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Articles récents

Léon Bloy et le magnétisme

12 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums

Extrait de Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne (p. 43-44)  : "Rencontré chez le curé un hypnotiste, spiritiste ou occultiste, je ne sais comment nommer l'animal, qui se déclare bon chrétien et dégaine volontiers son chapelet. J'apprends avec effroi, avec horreur, que l'autorité ecclésiastique, loin de rejeter violemment l'ordure, prétend que les prêtres l'étudient avec le plus grand soin sous le prétexte mille fois sot qu'ils doivent être armés contre une erreur qui pourrait bien n'être pas absolue. Cela nous met loin des Martyrs qui aimaient mieux s'asseoir à une table de feu, la tête coiffée d'une marmite rouge que de faire la moitié d'un pas vers les démons. Bougrement loin, si j'ose le dire !

Occasion de citer une page très-belle de la voyante fameuse de Dulmen (Vie d'Anne-Catherine Emmerich par le Père Schmœger, tome 1er, page 485):

'La pratique du magnétisme confine à la magie seulement, on n'y invoque pas le diable, mais il vient de lui-même. Quiconque s'y livre prend à la nature quelque chose qui ne peut être conquis légitimement que dans l'Église de Jésus-Christ et qui ne peut se conserver avec le pouvoir de guérir et de sanctifier que dans son sein. Or la nature, pour tous ceux qui ne sont pas en union vivante avec Jésus-Christ, par la vraie foi et la grâce sanctifiante, est pleine des influences de Satan. Les personnes magnétiques ne voient aucune chose dans son essence et dans sa dépendance de Dieu; elles voient tout isolé et séparé, comme à travers un trou ou une fente. Elles perçoivent un rayon des choses par le magnétisme, et Dieu veuille que cette lumière soit pure, c'est-à-dire sainte. C'est un bienfait de Dieu de nous avoir séparés et voilés les uns devant les autres et d'avoir élevé des murs entre nous, depuis que nous sommes remplis de péchés et dépendants les uns des autres il est bon que nous soyons forcés d'agir préalablement avant de nous séduire réciproquement et de nous communiquer l'influence contagieuse du mauvais esprit. Mais, en Jésus-Christ, Dieu lui-même fait homme nous est donné comme notre chef dans lequel, purifiés et sanctifiés, nous pouvons devenir une seule chose, un seul corps, sans apporter dans cette union nos péchés et nos mauvais penchants. Quiconque veut faire cesser d'une autre manière cette séparation établie par Dieu s'unit d'une façon très-dangereuse à la nature déchue, dans laquelle règne avec ses séductions celui qui l'a entraînée à sa chute.

Je vois l'essence propre du magnétisme comme vraie; mais il y a un larron qui est déchaîné dans cette lumière voilée. Toute union entre des pécheurs est dangereuse ; la pénétration mutuelle l'est encore davantage. Mais quand cela arrive pour une âme tout à fait ouverte quand un état qui ne devient clairvoyant que parce qu'il implique la simplicité et l'absence de calcul, devient la proie de l'artifice et de l'intrigue; alors une des facultés de l'homme avant la chute, faculté qui n'est pas entièrement morte, est ressuscitée d'une certaine manière, pour le laisser plus désarmé et dans un état plus mystérieux, exposé intérieurement aux attaques du démon. Cet état est réel, il existe mais il est couvert d'un voile, parce que c'est une source empoisonnée pour tous, excepté pour les saints etc'. "

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Melchisédech, le visiteur hors du temps

11 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète

Melchisédech, en hébreu מַלְכֵּי־צֶדֶק (malkî-ṣedeq) « roi de justice », est un personnage biblique qui apparaît très brièvement dans l’histoire d’Abraham dans le livre de la Genèse 14. Il y est présenté comme « roi de Salem » (lieu non identifié) et « prêtre du Très-Haut » (El-Elyôn), auquel Abraham versa la dîme. Dans l'Épître aux Hébreux du Nouveau Testament, Jésus est déclaré « Grand prêtre pour toujours » à l'image de Melchisédech, en référence à Psaume 110:4 "L'Eternel l'a juré, et il ne s'en repentira point, que tu es Sacrificateur éternellement, à la façon de Melchisédec".

Jacques Bergier dans les Maîtres secrets du temps rappelle que France Soir le 26 novembre 1973 signalait l'existence dans un hôpital psychiatrique d'un personnage appelé Melchisédech qui se faisait appeler "prince Charlemagne SS" se trouvait dans un hôpital psychiatrique. Nul ne savait d'où il venait. Selon une de ses disciples poétesse de 52 ans c'est un véritable contemporain d'Abraham.

Bergier reprend aussi l'anecdote citée par Arthur Machen (1863-1947) dans son récit de 1915 "The Great return" dont Bergier situe à tort l'intrigue en juin 1917 (!) et qu'il semble tenir pour authentique : des inconnus arrivent dans le village de pêcheurs de Llantrisant, ils disent être des prêtres de Melchisedech et pendant une messe, ils prononcent des mots en grec ancien. Le récit détaillé de l'épisode est ici, en anglais, au chapitre VII : "Ffeiriadwyr Melchisédech ! Ffeiriadwyr Melchisédech ! cria le vieux diacre méthodiste calviniste à barbe grise. « Prêtrise de Melchisédech ! Prêtrise de Melchisédech !" . Bergier raconte l'apparition d'une gigantesque rosace de flammes pendant le nuit et des guérisons miraculeuses dans la foulée. Tout cela se mêlait à la thématique du Graal, celle des cloches angéliques etc. Machen, qui restait pour sa part réservé sur la légende locale, signalait que la rosace pouvait venir du port et que les miracles des neuf jours qui avaient suivi étaient tous explicables sauf la lumière chaude qui venait soigner les gens.

"Il y a cette question, notait Machen en conclusion de son texte, de la distinction entre l'hallucination et la vision, de la durée moyenne de l'une et de l'autre, et de la possibilité de l'hallucination collective. Si un certain nombre de personnes voient toutes (ou pensent voir) les mêmes apparitions, cela peut-il être simplement une hallucination ? Je crois qu'il existe une affaire de premier plan en la matière, qui concerne un certain nombre de personnes voyant la même apparence sur le mur d'une église en Irlande ; mais il y a, bien sûr, cette difficulté, que l'on peut être halluciné et communiquer son impression aux autres, par télépathie."

Bergier avait été sensible aussi au fait relevé par Machen au chapitre VI sur la similitude des visions des habitants avec l'Anhelonium Lewinii ou peyotl (bouton de mescal popularisé par Castaneda) qui faisait voir des cathédrales gothiques à un de ses expérimentateurs. Assez bêtement Bergier ajoute qu'on est 40 ans avant les travaux d'Aldous Huxley,  mais c'est oublier que le British Medical Journal en 1896 avait déjà analysé les effets de cette drogue. Je vous renvoie aux travaux de Gordon Wasson sur les enthéogènes, mais les enthéogènes n'étant que des vecteurs du surnaturel, les considérations sur ces vecteurs n'éclairent pas grand chose selon moi.

En tout cas, il est vrai que la référence à Melchisédech ne venait pas de nulle part. Donc on peut supposer que quelque chose s'est vraiment passé dans ce village gallois en rapport avec ce sage, même si la fiche Wikipedia de Llantrisant se garde d'en parler, et d'ailleurs peu de choses sur Internet se rencontrent à ce sujet. La Flying Saucer Review se serait emparée du sujet en 1972 dans le registre de l'ufologie, mais ses archives ne sont pas en ligne.

Les écrits juifs situent Melchisédech hors du temps. l'abbé Trithème (1462-1516) présente Melchisedech comme un eldil, c'est a dire, une créature inférieure à Dieu, mais supérieur aux Anges, catégorie reprise dans les années 1930-40 par C. S. Lewis. Pour Bergier, ce personnage, qui a pu être le prêtre d'un dieu nouveau au temps d'Abraham, pourrait donc venir d'un autre temps, ou d'en dehors du temps, pour aider les hommes à diverses époques, comme Fo-Hi en Chine, l'inventeur du Yi-King. Il insiste sur le fait que l'idée du voyage dans le temps vient de la culture juive.

AGCP de Hody rappelle que le 13 juillet 1483 Bernard de Breydenbach, doyen de l'église de Mayence, à la sortie de l'église de la Résurrection à Jérusalem se fit montrer les tombeaux des rois chrétiens dont celui de Godefroid de Bouillon... et de Melchisédech, fait confirmé par d'autres témoins mais les Latins n'ont jamais souscrit à l'authenticité de ce tombeau.

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La sentiment de pudeur n'aurait pas qu'une origine visuelle

9 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur, #Histoire des idées, #Anthropologie du corps

J'ai souvent insisté, quand j'écris sur le rapport entre nudité et spiritualité en Occident, sur la dimension visuelle de la nudité à l'égard des anges (notamment des anges déçus).

Or je tombais hier sur une remarque intéressante de Salomon Reinach (1858-1932) sous un article intitulé "Les sycophantes et les mystères de la figue", publié la revue des études grecques de 1906 puis dans le recueil "Cultes, mythes et religion".

Je n'épiloguerai pas sur la figue sur le thème de la figue à propos duquel le kabbaliste Cohen Alloro dit des choses intéressantes.

Signalons simplement cet addendum de Reinach qui,fait référence à une lettre , paru dans la Revue archéologique de 1907, intitulée The Pharmakoi and the story of the fall que William Roger Paton (1857-1921) lui a adressée. Cette lettre trace une analogie entre l'expulsion d'Adam et Eve du paradis terrestre dans la Genèse et un rituel grec archaïque d'expulsion d'une femme et d'un homme nus de la cité.

Il existe en Grèce un rituel ancien (Reinach y insiste : un rituel plus qu'un procédé technique car on ignore si cela fonctionne) dit de caprification (de capri-ficus en latin : figuier-bouc) : pour faire mûrir la figue du figuier cultivé, on le considère comme une femelle, et on le soumet à l'influence de fleurs et de branches de figuiers sauvages (supposés être mâles) qui nourrissent des pucerons qui percent de trous la surface du fruit cultivé et en facilitent la maturation (ça c'est Pline qui l'explique tardivement dans une forme de rationalisation). On trouve un analogue dans des bas-reliefs assyriens où un génie ailé féconde un dattier. C'est une hiérogamie. Or à Athènes, au mois de thargelion (au printemps), deux victimes appelées "pharmakoi" étaient conduites en dehors de la ville nues en portant des colliers de figues sèches : noires pour la victime masculine, blanches pour la féminine (selon Helladius). Les Pharmakoi étaient frappés sept fois avec des branches de figuiers sur les parties génitales, rituel qui pouvait être censé les rendre féconds à l'origine puis avoir revêtu avec le temps une dimension expiatoire.

Paton, réagissant aux premières remarques de Reinach sur les origines du mot sycophante (qui vient de "figue") rapproche ce rituel expiatoire du verset de la Bible à propos d'Adam et Eve : « Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures », dit la Bible (Gen 3, 7). Ce verset qui manifeste les origines de la pudeur, note-t-il, en le reliant à la fécondité des figues, invite à penser que celui-ci sert surtout à protéger les orifices par où l'être humain procrée (ce qui explique que les peuples qui vivent nus n'imposent une tablier aux filles qu'après leur puberté, idem pour l'étui pénien des garçons) parce que, selon la mentalité primitive, des mauvais esprits pouvaient être tentés de s'y infiltrer, ce qui pouvait nuire à la santé de la descendance.

Il ajoute que cette idée de l'entrée des esprits par les orifices est souvent étendue au delà des orifices génitaux. Un hymne chrétien dit que la Sainte Vierge fut fécondée par une oreille (quae per aurem concepisti) et pour la même raison les femmes musulmanes couvrent leur bouche (Edwin Sidney Hartland, The Legend of Perseus).

Voilà une approche à laquelle je n'avais pas pensé.

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L'Heptaméron et Marie-Madeleine

4 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume, #Histoire secrète, #Alchimie

Dans notre précédent billet sur Marguerite de Navarre et Ste Marie-Magdeleine, nous avons un peu laissé en suspens la question de savoir si l'Heptaméron était un recueil de nouvelles codées, et celle, plus spécifique, de savoir si la 32 ème nouvelle, dans laquelle une jeune et belle femme adultère en Allemagne est forcée par son mari de boire dans le crâne de son amant assassiné par ce dernier et d'avoir les os de ce dernier dans son armoire. parlait de la sainte pénitente d'un bout à l'autre (en langage codé) ou seulement à la fin (sur un mode manifeste).

L'historien de la poésie de la Renaissance François Rigoulot, s'est confronté à cette question dans Renaissance Quartely en 1994 en essayant quelques hypothèses sur une possible dénonciation "protestantisante" par la nouvelle du culte des reliques de la pénitente de la Sainte Baume, hypothèse quand même assez peu probable quand on songe au rapport de Marguerite de Navarre au catholicisme très bien disséqué par Jean-Marie Le Gall, dans  « Marguerite de Navarre : The Reasons for Remaining Catholic », A Companion to Marguerite de Navarre, p. 59-87, paru en 2013.

Plus récemment, dans un article paru en janvier 2021, « Véritable Histoire: L’Heptaméron et la Madeleine », Gary Ferguson s'interroge aussi sur ce qu'a pu être le rapport de la reine de Navarre aux reliques (elle qui s'est occasionnellement inclinées devant certaines, et a largement subventionné des institutions ou des mystiques très attachés à leur culte), et il montre que l'Heptaméron est assez modéré (comme son autrice) sur la question, ne tranchant pas la question de savoir s'il s'agit de superstition ou d'une marque sincère de piété (voir la nouvelle 65). Le protestant Théodore de Bèze allaient d'ailleurs lui reprocher d'avoir classé, avec Roussel, ce genre de dévotion au nombre des choses indifférentes.

Ferguson rappelle l'attitude sceptique du proche de Marguerite de Navarre, Demoulins de Rochefort, auteur de la Vie de la belle et clere Magdelene (1517), commandée par Louise de Savoie (la mère de Marguerite) après le pèlerinage de la famille royale à la Ste Baume, à l'égard de la relique du chef de la disciple de Jésus, et du bout de chair, le Noli me tangere, qu'il propose d'appeler le Noli me credere. Marguerite aurait été partagée entre les avis avancés des intellectuels sur la question des reliques et sur le fait que Marie Magdeleine ne pouvait être assimilée à une prostituée (qui est aussi la position, notons le, de la visionnaire allemande Soeur Catherine Emmerich à la fin du XVIIIe siècle), et les éléments de la tradition catholique.

Avant la nouvelle 32, la nouvelle 19 fait aussi référence à la sainte pénitente. raconte l'histoire de deux jeunes gens, un gentilhomme et sa bien-aimée Pauline, tous les deux au service du marquis et de la marquise de Mantoue. Après que leurs maîtres leur ont refusé la permission de se marier, les amoureux se font religieux franciscains. En conclusion, ils vivent, selon la narratrice, « si sainctement et devotement en leur observance, que l’on ne doit douter que celuy, duquel la fin de la loy est charité, ne leur dist à la fin de leur vie comme à la Magdaleine, que leurs pechez leur estoient pardonnez, veu qu’ils avoient beaucoup aimé ».

Marie-Madeleine Fontaine dans "Marie Madeleine, une sainte courtisane pour les dames de cour", Female Saints and Sinners, Saintes et mondaines (France 1450-1650), dir. Jennifer Britnell et Ann Moss, Durham, Durham University, coll. Durham Modern Languages Series, 2002, p. 1-37, a montré que cette nouvelle est liée  au pèlerinage qu’a effectué la famille royale à la Sainte-Baume en janvier 1516. Dans la suite de François Ier à l’époque se trouvait Frédéric de Gonzague, qui avait été fait prisonnier pendant la campagne italienne. Celui-ci décrit le pèlerinage dans les lettres qu’il adresse à sa mère, Isabelle d’Este, marquise de Mantoue. Or, l’année suivante, en avril 1517 (voir ici), Isabelle décide de faire le même pèlerinage, retraçant à l’identique la route suivie par la famille royale française. Pour Marguerite, comme l’explique M. M. Fontaine, « tout cela défigurait et rabaissait en quelque sorte son propre pèlerinage, et surtout nuisait au caractère royal et national qu’elle a contribué à mettre en place avec sa mère autour de Madeleine ». La nouvelle 19 serait une vengeance contre Isabelle d’Este. On notera que ce pèlerinage de la Marquise de Mantoue eut quelques conséquences artistiques intéressantes aussi, puisqu'ensuite celle-ci commanda à Giulio Romano une Maddalena leggente inspirée d'un original perdu du Corrège, qui contribua à diffuser ce style de représentation inhabituel en Italie. Au delà des Alpes le pèlerinage d'Isabelle d'Este donna lieu à la rédaction par l'humaniste Mario Equicola d'un récit Iter in Narbonensem Galliam qui raconte de le pèlerinage et compare la marquise à la Madeleine, car son comportement fut stigmatisé quand son mari était prisonnier à Venise en 1509. Mario Equicola étant un disciple de Lefèvre d'Etaples, il y avait glissé que Magdeleine n'était pas la prostituée de chez Simon le Pharisien, les pages sur ce point furent censurées (couvertes de feuilles de papier). Le fils d'Isbelle d'Este, Federigo, allait ensuite commander au Titien une Madeleine "avant sa conversion" très sensuelle pour la très pieuse Vittoria Colonna (1490-1547), poétesse et marquise de Pescara, qui la trouva fort à son goût, ce qui conduit les historiens à débattre en profondeur sur le véritable sens

de cette nouvelle Magdeleine.

Pour revenir à Marguerite, ce qui intéresse Ferguson dans la nouvelle 32 c'est qu'une des commentatrices à la fin de l'histoire se demande si Magdeleine pécheresse repentie doit être regardée comme ayant ou non plus de mérite qu'une vierge. Il rappelle que les diverses iconographies (la nudité de Madeleine à la Ste Baume, les anges comme des cupidons à ses côtés) et la spéculation sur les femmes qui dans l'Evangile oignent les pieds et la tête du Christ ou seulement sa tête, tracent l'ambiguité d'une Magdeleine prise entre ciel et terre, ambiguité qui était aussi celle de la noblesse française et de la famille des Valois.

"Cette Madeleine double – spirituelle mais aussi noble, mondaine et sensuelle –, écrit Ferguson, même si elle est une fiction, a pu interpeller Marguerite, incarnant pour elle une vérité religieuse qui touchait de près à sa situation personnelle et à celle de sa famille, surtout à celle de son frère. Car la dualité était de nature réversible : si la sainte pénitente était toujours la pécheresse, les activités de sa jeunesse, à l’inverse – les fêtes, la chasse, les amourettes, illustrées avec tant de finesse par Godefroy le Batave –, ne sauraient être simplement dénoncées ; dans une certaine mesure, elles sont valorisées et douées d’un potentiel spirituel. Dans cette optique, la figure de la Madeleine serait comparable au discours néoplatonicien à la Renaissance. Si celui-ci prônait comme fin idéale la transcendance, il était souvent mobilisé pour justifier et anoblir des amours terrestres et physiques. "

Le sujet va très loin. Car il s'agit d'appliquer  1 Jean 4:20 "Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas?" également à l'amour érotique (on n'est pas loin du tout là, pour le coup des saint-simoniens dont je parle dans mon livre sur Lacordaire, et cela donne une coloration très particulière au "C'est pourquoi je vous déclare, que beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé : " de Luc 7:47.

Certaines indulgences de Marguerite à l'égard des frasques amoureuses de François Ie y trouvent leur source (ce que d'ailleurs condamna explicitement Montaigne dans son Essai "Des prières")

"Ainsi la figure de Marie Madeleine, ajoute Ferguson, – celle de la tradition, la composite – a pu confirmer Marguerite dans la conviction que même si les plaisirs de la chair étaient des péchés, ils n’étaient pas les pires, ceux qui éloignaient le plus de Dieu ; voire, dans certains cas, ils pouvaient même conduire à lui".

Ferguson rappelle aussi que dans l'entourage de Marguerite de Navarre on était sensible au magistère de Marie Magdeleine. La Vie de Demoulins prolonge l’histoire en affirmant qu’après l’Ascension du Christ, l’apôtre des apôtres a prêché, aux côtés de ses condisciples masculins, dans la région de Judée. L'illustration de Godefroy le Batave souligne cette activité de prédication on la voit parler l’index droit levé ou se tenant derrière une sorte de pupitre.

Marguerite  qui avait commandé une copie du Mystère des Actes des Apôtres (vers 1465), attribué à Simon Gréban, en un temps où l'on cherchait à se rapprocher des premiers chrétiens, pouvait être sensible au passage de la Vie de la belle et clere Magdalene qui la montre recevant l'Esprit saint avec les Apôtres à la Pentecôte (la nouvelle 67 de l'Heptaméron insiste sur le rôle évangélisateur des femmes).

"Dans certains cercles catholiques réformateurs en Italie, rappelle Ferguson, on accordait également beaucoup d’importance aux rôles des femmes dans l’Église et à Marie Madeleine : au couvent de Sainte-Marthe à Milan, par exemple (cette sainte Marthe, rappelons-le, que la tradition considérait comme la sœur de Marie Madeleine). Le couvent était dirigé par l’abbesse charismatique, Arcangela Panigarola. Entre 1512 et 1520, celle-ci a entretenu une correspondance avec Denis Briçonnet, ambassadeur extraordinaire de François Ier dans les années 1516-1519. Son frère aîné, Guillaume, a aussi échangé un certain nombre de lettres avec l’abbesse, quelques années avant de commencer sa correspondance plus célèbre avec Marguerite de Navarre (1521-1524). Le cercle milanais était influencé par les idées du franciscain, Frère Amédée Menez de Silva ou du Portugal (v. 1420-1482), qui mit par écrit une « révélation angélique » concernant, en partie, la Madeleine. Selon le Frère Amédée, celle-ci serait bien la sœur de Lazare et de Marthe, mais non pas la pécheresse notoire de l’Évangile selon saint Luc. Ce texte était connu de Marguerite de Navarre, parce que François Demoulins l’avait inclus, en latin et en traduction française, dans le manuscrit".

Dans un livre d’heures de Catherine de Médicis, qui avait peut-être été en la possession de François Ier, Marguerite elle-même semble être représentée sous les traits de Marie-Magdeleine. Fergusson conclut qu'elle a pu apprécier les ambiguïtés même de la figure traditionnelle de Madeleine (y compris sa dimension composite des trois Maries) sur laquelle de nombreuses interprétations peuvent se greffer, son caractère de support "indifférent" (ni bon ni mauvais pour la foi) qui requiert la bonne intention du croyant pour la rendre féconde pour les valeurs chrétiennes. Le statut de vérité assez opaque que l'on doit accorder aux figures prêtées à la sainte rejoint celui des contes soi-disant authentiques (alors que visiblement beaucoup ne le sont pas) de l'Heptaméron. L'objet étant par là, à travers l'ambiguïté même, d'atteindre un statut de vérité spirituelle plus profond.
 

A titre personnel, j'aurais envie d'ajouter un petit détail un peu étrange si l'on part sur l'idée que la 32e nouvelle de l'Heptaméron est codée que, à la fin du conte, quand l'envoyé du roi Charles VIII Bernage persuade le mari trompé de pardonner à sa femme au vu de son repentir, l'ambassadeur de retour à Paris demande à un certain "Jehan de Paris", peintre, d'aller faire le portrait de la repentante. Ce point tombe un peu "comme un cheveu sur la piste". L'éditeur de l'Heptaméron Michel François explique de Jean Perréal, dit de Paris, "peintre fameux de la fin du XVe siècle dont le nom même était resté à peu près ignoré jusqu'aux travaux du Comte Léon de Laborde" était célèbre dans la région de Lyon. Il fut peintre ordinaire et valet de chambre de Charles VIII, faveur qu'il conserva encore sous le règne de François Ier. La plupart de ses oeuvres sont perdues. André Vernet, futur membre de l'Institut, dans un article de 1943, Jean Perreal, poète et alchimiste, avait mis en lumière l'oeuvre d'alchimiste de ce peintre poête, et en 1948 lui avait attribué le poême Complainte de la Nature, première transcription en vers français du savoir alchimique. Depuis lors, dans les années 60 une enluminure de Perreal a été retrouvée, puis d'autres oeuvres lui ont été attribuées mais sans certitude.

Faut-il penser que l'alchimie de Perreal avait un rapport particulier à Marie-Madeleine (ce qui nous conduirait sur les terrains glissants d'une Madeleine liée au Grand-Oeuvre - cf le livre dirigé par Brigitte Barbaudy-Ngoma) ? ou s'agit-il une fois de plus d'une référence à la famille d'Este (comme dans la nouvelle 19), puisqu'il est avancé comme hypothèse qu'il a fait un portrait en 1492 de Béatrice d'Este, 17 ans, fort jolie soeur de la précitée Isabelle d'Este, à l'initiative d'un pèlerinage intempestif à la Sainte-Baume ?

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Marguerite de Navarre à la Sainte Baume

1 Juin 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume, #Histoire des idées

Les éléments que je vais exposer ici sont principalement empruntés à l'excellent livre de Patricia Eichel-Lojkine, professeure de littérature française du XVIe siècle à l'université du Mans, "Marguerite de Navarre, Perle de la Renaissance" publié aux éditions Perrin en 2021.

Après la campagne de son frère François Ier dans la région de Milan (et la victoire de Marignan) en 1515, et la rencontre du roi avec le pape Léon X en décembre, Marguerite d'Angoulême (23 ans, duchesse d'Alençon et pas encore reine de Navarre) est censée le retrouver dans les Etats de Provence (qui ne sont français que depuis 35 ans), en janvier 1516. Là s'est développé depuis 300 ans un pèlerinage très important sur le lieu présumé de l'exil de Sainte Marie-Madeleine, la grotte de Sainte-Baume. Anne de Bretagne et Louis XII notamment l'avaient visité en 1503. La mère de Marguerite d'Angoulême, Louise de Savoie, voue une dévotion particulière à la sainte pénitente.

François Ier alla s'incliner devant les reliques de la sainte à Saint-Maximin le 20 janvier 1516. Dans son livre consacré à Marie-Madeleine, le théologien Maximin-Martial Sicard (1842-1918) précise que les femmes "fussent-elles princesses ou reines" n'avaient pas le droit d'entrer dans la crypte. La reine Claude, la reine-mère Louise de Savoie, Marguerite d'Angoulême et les femmes de l'aristocratie qui les accompagnaient se recueillirent donc à l'extérieur.

Le lendemain, le 21, ils montèrent ensemble à la grotte où l'église était délabrée (la famille royale allait faire un don pour la réparer ainsi que l'hospice des étrangers). Sicard précise (ce que Mme Lojkine hélas ne reprend pas) que François Ier "plaça un portique à l'entrée de la grotte. Il était orné d'un frontispice d'ordre corinthien, mêlé de gothique, avec entablement surmonté d'un fronton brisé au milieu, un bas-relief représentait sainte Marie-Madeleine portée par tes anges au Saint-Pilon. Le fronton était encadré par deux statues de trois pieds, l'une de saint François d'Assise, patron du roi, l'autre de saint Louis, roi de France, patron de Louise de Savoie, sa mère. Le fils et la mère se firent, en outre, représenter eux-mêmes à genoux entre ces deux statues et le bas-relief. L'ouverture de ce monument fut ménagée de telle sorte que tes rayons du soleil n'entraient, dit-on, dans la grotte que le 22 juin" (à moins que ce ne soit le 22 juillet fête de Marie-Madeleine, mais je ne crois pas que Sicard ait pu se tromper de mois).  François Ier allait y revenir en 1533 et cinq ans plus tard mettre la forêt à l'entour sous sa protection.

C'est lors de ce pèlerinage que Marguerite aller croiser pour la première fois Henri II d'Albret, 12 ans, qu'elle allait plus tard épouser en tombant fort amoureuse de lui.

Avant la dévotion à Ste Marie Magdeleine, la princesse et les reines parties d'Angers le 20 octobre 1515 sont passées par Lyon en décembre, Valence, Montbéliard, Pont-Saint-Esprit, Orange, Avignon. D'Avignon elles ont pris le bateau jusqu'à Tarascon où elles ont fait leurs dévotions au sanctuaire de Sainte-Marthe, la soeur de Marie-Madeleine. Puis elles ont poursuivi vers Salon, Aix et Saint-Maximin où elles sont arrivées le 31 décembre 1515.

Patricia Eichel-Lojkine ne dit rien l'ascension de la Sainte-Baume, mais précise (p. 58) que le 12 février, la reine-mère Louis de Savoie, sur la Drôme, reçoit une révélation intérieure : de demander à son fils François Ier de réciter le Psaume 26, ce qui dans le langage de l'époque sera formulé ainsi "Madame fut spirituellement admonestée de faire parler son humilité à l'obéissance du roi son fils, et le supplier que pour oraison dévote il prît le psaume 26e, lequel est convenable pour lui".

En souvenir du pèlerinage à la Sainte-Baume commande est passée à François Demoulins de Rochefort pour deux écrits sur la repentance et la modestie : une glose en français du psaume protecteur et une hagiographie de Marie-Madeleine.

Les pages du commentaire du Psaume 26 seront illustrées par Godefroy le Batave. On y voit Louise de Savoie et François Ier contemplant le crucifix. Les illustrations célèbrent la piété filiale de François envers sa mère et leur dévotion. La reine-mère sera si satisfaite qu'elle attribuera une généreuse pension à l'artiste.

Pour mémoire le Psaume 26 commence ainsi :

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

Le traité sur Marie-Madeleine de Demoulins de Rochefort est consultable ici. Il est assez étrange. On y trouve par exemple une condamnation des pleurs qui sont pourtant un attribut important de la pénitente.

"Larmes humaines sont inutiles", écrit l'auteur, et l'enluminure jointe précise "Prier sert, pleurer est folie" autour d'une représentation de Marthe, Magdeleine et Lazare.

Le traité raconte (en s'inspirant d'on ne sait quelle tradition) comment Lazare et ses soeurs "abandonnèrent les sépultures de ceux qui les avaient engendrées" et se partagèrent leur héritage : "Lazare prit ce qui était en Hiérusalem, Marthe ce qui était en Béthanie, et le château de Magdalon fut pour la belle Magdelene". "La pauvre Magdalene était trompée, car elle aimait les fils des hommes et dansait avec eux non advertie que le fils de Dieu qui en beauté surmontait toutes créatures humaines était venu en ce monde pour son salut."

Ce texte est si intéressant que je préfère en réserver l'analyse pour un autre billet, afin de ne pas trop surcharger celui-ci.

Patricia Eichel-Lojkine souligne (p. 59) que le pèlerinage à Saint Maximin et la Sainte-Baume et l'expérience spirituelle du recueillement autour de Marie-Madeleine a "transformé la famille (royale) unie dans l'humilité". Du côté de Marguerite d'Angoulême, cela va se traduira par une approche de son frère comme un nouveau roi David placé "sous le tabernacle de divine protection". Et Marguerite va désormais nourrir un véritable fascination pour Marie-Madeleine.

L'enseignante écrit (p. 59) : "La lecture de la vie de la pénitente et la vue des reliques en Provence la marquent durablement puisqu'elle y fera encore une allusion dans un de ses contes ( l'Heptaméron 32e nouvelle)". Je suis pour ma part assez réservé sur cet argument car la seule allusion à Magdeleine se trouve à la fin du conte quand Ennasuitte demande "Dites moi si la Magdeleine n'a pas plus d'honneur entre les hommes maintenant, que sa soeur qui était vierge ?". Mais cette seule mention sur 72 nouvelles est tout de même légère, compte tenu de la popularité de la sainte pénitente dans la chrétienté, cette vingtaine de mots sous la plume d'une écrivaine très croyante ne trahit pas l'existence d'une dévotion particulière. Sauf à considérer l'ensemble du conte comme un récit à clé, et voir par exemple dans les mentions des os de l'amant et du crâne une allusion aux reliques de la sainte (j'ai montré dans le même sens dans mon récit sur Lacordaire que son rapport au crâne de Mme de Sévigné pouvait anticiper sur la thématique du crâne chez l'ascète de la Sainte-Baume), mais il est assez hasardeux de s'aventurer sur ce chemin ne serait-ce que parce que je souscris à l'opinion du préfacier Michel François dans l'édition de 2005 selon laquelle les contes de l'Heptaméron sont des histoires vraies).

Demoulins de son côté va se lancer dans la recherche des "trois Maries" (Marie de Magdala, Marie la pécheresse et Marie de Béthanie soeur de Marthe) et montrer que le nom de Marie-Madeleine ne peut condenser ces trois personnages comme l'a cru à tort le pape Grégoire le Grand. Le savant sexagénaire Jacques Lefèvre d'Etaples dans son traité De Maria Magdalena de 1517 ira dans le même sens. Marguerite et Louise de Savoie soutiendront Lefèvre et Demoulins sera nommé grand aumônier de France en 1519. L'appui à Lefèvre, attaqué par la Sorbonne après la condamnation des thèses de Luther en 1521, n'allait jamais se démentir de la part des Valois..

Patricia Eichel-Lojkine raconte ensuite l'arrivée de la famille royale à Marseille où l'on vénère les reliques de St Louis d'Anjou. Elle y entre sous escorte de 1 500 chevaliers, 2 000 jeunes filles aux cheveux dénoués les accueillent et les accompagnent à la chapelle Notre-Dame de la Garde. L'historienne raconte la bataille de galères à coup d'oranges à la place des obus dans le port et la rencontre entre François Ier et un rhinocéros à corne unique de Goa à l'île d'If que le roi du Portugal veut offrir au pape.

Mais restons en à ces sujets de réflexion autour de l'influence de Marie-Madeleine sur la reine de Navarre. Je crois qu'il y a beaucoup à creuser de ce côté-là et que Patricia Eichel-Lojkine n'a fait qu'ouvrir le chemin. D'ailleurs ne faut-il pas voir encore une synchronicité autour de la famille de Béthanie, dans le fait que c'est un Charles de Sainte-Marthe , théologien poitevin disciple de Lefèvre d'Etaple, qui fut son protégé à Alençon et à Nérac, qui prononcera son éloge funèbre en 1559 ?

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Jacques Bergier alchimiste

27 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Histoire secrète

Dans cette série d'interviews réalisées par la RTS de 1978, le célèbre résistant et capitaine des services secrets français Jacques Bergier au bout de 1h43 parle d'un élixir de longue vie préparé par Armand Barbault, un astrologue alchimiste du village de Turckheim en Alsace, ancien ingénieur, auteur de L'Or du Millième matin (1969) Barbault raconte pour 24 heures sur la Deux en 1970 qu'il avait fait l'horoscope de Roger Wybot, premier directeur de la sécurité du territoire (de 1944 à 1959), ce qui lui avait valu une campagne de presse hostile (dans L'Humanité et Le Canard Enchaîné) qui lui avait fait quitter l'astrologie pour l'alchimie.

Bergier dit que l'elixir de Barbault est fait à partir de l'or acheté au comptoir des métaux précieux, mais dans une forme que la chimie ne connaît pas. L'émission de télévision de 1970 précisait que Barbault utilisait de la rosée recueillie à l'aurore, de la terre, des plantes cueillies au printemps. La tourbe recueillie au bout de mois en lien avec les astres, est incinérée, introduite dans un four à 700 degrés, la cendre est introduite dans un tube avec de la rosée distillée, de la poudre d'or, et soumise à coction sept fois quatre heures, filtrée, ce qui donne une liqueur d'or. Un médecin alsacien confiant devant la caméra qu'il en prescrivait aux gens âgés pour les accidents vasculaires. Bergier en 1970 précisait que l'or est insoluble dans l'eau en principe mais que là il s'agit bien d'or dissous (en solution organique), phénomène aussi étrange que l'eau superlourde découverte en 1930. En 1978 il allait préciser que Barbault avait échoué à en faire un véritable élixir de longue vie puisque lui-même était mort avant 1978.

Bergier lui-même a publié une théorie générale d'expérience alchimique, reprise par l'académie des sciences de Prague, qui lui aurait permis de produire un produit catalyseur (que Bergier n'hésite pas à qualifier de "pierre philosophale") à partir duquel il a fait des expériences, ce qui lui a notamment permis de transformer le sodium (sel de cuisine ordinaire) en métal rare, le béryllium qui entre dans la structure de l'émeraude. Il ajoute que les Egyptiens avaient des casques en bronze de béryllium. Bergier y développe aussi sa conception des alchimistes plus performants qu'Armand Barbault qui ont pu vivre plusieurs siècles, et notamment l'idée que Roger Boscovich pourrait n'être, au vu de sa signature, qu'un nom emprunté par Roger Bacon au bout de quelques siècles.

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Le nom de Marie Madeleine supprimé dans un exemplaire de l'Evangile de Jean

22 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Sainte-Baume

Une étude de 2016 d'une doctorante de l'Université Duke, Elizabeth Schrader (interviewée ici par le youtubeur Andrew Mark Henry), montre que les copieurs de l'Évangile de Jean ont peut-être diminué le rôle de Marie-Madeleine.

En regardant de près une image numérique du papyrus 66 -  un manuscrit grec du XIIe siècle généralement considéré comme le plus ancien manuscrit presque complet de l'Évangile de Jean - Elizabeth Schrader a remarqué quelque chose d'étrange.

Dans Jean 11:21 ("Marthe dit à Jésus: Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort."), le mot « Maria » (ou Marie) avait été modifié : le symbole grec iota - le « i » - a été rayé et remplacé par un « th » qui a changé le nom en « Martha » (Marthe). Et dans Jean 11:3, le nom d'une femme a été remplacé par « les sœurs » : Les soeurs envoyèrent dire à Jésus: Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade.

Marthe est présente dans l'Evangile de Luc, mais il y aurait, selon Schrader, une volonté délibérée des copistes d'en faire dans l'Evangile de Jean la soeur de Lazare en lieu et place de Marie-Madeleine.

Dans Jean 11:27, c'est Marthe qui dit "Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde", phrase très importante. Dans Tertullien (150-220), c'est Marie.

Le prédicateur James Snapp Jr a objecté que Schrader allait trop loin dans l'interprétation des  ratures observées dans le P66.

Dans Jean 11:1, explique-t-il, le copiste de P66 a d'abord écrit l'équivalent grec de "Or un certain homme était malade, Lazare de Béthanie, le village de Marie et de Marie sa sœur.   Puis, s'apercevant qu'il avait écrit « Marie » deux fois », il est revenu en arrière pour corriger le texte en effaçant la lettre iota dans la seconde Μαρ ι ας et en la remplaçant par la lettre thêta , de manière à écrire Μαρ θ ας.   Ce genre d'erreur n'est pas particulièrement inhabituel pour ce copiste ; il a commis au moins 15 autres erreurs de dittographie (écrire deux fois ce qui devrait être écrit une fois) dans le texte de Jean.  Pour lui, la plupart des points soulevés par Schrader sont des erreurs d'inattention, comme il en existe beaucoup dans les manuscrits.

On observera aussi que sur le Net, à part les objections de Snapp, il n'y a pratiquement pas de reprise de la thèse de Schrader sauf dans des gender studies (voyez sur Google Scholar), ce qui laisse entendre que celle-ci a sans doute tiré des conclusions hâtives  sous l'influence de l'air du temps...

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Quand L'Humanité faisait l'éloge d'Arthur Avalon et de la déesse-mère

18 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Médiums, #Spiritualités de l'amour, #Histoire des idées, #Histoire secrète

J'ai déjà rappelé ici que le socialisme révolutionnaire de Pierre Leroux et des saint-simoniens était très attaché à la figure de la déesse-mère. On oublie aussi souvent qu'un grand alchimiste, Jollivet-Castellot, fut un des fondateurs du Parti communiste français (et l'on sait le lien entre l'alchimie et la Terre-mère, Gaïa). On est là dans la tradition maçonnique (et médiumnique) du Nord-Pas-de-Calais (cf Facon).

On ne devrait donc peut-être pas être si surpris que cela de lire dans le célèbre journal communiste français L'Humanité du 3 février 1924, sous la plume de Maurice Parijanine (Maurice Donzel), journal pourtant en théorie principalement inspiré par le matérialisme dialectique de Marx, un éloge d'un poème d'Arthur Avalon dédié à la "Mère des Védas" et "Reine des Serpents". "Le culte de la mère, observe Parijine est très ancien, il appartenait déjà a la civilisation méditerranéenne la plus reculée" pour que ses lecteurs ne réduisent pas cela à une bizarrerie indienne. Puis il ajoute à l'intention des admirateurs de Lénine : "Nous avons encore beaucoup à apprendre de l'Asie. Certains révolutionnaires russes ont dit de leur pays qu'il est une Eurasie, une alliance foncière des deux continents. Il y a du vrai là dedans ; et, si nous persistons dans notre décadence occidentale, il se pourrait bien que le foyer de la civilisation dérivât lentement à l'opposé du soleil, vers les sources primitives des générations. Des poètes s'écrient l'Europe n'est plus. L'Asie seule contient l'avenir dans ses vallées sécrètes. Pour nous, engagés dans une lutte quotidienne, ces prévisions à lointaine portée ne semblent avoir qu'un intérêt relatif. Cependant, nous pouvons déjà compléter notre culture, rendre notre pensée largement humaine par l'observation des Orientaux. Des spécialistes nous ouvrent le trésor de leurs antiquités. Des écrivains d'envergure mondiale, tels que Romain Rolland et Rabindranath Tagore nous révèlent la conscience d'une Asie toute moderne. Entre les deux extrémités des temps connus, nous discernerons des traditions fécondes et notre désir d'Universalité spirituelle pourra s'assouvir". On est là encore assez proche de l'indophilie de Pierre Leroux, et pas très loin de sa religion de l'humanité, antichambre de la religion unique mondiale qui se met en place sous nos yeux.

Arthur Avalon (Sir John George Woodroffe), dans la Puissance du Serpent (The Serpent Power), fut le premier à mettre à la sauce occidentale de la Théosophie les chakras et la kundalini comme réalités énergétiques tangibles qu'il avait expérimentées dans le tantrisme indien.

Bien sûr Parijanine, s'il est en un sens représentatif d'un certain courant de la gauche révolutionnaire française, ne l'est probablement pas de l'ensemble du mouvement communiste. Traducteur de Trotsky il rejoignait cette dissidence à la fin des années 1920 et en 1929  polémiquait contre l' "écrivain officiel" (et membre de la fraternité des Veilleurs de Schwaller de Lubicz) Henri Barbusse. Son rapport à Avalon est peut-être inspiré de son propre vécu : il s'était en effet imprégné des campagnes russes entre 1917 et 1920 qui ont peut-être gardé à l'époque quelque choses du chamanisme initial, comme le shivaïsme.

Pour autant son goût pour la Terre-mère ne relève pas de l'idiosyncrasie, et d'ailleurs même si cela avait été le cas, le statut de chroniqueur littéraire qu'eut Parijanine à l'Humanité de 1923 à 1928 donnait une portée importante à ses particularités. On voit qu'il rattache le travail d'Avalon à celui de Romain Rolland, célèbre pacifiste socialiste, qui diffusa en Occident la pensée de Rabindranath Tagore et de Gandhi... On peut penser aussi au surréalisme qui avait aussi à l'époque le regard porté vers l'Orient. Tous ces courants convergeaient pour élargir les brèches antichrétiennes ouvertes par Mme Blavatsky et qui allaient trouver un boulevard à leur service dans le New Age. Et cela ressort à nouveau aujourd'hui, à la faveur du succès des thématiques écologistes (elles-mêmes très soutenues au sein de l'ONU par des sectes new age dans les années 1990) aussi bien à travers les "unes" que L'Humanité Dimanche consacre à des sorciers ou que des clins d'oeil à la santeria cubaine d'un Jean Ortiz.

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Où Jean Cassien rejoint Jean Climaque

16 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

Un extrait des Collations de Jean Cassien qui recoupe la position de Jean Climaque, sur le fait que la purification intérieure compte plus que les miracles extérieurs. Le travail intérieur contre soi est une forme de charité supérieure...

 

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Quelques bons conseils de Saint Jean Climaque

11 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Parmi les suggestions intéressantes du moine hésychaste syrien St Jean Climaque (VIIe siècle), je trouve ceci (L'Echelle sainte 725D) : "Selon la nature de nos passions, discernons à qui nous devons nous soumettre. Si tu es porté à la luxure, choisis un entraîneur ascète qui ne fasse aucune concession quant à la nourriture, plutôt qu'un thaumaturge qui serait toujours prêt à accueillir des hôtes et à les restaurer. Si tu es d'un naturel hautain, choisis le plus accommodant, et non pas doux et indulgent. Ne recherchons pas ceux qui sont doués de prescience et de prévision mais plutôt ceux qui sont parfaitement humbles et qui seront mieux qualifiés, tant par leur caractère que par leur lieu de résidence, pour guérir nos maladies".

On peut noter ici le lien intéressant qui est tracé entre luxure et nourriture : le remède à la première, c'est le jeûne. Un autre lien inattendu aussi : le don de faire des miracles est associé à la disposition à accueillir des gens (à la charité). Or comme souvent dans l'hésychasme, ce versant n'est pas particulièrement valorisé - malgré tous les débats que cela a suscité dans le christianisme oriental, de saints moines ont soutenu jusqu'au bout que celui qui a réussi à vaincre ses sens retournerait en arrière s'il abandonnait son ascèse solitaire pour retourner vers les pauvres : évidemment le précepte ne vaut que pour ces ascètes là, mais c'est quand même dans l'absolu une mise en garde contre l' "autrisme" comme dirait Mattei.

Autre point intéressant, valable pour tous, le fait que même chez les moines il était déconseillé de se précipiter vers ceux qui avaient des dons surnaturels, notamment des donc prophétiques, parce que cela pouvait soustraire à une certaine dynamique de l'humilité.

Je trouve aussi dans Jean Climaque des avertissements à ceux qui se satisferaient trop d'avoir une bonhommie naturelle, et aussi à ceux qui seraient trop impatients de progresser spirituellement. Ainsi en 725B il qualifie de "cénobites frelatés" ceux qui recherchent le jeûne le plus strict ou encore "la prière sans distraction", la "libération de la vaine gloire" ou "une chasteté surhumaine". "L'adversaire leur persuade de rechercher tout cela avant le temps, écrit-il, pour les empêcher de l'obtenir en temps voulu par leur persévérance". Voilà qui consolera par exemple ceux qui ne parviennent pas à réciter leur chapelet sans penser à autre chose (même si bien sûr l'absence de distraction doit rester l'objectif à terme).

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Mon article "nudité et spiritualité" dans la revue "La Vie au Soleil"

11 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur, #Christianisme, #Publications et commentaires, #Histoire des idées

Dans la revue "La Vie au Soleil" de mai 2022, je publie un article d'une page qui rebondit sur mon enquête consacrée aux médiums publiée en 2017 et pose quelques questions sur le rapport entre nudité et sorcellerie, nudité et ascèse etc. Il est accessible in extenso en cliquant sur ce lien.

 

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Encore une image bien triste du monde des massages

11 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Massages, #Médiums

Hélas, à chaque fois que j'essaie de comprendre ce qui se passe, sur le plan spirituel dans les instituts de soin et de bien-être, je tombe sur des réalités bien peu reluisantes. Je vous avais raconté en 2019 (voyez ici) mes découvertes que j'avais faites trois ans plus tôt sur une réflexologue normande. Le plus drôle est que la Radio chrétienne de France n'avait pas hésité à faire la promotion des activités de cette personne, ce qui m'avait persuadé de donner quelque publicité à l'interview que j'avais faite d'elle en 2016. Une responsable d'une antenne locale de cette radio, au profil très bourgeoisie de province, chef d'entreprise etc, aux idées progressistes (et surtout narcissiques), quand je lui avais fait remarquer les dangers qu'il y avait à confier ses pieds, ses réseaux énergétiques à quelqu'un qui voit des esprits autour de vous, et entretient un commerce avec eux, avait tenté de se faire pardonner en me promettant de m'autoriser à parler sur ses ondes de mon expérience auprès des médiums, puis, elle avait rompu cette promesse en prétextant qu'elle avait déjà trop de travail à couvrir les élections européennes et un événement culturel local : mettre l' "actu" la plus périssable au dessus du sort des âmes qui se perdent dans les instituts de bien-être et de beauté, voilà qui est bien peu chrétien et qui en dit long sur le niveau de corruption morale des médias liés aux institutions catholiques en ce moment.

J'ai tenté à nouveau hier un salon de massage de bien-être, voulant absolument ne pas pouvoir être taxé de dogmatisme : je veux toujours savoir en quoi le corps peut "malgré tout", malgré sa chute, être connecté au divin et manifester quelque chose de lui, sans se compromettre avec des entités invisibles suspectes. Je croyais avoir choisi une praticienne respectable, qui affichait d'ailleurs son diplôme professionnel. Avant la séance, j'ai parlé avec elle de mes déconvenues chez les énergéticiens de tout poil. Comme les médiums, les masseurs de bien-être (qui ont arraché aux kinés en 2021 le monopole du terme "massage"), modeleurs et réflexologues sont toujours prompts à critiquer leurs collègues trop "perchés" ou mal inspirés, mais, au bout de quelques minutes, on comprend assez vite qu'on reste avec eux toujours dans le même univers (le même cercle de l'enfer). Cette dame, ancienne éducatrice, remplie visiblement de très bonnes intentions à l'égard de son  prochain, n'a en effet pas hésité à me parler de son background spirituel. "J'ai connu, me dit-elle, le versant sombre du monde invisible à travers le reiki que pratiquait mon mari et qu'il a fini par utiliser aussi contre moi de la façon la plus pernicieuse qui soit. Mais en même temps j'en ai connu le côté lumineux à travers le maître spirituel de mon mari qui m'a aidé à sortir de cette manipulation". Puis la dame précise encore : "Parfois moi aussi je suis sur le point de percevoir des esprits autour de quelqu'un, mais je dis 'stop' pour que cela n'influence pas ma pratique. Et puis j'ai un esprit qui me protège". Et puis "on dit que j'ai des mains qui rendent heureux, j'ai peut-être un peu de fluide comme tout le monde" (cela m'a fait penser à cette masseuse dans le Sud-Ouest qui m'avait expliqué qu'elle avait reçu son fluide dans son enfance en fréquentant des femmes gitanes - et même en se faisant plus ou moins "confisquer" par elle, loin de ses parents : elle avait appelé son officine "les mains du bonheur"... cela promettait un "bonheur" des plus suspects).

Quand on connaît un peu le monde des magnétiseurs et de ceux qui pratiquent le monde invisible on sait ce que cela veut dire : cette dame, exposée à la sorcellerie, croit en être sortie avec l'aide d'un maître de reiki, mais, ce faisant, elle doit maintenant ses "protections" à une entité qu'elle croit bienveillante, mais qui lui dicte ce qu'elle doit penser (voyez le cas de ce médium spirite qui en 2020 reconnaissait que son "guide" dans le monde invisible ne lui laissait guère de liberté). Voilà entre les mains de qui l'on remet son âme quand on va se faire masser, et ce sans le savoir le plus souvent, car, à moins de parler avec le praticien/la praticienne ouvertement de magnétisme, il est très rare que celui-ci ou celle-ci vous accorde des confidences de ce type. En un sens ce n'était pas une surprise pour moi, simplement la confirmation de ce que je sais depuis des années, et que j'aurais pu aussi bien déduire du mandala que la masseuse glissait à côté de son nom sur la vitrine de son salon, ou du tatouage sur son bras, si je m'étais laissé aller à l'étudier (un jour je vous parlerai des tatouages qui relient à l'au-delà).

Quand une masseuse vous confie ce genre de chose (et c'est souvent poignant car vous touchez là non seulement à ses malheurs affectifs, mais aussi à tout ce qui "structurellement" va la conduire à la perdition), vous ne pouvez ni tenter de la convertir à brûle pour point (ce serait contreproductif) ni vous enfuir en courant. J'ai donc subi la séance avec elle malgré tout. Bizarrement j'ai prié beaucoup d'un bout à l'autre. J'étais inspiré à le faire, sans doute à titre de protection. A la fin la dame était bien moins cordiale qu'avant la séance. Peut-être a-t-elle perçu que mes "chakras" ne s'ouvraient pas à son "fluide", que quelque chose en moi résistait aux sortilèges de mes mains (ma "protection" à moi, qui, elle, n'a rien à voir avec les entités du deuxième ciel). Ou peut-être son "protecteur" lui a-t-il inspiré de mauvaises idées à mon sujet (j'ai connu une ancienne occultiste qui se persuadait que je causais des poltergeist chez elle, et une chamane convaincue que j'avais des "entités négatives" qui l'agressaient à chaque fois que je tentais de lui parler du christianisme). En tout cas dans ce salon de massage nous étions une fois de plus bien loin de Dieu et du salut qu'il nous promet à travers le message biblique et l'institution de l'Eglise. On était au désert, dans un monde où les gens recherchent un "bien être" que les entités (entités héritières des Nephilim) qui s'expriment dans les mains de ces dames si bien intentionnées mais si perdues spirituellement sont bien incapables de donner...

Le matin-même avant cette séance j'avais reçu le livre de Françoise Bonardel "Prendre soin de soi, Enjeux et critiques d'une nouvelle religion du bien-être", un mauvais livre très prétentieux qui mêle en les mettant sur le même plan des philosophies occidentales souvent peu compatibles entre elles (Platon, Hegel, Nietzsche, Heidegger), du bouddhisme etc, mais qui a au moins le mérite de rappeler qu'on ne peut attendre aucune élévation spirituelle d'une démarche de recherche du bien-être (à travers les massages, le yoga, l'hypnose, le Taï-Chi etc) que les gens n'utilisent qu'au service de leur égo pour se détendre, rester productifs (faire face à leurs responsabilités sociales etc) : il n'est de bonne spiritualité qu'au delà de l'égo, et contre lui...

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Un livre boycotté

10 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Publications et commentaires

Un livre boycotté par les institutions catholiques (notamment par les dominicains) :

 

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Ambroise de Sienne

8 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Sainte-Baume

A propos de l'arbre dominicain, nous avons déjà évoqué, concernant Ste Catherine de Sienne, le bienheureux Ambroise de Sienne (Frater Ambrosius de Sansedonids Senensis), représenté  dans le choeur de l'église de St Maximin sous le règne de Louis XIV par le frère convers Vincent Funel. Dans la génération qui avait précédé Funel, le prédicateur dominicain Paul Garra avait composé une vie d'Ambroise de Sienne,de même que le dominicain gênois Agostino Alessi en 1623. Ils avaient été précédés dans cette œuvre vers 1500 par Sébastien Flaminius. On s'intéressait beaucoup à Ambroise de Sienne au XVIIe siècle semble-t-il puisqu'en 1623 le dominicain Louis Marissal, natif de St Omer (mort en 1637) avait aussi traduit un "Tableau des vertus et miracles du B. Ambroise de Sienne et du B. Jacques Salomoni vénitien de l'ordre des Frères Prêcheurs", ouvrage publié à Mons (Flandres). Ambrogio est aussi représenté à Sienne dans un tableau de Ventura Salimbeni (début du XVIIe siècle), et quelques années plus tard un tableau de Raffaello Vanni.

Nous avons vu dans le précédent billet que ses reliques étaient dotées d'un pouvoir d'exorcisme selon les habitants de Sienne.

Issu de l'illustre famille de Sansedoni/Saint Sidoine (dont on peut voir encore le palais dans sa ville natale), il naquit à Sienne en Toscane le 16 avril 1220. Il était atteint d'une grave malformation congénitale : les bras collés au corps, les jambes aux cuisses, le visage sombre et disproportionné. Cette malformation lui valut d'être tenu à l'écart de sa famille chez une pieuse nourrisse, mais un pèlerin avait dit à celle-ci “Femme, ne cache pas le visage de cet enfant, car un jour il sera la lumière et la gloire de cette ville”.

Il en fut guéri dans l'église dominicaine de Sainte Marie-Madeleine.  Les petits Bollandistes : vies des saints. T. III, racontent ainsi sa guérison :

"Il y avait dans cette église une chapelle pleine de reliques, devant lesquelles elle allait prier pour la santé de l'enfant. Bientôt elle remarqua, ainsi que les religieux et les voisins, que quand elle se mettait dans un autre endroit de l'église, l'enfant pleurait toujours, et qu'il ne disait rien tant qu'elle demeurait dans la chapelle. Un jour que la nourrice sortait de l'église, l'enfant se mit à pleurer extraordinairement et à tourner le visage du côté de la chapelle avec de grands efforts. Les religieux et les assistants, étonnés, obligèrent la nourrice de retourner à la chapelle. Dès qu'elle y fut, l'enfant tira des langes ses mains et ses bras, jusque-là collés au côté, et, les élevant vers le ciel; invoqua trois fois, d'une voix très distincte, le nom de Jésus. A ce miracle, accoururent les personnes qui savaient combien l'enfant était contrefait. Les religieux font ôter les langes, et l'enfant commence à étendre les jambes, jusqu'alors collées aux cuisses son visage, jusqu'alors si sombre, commence à devenir tout serein et à resplendir de beauté, à la grande admiration de tous les assistants. La nouvelle d'un si grand miracle causa une joie extrême, non-seulement à la mère de l'enfant, mais à tous les habitants de Sienne tous firent des prières et des aumônes pour en bénir Dieu."

A trois ans il retourna vivre dans sa maison familiale (qui n'était pas encore le palais qu'on connaît aujourd'hui) et fut gratifié de vertus chrétiennes pendant toute son enfance :

"Dès que le petit enfant voyait un livre, il voulait l'avoir pour le feuilleter, comme s'il y entendait quelque chose, à tel point que sa mère ne pouvait dire devant lui ses heures de la sainte Vierge; car, si on ne lui donnait pas le livre, il se mettait à pleurer, même toute la nuit; dès qu'il l'avait entre les mains, il était content. Le père fit faire deux petits volumes avec des images, l'un de personnages du siècle, l'autre de personnages de religion, pour voir si c'étaient les figures ou les lettres qui faisaient plaisir à l'enfant. Il lui présenta d'abord le volume avec les images du siècle l'enfant refusait de les voir. Il prit au contraire un grand plaisir à regarder le volume des images religieuses, mais plus encore les lettres que les images. Il apprit promptement à lire. Sa plus grande joie fut dès lors de lire et d'entendre les psaumes, que sa mère avait coutume de réciter dans son office de la sainte Vierge. Dès l'âge de sept ans, il le récita lui-même chaque jour. Il n'avait encore que sept ans, qu'il se prescrivit une forme de vie très parfaite car, dès lors, il commença à dire tous les jours le petit office de Notre-Dame, à jeûner les veilles de plusieurs saints, et à se lever à minuit pour étudier leur vie. Etant plus âgé, il fit paraître une inclination merveilleuse pour assister les pauvres pèlerins, et il obtint même permission de son père d'en loger cinq, tous les samedis, dans un appartement qu'il avait fait meubler exprès. Il allait les attendre à la porte de la ville, et les amenait à la maison, où, après leur avoir fait beaucoup de caresses, il leur lavait et baisait les pieds avec une humilité et une tendresse admirables. Le lendemain, il tes menait entendre la messe, leur faisait visiter les lieux de dévotion de la ville, et enfin, quand ils étaient près de partir, il leur donnait une bonne aumône. Tous les vendredis il allait aux prisons consoler ceux que leurs crimes ou leurs dettes y tenaient renfermés. Les dimanches, après Vêpres, il se rendait à l'hôpital pour y servir les malades" (Petits Bollandistes op cit)

Il prit l'habit de Dominicain à l'âge de 17 ans malgré l'hostilité de ses parents et des tentations diaboliques de renoncer. Le diable lui apparut même sous les traits d'une jeune fille : " il se fit voir au milieu d'un bois, sous la figure d'une jeune fille d'une beauté ravissante, qui implorait son assistance; mais le saint jeune homme, découvrant le piège caché sous ces artifices, se munit l'une et l'autre fois du signe de la croix, et aussitôt ces spectres et ces fantômes disparurent."

Il fut envoyé à Paris pour y faire ses études (St Thomas d'Aquin est son condisciple), et après y avoir reçu son diplôme de bachelier, il alla à Cologne en 1248 étudier encore la théologie sous la direction d'Albert le Grand. Il contribua aussi à la conversion de la Hongrie dans les années 1260.

"On vit plusieurs fois, durant ses sermons, le Saint-Esprit descendre sur lui en forme de colombe et se reposer sur sa tête ce qui donna une telle autorité à ses paroles, que les pécheurs les plus endurcis étaient touchés de componction, et que les plus opiniâtres lui remettaient leurs intérêts entre les mains et se réconciliaient avec leurs ennemis. "

Sienne l'ayant rappelé car elle était frappée d'interdit pour avoir soutenu l'empereur Frédéric II , elle l'envoya vers le Pape Clément IV pour faire la paix avec le Saint Père et restaura les études théologiques dans la Ville Sainte. Il fut encore envoyé une seconde fois à Rome sous le Pontificat de Grégoire X (1271-1276) et obtint une seconde fois la réconciliation de sa patrie avec le saint Siège.

Son image de faiseur de paix était célèbre. Il disait que la vengeance était un péché d'idolâtrie "attendu que la vengeance appartient à Dieu seul, et que, par conséquent, celui qui se venge usurpe la place de Dieu".

"Un jour, malgré toutes ses exhortations, un homme de Sienne s'obstinait à ne point pardonner. Alors le Saint lui dit « Je prierai pour vous. Je n'ai que faire de prières, répliqua durement le vindicatif a. Le Saint ne laissa pas de faire pour lui la prière suivante " Seigneur Jésus-Christ, par la très-grande providence et sollicitude que vous avez sans cesse pour le genre humain, je vous prie d'interposer votre puissance dans cette vengeance projetée, et de vous la réserver, afin que tous connaissent que la punition des offenseurs n'appartient qu'à vous seul, et afin que la sensualité n'empêche point la connaissance de votre justice ". Ambroise enseigna publiquement cette prière aux peuples, les exhortant à la dire pour ceux qu'ils trouveraient obstinés à ne point pardonner les injures. A l'heure même que le saint homme faisait pour lui cette prière, le vindicatif se concertait avec ses amis et ses parents pour ne point faire de paix ni écouter Ambroise. Mais la prière du juste fut plus puissante. Tout à coup cet homme si dur se sent pénétrer de componction, toutes les raisons du saint homme lui reviennent à la mémoire, il passe deux jours sans presque ni manger ni dormir. Enfin il vient avec ses amis trouver le bienheureux Ambroise, pour le prier de faire la paix entre eux et de lui pardonner sa faute. "

Il refusa les prélatures que le Pape lui offrit, et finit sa vie saintement comme prieur du couvent de Camporegio à Sienne.

Sa prédication demeura toujours très populaire et entraîna des conversions profondes, alors qu'il était pourtant d'un naturel timide. Parfois, quand il prêchait, il lévitait et un cercle de gloire, dans lequel voletaient des oiseaux au plumage brillant, l'entourait, disent ses hagiographes.

A 66 ans, à Sienne, prononçant un discours contre l'usure, sa véhémence fut telle qu'une artère se rompit "ce qui lui fit rendre beaucoup de sang par la bouche. Le lendemain, le sang s'étant arrêté, il voulut continuer le même sermon; mais la veine se rouvrit, et il vomit une telle abondance de sang, qu'il vit bien que sa fin approchait." Il put quand même se confesser une dernière fois et mourut le 20 mars 1286 ou 1287, ce qui lui valut d'être inscrit au martyrologe. A ce titre il peut être considéré comme un des grands militants de la lutte contre le capitalisme et la financiarisation de l'économie, comme l'Eglise en compta tant avant de glisser sur la pente du modernisme.

La dévotion à son corps fut immédiate et les guérisons prodigieuses autour de son sépulcre furent immédiates. Immédiatement, avant même l' approbation épiscopale (9 mai 1287), les frères de Camporegio avaient ordonné l'enregistrement notarié des miracles attribués à son intercession (une trentaine d'actes dressés entre le 13 avril et le 9 juillet 1287 attestent d'événements surnaturels, vingt-huit à Sienne et deux à Bolsena) : un précieux dossier récemment étudié par la médiéviste Odile Redon (1936-3007) - cf O. Redon, Una famiglia, un santo, una città. A. S. e Siena, Une famille, un saint, une ville. AS e Siena , édité par S. Boesch Gajano, Rome 2015.

Le pape Honorius IV travailla à sa canonisation et chargea quatre religieux d'enquêter sur sa vie ; quoiqu'il ne pût l'achever (car il est mort en 1287) on fit néanmoins sa fête à Sienne ailleurs. Il n'a jamais été canonisé, on ne sait pourquoi. Au XVIe siècle, le chroniqueur Antoine de Portugal l'attribue à la négligence de l'Ordre dominicain à promouvoir les talents de ses moines : "Laboratum est interdum ut inter divos referretur, sed quae nostra solet esse in rebus cunctis decus ordinis concernentibus neligentia et socordia, minus quam fuerat nessitarium".

Les dominicains célèbrent la fête du bienheureux Ambroise en octobre, à l'occasion de l'anniversaire de sa béatification. On peut voir sur YouTube la messe célébrée par le cardinal Paolo Lojudice en son honneur le 20 mars 2022 au Palais Sansedoni.

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Catherine de Sienne exorciste

8 Mai 2022 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Extrait de Histoire de sainte Catherine de Sienne et de sa famille religieuse / par la T. Rde M. A. T. Drane, T. 1 (1892) -- p. 171 et suiv

 La légende en anglais de Sainte Catherine raconte à ce sujet le trait suivant. Il y avait à Sienne un notaire, nommé Ser Michel di  Monaldi. C’était un homme pieux et honnête qui avait résolu de consacrer ses deux filles au service de Die dans le couvent de Saint-Jean-Baptiste. Les religieuses de ce couvent suivaient la règle de saint Augustin et se consacraient à l’éducation des jeunes filles. Monaldi ôtait un des bienfaiteurs de leur communauté, dont il gérait du reste les affaires temporelles. Ce fut donc avec Joie que les religieuses reçurent ses deux enfants pour les élever jusqu’à l’âge où elles recevraient l’habit religieux. « Les deux petites filles étaient depuis peu de temps  au couvent, lorsque l’une d’elles, Laurentia, se trouva, par un secret jugement de Dieu, possédée d’un esprit malin. Tout le couvent en fut troublé et l’on s’empressa de faire venir Michel Monaldi pour lui rendre sa fille. Lorsque l’enfant fut revenue chez son père, l’esprit malin proféra par sa bouche les choses les plus étonnantes et répondit à plusieurs questions obscures et difficiles. Il révéla en outre les vices cachés et scandaleux de plusieurs personnes, à leur grande confusion et, chose étrange, il s’exprimait correctement en latin. Le père et la mère de Laurentia, d’autres de ses parents n’épargnèrent rien pour la soulager. Ils la conduisirent en pèlerinage à divers sanctuaires de la ville où l’on vénérait les reliques de quelques Saints ; ils la menèrent en particulier à la tombe du B. Ambroise de Sienne, de l’Ordre de Saint-Dominique, à qui Dieu avait accordé pendant sa vie un si grand pouvoir sur les démons que le simple attouchement de son manteau ou de son scapulaire suffisait souvent à délivrer les possédés. Laurentia fut donc couchée sur cette tombe bénie, et tandis que l’on plaçait sur elle les saintes reliques, ses parents suppliaient avec ardeur Notre-Seigneur, par l’intercession du Bienheureux, d’avoir pitié de leur enfant. Mais Dieu en avait disposé autrement dans son infinie sagesse, et, bien qu’ils n’eussent aucun péché à se reprocher, il n’exauça pas leur prière. Toutefois, le Seigneur inspira à quelques-uns de leurs amis de leur suggérer la pensée de conduire leur fille vers Catherine. Les parents de Laurentia firent d’abord conjurer la Sainte de venir de tout son pouvoir au secours de l’enfant. Mais Catherine répondit qu’elle les suppliait de ne pas lui demander d’intervenir dans cette affaire, ayant, disait-elle, assez à lutter pour son propre compte contre les esprits mauvais. Accablés de douleur par le triste état de leur innocente petite tille, les parents de Laurentia n'admirent pas cette excuse et portèrent l’entant chez Alexia Saraceni où demeurait alors Catherine. Ils entrèrent s ans prévenir pour qu’elle ne pût les éviter. La Sainte essaya cependant de sortir par la fenêtre, mais n’y pouvant. réussir, elle se cacha de façon qu’on ne put la trouver. Après avoir vainement tenté d’arriver jusqu a elle, car elle avait formellement interdit à ses compagnes 4e chercher à l’influencer dans cette affaire, les pauvres Parents se rendirent chez le Père Thomas della Fonte, e t le conjurèrent d’obliger Catherine, par obéissance, à garder Laurentia auprès d’elle pendant quelque temps. Père, touché de leur douleur promit de les aider; mais, sachant bien que s’il faisait lui-même la proposition l’humilité de Catherine ne manquerait pas de lui opposer un refus, il eut recours à un stratagème. <( Le soir, à l’heure où Catherine sortait tous les jours, ,e père conduisit chez Alexia la petite possédée et la laissa dans la chambre de la Sainte, après avoir recommandé aux Tertiaires qui étaient là de dire à Catherine, u son retour, qu’en vertu de l’obéissance il lui ordonnait de garder l’enfant auprès d’elle jusqu’au lendemain matin. En rentrant, la Sainte demanda qui avait introduit Laurentia dans sa chambre. Sur la réponse que c était le Père Thomas délia Fonte et qu’il lui était enjoint de la garder près d’elle, elle ne résista plus et se mit aussitôt à prier. Elle lit agenouiller l’enfant et lui r commanda de s’unir à sa prière. Elles passèrent toute m nuit à lutter ainsi contre le mauvais esprit qui, vers le matin, se vit contraint, par la force de la foi et de la Prière, de quitter Laurentia, sans lui faire aucun mal.

Aussitôt, Alexia courut chez le Père Thomas délia Fonte lui porter la bonne nouvelle, et celui-ci, tout heureux, alla chercher le père et la mère de l’enfant et les introduisit dans fa chambre de Catherine, où ils pleurèrent de joie à la vue de leur fille délivrée enfin du démon, et glorifièrent le Seigneur d’avoir donné un tel pouvoir à son humble épouse. « Catherine, cependant, savait que l’esprit du mal n’avait pas quitté définitivement la petite Laurentia, et pria ses parents de la lui laisser encore un peu de temps. Ils y consentirent volontiers, et la Sainte se mit à instruire la pauvre enfant, lui recommandant surtout de prier sans relâche. Elle lui défendit en outre de sortir de la maison avant que ses parents vinssent la reprendre. Laurentia obéit docilement. Tout ceci, nous l’avons dit, se passait chez Alexia Saraceni. Or, Catherine ayant eu besoin de retourner à la Fullonica, elle confia l’enfant aux soins d’une servante. Le soir, après une journée entière passée dans sa propre demeure, où l’avaient retenue des allaires urgentes, elle pria Alexia qui l’accompagnait de lui donner son manteau pour s’en retourner avec elle. Celle-ci lui représenta qu’il était fort lard et qu’il n’était guère convenable que des femmes et surtout des religieuses, fussent dehors à cette heure avancée. « O Alexia, reprit la Sainte, il faut bien que nous retournions chez vous, car le méchant loup va me reprendre mon petit agneau ». Elles trouvèrent en effet Laurentia toute changée, le visage enflammé et l’esprit troublé. A cette vue, Catherine s’écria: « Horrible suppôt de l’enfer, comment as-tu osé rentrer dans cette pauvre innocente ? J’espère bien de la bonté de mon miséricordieux Sauveur et Seigneur, que tu en sortiras cette fois pour n’y plus rentrer». Elle emmena Laurentia dans sa chambre et se remit à prier. L’esprit du mal tint bon, et Catherine ne remporta la victoire que vers la quatrième heure de la nuit. Alors, vaincu par les prières de la Sainte et par la puissance que Dieu lui avait donnée sur les esprits infernaux, le démon lui dit : « S’il faut que je sorte de cet enfant, j’entrerai en toi ». « Si tel est le bon plaisir de Dieu, sans la permission de qui tu ne peux rien, répondit Catherine, que Notre-Seigneur me garde de m’opposer en rien à sa divine volonté ». Terrassé par cette parole si humble, si soumise, l’esprit d’orgueil perdit tout pouvoir sur l’enfant. Toutefois, en la quittant, il lui causa à la gorge une grande enflure. La Sainte la guérit par un signe de Croix, dont la vertu chassa pour toujours le démon du corps de Laurentia. Le lendemain Catherine fit appeler les parents : « Au nom de Dieu, leur dit-elle, reprenez votre enfant; désormais l’esprit du mal ne viendra plus la tourmenter ». Tout joyeux, ils emmenèrent Laurentia et la remirent au couvent ou elle mena une vie sainte et ne fut plus jamais inquiétée jusqu’au jour de sa mort. Quant à son père, Ser Michel di Monaldi, il ne pouvait raconter ce fait sans verser des larmes de joie, et, dans son cœur, il honorait Catherine comme un ange du Seigneur ».

Points intéressants dans cette narration :

- Les démons possèdent parfois les croyants (ce que démentent certains exorcistes actuels).

- Même si au Moyen-Age on possède plusieurs voies d'exorcisme (plus qu'aujourd'hui, à travers notamment les reliques), toutes ne fonctionnent pas, loin s'en faut.

- S. Ambroise de Sienne avait des pouvoirs voisins de ceux des apôtres.

- S. Catherine de Sienne refuse d'exorciser, sans qu'on sache si c'est par humilité ou pour une autre raison

- L'entité exorcisée revient sans raison apparente (alors que de nos jours les exorcistes dans les milieux charismatiques ont tendance à trouver des raisons - des rationalisations - à ce genre d'échec. Au Moyen-Age tout cela semble dépendre uniquement d'une volonté divine totalement insondable.

- L'humilité et l'abnégation (le sacrifice de soi) sont la clé d'un exorcisme réussi. Ste Catherine de Sienne ne se sent munie d'aucune garantie contre le risque que l'exorcisme se retourne contre elle, ce qui finalement ne se produit pas, mais on comprend que dès le début, malgré son rapport privilégié à Jésus elle prenait un très gros risque en acceptant de s'en charger.

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