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"Les Géants et le mystère des origines" de Louis Charpentier

23 Février 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume, #Histoire secrète

Ceux qui ont lu mon livre "Les Médiums" savent que j'ai une dette personnelle à l'égard du sanctuaire de la Sainte-Baume en Provence. En 2014, j'ai même pu participer à un pèlerinage des Compagnons du Devoir sur le flanc de sa colline (et il se trouve d'ailleurs que j'ai été conduit à travailler récemment à nouveau sur ce sanctuaire dans le cadre de la préparation d'un nouveau livre qui paraîtra prochainement).

A propos des Compagnons du Devoir, et des grands bâtisseurs, je voudrais mentionner ici le livre pitoresque de Louis Charpentier, "Les Géants et le mystère des origines" paru aux éditions Robert Laffont en 1969 (ouvrage qu'Amazon m'a livré chargé d'odeurs d'huiles essentielles dont comme nous dit Doreen Virtue il faut se méfier). Comme beaucoup de livres de cette époque sur l'histoire secrète (on peut penser par exemple aux travaux de Gérard de Sède sur les Goths), ce genre de texte est rempli d'affirmations gratuites, reposant notamment sur des toponymies controversées. Mais dès que l'on essaie d'aller un peu au-delà de l'historiographie académique pour comprendre certains phénomènes spirituels à l’œuvre dans l'évolution humaine, il peut être intéressant d'y jeter malgré tout un coup d'oeil, au cas où, sait-on jamais, quelque vérité se mêlerait aux erreurs.

Carpentier est spécialiste de l'architecture et de ses codes secrets qu'on a parfois évoqués sur ce blog et que lui-même a explorés autour du cas de la cathédrale de Chartres. Il fait partie de ces gens qui trouvent que cette cathédrale a des proportions semblables à la pyramide de Chéops en Egypte, et qu'elle comprend trois tables, rectangulaire, carrée et ronde, qui aurait servi aussi à la construction de temples égyptiens, et au temple indien de Konarka (il se prévaut d'un courrier que lui adressé l'indianiste suisse Alice Boner à ce sujet, mais aussi du béarnais Raoul Vergez sur le volet français).

Son intuition est que les constructeurs de mégalithes (qui auraient été éventuellement instruits par des extra-terrestres), ont été les détenteurs de savoirs secrets, qui se seraient ensuite diffusés en Europe et en Orient, et transmis par des confréries plus ou moins clandestines, des sortes de "maîtres Jacques" qui auraient effectué des tours du monde permanents comme les Compagnons du Devoir avec leur tour de France (ce qui rejoint un peu les théories actuelles sur les Bâtisseurs de l'Ancien monde). Ils ne seraient appelés Géants (par exemple dans toute la toponymie de Gargan) que par référence à leur supériorité spirituelle (un complément intéressant à mes considérations sur l'histoire des Géants dans mon livre Les Nephilim).

Cette hypothèse amène Louis Charpentier à reconstituer toute une chronologie historique secrète, en partie articulée à l'astrologie. Il y aurait eu selon lui 5 ères astrologiques avant la nôtre. Celle du lion (illustrée notamment par le sphinx) de 10 910 av JC à - 8 750, celle du cancer de - 8 750 à - 6 600 avec les scarabées égyptiens, celles du Gémeau de - 6 600 à - 4 600 (qui lui fait penser aux colonnes jumelles de Tyr), celle du taureau de - 4 600 à - 2 300 (le temps du Minotaure, d'Apis en Egypte, de Cualngé en Irlande, de Tarnos en Gaule), de - 2 300 à - 150 celle du bélier (le temps de la Toison d'Or et du dieu Amon cornu), enfin celle du poisson de - 150 à nos jours (le temps du christianisme).

Il exploite la légende d'Hercule/Héraklès, dans laquelle il veut voir la trace de guerres de civilisations. Elle commence avec la mort du lion de Némée (la fin de l'ère du lion) et cela se termine avec les constructions des deux colonnes jumelles (le début des Gémeaux), donc pour lui cela pourrait correspondre à l'ère du cancer (l'époque du mésolithique)... Les armées hérakléennes dont on peu suivre la progression à travers la toponymie (Port Hercule à Monaco, Heraklea Caccabaria/Cavalaire-sur-Mer) auraient traversé à pied sec le détroit de Gibraltar non encore creusé pour combattre les peuples atlantes à Tanger où se trouve le tombeau d'Antée leur roi, fils de Poseidon (le royaume de la mer, Hercule,  lui est fils de Zeus, le royaume de la terre, le troisième fils de Cronos étant Caron, dans les enfers). Hercule vola les boeufs roux du géant Geryon, puis les pommes initiatiques (elles permettaient d'ouvrir l'Olympe) des Hespérides. Pour Charpentier ,il s'agirait là de peuples de géants dans un sens métaphorique, c'est-à-dire de maîtres bâtisseurs versés dans les sciences ésotériques.

Charpentier prête les mêmes qualités aux Ligures que combattit aussi Héraklès. En s'appuyant sur Camille Jullian, il veut trouver des traces de leur dieu Lug dans toutes sortes de villes de Londres à Louviers, Lyon, Lion-en Beauce, Lusignan, Loches, et veut aussi identifier sa parèdre Lugine à Mélusine. Mauléon, Luchon, tout vient de Lug et même Lourdes, qui, à travers la racine basque "ur" (eau) pourrait vouloir dire "eaux de Lug", un moyen bien commode d'attribuer ses miracles à la racine ligure... Lug eut pour symbole le corbeau, mais aussi l'oie (comme la patte d'oie de ce peuple de constructeurs qu'étaient les cagots parias dans les Pyrénées). Or les villes qui évoque Lug forment une spirale à travers la France, comme le jeu de l'oie, nous explique l'auteur... Et des restes du génie des premier bâtisseurs se trouveraient dans la configuration astrologique de Stonehenge et dans les artefacts de Glozel. Tout cela dessine une géographie sacrée de lieux à vibration tellurique particulière où l'on aurait planté de la vigne ou dansé des danses rituelles pour se remplir d' "énergies subtiles" dont les sabbats de sorcières auraient gardé le souvenir (je crois que l'apologie des sorciers qui marque toujours ce genre de spéculation montre assez leur parti pris idéologique anti-chrétien).

Je vous passe les développements sur les menhirs...

L'Orient et l'Occident auraient donc été instruits par ces grands bâtisseurs, mais finalement ceux d'Orient auraient progressé plus vite que ceux de l'Ouest, et auraient dû leur apporter des savoirs complémentaires (avec le cas des Phéniciens et de maître Hiram). Même la légende de la venue de Ste Marie Madeleine et sa famille en Provence, à l'arrière-plan du sanctuaire des Compagnons du Devoir à Ste Baume serait une allégorie de ce mouvement (p. 194).

Rien dans toutes ces considérations ne paraît bien sérieux, mais l'ouvrage trouve sa place dans les nombreuses rêveries autour de l'architecture secrète qui ont enfanté celles qui passionnent certains geeks sur Internet aujourd'hui...

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Pourquoi j'ai jeté ma collection de "Smash Hits"

15 Février 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Les tubes des années 1980

Pendant deux ans entre mars 1986 et août 1988, j'ai acheté la revue britannique bimensuelle Smash Hits qui faisait autorité en matière de pop music. Et je l'ai conservée dans mes archives comme un souvenir de jeunesse pendant plus de trente ans, mais là j'ai décidé de jeter tous les exemplaires. 

Pourquoi ? D'un point de vue superficiel on pouvait trouver cette revue bien amusante et inoffensive, mais c'est du point de vue spirituel qu'il faut tout observer, et, de ce point de vue là, c'était une publication toxique. Vous savez que la manipulation des esprits passe par la répétition : on enferme les âmes dans des réseaux d'images et de références dont elles ne peuvent sortir, ce que les Anglo-saxons appellent le "Mind control". Hé bien c'est ce que faisaient les diverses livraisons de Smash Hits avec leurs références croisées qui faisaient système entre elles et qui, sous couvert de légèreté, injectaient un venin bien spécifique.

Pour en faire la démonstration j'ai décidé, avant de tout jeter, d'analyser les pages de trois numéros : ceux du 2 au 15 juillet 1986, puis 16 au 29 juillet et 20 juillet au 12 août de la même année, je montrerai comment cela vous submergeait par vagues, un peu comme les tubes qui arrivaient à la radio, et les clips au classement du Top50 à la TV, sans donner aux jeunes lecteurs  les clés pour comprendre de quoi au juste on les abreuvait.

Commençons par le numéro du  2 au 15 juillet avec en "une" le groupe UB40. Je feuillette. Haut de page, Andy Taylor, chanteur de Duran Duran, posé en fausse idole. La revue invite les jeunes à s'interroger sur son changement de look, parce qu'il est devenu plus sauvage "wild". Duran Duran est un groupe qui n'a jamais voulu de bien aux ados. Le titre "Union of the snakes" associé à un clip très suggestif est marqué au coin de l'occultisme à chaque scène.

On continue un peu plus loin avec une page sur le retour de Madonna avec son album "True blue". Là encore, pas de risque qu'on vous parle d'occultisme. Pourtant juste avant la sortie de  cet album, en 1985, Madonna, chantre de la libération sexuelle des filles, qui aimait s'afficher en style "punk" façon prostituée chargé de crucifix ("parce qu'il y a un homme nu dessus") avait clairement annoncé la couleur en arborant, au début du clip "Into the Groove", la pyramide Illuminati, et la référence à leur création en 1776 sur son blouson, avec un beau clin d'oeil façon oeil d'Horus. Notez aussi les trois pentagrammes rouges juste en  dessous : le cerveau n'analyse pas, mais l'oeil enregistre.

Plus occultiste encore la publicité pour le dernier single des UB40 Sing our own song, où la pochette du disque met en valeur l'oeil omnivoyant (l'oeil gauche qui pleure sur fond de ciel qui brise la symétrie du visage), on a aussi une spirale trois pyramides et un signe ésotérique de feu, sur fond d'incitation à la revanche post-coloniale et ç la sécession (la chanson parle de créer "notre propre société"), qui sera un des thèmes favoris de George Soros et de tous les affiliés des sociétés secrètes vingt ans plus tard - "ordo ab chaos".

Tournons encore les pages. Un article sur une opération de relations publiques lancée par une série d'adeptes de l'oeil omnivoyant (Bono de U2, Sting, Peter Gabriel, Madonna) en faveur d'Amnesty International. Cela s'appelait "Conspiracy Of Hope tour". C'est dans la même veine que "USA for Africa", l'opération humanitaire inscrite sous le label de la chanson "We are the world" dans laquelle les auteurs ont glissé que celui qui notre seigneur nous demandé de changer les pierres en pain (normal : dans la Bible c'est Satan qui demande cela à Jésus).

Ce genre de happening humanitaire est depuis 30 ans un ciment puissant du luciférisme, quitte à ce qu'ensuite cela serve surtout à vous enfermer chez vous dans le célèbre show Together at Home. En tout cas cela vous enferme dans le rejet de Dieu, en ce sens c'est bien une conspiration, mais une conspiration de la désespérance et non ne l'espoir.

Pour que personne n'ait de doute sur le contenu occultiste des messages (mais bien sûr sans vous l'expliquer), Smash Hits vous présente ensuite le couple adepte de l'ésotérisme les Eurythmics, habillés de noir et de blanc (symboles de la dualité). La photo symbolise le fait que le monde visible doit refléter le monde invisible et le bas être à l'image du haut, vieux principe holistique magique de Paracelse, en anglais ça se dit "As above so below", les occultistes essaient toujours de vous enfermer là dedans, et Smash Hits aussi, mais bien sûr sans rien vous dire, en faisant passer tout cela pour une blague "ha ha, les Eurythmics sont des gens bizarres"... des gens bizarres eux aussi adeptes de l'oeil d'Horus qui vous avaient annoncé le Nouvel ordre mondial dans le clip "Sweet dreams"

 Page suivante une petite pub pour l'album des Bananarama "True Confession" qui inclut le "hit" Venus. J'ai déjà expliqué ici comment ce titre remonte en fait au Beatles, groupe très investi dans l'occultisme satanique (avec leur investissement spirituel hindou, leur album qui montre des enfants coupés en morceaux, celui qui rend hommage à Aleister Crowley, le mage "le plus pervers du XXe siècle") et qui a été lancé avec succès pour la première fois par le groupe Shocking Blue dont une des chansons évoque un pacte avec le diable.

La chanson phare de l'album ne parle que de tortures et d'obsessions, c'est ce qu'il fallait à la jeunesse de cette époque là (nous) selon les Bananarama et Smash Hits. Il fallait lui parler de ça plutôt que du salut de l'âme. Un peu plus loin, un article sur le groupe qui a cumulé les succès depuis quelques années Buck Fizz, qui présente à l'Eurovision une chanson très "nouvel ordre mondial au service de l'amour et de l'unité, one one one" "New beginning", dont les paroles reprendront les slogans archi-connus de Bono, Freddy Mercury etc "build a new world where the code world is love, in this new world all the children are ONE". Love Love love, one one one. Comme les Eurythmics les 4 membres sont en noir et blanc symbole de dualité. Le titre de l'article est digne du "Venus" des Bananarama : "To hell and back" parce qu'ils auraient survécu à un accident d'autocar.

Smash Hits enchaîne avec un reportage sur un festival comme il y a en a tant depuis Woodstock. Cette fois c'est le Glastonbury pop festival. Côté conditionnement spirituel, qui s'étonnera que les premières photos présentées mettent en valeur une tarologue diseuse de bonne aventure ?

Ensuite une petite interview de star. Exercice favori de Smash Hits qui, en général au milieu de considérations culinaires insignifiantes ou de jugements de valeur sur des chanteurs amis et concurrents n'hésite pas à faire parler les artistes de leurs expériences paranormales (voir avec Belinda Carlisle, ou Carol Decker).

Dans ce numéro il s'agit de Owen Paul (Owen McGee) qui venait de reprendre un vieux tube, "My favorite waste of time". Un détail intrigant (le genre de détail qui pourrait justifier que je garde les Smash Hits pour des études plus approfondies, mais le jeu n'en vaut pas la chandelle), il avoue tout de suite que son fils Brian qui a été batteur des Simple Minds est maintenant dans le groupe Propaganda.  Brian McGee a commencé dans le punk, qui est un style musical lancé par le disciple du sataniste Aleister Crowley (il possédait sa bague) Malcom McLaren. Propaganda est un groupe clairement occultiste de type Illuminati. Leur premier single "duel" est un jeu de mot sur "dual" la dualité, et une bonne partie du clip est tournée sur un damier maçonnique, dont la symbolique est liée à cette dualité. Leur second succès "P. Machinary" annonce (au sens de la programmation prédictive), comme "Sweet dreams" des Eurythmics la réduction de l'humanité au stade de marionnettes d'une vérité imposée par la machine (une anticipation du règne de l'intelligence artificielle). Le groupe a pu faire croire qu'il dénonçait ce risque, mais la présence des papillons (référence au programme Monarque du  MK Ultra), comme leurs jeux de signes dans Duel révèle clairement leur haut niveau d'initiation dans les sociétés secrètes qui veulent imposer au monde cet agenda. Le groupe est tellement initié dans l'ésotérisme que, non seulement sur scène leur code couleur est strictement le noir et le blanc (voir ici - 6e minute - , ici, , bien sûr avec encore le damier, réhaussé par le violet-mauve  couleur du nouvel ordre mondial comme dans Purple-rain/purple-reign))mais en plus, quand ils dérogent, ils utilisent le vert et le noir, couleurs d'Harpocrate dans les mystères égyptiens (voyez ici et ici ou ), bref, c'est du très lourd dans la magie qu'on vous balance sous couvert de divertissement. L'aspect étonnant est que Brian McGee est écossais, et Propaganda est un groupe allemand. Qui a servi d'intermédiaire pour rapprocher les savoir-faire musicaux de ces deux pays pour produire des morceaux de musique si peu favorables à l'émancipation humaine ? Smash Hits ne vous le dira pas.

Ensuite le même numéro nous présente les deux membres du groupe Wham faisant un drôle de signe ésotérique avec deux doigts. George Michael est à l'époque un sex symbol qui n'a pas le droit de révéler son homosexualité, tout comme Samantha Fox.

Enfin Smash Hits balance parmi les paroles de tubes du moment celles de Papa don't preach de Madonna, chanson anti-avortement dans le clip de laquelle Madonna pose en marinière noire et blanche (symbole de dualité) et dont la face B porte le titre "menteur" un procédé classique qu'allait reproduire une DJ illuminati ghanéeenne plus de trente ans plus tard avec une chanson pour les chrétiens leur recommandant de lire la Bible, mais truffée de pyramides, avec pour titre "deceiver" (trompeur).

 

Voilà donc pour le premier numéro de la série de trois. Présenter le second, celui du 16 au 29 juillet, va nous permettre de comprendre l'effet d'accumulation dans le conditionnement de l'esprit des jeunes lecteurs.

Ce numéro dès sa page 1 annonce des posters de Queen. Freddie Mercury chanteur de Queen (dont à l'époque Smash Hits cache un peu l'homosexualité, comme pour George Michael, puisqu'ils iront même demander à la chanteuse phare de Bangles si elle accepterait de l'épouser). Queen est profondément immergé dans l'occultisme, comme le révèle le nom de scène de son leader, lequel a plus d'une fois admis sur scène avoir passé un pacte avec le diable, et avoir "canalisé" en très peu de temps Bohemian Rhapsody qui a été enregistré sur le piano de Paul Mc Cartney chanteur des Beatles (dont on a explicité les inspirations spirituelles ci-dessus).

Dans ses premières pages, ce nouveau numéro de Smash Hits va ouvertement se payer la tête de ses lecteurs sous le titre "20th century fox Ha ha) en leur montrant tous les artistes qui portent le nom de "fox" le renard, de Samantha Fox à Sly Fox en passant par Fox the Fox, en oubliant juste un détail... C'est que Fox en gematria signifie 666, le chiffre de l'Antéchrist.

Le groupe Sly Fox avec son tube "Let's go all the way" dont la couverture joue sur l'opposition noir blanc (comme l'avait fait Paul Mc Cartney avec Stevie Wonder en 1982 avec Ebony and Ivory) entre deux demi-visages (référence classique à la maçonnerie, mais aussi à un procédé de composition d'un seul portrait avec deux visages qui va de la Sapho de Pompéi à la Joconde de Léonard de Vinci), et proclame "We need heaven on earth today" (le règne de l'Antéchrist), ne peuvent pas l'ignorer...

En page suivante un petit clin d'oeil à Elvis Presley adepte de la théosophie de Mme Blavatsky. Comme avec les Beatles, il faut toujours "capter" l'énergie des idoles de la génération antérieure, histoire de maintenir la continuité des malédictions. On est en outre à un moment où il y a encore du rockabilly au sommet des charts européens. Puis Smash Hits lance un petit jeu autour du dernier single "A kind of magic" de Queen, single très axé occultisme (avec la référence à la magie bien sûr mais aussi la répétition invocatoire de "one one" "One dream, one soul, One prize, one goal. One golden glance , One shaft of light". 

Outre l'occultisme, la revue se réfère souvent aux spiritualités asiatiques qui sont au fondement de la pop music depuis les Beatles et dont beaucoup d'artistes sont adeptes. Dans ce numéro le prétexte en sera une interview de Sid Haywoode qui vient de voir entrer dans les charts son succès "Roses" (les roses aussi ont une connotation occultiste, c'est une référence à la rose-croix) : on nous dit qu'elle récite des mantras bouddhistes et boit beaucoup de champagne.

Le christianisme bien sûr est absent des pages de Smash Hits sauf lorsqu'il s'agit de s'en moquer comme avec les Jesus and Mary Chain, qualifiés de "Nouveaux Sex Pistols" en forme d'hommage au style punk dont on a vu plus haut qu'il est, comme les Beatles, dans l'héritage d'Aleister Crowley (remarquez l'oeil droit caché).

Au passage on nous balance les paroles du dernier tube d'Arcadia, "The Flame"... Arcadia est un groupe issu de Duran Duran (ce qui explique que dans le précédent numéro Smash Hits se soit penché sur le changement de look de leur chanteur Andy Taylor). Leur nom est une référence au tableau classique de l'occultisme "Et in Arcadia Ego" comme le dit Wikipedia, mais ce que Wikipedia vous cachera c'est que l'Arcadie est le pays du dieu Pan idole des hippies depuis les années 1960 (et du groupe Led Zeppelin, dirigé par Jimmy Page, disciple d'Aleister Crowley - cf Stairway to Heaven sur Pan le joueur de flûte) et accessoirement représentation de Satan. Arcadia a commencé sa carrière par une chanson sur les roses, comme Haywoode. Le morceau "The Flames", les flammes,  figure sur un album où l'on trouve aussi l'arcane des roses ("Rose Arcana"), Garde moi dans les Ténèbres (Keep me in the Dark) et le Diable (El Diablo). Tout un programme pour les jeunes auditeurs...

Comme le conditionnement ne marche qu'avec la répétition, il faut bien bombarder le troupeau. Et donc Smash Hits revient sur Queen et ses hauts faits, en nous glissant au passage une photo d'un membre du groupe avec un pantalon maçonnique en damier, histoire d'habituer l'oeil.

Et puis, comme le mind control fonctionne sur des chassés croisés, pour bien consolider les mailles du filet, on vous ressert Samantha Fox "666" en vous expliquant que le musicien du groupe Motörhead Lemmy Killmister a des clichés d'elle dans sa chambre (avec une bonne façon de croiser l'imaginaire "skull and bones" avec l'obsession sexuelle).

Evidemment Smash Hits ne peut pas manquer de contribuer au culte morbide de l'esclave du MK Ultra James Dean à qui Hollywood a accordé deux Oscars posthumes (et que divers artistes de Madonna à Off citaient dans leurs chansons).

La page d'interview est consacrée à Susanna Hoffs la chanteuse des Bangles pour qui l'occultiste Prince a composé "Manic Monday".  On lui fait parler du sens de l'humour de Prince, et de la rupture entre les deux leaders du groupe Wham. Parce qu'il faut toujours revenir à cette funeste racine, Susanna Hoffs ne peut pas manquer de dire que ça ne la choque pas autant que lorsque les Beatles se sont séparés (en 69... Susanne Hoffs n'avait pourtant que 10 ans...). C'est dans cet interview que la revue demandera à la chanteuse si elle épouserait Freddie Mercury malgré sa moustache (peut-être simplement pour renforcer la trame des références croisées après le name dropping sur Prince et les Beatles).

La page suivante montre comment la revue continue à tisser les mailles du filet avec des références multiples à des adeptes de la religion de l'oeil d'Horus (David Bowie, Phil Collins, le groupe Police), il faut que ces noms ne quittent jamais le paysage mental des ados.

Puis on en vient au troisième numéro, celui du 30 juillet au 12 août.

 

Même procédé que dans le précédent numéro pour faire passer de l'occultisme sous couvert d'humour. Là on passe en revue les couvre-chefs ridicules, ce qui permet en fait de montrer sans dire des accoutrement qui relèvent en réalité de l'occultisme, un peu comme avec la célèbre soirée costumée des Rothschild en présence de Salvador Dali.

Cela commence par Boy George, totem adrogyne (on sait que l'androgynie est une composante de la sorcellerie). On rit de son accoutrement sans souligner qu'il met en évidence l'oeil d'Horus (l'oeil gauche).  

On continue avec Peter Gabriel de Genesis dont on nous dit qu'il a un chapeau de "ptérodactyle" sur la tête (sic), histoire de ne pas souligner la référence vampirique aux chauves-souris : déformer ce qui se donne vraiment à voir est une spécialité de la revue.

Ensuite vient un petit article sur la star du moment Chris de Burgh, qui chante une petite ballade sur la Dame en rouge (The Lady in Red) référence à la prostituée de Babylone dans l'Apocalypse que certains occultistes mettent en scène dans des sacrifices rituels comme le Babalon work.

Evidemment Chris de Burgh ne peut pas éviter l'hommage rituel aux Beatles, même si cela peut sembler tomber comme un cheveu sur la soupe, quand il raconte qu'il chantait leurs chansons dans sa jeunesse.

D'ailleurs tant qu'à parler pour la millième fois des Beatles, Smash Hits fait un peu de publicité dans ce numéro à Paul McCartney (qui vient de sortir le single "Press"), qui nous ressert un peu d'imagerie "black and white" (Michael Jackson qui a rendu hommage à l'album des Beatles Sergent Pepper -celui qui met en scène Aleister Crowley - au Music Awards de 1984 sortira bientôt le single "black and white"... toujours la répétition ad nauseam autour de la dualité, la magie fonctionne comme ça). Que signifie le geste en direction du public ? Est-ce une façon de solliciter sa participation dans le sortilège qu'on lui jette ?

Dans la série "références croisées" autour de mage Aleister Crowley, le groupe It Bites, lui, préfère se référer à Led Zeppelin.

Tandis que le groupe Spandau Ballet renvoie à Duran Duran.

 Comment Smash Hits arrive a placer ce groupe dont le tube "True" avait des connotations très romantiques à la limite de l'imaginaire porno est un mystère, mais il y parvient avec la photo ci-dessous. en expliquant au lecteur qu'il s'agit d'une position "un peu spéciale" avec sa coach de yoga (ce qui au passage permet aussi à la revue de remplir son quota de référence aux spiritualités asiatiques que les lecteurs sont fortement incités à adopter, avec ou sans champagne).

Et puis, comme si ça ne suffisait pas. Les jeunes lecteurs ont droit à un poster des Beatles qu'ils pourront offrir à leurs parents.

Il manquait bien encore un occultiste adepte de l'oeil d'Horus et des cornuto. Ce sera Ozzy Ozbourne. A compléter par une petite publicité pour le dernier single de Samantha 666 Fox (parce qu'il faut bien que toutes les boucles soient bien bouclées). 

Pour tout ceux qui n'auront pas compris qu'il s'agit à travers la musique d'imposer la religion de l'oeil d'Horus, Smash Hits ne le précisera pas, mais balancera quand même une photo de Stan Ridgway qui pose bien en évidence la loupe sur son œil gauche. Il faut toujours tromper, montrer sans dire. Sa chanson Camouflage ne dit-elle pas que "les choses ne sont pas vraiment ce qu'il y paraît" (Things are never quite the way they seem)

Pour finir la revue offre en dernière page une photo du chanteur d'InXs, qui lui aussi chargea ses collections de photos de références à l'oeil d'Horus, et ses chanson de référence au démon (Devil inside). Le lecteur nous croira-t-il quand on lui dira que la X est une référence à l'Antéchrist, comme le 666 - voyez le show de Madonna "Madame X". 

Quand on a compris cette trame, on n'a plus très envie d'y participer. On préfère laisser tout ce petit monde qui, dans les années 1980 la cultivait et à continué à l'imposer avec de nouveaux artistes ou en ne cessant de recycler les anciens sur les scènes de spectacles et les plateaux TV continuer de ressasser en boucle leurs obsessions, leurs malédictions, et tourner en rond dans leurs cercles infernaux.

Voilà pourquoi j'ai préféré jeter ces revues.

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L'hommage de Théodore de Banville à Pierre Leroux (1871)

5 Février 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Philosophie

Ils ne furent pas nombreux ceux qui, à l'heure du décès du socialiste Pierre Leroux, surent lui rendre l'hommage qu'il méritait. C'est que la gauche française en ce temps-là voulut le charger des péchés de l'échec de 1848, et, dans sa frange la plus révolutionnaire, souhaitait déchristianiser le socialisme, quitte à le passer au feu de la fausse scientificité marxiste allemande. Le poète Théodore de Banville (1823-1891) osa faire exception dans Le National, du 17 avril 1871 avec cet article :

"Pierre Leroux vient de mourir : c'était un juste. Nul plus que lui ne fut préoccupé des besoins, des souffrances, des déceptions que subit le peuple et des maux sans nombre qui accablent cet éternel martyr. Et non seulement il fut l'ami du peuple, mais il fut le peuple lui-même par le constant effort, par le travail, par la misère, qui le prit au berceau et qui ne l'a pas quitté jusqu'à sa mort.

Le front haut, les arcades sourcilières fermes et hardies, le regard puissant, le nez régulier, les lèvres charnues, le menton énergique et indiquant une invincible volonté, cette énorme chevelure crépue, frisée, farouche, indomptée, superbe, et ces robustes épaules de portefaix et de héros, tout en lui indiquait le créateur fait pour inventer et porter un monde. En effet, il a créé et porté laborieusement tout un monde de pensées, au milieu de gens qui souvent riaient de lui, comme on rit presque toujours des hommes qui ont en eux quelque chose de la flamme divine. Prométhée, aujourd'hui, sentirait son foie dévoré non par le vautour, mais par le ridicule, et se verrait cloué, non sur un rocher battu par des flots, mais dans cette mansarde froide et mal close que Balzac a tant de fois et si bien décrite.

Chez nous les réputations ne se font que par la bourgeoisie : aussi l'heureuse et facile célébrité appartient-elle de droit à la médiocrité frivole et aux œuvres dans lesquelles l'idée est servie à doses homéopathiques ! Pierre Leroux, disais-je, fut peuple ; il le fut, non seulement dans le sens propre et exact du mot, mais aussi dans le sens figuré et symbolique ; car il représente le peuple de l'avenir, instruit par son propre effort, ayant par un miracle de volonté déchiré tous les voiles, et travaillant lui-même à son affranchissement. Erudit comme Rabelais, sachant à fond le grec, l'hébreu, les langues vivantes, ayant fait le tour de toutes les théologies et de toutes les philosophies, que lui manqua-t-il donc pour arriver au succès ?

Ce ne fut pas le style assurément ; car il était passé maître en l'art d'écrire. Ni l'esprit non plus, car il avait à lui seul beaucoup plus que tous les amuseurs qui font profession d'en montrer. Mais précisément, sa science universelle était faite pour inspirer une légitime terreur aux savants de profession qui ne savent rien, et aux coryphées des académies, que de tels voyants embarrassent. De plus, on pardonne à un homme d'avoir quelques idées, mais non d'être, comme celui-là, une source féconde, intarissable d'idées. Autre crime : en écrivant sa Réfutation de l'Eclectisme contre Victor Cousin, Pierre Leroux avait eu le tort de s'attaquer à un de ces triomphateurs souriants qui ont dompté et enchaîné à leur service le bonheur et la fortune. Le Succès n'aime pas qu'on se refuse à adorer ses idoles, et il ne manque pas de punir, en s'enfuyant loin d'eux, ceux qui insultent ainsi sa puissance. On voit que l'auteur du livre De l'Humanité avait vingt bonnes raisons pour être et rester pauvre. C'est ce que le grand poète Henri Heine expliquait déjà dans ses lettres parisiennes de1843, avec son implacable ironie qui n'excluait ni l'admiration ni la tendresse.

"Je viens, dit-il, de commettre une indiscrétion en mentionnant la pauvreté de Pierre Leroux. Mais il m'était impossible d'éviter une semblable indication ; cette pauvreté est caractéristique, et elle montre que l'excellent homme n'a pas seulement compris par la raison la misère du peuple, mais qu'il y a pris part en personne, et que ses pensées reposent dans la plus terrible réalité. C'est ce qui donne à ses paroles une vie palpitante et un charme bien plus grand que la puissance du talent. - Oui, Pierre Leroux est pauvre, comme l'ont été Saint-Simon et Fourier, et la pauvreté providentielle de ces grands socialistes a enrichi le monde, enrichi d'un trésor de pensées qui nous ouvrent un nouveau monde de puissance et de bonheur. Dans quel affreux dénûment Saint-Simon a passé ses dernières années, personne ne l'ignore ; tandis qu'il s'occupait de l'humanité souffrante, de ce grand patient, et qu'il imaginait des remèdes contre son infirmité de dix-huit siècles, il tombait parfois lui-même malade de misère ; il ne prolongea sa pénible existence qu'en tendant la main. Fourier aussi était forcé de recourir à la charité de ses amis, et que de fois je l'ai vu, dans sa redingote grise et râpée, marcher rapidement le long des piliers du Palais-Royal, les deux poches de son habit pesamment chargées de façon que de l'une s'avançait le goulot d'une bouteille et de l'autre un long pain. Un de mes amis qui me le montra la première fois, me fit remarquer l'indigence de cet homme, réduit à chercher lui-même sa boisson chez le marchand de vin et son pain chez le boulanger. - Comment se fait-il, demandai-je, que de tels hommes, de tels bienfaiteurs de l'humanité, sont ici en France en proie à la misère ? - Il est vrai, répondit mon ami avec un sourire sarcastique, que cela ne fait pas grand honneur au pays tant vanté de l'intelligence ; il est vrai aussi, ajouta-t-il, que de pareilles choses n'arriveraient certainement pas en Allemagne : chez nous, le gouvernement prendrait tout de suite sous sa protection des gens de semblables principes, et leur accorderait gratis pour toute la vie la nourriture et le logement dans la forteresse de Spandaw ou dans celle du Spielberg."

Ce dernier trait est délicieux, mais il montre avec quel optimisme nous jugea toujours Henri Heine, car en réalité les penseurs chez nous ne sont pas plus garantis des forteresses que de la misère, quoique cette dernière prison soit encore celle qui les réclame le plus impérieusement. Les ouvrages de Pierre Leroux, tous d'une si haute inspiration et d'une si grande portée, sont innombrables ; mais que peut un auteur qu'on ne lit pas, quand même ses arguments seraient encore meilleurs qu'ils ne le sont et quand même son style redoublerait de force et d'habileté ?

Les articles de la Revue Encyclopédique, de l'Encyclopédie nouvelle, et de la Revue des Deux-Mondes, et surtout les livres intitulés Réfutation de l'éclectisme, où se trouve exposée la vraie définition de la philosophie - De la mutilation d'un écrit posthume de Théodore Jouffroy ; - De l'Humanité, de son principe et de son avenir ; - Sept discours sur la situation actuelle de la société et de l'esprit humain ;  - D'une religion nationale, ou du culte ; - Discours sur la situation actuelle de la  société  - De l'Humanité, solution pacifique du problème du prolétariat ; - Projet d'une constitution démocratique et sociale ; - Le carrosse de M. Aguado ou Si ce sont les riches qui payent les pauvres ; - De la Ploutocratie, ou du gouvernement des riches ; - Du christianisme et de ses origines démocratiques ; - De l'Egalité ; - Malthus et les économistes ou Y aura-t-il toujours des pauvres, et enfin les premières livraisons du poème philosophique La Grève de Samarez et la traduction du Livre de Job présenté sous la forme dramatique ; tous ces écrits, dis-je, ces travaux surhumains, ces ouvrages si divers et tendant tous au même but, auraient suffi sans doute à populariser dix écrivains, et je le répète, il ne leur a manqué véritablement qu'un seul mérite : celui de trouver des lecteurs. Quand on daigna lire Pierre Leroux, ce fut dans les livres où George Sand, aussi habile vulgarisateur que grand poète, s'était nourri de son esprit et inspiré de sa pensée ; dans Consuelo, dont on dit qu'il suggéra le plan à l'illustre écrivain, dans Spiridion, dans Le Péché de M. Antoine et dans Le Compagnon du tour de France. Mais ceci se passait à l'époque où l'on aimait encore les beaux romains composés et écrits comme des poèmes. Aux derniers jours de l'empire, quand la littérature de Clodoche et de la Comète eut décidément triomphé, le philosophe humanitaire n'eût pas eu beaucoup plus de chance d'être écouté sous la forme du roman que sous celle du discours, et s'il avait tenu absolument à faire exposer ses doctrines, il eût dû s'adresser pour cela aux auteurs de L'Oeil Crevé et du Petit Faust, c'est-à-dire aux seules gens qui avaient encore le privilège d'être écoutées, à un moment où il était de bon goût de mépriser le Dante aussi bien que Shakespeare !

Pierre Leroux d'ailleurs, s'il s'acharnait à chercher un remède à nos ennuis dissolvants et aux peines qui nous déchirent, ne s'obstinait pas à forcer l'attention et l'admiration de ses contemporains. Avec Proudhon qui si souvent l'attaqua d'une verte façon et ne lui ménagea pas la férule, il avait cela de commun que, comme lui, il fit vingt métiers pour vivre et pour faire vivre les siens, au lieu de se draper dans son orgueil et de se poser en prophète méconnu. Il savait les chiffres, les sciences mécaniques, la typographie, l'agriculture et, en vérité, on se demande ce qui lui manqua, si ce n'est cette légère dose de bêtise et de niaiserie prosaïque, sans laquelle nul ne saurait ici bas exercer aucune profession, pas même celle de poète. Reçu d'abord à l'Ecole polytechnique, où il ne peut entrer parce qu'il lui faut soutenir immédiatement sa mère restée veuve avec quatre enfants , nous le voyons tour à tour commis d'agent de change, apprenti chez un entrepreneur de bâtiments, où il sert les maçons, puis typographe, formant à ce métier qu'il vient d'adopter ses frères Achille, Jules et Charles Leroux, et enfin prote chez Panckourcke.

En 1821, il épouse une ouvrière aussi pauvre que lui (de ce mariage devaient naître cinq enfants) et recommence à travailler, à lutter. Il invente le piano-type, machine destinée à faire mouvoir mécaniquement à l'aide d'un clavier des caractères typographiques, puis trouve un procédé expéditif pour fondre les caractères, procédé qu'il ne put venir à bout d'appliquer, malgré l'aide que lui prêta généreusement M. de Luynes, car on sait qu'il n'est pas d'invention, si pratique et si simple qu'on puisse la supposer, qui ne commence par dévorer des fortunes !

C'est alors que M. Lachevardière, ami de Pierre Leroux, achète l'imprimerie Cellot, et fournit au philosophe des fonds qui lui  permettent de fonder le journal Le Globe, où ses collaborateurs Guizot, Villement, Remusat, Cousin, Léon de Malleville, Duvergier de Hauranne, Duchâtel n'eurent pas de peine à faire prédominer la politique courante sur la philosophie et à paralyser les efforts de celui qui les avait groupées autour de lui. Mais la vie littéraire avait commencé pour Pierre Leroux : son affiliation à la doctrine saint-simonienne qu'il abandonna par les plus honorables scrupules de la morale dès qu'il en connût les secrètes promesses, le Catéchisme écrit avec Jean Reynaud, ses travaux à la Revue des Deux mondes, à la Revue Encyclopédique, à la Revue Indépendante, les journaux L'Eclaireur et La Revue sociale, fondés et imprimés par lui à Boussac, où il avait réalisé parmi les ouvriers typographes les bienfaits pratiques de l'association, sont des choses connues de tous. On sait qu'en 1848 Pierre Leroux arriva à l'Assemblée, porté par cent dix mille votes, en même temps que Louis Bonaparte et Proudhon. S'il n'obtint aucun succès devant ses collègues, qu'il voulait naïvement occuper d'améliorer le sort des classes pauvres, ce n'est pas seulement parce qu'il s'abandonna à une telle illusion, qui montrait la pureté de son âme ; c'est surtout parce qu'habitué à parler le français des maîtres comme à l'écrire, il ignorait la lourde phraséologie parlementaire, et parce qu'il n'aurait pas su répéter toutes les cinq minutes : dans cette enceinte, en donnant à ces mots absurdes la longueur d'un vers hexamètre !

Jeté à Jersey par le coup d'Etat, chef alors d'une famille composée de trente-deux personnes, Pierre Leroux, après avoir inauguré des cours de phrénologie, dont le produit ne suffisait pas à nourrir son monde, put enfin grâce à une souscription faite par Jean Reynaud, se livrer à la saine, à la fortifiante agriculture, à laquelle il appliqua sa science profonde et son esprit d'innovation. Il a vécu dix années à Samarez, près Saint Hélier, et c'est là qu'il a découvert, qu'il a reconstruit le Livre de Job, montrant dans son admirable traduction qu'en ce merveilleux poème est écrite la passion de l'Humanité elle-même. Là éclate et se manifeste le grand poète ayant la claire, la fulgurante vision de l'avenir ; mais aussi quel miracle que ce commentaire dont il a accompagné le poème et dans lequel il traite Renan de Turc à More ! On y trouve la lucidité, la verve, l'érudition sûre d'elle-même, la raillerie élégante et fine de Paul-Louis Courrier. Ceux qui ignorent que Pierre Leroux, avec son éloquence enflammée et lyrique, posséda l'esprit le plus agile, le plus moderne, je dirais le plus parisien, si j'étais sûr d'être compris, peuvent savoir à quoi s'en tenir là-dessus en lisant ce pamphlet net et brillant comme une gerbe d'étincelles ! Et qu'il méditent aussi cette phrase, écrite par le philosophe, à propos du Livre de Job : Sans doute ce qu'il y a dans ce livre, ce qui n'est dans aucun autre au même degré, c'est que l'Art y est adéquat à la philosophie, ne formant ensemble qu'un tout aussi vivant que la vie même. Mais la lumière, une lumière que je ne puis m'empêcher d'appeler divine, ruissèle partout et de partout.

Pierre Leroux n'est plus ; son œuvre va apparaître ce qu'elle est, sous la main de la Mort, qui déchire tous les voiles !"

Du coup, je me suis un peu intéressé à Banville à ce qui a pu cimenter ses accointances pour l'inventeur du mot "socialiste". Ce n'est pas facile à trouver car Banville est un parnassien, le contraire d'un poète militant, et le contraire d'un chrétien ou au moins le type même d'un non-chrétien, alors que Leroux plaçait ses convictions christiques (hérétiques et sulfureuses sous l'influence de Fabre d'Olivet, mais hautement spirituelles) au cœur de son combat. J'ai soupçonné que, peut-être, il y avait une clé du côté de cette phrase : "il posséda l'esprit le plus agile, le plus moderne, je dirais le plus parisien, si j'étais sûr d'être compris". La complicité entre ces deux personnages (aujourd'hui inhumés dans le même cimetière, celui de Montparnasse) tiendrait au fait que les deux étaient fleurs du même humus, cette monstrueuse capitale dont Leroux a parlé avec éloquence. Pourtant Banville est né à Moulins, loin de Paris, mais comme fils de militaire il n'a pas de racine géographique familiale et l'on pressent que son vrai terreau fut la capitale où il fit ses études.

Jacques Bainville en 1912 le qualifie de "gamin de Paris, virtuose du burlesque et de la cocasserie en rimes"... Un gavroche des vers, en somme, comme Leroux l'aurait été de la théologie politique... Anatole France dans Le Temps du 15 mars 1891 vit dans Banville "un personnage de fantaisie, échappé d'une fête à Venise, au temps de Tiepolo". Bainville ajoute qu'il "aimait surtout les beaux costumes et plus encore les déguisements" et qu' "il a vu le monde comme un bal paré". C'est curieux car cet aspect de sa personnalité. Il aurait d'ailleurs eu du mal à admirer les tenues de Leroux dont la vieille redingote faisait jaser la presse bourgeoise en 1848-49.

J'avoue qu'aux remarques aigres de Bainville sur son presqu'homonyme, je préfère l'hommage d'Anatole France dans Le Temps qui rend justice à toute l'élégance de Banville, élégance qui, me semble-t-il, transparaît à merveille dans son éloge de Leroux. Théodore de Banville, l'homme au violon rouge, l'homme à la lyre, comme le roi David. Il est beau de recevoir un hommage mortuaire d'un tel homme.

Outre Paris, Banville et Leroux avaient en commun cette expression que je trouve encore sous la plume d'Anatole France : "Fait d'une ignorance absolue des lois universelles, son optimisme était inaltérable et parfait. Pas un moment le goût amer de la vie et de la mort ne monta aux lèvres de ce gentil assembleur de paroles". Certes chez Leroux le tragique ressortait davantage du fait de la vie terrible que lui et les siens menèrent. Mais il partageait avec Banville une douceur de tempérament exceptionnelle qui faisait sa grandeur.

Au delà de ces deux points communs, je peine malgré tout, en lisant et relisant la note nécrologique d'Anatole France, à comprendre la raison profonde qui a pu pousser Banville, un homme pour qui le Beau "était un voile ingénieux à jeter sur la réalité, une housse, une nappe brillante pour couvrir le lit et la table de Cybèle" pour "toujours nuer, nacrer, iriser l'univers et porter sur la nature un regard féérique qui l'inondait d'azur et de rose tendre"... à aller rejoindre avec des termes justes dans son noir exil de Samarez le vieux Leroux, et non seulement lui, mais aussi l'ombre de ses infortunés partisans : Thoré, Dussoubs, Faure, Bac, Pauline Roland etc.

Il faut peut-être simplement prendre acte du fait, sans chercher à comprendre, que parfois de telles convergences se produisent. Cela fait partie du mystère des êtres. La rose appelle l'obscurité. Parce que la rose n'est peut-être pas si rose, ou l'obscurité si obscure. Banville n'était peut-être pas tout entier, pas seulement, ce sectateur des "Vénus vénitiennes" purement décoratives qui "ne savent pas un mot de mythologie", que ses contemporains croyaient connaître.

En tout cas il ne le fut pas, quand il écrivit sur Leroux.

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César et Pompée adeptes du culte de Mithra ?

17 Janvier 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Histoire des idées

Un chercheur indépendant russe, Alexei Menyailov, attire mon attention par mail sur son article publié sur Academia.edu sur la fin de la République romaine. Sa thèse : le culte de Mithra était la religion secrète des pirates vaincus par Pompée, hommes de cœur (ou "bandits d'honneur" si l'on veut) "purifiés" par la prison. Pompée, après les avoir écrasés sur mandat du Sénat, les plaça à la tête de ses légions, ce qui prouverait qu'il a adopté leur religion. César, comme Pontifex maximus et ami de Pompée, aurait aussi adopté ce culte, seul capable de structurer l'élite morale de la romanité, et aurait manifesté cette affiliation en allant mourir au pied de la statue de son ancien gendre et rival, aux ides de mars 44 av. J.-C., dans la partie du théâtre réservée aux répétitions (ce qui marquerait une analogie avec les mystères cachés des cultes).

Echafauder des hypothèses sur les sociétés secrètes est très aléatoire (même si je m'y suis un peu essayé en 2014 à propos de Marseille et de Pythagore). Je me demande bien quels indices historiques peuvent faire penser que les pirates auraient adopté la religion de Mithra, ou même que Pompée les aurait nommés à la tête de ses légions. Quant au choix de César de mourir au théâtre de Pompée, on peut cultiver quelque doute sur ce point, vu qu'il n'avait, semble-t-il, jamais écouté les devins qui lui annonçaient son décès proche. Je pense que si César ou Pompée ou les deux avaient adhéré au mithraïsme, des amateurs de spiritualité comme Lucain ou Plutarque se seraient empressés de le faire savoir dans leurs écrits respectifs...

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Les charismes de la fin des temps

16 Janvier 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Spiritualités de l'amour

Les chrétiens savent qu'à la fin des temps des dons spéciaux seront donnés, notamment en matière de connaissance (voir par exemple Daniel 12:4). Les musulmans ont la même conviction.

Le cheikh Nurjan Mirahmadi, professeur à Vancouver (Canada) de spiritualité soufie musulmane, enseigne les sciences spirituelles de l'islam classique, y compris la méditation ( tafakkur ), les points d'énergie subtils ( lata'if ), la guérison islamique, les secrets des lettres et des chiffres ( ilm huroof ), la discipline de soi ( tarbiyya ) et le processus d'autoréalisation ( ma'arifat ). Dans cette conférence de juillet 2021, il évoque les dons de la fin des temps à partir de cette histoire d'un comme qu'il surnomme "Muhammad Argentini" :

"Il était en Argentine, raconte-t-il, et il s'intéressait au soufisme. C'était avant même de rencontrer les cheikhs, car ce sont des prédestinations anciennes. Vous voulez rencontrer le cheikh mais n'est pas vous qui voulez rencontrer le cheikh, c'est Allah (AJ) qui met cela dans votre cœur, d'ailler trouver votre cheikh. Donc c'est déjà préécrit, ce n'est pas votre intelligence ou mon intelligence que nous avons trouvé de cette façon, Allah (AJ) l'a écrit pour nous que, 'Vous seriez sur ce turuq (chemins spirituels),' et c'est pourquoi nous disons que c'est un grand ni'mat (grâce) et une grande bénédiction d'être sur ce turuq. Muhammad Argentini était en Argentine et il entrait dans son cœur d'adhérer à l'islam, et il allait partout en essayant de trouver, 'Où vais-je aller à l'islam et je sens que je veux être parmi les soufis.' Il n'y avait pas de soufis à cette époque et il allait dans différents endroits et il est allé dans un bureau politique d'un groupe du Moyen-Orient, nous en resterons là. Et je ne peux pas pas trop m'étendre là-dessus mais il est allé et ces gens étaient bizarres, ils agissaient très bizarrement, ils prétendaient être musulmans, ils avaient toutes sortes de pratiques étranges, une énergie bizarre. Jusqu'à une fois, il est entré dans une pièce avec deux individus et leur réalité spirituelle est ressortie et elle était démoniaque. A ce moment-là, il a senti leur énergie démoniaque l'attraper, elle allait lui faire du mal. Il a dit : 'A ce moment-là…' plus tard, parce qu'il est venu et a finalement trouvé un centre à Los Angeles – notre centre et il est venu et a raconte son histoire et nous l'avons emmené à Mawlana (Q) et il a décrit l'histoire et il a dit : « C'est vrai. À ce moment-là, dit-il, "je n'avais rencontré personne mais j'étais attaqué et dès que j'étais attaqué, j'ai pensé que ces gens allaient me faire beaucoup de mal". Il a ajouté : « Alors deux cheikhs sont apparus dans ma vision et j'ai vu les cheikhs dans les airs. Dès qu'ils sont apparus, je me suis mis à parler parfaitement l'arabe. Il n'avait pas de formation arabe, il essayait de se convertir à l'islam. " Dès qu'ils sont apparus, j'ai commencé à réciter dans un arabe parfait et comme je récitais, mon énergie a saisi les djins qui l'attaquaient, les a soulevés et les a étouffés, sans les mains, juste sa capacité en arabe qui récitait et commençait à étouffer ces djins rien que par son énergie spirituelle. Lors un des deux cheikhs a dit: "Tu n'as pas de permission, Muhammad les libère." Et il les a lâchés et il est sorti en courant. Il a dit : 'A partir de ce moment, ils ne sont plus apparus. Ils ne sont apparus qu'à cet instant et j'ai couru mais j'ai su à ce moment-là que c'était quelque chose dont Dieu voulait que je fasse l'expérience.' Et il a pris son chemin pour retrouver les cheikhs, il a fini par se retrouver à Los Angeles, il a fini dans notre centre à Los Angeles et il a commencé à nous raconter cette histoire. Et j'ai dit: "Wow deux Cheikhs. D'accord, laissez-moi vous montrer les photos de nos Cheikhs, ceux de notre confrérie. J'ai vu la photo, 'Ce sont les Cheikhs, ce sont les Cheikhs !' Et il était tellement excité, a raconté l'histoire à tout le monde, puis nous l'avons emmené au centre de méditation à Mawlana (Q) à San Francisco, il a décrit l'histoire à tout le monde là-bas et c'était donc l'histoire de cet événement. Ainsi, Allah (AJ) peut soutenir n'importe qui quand Allah (AJ) le veut. Alors, ça peut être extra-ordinaire ou ordinaire, et le plus courant est de le pratiquer. Mettez de la discipline mettre en pratique votre spiritualité, accomplir ces pratiques, de les faire de sorte que lorsqu'un jour de pluie arrive, vous soyez prêt, et Allah (AJ) actionne l'interrupteur pour vous transmettre son énergie.  Comment et de quelle manière les choses se produiront, vous ne pouvez l'imaginer. Nous avons dit que nous avons même eu des gens qui sont venus nous dire que la formation commençait. Alors, ils sont venus voir une de ces personnes et ils l'ont formé. Lorsque le cheikh a parlé des jours difficiles et de la nourriture, la personne avait une préoccupation particulière : "Comment vais-je avoir de la nourriture alors que les choses deviennent horribles." Puis dans un mélange de rêve et de visions ils ont eu des entités qui leur ont donné la réponse : "Ne t'inquiéte pas, du royaume des djinns (êtres invisibles), nous viendrons te montrer notre chemin." Ensuite, ils ont montré qu'ils prenaient un 'asaa (canne) qui n'avait pas d'embout à l'extrémité, ils ont dit: 'Tu plantes ce bâton dans le sol et tu commences à réciter ce que nous te disons de réciter et le lendemain matin, la nourriture dont tu auras besoin apparaîtra naturellement, tout ce qui vient d'Allah (AJ) (...) Nous raisonnons en termes de causes et d'effets mais dans les jours de la fin, il ne s'agira plus de causes et d'effets. Tout sera selon la volonté d'Allah. Ca ne sera plus tu fais ceci tu auras cela. Lorsque le Dajjal (l'Antéchrist) sera en mouvement, Allah  tournera le bouton et le royaume des cieux sera enclenché"

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Phrénologie et magnétisme au XIXe siècle

8 Janvier 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Histoire des idées

Une parascience célèbre dans les années 1830-1840 fut la phrénologie, étude des caractères humains à partir de la forme du crâne. Toute la mouvance républicaine et socialiste s'y intéressa. Pierre Leroux écrivit à son sujet, George Sand avait à Nohant un crâne avec lequel elle pratiquait (ce qui faisait fuir son jardinier rempli d'épouvante), et l'on a vu que le sulfureux Mapah, fils de modiste, avait aussi fait ses premières armes dans la phrénologie.

Le socialiste Théophile Thoré, critique d'art, ami de Leroux, allait aussi se distinguer dans ce domaine, ainsi que dans la magnétisme. Né en 1807, il avait été initié dans ses jeunes années (les années 1830) à cet "art" par l'anatomiste Pierre Marie Alexandre Dumoutier (1797-1871), disciple de Gall et de Spurzheim.

Les prouesses de Dumoutier en disent long sur le caractère "magique" de sa science. En 1832, le Bulletin Phrénologique, recopiant un article du National, raconte comment, commis par le doyen de la Faculté de médecine, sur une scène de crime au 81 rue de Vaugirard à Paris, Dumoutier, en présence du procureur du roi et des deux prévenus, erassemble les débris d'un squelette. Puis, les ayant examinés, ainsi que le crâne, il dit qu'il s'agit d'une femme."L'étal des sutures lui fit, penser, dit le journal, que cette femme devait être déjà avancée en âge. Il ajouta qu'il devait y avoir plusieurs années qu'elle était inhumée. On peut imaginer facilement l'intérêt que présentait cet examen à ceux qui étaient informés de ce qui le motivait. La physionomie des prévenus témoignait qu'ils n'y étaient pas indifférens, d'autant plus que les observations du savant anatomiste tendaient à confirmer une accablante identité. Mais leur surprise et celle des spectateurs fut au comble, quand M. Dumoutier, continuant ses remarques, commença à parler de là personne dont il tenait la tête, et assura qu'elle devait être avare, disposée aux emportemens, ajoutant d'autres détails, qui tousse trouvèrent parfaitement d'accord avec ce qu'on connaissait de l'humeur de la veuve Houet."  Le journal ajoute avec pertinence "Deux siècles plus tôt, ainsi que le fit observer M. le procureur du roi, que semblable divination eût conduit son auteur droit à un bûcher. Et cependant, M. Dumoutier n'est pas un magicien, mais tout simplement un élève distingué de Gall et Spurzheim." 

Evidemment la supercherie en l'espèce tient précisément au fait que Dumoutier avait quelque chose du sorcier, puisqu'il pratiquait aussi le magnétisme en compagnie de son disciple Thoré ("nous nous occupons ensemble de phrénologie et de magnétisme" écrivait ce dernier à sa mère le 20 juillet 1833). Il était donc aussi médium, mais cela, on ne pouvait le savoir qu'en lisant la correspondance de Thoré. La presse "pseudo-scientifique" autour de la phrénologie se gardait bien de le dire, et peut-être ne le savait même pas.

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Sainte Barbe : de Konitsa à Valdeltormo

3 Janvier 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Le thaumaturge grec Saint Paissios du mont Athos (1924-1994) dont on a déjà évoqué ici les prophéties concernant le Covid 19 avait une dévotion particulière pour Sainte Barbe. Car il y avait une église de Sainte Barbe dans son village de Konitsa où il s'initiait à la vie monacale durant son adolescence. En outre, il avait une dette particulière à l'égard de cette sainte qui l'avait aidé en 1966 quand il avait été hospitalisé dans un sanatorium à Asvestochorio près de Thessalonique.

Il a raconté à ce sujet qu'après son opération les médecins lui avaient dit que dès que ses poumons seraient dégagés des sangles qui lui tenaient les côtes seraient ôtées. Cela ne devait prendre que cinq jours, mais vingt-cinq jours s'étaient écoulés et ils ne les avaient toujours pas enlevées, ce qui était très douloureux. Le samedi 3 décembre, il les attendit en vain. Puis le dimanche matin, qui était la fête de Sainte Barbe, il commença à maugréer contre cette sainte en disant que dans sa jeunesse il avait tant de fois allumé les bougies dans son église à Konitsa, et elle, elle ne l'aidait même pas à enlever ses sangles.

Mais alors il a songé : "J'ai peut-être heurté Sainte Barbe, et c'est pourquoi elle ne s'occupe pas de moi." Et dès qu'il a pensé à cela, il a entendu un bruit. "Les médecins arrivent !", lui dirent les aides soignantes. "Je ne sais pas ce qui a pris au directeur mais il a dit aux médecins le matin : "Allez sortir les sangles du moine !" ". Sainte Barbe répondait à son appel.

Sainte Barbe est souvent invoquée pour la guérison des maladies infectieuses (et Saint Païssios précisait que cela valait aussi pour la jalousie maladive...), mais aussi en situation d'orage (son père, préfet païen qui lui coupa la tête, mourut de la foudre juste après), ce qui lui vaut aussi d'être la patronne de l'artillerie dans beaucoup de pays (la Grèce notamment), et c'est plus généralement une sainte qu'on invoque dans toutes sortes de situations d'urgence.

Cela fait un certain temps que je voudrais travailler un peu sur Sainte Barbe. Il existe un ermitage de Sainte Barbe (aujourd'hui en ruine) en Espagne dans la région d'origine de ma famille paternelle, la région du Matarranya (Bas Aragon), à La Fresnada. Cette page, écrite semble-t-il par un auteur qui comme le héros du roman de Jérôme Manierski mesure les "taux vibratoires des lieux", donne une explication "énergétique" : "À l'intérieur de l'ermitage, nous avons un vortex énergétique. On calcule que lorsque ces points dépassent des valeurs énergétiques comprises entre 9 000 et 10 000 Ub, ils sont déjà propices à la méditation, au culte, etc. A ces points que nous nommerons, des tests ont été effectués entre 11 000 et 14 000 Ub" (les unités sont exprimées en fonction de l'échelle de Bovis).

Dans "Un Rector de Valdeltormo. Vida y obras del ilustre bajoaragonés D. Evaristo Colera Soldevilla" (1), l'historien Santiago Vidiella précise (p. 790) qu'un homonyme de ma famille (mon ancêtre qui était son contemporain s'appelait Juan Colera Oliver, d'Alcaniz, j'ignore s'ils étaient cousins), l'architecte Joaquin Colera a travaillé sur plusieurs édifices religieux et a notamment construit l'ermitage de Sainte Barbe de la Fresnada vers 1750.Vers 1760 il construisit aussi l'ermitage de Sainte Barbe de Maella, dans la province de Saragosse, avec ses fils Miguel, José et Vicente.

Au sud du village natal de mon père, Valdeltormo, se trouve un "tossal de Santa Bárbara" (colline de Sainte Barbe). En 2007 un groupe de femmes ,"d'un certain âge" si j'en crois le témoignage d'une cousine éloignée, vivant au Canada, Janette Planchat, (mail du 6 mai 2007) a construit sur ce tossal un petit sanctuaire en hommage à la sainte, avec des arbres autour. Au village, on invoque depuis toujours Saint Barbe contre les glissements de terrains.

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(1) "Universidad. Revista de cultura y vida universitaria",de la Universidad de Zaragoza, con ejemplares en edición separada, Tip. La Académica, 1926;

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L'expédition d'Alger de 1830 et Rennes-le-Château

2 Janvier 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Alchimie

Je me suis amusé à faire un petit décodage ce matin du roman de Roger Facon "Nicolas Flamel est parmi nous", auteur dont j'ai déjà parlé ici. Certains noms sont faciles à décrypter.

Pierre Dron, c'est René Bonnefoy secrétaire général à l'Information et à la propagande sous Vichy qui publia des romans de science fiction aux Editions Fleuve noir sous divers pseudonymes dont Roger Blondel et BR Bruss (ce que Facon retranscrit sous la forme JR Bright). Egalement peintre et sculpteur à ses heures.

La référence au meurtre de Suresnes renvoie peut-être au double meurtre de Montfort-l'Amaury de 1955 - les victimes : Roger Labaan et Louis Robinard (Christian Soreau et Pierre Halbrar dans le roman). Mais Facon le situe en 1964. Donc sur ce point je donne ma langue au chat.

Lydie Basténi c'est bien sûr Lydie Bastien, la "diabolique de Caluire" à qui Pierre Péan a consacré un livre et dont R. Facon avait parlé en détail dans ce livre de 2017. Jean Marquès-Rivière (1903-2000), théosophe scénariste du film Forces occultes est présenté sous son vrai nom. Facon affirme que, placé sous hypnose par Lydie Bastien, Marquès-Rivière se serait "souvenu" d'avoir été dans une vie antérieure un journaliste marseillais qui aurait couvert la conquête de l'Algérie en 1830. Le Trésor de la régence, placé sous la garde du dey d'Alger aurait été récupéré par les soldats du général de Bourmont.Cette histoire du trésor de la régence n'est apparemment pas une invention de l'auteur, car je lis dans la revue de Jurisprudence générale de Dalloz comme résumé d'un arrêt du Conseil d'Etat : "La prise de possession d’un pays conquis est un fait de guerre dont les conséquences ne peuvent être appréciées par la voie contentieuse du Conseil d'Etat ; et, par suite, on ne peut attaquer par cette voie la décision du ministre des finances qui refuse la restitution de sommes déposées au Trésor de la régence d’Alger, dont le Gouvernement s’est emparé. — Cons. d’Et. 6 déc. 1836". Et l'on peut lire dans un recueil de dépêches télégraphiques militaires ici :

"Toulon 23 juillet 1830, à 8 heures du soir. Le préfet maritime de Toulon, à S. Exc. le ministre de la marine et des colonies.

Le vaisseau le Marengo parti d'Alger le 15 vient d'arriver  avec quinze millions dont deux provenant du trésor français et treize provenant du trésor de la régence d'Alger." Il existait une évaluation du montant de ce trésor en 1822 ici.

En revanche le romancier dévie de la vérité lorsqu'il prétend (p. 108) que Le Sémaphore de Marseille du 21 juillet 1830 "par la plume de son correspondant parisien, révélait que l'opération d'Alger avait été montée pour détourner in fine une partie du Trésor de la Régence au profit de la cassette personnelle de Charles X". Il suffit de lire Le Sémaphore de Marseille de ce jour là (https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/21-juillet-1830/1191/2964563/1) que je reproduis ici à droite pour constater que c'est faux : le billet sur l'Algérie ne dit rien de ce que R. Facon lui attribue.

Voilà qui affaiblit le reste de son "narratif" sur le fait que le journaliste marseillais, un certain Loiseau, parti d'Alger à bord du navire L'Orgueilleux le 16 juillet 1830 avec 24 caisses et 14 barils le 16 juillet 1830 sous la supervision du général Alphonse Henri d'Hautpoul ne revint jamais en Provence : il vécut à Londres et Paris sous des identités d'emprunt puis mourut à Madrid en 1861.

Selon le roman de Facon (p. 78), Lydie Bastien, grâce aux "régressions" de Marquès-Rivière à mettre la main dans une cave parisienne sur six lingots d'or et un collier de rubis en provenance d'Alger, et, en 1944, sur 6 autres lingots d'or dans une cave de la Casbah.

La source de cette information est Marcel Dana, le sculpteur de Montmartre que dans son roman R. Facon appelle Marcel Anad (p. 69). Dans son livre de 2017, R. Facon précisait que Dana était un petit fils de Léon Patin (décédé en 1941), maître mineur anarchiste et alchimiste, qui est lui-même l'arrière grand-père de l'auteur. Il aurait été chargé par l'ésotériste Fulcanelli (qui serait né en 1840) d'espionner Lydie Bastien et son réseau.

Fin mai 1944, selon le roman de Facon, Lydie Basténi (Lydie Bastien) et son amant "Didot" (René Hardy) étaient à Alger où celui-ci devait occuper un rôle important auprès du chef du mouvement de résistance Combat, jusqu'à fin août où il regagna la France, Lydie Bastien restant à Alger jusqu'en octobre, semaines pendant lesquelles elle avait réalisé des "fouilles archéologiques sauvages" pour retrouver une partie du trésor.

Dana aurait retrouvé fin 1945 (quelques mois avant de mourir des effets de la magie noire du Dr Alexandre Rouhier, pharmacologue versé dans la sorcellerie mexicaine que le roman appelle le Dr Hourié) une cargaison d'Alger vers la France (le Marengo cité dans la dépêche du 23 juillet 1830 ci-dessus) avec des lingots d'or, parti le 14 juillet 1830.

Auparavant Anad (Dana) inspiré par Léon Patin serait parti à Gisors (la cité templière dans l'Eure) en 1942 à la recherche d'une épée ramenée d'Angleterre par les moines d'Anchin à la veille de la fondation des templiers (en 1118), Gisors où se trouverait aussi le trésor d'Alger. Il y aurait trouvé selon Valentin Bresle des pièces d'or datant du règne de Charles le Chauve et Philippe Auguste, ainsi que des bijoux dans des sarcophages. Plantard, le fondateur du Prieuré de Sion, qui à 22-23 ans fréquentait les cercles du Dr Rouhier et de Lydie Bastien, aurait en vain orienté après-guerre les gaullistes du RPF vers Gisors pour y trouver ce trésor, tandis que l'abbé Saunière aurait trouvé 50 ans plus tôt  à Rennes-le-Château (cette cité qui nourrit tant de fantasmes dans le New Age) une partie du trésor dans la tombe de Marie de Nègre d’Ables, épouse de François d’Hautpoul, une cousine du général Alphonse Henri d'Hautpoul...

Mais, bon, comme on le disait, tout cette histoire du détournement du Trésor de la Régence relève du roman. Il n'y a donc pas de lien réel démontré entre ce trésor et Rennes-le-Château.

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Tournefort sur les ascètes de Crête

29 Décembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Pour les gens qui s'intéressent à l'hésychasme et à l'histoire de la chrétienté orthodoxe, il existe un ouvrage en deux tomes très intéressant, un récit de voyage du botaniste Joseph Python de Tournefort (1656-1708) examiné à titre posthume par l'académie des sciences de Paris en 1709 , qui s'intitule "Relation d'un voyage du Levant fait par ordre du Roy". C'est un travail très minutieux qui détaille notamment la situation du clergé sous la férule ottomane en Crête, et les divers aspects de la liturgie dans cette île (pour ne rien dire de son témoignage sur les pays plus lointains).

Dans le sillage de ce que j'ai déjà dit sur les ascètes, je relève ce passage amusant : p. 127 "La vie des Ascétiques ou Hermites, est la plus dure de toutes, ce sont des Caloyers reclus, qui se retirent volontairement dans les rochers les plus affreux : ils ne mangent qu'une fois le jour, excepté les jours des Fêtes : à peine leur nourriture suffit-elle pour les empêcher de mourir : les Pacômes et les Macaires n'ont pas vécu plus austèrement : je ne crois pas que sans une vocation bien particulière, il soit permis à des hommes de mettre leur vie à une telle épreuve ; Dieu veut sans doute que nous la conservions autant que cela dépend de nous, et ces bonnes gens se font mourir à plaisir ; d'un autre côté, ces grandes austérités, jointes à une retraite perpétuelle, leur font bien souvent tourner la cervelle. La plupart des Ascétiques donnent dans des rêveries pitoyables, et bien éloignées de la véritable connaissance de nos devoirs ; peu à peu leur cervelle devient un moule à visions : au reste ces pauvres Hermites ne mendient point ; les Moines leur fournissent de temps en temps un peu de biscuit, lequel joint à quelques herbes champêtres, fait tout le soutien de leur vie."

On voit ici que le regard d'un Tournefort influencé, disait Fontenelle, par Descartes, n'est pas aussi admiratif de l'hésychasme que celui de Jean Biès dans les années 1970. L'expression "moule à visions" est assez drôle. L'allusion à la "connaissance de nos devoirs" renvoie à l'étrange leitmotiv des saints depuis Isaac le Syrien : l'ascète ne doit pas se mêler de la charité...

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La dialectique entre salons chrétiens hypocrites et salons féministes socialisants dans les années 1830

15 Décembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées

Extrait des mémoires de Marie d'Agoult (Mes souvenirs 1806-1833 par Daniel Stern p. 333-335) :

 

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Jeanne de la Noue (1666-1736)

15 Décembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Dans ce témoignage de Jacqueline Aubry (née en 1935), voyante de l'Ile-Bouchard (du 8 au 12 décembre 1947), recueilli en 1995, apparition liée au salut de la France montre (vers la 50ème minute) que cette apparition est liée à Jeanne de la Noue. On peut penser ce que l'on veut du témoignage de Mme Aubry. Il a l'inconvénient de réciter un texte appris par coeur, ce qui par moment peut sembler un peu inauthentique - voir à la minute 1h01, quand elle se trompe sur son texte puis se rattrape (mais il y a d'autres récits sur Youtube, par exemple ici).  Et il y a des aspects un peu bizarres des propos de l'apparition (mais c'est le cas pour toutes les mariophanies) : pour des paroles censées être dites par un être céleste : elle répète qu'elle n'est pas là pour réaliser des miracles mais pour appeler à prier pour la France, puis les réalise quand même, et sur le second miracle semble hésiter ("si je ne la guéris pas demain, je la guérirai ailleurs"), le geste de baiser les mains des enfants, la main de la Sainte Vierge qui paraît humaine etc. Toutefois, ce récit donne l'occasion de s'intéresser à Jeanne de la Noue.

Un aumônier de l'hospice de la Providence de l'ancienne ville protestante de Saumur (Sarthe), en 1845, a publié une biographie de ce personnage.

Née en 1666, douzième et dernier enfant d'un marchand de Saumur, elle commença sa vie, à l'âge d'un an en échappant aux conséquences de la chute d'un cuvier plein de lessive tombé sur elle. Très tôt émerveillée de la majesté de Dieu et soucieuse de ne pas lui déplaire, et convaincue d'être pécheresse, elle s'inflige des mortifications dès l'enfance et se confesse une à deux fois par jour, passait beaucoup de temps à l'église, priait beaucoup. Première de sa classe à l'école, elle est aimable envers ses camarades mais a tendance à tirer de la fierté de son intelligence et réprimanda même sa mère. Consciente de ce défaut, elle s'efforça de le combattre. Les démons sexuels la travaillèrent aussi, notamment au moment de la communion. Enfermée dans un recoin de la maison paternelle, nous dit son biographe, elle luttait, en sanglots, les bras en croix, suppliant Dieu de la délivrer. Elle finit par comprendre que ces tentations entraient dans le plan divin, et elle commença, à vingt ans, à les combattre par le jeûne. Elle allait même être tentée de changer de confesseur parmi les oratoriens qui tentaient d'atténuer son excès de zèle en la matière.

Elle avait perdu son père en bas âge, puis sa mère à 24 ans, en 1690, elle poursuivit alors le commerce de de ses parents, ce qui endurcit son coeur et la détourna de a charité. En 1693, la flambée du prix du pain conduit les autorités à fixer un montant d'aumône obligatoire pour les nombreux indigents.

Jeanne de la Noue reste hantée par la peur de déplaire à Dieu, mais loin de compenser cette peur par l'aide aux pauvres, elle l'oriente uniquement vers la dévotion. Ayant entendu en chaire le père Genneteau, recteur des religieuses de l'Hôtel-Dieu insister sur le fait qu'aucune considération humaine ne doit influencer le choix du confesseur, Jeanne y voit un message pour elle, et choisit ce prêtre comme directeur de conscience. Le prêtre tout d'abord refusa de la confesser car il ne voulait sous sa direction que des âmes exigeantes. Puis, il accepta à  condition qu'elle ne vendît aucune marchandise les dimanches et jours de fêtes. Elle accepta. En échange le prêtre la confessa et l'autorisa à jeûner trois jours. Elle commença alors à perdre ses angoisses, ainsi que son attachement aux biens terrestres.

La veille de l'Epiphanie 1693, à 27 ans, Jeanne héberge une pieuse veuve de Rennes dévouée aux pauvres, Françoise Souchet, qui recevait des offrandes de riches redonnait tout et vivait dans le dénuement, dans une chambre sans meubles. Habituée des pèlerinages à Ste Anne d'Auray, et Notre Dame de Redon, elle vient à Saumur pour celui de Notre dame des Ardilliers, sanctuaire construit en souvenir d'un miracle survenu autour d'une piétà en pierre. Françoise Souchet se rendra à Saumur pendant dix ans. A Pentecôte elle revient. Jeanne de la Noue, préférant héberger des pèlerins riches, refuse de loger Françoise Souchet. Celle-ci insiste en vain.

Toute la nuit Françoise hébergée dans le voisinage se sent poussée à retourner voir Jeanne de la Noue. Au petit matin celle-ci est à la messe. Françoise fut accueillie par la nièce de celle-ci qui aidait au ménage. Elle le lui dit qu'elle ne comprend pas elle-même pourquoi elle est poussée à revenir chez cette personne qui a refusé de l'héberger. A son retour de la messe la nièce pleine de de méfiance en parle à Jeanne .

Macé, le biographe, raconte l'échange ainsi : « "Il paraît, ma tante, lui dit sa nièce, que « cette bonne femme est une sorcière ; car elle dit choses qu'elle n'entend pas elle - même. — Ce n'est pas à dire que ce soit une sorcière, reprit Jeanne : c'est sans doute quelque diseuse de bonne aventure; je m'en vais bien l'envoyer faire ses contes à d'autres." Elle va trouver Françoise : Bonne femme, lui dit-elle, qu'est ce donc que vous dites, que vous-même vous ne comprenez pas? — Je ne sais, répondit la pauvre veuve, si ce n'est point le démon qui me dit toutes les belles choses dont j'ai l'esprit rempli." Jeanne, par un mouvement de curiosité, l'invite à parler; mais bientôt les paroles qui sortent de la bouche d'une femme si simple, captivent son attention, la frappent d'étonnement. Françoise parle de détachement et d'aumône ; Jeanne sent le feu de la charité embraser son coeur, y consumer, jusqu'aux dernières racines, tout attachement aux biens de la terre. Dès ce moment, la bonne veuve est à ses yeux un ange que le Seigneur lui envoie ».

Très frappée par ces propos, Jeanne pendant deux jours se tient à prière et demande à Dieu ce qu'elle doit faire. Puis elle franchit le pas de la charité. Elle donne sa chemise à une femme qui n'était pas spécialement dans l'indigence, et ce geste de détachement est le premier pas, qui ensuite la conduit à aller soulager des enfants à Saint Florent, dans une maison de pauvres située à 4 km de chez elle. Elle y trouve six enfants en haillons qui dorment à même le sol, près de leurs parents, nettoie elle-même leurs vêtements à la rivière. Elle n'était pas habituée à ces tâches ménagères, mais la parole de François Souchet "Ayez bien soin des pauvres, un jour vous en serez appelée la mère", suffisait à la porter.

Le lendemain, fête du Saint-Sacrement (deuxième dimanche après la Pentecôte), la pieuse veuve bretonne retourne à Rennes. Elle tombe dans un état particulier : trois jours sans manger. Elle a des visions; Elle entend une voix qui lui dit : «  venez avec moi, que je vous conduise à la reine du ciel. Je lui ai déjà présenté un grand nombre de filles, elle n'a voulu en accepter aucune, je n'ai plus que vous à lui présenter.» Elle fut aussitôt conduite à la sainte Vierge qui vint au devant d'elle et l'embrassa en lui disant : « Voilà enfin, voilà celle que je fais chercher depuis longtemps. »

« Dans une autre vision, raconte son biographe, Jeanne se vit prosternée, avec son confesseur, aux pieds de Marie, qui leur présentait à chacun un rosaire , en leur promettant la grâce. Jeanne se trouva encore transportée dans une vallée profonde ; devant elle s'étendait une plaine immense entièrement sillonnée ; les ouvertures qui partageaient les sillons, lui laissaient entrevoir l'enfer et les réprouvés. Elle reçut ordre de traverser la plaine, en marchant sur les sillons, et elle obéit malgré la terreur dont elle était saisie. Au sortir de là , elle aperçoit une foule de malheureux qui étaient comme des bêles dans leurs tanières. Pressée d'y entrer pour les secourir, elle implore l'assistance de plusieurs hommes qu'elle rencontre ; ils ne font que se rire de sa prière. Elle se disposait à en aller chercher d'autres, quand tout-à-coup se présentent à ses yeux plusieurs filles qu'elle reconnaît. Elle les conjure de l'aider à sauver ces infortunés qui vont se perdre; mais toutes refusent, et même la plus jeune se moque d'elle : alors Jeanne hors d'elle-même, lui plonge une épée dans le sein et la quitte.  »

Toutes les personnes qu'elle vit alors allaient dans la réalité se joindre à Jeanne pour devenir parmi les premières religieuses de l'ordre qu'elle fonda. Seule celle qu'elle perça d'un glaive dans sa vision allait se détourner de cette vocation pour se marier. Le biographe s'interroge sur cette image peu chrétienne de l'assassinat d'une femme, et pense qu'il s'agit d'une métaphore de l'amertume que ressentit ensuite cette femme.

Pendant trois mois, malgré ses trois jeûnes par semaine, elle se rend deux ou trois fois par semaine à Saint Florent, par tous les temps, à pied, avec un panier rempli de vivres et de vêtements.

« Dans l'hiver qui suivit 1693, revenant par un froid extrêmement rigoureux , d'une de ses courses, elle aperçut une masure , entra et vit une femme malade , couchée sur du chaume, couverte seulement de quelques lambeaux. Retenu par un mal de jambe, son mari ne pouvait aller chercher ce dont ils avaient besoin. Ils étaient sans pain et sans bois. Notre charitable fille apparaissait dans ces chaumières comme un ange envoyé du ciel ; jamais en effet elle ne manquait de donner quelque secours accompagné d'une parole d'édification et d'encouragement; mais, ce jour-là, ses provisions s'étaient épuisées à soulager d'autres misères. Laissera-t-elle deux infortunés dans une situation si déplorable? Oubliant et les exigences de son état et la rigueur de la saison, elle se dépouille en leur faveur des vêtemens qui la couvrent, et ne conserve que ce que la décence l'oblige rigoureusement de garder. Elle donna, disent nos mémoires, sa chemise, ses bas et une de ses jupes. »

Jeanne veut donner sa propre maison aux pauvres, mais sa nièce est co-propriétaire du commerce (qui ne cesse de péricliter du fait des dons abondants qu'elle fait).  Celle-ci s'y oppose et commence à avoir des accès de frénésie pendant plusieurs mois. A Saumur on commence à en conclure que les actes de charité de Jeanne sont inspirés par le démon et non par Dieu. Plu personne ne lui fait de dons. Elle s'endette lourdement. Les prêtres ne savent quoi lui conseiller. Mais Françoise Souchet revient à Rennes en 1694 et l'incite à persévérer. Finalement des marchands acceptent à nouveau de lui donner de l'argent. Le cycle de la grâce reprend. Un jour sa nièce lui demande combien elle a donné. Elle répond qu'elle ne sait pas : au moins six ou sept livres, alors qu'elle n'est partie le matin qu'avec trente sous. Dieu a multiplié les pièces dans sa besace. En 1695 elle distribue 400 Kg de blé en un jour. Quand un pauvre lui montrait qu'il n'avait plus que du pain moisi pour se nourrir, elle en faisait son propre repas afin de se mortifier. Elle demandait qu'on lui fasse du pain avec des balayures de moulin pour contrer le goût qu'elle avait acquis pour la bonne nourriture dans son enfance, et son confesseur Genneteau dut la retenir dans ces excès.

Elle ne portait plus qu'une tunique de grosse serge au lieu d'une chemise pendant huit ans, dormait sur un coffre trop petit - qu'elle appelait sa crêche -  qui la faisait souffrir, une pierre lui servait d'oreiller. elle allait encore durcir davantage son mode de vie par la suite.

Françoise Souchet lui avait annoncé que sa maison deviendrait un hôpital et qu'il y aurait une croix sur la porte. Cela se réalisa en 1700 (elle avait 34 ans). En 1702 elle accueillait douze enfants. Cette année là un rocher de la falaise à proximité détruit sa maison. Elle loue de nouvelles maisons pour y ré-installer ses pauvres, et accueille aussi des filles de mauvaise vie repenties. Les pères de l'Oratoire se plaignent de ce que Jeanne attire à leur porte plus de pauvres qu'ils ne peuvent en nourrir.

Pour attendrir encore plus son coeur qui était par nature fermé aux pauvres, Jeanne voulut ressentir elle-même l'indigence et la honte de mendier das les rues, et, pour cela, se rendit à Tours. Elle y partit avec une autre femme et de l'argent à donner aux pauvres. Son biographe Macé, raconte chaque jour du voyage à pied. A Saint-Martin de Tours, elle voit une femme en haillons, la suite jusqu'à sa maison, coupe son  vêtement en deux pour le lui donner comme fut Saint Martin. Elle aura appris là qu'il était plus facile de faire l’aumône de la demander et revint de son pèlerinage plus sensible. Elle visita les prisonniers, notamment un condamné à mort qu'elle convertit avant l'exécution de la sentence.

Sa réputation commence à lui permettre de percevoir des honoraires qu'on lui verse en échange de ses prières pour obtenir des bienfaits.

En 1704 Jeanne commença à fonder une communauté religieuse, et choisit pour patronne Sainte Anne, dont la fête était le 26 juillet. Pendant les 18 dernières années de sa vie (1718 à 1736) des succursales de sa congrégation allaient être fondées à Nantes, à Josselin (en Bretagne), à Châtillon-su-Indre et au Blanc dans le Berry, à Puy-Notre-Dame dans le Poitou, et à l'Ile-Bouchard en Touraine.

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Architecture secrète des rois de France : le travail de Didier Coilhac et ses disciples

15 Décembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Médiums

Dans une des vidéos de sa chaîne, Le Secret (min 3'58), Didier Coilhac (auteur de Le Secret de François 1er : les mystères cachés des châteaux, eds Nenki 2007) explique que le palais de Chambord, dont la construction fut supervisée par l'évêque Philibert Babou de la Bourdaisière, spécialiste du codage, exprime par sa hauteur et sa largeur les dimensions de la grande pyramide de Guizeh à la proportion du nombre d'or (phi) au carré. La pyramide a un côté de 88 mètres (Coilhac raisonne en mètres en supposant que le mètre a toujours été secrètement ou inconsciemment connu - comme les théoriciens de BAM voir ici). Ce Carré peut être retrouvé dans une partie du plan du château de Chambord (cf à droite). Le, donjon fait 44 mètres. Les grandes salles mesures 8,80 mètres sur deux fois 8,80 mètres. Il y a un monogramme qui affiche le 88 (8 est le chiffre de Thot et d'Hermès). il le met en relation avec la révolution de Mercure (88 jours). Il voit des 8 32 fois dans l'architecture du Château, et trouve Chambord est aligné avec Fontainebleau et Reims, où il trouve aussi des 8 par guematria.

Chambord se situe dans deux triangles de Pythagore emboîtés l'un dans l'autre avec un rapport de 4 sur 3.

On peut aussi regarder ses travaux sur Versailles qu'il relie au Verseau.

Coilhac se réclame des visions du voyant Edgar Cayce (1877-1945) sur l'Atlantide, qui a parfois vu juste. Par exemple on lit dans la revue "Cols Bleus" du 8 décembre 2001 p. 28 : "Des découvertes archéologiques en 1968 ont relancé le débat de la localisation de l'Atlantide. Des structures immergées ont été identifiées près de l'île de Bimini dans les Bahamas. Ces imposants blocs de pierre pouvant peser cinq tonnes ont été datés au carbone 14 : on a pu estimer à environ 8 à 10 000 ans l'époque où la base était à la surface de la mer. En 1971, des chercheurs concluent que cette gigantesque structure en forme de "U" pouvait faire office de port. Des géologues affirmeront d'autre part qu'il s'agirait de formations naturelles. La prédiction du médium Edgar Cayce renforce le doute : sous hypnose, en 1926, il déclara que des vestiges de l'Atlantide ressurgiraient "près de l'île de Bimini", à la fin des années 1960... "

Mais bien sûr Cayce, comme toujours les médiums, s'est aussi beaucoup trompé. Ainsi il attendait des changements géophysiques considérables avant 1998, date qu'il fixait pour l'apparition d'une ère nouvelle de l'humanité (Jean Marie Leduc, Années d'apocalypse, 1980-2020, Eds la table ronde1980 p. 28).

Et bien sûr je n'adhère pas aux thèses de Mr Coilhac sur la réincarnation, ni à sa foi hindouïste, ni à ses convictions ufologiques proches de la théorie des anciens astronautes.

Peu importe, on peut peut-être essayer de trouver quelque vérité dans le mensonge et dans l'erreur (dans le nombre 6) comme disent les kabbalistes.

Didier Coilhac semble avoir inspiré un petit groupe de chercheurs indépendants. Jérôme Manierski, dans L'héritage des rois, paru en 2017, cite au nombre des gens qu'il a inspirés, outre lui-même, Samuel Delage, Marc Bielli, Michel Chavanon qui animent l'association "Révélations" créée en mai 2013. On y trouve aussi des références chez d'autres auteurs comme ici.

Tous ces gens pensent qu'il y aurait quelque chose en rapport avec l'arche d'alliance (peut-être des manuscrits de Templiers) dans des souterrains à Feigneux, dans l'Oise, à mi-chemin entre Reims et Chambors (dans l'Oise, homonyme de Chambord à 5 minutes de Gisors) et à 130 fois le nombre d'or du château de François Ier.

Disons justement un mot du livre de Jérôme Manierski (Eds Nouveaux Auteurs 2017), qui se présente comme un auteur "révélé" par le new-ager Paulo Coelho. C'est un thriller de vulgarisation à la manière du Da Vinci Code ou des romans de Roger Facon, dont le héros quadragénaire Yann Cardin, en 2013, "étudie l'influence du monde vibratoire sur les êtres vivants" (sic), c'est-à-dire les réseaux telluriques qui confèrent aux lieux des "propriétés de protection, de guérison et d'activation des facultés extrasensorielles" (et éventuellement vous servent de portiques à Nephilim...). Le héros au deuxième étage de l'escalier à double hélice reçoit une électrisation crânienne qu'il ressent d'ordinaire dans ses séances de méditation, puis voit lui apparaître un enfant-fantôme de huit ans qui lui montre un F inversé au plafond. Il enquêtera à ses risques et périls, à Feigneux et à Chambord, pour décoder avec Joane Baedeker, une jeune guide, les mystères du château face à un "ordre du cordon noir" maçonnique fondé par les Bourbon (dont le nom fait penser au Lys noir). Le livre se lit facilement et constitue une divulgation facile d'accès du propos de Didier Coilhac.

Il est probable que ces chercheurs soient égarés par divers "biais" anti-chrétiens dans leurs analyses des secrets de Chambord. Mais il y a peut-être des choses à prendre et "remettre à l'endroit" dans leurs travaux pour comprendre un ou deux aspects de l'architecture secrète de François Ier (dans une démarche comparable à celle de Barbara Aho autour du Da Vinci Code), et éventuellement mieux appréhender la vocation historique de la monarchie française.

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Le tsar Pierre Le Grand à Notre Dame de Paris

12 Décembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Extrait du Journal des débats du 18 décembre 1848 : "Lorsque le czar Pierre-le-Grand (écoutez! l'anecdote est inconnue, et le mot est glorieux) s'en vint à Paris, au commencement de la régence, son premier soin fut de visiter cette ville, capitale des intelligences, des passions et des libertés à venir. Sire, lui dit le régent, (monsieur le régent mon grand-père, comme disait souvent le roi Louis-Philippe en relevant sa noble tête avec un vif sentiment de triomphe et d'orgueil) Sire, dit M. le régent, plaise à Votre Majesté de venir avec moi; je vous  conduirai sur une montagne plus haute que la montagne du haut de laquelle le démon montrait à Notre Seigneur Jésus-Christ tous les royaumes de l'univers. Et en ce temps-là, si Paris eût été bâti, je crois bien que Notre-Seigneur Jésus-Christ eût hésité.

Aussitôt dit, aussitôt fait, le czar Pierre et régent se mettent en route, ils montent au sommet de Notre-Dame, sur l'esplanade de ces tours formidables qui ont vu passer et qui verront passer tant de générations. Chemin faisant, le czar Pierre : - Mon cousin, dit-il au régent, votre front est soucieux, dites-moi pourquoi!

– C'est que, Sire (on s'était arrêté au milieu de l'escalier immense), c'est que j'ai un petit différend avec le Parlement, et il y a de quoi être inquiet, en effet.

En même temps M. le régent expliquait à Pierre 1er que le Parlement était le représentant des volontés populaires. Et quels conseils me donnez vous, Sire? disait le régent. Je ne sais pas, dit l'empereur. `

Le régent et l'empereur montent encore, montent toujours; ils arrivent enfin au sommet de !a plus haute des deux tours, et là, dans un éblouissement indicible, le czar Pierre admire cette grande cité qui t'étend à ses pieds. Combien de lieues? combien de maisons? combien de familles? combien de têtes dans chaque famille ? C'est une merveille, ce Paris, disait le czar; Moscou, comparé à cette magnificence, n'est qu'une bicoque. Ah! si j'avais l'honneur de commander à cet univers, s'écria-t il en se découvrant, je me garderais comme du feu de résister à ses unanimes volontés !

Ceci dit, le czar et le régent reviennent au Palais Royal, et le régent ne songea plus à inquiéter le Parlement de Paris! "

 

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Dissimulations

7 Décembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

Une théorie intéressante du rav Dynovisz dans son échange (du 6 décembre) avec Eliahou Boccara qui estime qu'il y a quatre lettres dans le nom divin qui correspondent à quatre forces dans la création qui correspond à quatre types de dissimulation dans l'humanité. Il y a les vrais descendants d'Adam et Eve, qui sont une minorité, les démons descendus dans ce monde pour se faire passer pour des êtres humains (selon Rabbi Nahman de Breslev) qui sont les grands criminels, les anges déchus, les plus débauchés, et enfin la catégorie des singes devenus des hommes (application de la théorie de Darwin). Les deux interlocuteurs s'entendent pour dire que la lignée adamique a la clé du salut, mais que les reptiliens à travers le nachash ont essayé de les faire tomber pour les éloigner l'humanité de cette vocation réparatrice, et que le Nouvel Age et ses théories sur les extraterrestres sera la prochaine étape du mensonge. Les Juifs n'ont pas le droit d'appliquer la Kabbalah Ma'asit, invocation des forces célestes, mais c'est ce qu'essaient de faire les démons à forme humaine. Les anges eux-mêmes explique Eliahou Boccara recherchent la force de connexion entre les forces du ciel et de la Terre.

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Marie pleine de grâce

6 Décembre 2021 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Le rav Cohen Alloro dans cette vidéo en 6ème minute, nous apprend que chen, la grâce en hébreu, une notion qui renvoie d'ailleurs beaucoup au patriarche Noé et son arche (or nous sommes au temps de Noé - Luc 17:26), est, selon les sages d'Israël, synonyme d'Esprit saint, rouach hakodesh. Autrement dit quand nous disons, ainsi que notre tradition catholique nous l'a appris "Marie pleine de Grâce", nous voulons dire que Marie-Myriam est pleine de rouach hadkoseh , ce qui est cohérent avec le récit de la visitation (Luc 1:39-56) où Marie effectue un miracle par l'Esprit saint sur la mère de Jean le Baptiste - et le rav Cohen Alloro ne démentirait pas ce point lui, puisqu'il estime ici que la tradition biblique justifie tout-à-fait la naissance virginale de Jésus et l'évangile de l'enfance selon Saint Luc.

Au passage notons que rouach hakoseh est féminin en hébreu (ce qui justifie qu'il soit représenté comme une colombe). Cela fait estimer au rav que Jésus n'a pas de père sur la Terre, et c'est pourquoi il n'avait pas le pouvoir de délivrer militairement Israël au temps de l'Empire romain. Autrement dit, Marie, remplie du chen, de LA rouach hakoseh est en réalité pleine d'une force entièrement féminine. Cette présence du chen en Marie auprès de nous est évidemment à saisir surtout sous son angle eschatologique et messianique actuel (le retour prochain du Messie), souligné par l'apparition de La Salette en 1846 et qui est cohérent avec le fait que le seul miracle qu'elle réalise dans l'Evangile c'est pour préparer Jean le Baptiste, nouvel Elie, à tracer le chemin de l'avènement du Messie.

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