en exil au Mexique peu après avoir adhéré au PC en 1947. Personne en 1923 n’avait pu lire le livre de Benavides publié en 1934...

[17] Le manque d’argent qui frappa soudain sa famille après que son père, grand joueur de cartes, ayant flambé une fortune au casino, ne fut pas sans influencer cette décision. José-Maria effectua la suite de son engagement militaire aux Canaries célèbres pour leur exotisme. Il y rencontra Sanchez Redondo, futur commandant de la 1ere division mobile d’Assaut en Catalogne qu’il retrouvera dans la résistance venu de la loge maçonique communiste de Montauban. Ses compagnons de régiment tenteront de le suivre, mais se tromperont de « Palma » et iront à Mayorque.  Aux Canaries JM Colera s’affirme dans l’équipe de foot locale. Sur le point de se marier, il se voit promettre par son beau-père une place de comptable dans sa compagnie maritime mais dût rentrer subitement en Aragon en 1926.

[18] La guerre du Rif fut une guerre coloniale brutale qui donna lieu à l’emploi massif d’armes chimiques contre les populations civiles (notamment du gaz moutarde livré par l’Allemagne). Elle ne fut remportée par les Espagnols que grâce à l’aide française. Le 26 mai 1926 Abd-el-Krim se rendit aux troupes de Lyautey.

[19] Il épousa Candelaria Planchat en 1929 après l’avoir fréquentée pendant 5 ans. Il eut son premier fils Fernand en janvier 1931.

[20] Marcelino Domingo Sanjuan (Tortosa, 1884-Toulouse, 1939) Politicien espagnol, franc-maçon, il diffusa le républicanisme laïque et radical dans le delta de l’Ebre. En 1916 il fonda avec Layret y Alomar le Bloc Republicà Autonomista, qui devint en 1917 le Partit Republicà Català. L’année suivante il fut élu député de Barcelone. Fondateur du Parti radical socialiste (1929), il conspira contre la dictature de Primo de Rivera et fut un des signataires du Pacte de Saint Sebastien (1930). En 1933 son parti s’unit à celui d’Azaña pour former Izquierda Republicana, et il est au pouvoir en 1936 comme ministre de l’instruction publique. Il écrivit diverses oeuvres, notamment : ¿Dónde va Cataluña ? (1927) et Á dónde va España? (1930).

[21] De Rogelio Herqués de Ibarreta, écrivain franc-maçon.

[22] Encore un anachronisme. Cf note plus haut.

(23)  Wenceslao Carrillo Alonso (1889-1963), leader syndical des Asturies, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), rédacteur de El Socialista, membre de la direction de l’UGT, partisan de l’alliance avec Primo de Rivera, il critique ce régime en 1929. Conseiller municipal de Madrid en 1931, député de Cordoue. Il siégea au gouvernement  républicain et s’exila en Belgique en 1936. Il est le père du leader communiste Santiago Carrillo.


(24)  La République fut proclamée le 14 avril 1931. Selon la mémoire familiale José Maria Colera ne fut intégré qu’en janvier 1932 après avoir essuyé plusieurs refus pour entrer dans la garde civile (on ne prenait que les 4 premiers, le 5 lui revenait sans cesse, en raison des opinions républicaines de son père).


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L'éthique libertine

27 Juin 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Parutions.com vient de publier mon compte-rendu du dernier bouquin de Girerd sur la "Sagesse libertine" - http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=6&ida=358 . Il y a quelques années j'aurais été plus indulgent à l'égard de cette littérature de salon qui prône la spontanéité des instincts, la rebellion sans objectif, et autres exutoires de "dominants-dominés" frustrés. Mais que voulez-vous. Cela fait trop longtemps qu'on nous ressert les mêmes plats. Depuis mai 68, voire, sur certains aspects, depuis Gide, alors qu'il y a tant de choses plus importantes - plus cruciales pour l'avenir de notre espèce, et pour notre santé mentale individuelle - que ces enfantillages ! It's time to grow up !
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Les Grecs bouddhistes

2 Juin 2007 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

Je lis et relis sans m’en lasser L’art du Gandhara de Mario Bussagli (paru en livre de poche en 1996 l’original est de 1984). Je suis bien loin d’en tout comprendre, et d’en tout pouvoir retenir. L’érudition artistique et la science des religions peuvent faire système mais c’est toujours un système exotique pour un esprit occidental quand il s’agit de cultures orientales, et bien complexe quand s’enchevêtrent des héritages hétérogènes. 

Il faut simplifier le propos, à l’aide de la philosophie. Aller tout de suite à l’essentiel, aux enjeux pour l’espèce humaine, pour son intelligence d’elle-même. De quoi s’agit-il ? Un peuple grec, laissé là par les armées d’Alexandre. Nécessairement aventurier et courageux. Ce sont des soldats perdus dans un milieu étranger : de grandes civilisations, persanes et indiennes (il faut entendre par civilisations, des cives, des réseaux de villes) mais aussi des nomades, belliqueux menaçants. Ces Grecs sont donc en Bactriane, et en Inde (le Gandhara).

Ils composent des royaumes plus ou moins éphémères. Un de leurs rois, Ménandre, après la chute de l’empire maurya, règnera même sur le tiers de l’Inde.

Ces hommes, ces militaires – mais aussi des artisans, des administrateurs, des paysans – coupés de leur univers d’origine (la Méditerranée) par l’effondrement de l’empire séleucide et le royaume des Parthes (trait-d’union culturel entre les Grecs et l’Inde, mais aussi barrière politique pendant plusieurs siècles) conservent une culture : celle des dieux de l’olympe.

Mais pas seulement : ils échangent aussi avec les populations autochtones, et leurs voisins – de culture indienne ou persique – et sont influencés par eux. De ce point de vue leur art, est un syncrétisme intéressant d’hellénisme et « d’autre chose », comme l’est l’art de Palmyre entre hellénisme et culture persane (Veyne en parle magnifiquement) et peut-être Olbia entre culture grecque et scythe, ou Massilia entre culture grecque et gauloise (mais ce sont des sujets que je connais moins).

Tous ces syncrétismes de cultures de troupes coloniales coupées de la mère-patrie sont toujours ethnologiquement intéressants. Qu’on songe aux Espagnols créolisés d’Amérique du Sud, aux Français d’Algérie, aux Russes d’Extrême-Orient. Comment se font les mélanges ? sur quelle base ? que prend-on ? que conserve-t-on ? Pourquoi tel héritage est-il conservé, l’autre abandonné ? quel principe organise le compromis ? Dure tâche de l’archéologue quand il s’agit de comprendre tout cela à partir de faibles indices. Risque de dérive subjective : l’imaginaire personnel, les présupposés académiques aussi – les peuples de cette époque étaient-ils si savants que l’érudit qui tente de les comprendre ? l’étaient-ils de la même façon ?

A ces problèmes de relations interculturelles s’ajoute au Gandhara et en Bactriane, un enjeux religieux colossal : ces Grecs sont devenus bouddhistes !  Le vocabulaire académique nous égare. On parle d’art gréco-bouddhiste, comme s’il s’agissait d’un mélange d’une culture grecque et d’une culture bouddhiste. Ca n’a pas de sens ! C’est de l’art grec bouddhiste. Car ce sont des gens de culture principalement grecque – quels que soient les compromis passés avec les cultures de la zone – qui ont adopté une doctrine (et non une autre culture), universelle (même si en son principe elle parlait la langue d’Inde du nord) : la culture bouddhiste.

Belle victoire d’Asoka et de ses décrets publiés aux quatre coins de l’Empire maurya et gravés dans la pierre au III ème siècle avant Jésus-Christ. Grâce au « Constantin du bouddhisme », les descendants des soldats d’Alexandre ont adhéré à la philosophie de l’Illumination. Ils seront même les artisans de sa conservation, tout comme le sera l’île de Ceylan après que l’effondrement de l’empire maurya ait abouti à la restauration du pouvoir brahmanique en Inde du Nord – tout comme aussi, si l’on veut, les Irlandais et les barbares francs seront les acteurs de la conservation du catholicisme quand les hordes de Goths ariens se seront jetés sur l’Empire romain d’Occident.

Disons les choses clairement : je ne comprends rien au bouddhisme. Depuis des années je lis des ouvrages à son sujet – y compris celui que lui consacra Borges –. Ils me tombent des mains. Mais le phénomène m’intéresse, en tant que révolution spirituelle qui, comme le zoroastrisme ou le confucianisme, semble avoir apporté beaucoup de choses nouvelles à beaucoup de gens, et entraîné pour eux des changements irréversibles. Plus précisément j’ai tendance à voir le bouddhisme à travers les yeux de Nietzsche. Donc je le considère, à l’instar du catholicisme, comme une vaste révolution, potentiellement très égalitariste (puisqu’elle refusait le système des castes) et largement inspiré par le refus de la vie (identifier le désir et la volonté à la souffrance, n’est ce point le principe du nihilisme, dont Schopenhauer fit son miel ?). Peut-être est-ce une lecture trop wagnérienne, et trop allemande. Je ne sais. Je suspens mon jugement sur des subtilités du genre « le Nirvâna est-il le néant ? ».

En tout cas le bouddhisme a visiblement impressionné beaucoup de monde, et donc il m’impressionne à ce titre. Je suis toujours aussi sensible au fait qu’une doctrine si philosophique puisse toucher à ce point les masses. Le spectacle du renoncement – avec ses cohortes de moines et d’ascètes – frappe toujours les imaginaires (Veyne a raison sur ce point : peu de gens sont des religieux et des esthètes mais une majorité sont toujours sensibles aux grands déploiements de foi ou de virtuosité artistique que déploie une minorité). Il frappe aussi le mien, en un sens, indépendamment même du fait qu’il ait rallié des foules immense à sa cause. Ces décrets d’Asoka, précisément, qui proclament aux quatre coins de l’empire – et dont Asoka fit porter le texte en Egypte et en Grèce – qu’on ne mange plus de viande à la table du grand roi, sauf quelques paons de temps en temps, et qu’on a construit des hôpitaux pour les pauvres et pour les animaux. Tout cela ne peut pas vous laisser de marbre, même si vous n’y comprenez rien.

Donc les Grecs du Gandhara et de Bactriane, eux, y ont compris quelque chose. Ils sont devenus ardemment bouddhistes, tout comme le seraient peut-être devenus ceux de la Méditerranée si les ambassades d’Asoka avaient atteint Alexandre Magas et Ptolémée, si elles ne s’étaient perdues en cours de route (auquel cas nous serions aujourd’hui tous e Europe bouddhistes et non chrétiens).

Voilà qui est passionnant vraiment. Ces gens se sont mobilisés pour la doctrine de l’Illuminé. On peut imaginer qu’eux aussi construisirent des monastères et des hôpitaux pour les animaux, ce qui ne les empêcha pas de continuer à guerroyer et à conquérir des royaumes (comme nos bons rois chrétiens poursuivirent les massacres).

Ils furent manifestement de fervents serviteurs de la Cause, aussi endoctrinés que les protestants d’Amérique à leur descente du May Flower. Et, forts de leur savoir-faire en représentation d’Apollon et d’Hermès, ils prirent sur eux la lourde responsabilité d’établir la première représentation humaine du Bouddha.

Une initiative insolite, aux conséquences multiples, pour ces Grecs tout d’abord, puisque pendant plusieurs générations leurs royaumes allaient être remplis d’icônes de l’Illuminé – et faire l’objet d’une vénération fétichiste –, pour l’ensemble de l’Asie ensuite puisque leurs statues, imitées, recopiées, déformées, allaient devenir le support de la diffusion de cette doctrine dans tout le sud du continent et au-delà.

Toute la science de Bussagli est précieuse à ce sujet concernant les raisons proprement dogmatiques – directement déduites du corpus canonique du bouddhisme – qui ont conduites à ce choix, éclairées par des raisons plus proprement ethnologiques, ou héritées d’un corpus canonique hétérogène, celui de l’héritage grec. M’intrigue beaucoup notamment ce que dit Bussagli de Philon d’Alexandrie à propos de son égalité : anthropos = logos. Elle aurait joué un rôle dans le choix de représenter le Bouddha. Mais de quelle manière puisque Philon est postérieur à l’invention de cette iconographie ? L’égalité serait-elle inhérente à la façon de voir des Grecs ? voilà qui m’intéresserait car voilà plusieurs mois que j’essaie de penser la singularité grecque en faisant abstraction du fait que j’en suis l’héritier (au même titre que tous les Occidentaux de notre époque). C’est aussi ce que tente de faire François Jullien dans son dialogue avec la Chine, plus précisément dans son livre Le nu impossible, pour qui toute la culture grecque (notamment sa métaphysique) dériverait de sa représentation de la nudité masculine. Au fait, pourquoi les descendants des soldats d’Alexandre n’ont-ils jamais représenté le Bouddha nu ? J’ai mille questions en réserve d’ailleurs sur cette affaire de nudité. Je lisais sur je ne sais plus quel forum américain sur Internet récemment que les artistes du Gandhara, puis les Indiens qui recopiaient les modèles grecs, ont adopté le nu grec masculin, pas le féminin. Pourquoi ? Je repense à Praxitèle. La révolution que représenta son Aphrodite nue. Révolution inspirée des Perses dit Bonfante. Pourquoi cela ne plut-il pas aux Indiens qui pourtant ont des déesses nues ? Après tout peut-être les gens de ce forum qui ne citaient aucun ouvrage disaient-ils n’importe quoi.

Donc revenons à ces Grecs convertis par Asoka et sa secte bouddhiste devenue religion d’Etat. On dit que leur idée de représenter le Bouddha s’inscrit dans le développement du Grand véhicule (la définition d’un bouddhisme exotérique, populaire, que Bussagli relie au fait qu’on demandait de plus en plus aux moines de faire acte de magie et de lire dans les astres – Veyne rappelle aussi que les succès des chrétiens en matière de thaumaturgie à Rome fut beaucoup dans leur prestige auprès des gens ordinaires). Je me demande si leur grande ferveur religieuse ne fut pas, au bout du compte, la clé du dynamisme de leur culture pendant plusieurs siècles. Veyne dit dans son dernier bouquin que Constantin, parce qu’il était un grand empereur, avait besoin d’une grande religion, et que ce fut la raison de sa conversion : sa mégalomanie. On peut penser symétriquement que les descendants des troupes d’Alexandre, parce qu’ils héritaient d’une grande culture, eurent besoin d’une grande doctrine, universaliste, révolutionnaire et sotériologique, comme le bouddhisme pour perpétuer leur énergie et leur singularité loin de l’Heimat originel – et sans anabase possible…

Tout cela est assez fascinant, et l’on regrette surtout qu’il ne reste plus aucun texte pour témoigner de la vision et des projets de ce peuple de pionniers convertis. Seules les statues et les fresques nous en parlent, par le truchement des érudits qui en décryptent le message.

Bussagli, pour nous conforter dans notre intérêt et notre admiration, souligne que les Romains tenaient en grande estime la religiosité des Grecs de Bactriane et du Gandhara (comme celle des Juifs au même moment – certains faisaient d’ailleurs le lien entre les deux) auquel Plotin aurait voulu rendre visite – après d’autres philosophes – et auquel les premiers textes chrétiens font aussi référence (car il y aurait eu une évangélisation aussi, partielle, de cette contrée). On peut concevoir qu’il s’agissait donc bel et bien d’un de ces hauts lieux de prédication qui contribuèrent fortement au progrès moral de l’humanité. Je trouve vraiment cela très intriguant.

Je ne puis enfin, pour terminer, m’empêcher de songer à l’Islam qui a recouvert tout cela – et qui dans sa version très récente fit sauter les statues géantes de Bouddha en Afghanistan, mais c’est la partie la moins intéressante du questionnement – comme il a recouvert les grands centres de religiosité chrétienne de Syrie, d’Egypte et du Maghreb (sans aucun conflit apparent comme le note Veyne). Dans quelle mesure s’est-il nourri de cette effervescence spirituelle du passé ? Peut-être ne s’est-il installé au nord de l’Inde qu’alors que les cendres de cette prédication étaient déjà tout à fait refroidies, et que, « Rome n’étant plus dans Rome », le Volksgeist du bouddhisme grec de Bactriane et du Gandhara s’était déplacé plus à l’Est en Asie (au Tibet par exemple).

Je ne sais pas. Ce serait une question à creuser.

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Pour compléter notre étude sur la "diaspora serbe"

13 Mai 2007 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

Réactions enthousiastes (quoi que pas toujours unanimes) hier soir au succès de la chanson serbe "Molitva" au concours de l'Eurovision (http://youtube.com/watch?v=Bqh8bHuIUtw).

Mais déjà des polémiques. Une accusation de plagiat d'une chanson albanaise : http://www.youtube.com/watch?v=mn0WAvFh9GQ

Des questions sur le physique de la chanteuse Marija Serifovic qui ne représente pas tout à fait les canons de beauté serbes - ses origines, son homosexualité supposée: http://www.all4yu.com/forum//viewtopic.php?t=21728&postdays=0&postorder=asc&start=105 et http://www.all4yu.com/forum//viewtopic.php?t=21728&postdays=0&postorder=asc&start=135

Certains sur le forum Orlovi se livrent à des spéculations géopolitiques.

A partir du constat sur les votes par pays :

La Serbie a reçu

12 points : par le Monténégro, Finlande, Bosnie, Croatie, Slovénie, Suisse, Macédoine et Hongrie

10 points : par la Norvège et Suède

8 points : par la France, Allemagne, République tchèque, Malte et Pologne

Mais 5 pays n'ont pas voté pour elle : Andorre, Turquie, Lituanie, Estonie, et Grande-Bretagne.

"Tu t'attends quand même pas à que les baltes, qui détestent les russes (et par translation les serbes), filent bcp de points la serbie.... ne parlons pas des ottomans, 12 pts à la bosnie et 0 à la serbie, si c pas politique tout ça... " estime l'un.

"Le concours de l'Eurovision est le seul endroit où l'on peut dire que la destruction de Yougoslavie et de l'URSS est un avantage. Avec les règles actuelles, l'Europe de l'ouest ne va jamais gagner l'Eurovision" remarque un nostalgique de l'ex-Yougoslavie http://www.all4yu.com/forum//viewtopic.php?t=21728&postdays=0&postorder=asc&start=165

Pour certains le vote de la diaspora serbe de France, d' Allemagne et d'Autriche aurait aussi influencé les résultats.

Dans le même esprit "géopolitique" et un brin raciste, la remarque d'un Russe sur You Tube

"Me, my friends, in Russia were watching this song contest and we all thought (being Russian), that the Serbia this year is NUMBER 1.
I guess most of voting during this contest is really not objective. People vote for their nationality, neighbours, etc. We laughed to tears when Austria gave 12 points to Turkey. Who voted for it? Fucking immigrants. Turks are like bacteria. They are all over Europe. And they don't care that the song is shit, all that matters is that the singer is Turkish as well. " http://youtube.com/watch?v=Bqh8bHuIUtw

Tout cela faisant dire à un Anglais à propos de la chanteuse :  "she has a great voice but it only won thanks to all the helpful voting from the balkans. If the west dont win soon there will be calls for west europe show only. and we pay for it!(BBC organises televoting and communications). 

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Stendhal et le bonapartisme

16 Avril 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Toujours dans la série des petites recensions que je rédige pour Parutions.com, je signale la mise en ligne de celle que je consacre au dernier livre de Jacques Dubois sur la sociologie de Stendhal - voir http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=123&ida=8049 .

Je dois préciser que je ne suis pas un très grand lecteur des auteurs du XIX ème siècle. Le cadre scolaire - qui me déplaisait souvent - ne m'y encourageait guère. J'ai lu Balzac, Chateaubriand, Nerval, Musset, Hugo, Flaubert, Proust ou Zola plus par obligation qu'autre chose. Et je n'ai plus guère le temps de me replonger dans cette prose. Pour autant je n'y associe pas que des mauvais souvenirs. J'ai lu la Chartreuse de Parme (au moins en partie) à 20 ans, quand l'envie de tenter le concours de Normale Sup sans passer par la Khâgne m'a effleuré (seulement effleuré car j'ai abandonné le projet au bout d'un mois - la Chatreuse était au programme). J'en ai beaucoup apprécié le style que pendant quelques semaines je m'efforçai même d'imiter (c'était mon côté éponge). Pour moi, de ce fait, Stendhal reste associé à quelque chose de vif et de lumineux qui va bien avec l'Italie.

Le livre de Jacques Dubois a certes quelques petits défauts que j'ai préféré ne pas mentionner. Mais l'intérêt principal du livre est qu'il m'a fait un peu réfléchir aux blocages de la société post-napoléonienne, qui, à certains égards, ressemblent à ceux de notre époque. En plus marqués peut-être parce que la structure de classe restait plus figée.

Du coup cela fait aussi penser à ce que fut le bonapartisme, comme phénomène social.

Je lisais l'an dernier La Démence coloniale sous Napoléon, un réquisitoire implaquable et juste contre le dispositif conquérant raciste que l'Empereur fit peser sur les colonies françaises (et voulait généraliser au monde entier, heureusement l'hégémonie maritime anglaise l'en empêcha). C'est un aspect néfaste et peu connu du premier Empire français. Il y a aussi celui que les  autres Européens ne manquent jamais de rappeler : l'invasion sauvage de tout le continent : les meurtres, les viols, les pillages. Sur la place où je me suis fait prendre en photo début avril à Alcaniz il y a une plaque qui commémore l'héroïque résistance espagnole face aux soudards de l'Empereur qui ont causé mille ravages dans cette ville.

Mais l'histoire n'est pas morale, nous le savons. L'ardeur sanguinaire du bonapartisme est aussi ce par quoi les acquis de la Révolution se sont stabilisés dans l'Hexagone, et ont un peu "contaminé" les monarchies avoisinantes (le fameux Code civil, qui ne se serait peut-être jamais imposé autrement). Elle est aussi ce par quoi de brillants individus socialement condamnés par leur appartenance de classe se sont vus ouvrir des "opportunités", comme on dit, extraordinaires. Même un bourgeois, du niveau du Grenoblois Henri Beyle alias Stendhal, ex-auditeur du Conseil d'Etat napoléonien, en a bénéficié. D'une manière générale à peu près toutes les classes sociales profitent d'un pouvoir conquérant (du moins lorsque celui-ci a des tendances redistributrices, ce qui est le cas du bonapartisme). L'équivalent se vérifie autour de Jules César 20 siècles auparavant.

C'est ce qui fait que se multiplient les initiatives audacieuses et souvent admirables dans tous les milieux à l'occasion des phases de conquêtes, pourtant bien sombres pour les peuples qui les subissent - Nietzsche l'a bien compris qui ne manquait pas une occasion de vanter les mérites de Napoléon. Ce constat fait craindre que l'humain garde encore pendant quelques générations quelque goût secret pour les entreprises sanguinaires qui ouvrent des boulevards aux changements sociaux.

Cela dit il est vrai que la tendance conquérante est bien amoindrie aujourd'hui. En Europe du moins. Chaque peuple semble s'accommoder désormais des frontières qui lui échoient, tout arbitraires qu'elles soient - parfois d'ailleurs au prix d'une occupation "internationale" comme dans les Balkans. L'exploitation économique (notamment celle des peuples du Sud) compensant peut-être la frustration de ne plus pouvoir dominer militairement.

Cette sublimation est probablement un progrès. Je visitais hier le monastère de Mortemer auquel s'attache le souvenir glorieux du Plantagenêt Henri II qui aurait pu construire un grand royaume anglo-normand de l'Ecosse aux Pyrénées si la France centrale n'avait contrarié ses projets. Chaque région d'Europe garde le souvenir d'un souverain conquérant qui aurait pu fonder  dans le sang un grand Empire (en Béarn par exemple on se souvent de Gaston Fébus). Il est heureux aujourd'hui que les grands empires ne soient plus à la mode (même aux Etats-Unis, l'hégémonisme n'a plus la côte) et qu'on puisse réfléchir aux réformes des structures sociales sans chercher d'exutoire guerrier.

Mais il est toujours bon de tenter de comprendre les générations antérieures. Stendhal raconte dans ses romans ce que Musset disait aussi : cette frustration des orphelins de la Révolution et de Napoléon, nés dans un monde où tout semblait possible, et vieillissant dans une société où l'on ne peut plus rêver que d'aimer une femme, au milieu des baudruches conservatrices les plus niaises... On voit bien pourquoi en France le deuil de Napoléon fut difficile, et, à certains égards, le reste parfois encore de nos jours.
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Mon livre sur Nietzsche en 2004

11 Avril 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires

Mon livre sur Nietzsche publié en 2004, qui était la mise en forme de travaux plus anciens a obtenu moins de recensions que celui sur les Serbes, mais il est vrai qu'il n'a guère été envoyé aux revues de philo. Seules la revue Espace 70 (hiver 2004-2005 p. 48) au Canada et la revue France-Forum (n° 15 p. 101-102) en France en ont parlé.


Lui aussi est référencé par la bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis (http://catalog.loc.gov/cgi-bin/Pwebrecon.cgi?v1=2&ti=1,2&Search%5FArg=colera&Search%5FCode=NAME%5F&CNT=25&PID=14134&SEQ=20070411045532&SID=1 ).
Il figure également dans diverses bibliographies sur Internet.

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Le livre sur les Serbes que j'ai dirigé en 2003

11 Avril 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Publications et commentaires

En 2001, peu de temps après la guerre du Kosovo, j'ai fait un mémoire dans le cadre de mon DEA  de sciences sociales à Paris V sur les immigrés serbes en France. C'était un moyen pour moi d'étudier l'articulation entre les relations internationales et l'acculturation des gens dans leur pays d'accueil, ainsi que d'enrichir la connaissance sur une population peu connue, souvent caricaturée, et sur laquelle aucun travail universitaire n'existait. On m'a proposé ensuite de diriger un livre collectif sur la "diaspora" serbe en Europe et aux Etats-Unis, et j'ai réuni une dizaine sociologues, politistes et historiens français, allemands et serbes pour composer ce livre. Je n'ai jamais été à 100 % satisfait de l'ouvrage qui fut d'ailleurs très long à composer (il n'est paru qu'en 2003) et qui n'a pas été très soutenu en France (la revue Balkanologie, qui est la revue de l'Afebalk, dont sont pourtant membres trois contributeurs, à ma connaissance s'est bornée à le mentionner sur son site http://www.afebalk.org/page.php3?id_page=104, et hors du milieu universitaire ce fut encore pire). Néanmoins cet ouvrage a eu le mérite d'exister, et certains commentateurs dans Courriers des Balkans, Le Monde Diplomatique, Hommes et Migrations et même Anthropologie et Société au Canada ont été enthousiastes. 

Je livre ici pour mémoire les recensions qui ont été faites de ce livre, y compris les deux ou trois qui sont carrément critiques à son encontre (j'expliquerai dans quelques mois les raisons de ces critiques qui la plupart du temps reposent sur des motifs purement personnels, alors que les critiques que méritait vraiment ce livre, les critiques de fond, n'ont jamais été soulevées). Aujourd'hui le livre se trouve dans plusieurs bibliothèques universitaires et autres, y compris la prestigieuse bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis (http://catalog.loc.gov/cgi-bin/Pwebrecon.cgi?v1=1&ti=1,1&Search%5FArg=colera&Search%5FCode=NAME%5F&CNT=25&PID=28033&SEQ=20070411040305&SID=1), ce qui, après tout, n'est peut-être pas donné à tous les ouvrages universitaires français.

Voici donc les recensions dont certains figurent aussi sur Internet (j'espère que ce sera lisible à l'écranen zoomant un peu) :

- Courrier des Balkans 9 décembre 2004 (également sur http://fr.search.yahoo.com/search?p=colera+diaspora&fr=yfp-t-501&ei=UTF-8&meta=vc%3D)

- Hommes et migrations n°1253 janvier-février 2005 p. 145

- Anthropologie et société vol 30 n°1  2006 p. 251-252

- Le Monde Diplomatique mai 2004 p. 31 (également sur http://www.monde-diplomatique.fr/2004/05/DERENS/11182)

- Revue d'études comparatives Est-Ouest vol 35 n°1-2 mars juin 2004 p. 386-389

- Südosteuropa n° 53 1/2005 p. 147-148 (voir aussi www.suedost-institut.de/Jg_2005_Inhalt2.doc)

- Medunarodna politika br.1113 janvier-mars 2004 p. 56-57

  - Ekonomist magazine décembre 2004 (voir aussi http://www.ekonomist.co.yu/magazin/em234/lib/lib1.htm)

- B.I. n°84, janvier 2004 p. 26


 

 

 




 




 

 

 

 

 

 


 

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